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CHAPITRE VIII

LE LIBER DONATIONUM.

Il existe, dans la collection des Registres angevins, un volume unique en son genre et qui mérite une étude spéciale.

Ce registre, désigné sur le dos de la reliure par les mots : « Carolus I, Liber Donationum , « porte aujourd'hui le n° 7. Dans le catalogue de Borrelli , il est placé à la fin du groupe des registres de Charles 1er. D'après Sammonte (I) et d'après un ancien répertoire cité par Gennaro Chiarilo (2), le litre, aujourd'hui disparu avec les premiers feuillets, aurait élé ainsi conçu : « Quaternus de principatibus , comitatibus , honoribus, baroniis, fendis et burgensaticis, concessis de noVo per illustrem regem Carolura, regem Sicilie, ab anno Domini 12G9 in antea, post vicloriam habitam de Corradino et sequacibus ejus, assisis seu assectatis per Joczolinum de Marra , de Barolo , magistrum rationalem ejusdem domini régis , in valorequo valuerunt terre concesse. « Une note de De Leilis, publiée par Miiiieri-Riccio (3), est rédigée dans le- même sens : « In principio hujus libri notatur qaod haec donationesfuerunt assectatae per Joczolinum de Marra de Barolo Magistrum Rationalem régis Caroli primi. Die 19 decembris 12 indictionis apud Barum (i). »

Ainsi que l'indique ce titre, le volume se rapporte aux donations de terres faites depuis la bataille de Tagliacozzo. Toutefois , il est bien différent des portions de registres qui , sous le nom de

(1) htoria del regno di Napoli, U , p. 239.

(2) Esamc di tre pergameue [Napoli, 1778, 10-4"], p. XL, note [a].

(3) Brevi notizie ititomo aW archivio anyioino di Napoli, p. 106.

('*) Cette indication du 19 décembre 1268 doit s'appliquer évidemment, non sas à l'époque où le registre a été fait , mais à la date du premier acte Iraiipcrit. Il faut noter toutefois que, même dans l'état actuel du volume, on trouve des actes remontant jusqu'au 6 décembre 1268.

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Privilégia el concessiones , renferment des actes de concessions de fiefs. C'est à tort que les rédacteurs du Syllabus membranarum l'ont encore considéré comme un registre ordinaire consacré aux dona-. tionsdeTannée 1269(1). Del Giudice, qui relève cette erreur commune aux auteurs anciens, a cLé frappéiepremier du caractère tout spécial de ce maiiuscrilet veut y voir, «non pas un livre de Chancellerie où se transcrivaient tous les actes du roi, mais un registre particulier tenu par un des officiers de l'Etat appelé à l'exécution des actes souverains (2). » Cette conjecture est également inexacte. Il n'y a jusqu'ici, à notre connaissance dn moins, que M. Capasso qui ait reconnu avec sa sagacité habituelle, mais sans s'y arrêter d'ailleurs autrement, la nature réelle du Liber Donationum (3).

Dès le premier coup d'œil, ce volume diffère de tous les autres par son aspect matériel. En effet, il est écrit en lettres de forme, très carrées , assez grosses, tracées avec beaucoup de netteté et de régularité, ressemblant à celles qu'on trouve dans les manuscrits français de la même époque et très dilTérentes de la fine et ronde écriture cursive italienne , habituellement employée dans les Registres angevins.

Les actes sont largement espacés, les marges régulières et beaucoup plus grandes que dans le reste de la collection ; on remarque, sur le parchemin, des réglures tracées avec une pointe et destinées à guider le scribe : autant d'indices qui dénotent un soin tout particulier apporté à la confection de ce registre.

