CHAPITRE VIII
« Dans ces travaux, dit un auteur du temps, obligé de suivre les idées de son prédécesseur, il ne put affirmer sa personnalilé ; mais dans la construction de la colonnade ionique du Grand- Trianon et surtout dans la décoration du chœur de Notre-Dame, il put faire valoir ses idées personnelles. Cette dernière œuvre procura à son auteur un véritable triomphe. » Nous qui ne jugeons pas au point de vue où se placèrent les contemporains de de Cotte, nous déplorons la perte de tous ces documents de l'art du moyen âge qu’il fit disparaître alors. C’est en effet à cette époque que la clôture à jour du sanctuaire et le jubé furent renversés; que les stalles du xive siècle furent brûlées, etc. De grands artistes concoururent d’ailleurs à la décoration de l’œuvre nouvelle : il suffit de nommer Nicolas et Guillaume Coustou, Coysevox, Jouvenet, Lafosse, Boullongne et Covpel. Après l’exécution de celte œuvre, terminée en 1714, on confia à de Cotte les portails de l’hôpital de la Charité (1732) et de l’Oratoire, puis la décoration, dans l’hôtel de la Vrillière devenu la propriété du comte de Toulouse, de la grande galerie de cet hôtel, spécimen curieux de la transformation du goût français sous la Régence (1713-1719). On doit aussi à de Cotte l’achèvement de l’église Saint-Roch, dont le portail fut exéculé sur ses dessins, de 1724 à 1735; le grand bâtiment de la Bibliothèque nationale parallèle à la rue Richelieu, la galerie des Globes ainsi que la décoration intérieure de ces bâtiments et le Château d’eau, place du Palais-Royal, détruit en 1851.
Les hôtels dont il fut l’architecte à Paris, sont très nombreux ; citons l’hôtel d’Lstrées, rue de Grenellc-Sainl-Germain (1716), l’hôtel de Bourbon-Condé, rue de Bourbon ; l’hôtel de Lude, rue du Bac; l’hôtel de Meulan, rue des Capucines; l’hôtel du Maine, rue de Bourbon; puis une restauration de l’hôtel de Beauvais, rue Saint-Antoine et parmi les projets non suivis : un nouvel hôtel des Mousquetaires, en collaboration avec Beausire le jeune, admis à l’Académie d’architecture le 4 janvier 1741 et mort en 1761, frère de l’architecte ingénieur dont il sera parlé plus loin. Hors de Paris, à Lyon, de Cotte avait donné, de 1701 à 1703, les plans du beffroi de l’hôtel de ville dont les travaux furent conduits par Claude Simon, architecte du roi; mais il y fit exécuter sur ses dessins la place Louis XIV, aujourd’hui de Bellecour (1728), le Grenier d’abondance et la façade d’une
salle de concert. A Verdun el à Strasbourg, il éleva les palais épiscopaux de ces deux villes et, aux environs de Metz, le château de Frascali. Parmi les édifices dont il fut l’architecte à l’étranger, citons les châteaux du comte Zinzendorf et de l’électeur de Bavière, les palais de Bonn, de Brühl, de Popelsdorf, de Gudesberg, la chapelle du séminaire archiépiscopal de Cologne à Bonn, le château de Hanau; de Cotte fit aussi des plans pour le Palais royal de Madrid et le Buen Betiro ainsi que pour des châteaux demandés par le duc de Savoie; puis mourut à Passy, le 14 juillet 1735, membre de l’Académie d’architecture et laissant un fils, Jules-Robert de Cotte, qui succéda à son père dans les fonctions « d’intendant général des bâtiments du roi et de directeur des monnaies et médailles ». Né à Paris en 1083, membre de l’Académie d’architecture en 1711, Jules-Robert se contenta d’achever les édifices commencés par son pèue, el mourut à Passy, le 8 septembre 1767.
Mais nous n’avons pas épuisé cette longue liste des architectes qui illustrèrent le règne de Louis XIV. Il nous reste à nommer d’abord celui qui attacha son nom à cette œuvre remarquable d’architecture que nous appelons la porte Saint-Denis. François Blondel, sieur des Croizetles et de Gallardon, né à Ribemont en Picardie en 1017, mort, en 1080, avait été d’abord chargé de plusieurs missions diplomatiques dont il s’acquitta avec tant de succès que Louis XIV le nomma, à la fois, professeur du Dauphin, son fils et professeur de mathématiques au Collège royal. C’est vers ce temps qu’il restaura le pont de Saintes (1605) qu’on orna d’un arc de triomphe, en mémoire, disent certains auteurs, des difficultés de construction que le génie de Blondel avait su vaincre. En 1009, le roi ordonna que tous les travaux publics de la ville de Paris seraient exécutés par lui, mission dangereuse el qui ne pouvait manquer de lui susciter de nombreux ennemis; car, vers le même temps, Blondel était reçu membre de l’Académie des sciences et ce ne fut cependant qu’en 1072 qu’on le chargea de la réédification des portes Saint-Antoine et Saint-Bernard. Celte dernière était située sur le quai, à l’extrémité de la rue Saint-Bernard, auprès de l’ancien châleau de la Tournelle qui servait, depuis 1632, de logement aux galériens attendant la chaîne. L’architecte lui donna la forme d’un arc de triomphe qui consistait en deux larges arcades sur-