DIVISION GÉNÉRALE DES REGISTRES EN SÉRIES
d'hui , il ne reste plus qu'un fragment de registre sur papier remoulaut au règne de l'empereur Frédéric II (1). Encore Huillard- Bréholles reconnaît-il dans ce fragment, non un original, mais une copie à peu près contemporaine (2).
Le 28 juin 1265 , par une bulle célèbre, le pape Clément IV , considérant les descendants de Frédéric II comme déchus de la couronne de Sicile, transporta ce royaume, fief vassal du Saint- Siège, à Charles de France, comte d'Anjou et de Provence, frère du roi saint Louis. Presque aussitôt , le nouveau roi de Sicile commença à faire enregistrer quelques-uns des actes administratifs expédiés par sa chancellerie. Son premier registre, dont nous possédons encore trois feuillets , débute, en effet , par un acte donné à Home le 15 juilUit 1265, dix-sept jours seulement après l'octroi de la bulle d'mféodatiou (3).
En agissant ainsi, Charles d'Anjou sougeait-il à suivre la tradition déjà établie à Naples ? Une pareille supposition est bien peu vraisemblable ; car de longs mois devaient s'écouler entre l'ouverture de ce premier registre et le moment où Charles d'Anjou serait enfin en mesure de franchir, les armes à la main , la frontière des Etats donnés par le Souverain-Pontife. Les dates sont ici intéressantes à comparer. Dans la portion encore subsistante du premier registre , les pièces transcrites in exlenso ou analysées d'une façon détaillée ne dépassent pas le 10 décembre 1265. Elles sont donc toutes antérieures à la bataille de Bénévent (26 février 1266) qui assura le triomphe du prince français sur Maufred, antérieures même à l'entrée en campagne et à la cérémonie qui en fut le prélude, au couronnement solennel de Charles l" dans l'église Saint-Jean-de-Latran, le 6 janvier 1266. Ce qu'il y a de vrai, c'est que l'emploi des registres se généralisait au treizième siècle, aussi bien en France qu'en Italie, et qu'à défaut d'autres exemples Charles d'Anjou n'avait qu'à s'inspirer des usages suivis par ses frères , saint Louis et Alphonse de Poi-
slrmnentis, p. 1b -, Del Giudice, Codice diplomatico, tome I, pages v et vi, en note; du même autour, Del grande Archivio di Napoli, p. 4, en nofe, etc., elc.
(1) Archives de Naples : FascicoU, tome I. Ce registre a été publié par Carcani , en 1780, dans les Con$(Hutiones regum regni Vtriusque Sicilie et par Ilnillard-Bréhulles, Historia diplomatica Friderici Secundi, tome V.
11 contient 114 feuillets de papier et se rapporte à la Xlll° indiction , 123'J-12iO.
(2) Huillard-Bréholles , Historia diplomatica Friderici Secundi , introduction ,
p. 1.XXX.
(3) Voir la Restitution du registre primitif n" \.
tiers, ou à copier les modèles offerts par les registres des papes. Nous consacrerons, dans le chapitre IX, une étude spéciale aux plus anciens registres de Charles P'. Bornons-nous à dire, quant à présent, que ces registres ne cou tiennent qu'un certain nombre d'actes choisis et qu'ils ne présentent pas d'abord de règles bien fixes. Cependant, dès la seconde année du rogne, en 12G6 , on constate la distinction des registres de la Chancellerie et des registres de la Chambre (1); et l'on voit peu à peu apparaître, dans le corps des registres, quelques essais de classification , suivant la nature des actes. Ces premiers registres, encore imparfaits, correspondent à la période de conquête et de lutte qui s'étend entre la bataille de Bénévent et la bataille de Tagliacozzo. Jusqu'en 12G8, la jeune monarchie angevine est encore assez peu solidement établie. Il faut achever de vaincre les résistances des anciens sujets de Manfred. Il faut surtout lutter contre les suprêmes efforts du parti allemand groupé autour des drapeaux de Gonradin. La défaite de Conradin à Taghacozzo (23 août 1268) assure définitivement la couronne de Sicile à Charles d'Anjou. Vainqueur des derniers Hohenstaufen, le fondateur de la dynastie angevine peut songer à organiser d'une manière plus complète l'administration de son royaume. Au mois de novembre suivant, un homme qui compte parmi les plus remarquables auxiliaires du frère de saint Louis , Geoffroy de Beaumont, est replacé à la tête de la chancellerie. On commence alors de nouveaux registres sur un plan beaucoup plus vaste qu'auparavant (2). Dès ce moment l'usage s'établit en principe de transcrire, ou tout au moins de mentionner dans les registres, tous les actes émanés du pouvoir central. Eu même temps, on constate l'adoption définitive des principales règles que nous allons exposer et qui seront observées , sauf modifications dans les détails , pendant toute la période angevine.
En étudiant les registres de Charles l'' , on rencontre d'abord une première grande division en deux classes. D'une part, on trouve un ensemble de registres se complétant mutuellement les uns les autres el qui renferment, pour une période donnée, la série entière de tous les actes administratifs. Ce sont les registres de la Chancellerie. D'autre part, on voit, parallèlement à cette
(1) Voir la Reilitution des registres primitifs de la X* indiction, n°' II, III et IV.
(2) Voir, dans notre Restitxition des registres, la notice générale sur les registres primitifs de la XIP indiction.