Il n'y a pas de trace d'ancienne numérotation des feuillets (4). En revanche , le dernier feuillet de chaque cahier porte, dans la marge inférieure, une réclame, delà même écriture que le texte. En face, dans la marge inférieure du feuillet qui commence le cahier suivant, sont notés le numéro d'ordre de ce cahier et le nombre de feuillets qu'il renferme, par exemple : VII c, VIII f. ; ce qui signifie : septième cahier, huit feuillets. Ces notations, qui sont contemporaines de la confection du registre, ne se retrouvent dans aucun autre volume de la série angevine (5).

(1) Syllabus membranarum ad regix siclx archivum pertinentinm, I, p. 50, note I.

(2) Codice diplomatico, II, p. 253, note 1.

(3) Sul catalogo dei fexidi et dei feudatarii délie provincie napolitane sotto la dominaiione normanna, dans le tome IV des Atti délia reale accademia di archeologia , leiteralura e belle arti [de Naples], p. 30G.

(4) Les feuillets ont en moyenne SÎO""" de haut sur 220 à 240""" de large

(5) Ces mentions sont ainsi distribuées :

F» 26 : IlII c. VIII f.

- 34 : V c. VIII f.

Celte précaution prise d'indiquer exactement le nombre de feuillets contenus dans chaque cahier avait évidemment pour but d'empêcher toute mutilation du registre primitif, en dénonçant immédiatement les tentatives de fraude qui eussent consisté à arracher un ou deux feuillets pour faire disparaître les mentions transcrites sur ces feuillets. Il faut donc que la Couronne ait été tout particulièrement intéressée à ce que le registre demeurât intact.

Cet intérêt s'explique lorsqu'on examine le contenu du Liber

DONATIONUM.

Ce contenu consiste d'abord en un texte principal , transcrit immédiatement et sans interruption dans le volume au moment même de sa confection.

Les mentions qui composent ce texte principal sont relatives aux donations faites par le roi. Mais les actes de donations ne sont pas enregistrés tout au long et d'un seul bloc comme dans les portions de registres consacrés aux Privilégia. On s'est borné à en extraire les parties essentielles, en les disposant eu plusieurs alinéas , de manière à former une sorte de tableau.

La première partie des actes , la donation proprement dite , est très abrégée et réduite à trois courts paragraphes :

1" La date , comprenant au maximum la mention du jour, du mois, de l'indiction et du lieu.

2» L'indication du don et de sa valeur" totale en revenu , avec le nom du feudataire :

« Concessum est N... et heredibus suis ex ipsius corpore légitime descendentibus, ad valorem unciarum auri... x. »

— 101 : XVIIII c. VII f.

Il est à remarquer que, dans ce premier compte des feuillets, on en a négligé trois qui sont réduits au quart ou au cinquième de leur hauteur primitive. Ces fragments de feuillets (f»' 44, 65 et 73) tiennent au contraire leur place dans la numérotation moderne.

A l'aide de ces notations, on peut évaluer , comme nous l'avons fait dans notre Restitution des registres primitifs, n° XI, le nombre propoi'tionnel des feuillets encore subsistant aujourd'hui.

VI c.

VII f.

VII c.

VIII f.

VIII c.

VIII f.

viiir c.

VII f.

VII f.

XI c.

IIII et II med.

XII c.

VIII f.

Xllll e.

VII f.

LELIBERDONATIONUM. 147

3» Le nom du château et des domaines concédés, avec le revenu de chacun d'eux :

« Castruni N... pro unciis... x. »

Ainsi , dans le Liber Donationum, rien que le strict nécessaire pour celte premièi'e partie des actes de donations, qui était au contraire si développée dans les expéditions. Eu revanche , les conditions imposées au donataire au profit de la Couronne sont transcrites en entier pour chaque acte, quoique ces minutieux détails soient à peu près toujours les mômes et puissent être presque considérés comme des formules de chancellerie.

