CHAPITRE VIII
dut démolir en 1664 à cause de son exiguïté. Le Vau fournit les plans de la nouvelle église en 1702 et c’est sous sa direction que le chœur fut bâti; mais la nef fut achevée en 1723 par Leduc et un architecte inconnu, Jacques Doucet, posa la coupole en transept de 1724 à 1729, année de la consécration de l’église.
Aux deux plans des églises Saint-Louis-en-l’Ile et Saint- Sulpice, sur lesquelles la critique pouvait facilement se donner carrière, l’architecte Le Vau n’hésita pas à ajouter la restauration du château des Tuileries, c’est-à-dire à altérer l’œuvre de Philibert de l’Orme. Il éleva le pavillon dit de Marsan en pendant au pavillon de Flore, qui datait de Henri II, supprima l’escalier central, chef-d’œuvre de construction, et exhaussa le grand pavillon central en le décorant de deux ordonnances, l’une corinthienne, l’autre composite et d’un altique avec cariatides; puis il le surmonta d’un dôme à quatre faces qui marquait le milieu des Tuileries, au moment où l’incendie de 1871 réduisit en cendres l’œuvre de Philibert de l’Orme et de Le Vau. Les modifications apportées au Louvre par Le Vau ne furent pas plus heureuses : c’est lui, en effet, qui, moins modeste que Mansard, commença la façade en retour jusqu’au guichet du nord (façade masquée depuis par la colonnade de Perrault). Il en fut de môme de ses additions au château de Versailles construit sous Louis XIII, c’est-à-dire deux pavillons et une orangerie, élevés en 1665; mais que Hardouin Mansart fit disparaître en grande partie.
Le Vau paraît avoir débuté, en 1636, par le château de Vaulx-le-Vicomte et par la transformation en une habitation de plaisance du château fort de Vincennes (1660). On a conservé les deux ailes de cette habitation aujourd’hui devenues des casernes et il serait difficile de s’imaginer les splendeurs de la décoration des appartements qu’elles renfermaient si on en croit la Description de Paris de Germain Brice (17 18), que nous avons sous les yeux. Malgré son absence de goût et d’imagination, il fut, pourtant, pendant vingt ans, l’arbitre de l’art architectural à Paris; aussi les nobles du temps lui confièrent-ils à l’envi la construction de leurs châteaux et de leurs villas. Nous citerons notamment : le château du Raincy ou de Livry construit pour J. Bordier, secrétaire du roi, celui de Vaux pour Fouquet, celui de Bercy, en collaboration avec François Mansart, celui du Saint-
Sépulcre près Troyes (1650); puis à Paris, les hôtels de Pons, rue de l’Université; Bullion, rue Jean-Jacques Rousseau (1); Colbert, rue des Petits-Champs; Hanselme, dans Pile Notre- Dame; l’hôtel de Lionne et enfin l’hôtel Lambert de Thorigny construit sur la pointe orientale de l’île Saint-Louis. Un mot seulement sur cette œuvre de Le Vau, non qu’elle soit plus remarquable que celles dont il vient d’être question, mais elle a résisté au temps et permet de juger l’architecte. La porte d’entrée ne manque pas d’une certaine noblesse et l’escalier, par sa disposition, est d’un bon effet; mais le style de la façade est lourd et peu gracieux; la cour ovale est ornée de deux ordres de pilastres. Tout le monde sait d’ailleurs que les plus grands artistes de l’époque furent appelés à décorer cet hôtel : entre autres, Lesueur et Lebrun. Le Vau mourut membre de l’Académie et [comblé d’honneurs en 1G70. Son fils, Louis architecte comme lui, mourut le 14 février 1061, conseiller du roi, grand voyer et « inspecteur général des œuvres des bâtiments de Sa Majesté à Fontainebleau » ; c’est tout ce que nous en savons.
Le Vau n’exécuta pas seul son œuvre considérable. Son collaborateur au collège des Qualre-Nations, Pierre Lambert était né en 1645, fut nommé membre de l’Académie d’architecture en 1699, architecte du roi, contrôleur des bâtiments de Trianon et de la Ménagerie et mourut le 16 mars 1709. Quant à François Dorbay ou d’Orbay né à Paris, l’un des fondateurs de l’Académie et premier prix d’arcbitecture en 1739, il ne fut pas seulement l’exécuteur des plans de Le Vau; c’est lui qui donna les dessins du couvent des Capucines (1 686-1 688), mais dans cette œuvre il eut lui-même un collaborateur, l’architecte Seloueste dont nous ne connaissons que le nom. Le portail de la Trinité, rue Saint-Denis (1671), de l’église des Prémontrés, au carrefour de la Croix-Rouge, du couvent des Capucines, rue Neuve des Petits-Champs et de l’hôtel des Comédiens Français (1688), rue des Fossés-Saint-Germain des Prés, sont de Dorbay; à Fontainebleau, il construisit seulement le « Chenil neuf » ; le portail de l’église des Carmélites à Lyon et, à Montpellier, la porte dite du Peyrou, Dorbay mourut à Paris en 1697.
(1) Devenu l’hôtel des commissaires-priseurs. C’est là que se firent toutes les ventes publiques jusqu’à la construction de l’hôtel des ventes de la rue Drouot.
CLEMENT METEZEAU