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CHAPITRE VI

l'hôtel. — COMPTES DES GREFFIERS DE l'hÔTEL.

L'Hôtel, Hospicium, Familia, correspond exactement, au moyen dge, à ce que l'on appela plus tard la maison d'un prince. Il comprend, sous le nom de gens de VHôtel ou familiers (familiares, N... de Hospicio) tous les officiers et serviteurs qui étaient, à un titre quelconque , attachés à la personne même du roi ou d'un grand seigneur.

Ce n'est qu'assez tard, plus de douze ans après la conquête du royaume de Naples , que les documents sont suffisamment étendus pour permettre d'étudier dans son ensemble l'organisation intérieure de l'Hôtel de Charles I" d'Anjou. Mais son existence est fréquemment signalée par les textes dès les premiers temps de l'occupation française , et la désignation de familier du roi, qui s'applique toujours et exclusivement aux personnages faisant partie de la maison du souverain, est employée dans les plus anciens actes des Registres angevins (1).

A l'origine, l'Hôtel de Charles I" ne fut très probablement autre chose que son ancienne maison seigneuriale de prince du sang et de grand feudalaire. Mais le nouveau maître de Naples et de la Sicile ne pouvait se contenter de ce qui avait suffi au comte d'Anjou et de Provence. Dès le 14 octobre 1265 nous constatons une nomination de familier (2) , et, à partir du mois de janvier 1267 (3) , le .nombre des gens de l'Hôtel ne cesse d'aug-

(1) On la rencontre déjà dans un acte du 7 septembre 1265, antérieur, par conséquent, à la bataille de Bénévent et à rétablissement de Charles d'Anjou dans le royaume de Sicile (Reg. ang. 40, f" l. Del Giudice, Codice diplomatico , I, p. 47).

(2) Del Giudice, Codice diplomatico, I, p. 67.

(3) La plus ancienne mention de réception h l'hôtel est du 6 janvier 1267 (Del Giudice, Codice diplomatico, I, p. 312). Mais, comme nous venons de le dire, on trouve des nominations antérieures.

menter dans des proportions notables. Les nominations restent très fréquentes jusque vers le milieu du règne ; elles deviennent ensuite beaucoup plus rares, ce qui paraît indiquer l'intention de combler seulement les vides qui se produisaient et non plus d'accroître l'elTectif du personnel.

• A très peu d'exceptions près , tous les nouveaux familiers étaient choisis parmi les compagnons d'armes du roi. La composition de l'Hôtel reste donc , sous le règne de Charles I*"", exclusivement française, et c'est à peine si l'on y rencontre quelques Italiens parmi les chevaliers et les clercs.

Quant aux dispositions générales, elles sont tellement identiques à celles que la cour de France mettait en pratique à la même époque qu'il est impossible de ne pas y reconnaître une imitation presque complète (I).

L'Hôtel formait un corps parfaitement distinct dont les membres finirent par devenir assez nombreux et où l'on n'était admis qu'avec certaines formalités. Les avantages matériels et la considération qui s'attachaient au titre de familier du roi en faisaient l'objet d'une faveur enviée et recherchée. C'était pour le prince un moyen de récompenser dignement les services rendus. Tous les grands officiers, la plupart des hauts fonctionnaires furent en conséquence successivement appelés à faire partie de sa maison. Il en fut de même pour la plupart des Français qui se distinguèrent à l'époque de la conquête ou pendant les guerres qui la suivirent. Une liste des personnages ayant été attachés à l'Hôtel de Charles P'' comprendrait , on peut le dire , à côté des anciens serviteurs du frère de saint Louis, l'élite entière du parti victorieux.

Quant aux jeunes gens qui y sont admis avant d'avoir pu se distinguer personnellement, c'est aux mérites de leurs pères et parfois au souvenir d'un illustre paren t qu'ils doivent celte dignité. Ainsi, lorsque Robert de Cousence fut reçu à l'Hôtel, le 12 janvier 1270, on eut bien soin de mentionner qu'on voulait par là honorer la mémoire de son oncle Henri de Cousence , maréchal de France, le héros qui avait sacrifié sa vie à Tagliacozzo pour assurer la victoire définitive des Français (2).