On s'est donc avant tout préoccupé, dans ce volume, de garder le souvenir des droits réservés au roi sur toutes les donations laites. Le soin qu'on a pris d'indiquer exactement le revenu des terres concédées répond au même ordre d'idées. En effet , nous le savons, c'était d'après ce revenu qu'était fixée la part proportionnelle imposée à chaque feudataire au point de vue de l'obligalion du service militaire , sur le taux d'un chevalier à fournir par chaque vingt onces de revenu octroyées.

A la suite des donations , toujours dans le texte principal , sont souvent indiqués les changements do propriétaire survenus postérieurement , soit par succession directe à la mort du premier donataire, soit par nouvelle concession après retour à la Couronne, si ce premier donataire est mort sans postérité. La plus récente de ces indications porte la date du 22 mars 1273. Ces indications sont de la même écriture et ont été transcrites à la même époque que les actes de donation. Elles n'ont pas été ajoutées après coup.

D'autre part, tandis que les donations, classées par provinces (1), sont rangées en principe et sauf erreur suivant Tordre chronologique , ces notes relatives aux mutations de propriété sont, au contraire , placées de manière à ce que toutes les indications relatives aux mêmes terres soient groupées ensemble , abstraction faite de l'ordre des dates autres que celle de la première donation. Ainsi, la mention datée du 22 mars 1273, dont nous avons parlé plus haut, fait suite à une donation antérieure des mêmes terres du 2 février 1270 (2).

(1) Comme on le verra dans l'Analyse des registres angevins, les portions encore subsistanles du Lider Donationum ne se rapportent plus qu'à trois provinces : Terre de Labour, Abruz/-es et i'riucipat.

(2) Voici le texte même de ces mentions qui se trouvent dans le Registre angevin 7, au bas du f" iV' et au haut du f" 33 :

« 11» februani XIII" indictionis, aput Capuam,

Il est évident que ce que nous appelons le texte principal du Liber Donationum, préparé à l'aide de notes prises sur les autres registres par Joczolino délia Marra, a été transcrit d'un seul jet et seulement après le 22 mars 1273.

D'ailleurs, le volume a dû être achevé avant le 13 mai suivant. En effet, on trouve dans le Liber Donationum, indépendamment du texte principal , d'autres mentions d'une écriture différente, qui ont été rapportées postérieurement , une fois le registre transcrit, dans les intervalles et les espaces blancs laissés entre les actes. Or, la plus ancienne de ces mentions rajoutées postérieurement porte la date du 13 mai 1273 (1), tandis que la plus récente est du 19 juillet 1281 (2).

Ces mentions se rapportent également aux donations de terres et aux transmissions de fiefs d'un propriétaire à l'autre. Elles sont fort abrégées. Souvent même la date est supprimée, et l'on remarque une tendance de plus en plus accentuée à ne relever que ce qui paraissait absolument nécessaire aux yeux des fonctionnaires chargés de tenir le registre à jour, à savoir le nom des feudataires, la désignation des terres et l'indication exacte de leur revenu.

Ce qui est particulièrement à noter, c'est que la majeure partie

w Concessa sunt Berteraymo Brucca etheredibus suis ex ipsius corpore légitime descendentibus, ad valorem unciarum auri viginti quattuor :

» Castrum Longani et medietas castri de Clavice, que sunt de Comitatu Molisii, pro unciis XXIIII

B Qui Berteraymus mortuus est liberis legitimis non relictis , propter quod castra ipsa sunt per excadentiam ad manus curie devoluta. Et quia predictus Berteraymus ex sua industria augmentavit redditus et proventus ipsorum castrorum in uncias auri sex, et sic valent castra ipsa uncias auri. . . . XXX.

» XXII» marcii prime indictionis , aput Capuam ,

» Concessa sunt Johanni de Bosco et heredibus suis ex ipsius corpore légitime descendentibus, ad valorem unciarum auri triginta, prodicta castra, videlicet :

» Castrum Longani et medietas castri de Clavice , que sunt de Comitatu Molisii, pro unciis XXX.

