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CALCUL DES ANNÉES DE LÈRE CHRÉTIENNE

plus que les notaires du temps de Charles P^ ont employé jusqu'à quatre styles difléreuts pour compter les années de l'ère chrétienne. Fort heureusement il reste , pour se guider sûrement au milieu de toutes ces difficultés, un chiffre qui ne varie pas et qui parait avoir été toujours exactement appliqué : c'est celui de l'in-

diction.

En présence donc de ces fautes évidentes, il ne faudra pas s'étonner si l'on rencontre des faits paraissant, au premier abord, démentir les notions que nous allons donner sur les éléments chronologiques employés pour la date des pièces émanées de Charles P^

1° Année de l'ère chrétienne. — L'usage général suivi dans la Chancellerie de Charles I"' d'Anjou était de faire commencer Tannée de l'ère chrétienne au plus tard au P' janvier, soit au 1" janvier même , soit au 25 décembre. Cet usage était déjà en vigueur pendant la première année du règne (1), et il persista sans interruption jusqu'à la mort du fondateur de la dynastie angevine (2).

Mais l'année commençait-elle au 25 décembre , comme à la cour pontificale, ou seulement au 1er janvier suivant l'habitude moderne? Ici , nous nous trouvons encore en face de documents contradictoires. Si l'on rapproche par exemple deux dates ainsi conçues : « Datum Cauratii per magistrum G., anno Domini millesimo ce Ixxiij", xxviii" decembris, 11^ indictionis. — Datum Tarenti per eundem magistrum G. de Farumvilla, decanum, etc., anno Domini millesimo cc° Ixxinj», die viiio januarii , lie indictionis (3), » on peut conclure sans hésiter que le millésime ne changeait qu'au l^r janvier. iMais cette assertion se trouve détruite par quantité d'autres groupes de dates analogues au suivant : « Datum Neapoli, anno Domini m» cco Ixxxiijo , die xxii decembris, Xlle indictionis. — Datum Neapoli per magistros ralio-

(1) Voir par exemple, la date d'un prmlegium du 6 janvier 1266, imprimé dans le Bullarium Basilicv Vaticanœ, 1, p. 2«, et dans le Codice diflomatico de Del

Giudice, I. pp. 89-92.

(2) On possède en effet, l'original d'un acte donné le 6 janvier 1285, par conséquent la veille même de la mort de Charles I", lequel est ainsi daté : « Datum Fogie, anno Domini m" ce» Ixxxv, die vj" januarii. XIII» indictionis, regnorum nostrorum Jérusalem anno octavo, Sicilie vero vicesimo. « Arch. nationales de Paris, J. 511, n" 5.

(3) Registre angevin 21, f°' 155 et 156.

nales magne régie curie , anno Domini m» ce» Ixxxiiijo, mense decembris, iillimo ejusdem, XII» iiidiclionis (1). »

Que dire, d'ailleurs, quand on rencontre, à trois feuillets de distance, sur un seul et même fragment [Registre primilif n" XII) , deux textes complètement opposés l'un à l'autre? « Dalum anno Domini m" ce» Ixix , mense decembris, die xxv» ejusdem mensis, XIP indiclionis , régnante domino K., etc., anno quarto (2). — Datum Fogie per manus magistri Gaufridi de Bellomonte, cancellarii, et Roberti de Baro, prothonotarii regni Sicilie, anno Domini m» cco Ixviii", mense decembris , vicesimo septimo die ejusdem mensis, XIP indiclionis, régnante domino K. invictissimo ac gloriosissimo rege Sicilie, ducatus Apulie et principatus Capue, Aime Urbis senatore , Andegavie, Provincie et Forcalquerii comité, regni ejus anno quarto, féliciter. Amen (3). »

Il y a évidemment deux manières d'expliquer ces divergences. Ou bien on peut supposer que la Chancellerie angevine sous Charles I" a simultanément admis les deux styles de Noël et du P' janvier, sans arriver à se décider exclusivement pour l'un ou pour l'autre; ou bien, au contraire , on peut croire que le style de Noël était le seul réellement employé et que, si l'on rencontre des actes donnés entre le 25 et le 31 décembre où l'année est calculée comme nous le ferions nous-mêmes aujourd'hui, c'est que la date de ces actes est entachée d'une erreur matérielle analogue à celle que nous relevons avec certitude sur des pièces du commencement de janvier. Cette dernière hypothèse est certainement fort admissible, mais il faut avouer alors que le nombre des erreurs commises est singulièrement élevé.

n est sûr, d'ailleurs, que les employés de la Chancellerie étaient les premiers à se perdre dans ces questions de date. Ce même fragment sur lequel nous avons relevé les deux textes mentionnés en dernier lieu (Registre primitif a" XII) renferme aussi un acte du P"" février de la XIP indiction. Ici le doute n'était pas possible. Qu'on commençât l'année à Noël ou à la Circoncision , la date restait toujours 1269. Cependant le rédacteur de la pièce, troublé sans doute par les exemples contradictoires qu'il avait sous les yeux, a hésité, et finalement, ne sachant plus trop que faire, a pris le parti de laisser provisoirement en blanc la fin du chiffre romain se rapportant à l'année. C'est dans

(1) Registre angevin 127, £«• 148 et 150 ■■.

(2) Registre angevin 4 , f° IS'.

(3) Même registre, f" 10.

