‹ Les archives angevines de NaplesChapitre 2 sur 142 · REGISTRES EXISTANS EN 1677. CEUX QUI RESTENT ENCORE · texte numérisé non relu

REGISTRES EXISTANS EN 1677. CEUX QUI RESTENT ENCORE

De Gharles I , 55

De Gharles 11 , 144

De Robert , 117

De Gharles, duc de Galabr e, 62

De Jeanne 1 , 32

DeGharlesIII,ditdelaPaix, 3

De Ladislas , 10

De Jeanne II , 5

(1) Papon, Histoire générale de Provence, III, p. v.

(2) Prince de Belinonte , Degli archivii napolitani discorso , p. Il; Trinchera , begli archiva napoUtani relazione , p. 13.

Ces cartulaires ont été faits sans aucun soin. Quoiqu'on ait prétendu les ranger par ordre ctironologique on trouve souvent dans le même volume des pièces qui ne se rapportent point à l'année sous laquelle il est inscrit. La même confusion règne dans la distribution des actes. L'ordre des jours et quelquefois celui des mois n'y a pas été observé. On remarque la même négligence dans le peu de soin qu'on a pris pour les conserver. Il y a des registres qui ont été considérablement endommagés par les flammes, d'autres par la pluie; et presque tous par la poussière. Les révolutions qu'a subies la ville de Naples, avant que le souverain y fixât sa résidence, le peu de cas qu'on faisoit de ces anciens documents, dont on ignoroit l'utilité , les occupations importantes du gouvernement, tout cela a été cause que ces vieux cartulaires de la Maison d'Anjou ont été relégués dans un triste réduit, etc.. »

Ce chiffre de 293 volumes , donné par Papou , étonne d'abord et paraît trop faible. Mais si l'on y ajoute le nombre approximatif de 60 à 70 volumes, non mentionnés par Borrelli, et, de plus, les 24 volumes de Ratio Thesauri et de Gedularia, dont on ne tenait primitivement pas compte , on arrive au total des 378 volumes existant aujourd'hui.

Reste à expliquer toutes ces divergences. Rien de plus facile d'ailleurs, suivant nous. Il suffit d'examiner avec soin la collection pour se convaincre que les Registres angevins conservés actuellement ne sont plus tous ce qu'ils étaient , lors dé leur formation au seizième siècle. Un assez grand nombre ont été remaniés et quelquefois recomposés à nouveau. Par suite des terribles épreuves par lesquelles les archives avaient passé, par suite également de l'état d'abandon si bien décrit par l'historien de la Provence , certains volumes , sans avoir entièrement disparu , comme on le croyait , avaient perdu leur reliure ou n'existaient plus qu'à l'état de fragments épars. Postérieurement au passage de Papou, on s'est servi de ces fragments pour reconstituer de nouveaux volumes , qui ont été formés avec les débris des premiers Registres angevins, absolument comme ces premiers Registres angevins avaient euxmêmes été créés par la réunion de ce qui restait des registres primitifs. Tel est le cas notamment pour les Registres angevins 12 et 183 , que l'on trouvera mentionnés dans notre Analyse des registres actuels. En outre, il y a d'autres registres qui ont été reliés à nouveau. Or, dans cette opération, il est arrivé deux choses. D'une part, on n'a pas reproduit exactement, sur la nouvelle reliure, les indications, qui y étaient primitivement, ce qui suffit pour détruire la relation avec la liste du Vindex. D'autre part, plu-