• Concessa dudum Berteraymo Brucca, ex cujus obitu sine liberis decedentis ad manus curie per excadentiam dcvenerunt. »

(1) « Le treczime jour de may, en la première indicion, à Foge, son otroiés à icelui, etc.. » Rej. ang. 7, l" 103.

Il est à remarquer que , parmi les mentions rajoutées postérieurement dans le 'Liber Donationum, on trouve répétée une seconde fois (f° 34) cette môme mention du 22 mars 1273, que nous avons signalée comme étant la plus récente de celles qui composent le texte principal. Mais c'est alors une simple note de rappel qui n'a pas dû être écrite avant le II avril 1278.

(2) B.eg. ang. 7, f" l02^

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de ces mentions introduites postérieurement est en langue française et que, même lorsqu'elles sont en latin, elles ont été écrites par un Français. Eu comparant le registre avec la signature d'une apodixe conservée en original aux archives de Naples dans la collection des Arche in caria bambagina{\), nous croyons reconnaître dans ces additions la main de Guillaume Boucel, de Paris, clerc de la Chambre, qui est désigné dans l'ordonnance du 27 octobre 1277 comme un des trois trésoriers du Château de l'Œuf. Guillaume Boucel a seulement grossi un peu son écriture, afin de se rapprocher autant que possible des lettres de forme employées dans le texte principal.

Ces détails donnés , rien de plus aisé maintenant que de préciser le véritable caractère du Liber Donationum. Ce volume a été composé par les soins des maîtres ralionaux , non pas pour perpétuer le souvenir des donations royales , mais pour conserver la liste des droits suzerains que le roi continuait à avoir sur chacune des terres données en fief. Le volume a par conséquent été rédigé exclusivement dans l'intérêt de la Couronne. De là , la précaution d'indiquer par des signatures spéciales le nombre des feuillets de chaque cahier , pour empêcher toute mutilation du registre. De là aussi, l'attention à mentionner tous les changements successifs de propriétaires, afin qu'on sût toujours à qui réclamer le service féodal dû par le possesseur de tel ou tel fief. Le texte principal a été transcrit d'un seul jet , entre le 22 mars et le 13 mai 1273. Puis le volume a été déposé dans les archives où Guillaume Boucel a continué à le tenir au courant, en y introduisant des mentions postérieures, au moins jusque vers la fin de la IXe indiction.

11 n'est pas question du Liber Donationum dans les listes du 21 novembre 1284. Mais un mandement du 5 août 1278 adressé à Herbert d'Orléans, justicier du Principat, mentionne l'emploi de « quarlulaires escriz en français » dans des circonstances qui ne laissent aucun doute sur leur absolue similitude avec le volume qui nous occupe. 11 est hors de doute que notre Liber Donationum devait être compté parmi ces carlulaires en français , quoique les additions en langue française y soient en réalité moins développées que la partie en latin. Voici du reste le texte intégral de ce mandement, qui mérite à tous égards d'être publié :

Challes, etc. à Hébert d'OUiens, justicier de Principat, etc. Nous te

(1) Il a déjà été question de cette apodixe plus haut, page 98. note 4.

faisons à savoir que nous avons entendu novelement d'aucuns preudeshomes que Jehan de la Gonessa, nostre cbier familier et feel , tint et a pris, en fraude de nostre court et ce qui nostre est, un chastel de Francis, lequel est assis en ta juridicion ; pour laquele chose nous te mandons fermement et expressément que tu, maintenant receues ces présentes lettres, sans nule desmeure et sanz nule achoison mettre avant, icelui chastcl rapeles et rameinnes à nostre court, et icelui assenés à Pandou d'AfDit, nosti'e procureur et pourtulan de Principat et de Terre de Labour , ou à celui qui sera en son leu, pour procurer et governer le dit chastiau de la partie de nostre court.

