CHAPITRE IX
cle l’Iiôtel Coisliu et du pavillon de Sèvres; il fit seul aussi la distribution du ministère de la marine, construit par Gabriel, ainsi qu’il va être dit. Il crut nécessaire cependant d’aller en Italie, voir de ses yeux les édifices de l’antiquité qu’il ne connaissait que par leurs descriptions et il sacrifia à cette étude plusieurs années. A son retour, en 1776, il fut chargé avec Moreau, Desmaisons et Antoine, de la reconstruction des bâtiments du Palais de Justice détruit par un incendie et de la « galerie des prisonniers » à la Sainte-Chapelle. Succédant en 1777, comme architecte de la Madeleine, à Contant d’Ivry, qui venait de mourir, il apporta de notables changements à l’œuvre de son prédécesseur ; ainsi, dans le but de donner plus d’ampleur à l’édifice, il proposa de porter à cinq le nombre des travées qui était de trois dans le projet primitif et imagina de remplacer le portail de Contant par un porche composé de huit colonnes en première ligne et de quatre colonnes en seconde ligne, afin d’embrasser toute la largeur de la rue Royale. Le projet de Couture fut accepté, donnant assurément à l’édifice un caractère de grandeur que le plan de Contant ne lui permettait pas d’avoir ; malheureusement la Révolulion interrompit pour longtemps les travaux commencés, et la mort (29 décembre 1 811) ne permit pas non plus à Couture, alors membre de l’Académie d’architecture depuis 1773 et chevalier de Saint-Michel depuis 1788, d’achever l’église de la Madeleine.
François Franque, le continuateur de Contant dans les travaux de l’église de Port-Royal, était né à Avignon dans les premières années du xvme siècle; on cite aussi de lui le château de Magnanville et le séminaire de Bourges. Nous ignorons la date de sa mort; nous savons seulement qu’il était membre de l’Académie d’architecture qui lui ouvrit ses portes en 1756 et que son père, Franque Jean-Baptiste, était architecte de la ville d’Avignon. Né en 1683 et mort en 1758, il construisit dans cette ville le séminaire Saint-Charles, des marchés, des hôpitaux, des hôtels, etc., et fut chargé, en 1730, delà rééducation de l’abbaye de Monlmayor, près d’Arles.
Un édit du roi Louis XV, daté de 1768, venait d’ordonner la construction sur l’emplacement des anciens grands et petits hôtels de Conti, rive gauche de la Seine, d’un édifice important : l’Hôtel des Monnaies; l’architecte en fut Jacques-Denis Antoine, né à Paris en 1723. Antoine père, ouvrier menuisier, II. 12
LIiS ARCHITECTES PAR LEURS OEUVRES.
avait fait étudier son fils sous un arcliitecle dont nous ignorons le nom. A vingt ans, le jeune Antoine était entrepreneur de bâtiments, achetait ensuite la charge d’expert entrepreneur et bientôt acquérait la réputation d’un constructeur habile. Mais cette si tuât ion honorable ne pouvait suffire à son ambition et il se révéla, en 1788, comme architecte, parles plans de l’Hôtel des Monnaies.
Des hommes d’une grande réputation : Moreau, architecte de l’Hôtel de ville, Boullée (de l’Académie d’architecture), Barreau, etc., avaient présenté des projets; ceux d’Antoine l’emportèrent dans ce concours. L’exécution en fut commencée en 1708 et terminée en 1775. Sauf quelques modifications de peu d’importance, à l’intérieur des bàliments sur le quai, sauf quelques aménagements el agrandissements dans les ateliers du fond de la cour principale et dans ceux sur la rue Guénégaud, la Monnaie de Paris a conservé, dans son plan comme dans ses lignes de façade, dans sa décoralion intérieure comme dans sa décoration extérieure, ses grandes divisions et son caractère architectural; mais le plan de l’architecte comprenait aussi un projet de décoration du mur du quai Conti dont l’arcade, les avant-corps et les escaliers avec refends, bossages el balustrades eussent été pour l’édifice un soubassement digne de lui.
Nous avons dit plus haut qu’Antoine attacha également son nom aux travaux exécutés, après l’incendie survenu, en 177G, au Palais de Justice de Paris. Il succéda dans la direction de ces travaux à Moreau : on lui doit, par exemple, la construction du grand perron sur la place (dans la cour du Mai) la décoration des salles d’audience de l’ancienne Cour royale, ainsi que des travaux importants dans la partie du palais affectée au greffe et des bàliments sur la rue de la Barillerie, à droite et à gauche des pavillons de la cour du Mai. Dans le même temps, Antoine construisit au-dessus de la grande salle dite des Pas-Perdus, bâtie par Jacques Debrosse, trois berceaux de voûte formant des galeries dans lesquelles on renfermait les vastes collections des registres du Parlement, les manuscrits précieux échappés aux incendies qui eurent précédemment lieu et une partie des archives judiciaires (disparues malheureusement dans l’incendie de 1871). Chargé d’élever un portail dans la cour intérieure de l’hospice de la Charité il imagina de faire, pour ce frontispice, un essai de l’ordre dorique grec qui fut assez remarqué.