‹ Les archives angevines de NaplesChapitre 72 sur 142 · ENREGISTREMENT · texte numérisé non relu

ENREGISTREMENT

apodixes en langue française pour la VP indiction (Registre primitif n» Cril) contient un feuillet (f" xiiii) qui est de la main du trésorier Pierre Boudin, d'Angers (1).

L'accomplissement de la formalité d'enregistrement était sou vent noté sur les expéditions mêmes des actes , au moyen des formules : Registratum in Cancellaria, ~ Registratum in Caméra ou Registratum pênes rationales. Ces notes sont généralement apposées sur le verso de la feuille de parchemin , perpendiculairement au sens de l'écriture de la pièce (2). Mais quelquefois aussi pour les actes qui ont été transcrits à la fois dans les registres de la Chancellerie et dans les registres de la Chambre, tandis que la mention : Registratum in Cancellaria, est placée au dos sui vant l'usage habituel, celle qui a trait aux registres de la Chambre se trouve inscrite au recto du document, sur le talon de la lanière ou simple queue constituant l'attache du sceau (3)

On a vu que le chancelier pouvait retenir au passage , pour les

faire corriger, les lettres qui lui paraissaient entachées d'erreur

I que cette erreur portât sur le corps même du document ou sur

I adresse. Quelquefois, l'acte ainsi rejeté se trouvait déjà enregis-

I tré. Il fallait alors le barrer ou, suivant l'expression de l'époaue

l^cameler sur le registre, en indiquant en marge les motifs d^

cette radiation (4) : « Vacat quia laniata et restituta fuerunt ^5) »'

- « Vacat quia scripta inferius in alia forma (6). » — « Vacat

(1) Voir plus haut, p. 167, note 1.

^ 409^ 627. 628, 648. etc. - Archives nationales de Paris, J. 178, n" 39, et J. 511.

(3) Archives de Naples, Arche, n" 255 et 315 ; volume de supplément fn« XX^ à la suite des Arche in carta bambagina, n" 109. supplément (n» XX)

Dans les lettres patentes de Charles H du 9 mai nno «„ na.es auKArCi.ves nationales, les mentions dWei'tL ntTeTr^uTenT'''* le replis de parchemin ménagé au bas de l'acte l tZT '"'

lacs de soie servant d'attachée au sceau A ce te'épo ue 'ex' t '"?"' '" Séries de registres entraîne une triple indication :r4t;ataiCare.f "" Registrata pênes M[agistrosJ Rfationalesl - Re'ut'rl ''"'•'

rium. ., (Archives nationale . J 511 no^l6 bisfceTnLT"" ^T '''"''" pour .nplin. les Choses, la.ormule générait £-;r;:;

(4) Il est à remarquer que le fait se produit généralement dans les rec^istres de la Chambre, ou pour des actes ayant un caractère financier qui ont dû é re prépares par les maîtres rationaux. ^ '™

(5) Registre angevin I , f 30.

(6) Registre angevin 1 , f» 31. - On trouve en effet, au-dessous de l'acte c.ncelé, la seconde rédaction corrigée.

quia resignata fuit et scripta est pro eodem negotio Ursoni Hufulo, magistro procuratori et portulano Apulie (1). »

D'autre part, il semble qu'on ait parfois oublié d'enregistrer certains actes préparés. Nous trouvons, par exemple, au bas d'une page restée incomplète ces mots : « Spatium dimissum pro litteris magistri Ade » (2), et l'espace ainsi réservé est toujours demeuré blanc (3).

Indépendamment de ces notes courantes, les registres de Charles P"" renferment aussi , intercalées entre les actes , quelques indications, malheureusement trop rares, qui se rapportent aux agents de la Chancellerie et à leurs opérations : « Anno Ixviii", in festo beaii Andrée apostoli , dominus Johannes reddidit sigillum domino G., cancellario, qui illud tenuit usque ad secundum diem januarii proxime sequtum , in quo die idem dominus Johannes ab eodem cancellario illud reaccepit apud Fogiam» (4). — « Die martis xiiii marcii , apud Capuam , anno Domini M° CG° Ixxiiio, dominus archidiaconus Panormitanus recepit sigillum regium et eodem die incepit sigillare » (5). — « Die jovis xv lulii Ve indictionis , apud Lacumpensilem , inceptum sigillare sub sigillo novo et sequenti die veneris fractum fuit vêtus » (6). f

Ces indications, rapprochées des titres de registres mentionnés au chapitre X (7), nous ont été naturellement d'un grand secours pour les notices générales sur les registres primitifs de chaque indiction , où nous retraçons , année par année , dans notre second volume , l'historique du fonctionnement de la Chancellerie et de la confection des registres pendant tout le règne du roi Charles l^".