Apres, nous te mandons que tu enquieres et saches et enserches loiaument et sagement par preuileshomes du [dit] (1) chastel et de autres viles d'ileuc entour, par lesquex la vérité pourra mieuz estre seue , que les rentes et les proventes du dit chastel pevent valoir, chascun an, per parties et per membres, particulerement et distinteement, et en quexcunques choses les rentes sunt, senz ce que tu en dilasses rien , et enseurquetout le jour que li dit Jehan de la Gonessa prit le chastel desudit. Et icele enqueste, laquele tu auras fête diligenment sus ceste chose, avecques ces lettres , contenant le jour que tu auras receu ce commandement et le jour de la revocation, et ensuerquetoiit le jour ouquel tu auras assené au dit procureur le dit chastel , avec la valeur de toutes les rentes par an , et le nombre de feus dou dit chastel, et tout le procès que tu auras fet sus ices choses , nous anvoies| à nous et au mestres racionas de nostre grant [court, scellé de tor seel , sanz nule desmeure. Et de celé revocation et assignacion faz faire trois escriz publiques semblables , contenanz la fourme de présentes choses, le jour de la revocation et de l'assignation, o la valeui des rantes par an , et le nombre des feus du dit chastel , particulerement et distinteement. Desquex quaternes nous voilons que tu retiengnes un , et l'autre balles au dit procureur , et l'autre tierz anvoies hastivement au mestres racionas de nostre grant court. Uncores vol-^ Ions nous que, si chier come come {.ne) tu as nostre grâce , que tu er ceste besoigne soies diligens et loiaus et ententis à mettre la briement et hastivement à exécution , en tel manière que nostre courl n'i ait dommaige, et uncores plus que, en nul tens dou monde , l'ei ne pouist trover par autrui fors ice seulement que tu i auras trové;] quar ceste besoigne nous te baillons dou tout en tout.

Et si te faisons bien à savoir uncoi'es une chose, que nous ne trouvons pas en noz quartulaires escriz en françois, que en don que nous feimes au dit Jehan, que nous li eussion donné le dit chastel ; ancois li donnasnies seulement le chastel de Montmarin, et les droitures que nostrej court avoit ou chastel de Montesarclc. Uncores volons nous que tu saches

(1) Nous croyons devoir introduire ici une légère correction. Le manuscrit porte rceliement : « du du chastel , » ce qui est évidemment une inadvertance! du copiste.

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du dit Jehan savoir mon se du chastiau desus dit il a nules lettres de nous ; se il les a, que il les aporte à nostre court, quar nous ne trouvons pas ôs diz quartulairos que nous li aions donné le dit chastel.

Donné à Laiguepiso (1) , le quint jour d'aoust de la sexte indicion (2). »

On remarquera dans ce mandement ce qui a trait à l'enquête qu'Herbert d'Orléans est chargé de faire, et dont il doit envoyer une copie aux maîtres rationaux. C'est là une application d'un procédé auquel on avait recours d'une manière générale chaque fois qu'il s'agissait de vérifier l'étendue réelle des droits appartenant au souverain. La répétition fréquente de pareils faits amena naturellement dans les archives royales, pour prendre place à côté des registres spéciaux confectionnés comme le Liber DoNATiOMJM parles employés de la Chambre eux-mêmes, un grand nombre de documents annexes se rapportant au même ordre d'idée, procès-verbaux d'enquêtes, listes de fiefs, tableaux de revenus, etc., qui étaient au contraire préparés en dehors de la cour, dans les provinces du royaume, par les justiciers , les secreti ou les magistri procuralores. Tous ces documents annexes étaient

(1) Lago Pesole, château situé près du lac du même nom, en Basilic.ate.