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cet état que l'acte a été transcrit : « Datum anno Doraini m ce lx... riiense l'ebruarii , primo die ejusdem , XII indictionis , régnante domino K. , Del gratia gloriosissimo rege Sicilie (etc. usque : comité) regni ejus anno quarto (1). »

Reste une dernière question à examiner. Du temps de Charles I", les notaires du royaume de Sicile employaient pour la date des pièces, à côté des styles de Noël et du 1" janvier, deux autres modes de compter les années de l'ère chrétienne. Tantôt ils faisaient commencer l'année au 1^' septembre en même temps que l'indiction , tantôt ils prenaient pour point de départ le 25 mars, c'est-à-dire suivaient le style de l'Incarnation d'après le calcul florentin. Ces deux styles du l»"" septembre et du 25 mars ont-ils aussi été admis dans la Chancellerie royale?

On lit à la fin d'un acte du 24 décembre 12G8 : « Datum per manum Roberti de Baro , regni Sicilie prothonotarii , anno Donnni m ce Ixix , mense decembi'is , xxiiii die ejusdem mensis , régnante domino invictissimo et gloriosissimo rege Sicilie, ducatus Apulie, principatus Capue, Aime Urbis senatore, Andegavie, Provincie et Forcalquerii comité, regni ejus anno IV féliciter. Amen (2). » M. del Giudice en a conclu que l'année du Christ était comptée dans cet acte à partir du même jour que l'indiction (3). Mais, après mûr. examen, en tenant compte des faits connexes et surtout de la présence de l'acte sur ce même fragment où nous avons déjà constaté tant de trouble et de divergences (4) , nous restons persuadé que ce n'est là qu'une erreur matérielle , d'ailleurs bien légère, puisqu'il ne s'agitque d'tm jour ; et, jusqu'à preuve contraire absolument certaine, nous nous refusons à croire que le style du l'-''' septembre ait jamais été employé systématiquement dans les actes de Charles I".

Il n'en est pas tout à fait de même pour le style du 25 mars, quoiqu'il faille encore faire des réserves à cet égard. On trouve parmi les plus anciens actes de Charles I" une pièce du 16 février 1266 ainsi datée : « Actumin castris juxta Mignianum, anno Mcclxv, ïvi° l'ebruarii, indictione IX, regni nostriannoprimo(5), » et une autre pièce, du 24 janvier 1267, qui porte : «Datum Capue, aimo dominice Incarnalionis m ce Ixvi , mense januarii, xxiiii

{\) Registre angevin i , f" 10''.

(2) Registre angevin 4 , f" 10.

(3) Codice diplomatico, II, p. 271, note 2.

(4) On remarquera aussi que, dans cette transcription , on a omis le chiffre (le l'incliction, qui devait certainement se trouver sur l'acte original.

(5) Registre angevin 'lO, f" 55.

ejusdem, etc. (1). . Voici deux documents qui attestent l'emploi d'un comput différent du calcul ordinaire, à supposer bien entendu , ce qui nous paraît du reste hors de doute , qu'il ne' s'agit pas là d'énormes erreurs matérielles. Mais ce comput est-il bien le style du 25 mars ? Ne serait-ce pas plutôt un autre style que les notaires napolitains ne connaissaient pas , mais qui était en usage en France : le style do Pâques? Cette dernière supposition nous parait être la plus voisine de la vérité. Lorsque ces actes ont été rédigés , les employés de la Chancellerie étaient encore, ainsi que l'atteste l'écriture des premiers registres , des Français , habitués par conséquent au calcul de Pâques. D'un autre côté ', ces deux actes ne s'appliquaient pas au royaume de Sicile ; ils étaient destinés à avoir leur effet dans les possessions françaises de Charles d'Anjou, le plus ancien se rapportant à une nomination de notaire en Provence , le second à une constitution de rente sur les revenus de la prévôté du Mans (2). Dans ces circonstances , l'emploi à titre exceptionnel des règles plus généralement usitées en France n'aurait rien que de très explicable.

Les deux exemples qui viennent d'être rapportés ne sauraient donc être invoqués à propos du style de l'Incarnation; mais il est un fait certain et assez singulier, c'est qu'en 1270, tandis que le calcul du 25 décembre ou du l^r janvier était employé pour les actes administratifs , on se servait de ce style du 25 mars pour dater les sentences de la Magna Curia agissant comme tribunal suprême. Voici, en effet, les indications chronologiques portées par trois de ces sententie qui ont été transcrites par exception dans un registre de la XlIIe indiction (3) :

« In nomine Domini, amen. Anno Incarnationis ejusdem millesimo cqo Lx" nono , régnante, etc., regni ejus anno quinto, die sabbati , qnintodecimo meusis februarii , XIIP indictionis (4). »

« In nomine Domini, amen. Anno Incarnationis ejusdem ut supra, rognante, etc., regni ejus anno quinto , die sabbati, octavo mensis niarcii, XIIP indictionis (5). »

« In nomine Domini, amen. Anno Incarnationis ejusdem M" ce" septuagesimo, régnante, etc. , regni ejus anno quinto fe-

(1) Registre angevin 40, f" T*.

(2) Voir le texte de ces documents dans le Codice diplomatico de Del Giudice I, pp. 103 et 278.

(3) Registre primitif n° XVII.

(4) Registre angevin 5, f" CLXX.

(5) Même registre, f° CLXX^

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