XII. COXGRÉGATIONS RELIGIEUSES ET CONFRÉRIES. LeS pIuS
célèbres congrégations religieuses de France ont leurs archives à l'étranger; telles celles des Jésuites et des Dominicains, d'ailleurs difficilement abordables, qui sont conservées à Rome. D autres ont leurs papiers au siège central de l'association, qui. est généralement Paris : ce sont naturellement |)ropriétés privées où l'on ne peut pénétrer qu'après autorisation préalable du Supérieur. Ils peuvent avoir un intérêt plus général qu'on ne le croit. — Certaines confréries, en particulier les Confréries de pénitents dans le Midi de la France, et les Charités en Normandie, ont conservé des documents remontant à l'origine de ces associations et présentant un intérêt fort restreint. Xos renseignements sont presque nuls sur ces différents ]ioints.
XIII. Consistoires et églises protestantes. — Dans certaines régions de la France, en Languedoc notamment, les églises protestantes ont des papiers [remontant au xvii'' siècle) qui peuvent présenter un vif intérêt j)Our l'hisloii-e des réformés à l'époque de la révocation de l'Edit de Nantes et pendant la période qui suivit. Beaucoup de pasteurs ont déjà étudié ces sources locales et publié, à l'aide de ces documents, des monographies brèves mais sérieuses.
XIV. Familles et chateav.\. — Au siècle dernier, Bréquigny évaluait à plus de 1700 le nombre^ des archives seigneuriales existant dans toute la France ; encore ce chiffre ne devait-il pas donner la somme totale de toutes les richesses historiques conservées dans les demeures particulières. Chaque fief, chaque terre, chaque maison doit avoir ses titres de pi'opriélé, plus ou moins anciens, et aussi plus ou moins intéressants. ^Nlais, à ne considérer que les archives seigneuriales proprement dites, elles ont été rarement détruites, et, à peu d'exceptions près, elles restent attachées au château quelles concernent, et non aux propriétaii'cs qui se succèdent'^.
1. Nomljrc infime et que nous soup(;oiiuons fort d'inexactitude.
2. Il V a de fâcheuses exceptions. Nous connaissons des cliàlelains qui. en vendant un domaine, o/it conservé pour eux et transporté ailleurs les ai-cbives de ce domaine ; c'est là une cause presque certaine d'oubli et de perte. Nous connaissons un autre châtelain qui, animé des meilleures intentions, a d('posé chez un notaire voisin les titres complets d'une propriété dont il se dessaisissait et qu'il craignait de voir fréquemment chan]Lfer de mains ; mais, "en voulant ainsi remédier à un mal. on en introduit un autre. Qui, en elTet, saura dans quelques années où se trouvent ces documents? i^t quelle preuve a-t-on que ce noiaire conservera avec soin ce dépôt, lui qui a déjà pris si peu de soin de ses propres minutes ?
Si l'incurie a fait là comme ailleurs de fâcheuses victimes, il est du moins certain qu'il y a encore beaucoup à chercher et beaucoup à découvrir de ce côté ^.
L'enquête que nous avons essayé de faire portera-t-elle les fruits que nous en attendons ? Décidera-t-elle l'initiative privée à agir avec efficacité dans le sens d'une communication plus large aux historiens sérieux ? Quelques esprits timides ont bien tenté de nous effrayer et de nous arrêter, nous laissant croire que beaucoup de propriétaires d'archives, se voyant dépistés, préféreraient jeter leurs pa])iers au feu, plutôt que de les laisser communiquer. Nous avouons que cette considération ne nous a nullement ébi-anlés. Au surplus, les renseignements que nous donnons nous sont parvenus, soit par des ])ublications qui ont déjà bénéficié de la communication de tel ou tel chartrier i)rivé, soit par des informations particulières qui nous ont permis de croire, implicitement ou non, que nous étions autorisés à les rendre publiques.