(2) B.tgiilre angevin 9, f" 211. Ce feuillet provient d'un registre contenant « les lettres qui sunt anvoiés à mestre Guillaume Boucel , aus autres trésoriers et aus autres officiaus de lotz et de hors » {Registre primitif n" CIII). Il nous manque maltieureusement les feuillets qui le précédaient immédiatement lorsque le registre était complet. Nous ignorons donc si ces feuillets ne contenaient pas un autre mandement relatif aux mêmes matières qui nous donnerait l'explication d'une particularité tout à fait anormale. Le texte que nous publions constitue, en effet , un exemple unique dans la série des Registres angevins. C'est le seul acte administratif adressé à un justicier du royaume de Sicile qui soit en langue française au lieu d'être en latin. Le fait est même tellement extraordinaire que nous nous demandons si nous sommes bien en présence d'une transcription littérale du mandement , tel qu'il a été expédié , ou si ce n'est pas plutôt une traduction qu'on aura cru devoir faire pour mettre la pièce en harmonie avec les autres documents enregistrés dans le même volume. En tout cas , copie textuelle ou version en français, la pièce occupe une place au milieu d'un registre consacré au Trésor. Comme elle n'a en elle-même aucun caractère financier , il faut qu'elle ait été considérée comme intéressant personnellement par quelque côté les trésoriers du Château de l'OEuf. Or, nous savons, par la comparaison des écritures , que c'est un de ces trésoriers , Guillaume Boucel, qui tenait au courant le Libeh Donationum. Ne doit-on donc pas supposer que si l'on a ainsi transcrit, ou même traduit le mandement du 5 août 1278, c'est en prévision d'une correction éventuelle à faire dans les cartulaires etjspécialement dans le Liber Donationum, au cas où l'enquête démontrerait le bien-fondé des prétentions de Jean de La Gonesse ?

écrits sur des cahiers de papier. En tête , on reproduisait les lettres royales ou les autres mandements, émanés d'une autorité supérieure, qui avaient ordonné de procéder au travail dont les résultats allaient être exposés (1).

C'est avec certitude que nous pouvons parler des dispositions adoptées ; car plusieurs fragments de ces cahiers sur papier remontant au règne de Charles l" existent encore , plus ou moins incomplets et plus ou moins bien conservés, aux archives de Naples, dans une autre collection également factice , celle des Fascicoli (2), sur laquelle nous donnerons quelques détails dans l'appendice placé à la fin de cette étude.

La réunion de ces registres analogues au Liber Donationum et de ces cahiers sur papier finit par former un fonds particulier qui , après la mort du chef de la dynastie angevine, resta quelque temps au château de Melfi , séparé du reste des archives. En effet, on voit le roi Charles II ordonner, le 2 juillet 1299, aux maîtres rationaux de choisir un messager capable pour aller chercher à Melfi et rapporter à Naples : « quaternos et registra omnia curie nostre , de tempore scilicet domini clare memorie , domini patris nostri, que in Castro nostro Melfie conservantur, in quitus continentur nomina et cognomina comitum et baronum et feudatariorumregni nostri Sicilie , castra et feudalia bona in capite et immédiate a curia noslra tenentium, nec non monslra facta , ac pecunia per eos pro adohamento seu feudali servilio tempore predicto soluta (3). »

Quelle était alors l'importance de cet ensemble de documents ? Il est impossible de l'évaluer. Mais ce qui en subsiste aujourd'hui se réduit à fort peu de chose. A peine quelques fragments des cahiers sur papier ont-ils échappé à la destruction. Quant aux registres sur parchemin, aux cartulaires mentionnés dans le man-

(1) Voir , à titre d'exemple, le début d'une enquête publiée par M. Capasso Sut catalogo dei feudi e dei fexidatarii, etc., p. 303, note 2.

(2) Voir, notamment, les volumes portant les numéros 4-5-6, 7, 9-10, 24-25- 26-27, 45-46, 59 et 06.

