‹ Les archives angevines de NaplesChapitre 47 sur 142 · EMPLOI DU PAPIER · texte numérisé non relu

EMPLOI DU PAPIER

modèle (1). Un fait analogue se présente, du reste, à la même époque, dans les arcliives pontificales, pour les registres de plusieurs des papes et antipapes d'Avignon.

En principe, tous ces fragments qui ne sont pas sur parchemin se trouvent aujourd'hui conservés, aux archives de Naples, dans les deux collections des Fascicoli et des Arche in caria bambagina, sur lesquelles nous reviendrons, à la fin de cette étude, dans Vappendice. Cependant, deux registres sur papier ont reçu la même reliure que les Registres angevins. Les anciens archivistes, toutefois, ne les considéraient pas, à juste titre, comme faisant réellement partie de la série ; ces deux volumes n'entrent pas en ligne de compte dans les calculs de Borrelli et de Papou. Mais ils ont été compris, au contraire, dans la classification du prince de Belmonte, et englobés dans la numérotation actuelle des Registres angevins. Le premier {Registre angevin 368 : Ladislaus, 1404), contient des enregistrements de privilégia, présentés devant la Chambre (2). Le second (Registre angevin 378 : Johan II, 1418, Ce- DULAR.) est un tableau classé par province, de la quote-part d'impôts due par chaque localité du royaume (3). Ces deux volumes se distinguent par leurs dimensions réduites. Leurs feuillets n'ont que 300 millimètres de haut sur 220 de large.

IL — Ecriture. — Ornementation.

Dans les fragments provenant des deux plus anciens registres de Charles I", dans le registre de la première année du règne [Registre primitif no I) et dans le registre de chancellerie de Geoffroy de Beaumont, ouvert le 24 octobre de la X*" indictiou, 1266 {Registre primitif n» II), l'écriture est tout à fait française.

(1) Archives de Naples, Fascicoli, vol. 2, 4-5-6, 7, It, 12, etc.

(2) Les actes transcrits sont précédés d'une mention ainsi conçue : « Die... presentalum est in nostra Caméra quoddam privilegium per N..., cujus ténor de verbo ad verbum annotatus et conscriptus est in présent! quaternono, ut subscnbitur, pro certitudine et cautela curie et dicti N... » Les dates des transcriptions vont de 1404 à 1408.

(3) Ce volume rentre dans une catégorie analogue à celle du Liber Donationom. Il se compose d'un texte principal, se bornant presque partout à quatre lignes soigneusement écrites et largement espacées, dont chacune contient un nom de lieu et une indication de sommes à prélever. Dans l'intervalle, on a ajouté postérieurement dos notes d'écriture courante relatives h la perception de ces revenus. Ce volume sur papier parait inachevé. Il en existe un autre semblable, mais sur parchemin, remontant à 1415, et qui fait également partie de la collection des Registres angevins {Reg. any. 373 : Cedula di Gioan II, 1415).

C'est une petite cursive excessivement fine et aiguë, aux caractères droits ou même un peu penchés vers la gauche, avec des angles très accentués, ressemblant de tout point aux écritures usitées en France vers la fin du règne de saint Louis (1).

De très bonne heure, dans un fragment contenant des actes du 5 novembre 1266 et qui nous semble provenir d'un registre de la Chambre pour la X« indiction (Registre primitif n<> IV), on voit apparaître la cursive italienne beaucoup plus ronde et moins fine, quoique toujours très menue. Les deux écritures restent d'abord simultanément en usage. Elles sont encore employées l'une à côté de l'autre dans le registre de Jean d'Acy (Registre primilif n° V), qui va du 7 février au 14 octobre 1268, XP et XIP indictions. On relève même, dans ce registre, l'exemple assez curieux d'un acte du 9 août 1268, qui a été transcrit par un scribe italien, à l'exception de deux lignes environ placées au milieu de la pièce, qui sont dues, au contraire, à un écrivain français (2).

Survient la rentrée de Geoffroy de Beaumont à la tête de la Chancellerie, dans les premiers mois de la XIP indiction, et l'adoption définitive des règles relatives à la formation des registres. A partir de ce moment, l'écriture italienne reste seule en vigueur. L'écriture française disparaît presque complètement pendant quelques années. En dehors du Liber Donationum (3), on ne la voit plus employée que d'une manière tout à fait exceptionnelle dans deux volumes : d'une part, dans le registre d'Extravagantes extra regnum. désigné par les listes de 1284 sous le nom de Registrum Francie et Provincie (4), pour quelques actes destinés à être expédiés en France (5); et, d'autre part, dans quelques por-

(1) Cette écriture, quoique notablement plus fine, présente beaucoup d'analogie avec celle des comptes de l'Hôtel. La ressemblance est même assez frappante pour qu'on soit tenté d'attribuer aux mêmes écrivains les deux catégories de registres.

(2) Registre angevin 2, f» \2^.

(3) Le Liber Donationum est , on le sait , entièrement 'dû à des mains françaises, aussi bien pour le texte principal, écrit en 1273, que pour les additions postérieures.

(4) Registre primitif n° LXX. Ce registre commence au 22 mai 1274.

(5) En examinant les actes transcrits dans ce registre par des scribes français, on reconnaît plusieurs mains. Tantôt c'est une écriture carrée analogue à celle des comptes des trésoriers du Château de l'OEuf ; tantôt une écriture plus aiguë rappelant à la fois celle des plus anciens registres de Charles I" et celle des comptes des greffiers de l'Hôtel. Cette dernière écriture se retrouve notamment dans la transcription de l'acte en français, du 5 février 1277, dont nous avons donné le texte plus haut, pp. 65-66.