(1) Registre angevin 9, f° 245. — L'acte cancelé était adressé à tort au justicier du Principat.

(2) Registre angevin 49, f° 329".

(3) On pourrait citer d'autres faits analogues. Ainsi , dans le mcrae Registre angevin, i° 334 , on lit en haut d'un feuillet, qui est le premier feuillet d'un cahier, cette note : « Ibi queratur spacium pro privilegiis ; » et cependant le cahier ne contient que des Extravagantes.

(4) Reg. ang. 4 , f" 19. Cf. la notice générale sur la Restitution des registres primitifs de la XII° indiction.

(5) Registre angevin 21 , f» 15. — Cf. la Restitution du registre primitif n» LIV, note 1.

(6) Registre angevin 20, C 69''. — Voir un texte analogue cité plus haut, p. 189, note 7.

(7) Pages 175 et 176.

Archives.

Les archives étaienl placées sous la surveillance et sous la

Ses df^s'le';]'*^ "" "'""''■ ""^''^ =»'-"- »-™t -i •

cUvTi nos ri '"'P'"""»""" . - ^^-^ci et scrinei ralionum arch vn nos n sacci raUonum curie, . et autres semblables fl) Le dépôt n'avart pas de résidence fixe. Les archives su vaient

eSr"'"'' '""'■ '"'^^ ™y^«--"'à travers les PC™ de manière a se trouver plus à portée de la cour. Déjà peu de

Si <nV: ' "" '"'■ "^ '" "-— enées dfNocera tZ fK^ '"'"' "™' ™5">"« '<= ■■<>' Charles I", ou le

P nce de Salerne comme capitaine et vicaue général du roCaume 0 donner leur transport : le 10 décembre 127?, de Corneto à Na pies; le n décembre 1272, d'Aversa à Naples le 8 fév" r 1274 de Taren e à Brindisi ; le 15 octobre de la même anné d "!' nosa et de Melfî à Foggia ; le 12 septembre 1275 de' Mell ^ Naples; le 21 juillet 1276, de Naples à Boiano- nui le V7Z, suivant, de Bojano à Sulmone; le'lS avril 2 7' de N^nfes à 1' n drou Où résidera le roi ; le 27 septembre de la me^me ÏÏni de'

r2 0' ''dMa^T • ;s?:T: '"'•• '^ '^^P'- ^ Papoue ; le SaWi i*ou, ue la Jonr-bamt-Elme nrèt; Hp Pa-^n..,, „ ^i.. rOEufàNinl.QloS: • ' P , ^»P°ue. au Château de

1 Ubul a JNaples , le 8 jum suivant, de Naples à Melû ; et le 26 aonl

de Lagopesole également à Melli (3). Enfin, le 21 „ôvemb L ml'

0 remit au souverain, alors à Bari , tous les registresuue le 1

ptaneus regm, Louis de Mous, avait été chargé de recueillir In!

a...ere une partie de la collection. Ainsi, le 9 septembre 1277,1"

(1) Dans les documeuls français , se rapporlanl à la «n A.. ■ j . mo,s ■octobre ,277, c'est tou.ours le terrd ™lt ""est ^Xé '''" '"

(2) Registre angevin 10, f° 49'> ^ employé.

(4) Voir précédemment, p. 30.

228 KTUDE SUIl LES REGISTRES ANGEVINS.

roi fit mettre en dépôt, au Château de l'OEuf, par l'intermédiaire de Mathieu de Graniano, registralor Cancellarie , onze coffres pleins de registres, scellés du sceau du vice-chancelier, Guillaume de Faronville (1); et ce n'est que le 22 février suivant qu'il donna ordre d'aller les reprendre (2). Ce mode de procéder avait l'inconvénient d'entraîner la dissémination des documents. Il fallait plus tard s'occuper de centraliser à nouveau les fonds ; et c'est à une opération de ce genre, effectuée pour les registres dans les derniers mois de la vie de Charles d'Anjou, que nous devons la rédaction des précieuses listes du 21 novembre 1284.

Les frais de transport pouvaient donc beaucoup varier. Mais le plus souvent ils étaient assez élevés. Pour mener d'une localité à l'autre les sacs et les coffres où étaient déposées les écritures , on dut louer jusqu'à trente et même, en 1275, jusqu'à quarante-deux sommiers ou bêtes de charge (3).

