‹ Les archives angevines de NaplesChapitre 39 sur 142 · REGISTRES DES CAPITAINES ET VICAIRES GÉNÉRAUX DU ROYAUME · texte numérisé non relu

REGISTRES DES CAPITAINES ET VICAIRES GÉNÉRAUX DU ROYAUME

Lorsque le roi quittait ses Etats , soit pour prendre part à une expédition militaire , soit pour faire un voyage en France ou dans le centre de l'Italie, il déléguait l'exercice du pouvoir souverain pendant son absence , avec le litre de capitaine et vicaire général du royaume, « capitaneus et vicarius generalis regni (1) , » à un ou quelquefois à deux personnages, choisis presque toujours parmi les princes de la famille royale. Le fait s'est reproduit à cinq reprises différentes pendant le l'ègne de Charles I" d'Anjou :

lo Dès la fin de la seconde année du règne, au mois d'avril de la X'- indiclion (1267). Le roi, se trouvant alors obligé d'aller à Rome et en Toscane pour combattre de sa personne les Gibelins et les partisans de Couradin , laissa derrière lui, dans le royaume nouvellement conquis, comme ca[)itaine et vicaire général, un de ses plus vaillants chevaliers, Guillaume de Muideblé (2). Celui-ci

(1) Il est à remarquer que le pouvoir des capitaines et vicaires généraux ne s'étendait que sur la partie continentale du royaume, en remontant depuis le phare de Messine (a Faro dira) jusqu'aux frontières du nord. L'île de Sicile restait à part et continuait à ôtrc gouvernée par le vicarius Sicilie, dont il a été fait mention plus haut dans le chapitre II, p. 74.

(2) Ce personnage est appnlé dans les actes latins « Guillelmus de Modiobladi » et parfois aussi, par suite d'une erreur des scribes italiens, qui, à l'audition du nom prononcé en français, ont entendu et traduit trop fidèlement Demi de blé au lieu de de Muideblé : « Guillelmus Médius Hladi. »

Guillaume de Muideblé avait été reçu à l'Hôtel du roi comme chevalier, le 6 janvier 1267. Après avoir été capitaine et vicaire général en 1267 et 1268, il devint, à la fin de 1268, maitre-justicier du royaume, et, tout en conservant cette charge , fut nommé, le 18 juin 1269, i;icorius Sici'he; mais il mourut un mois plus tard, entre le 15 et le 24 juillet, laissant un Dis , Mathieu ou « Mahi Muideblé, » qui figure, en 1278, parmi les chevaliers terriers de l'Hôtel et qui

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était encore eu charge au mois de mars de l'année suivante (1268) (1). Il est probable qu'il ne fut relevé de ses fonctions qu'après la victoire de Tagliacozzo, tout à fait à la fin de laXP ou même au commencemeiit de la XII« indiction (août ou septembre 1268).

2° A l'époque de la croisade de Tunis, depuis le départ du souverain pour l'île de Sicile , au mois de juillet de la XIII» indiction (1270), jusqu'au moment où il revint définitivement dans le centre de ses Etats , à la fin d'avril 1271 , ayant fait encore , à la suite de la croisade, une longue excursion en Sicile et en Galabre, et accompagné à Rouie son neveu Philippe le Hardi , roi de France. Pendant cette" période, le' territoire de la monarchie angevine fut d'abord gouverné par Bertrand de Saint-Martin, archevêque d'Arles, et par le futur gendre du roi, Philippe de Courlenay , fils de Baudoin II, empereur titulaire de Gonstantinople. Vers le 11 novembre 1270, le prince Philippe fut remplacé par Hugues IV, duc de Bourgogne, grand-père de la reine Marguerite, seconde femme de Charles d'Anjou (2). Enfin, le 25 février 1271, le roi, traversant ses Etats pour aller à Rome, nomma à leur lieu et place sou fils aîné Charles , plus tard prince de Salerne, qui devait lui succéder sous le nom de Charles II (3).