sieurs registres ont été dédoublés et l'on a fait deux volumes de ce qui n'en était qu'un seul du temps de Borrelli et de Papou. Le fait est attesté d'une manière formelle par la numérotation des feuillets en chiffres arabes, numérotation qui remonte au moins au dix-septième siècle. Ainsi le registre : Garolus i, 1278 D, comprenait 376 feuillets numérotés. Aujourd'hui ce registre est partagé en deux portions; les feuillets 1 à 158 forment le Registre angevin 31, et les feuillets 169 à 370 le Registre angevin 32. D'un autre registre, qui porte, dans la collection actuelle, leno21, on a extrait les feuillets 45 à 108 pour former le Registre n° 20. Que l'on suppose en outre, dans la liste de Borrelli, quelques légères fautes d'impression à corriger, supposition que rend, hélas! trop admissible le nombre des erreurs évidentes, et l'on aura tous les éléments nécessaires pour mettre en parfaite harmonie la liste des volumes signalés au dix-septième et au dix-huitième siècle avec celle des Registres angevins actuels.

Prenons pour exemple les registres de Charles P"". Nous avons déjà dit qu'il paraît y avoir, au premier coup d'oeil, onze registres perdus et qu'à leur place on a cinq registres nouveaux. Les registres que l'on ne retrouve plus sont les suivants :

Garolus 1, 1267 L

Liber expensarum domus régie.

Tout d'abord, il faut écarter le liber expensarum domus régie. En effet, ce liber expensarum n'a pas disparu, il -existe parfaitement aujourd'hui dans la collection des Registres angevins sous le numéro 128. Seulement, ce volume se rapporte en réalité au règne de Charles II , et c'est par suite d'une confusion ou d'un lapsus calami que Borrelli l'a rangé très à tort parmi les registres de Charles 1er. Sur les dix autres registres, huit sont bien réellement perdus. Restent deux titres de registres qui sont sujets à discussion. Ces deux titres sont Garolus I, 1272 D, et Garolus T, 1273 B.

Nous avons d'autre part ciuq registres non mentionnés dans le Vindex. Mais, sur ces cinq registres, l'un doit son origine à undédoublement de l'ancien registre 1278 D, qui, au lieu d'un seul volume, en forme maintenant deux (Registres angevins 31 et 32). Il n'y a donc lieu de se préoccuper que de quatre registres qui sont : le numéro 12 portant la mention hybride de Garolus III, 1271, et les n"' 19 , 20 et 21 portant tous trois le même titre : Garolus I , 1274 B.

Le registre numéro 12 est, comme nous l'avons déjà dit, un volume factice formé, à une époque lelativement récente, avec des débris d'anciens Registres angevins. Il n'existait pas à l'époque de Papon et, à plus forte raison, de Borrelli. Les trois autres, n"' 19, 20 et 21 , se réduisent en réalité à deux , les Registres angevins 20 et 21 n'étant que deux portions d'un seul et même Registre angevin qui a été divisé. Or, il nous paraît évident qu'il faut, malgré la ditierence de titres, reconnaître dans ces deux registres les deux registres de Borrelli qui sont encore à retrouver. La divergence entre les titres s'explique aisément.

Lorsqu'on a démembré un des anciens registres pour former les registres 20 et 21., il a fallu nécessairement de nouvelles reliures. A-t-on reporté exactement sur les dos de ces nouvelles reliures le. titre qui se trouvait sur l'ancienne? Assurément non, puisqu'on a imprimé sur ces nouveaux volumes l'indication : Garolus 1, 1274 B, qui se trouvait déjà sur un autre registre, sur le n" 19. Le titre actuel est donc récent, et rien n'empêche de croire qu'il a été mis par erreur à la place de la mention : Garolus I, 1272 D, donnée par le Vindex neo,politan3e nobiUtatis. La chose est d'autant plus vraisemblable que les premiers actes renfermés dans ce registre sont justement de 1272.

Il est encore plus facile d'identifier le Registre angevin n» 19, Garolus 1, 1274 B, avec le Garolus I, 1273 B, de Borrelli. La liste de Borrelli porte textuellement : « 1273 A. B. » Il n'y a qu'à faire une légère correction , en supposant un chiffre d'année omis à l'impression, et à lire : 1273 A [1274] B , pour que l'identité devienne certaine.