Ce dernier chiffre suffit à indiquer quelle était , dès le milieu du règne de Charles I", l'étendue de la collection. En effet , les registres proprement dits n'en formaient qu'une partie. Les archives comprenaient encore toutes les pièces d'ordre administratif, lettres, rapports, procès-verbaux notariés de mise à exécution des ordres royaux , etc. , envoyées à la cour par les fonctionnaires provinciaux , et surtout l'ensemble des documents! intéressant la direction des finances et la comptabilité centrale duj royaume, qui constituaient ce que l'on pourrait appeler les archives de la Chambre. Dans ce groupe rentraient, — indépendamment de toutes les enquêtes ou inquisitions dont il a déjà été ques-j tion à plusieurs reprises, et du fonds relatif au maintien des droitsl de la Couronne dont faisait partie le Liber Donationum, — d'une'} part les cahiers de comptes , que tous les personnages appelés auj maniement des deniers de l'Etat devaient soumettre à l'examenl des maîtres ratiouaux (4), et, d'autre part, la masse immense des] documents originaux que l'on annexait aux comptes pour servir!

(1) Registre angevin 31, f« 67''. Cf. Del .Giudice , Codice diplomatico , I , p. xiu,J en note.

(2) Il est à remarquer que déjà , dans l'intervalle , Guillaume de Faronville^ était venu rechercher un de ces onze coffres. — Registre angevin 31, t° 154''.

(3) Registre angevin 22, f" 80''. — Cf. Minieri-Riccio, Il regno , etc. , anno 1274, p. 56, et anno 1275, p. 21.

(4) "Voir, pour le détail des nombreux cahiers et autres pièces comptables, exigés à cette occasion des divers fonctionnaires du royaume, justiciers, secreti, I magislri procuratores, etc., un manuscrit déjà cité de la Bibliothèque nationale de i Paris, Ms. latin 4625, f<" 107-109.

de justification et faciliter le contrôle, depuis les mandements royaux qui avaient ordonné les dépenses, jusqu'aux quittances, apodixes, antapoques et mémoires émanés des particuliers. Cette dernière catégorie était d'autant plus nombreuse que , d'après la règle générale , chaque individu venant faire vérifier sa gestion par les maîtres rationaux devait commencer par justifier de la qualité en vertu de laquelle il avait agi , en remettant à la cour ses lettres de commission ou une pièce officielle en tenant lieu (1). Par suite , la reddition des comptes se trouvait faire rentrer dans les archives des actes tels que des lettres royales portant nomination de justiciers ou demagistri massarii (2), et des procès-verbaux d'élections de judices , de magistri jurati (3) ou de taxatores et collectores (4).

Les débris de ces diverses séries sont encore [aujourd'hui conservés côte à côte dans les archives de Naples ; ceux qui proviennent des registres proprement dits et des cahiers de comptes sur parchemin , dans la collection des Registres angevins ; ceux qui ont pour origine les volumes et cahiers sur papier, dans la collection des FascicoU ; enfin, les pièces détachées, dans la série des Arche, divisée à son tour, comme nous le dirons dans l'appendice à cette étude, en deux classes, où les pièces sont réparties selon que la matière subjective employée est le parchemin ou le papier.

Dès les premiers temps de la dynastie angevine, les archives étaient placées sous la surveillance des gens de l'office des Raisons ; mais leur garde ne paraît avoir été régulièrement organisée qu'assez tardivement. En effet, ce n'est qu'à partir du milieu de l'année 1280 (5) que nous voyons le titre de gardes de l'archive ou

(1) Ces lettres de commission pouvaient être restituées aux comptables lorsque ceux-ci continuaient à rester en charge, comme on le voit, pour les trésoriers du Château de l'OEuf, dans un passage de l'apodixe du 19 mars 1278 public plus haut (p. 113}. Mais elles étaient naturellement gardées lorsqu'il s'agissait de comptes rendus après sortie de charge ou expiration d'une mission temporaire, ce qui était de beaucoup le cas le plus fréquent.

(2) Lettres originales de la collection des Arche, aux Archives de Naples, analysées dans le Syllabus membranarum, I, pp. 143 (n° 3) , 145 (n" 6), 190 (n» 8), et 249 (n» 7).

(3) Voir plus haut, p. 49, note 4.

(4) Voir p. 89, note 7.