3o Pendant la XV* indiclion , de la fin de mars au commencement de juin 1272, durant un voyage de Charles I" à Rome. Cette fois encoi'C , ce fut le prince Charles que son père choisit pour représentant (4).

4» Pendant la majeure partie de la IVe indiction et la première moitié de la V'' , depuis la fin de décembre 1275 jusqu'au commencement de mars 1277 , époque d'un nouveau voyage du roi dans les Etats de l'Eglise et d'un long séjour à Rome et à Viterbe. En partant, le 25 décembre 1275, Charles P'" nomma, comme capitaine et vicaire général du royaume, son neveu Robert, comte

remplit ensuite diverses charges, notamment celle de justicier de la Terre de Bari.

Voir : Del Giudice, Codice diplomatico , II, p. G3, et Minieri-Riccio, I)e' grandi uffiziaU del regno di Sicilia, p. 9ô.

(1) Maitène et Durand, Thésaurus anecdotorum , II , col. 579 et 581. Voir aussi col. 5;iO et 533.

(2) Voir, dans la Restitution des registres primitifs, les n"" XXVII, XXXVIII et XXXIX.

(3) Miuicri-Riccio, Saggio di codice diplom., I, p. 74.

(4) Voir, dans Ijl Restitution des registres primitifs, les n<" XLVII, XLVIII et XLiX. ■ .

d'Artois (1). Ayant été amené ensuite à l'appeler auprès de lui à Rome, il le remplaça, le 3 mars 1276, par son fils, le prince Charles de Salerne (2) , qui resta en fonction jusqu'au retour de son père.

5° Pendant les deux derniers tiers de la XP indiction et les trois premiers quarts de la Xlle, du 12 janvier 1283 au 8 juin 1284, lorsque Charles P'' vint en France pour le duel qui devait avoir lieu à Bordeaux, — d'après un projet célèbre resté d'ailleurs inexécuté, — entre lui et son adversaire Pierre d'Aragon. Au moment de se mettre en route, le 12 janvier 1283, le roi délégua ses pleins pouvoii's au prince de Salerne (3), qui conserva l'autorité souveraine jusqu'à la funeste journée du 5 juin 1284 , où il fut battu et fait prisonnier par les Aragonais, dans un combat naval.

11 existe une ditférence capitale entre cette dernière période et les quatre précédentes. Dans ses premiers voyages , le roi Charles P"" ne cessait pas de prendre une part très active aux soins du gouvernement. Les capitaines et vicaires généraux du royaume devaient seulement s'occuper des affaires courantes. Tout ce qui avait quelque importance continuait à être réservé au roi en personne. Aussi le monarque emmenait-il avec lui les bureaux de sa chancellerie et faisait-il emporter ses registres pour y transcrire les actes expédiés chemin faisant. Au contraire , lorsqu'il partit pour la France, au commencement de 1283, il confia absolument toute la direction du gouvernement au prince de Salerne , en l'investissant d'un pouvoir égal au sien.

Les représentants du souverain étaient tenus de faire enregistrer les actes admininistratifs rendus en leur nom, de la même manière que les actes royaux. Voici, en effet, les instructions données, le 25 décembre 1275, au clerc (4) chargé de tenir les sceaux et de remplir l'office de chancelier auprès du vicaire général nommé le même jour : « De omnibus litteris patentibus sigillandis per te apud Robbertum , comitem Atrebatensem , karissimuin nepotem nostrum , quem, ad Urbem féliciter accedentes, in reguo nosti'o Sicilie a Faro citra generalem vicarium et capilaneum usque ad felicem rediium nostrum in regnum perfecimus, sigillo capitanie, quod per te volumuscustodiri, fiant duo

(1) Minieri-Riccio, Il rcgno di Carlo I d'Angià, anno 1275, p. 47.

(2) Minieri-Riccio, Il regno , etc., anno 1276, p. 8. Voir aussi les titres des Registres primitif s n"' LXXXVI et LXXXVII.

(3) Minieri-Riccio, Saggio di codice diplom., I , p. 201.

(4) Guillaume Boucel, de Paris.

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