ERREURS COMMISES DANS LES DATES
trouver le 1 1 octobre. Il est par conséquent très probable qu'on doit lire 11 octobre au lieu de 11 décembre. En tout cas, cette date du 11 décembre est certainement erronée.
Mais ce sont surtout les années de l'ère chrétienne et des deux règnes de Sicile et de Jérusalem qui ont donné lieu à de fréquentes erreurs. La chose n'a d'ailleurs rien d'étonnant. Avec l'indiction, ces mentions d'années constituaient quatre computs employés simultanément , qui avaient chacun un point de départ différent. L'indiction changeait au 1^" septembre, l'année de l'ère chrétienne au 25 décembre ou au l^' janvier, l'année du règne de Jérusalem au 15 janvier et l'année du règne de Sicile au 28 juin. L'application d'un système aussi compliqué demandait beaucoup d'attention , et l'on conçoit fort bien qu'aux époques des changements de l'un ou de l'autre de ces termes, les employés de la Chancellerie aient pu continuer pendant quelques jours de trop <i répéter identiquement les mêmes indications , sans s'apercevoir que l'une d'elles aurait dû être modifiée. C'est justement ce qui est arrivé. On remarque , en effet, que les erreurs se présentent toutes dans le môme sens; c'est toujours un chiffre trop faible qui a été conservé trop longtemps , au lieu d'être remplacé par un chiffre plus élevé d'une unité (1). Ainsi, on trouvera 1278 pour 1279 , et non pas 1279 pour 1278; 17® année du règne pour 18« , mais jamais l'inverse, etc.
Il serait facile de citer ici un grand nombre d'exemples empruntés aux registres, aux comptes des trésoriers ou aux pièces originales détachées. Contentons-nous de montrer par trois faits pris au hasard parmi bien d'autres que les fautes peuvent se rencontrer dans chacune des trois indications d'année.
D'abord, en ce qui concerne l'année de l'ère chrétienne, on trouve dans la collection des Arche deux mandements originaux de Charles P', l'un du 9 janvier, indiction VI, an I" du règne sur Jérusalem et an XIII du règne sur la Sicile (2) , l'autre du 7 janvier, indiction Vil, an II du règne sur Jérusalem et an XIV du règne sur la Sicile (3). Il est évident qu'il y a entre ces deux actes une différence d'un an, et cependant ils portent tous deux la
(1) Le contraire se produit cependant pour un acte du 24 décembre 1268, qui porte l'indication 1269 ; mais c'est \h un fait particulier sur lequel nous reviendrons.
(2) Arche, n° 337.
(3) Arche, n° 336. Le même fait se reproduit aussi sur la pièce n" 335, du 2 janvier 1279, datée également, par erreur, 1278.
196 ÉTUDE SUR LES HEGISTRES ANfîEVINS.
même indication d'année : 1278 (1). On ne saurait alléguBr, pour expliquer le fait, un chaugemeut de style dans la manière de compter les années de l'ère chrétienne; car des faits nombreux attestent qu'en 1279 comme en 1278 la Chancellerie angevine attendait tout au plus jusqu'au 1" janvier pour modifier le millésime. Il y a donc là réellement une erreur matérielle.
Passons aux années du règne comme roi de Sicile. On relève par exemple, dans un compte des trésoriers du Château de l'OEuf, un mandement dont la date, d'ailleurs très exacte, est ainsi conçue : tt Donnée es castres de Meschine, l'an de Nostre Seigneur M ce iiii'^Ti , le secont jour d'aoust, de la X™» indicion , de noz roiaumes de Jérusalem le vi^^an et de Sicile le xviii"^ (2). » Il est évident que, si le 2 août 1282 on était déjà dans la dix-huitième année du règne, à plus forte raison en devait-il être de même vingt-sept jours plus tard. Et cependant un autre mandement du 29 août suivant indique seulement la dix-septième année : « Donnée en champ ou siège de Meschine, l'an de Nostre Seigneur M ce iiii^^ii , le xxix™^ jour du mois d'aoust , de cette X""" indiction , de nostre règne de Jérusalem le vi" an et de Sicile le XVII® (3). »
Pour les années du règne comme roi de Jérusalem, l'exemple est encore plus frappant; car c'est sur deux mandements du même jour que l'on trouve deux chiffres difTérents :
Don née ou Chalel de l' Euf, l'an Donnée ou Chatel de l'Euf , l'an de Notre Seigneur m ce iiii^^, le de Notre Seigneur m ce Ixxx , vint et quatrième jour du mois le vint et quatrième jour du mois dejanvier, del'uitiemeindicion, dejanvier, de l'uilieme indicion, de notre règne de Jérusalem le de notre règne de Jérusalem le quart an et de Secile le quiu- tierz an et de Secile le quinzième (4). zieme (5).
Si de pareilles erreurs ont été commises dans les bureaux mêmes de la Chancellerie, on suppose bien qu'elles se reproduisent d'une manière beaucoup plus accentuée encore dans les pièces expédiées en dehors de la Cour, notamment dans les actes notariés qui constituent la majeure partie de la collection des Arche. La confusion devient alors quelquefois extrême, d'autant
(1) Voir, sur ces deux pièces, le Syllabus membranarum, I, p. 143, note 1.
(2) Registre angevin 46, f» 161.
(3) Même registre, f° 167.
(4) Registre angevin 30, f» 124.
(5) Même registre , f" 133''.