(5) Cette institution dos trois gardes de l'Archive était un fait accompli à la date du 8 juin I^SO {Registre angevin 36, f" [b''). Il est à remarquer que vers la

I môme époque, le 11 avril précédent, eut lieu un changement dci tousj.les registres de la Chancellerie, qui est qualifié de « Nova ordinatio facta in eu-

archiviers appliqué d'une manière permanente à trois des auditeurs des comptes, dont un clerc, Guillaume Gorvoisier (1), et deux notaires : Nicolas de Saint-Victor (2) et Nicolas de Girignola [Nicole de La Charigniole], ayant pour les seconder un agent inférieur : « Ilogier, serjant de l'archive (3). »

Antérieurement à cette époque , la mission de soigner le dépôt et d'en opérer le transport d'une localité à l'autre est confiéel quelquefois à un des notaires des Raisons, — «.i Nicolaus de Ferentino (4) » et « Nicolaus de Barulo (5) » en 1271, et « Johannes de Bari » en 1277 et 1279 (6), — mais, le plus souvent, au sergent des Raisons {serviens curie in officio Rationum) , Mathieu , ou , pour employer la forme latine , Matteus de Andria. Ce dernier personnage, qui est mentionné dans une série d'actes s' échelonnant du 10 décembre 1271 au 29 avril 1280 (7), figure dans les comptes de l'Hôtel en 1278', à la fois sous son titre habituel de « sergant de la Raison » et sous la dénomination de « Matheu , qui garde les registres des Raisons. » Les mêmes comptes citent également, — on l'a vu plus haut , — parmi les gens de l'office des Raisons, « ii escrivains qui sunt mis à garder l'archive (8), »

ria » (Voir la Restitution des registres primitifs de la VHP indiction , et spécialement le titre du n°CXIX). Peut-être faudrait-il établir un rapprochement entre ces deux événements qui seraient alors le résultat de quelque travail de réorganisation analogue à celui qui eut lieu pour le Trésor au mois d'octobre 1277. Dans les documents antérieurs à 1280, par exemple dans les mandements dej paiement adressés aux trésoriers en 1278 et 1279, où il est question du personnel de la Chancellerie et de l'office des Raisons, on constate qu'il n'est! jamais parlé d'archiviers, mais seulement de « notaires, escrivains, rubriqueursj registreurs et sergens. » {Reg. ang. 34, f°' 70 et 92'').

(1) En 1278, Guillaume Gorvoisier n'était encore que clerc de l'Hôtel à uaj cheval, après avec été reçu en cette qualité et spécialement attaché à la paneterie et à l'échansonnerie le 26 septembre 1275. — Registre angevin 19, î» l%,\ Registre angevin 225, (° 293''.

(2) En 1278 « Nichole de Saint-Victor » se trouve confondu avec les autresj notaires des Raisons.

(3) Reg. ang. 46, i"' 193'', 194 et 142.

(4) Minieri-Riccio, Il regno di Carlo I d'Angiô negli anni 1271 e 1272, p. 44.

(5) Reg. ang. 10, f° 49''.

(6) Minieri-Riccio, H regno di Carlo I d'Angià, anno 1277, p. 15 ; anno 1279,] p. 4.

(7) Del Giudice, Codice diplomatico, 1, p. xiii en note; Minieri-Riccio, HJ regno, etc., anni 1271 e 1272, p. 44; anno 1274, p. 56 ; anno 1280, p. 15; etc.

(8) Minieri-Riccio, Brevi nolizie intorno aW archlvio angioino di Napoli, p. xJi cite comme étant garde des archives , le 5 avril 1274 , le clerc Guillaume d« Pontoise {Guglielmo de Pontisera) , que nous avons vu attaché à partir de 12781 aux trésoriers du Château de l'Œuf, en qualité de notaire français. Mais ilJ

et, parmi les employés de la Chancellerie, « mestre Oude, qui est garde des registres de la Ghanchelerie. » Il est probable que les attributions de ce dernier ne s'étendaient qu'aux volumes en cours d'exécution, car les listes de 1284 nous montrent qu'une fois terminés, tous les registres étaient conservés ensemble , sans différence entre ceux de la Chancellerie et ceux de la Chambre (1).

Chanceliers et vice-chanceliers du royaume de Sicile pendant le règne de Charles /"^ — Personnages ayant contribué à la préparation des actes.

Ce serait sortir du cadre de cette étude que d'entreprendre ici une suite de biographies détaillées. Cependant , comme les changements de chanceliers et de vice-chanceliers ont eu une influence directe sur la formation des registres, il convient de donner quelques détails sommaires sur les personnages qui se sont succédé à la tête de la Chancellerie angevine pendant le règne du fondateur de la dynastie , depuis Jean d'Acy , qui inaugure la série des chanceliers, jusqu'au vice-chancelier Guillaume de Faronville, qui vivait encore au moment de la mort du roi , en 128.S (2).