L'exactitude de ce résultat est d'ailleurs mathémaliquement prouvée. En effet, d'après notre système, il n'y aurait en tout et pour tout, parmi les registres de Charles P"" , que trois volumes nouveaux venant s'ajouter à ceux qui existaient antérieurement, savoir : le Registie angevin 12, formé de pièces et de morceaux, et les deux Registres 20 et 31, issus chacun d'un dédoublement de regislre. D'autre part, les registres perdus se réduiraient à huit.

Or, si nous retranchons les trois volumes récemment lormés du nombre actuel de;49 volumes de Charles I" , nous arrivons au chiffre^de 46, qui est celui donné par Papon en 1784 ; si maintenant nous ajoutons à ces 46 volumes les huit registres perdus et le LiBEH EXPENSARUM, que Borrelli attribuait à tort au premier roi angevin, nous obtenons justement ce total de 55 volumes donné par la liste du Vindex neapolUanx nobililalis.

Ainsi donc en résumé, des 444 Registres angevins existant en 1585 , registres dont le nombre était déjà réduit à 436 en 1653 et à 428 en 1677 , il ne restait plus que 293 volumes encore intacts à la fin du siècle dernier.

Depuis lors , le nombre de ces volumes s'est accru par le dédoublement de plusieurs des anciens registres et par la recomposition de nouveaux volumes formés avec les débris des registres détruits. A ces Registres angevins proprement dits on a mêlé les 24 volumesdeRATio thesauri et de gedularia, jusqu'alors comptés à part , et l'on est arrive au chiffre total actuel de 378 volumes.

En ne t<Miant compte que des noms de souverains ou de princes et des mentions d'années qui sont imprimés sur la reliure des volumes , indications qui sont d'ailleurs , comme ou le verra plus bas, loin d'être toujours exactes, les 378 Registres angevins ont été répartis de la manière suivante :

Charles P-- (1268-1284), Charles 11(1288-1309), Robert et son fils Charles

l'Illustre (1309-1343), Jeanne 1"= (1343-1352), Charles III (1381-1384), Ladislas (1390-1410), Jeanne 11(1415-1423),

(1) Dans ce nombre est compris le Registre angevin \1 , que l'on a formé à une époque relativement récente, en lui donnant le titre malencontreux, qui ne signifie absolument rien , de Carolus III. l'iTI.

(2) Deux de ces volumes sont au nom de Robert, alors vicaire général du royaume.

(3) Les registres de Charles l'Illustre, au nombre de cinquante-deux , sont mélangés avec ceux de son père , le roi Robert, suivant l'ordre chronologique.

49 volumes

Reg. an g,

20 INTUODUCTION.

(]e classement et cette niimérotalion des registres sont dus au marquis Angelo Granito, prince de Belmonte, surintendant des archives du royaume, et ont été définitivement arrêtés vers l'année 1854 (1).

Le second successeur du prince de Belmonte , Francesco Triachera , a imaginé, en 1872, un nouveau classement de la collection qui aurait le grave défaut d'introduire une confusion extrême entre les anciens et les nouveaux numéros d'ordre , sans offrir aucun avantage (2).

Le système de M. Trinchera consiste :

lo A réunir aux registres du roi Robert les registres de ce même Robert comme capitaine général du royaume du vivant de son père Charles II, registres qui en réalité appartiennent au règne de Charles II.

2° A séparer les registres du roi Robert et ceux de son fils Charles l'Illustre, mélangés suivant l'ordre chronologique dans le classement de 1854.

3° Enfin , à former deux classes distinctes avec des registres portant sur leur reliure des mentions spéciales : les registres désignés sous le nom de iiatio thesauri, renfermant des comptes du roi Robert et de son fils, et les registres appelés cedularia qui contiennent des cedule taxationis ou rôles de répartition des taxes et impôts (3).

D'après ce système, la collection des Registres angevins se répartirait ainsi :

Charles P'. — 49 volumes. Registres angevins, n°' 1 à 49.