Il va sans dire, tout naturellement, que ces archives de familles ou de châteaux, pour avoir été une fois communiquées à un ami ou à un parent, n'en restent pas moins fermées aux indiscrétions du premier venu, et la mention de ces archives dans le présent recueil n'implique en aucune façon une communication générale.
On a déjà pu voir, en parcourant le chapitre III, que coiMains propriétaires avaient fait don de tous leurs chartriers aux dépôts départementaux : les archives de la Gôte-d'Or, de la Dordogne, de l'Eure, etc., se sont ainsi enrichies déjà; et nous espérons que le mouvement ne fera que se continuer à l'avenir en s'accentuant. D'autres l)référant garder par devers eux leurs titres de noblesse et les documents historiques de leurs familles, en prennent un soin éclairé et confient à un archiviste le soin de les classer et de les inventorier; à un savant, celui de les mettre en œuvre, dans des publications variées, lorsqu'ils n'en ont |)as eux-mêmes le loisir. Rien de mieux : tels les La Trémoillc^, les Luynes, les Nicolay, les d'IIunolstein,
1. La reslilution faite aux familles de leurs papiers séquestres a coniiTien.-é des le raoïs de germinal an III, et s'est continuée jusque vers 1820. Les lacunes que 1 on constate dans la série des plans, aux Archives nationales, proviennent de ces restitutions opérées régulièrement ; cf. Arckh'es nationales, A Bva 5.
2. Le duc de la Trémoille est propriétaire du très riche chartrier de Thouars Quoique la plupart des pièces qui le composent soient conservées en son hôtel \ Pans, cl les autres au château de Serrant, en Anjou, nous avons cru devoir conserver rappellation historique de « chartrier de Thouars », et placer -m département des Deux-Sèvres la notice qui le concerne. ti piacei au
les Lévis-Mirepoix, les' Chastellux, et tant d autres, sans parler de ce grand et admirable chartrier de Chantilly, qui est à lui seul un des fonds les plus importants de l'histoire de France'. ^lals nous voudrions voir d'autres familles, moins libérales jusqu'ici, suivre ces exemples et ne pas redouter une mise au grand jour qui ne saurait être que profitable à leur nom, à l'histoire de leur race et à l'histoire générale de la France.
XV. Notaires. — Il est su]>erflu d'insister aujourd'hui sur l'utilité et l'importance des registres ou minutes de notaires; diverses publications telles que celle du a Cartulaire des Alaman » trouvé dans une étude du département du Tarn, à Lasgraïsses, et publié par M. Edm. Gabié-, et des découvertes semblables à celle de M. l'abbé Requin sur les premiers essais d'introduction de l'imprimerie dès 1444 à Avignon •"*, en disent assez long par elles-mêmes. Mais on n'est pas encore parvenu à s'entendre sur les mesures à ])rendre pour assurer la conservation et faciliter l'usage de ces registres ou minutes "*.
Depuis longtemps la question a été agilée; il y a ()lus d'un siècle, on se préoccuj)ait déjà de la concentration de ces documents, car dans le Cahier de réclamations de l'ordre de la noblesse des sénéchaussées de PérigorcL du 23 mars 1789, on demande : <f que dans chaque chef-lieu de sénéchaussée il soit formé un dépôt public où les notaires soient tenus de déj)oser une expédition de tous leurs actes. » Quatre-vingts ans après, nous rencontrons un vœu du conseil général de l'Indre"' pour le dépôt des minutes notariées dans un lieu public el de préférence aux archives dépari ementales. Depuis, ce vreu a été renouvelé par de nombreux archivistes, et en 1884, l'un d'eux, M. Em. Jolibois'', s'est fait leur iiitci'jti'èlc , au
1. L'intéressant discours [sur rinoportancc des archives do famille] prononcé récemment par M. le marquis de Vogué à la dernière séance générale de la Société de l'Histoire de France, est à lire en entier. Cf. Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, X.WIII (1891), pp. 89-105.