CHAPITRE VIII
Nous venons de dire que Le Yau avait jeté les fondations de la façade du Louvre, vers Saint-Germain l’Auxerrois; mais Colbert, alors surintendant des bâtiments du roi (1664), trouva mesquine la conception de cet architecte et conçut l’idée d’ouvrir un concours entre tous les artistes de France, en les priant de joindre à leurs dessins leur critique du plan de Le Yau. Les critiques ne manquèrent pas, paraît-il, non plus que les projets; mais il se trouva que l’auteur du plan qui répondait le plus parfaitement à celui qu’avait conçu en imagination le surintendant était un homme étranger à la profession d’architecte, un médecin nommé Claude Perrault. Presque tous les biographes de Perrault lui ont accordé le mérite d’avoir fait éclore de son cerveau, seul et sans auxiliaire, cette conception architecturale vantée outre mesure assurément, mais qui, après tout, ne manque ni de style, ni de grandeur. Ils ont commis ainsi un acte d’injuslice à l’égard du frère de Perrault, Charles Perrault, premier commis des bâtiments sous Colhert, qui, certainement, aida Claude dans le tracé de son projet, lui donna des conseils et l’empêcha, de commettre des erreurs que l’inexpérience du médecin, en architecture, devait falalement amener. Cela résulte des Mémoires mêmes de Charles qui, d’ailleurs, s’y sacrifie généreusement.
Quoique le projet de Perrault plut infiniment à Colbert, le surintendant voulut, avant de le faire approuver par le roi, consulter un artiste qui possédait à ce moment la réputation du plus grand architecte de l’Italie : Bernini dont nous avons retracé la vie et les ouvrages, en faisant l’histoire des successeurs de Michel- Ange. Il nous suffit de rappeler ici que Bernini fit en triomphateur le voyage de Borne à Paris; mais que ses boutades vaniteuses et ses extravagances produisirent à la cour la plus pitoyable impression. Pourtant, on commença à exécuter le plan qu’il avait proposé en détruisant les fondations établies par Le Vau et Louis XIV, bien que médiocrement satisfait du plan de Bernini qui condamnait à la destruction les façades de Jean Bullant et de Pierre Lescot, posa la première pierre de la façade Est en 1664; mais l’architecte italien ne tarda pas à s’apercevoir de la guerre sourde qui lui était faite par les arlistes de la cour et des préventions de Colbert. Son orgueil s’offensa de la médiocre estime qu’on faisait de lui et de son œuvre et il demanda
au roi l’autorisation d’aller passer l’hiver dans son pays natal. Louis XIY la lui accorda volontiers en le comblant d’ailleurs de présents et d’éloges; mais Bernini, presque septuagénaire, ne devait pas revenir en France. C’est alors que Colbert obtint du roi l’acceptation du projet de Claude Perrault. Celui-ci fit subir aux fondations du Bernin le traitement que l’architecte italien avait imposé à. l’œuvre de Le Vau et une nouvelle première pierre fut posée le 17 octobre 1G65; puis les travaux furent poussés avec une activité si prodigieuse que la colonnade élaitterminée en 1670, Perrault avait alors cinquante-huit ans, étant né à Paris en 1613.
Tout le monde connaît la colonnade ; on sait qu’elle se compose de trois avant-corps; l’un au centre, deux à chaque extrémité reliés ensemble par deux galeries dont le fond, à l’origine, était garni de niches. Le soubassement est percé de vingt-trois ouvertures; mais sous le règne de Napoléon l°r, on remplaça par un bas-relief le grand cintre placé au-dessus delà porte d’entrée et on établit entre les deux galeries une communication qui n’existait pas. Le péristyle, qui n’a pas été modifié, se compose d’une ordonnance corinthienne présentant cinquante-deux colonnes ou pilastres accouplés et cannelés. En même temps, Perrault éleva la façade du Louvre qui donne sur le quai; mais la mort ne lui permit pas de l’achever, non plus que la façade du côté de la rue du Coq, beaucoup moins riche que la façade sur la rivière; les fonds assignés aux travaux du Louvre ayant été absorbés par ceux du palais de Versailles dont nous allons parler.
La colonnade émerveilla Louis XIV ; il y trouva la majesté, la grandeur des lignes et l’imposant des masses, qu’il regardait comme le dernier mot de l’architecture. Aussi les contemporains de Perrault ne voulurent plus d’autre modèle que cette architecture colossale , implantée dans notre pays, en dépit de la nature des matériaux, du caractère du monument et de la destination : ainsi on ne peut nier que les façades du gardemeuble et du ministère de la marine, ainsi que celle de la Monnaie n’aient été inspirées par la colonnade du Louvre. 11 n’en est pas moins vrai que l’architecte de 1670 n’a tenu aucun compte de l’œuvre de Lescot; qu’ainsi il n’a pu ouvrir de fenêtres sur la façade, faute de pouvoir les faire coïncider avec