CHAPITRE IX
La décadence dans les arts naît en France avec la Régence. — Inauguration du style rocaille ou rococo. — Quelques artistes luttent courageusement contre la corruption du goût. — Le Panthéon, la Monnaie, l’École militaire, la Place Louis XV. — On élève, à Paris, halles, marchés, hôpitaux, théâtres et bibliothèques en même temps que les couvents s'y multiplient. — Tentatives d’assainissement de la capitale. — Les barrières remplacent les fortifications du vieux Paris. — La France suit le mouvement artistique imprimé par la capitale.
Le grand roi mort, laissant pour lui succéder un enfant de douze ans, une réaction s’opéra dans les allures de la noblesse courbée depuis cinquante années sous le joug impérieux de Louis XIV et la Régence favorisa cette réaction.
Si l’architecture est, ainsi qu’on l’a dit avec vérité, l’expression des mœurs et du goût public, les conceptions architecturales du xviii0 siècle doivent porter et portent en effet l’empreinte de ce relâchement, de cette corruption du goût dont nous trouvons l’expression dans la littérature et en général dans toutes les productions de l’esprit humain à cette époque. « La vie devient plus intérieure, le besoin de multiplier les relations, les échanges d’idées, d’impressions et de sensations dominent tout, et la sensibilité, qui a toujours signalé le caractère français, prend une extension sans limites. Jamais la société n’a été si brillante, si pleine d’agrément et d’esprit; » mais en même temps ce sentiment de noblesse et de grandeur, au moins matérielles, qui faisait le fond du caractère de Louis XIV et qu’il avait essayé de communiquer à tous ceux qui l'approchaient, se rapetisse après lui et se transforme.
Ce que recherche alors la société est le joli, l'agréable, le commode, c’est là le summum des qualités exigées des artistes de cette époque et surtout des architectes. Ce qui domine dans la distribution des édifices, leur décoration et leur ameublen. Il
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ment, c’est la fantaisie, le caprice, la coquetterie raffinée et frivole qui bientôt ne connut plus de limites. On imposa à l’art un style dont le caractère principal fut l’horreur de la ligne droite, à laquelle on substitua partout la ligne voluptueusement contournée, « portant l’empreinte d’une fantaisie sensuelle et d’une licence vulgaire », et ce style, on le baptisa du nom de Pompadoi/r, rocaille ou rococo.
Pour être juste, d’ailleurs, il faut reconnaître que les petites maisons, si on les considère (et avec raison) comme le type le plus complet de l’architecture sous la Régence et sous Louis XV, présentent des distributions en rapport parfait avec le goût de la société du lemps. « Rien, dit l’archileclePierre Patte (l),donlnous indiquerons l’œuvre un peu plus loin, ne nous a fait tant d’honneur que celte invention. Avant ce temps, on donnait tout à
l’extérieur et à la magnificence A l’exemple des bâtiments
antiques et de ceux de l’Italie que l’on prenait pour modèles, les intérieurs étaient vastes et sans aucune commodité. C’étaient des salons cà double étage, de spacieuses salles de compagnie, des salles de festins immenses, des galeries à perte de vue, des escaliers d’une grandeur extraordinaire; toutes ces pièces étaient placées sans dégagement au bout les unes des autres; on était logé uniquement pour représenter, et l’on ignorait l’art de se loger commodémenl et pour soi. Toutes ces distributions agréables que l’on admire aujourd’hui dans nos hôtels modernes, qui dégagent les appartements avec tant d’art, ces escaliers dérobés, toutes ces commodités recherchées qui rendent le service des domestiques si aisé et qui font de nos demeures des séjours délicieux et enchantés, n’ont été inventés que de nos jours. Ce fut au palais Bourbon (commencé par Lassurance) (2), en 1722, qu’on en fil le premier essai qui a été imité depuis en tant de manières. Ce*cliangement dans nos intérieurs fit aussi substituer à la gravité des ornements dont on les surchargeait toutes sortes de décorations de menuiserie, légères, pleines de -goût, variées de mille façons diverses. On supprima les solives apparentes des planchers; on les revêtit de ces plafonds blanchis qui donnent tant de grâce et de lumière aux appartements et
(1) A l’exemple des monuments érigés en Fiance.
(2) C’est parerreur que Patte attribue à Lassurance le plan du palais Bourbon commencé, nous l’avons dit, par l’italien Girardini.