DIVISION GÉNÉRALE DES REGISTRES EN SÉRIES. LE POUVOIR CENTRAL
Dans la composition du recueil factice que l'on désigne sous le nom de Registres angevins sont entrés divers éléments qu'il importe de bien distinguer. Ce sont, d'une part, des registres proprement dits, destinés à recevoir la transcription des actes émanés du souverain, ou des personnages exerçant à sa place le pouvoir suprême avec le titre de vicaires ou de capitaines généraux du royaume; et, d'autre part, des cahiers de comptes du Trésor ou de comptes de l'Hôtel , rédigés par certains agents financiers et remis par eux , comme pièces justificatives, aux maîtres des comptes chargés de vérifier la sincérité de leur gestion.
Nous reviendrons plus loin sur ces comptes des Trésoriers et des Greffiers de l'HôleL Occupons-nous d'abord exclusivement de ce qui a trait aux registres proprement dits. C'est ici que la restitution des registres primitifs, tels qu'ils existaient au treizième siècle, s'impose comme un élément indispensable. En effet les Registres angevins actuels , examinés individuellement, ne laisseraient que très difficilement reconnaître quelques-unes des règles générales adoptées par la chancellerie napolitaine. Ces mêmes règles apparaissent au contraire avec beaucoup de netteté, si l'on fait, en quelque sorte, abstraction des volumes factices , formés au seizième siècle, pour s'appuyer exclusivement sur l'exa-
32 ÉTUDE SUR Li:S REGISTHES ANOEVINS.
meii et sur la comparaison des registres primitifs restitués (1).
L'usage de transcrire les actes administratifs et de former des registres conservés auprès du roi est antérieur, dans le royaume de Naples, à l'avènement de la dynastie angevine. Déjà dans les archives des rois normands, sous Guillaume I", on voit figurer des registres appelés Defelarii (2). Mais les recherches faites à ce sujet tendent à prouver que ces registres, dont il ne reste aucun débris, si ce n'est peut-être une liste des barons, du temps de Guillaume II, copiée au quatorzième siècle (3), étaient plutôt des cartulaires , des recueils de coutumes et d'usages suivis à la cour de Palerme, ou de pièces constatant les droits de la couronne, des listes de fiefs el de terres concédées , sans doute quelque chose d'analogue au liber donationum de Charles I", dont on trouvera plus loin la description (4).
Sous les princes de la maison de Souabe, nous rencontrons, au contraire, de véritables collections administratives formées parla chancellerie et qui annoncent déjà les registres angevins. Des textes assez nombreux et fréquemment cités attestent que, contrairement à une opinion courante qui attribuait à Charles I" la destruction des archives de la maison de Souabe, ces documents étaient soigneusement conservés et souvent consultés (5). Aujour-
(1) Dans tout le présent ouvrage, nous conservons l'expression de Registre angevin pour désigner les volumes actuels qui ont reçu, dans le classement adopté aux archives de Naples, un numéro d'ordre progressif en chiffres arabes, l^ar Registre primilif, nous entendons toujours les registres que nous avons cherché à recomposer et auxquels nous avons donné, dans notre Restitution, des nunaéros d'ordre en chiffres romains.
(2) De l'arabL'deptar ou difter; ou plutôt, pour remonter à la véritable origine du mot, du grec Supâépa , signifiant « parchemin » et, par extension , « registre sur parchemin ».
(3) Cette liste, reliée dans un des Registres angevins, n» 242, f"' 13 à 62, a été publiée par Borreili dans le Vindex neapoUtanœ nobilitatis et soigneusement étudiée par M. Capasso, dans un excellent mémoire Sul catalogo dei feudi e dei feudatarii délie provincie napolitane sotlo la dominazione normanna , publié à Naples, en 1870, dans le tome IV des Atti delta reale accademia di arclieologia, ktteratura e belle arti.
(4) L'existence de ces registres est rapportée par Hugo Falcandus : De rébus gestis in Sicilias regno historia (Grœvius et Burman, Thésaurus antiquitatum et historiarum Sicilie, tome V, col. 32).
Voira ce sujet ; Michèle Amari, Sloria dei musulmani di Sicilia, vol, III, parte I, p. 324; Capasso, Sul catalogo dei feudi e dei feudctarii... sotto la dominazione normanna, p. 324; G. Silvestri, Sallo stato e sulla riforma délia legislazione de' pub blici Archiva in Italia, pp. 69-71; G, dei Giudice, Del grande archivio di Napoli, pp. 3 et 4.
(5) Voir à ce sujet : Chiarito , Commento sulla costitutione di Federico II : De in-