1 fi7 ÉCRITURE.

lions d'un registre de \^ Chambre , s appliquant à la û" J^e ^^ Vie indiclion depuis la seconde moitié du mois de janvier 12/8 (IJ. Déjà ce dernier registre est postérieur à l'ordonnance du 27 oc lobre 1277, réorganisant le Trésor. Cette ordonnance du 27 octobre 1277, en prescrivant l'emploi de la langue française pour la rédaction de toute une classe de documents, eut naturellement pour résultatde rendre nécessaire une intervention beaucoup plus large des écrivains français de naissance. Les volumes de type nouveau où l'on enregistra les mandements aux trésoriers et les apodixes en langue française furent l'œuvre des compatriotes de Char es d'Anjou (2) ; de même les exemplaires en français des comptes des trésoriers du Château de l'OEuf et des comptes des greffiers de l'Hôtel, les premiers d'une belle écriture droite, plus carrée plus posée, rappelant celle des chartes françaises de la même époque (3) ; les seconds d'une écriture ayant un caractère plus personnel! moins régulière, plus aiguë et un peu penchée vers la

Mais" la part réservée aux scribes venus d'outre-monts resta strictement limitée à ces volumes de mandements et à ces cahiers de comptes rédigés d'un bout à l'autre en français. Les registres proprement dits, aussi bien ceux qui étaient destinés a la Chancellerie que ceux qui devaient servir de registres de la Chambre, continuèrent à être exclusivement écrits par des Italiens.

Il eu fut de même pour l'exemplaire des comptes traduit en latin Postérieurement à ce registre de la Chambre pour la fin de la VP indiclion, lequel constitue une exception déjà mentionnée, les Registres angevins ne renferment pas un acte en langue latine qui ait été tracé de la main d'un scribe français. Bien plus, on trouve quelquefois des actes qui ont été rédigés en langue française parce qu'ils se rattachaient à un mandement aux trésoriers du Château de l'QEuf , mais qui ont dû, suivant les règles

(1) Dans ce registre, l'écriture française rappelle beaucoup celle des comptes

^'(i^Re^sttres primitifs n" CIIl et CXIII.On reconnaît |f,lusieurs mains dans ces relistres- un des feuillets (f» xnii du Registre primitif n" CIII) est dune ecr.ture toute particulière, plus grosse et plus irrégulière. D'après une comparaison avec la signature d'une apodixe originale (déjà citée, p. 98, n. 4), cette écriture paraît être celle de Pierre Bodin ou Boudin, d'Angers, qui était un des trésoriers du ChAteau de l'QEuf au moment de la promulgation de l'ordonnance du

27 octobre 1277. ^. ^ ,„. h«=

(3) Le scribe français auquel nous devons ces cahiers de comptes des trésoriers s'appelait Guillaume de Pontoise. - Reg. ang. 34, f 92.

générales, prendre place dans les registres de la Chancellerie, parmi lea Extravagantes infra regnum (\). Eh bien I malgré l'idiome employé pour lenr rédaction , c'est toujours par des Italietis que ces actes ont été copiés sur les registres de la Chancellerie (2).

Cette écriture cursive italienne, d'un usage presque exclusif' dans les registres, est d'abord assez menue, mais elle ne tarde pas à atteindre une grosseur moyenne. Quel que soit le scribe, elle est sensiblement moins nette que l'écriture française et remplie d'abréviations qui en rendent, au premier abord, la lecture assez pénible.

L'ornementation est à peu près complètement absente des Registres angevins. Dans le premier registre consacré aux justiciers et aux secreli par Geoffroy de Beaumont après sa rentrée comme chancelier du royaume, au commencement de la XII» indiction (Registre primitif n" VI), on voit quelques figures d'animaux très grossièrement dessinées et soutenant des tirets qui séparent les différentes catégories d'actes. Mais cet essai est resté unique.

Quelquefois, le nom du roi ou les premiers mots de l'acte sont transcrits avec plus de soin que le reste de la pièce. Il y a en tête une initiale, un K, de 12 à 15 millimètres de haut. Toutefois, celte initiale est elle-même d'une extrême simplicité. Dans toute la série des Registres angevins, on ne constate aucun emploi de rubriques, d'encres colorées (3), ni, à plus forte raison, de peintures ou de miniatures. A cet égard, les volumes des archives de Naples ne peuvent aucunement se comparer aux beaux registres des papes du treizième siècle,

A dire vrai, pour le règne de Charles P^ l'ensemble des registres, sauf quelques exceptions (4), et en laissant, bien entendu,

(1) Voir, à ce sujet, plus haut, p. 101.

(2) Registre angevin 31, f<» 11G, 122^ 124, 125 et 126.

Le même fait se présente pour un mandement en français aux- trésoriers du Château de l'CEuf, du 10 juillet 1281, qui a été transcrit, par exception, dans un registre d'Extravagantes infra regnum. — Registre angevin 38, f» 81 ; Registre vrimitif n- CXXVII.

(3) Tout au plus pouvons-nous mentionner un trait rouge avivant les grandes majuscules dans le Registre angevin 373, Cedula di Gioan II, 1415. Mais ce volume (voir plus haut, p. 165, note 3) n'est pas un re-istre proprement dit.

(4) Nous pouvons citer, comme ayant été écrits avec plus de soin que les autres, deux registres de la XIII' indiction, comprenant chacun l'ensemble des actes pour des périodes ne dépassant pas trois mois (Registres vrimitifs n"» XVII et XVIII).

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