Charles II. — 132 volumes. Registres angevins, n"** 50 à 181.

Robert et son fils Charles l'Illustre. — 128 volumes (4). Registres angevins n"' 182 à 309.

Jeanne P^. — 25 volumes. Registres angevins n°* 310 à 335 (5).

(1) Prince de Belmonte, Legli Archivii napolitani, discorso, p. 53.

(2) Trinchera, Degli Archivii napolitani, relazione, Napoli, 1872, tavola XIII, pages 253 à 258.

(3; Cette division ne présente aucune espèce d'intérêt et ne peut qu'induire en erreur, car on rencontre souvent des comptes ;du trésor et des listes d'impositions dans les volumes ne portant pas de titres spéciaux, et qui sont restés confondus dans la série chronologique.

(4) Il paraît y avoir une erreur dans cette partie de la liste; car, en adoptant le système de M. Trinchera, on arrive, pour Robert et son fils , à 129 et non à 128 volumes.

(5) Un des registres de la reine Jeanne : « Luoovicus et Johanna, 13'i5-1346 » a reçu par erreur deux numéros d'ordre : 326 et 327.

Charles III. — 3 volumes, n°^ 336-338.

Ladislas. — 11 volumes, n°» 339-349.

Jeanne II. — 5 volumes, n°' 350-354.

Ratio thesauri. — 19 volumes (1313-1337), n"' 355 à 373.

Gedularia, 5 volumes (1316-1418), n"'* 374-378.

Quoique présenté, daus le dernier travail officiel sur les archives de Naples, comme se rappoi'tant à l'état actuel de la collection, le classement de M. Trinchera n'a heureusement nas été mis en

vigueur. Ce sont toujours les numéros d'ordre donnés par le prince de Belmonte qui servent à ranger comme à désigner les Registres angevins. La table publiée en 1872 n'est donc jusqu'ici qu'un simple projet. Mais il était nécessaire d'insister sur ce point , parce que l'ouvrage de M. Trinchera est beaucoup plus répandu que celui du prince de Belmonte et pourrait donner lieu à de perpétuelles confusions.

Comme on le voit d'après ces diverses listes , les registres sont très inégalementdistribués entre les rois de la dynastie angevine. Les trois règnes de Charles I", Charles II et Robert, qui occupent ensemble 332 volumes sur 378, forment de beaucoup la portion la plus précieuse de la collection. Déjà, avec Jeanne I'", on retombe à 25 volumes. 21 registres seulement représentent la branche de Durazzo , qui a cependant occupé le trône de Naples pendant plus d'un demi-siècle (1381-1435). La collection n'embrasse même pas en entier la fin de la période angevine. Le dernier volume porte la date de 1423, tandis que la reine Jeanne II n'est morte qu'en 1435.

Cette répartition des volumes , adoptée dans le classement moderne des registres, est faite, il est vrai, d'après les titres imprimés au dos de la reliure. Or, ces titres, nous allons le dire, ne correspondent que très imparfaitement aux pièces contenues dans les volumes. On rencontre assez souvent des actes émanés de la reine Jeanne I''^ ou du roi Charles III en dehors des volumes qui portent leur nom (1). Toutefois ces fragments sont trop peu importants pour atténuer, d'une façon sensible, la différence qui existe entre les premiers et les derniers règnes.

D'ailleurs, il faut ajouter que cette inégalité peut s'expliquer d'une manière très naturelle. En effet, Bolvito affirme, en 1585 , d'après un témoignage qui lui paraît digne de foi, que beaucoup de registres et surtout ceux de Charles III et de Ladislas, ont été

(1) Par exemple, dans les Registres angevins 12, 16, etc. Voir l'analyse de ces registres à la fin du volume.

transportés dans les archives de l'île de Sicile et de l'Aragon (1). La chose est, en sonome, fort admissible, et il n'y aurait rien d'étonnant à ce que l'on retrouvât quelque jour, en Espagne,' des volumes appartenant à la même série que ceux des archives de Naples.