Le premier chancelier de Charles d'Anjou , après son avènement au trône de Sicile, fut Jean d'Acy , doyen de Meaux , que l'on voit déjà mentionné avec ce titre comme témoin du testament de la reine Béatrix, fait à Lago-Pesole le 30 juin 1266 (3). A cette époque donc , le chancelier se trouvait encore dans le royaume auprès de son souverain ; mais, bientôt après, il fut envoyé en

paraît y avoir là une erreur de date, le Registre angevin 51 allégué comme référence étant, dans son ensemble, postérieur à 1285.

(1) Nous nous bornons à étudier ici dans le détail ce qui a trait au règne de Charles P''. Mais on pourra consulter, pour l'histoire des archives angevines au quatorzième siècle, du temps de la reine Jeanne I"", les curieuses instructions publiées, d'après un manuscrit des archives des Bouches-du-Rhône (B. 2C9, f» 135), par M. J. Fickor , dans les MiUheilungen des Instituts fur Œsterreichische Gescliichtsforchung, I Band [Innsbruck, 1880, in-8°], pp. 121-123.

(2) Nous insistons naturellement de préférence sur les faits qui se rattachent à l'exercice des fonctions de chancelier ou de vice-chancelier du royaume. On trouvera quelques renseignements complémentaires de moindre importance dans Minieri-Riccio, De' Grandi VlJiziali dei regno di Sicilia, pp. 185-192.

(3) Liinig, Codex Itallx diidouuttictis, 11, col. 970.

mission en France pour recueillir les décimes que le pape Clément IV abandonnait à Charles d'Anjou (1).

Jean d'Acy était certainement déjà parti le 24 octobre 1266 (2), et son absence s'élant prolongée pendant toute l'année 1267 , ce n'est qu'au commencement du mois de février 1268 qu'il revint à son poste. Il l'occupait encore, lorsqu'il mourut huit mois plus tard , vers le milieu d'octobre (3).

Pendant la longue absence de Jean d'Acy, Charles d'Anjou avait confié par intérim, à partir du 24 octobre 1266, la direction de sa Ghancelleiie à Geoffroy de Beaumont, qualifié alors de chancelier de Bayeux et chapelain du pape (4). Ce personnage se trouvait donc tout désigné pour succéder au défunt. Cette fois, ce fut avec le titre officiel de chancelier du royaume qu'il reçut de nouveau le sceau royal , le 30 novembre 1268 (5).

Geoffroy de Beaumont était issu d'une ancienne famille normande fixée à Bayeux (6). Il avait trois frères qui s'attachèrent également à la fortune de Charles d'Anjou et qui parvinrent aux plus hautes dignités dans le royaume de Sicile : Pierre, comte de Montescaglioso et d'Alba , devenu chambrier ; Dreux, maréchal, et Guillaume , amiral (7).

Geoffroy de Beaumont, en qualité de chapelain du pape, s'était trouvé mêlé, en 1265, aux négociations qui déterminèrent le frère de saint Louis à passer en Italie (8). A la fin de cette même année, il fut envoyé, comme représentant du Saint-Siège, en Lombardie. Mais Charles d'Anjou, qui avait pu apprécier la| haute valeur du chancelier de Bayeux (9), ayant manifesté le

(1) Del Giudice, Codice diplomatico, I, pp. 216-218 (texte et notes); Minieri- Riccio, Alcuni fatti riguardanti Carlo I di Angià, pp. 17 et 21.

(2) A cette date, la direction de la Chancellerie était déjà confiée par intérim j à Geoffroy de Beaumont.

(3) En effet, dans le registre ouvert après le retour de Jean d'Acy et interrompu par sa mort (Registre primitif n" V), les dates extrêmes des pièces transcrites sont le 7 février et le 14 octobre 1268.

(4) Voir les titres des Registres primitifs n"' II, III et IV.

(5) Voir la Restitution des Registres primitif s de la XIP indiction et spécialement] le n» VI.

(6) Bésiers, Eclaircissemens sur Vorigine de Geoffroy de Beaumont, évéque de Laon, et\ de Jean de Vienne, archevêque de Reims, dans la Suite de la clef ou journal historique^ sur lesraatiéres du temps [Journal de Verdun], LXXXVI (an. 1759), pp. 439-445.

