X. Charmes, op. cit., p
IXTRODUCTIOX
traies ». Mais cette disposition insuffisante ne saurait entrer en ligne de compte. On ne voit pas que les catalogues des archives françaises aient été grandement améliorés pendant la période révolutionnaire, et la formation d'un vaste « magasin » de ces catalogues resta, par conséquent, aussi malaisée qu'elle l'avait été sous l'ancien régime.
Au xix^ siècle, les vrais principes de V Arclnvécononiie ont été posés. Les idées si fécondes du créateur du Cabinet des chartes ont été, dans une certaine mesure, restaurées, modernisées et appliquées. Il n'en a pas été ainsi seulement en France ; même h l'étranger, on a retrouvé, peut-être d'une manière indépendante, et renoué depuis longtemps la tradition de Moreau. Le gouvernement anglais, par exemple, a institué, dès 1869, une Boijal Commission on historical manuscripts chargée de cataloguer les archives locales des villes, des corporations et des particuliers du royaume et d'en publier, avec l'assentiment des propriétaires, des inventaires suivis de tables'. Le même gouvernement a entrepris de faire transcrire et inventorier méthodiquement, dans toute l'Europe, les documents qui touchent à l'histoire nationale de l'Angleterre. Le Dcputij Keeper du Public Record Office a reçu régulièrement depuis dix ans des rapports , des inventaires et des copies de feu M. A. Baschet, h Paris; de dom Pascual de Gayangos, à Simancas ; de M. Rawdon Brown sur les archives de Venise; de M. W. IL Bliss sur les archives de Suède ; du rev. W. D. Macray sur les archives de Danemarck, etc. ^. Le Public Record Office possédera, un jour, à l'état de traiiscr'pts ou
1. M. de Schickler [L'hisloire de France dans les arc/tii>es de la Grande Bretagne, Paris, 1878, in-8'', p. 2) compare à bon droit les circulaires de Berlin et de Moreau aux Bénédictins du Cabinet des chartes avec les instructions données par .M. G. Brell aux membres de la Royal Commission. — La Commission anglaise publie régulièrement des rapports, auxquels sont joints, en appendice, un certain nombre d'inventaires.
2. Voir le catalogue sommaire des copies exécutées dans divers dépôts d'archives de l'Europe pour la nouvelle édition des Fœdera de Rymer : Ch. Purton Cooper, Appendices to a report on Ri/mer's Fœdera, 5 vol. in-8"'(for privatc circulation only), et le Syltabiis [in engUsh) of Rymer's Fœdera, vol. III.
INTRODUCTION
crinvcntaires, toutes les pièces relatives à l'histoire anglaise qui existent sur le continente
Chez nous, on s'est préoccupé plus particulièrement de cataloguer les richesses des dépôts nationaux. Travail énorme qui est en cours d'exécution depuis soixante ans, qui se poursuit avec régularité et dont la fin n'est pas encore prochaine. Les archivistes de l'État pour les Archives nationales, départementales et hospitalières, des particuliers pour les Archives communales et privées, y ont mis la main en commun; ils constituent justement cette armée érudite que Moreau cherchait en vain autour de lui. Sans doute, tous leurs inventaires ne sont pas également bons , et quelques-uns , surtout parmi les inventaires des Archives départementales, devront être révisés un jour, ou même repris en sous œuvre. Tels qu'ils sont, néanmoins, ils rendent dès maintenant de précieux offices h la science ; et il n'est que juste de reconnaître c^u'aucun pays européen n'a lait autant que la France pour faciliter la connaissance de ses archives. Malheureusement, le couronnement de l'édifice manque encore, car je ne sache pas qu'il y ait à Paris de « bureau » ou de « magasin », pour employer les expressions de Moreau, où l'on puisse consulter commodément tous les catalogues imprimes et manuscrits de nos archives parisiennes et provinciales qui ont été rédigés jusqu'à présent. J'ajoute qu'il n'y a pas de livre où l'on en trouve la liste complète, car YAïuiiiaire officiel des Bibliothèques et des Arcliives ne signale que les inventaires imprimés d'une année à l'autre, et encore les inventaires imprimés par l'administration des Archives'-. Passe encore que l'on n'en soit pas déjà arrivé à la centralisation matérielle des catalogues, pour-
1. La Suisse (mission Rolt), le Canada et le Brésil ont pris des mesures analogues.
2. Quelques particuliers ont cherché à remédier à l'excessive dissémination des renseig-nements. Tel fut le but principal que se proposa M. Bordier quand il publia son livre sur Les Archives de la France (Paris, 1855, in-8). Voyez aussi L. Pannier, Elat des inventaires sommaires ci des autres travaux relatifs aux archives au 1" janvier 1875, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, XXXVI, 5 ; cf. XXXVII, 572.
INTRODUCTION
tant si souhaitable; mais nous n'avons pas même une centralisation factice de titres et d'adresses, pas même l'ombre d'une centralisation sur le papier.