Dans leur état actuel, les Registres angevins sont des volumes sur parchemin (2), de format in-folio , et en général assez épais, surtout pour les règnes de Charles II et do Robert. La reliure, uniforme pour toute la collection , est en veau rouge avec dos de veau fauve; elle est munie de deux fermoirs en cuivre. Sur le dos est une inscription poussée en or qui date de la formation des volumes ; elle contient un nom de prince, une date d'année et une lettre majuscule servant à distinguer les divers registres d'une même année; par exemple: CarolusI, 1268 A; Garol. illustris, 1318 A; Robertus , 1317 B. Parfois il s'y trouve une mention relative au contenu du volume : Carolus I, liber donationum (3) ;

CaROLUS II , LIBER EXPENSARUM (4) ; ROBERTUS , RaTIO THESAURI ,

1318 B (5). Les mentions de cette nature sont relativement rares. Pour les règnes de Charles F"" et de Charles II, on ne peut citer que les deux exemples qui viennent d'être rapportés. On rencontre plus fréquemment les mots : Ratio thesauri, sur des volumes de comptes remontant à l'époque du roi Robert, et l'expression Cedularia sur des registres de Robert et de Jeanne II.

Au-dessous de l'inscription contemporaine de la reliure est placée une étiquette bleue, moderne , portant un chiffre également imprimé en or. Ce chiffre désigne le numéro d'ordre du volume dans le classement du prince de Belmonte.

C'est d'après lui que seront faites toutes les citations du présent travail ; les anciens auteurs, au contraire, lorsqu'ils veulent citer un registre , le désignent toujours par la mention du règne , de l'année et de la lettre majuscule qui ont été pendant longtemps la seule indication portée sur la reliure.

Dans l'intérieur, sur la garde, au verso de la couverture, est collée une petite étiquette rédigée en italien , et qui date également de l'administration du prince de Belmonte. Elle contient,

(t) Archivio storicù per le provincie napoletane, I, p. 605.

(2) II faut excepter les registres qui portent actuellement les n"* 368 et 378, et qui sont sur papier. Voir, dans notre Etude sur les Registres angevins, le chapitre X.

(3) Registre angevin. n<>7.

(4) Registre angevin, n" 128.

(5) Registre angevin, n» 216.

avec le numéro d'ordre du volume , des indications relatives au nombre des feuillets , aux lacunes qui se rencontrent dans leur numérotation moderne en chiffres arabes , et aux mutilations que l'on constate. Bien que cette étiquette soit de date fort récente, elle ne correspond déjà plus à l'état réel du volume. Dans plusieurs registres, le nombre des feuillets manquants a sensiblement augmenté, de nouvelles lacunes se sont produites, et des fragments parfois assez cdnsidérables ont disparu sans laisser de traces. Ainsi l'œuvre de destruction commencée au quatorzième siècle a duré jusqu'à nous, et n'a cessé de faire subir aux Registres angevins des pertes irréparables.

Tel est l'aspect extérieur de la collection. Si l'on passe à l'examen des documents qu'elle renferme , on ne peut s'empêcher d'être frappé tout d'abord par l'extrême désordre qui y règne , surtout dans les premiers volumes relatifs à Charles I". Un seul exemple suffira pour en donner une idée. Le registre n» 2, Garo- Lus I, 1268 O, qui ne compte en tout que 128 feuillets, ne renferme pas moins de cinquante-quatre fragments , répartis en dixsept années : 1257, 1267, 1268, 1269, 1270, 1271, 1272,1273, 1274, 1275, 1276, 1277, 1278, 1281, 1282, 1283 et 1321.