(7) Minieri-Riccio, De' Grandi Uffiziali, pp. 19, 1G2 et 226.

(8) Martène et Durand, Thésaurus anecdotorum, II, col. 132.

(9) Geoffroy de Beaumont se trouvait à Rome auprès de Charles d'Anjou,! le 9 août 1265. — Del Giudice, Codice diplomatico , I, p. 44, d'après Lûnig,] Dumont et Muratori.

désir de l'avoir auprès de lui pour pouvoir s'éclairer de ses conseils, le Souverain Fonlife acquiesça à cette demande en le rappelant de sa légation de Lombardie, le 11 jauviei- 12G6 (1). Dès lors, Geoffroy de Beaumont figure au premier rang parmi les plus fidèles et les meilleurs auxiliaires de Charles !«■•, Il est inutile de revenir sur la part considérable qu'on doit lui attribuer dans l'organisation de la Chancellerie , ainsi que dans le choix et dans l'adoption définitive des grands principes relatifs à la formation des registres angevins (2).

Geoffroy de Beaumont resta chancelier du royaume de Sicile jusqu'à sa mort, survenue à la fin de janvier ou, au plus tard, au commencement de février 1272 (3). Mais, dans l'intervalle, le roi lui confia , à diverses reprises , des missions qui l'éloignèrent momentanément de la cour. C'est ainsi qu'il se trouvait en France, vers le milieu de l'année 1271, pour représenter Charles d'Anjou dans des affaires d'intérêt, en vertu de pouvoirs donnés à cet effet, le 31 juillet 1271 (4), lorsqu'il fut élu évêque de Laon (5), ce qui lui valut, dit-on, d'assister au sacre du roi Philippe 111 le Hardi, dans la cathédrale de Reims , au mois d'août suivant (6). Durant ces périodes d'absence, Geoffroy de Beaumont était suppléé par un clerc originaire d'Anjou, Jean de MesuiL, chapelain , conseiller et familier du roi, maître rational et archi-

(1) Thésaurus anecdotorum, II, col. 263. Voir aussi, pour la biographie de Geoffroy de Beaumont, col. 276 et 378.

(2) Voir le chapitre IX.

(3) Les registres qui ont été interrompus par la mort de Geoffroy de Beaumont {Registres primitifs n<" XXX, XXXI, XXXIII, XXXVI), ne dépassent pas le 21 janvier 1272. Il est certain d'ailleurs que cette mort est sensiblement antérieure au 22 février de la même année (Minieri-Riccio, De' Grandi Uffiziali, p. 187).

(4) Minieri-Riccio, Il regno di Carlo I di Angîà negli anni 1271 « 1272, p. 32.

(5) Avant d'être élu évêque , Geoffroy de Beaumont était d'abord devenu doyen de Laon. C'est le titre qui lui est encore donné dans le texte du 31 juillet 1271 visé par la note précédente. Mais son élection dut suivre de fort peu cette dernière date, car la nouvelle en était certainement parvenue dans le royaume de Naples avant le 15 septembre , ainsi que l'atteste une note prise par De Leliis sur un registre aujourd'hui perdu (Minieri-Riccio, De' Grandi Uffiziali, ]). 187, note 8). Les auteurs de la GaHia cftmtiana, IX, col. 542, se bornent à dire que Geoffroy de Beaumont dut être élu en 1271.

(6) GaUia christiana, IX, col. 542. Père Anselme, Histoire généalogique de la Maiion de France, II, p. 100. — Cette assertion n'a rien que de très vraisemblable, car Geoffroy de Beaumont se trouvait encore dans le nord de la France, le 15 septembre 1271 (Minieri-Riccio, /. c). Mais c'est à tort qu'on a invoqué, au sujet du chancelier de Charles d'Anjou, le témoignage de Guillaume de Nangis. Ce chroniqueur ne fait aucune mention de lui.

diacre de Palerme (1), qui était déjà attaché à la Chancellerie à l'époque de Jean d'Acy , car c'était lui qui avait entre ses mains le sceau royal au moment où Geoffroy de Beaumont , nommé chancelier, vint prendre possession de son poste, le 30 novembre 1268 (2).

