CHAPITRE VIII
Comme directeur de l’Académie de Rome, Errard avait conçu le projet de prendre et de réunir les moulages de tous les antiques épars dans l’ancienne capitale du monde ; mais il ne trouva pas auprès de Colbert l’accueil qu’il méritait et d’autres nations ont devancé la France dans l’exécution de ce projet, véritable complément de l’enseignement donné dans les écoles de Beaux- Arts. Il s’était retiré en 1683, dans la Ville Éternelle, et c’est là qu’il s’éteignit, le 25 mai 1689.
Plus heureux que lui, Jules Hardouin Mansart dut d’abord au nom de son oncle, qu’il joignit à son propre nom, la haute situation qu’il occupa à la cour de Louis XIV; car il s’appelait Hardouin et était fils de Jules Hardouin, peintre du cabinet du roi. Né à Paris, le 16 avril 1646, élève de François Mansard, il devint en peu de temps premier architecte du roi, puis conseiller privé, ordonnateur général des bâtiments royaux et enfin membre de l’Académie de peinture. L’énumération des travaux exécutés sous les ordres de Mansart serait peu facile aujourd’hui; cependant nous citerons les principaux : la place Vendôme, la place des Victoires et la coupole de l’église des lnvalid es. Mentionnons aussi de lui, à Paris, la galerie du Palais- Royal sur la rue Richelieu, dont l’emplacement était alors occupé par l’hôtel Brion, la décoration du chœur de Notre- Dame, le maître-autel du noviciat des Jésuites, le grand autel de l’église Saint-Paul, la chapelle du tombeau de Louvois, dans l’église des Capucins, l’hôtel Fimbert, quai des Célestins, l hôtel de la Vallière, rue Neuve-Saint-Augustin, un hôtel rue du Grand-Chantier au coin de la rue des Quatre-Fils et un autre boulevard Beaumarchais; en province, le petit château de la Ménagerie, les écuries du château de Versailles et une partie de Trianon, l’église Notre-Dame et l’église Saint-Louis de celle ville, terminées en deux ans, ainsi que les bâtiments destinés à recevoir les missionnaires. Saint-Cyr doit à Mansart la maison d’éducation des filles nobles (aujourd’hui École militaire); Lyon, la restauration de son hôtel de ville endommagé en 1674, par un violent incendie; Saint-Cloud, la restauration du château, la construction de l’escalier et celle de la grande cascade. A Asnières, il fit les plans du château, puis, pour Madame de Montespan, ceux du château de Clagny (1619); à Saint-Germainen-Laye, les ailes et les pavillons du château et l’hôtel de
Noailles, le château de Marly, le château de Meudon dit « Château neuf » et la restauration de celui qu’on avait construit sur les dessins de Philibert de l’Orme; à Dampierre, les galeries et la façade du château; à Vanves, un petit château également; dans l’Aisne, le château de Boufflers, le château de Navarre, près Évreux, le château de Sagonne qui était sa propriété et où il reçut la visite de Louis XIV, le château de Villouet (Loir-et- Cher), celui de Verancourt près Blois, de Pinon (Aisne), et de Monfrin, sur la rive gauche du Gard; à Bouen, la porte de la cour du palais archiépiscopal, le grand escalier de la salle des États, le château de Chamarande; à Lunéville, le château de Lunéville; à Castres, l’évêché devenu l’hôtel de ville; à Arles l’hôtel de ville (1675), etc.
Un mol sur les travaux d’Hardouin Mansart à Paris, en commençant par la coupole des Invalides dite royale ou le Dôme qui couronne l’église. « Extérieurement, le tambour qui supporte la coupole est orné de quarante colonnes composites accouplées; entre chaque couple s’ouvre une vaste fenêtre carrée; une balustrade surmonte l’entablement; au-dessus s’élève un attique percé de fenêtres cintrées, contre-buté par des piliers contournés en forme de volutes placées au droit des couples des colonnes inférieures et surmonté d’une corniche ornée de candélabres. La coupole s’élève derrière cet attique : elle se compose d’une calotte extérieure en charpente, recouverte de plomb; de larges côtes décorées de trophées militaires (chacun couronné par un casque dont l’ouverture sert à éclairer la charpente intérieure), composent une riche ornementation encore rehaussée par la dorure qui couvre tout ce dôme. Audessous de la coupole en charpente est une coupole intérieure en pierre. Enfin, une troisième coupole, la coupole intérieure, en pierre également, est percée au milieu d’une vaste ouverture circulaire, les arcs doubleaux de cette calotte sont ornés de peintures de Jouvenet représentant les douze apôtres. Audessus du dôme de la charpente, s’élève une lanterne à jour terminée par un petit clocher très aigu que couronnent un globe et une croix. Cette construction donne au Dôme des Invalides une hauteur totale de 100 mètres. Tel est sommairement l’œuvre de Hardouin Mansart qui l’a porté au rang des premiers architectes qui illustrèrent le règne de Louis XIV.