Les mentions d'année et de règne imprimées sur le dos des volumes viennent encore augmenter cette confusion. Presque toujours elles ne correspondent qu'en partie au contenu réel des registres ; parfois elles sont absolument erronées. Ainsi le registre no 1, Carolus I, 1268 A, ne renferme que des pièces de 1276, 1277 et 1278; le registre n» 11 , Carolus I , 1271 B , est tout entier de 1270; le registre n" 29, Carolus I, 1278 A, ne contient pas un seul acte de 1278.

Aucune règle fixe n'a présidé à la composition des volumes. Les débris des anciennes archives ont été reliés au hasard. Tantôt on a réuni deux ou trois registres primitifs conservés à peu près intacts. Tantôt on s'est borné à joindre ensemble des fragments informes ou des feuillets séparés. Nul souci de les classer ni de chercher à rapprocher les restes des cahiers primitifs. Tel des anciens registres est dispersé dans cinq ou six des volumes actuels ; tel autre se trouve inséré dans un seul volume; mais il est mutilé , partagé en nombreux tronçons ; les feuillets sont intervertis, séparés atout instant par de maladroites insertions , quelquefois même reliés à l'envers. Souvent les pièces transcrites sur le verso d'un feuillet et le recto du feuillet suivant sont coupées en deux ; et le lecteur cherche vainement les dernières lignes d'un acte dont le commencement seul est entre ses mains.

Les dates, les règnes même sont confondus. On trouve, reliés ensemble, des documents écrits à un siècle de distance, des mandements de la reine Jeanne I""* ou de Charles III de Durazzo à côté de lettres émanées de Charles I". Le registre 16, Garolus I, 1272 E, que nous citerons seul pour ne pas trop multiplier les exemples, renferme à la fois des actes rendus par Charles, prince de Salerne , lieutenant général du royaume sous son père le roi Charles I" , par le même personnage devenu le roi Charles II , par son fils Charles, roi de Hongrie, par le roi Robert, par Charles l'Illustre, duc de Calabre, par la reine Jeanne I", par le roi Charles III, par la reine Marie, femme de Charles II, et par la reine Clémence de Hongrie, sa belle-fille. Les plus anciens sont de 1272 , les derniers de 1384.

Dans certains cas, on peut, à la rigueur, sinon excuser, du moins expliquer, l'extrême confusion introduite dans la collection par les archivistes du seizième siècle. Il est certain que l'attribution des fragments à telle ou telle année , à tel ou tel règne , offre parfois des difficultés sérieuses et exige un examen critique fort délicat. Comme on le verra dans le chapitre XI de notre étude, les formules dedébutdes actes sont généralement réduites, dans les registres, au nom du prince ou à de simples initiales, suivies de la mention etc. : c Karolus , etc. ; Kl. etc. » De là une première cause d'obscurités. Quel est ce Karolus , qui figure en tête de la pièce? La dynastie angevine compte trois rois de ce nom. De plus, trois princes du sang, également appelés Charles, ont exercé l'autorité suprême comme lieutenants généraux du royaume, et à ce titre ont rendu des actes administratifs, transcrits dans les registres de la chancellerie de la même manière que les mandements royaux. Ce sont : Charles, prince de Salerne, fils de Charles I", plus tard roi sous le nom de Charles II ; Charles, roi de Hongrie , fils aîné du précédent, et Charles l'Illustre , duc de Calabre, fils unique du roi Robert , ces deux derniers morts avant leurs pères. Entre ces différents personnages, le doute est fréquent, surtout lorsqu'ils ont exercé presque simultanément le pouvoir souverain. Certaines périodes ont été particulièrement fécondes en problèmes de ce genre : telles les cinq ou six années qui précèdent et suivent immédiatement la mort du premier roi angevin. Dans ce court espace de temps, on distingue quatre catégories de documents commençant par le même nom de prince : actes de Charles I", actes de Charles 11 comme lieutenant général , actes du même Charles II comme roi, et actes de son fils Charles, héritier présomptif de la couronne.