Le successeur de Geoffroy de Beaumont fut Simon de Paris , précédemment doyen de Saint-Quentin (3) et alors archidiacre de Vendôme (4). Le nom de Simon de Paris comme chancelier du royaume se trouve déjà au bas d'un acte du 29 février 1272 (5), bien qu'il n'ait prêté serment que le 19 ou le 20 mars (6). I)ès le mois d'octobre suivant, ce troisième chancelier tomba si malade qu'il dut, le 17 de ce mois, remettre la direction de la Chancellerie à Jean de Mesnil, qui continuait son rôle de suppléant. Cependant, le titulaire se remit rapidement et put reprendre son poste au bout de quelques jours. Mais bientôt le mal reparut plus violent, et, le 14 mars 1273, Simon de Paris abandonna une seconde lois le sceau royal à Jean de Mesnil (7). Il quitta alors la cour, qui résidait près de Capoue, pour gagner la province de Pouille , où il mourut dans les premiers jours d'avril (8).

Au lieu de lui donner un successeur en nommant un quatrième chancelier, le roi se contenta de conserver Jean de Mesnil à la tête de la Chancellerie, avec le simple titre de vice-chancelier.

(i) Registres angevins, cités par Miaieri-Riccio, De' Grandi Vffiziali , p. 189.

(2) Voir la notice générale sur les Registres primitifs de la Xll°. indiction.

(3) C'était sous ce titre que Simon de Paris était désigné lorsqu'il fut envoyé en France le 3 mars 1270, pour aller recueillir, au nom du roi et de la reine de Sicile, l'héritage du comte de Nevers. Reg. ang. 6, f° 24.

(4) Simon de Paris était- devenu archidiacre de Vendôme avant le mois de juin 1271. A cette époque il se trouvait encore en France et assistait , à Paris, à une séance solennelle du Parlement. Recueil des historiens de la France, XXI, j p. 424, note 1.

(5) Acte original de la collection des Arche, analysé dans le Syllabus membranarum ad regix siclx archivum ■pertinentium, I, p. 84.

(6) Le procès-verbal de cette prestation de serment , tel qu'il a été publié, d'après des manuscrits du quatorzième siècle , par Minieri-Riccio , De' Grandi Vffiziali, p. 185 et par Winkelmann , o. c, p. 21 , est daté du dimanche 19 mars , de la XV° indiction [1272]. Mais le 19 mars 1272 était un samedi ; l'indication du dimanche nous reporterait au 20. Il faut évidemment qu'il y ait eu une' erreur matérielle, soit que le rédacteur du texte se soit réellement trompé d'uaj jour dans son calcul du quantième , soit qu'il y ait eu une faute de copie dans la transcription, au quatorzième siècle, d'un document antérieur (XIX misj pour XX).

(7) Voir la Restitution des registres primitifs de la I" indiction, et spécialement ^ le n» LIV.

(8) Minieri-Riccio, De' Grandi Vffiziali, p. 188.

En agissant ainsi , Giiarles d'Anjou suivait une ligne de conduite évidente. C'est, en effet, une chose digne de remarque que le fondateur de la dynastie angevine , après avoir eu soin de pourvoir', au moment de son avènement, aux grandes charges du royaume, en laissa, dans la suite, plus de la moitié sans titulaire. Ce qui se passa à la mort de Simon de Paris n'était que la répétition de ce qui avait eu lieu au décès du maître justicier Guillaume de Muideblé, remplacé, en 1269, par un simple vice-maître justicier. D'autre part , Charles I" n'eut qu'un seul connétable, Jean Britaud de Nangis (mort on 1278), et qu'un seul protonotaire en titre, Hobert de Bari (mort en 1269).

Jean de Mesnil n'était pas depuis trois mois le chef de la Chancellerie qu'il fut élu archevêque de Palerme , entre le 8 mai et le 5 juin 1273 (1). Cette haute dignité ecclésiastique l'obligeant à passer eu Sicile, il abandonna, vers le milieu de novembre (2), la charge de vice-chancelier, qui fut transférée à Guillaume de Faronville, alors doyen de Saint-Pierre-aux-Hommes d'Orléans, et plus tard, à partir de 1275, prévôt de l'église Saint-Amé de Douai, depuis longtemps attaché à Charles d'Anjou eu qualité de conseiller et de familier (3).

Guillaume de Faronville vivait encore à la fin du règne de Charles P' (4). Il se trouvait en France avec son souverain, lorsque

(1) Nous avons dit qu'avant de devenir archevêque, il était archidiacre de Palernic. Jean de Mesni! porte encore ce titre d'archidiacre dans une pièce du 8 mai 1273, tandis qu'an acte du 5 juin suivant [Reg. ang. 21 , t" 41) , le qualifie de : « Johanneui, venerabilem Panormitanuin archiepiscopum » (Voir les textes réunis dans le StjllabuH membranarum ad regiœ sicLv archivum pertinentium, I, i)p. 89 et 90, en note). C'est donc entre ces deux dates qu'il faut placer son élection, pour com|)lcter les renseignements tout à fait insuffisants donnés par Rocco Pirri , dans la Sicilia sacra [Palerme, 1733], I, pp. xxxviii et 154.