On peut citer, parmi ces débris, un tableau des feudataires de la province de Terre de Bari en 1284 (vol. 4-5-6, fascicolo 4, flf. 1-6) ; une enquête datant de la première indiction (1272-1273) sur les fiefs rapportant annuellement vingt onces d'or (vol. 7, ff. 9-22) ; une autre enquête sur les fiefs appartenant à des femmes ou à des filles nobles et sur les mariages que ces femmes et ces filles ont contractés avec l'assentiment du roi depuis la conquête du royaume (vol. 9-10, fascicolo 9, ff. 57-98 et 100-106); etc., etc.

(3) Del Giudice , Codice diplomatico , I, p. XV , note 1 , renvoyant au Registre angevin 98, f° 197.

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dément du 5 août 1278 , ils ne sont plus représentés que par les quatre-vingt-cinq feuillets du volume qui porte actuellement le n« 7 dans la série des Registres angevins.

Les caractères tout particuliers du Liber Donationum, le grand nombre de noms qu'on peut y relever , noms de personnes et noms de lieux , ont forcément attiré l'attention de tous les érudits qui se sont occupés des archives angevines. Mais peut-être a-t-on été porté à attribuer à ce volume plus de valeur qu'il n'en a réellement. En somme , tous ses éléments ont été empruntés aux autres registres, et il ne serait pas difficile de former un recueil factice du même genre beaucoup plus important et beaucoup plus complet, en joignant aux Privilégia et concessiones proprement dits qui ont été transcrits textuellement les renseignements fournis par d'autres pièces également relatives aux concessions de fiefs (mises en possession, confirmations d'héritages, échanges, etc.), pièces que l'on trouve en grand nombre parmi les actes adressés aux justiciers ou aux magistri procuratores et portulani, et parmi les Extravagantes infra regnum (1).

Quoi. qu'il en soit , la publication intégrale du Liber Donationum avait été projetée et a presque été menée à bonne fin par un des hommes dont l'érudition française peut le plus justement être fière, par M. le duc deLuynes. Le savant académicien, qui avait reconnu ou tout au moins soupçonné l'extrême importance des archives angevines, avait fait faire à Naples, par l'abbé Russo , une copie du Liber Donationum , en choisissant probablement ce manuscrit sur sa trop grande réputation. Cette copie a été imprimée à Paris chez Pion, en 1864(2). Elle remplit dix-huit feuilles et demie de format in^", soit cent quararante pages dont la dernière blanche ; mais le travail a été suspendu au moment où il touchait à son terme et l'ouvrage n'a jamais paru (3).

On ne saurait évidemment trop regretter cette interruption, qui nous a privé d'un volume fort important malgré tout. Il faut ce-

(1) En effet, une même donation de terre pouvait .donner lieu à un assez grand nombre d'actes. Indépendamment du diplôme solennel ou privilegium, remis à l'intéressé, il y avait des ordres de mise en possession adressés aux justiciers et aux magistri procuratores et portulani , des lettres patentes rendant publique la donation et enjoignant aux habitants du domaine octroyé d'avoir à reconnaître leur nouveau seigneur, etc.

(2) Huillard-BréhoUes, Notice sur M. le duc de Luynes, p. 151.

(3) Nous devons l'indication de ce fait et la communication d'un exemplaire de cette publication inachevée à M. Léopold Delisle, auquel nous sommes heureux de pouvoir témoigner toute notre gratitude.

pendant reconnaître que le texte imprimé n'atteint pas tout le degré de perfection désirable. La copie envoyée de Naples a été faite avec plus d'exactitude et de conscience que d'intelligence et de critique. Elle est uniquement paléographique , et , ce qui est d'une réelle importance , le copiste n'a pas remarqué la distinction à faire entre ce que nous appelons le texte principal et les additions postérieures. De plus , malgré le grand soin apporté à la copie , il s'est glissé des erreurs de lecture , surtout dans les passages en langue française. Mais il serait bien facile , avec une collation dont nous avons d'ailleurs rapporté les éléments , et en revisant la ponctuation, de corriger ces défauts et d'achever dans des conditions tout à fait satisfaisantes la publication commencée par M. le duc de Luynes.

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