GRANDS OFFICIERS DU ROYAUME
Où la guerre avec l'Aragon met en péril la monarchie angevine , on voit réapparaître des curie générales , assemblées solennelles auxquelles prennent part les représentants de tout le royaume (1). De pareilles assemblées se retrouvent encore sous les règnes de Charles II , de Jeanne I- et de Charles III (2). Ce sont alors de véritables Etals généraux qui ne se réunissent que dans des circonstances exceptionnelles, et non plus, comme sous la maison de Souabe, un élément ordinaire de l'administration napolitaine.
Revenons à la magna regia curia, à ce conseil qui fonctionne auprès du roi d'une manière permanente.
Gomme composition , la Cour comprend plusieurs éléments. En premier lieu les grands officiers de la couronne, au nombre de huit. Sept d'entre eux remontent aux rois normands : le connétable,V amiral, \e maître justicier (magister justiciarius), le prolonotaire, le chambrier, le chancelier et le sénéchal (3). Leurs charges forment ce qu'on appelle les sept offices du royaume (4). Charles 1", à l'imitation de la cour de France , leur adjoignit les maréchaux du royaume, au nombre de deux. On lit, en effet, dans une ordonnance rendue à Trani vers 1270 : « Creabunlur duo marescalli,qui ad modum regni Francie eorum officium fidehter exercebunt (5). » Ces grands officiers sont nommés à vie et souvent suppléés par des lieutenants, vice-amiral, vice-maître justicier, vice-chancelier, etc. Les fonctions du connétable , de l'amiral, du chambrier et du maréchal (6) sont les mêmes qu'à la cour de France : «Gamerarius habet officium ad modum regni Francie.— Gomestabulus habet officium comeslabulie ad modum regni Francie , etc. (7). « Nous retrouverons le sénéchal à propos des comptes de l'Hôtel. Quant au chancelier, au maître justicier et au protonotaire , il en sera question un peu plus bas.
(1) Ces assemblées furent tenues h San-Martino, en 1283, et à Foggia, en 1284. Minicri-Riccio, Memorie delta guerra di Sicilia, p. 23, 41 et 83.
(2) Giannone, htoria civile delregno di Napoli, III, p- 39.
(3) Caméra, Annali dette Due Sicilie, I, p. 48.
(4) Tutini, Discorsi de Sette Officii overo de Sette Grandi del regno di Napoli [La première partie, traitant du connétable , du maître justicier et de l'amiral, a seule paru; Rome, 166G, in-4"]. Voir aussi : Minieri-Riccio, DeGrandi lY/iziah delregno diSicitia, etMarinus Freccia , De subfeudis baronum et inveslituris baronum , lib. I (De seplem officiis regni), pages 27 à 55 de l'édition de Venise, 1569.
(5) Bibliot. nationale de Paris, manuscrit latin 4625, f 98" .
(()) Il faut distinguer le maréchal, qui est un chef militaire, d'un autre fonc- Uonnaiio, de rang inférieur, le Magister marescallie, qui est chargé de veiller aux écuries royales.
(7) Bibliot. nationale de Paris, manuscrit latin 4625, 1" 9ô'' .
A côté des grands officiers se placent un certain nombre de barons ou de dignitaires ecclésiastiques qui portent le titre de conseillers du roi « consiliarivs regius «, titre qui sert à récompenser les longs services et, comme les grandes charges, est conféré à vie(l). C'est en général parmi les conseillers du roi que sont pris les fonctionnaires importants, tels que les justiciers , les capitaines des principales villes, les ambassadeui-s, etc., etc.
Enfin, au-dessous d'eux, viennent des clercs, des légistes, des officiers d'ordre inférieur : juges, notaires, maîtres des comptes, écrivains, chargés de seconder 1er, grands seigneurs qui forment le conseil du roi et, sous leur haute direction, de rédiger les actes d'administration générale.
La curia regia remplit auprès du prince un triple rôle.
On la voit, en premier lieu , investie de fonctions qui en font une sorte de Conseil d'Etat. C'est elle qui examine toutes les questions intéressant le royaume, qui donne au souverain des avis sur les mesures à prendre et qui prépare les mandements et ordonnances que la chancellerie devra expédier (2).
Sous la monarchie angevine une grande partie des actes administratifs ne sont pas rendus spontanément. C'est le plus souvent h la requête des fonctionnaires provinciaux ou de leurs administrés que le pouvoir central fait rédiger les lettres royales qui, dans ce cas, sont appelées lillere responsales (3), Ces requêtes ou petitiones sont présentées à la Cour tout entière, réunie le dimanche dans la maison du chancelier , le lundi et le mercredi à l'hôtel du roi, dans la grande salle. où mangent les officiers inférieurs ou salle du tinel. Le chancelier, le protonotaire, le maître justicier, ou leurs lieutenants, assistent h celte séance qui rappelle un peu notre Chambre des requêtes de V Hôtel, en même temps que les juges, les procureurs fiscaux, les maîtres rationaux et les notaires de la Chancellerie. En outre, les requêtes ayant
(1) Ce titre entraînant celui de familier du roi, c'est en général dans la portion des registres consacrée aux réceptions à l'Hôtel que les nominations de conseillers sont mentionnées. Voir le chapitre VI.
(2) Ces attributions de la Curia regia comme Conseil du prince sont très nettement exposées dans un acte de Charles II , donné à Rome le 15 avril 1295 , par lequel il nomme son fils aîné Charles vicaire et capitaine général du royaume. Cet acte a été publié par Tatini, Biacorsi de Seite Officii , part. II, p. 4.
(;J) Cette expression se retrouve dans les mentions d'enregistrement qu'on lit sur le dos des actes royaux conserves en originaux aux archives de Naples dans la collection des Arche, « Registratum in cancelleria. Registratum pênes responsales. »