‹ Les archives de l'histoire de FranceChapitre 5 sur 182 · X. Charmes, op. cit., p · texte numérisé non relu

X. Charmes, op. cit., p

X INTRODUCTION

Thistoire de France, Ce qui rend ce travail difficile est principalement la recherche des monumens : 1° il faudroit d'abord savoir où ils sont et on ne le sait pas ; 2" quand on le sauroit à peu près, ils sont si dispersez, si éloignez les uns des autres, que c'est l'ouvrage de la vie que de se les procurer tous. Ainsi la vie se passe à faire des recherches ; l'auteur meurt à la peine ; son successeur ne connoit pas son plan ; l'ouvrage avorte. S'il pouvoit y avoir un magasin commun et à portée des savans qui réunît ou la multitude innombrable des monumens qu'il faut consulter, ou du moins un état, un catalogue, une nomenclature qui les indiquât tous par ordre ^ il resteroit sans doute la peine du travail, mais on sauroit où porter ses pas. — Réunir dans un même dépôt tous les monumens historiques de la France est une chose impossible ; le ministre a voulu essayer s'il le seroit également de rassembler une espèce de carte générale de ces monumens... Le dépôt général des chartes doit être une espèce de représentation de tous les dépôts du royaume [et de l'étranger]. On doit y trouver le nom et la nomenclature de toutes les archives, des renseignements sur leur état actuel et sur les progrès des recherches qu'on y aura desja faites, des copies des pièces les plus intéressantes qu elles renfermeiit, et des états ou inventaires de toutes

celles que F on n aura pas copiées Si ce dépôt général exis-

toit tel que je l'ai conçu, j'ose dire que l'étude de l'histoire ne couteroit presque plus rien, et que nous aurions commencé par en arracher toutes les épines.»

Cette doctrine est des plus saines; elle se résume dans la formule : transcrijotions partielles, mais inventaires complets. Si elle avait été suivie, le Cabinet des chartes aurait rendu à la science un service inappréciable et définitif, celui-là même qu'elle réclame encore, plus d'un siècle après le rapport de Moreau. Malheureusement, les Bénédictins employés par le Cabinet des chartes et les secrétaires de Bréquigny, comme ceux de Laporte du Theil, copistes passablement consciencieux, reculèrent, malgré des ordres formels, devant l'ennui

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d'analyser un à un les milliers d'actes qu'ils ne jugeaient pas bon de transcrire in extenso. Très peu de dépôts possédaient alors des catalogues ; le but des Bénédictins et de leurs confrères aurait dû être d'en dresser pour tous ceux qu'ils visitaient : l'historiographe de France se serait chargé de centraliser tous ces répertoires pour le plus grand profit des historiens ; malheureusement, il ne paraît pas que, en fait, un seul inventaire convenable ait été rédigé par eux. Dom Le Noir écrivait, à la vérité : « Il est nécessaire, avant toutes choses, de se procurer des notices exactes [de tous les documents non transcrits] qui, renfermant, pour ainsi dire, toute la substance de chaque titre, en fassent connaître au premier coup d'œil l'importance et l'utilité », mais dom Le Noir écrit cela dans une lettre où il décline l'honneur de collaborer à ces notices; et dom Col, travailleur plus effectif, pense au contraire qu' « un simple inventaire ne donnera point tous les éclaircissements désirables », et qu'il vaut mieux « négliger absolument les pièces dont l'utilité paraît nulle ». « Je suis actuellement, dit-il, à dépouiller les titres de la vicomte de Turenne ; parmy un fatras de papiers, j'ay pu à peine trouver de quoy faire quelques notes...*. » — Le dessein de Moreau, déjà vu d'un mauvais œil par Bertin, partisan convaincu des transcriptions intégrales, était condamné à échouer avec des ouvriers aussi peu intelligents que ce dom Col. II lui aurait fallu, pour le réaliser, une armée, je ne dis pas de scribes, mais d'archivistes excellents, zélés, instruits à la même école, et uniformément pénétrés de cet esprit scientifique, rigoureux jusqu'au scrupule, qui anime les conservateurs actuels de nos grands dépôts publics.

La Révolution, qui supprima l'œuvre, d'ailleurs avortée, parce qu'elle avait été prématurée, de Moreau, fit peu de chose pour la remplacer. L'article 4 de la loi du 7 messidor an II décréta « qu'un état sommaire du contenu des archives départementales serait immédiatement dressé, et qu'une expédition de chaque état serait fournie aux Archives nationales ou cen-

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