On voit encore cette faveur servir d'instrument politique. Plus d'une fois Charles l" s'en servit pour gagner des personnages

(1) Ce sont les mêmes fonctions, la même division en services, les mêmes modes de distributions en nature, etc., etc. Voir le Recueil des Historiens de la France, XXI, p. un-, XXII, pp. 503 et suiv.

(2) Reg. ang. 6, f" 23. Del Giudice, Codice di^lomatico, II, p. 188, en note.

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italiens influents, étrangers au royaume : cardinaux, dignitaires de la cour poulificale, chevaliers appartenant aux premières familles de Rome, Florence ou Venise, etc. Dans ce cas, le titre de familier était presque toujours honorifique et n'entraînait pas de service réel à l'Hôtel. Ces nominations étaient d'ailleurs relativement rares, ce qui leur donnait plus de prix encore.

Enfin Charles d'Anjou appelait aussi à lui des savants et des clercs distingués par leurs mérites, leurs vertus ou leurs talents. On reconnaît là le roi qui témoignait si hautement son estime pour son « cher ami » saint Thomas d'Aquin (1), le roi qui se préoccupait tant d'encourager les études et qui s'elTorçait de développer la prospérité de l'Université de Naples, en faisant venir, à grands frais , de France, des professeurs renommés, et en cherchant à attirer dans sa capitale les étudiants elles docteurs des Universités de Paris et d'Orléans (2).

Parmi ces clercs faisant nominalement partie de la maison du roi figure, dans les comptes de 1278, ce Benoît Gaetani, qui devait être plus tard le pape Boniface VIII.

L'entrée à l'Hôtel était accompagnée do formalités destinées à marquer l'importance que l'on y attachait. Après avoir été nommé par le souverain (3), le nouveau venu était reçu à fHôtel {receptus in Hospicium) en telle ou telle qualité déterminée, comme chevalier , clerc ou valet. Sa réception était rendue publique par un acte du vice-chancelier, adressé au sénéchal et aux autres officiers, où l'on indiquait, lorsiju'il s'agissait d'un clerc ou d'un valet, les fonctions qu'il remplirait s'il devait être attaché à l'un des services , et presque toujours aussi le taux des gages , sous la forme qui sera indiquée plus loin , d'après le nombre des chevaux (4).

(1) « Religiosus vir fratci- T[homas] de Aquino, ordinis Predicatorum , dilectus amicus yioster » (Lettre de Charles l", du 11 octobre 1272, publiée par Del Giudice, Cod. diplom., I, j)p. 257-258, en note).

Ces documents relatifs à saint Thomas d'Aquin, insérés dans les Registres angevins, contredisent absolument toutes les accusations inventées, après la mort du saint, par les ennemis politiques du roi Charles l".

(2) Voir la très intéressante réunion de documents publiés par Del Giudice, Cod. diplom., I, pp. 250-270, en note.

(3) Del Giudice, Cod. diplom., I, p. G7 ; II, p. 188, etc., etc.

('i) Voici un des rares e.temples d'acte de réception transcrit in extenso dans un registre de la Cliambrc : » Nos Guillclmus de Farumvilia, propositus ecclcsic Sancti Amantis Duaconsis, regni Sicilie vice caiiceliarius. notum facimus vobis, domino senescallo, et omnibus aliis officialibus de Hospitio domini régis quod Johinnes de Orvilla receptus est in valletum et familiarem et de

Cet acte de réceptiou , nous l'avons déjà dit (p. 71), était, sauf exceptions, non pas transcrit iu extenso, mais simplement mentionné dans les registres de la Chancellerie parmi les actes gracieux , à côté des privilégia, desmatrimonia et autres pièces de même nature.

Le titre de familier était concédé à vie. Si l'un d'eux s'éloignait pour exercer quelque charge dans les provinces , si même il cessait absolument tout service, il continuait néanmoins à le porter jusqu'à sa mort. Dans ce cas, il perdait les avantages pécuniaires attachés à sa présence à la cour; il ne touchait plus de gages et ne recevait plus de dons en nature ; mais il faisait toujours partie, nominalement du moins, des gens de l'Hôtel.

Au point de vue purement hiérarchique et en laissant de côté, pour l'instant, les divers services auxquels ils peuvent être attachés , les familiers qui composent l'Hôtel de Charles 1er se divisent en quatre catégories :

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