Ce qui précède s'applique aux fragments renfermant un nom de roi ou de prince. Or, il arrive aussi très souvent qu'au lieu d'abréger la formule initiale de l'acte, on la supprime entièrement pour y substituer les mots : Scriptum est N

L'indétermination devient alors absolue. Nous indiquerons bien une règle de critique, d'ailleurs assez délicate, qui peut dans ce cas servir de guide (1). Mais cette règle, personne, à notre connaissance du moins, n'a songé jusqu'ici à la formuler. A plus forte raison n'a-t-elle pas été mise en pratique, lors de la rapide formation des volumes actuels.

Les difficultés sont plus grandes encore quant à la date exacte de certains fragments. En règle générale, jusqu'à la fin du treizième siècle, la date des actes insérés dans les registres était fort abrégée et réduite, comme éléments, à la mention du lieu, du jour et de l'indiction. Dans le calcul des indictions, le même chiffre se représente périodiquement tous les quinze ans. Certains fragments peuvent donc présenter les mêmes indications chronologiques, et cependant avoir été écrits à quinze ou trente ans de distance. Cette indécision persiste, alors même que l'on sait exactement à quel règne attribuer ces débris de registre. Tel acte portant le nom du roi Charles I", et daté de la onzième ou de la douzième indiction, est-il de 1267-1268 ou de 1282-1283?- de 1268-1269 ou de 1283-1284? Encore une incertitude à résoudre, que les archivistes du seizième siècle n'ont même pas cherché à discuter.

Quelquefois il semble impossible de trouver une solution rigoureusement exacte à ces problèmes concernant les dates. On verra que, dans les registres où la formule initiale était supprimée, la date , au lieu d'être transcrite à la fin de l'acte , était

placée en tête avant les mots : Scriplum est N Dans ce cas, la

mention du jour était seule indiquée pour chaque pièce , l'indiction n'étant exprimée que dans le premier acte de chaque cahier. Si, par un de ces accidents trop fréquents dans les Archives angevines, le premier feuillet du cahier a disparu ou a été transposé , on est privé de tout élément chronologique. relatif à l'année, et forcé de se livrer à un examen des plus minutieux avant de pouvoir dater le fragment. Le souvenir de tel ou tel événement , le nom d'un fonctionnaire, la mention d'un acte antérieur peuvent quelquefois suppléer à l'absence d'indication positive; mais bien souvent on n'arriverait qu'à un résultat fort approximatif, si l'on

(I) Elude sur Us Regiilres angevins, chapitre VIL

26 fNTRODUCTION.

se bornait à étudier les fragments isolés sans recourir à la restitution des registres primitifs.

Cette obscurité dans les dates et cette diffîculté d'attribution à tel ou tel prince ont certainement contribué à accroître le désordre qui règne dans les Registres angevins , surtout dans les premiers volumes de la série. Toutefois la rapidité et la négligence que l'on a mises à préparer les volumes modernes sont les véritables sources de cette confusion. Gomment expliquer autrement que par un défaut complet d'attention la réunion, sous une même reliure , d'actes portant en toutes lettres les noms de Charles I", de Robert et de la reine Jeanne ? D'ailleurs, les erreurs persistent encore dans les registres du quatorzième siècle, alors que le nom du prince toujours exprimé et la date transcrite en entier ont fait disparaître la nécessité des discussions délicates et des examens minutieux.

Après les détails qui viennent d'être donnés, il est inutile d'insister sur les difficultés que présentent actuellement les recherches, au milieu d'une pareille confusion.

Le seul moyen de rendre plus accessible une collection si précieuse pour l'histoire du moyen âge consiste évidemment à dresser un catalogue détaillé de tous les volumes, pour ainsi dire page par page, et à déterminer avec précision, pour chacun des fragments qui composent le volume, la date exacte des pièces qu'il renferme, l'autorité dont elles émanent et le titre du registre auxquels ces feuillets ont anciennement appartenu. Ce titre seul suffira à indiquer la nature des actes, si l'on a eu soin de bien établir auparavant ce que contenaient les différentes classes de registres dans l'organisation primitive des Archives angevines.