Quant aux archives de l'histoire de France à Tétranger, le gouvernement français n'a institué longtemps pour les explorer que des missions irréguliéres, discontinues, dissymétriques. Il a envoyé eu Belgique M. Boutaric; en Angleterre, M. Delpit ; en Portugal, M. Livet; M. A. Geffroy dans les pays Scandinaves, MM. L. Cadier et A. Brutails en Espagne, M. Bonnardot dans le grand duché de Luxembourg; il a fondé à Rome une école qui, entre autres fonctions, a celle d'exploiter les archives du Vatican et de l'Italie. Mais les rapports présentés à l'occasion de ces missions, séparées par de longs intervalles, ne sont pas de type uniforme. Les uns consistent en analyses et en copies hâtivement prises, en spicilèges arbitraires, colligés sans méthode, à la manière de Bréquigny, pour ne pas dire de dom Col. Les autres, faits par des hommes expérimentés, ne contiennent ni copies ni analyses, mais une bonne description des dépôts, la liste de leurs catalogues, et l'indication numérique des fonds intéressants pour notre histoire. Bien qu'ils aient été presque tous imprimés dans les Archives des Missions et dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes^ ils n'ont jamais été réunis matériellement en un même lieu, à l'état de tirages à part. Si différents qu'ils soient les uns des autres, ce sont pourtant des fragments d'un tout. Malgré cela, on essayerait vainement, je crois, d'en trouver quelque part la liste chronologique et méthodique.
On pensera peut-être avec nous, après avoir constaté que l'organisation de nos Archives historiques, qui a fait tant de progrès dc[)uis h- commencement du siècle, réclame encore ([uclques perfectionnements, qu'il sullirait, pour l'achever, de systématiser de plus en plus les recherches, et de centraliser les l'ésultats. Réforme des plus simples et des moins coûteuses. D'une part, il suffirait d'annexer aux Archives nationales une collection complète des catalogues imprimés des autres dépôts
INTRODUCTION XV
qui existent en France, et une expédition de leurs catalogues manuscrits; quand la collection de ces catalogues sera achevée, ce qui ne saurait manquer d'arriver un jour, « toutes les archives de France », suivant la prédiction de Moreau , « seraient représentées en petit dans un lieu où l'on en aurait sous la main la table et l'indice* «. D'autre part, il faudiait déléguer pendant quelques années des archivistes-paléographes pour dresser, à Londres, à Pampelune, à Barcelone, à Simancas, à Vienne, à Bruxelles, et dans tous les dépôts européens, l'inventaire complet des documents relatifs à l'histoire de France pour tous les fonds non inventoriés jusqu'ici par les archivistes locaux. Leurs rapports, rédigés d'après un modèle fixé d'avance, seraient joints, dans une salle des Archives nationales, au catalogue général des dépôts français. « Ainsi, dans le dépôt général, disait Moreau en 1774, si l'on ne trouve pas toutes les pièces dont on peut avoir besoin pour s'instruire de l'histoire et du droit public de chaque province , on con-
1. CeUe idée n'est pas nouvelle. Une « section départementale » fut créée aux Archives nationales par arrêté ministériel du 31 juillet 1829. Elle devait être composée « d'inventaires exacts et réguliers des titres, actes et documents existant dans les archives des départements et des communes, en double, l'une restant au dépôt local, l'autre au dépôt central des archives du royaume ». Elle fut supprimée par un arrêté du 30 septembre 1830. Une circulaire d'avril 1841 prescrivit le dépôt à Paris d'un double des inventaires mss. de toutes les archives publiques de France. En 1867, l'administration des Archives nationales groupa théoriquement dans une série AH les inventaires mss. des archives départementales, communales et hospitalières que possédait le dépôt. Celte série a été disloquée depuis : aujourd'hui, à l'hôtel Soubisc, les inventaires des archives ministérielles n'ont plus de cotes; ceux des archives départementales sont classés dans F^ 268-358; ceux des archives hospitalières portent les cotes F. 89025- 43, et ceux des archives communales, les cotes F. 89044-146. Sous ce^s cotes sont rangés, non seulement les inventaires classés en 1867 dans AH , mais les très nombreux inventaires mss. que le Ministère, qui les avait en dépôt, a versés aux Archives nationales en mai 1885. — Cette collection, si riche qu'elle soit, est loin d'être complète; mais il serait très facile de la compléter, de la mettre à la disposition du public, et de simplifier ses cotes en rétablissant, pour l'y comprendre tout entière, une série spéciale. La réforme réclamée dans le texte serait ainsi accomplie. On a le droit d'attendre beaucoup,, à cet égard, du rattachement (opéré en 1884) des services d'archives au ministère de l'instruction publique sous la direction de M. X, Charmes,
INTRODUCTION
naîtra du moins et le titre et les pièces et le lieu où on est sûr de les trouver '. »
En attendant la bienfaisante réalisation de ces réformes'^ qui veulent être discutées de près et qui soulèvent des questions délicates , il nous a semblé que l'initiative privée pouvait frayer la voie à Faction officielle, et opérer, dans la mesure de ses forces, un commencement de centralisation des renseignements épars qui existent à présent sur les « archives de l'histoire de France». C'est pourquoi nous avons entrepris ce livre où nous nous proposons d'énumérer tous les dépôts entre lesquels ces archives sont partagées, en consacrant à chacun d'eux une notice. Nous esquisserons brièvement dans ces notices l'historique de la formation de chaque dépôt ; nous indiquerons la nature et les dates extrêmes des fonds qui le composent''; nous nous attacherons surtout à dresser la liste de ses catalogues, tant imprimés que manuscrits, et de tous les instruments propres à y faciliter les recherches, voire des