(2) Au changement de vice-chancelier correspondit un changement de registres. Or, ce changement de registres eut lieu du 13 au 18 novembre 1273. — Voir la Restitution des registres primitifs de la 11° indiction.

(3) A ce titre, Guillaume de B'aronville avait été chargé, au mois de mai 1269, d'une mission diplomatique en Egypte. — Minieri-Riccio , Alcuni fatti riguardanti Carlo I di Angio, p. 53; De' Grandi lJf[iziali, p. 190.

(4) L'acte de 1290, publié plus haut, p. 209, note 3, nous montre en effet Guillaume de P^aronville continuant, sous le règne suivant, à être investi de la confiance du roi. A la même époque, le personnage qui devait être le premier chancelier en titre nommé par Charles 11, Adam de Doussy , n'était encore qiialifié que de conseiller et trésorier du roi [Reg. ang. 50, f° 130). C'est donc à tort que Minieri-Riccio, De' Grandi Vffiziali, p. 191 , a prétendu que Guillaume de Faronville était mort en 1278. Cette erreur provient , du reste, de ce que cet auteur, en interprétant un texte publié par lui , a voulu donner au mo* dudum le sens qu'aurait le mot qnondam.

celui-ci vint pour la dernière fois dans sa patrie après les Vêpres siciliennes; et Charles d'Anjou , par acte donné à Paris , lui délégua ses pleins pouvoirs le 4 mars 1284, pour terminer en son lieu et place les dernières formalités d'un accord conclu avec sa bellesœur, la reine-mère Marguerite, veuve de saint Louis (I). Mais il faut qu'une cause quelconque, sans doute une suite de missions analogues à celle dont nous venons de parler, ait tenu d'une manière presque constante le prévôt de Saint-Amé de Douai éloigné du royaume de Sicile à partir du mois de juin 1278. En effet, son nom, qui se trouvait précédemment inséré dans la formule finale d'un très grand nombre d'actes, notamment des mandements et des apodixes en français , disparait alors d'une manière complète (2). Et ce qui prouve bien que Guillaume de Faronville était alors absent de la cour, c'est que les privilèges de donation de la VlU'' indiction (septembre 1279-août 1280) ont été expédiés sans qu'on ait pu y mentionner aucune intervention de chancelier ou de vice-chancelier (3), en dépit de toutes les règles (4).

On aura remarqué que les personnages appelés par Charles d'Anjou à remplir les fonctions de chancelier ou de vice-chancelier sont tous des clercs, compatriotes du frère de saint Louis, et que la plupart étaient- pourvus de bénéfices ecclésiastiques situés dans les provinces du centre et du nord de la France.

Le titre de protonotaire, au contraire, était porté par un chevalier; et ce sont toujours des Italiens de naissance qui ont été investis, sous la dynastie angevine, de cette charge jadis illustrée, du temps de Frédéric II, par le célèbre Pierre de la Vigne.

Charles d'Anjou, nous l'avons déjà dit, n'eut qu'un seul protonolaire, Robert de Bari , qui exerçait en même temps les fonc-

(1) Archives nationales de Paris, J. 511, n" 3 bis.

(2) Guillaume de Faronville est encore nommé à la fin d'un mandement en français aux trésoriers du Château de l'OEuf du G juin 1278 {Reg. ang. 30, f" 137), tandis qu'il n'est plus question de lui dans un autre mandement du même genre, expédié douze jours plus tard, le 18 juin {Reg. ang. 9, f" 208).

(^) Comme en raôme temps la charge de protonotaire était vacante , il en

résulte que la formule per manus N , qui devrait se trouver dans la date

après l'indication du lieu : Datum- X..., est complètement supprimée. Voici, par exemple, de quelle manière finit un privilège de donation du 18 février 1280 : « Actum Neapoli , presenlibus Leonardo cancellario principatus Achaye, affini, et Angelo de Marra, magistris rationalibus magne curie nostre, dilectis consiliaribus etc. Datum anno Domini u° ce" octuagesimo, mense februarii, xvim» die ejusdem mensis, VIII" indictionis, régnante domino Karulo gloriosissimo rege Jérusalem et Sicilie etc. » — Re^. ang. 30, f" 145''.

(4) Voir plus haut, p. 179.

Page 1