Tel est le but que nous nous sommes proposé en publiant V Analyse des Registres angevins remontant au règne de Charles i*'. Notre examen ayant porté non pas seulement sur les registres de Charles I", mais sur tous les volumes de la collection , nous aurions pu étendre , dans des proportions beaucoup plus vastes, cette analyse de Registres angevins. Mais, comme nous ne pouvions évidemment songer à embrasser dans leur ensemble cette masse énorme des 378 volumes conservés à Naples, nous avons cru qu'il valait mieux resserrer le cadre de nos études dans des bornes nettement délimitées, et nous en tenir uniquement aux registres contemporains du fondateur de la dynastie angevine. Du reste, ces premiers volumes sont à la fois de beaucoup les

plus délicats à analyser, les plus féconds en discussions critiques et surtout les plus intéressants au point de vue français.

Une fois ce travail d'analyse terminé, il restait à rapprocher les fragments ayant fait originairement partie des mêmes registres primitifs. Nous ne nous sommes pas borné à cet égard à réunir simplement ensemble les actes de même date et de même nature. Nous avons voulu reconstituer réellement les anciens registres , tels qu'ils existaient du temps de Charles P"", avec leur classement variable suivant los années, et en retrouvant même jusqu'aux erreurs ou aux omissions dont on doit accuser l'inadvertance des clercs de la chancellerie. Dans cette restitution , nous nous sommes soumis aux règles de la plus sévère critique, en discutant soigneusement tous les éléments, éléments paléographiques, diplomatiques ou simples particularités matérielles, sur lesquels nous nous appuyons.

Nous avons dressé ainsi deux grandes listes parallèles et se renvoyant mutuellement l'une à l'autre: la première se référant à Vétat actuel des Registres angevins modernes, la seconde à ïétat primitif des Registres restitués. Ces deux listes donnent les éléments d'une réponse aux deux questions suivantes :

« Que contient, comme date et comme nature de pièces, tel fragment de tel Registre angevin actuel remontant au règne de Charles P"- ? »

« Où se trouvent aujourd'hui dispersés tous les feuillets contenant telle espèce d'acte pour telle époque du même règne?... »

Tous les termes dont nous nous servons, et pour l'analyse des Registres angevins et pour la restitution des registres primitifs , sont expliqués dans les premiers chapitres de notre Etude consacrés aux dispositions et classements primitifs des registres. Nous traitons ensuite de Vétat matériel des anciens registres ; des règles de diplomatique qui y sont suivies ; enfin de l'organisation de la Chancellerie et des Archives sous le règne de Charles P'' d'Anjou. Avant de passer à l'analyse des anciens registres, qui termine ce premier volume , nous donnons encore en appendice quelques renseignements sur les trois fonds- qui complètent la série des archives angevines : les Fascicoli, les Arche in pergameno et les Arche in carta bamhagina.

Dans le second volume, à la suite de la restitution des registres primitifs, se placeront une bibliographie des ouvrages ou des publications de pièces intéressant les Registres angevins , et des listes chronologiques des grands officiers et des justiciers, de 1265 à 1285.

Notre travail achevé, il nous reste à témoigner toute notre gratitude pour l'excellent accueil qui nous a été fait aux Arcliives de Naples, dui'ant de longs mois d'études et de recherches-. Nous devons tout spécialement remercier M. le commandeur Bartolomeo Capasso, surintendant des Archives, et M. Raffaele Batti, dont la complaisance et les bons offices ne nous ont jamais fait défaut. Nous ne saurions non plus oublier M. l'avocat Francesco Migliaccio, qui nous a prêté l'appui de son érudition et de son expérience, lorsque nous avons commencé à aborder la masse immense des Archives angevines.

Paris , juillet 1885.

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