DIVISIONS CHRONOLOGIQUES DES REGISTRES
crée un registi'i3 spécial pour les lettres aux justiciers, expédiées pendant la durée du siège de Lucera, dernier boulevard des partisans de la Maison do Souabe, que le roi attaque en personne (I). Au commencement de la XlV'e indiction (1270), on réunit dans un même registre toutes les lettres données pendant la Croisade devant Tunis; et ce registre est lermé dès que Charles P"" quitte le sol de l'Afrique (2).
Les mutations dans le haut personnel de la chancellerie exercent aussi une grande influence. Qu'il y ait un changement de chancelier, ou même que le chancelier, tout en conservant sa charge , tombe malade et soit obligé de remettre momentanément les sceaux au vice-chancelier ; et l'on abandonne les registres en cours pour en ouvrir de nouveaux ; quitte, dans le cas d'une simple indisposition passagère, à revenir aux premiers registres, lorsque le titulaire se trouve en état de reprendre la direction de la chancellerie (3). Dans le même ordre d'idée, on voit, pendant la IIP indiction, les deux vice-chanceliers, qui sont appelés simultanément à l'expédition des actes, faire exécuter chacun des registres spéciaux qui constituent deux séries parallèles.
Mais , alors même que l'application des règles ordinaires est ainsi troublée, on continue toujours autant que possible à tenir compte de l'indiction. Ces registres brusquement interrompus avaient été commencés au l""" septembre. Ces nouveaux volumes, qui sont ouverts à une époque quelconque, sont destinés à s'étendre jusqu'au 31 août suivant , à moins , bien entendu , qu'il ne se produise dans l'intervalle un autre incident déterminant un second arrêt. Il est extrêmement rare de constater une dérogation formelle et sans justification possible à la règle de l'indiction. Dans toute la série des registres de la Chancellerie renfermant des actes de Charles P"", on n'en rencontre aujourd'hui que deux exemples absolument certains : le registre d'Extravagantes extra regnum , désigné sous le nom de « Registrum Francie et Provincie, » dont nous avons déjà parlé (4) , et le registre commencé le 22 novembre 1270 après le retour de la croisade de Tunis (5). Ce dernier registre , au lieu d'atteindre la fin de là XI V» indiction , a été mis de côté quatre semaines trop tôt, dès le commencement
(1) Registre primitif n» VII.
(2) Reg. primitif n" XXVIII.
(3) Voir la Restitution des registres primitifs de la XV" et de la I" indictiuii.
(4) Voir plus haut p. C3.
(5) Registre primitif n" XXIX.
du mois d'août, ce qui aeutraîué comme conséqueuce l'ouverture pi'émalurée des regislres destinés à contenir les actes de la XV" indiclion (1).
Le nombre des actes expédiés par la chancellerie pendant une période donnée est naturellement en rapport avec l'étendue de cette période. Si l'indiction est partagée en deux ou trois sections, l'espace occupé par les diverses séries d'actes se trouve proportionnellement réduit pour chacune de ces sections. Au lieu de plusieurs cahiers on n'a plus que quelques feuillets. Aussi , dans ce cas , a-t-on souvent opéré des groupements entre les grandes classes qui devraient régulièrement se trouver séparées. Parfois les actes adressés aux secreti et aux magistri procuratopes elportulani ont été reliés avec les lettres aux justiciers (2) ou avec les Extravagantes (3). Mais la disposition la plus fréquemment employée est celle qui consiste à réunir dans un même volume l'ensemble de tous les actes que la chancellerie a expédiés pendant ces quelques mois (4). Ces groupements ne se rencontrent jamais que dans les registres embrassant moins d'une année. Nous les retrouvons aussi dans les registres ayant l'aspect des registres de la Chancellerie mais destinés à servir de registres de la Chambre (5). Lorsque l'indiction n'a pas été divisée , lorsque les séries se continuent régulièrement depuis le 1" septembre jusqu'au 31 août, les registres de la Chancellerie forment toujours au moins trois volumes : le premier pour les actes aux justiciers; le second pour les lettres aux secreti , magistri procuratores et portulani et magistri mas sarii ; \e troisième, pour les Extravagantes et les actes gracieux.
Quelle que soit d'ailleurs la disposition adoptée, les grandes classes se présentent toujours dans l'ordre que nous avons suivi pour notre étude du chapitre précédent. En tête , les actes adres-
(1) Ces registres, commencés au mois d'août de la XIV' indiction (Registres primitifs, n" XXX, XXXI, XXXIII, XXXIV et XXXVI), s'arrêtent au mois de janvier de l'indiction suivante. Ils senibleraienL donc, au premier abord, constituer, eux aussi , une dérogation à la règle générale. Mais il est certain qu'on avait l'intention de les prolonger jusqu'à la fin de la XV" indiction. Les titres mentionnés par les listes de 1284 en font foi. Si les registres ont été plus tard brusquement arrêtés, c'est à cause de la mort du chancelier GeolTroy de Beaumont.
(2) Registres primitifs n»' VI et XVI.
(3) Registres primitifs n°» LXIV et CXL.
(4) Registres primitifs n"' XVII, XVIII, XIX, XXVIII, XXIX et XLII.
(5) Registres primitifs n"' LXXXIII, XCl , CXXXIX et CLll. Voir plus bas le c-lia|)ilrc IV, p. 90.