‹ Les archives de la FranceChapitre 12 sur 27 · I . Tout un dépôt, celui de Thôtel de Nesie de la · texte numérisé non relu

I . Tout un dépôt, celui de Thôtel de Nesie de la

rue de Beaune, se remplit des dépouilles des émigrés,

accusés, condamnés dont les demeures étaient saisies

& tout ce qu'elles contenaient mis en vente à la

criée. Les commissaires- priseurs avaient ordre de

prévenir la commission des arts avant la vente ;

celle-ci s'en remettait à Naigeon, garde du dépôt,

pour choisir ce qui devait être réservé. Voici dans

quelle forme était averti ce fonctionnaire ; ces lettres

transportent l'imagination au milieu même de cette

époque: « Le directoire du district de Franciade à la

« commission temporaire des arts. Vous avez nommé

« des commissaires pour se transporter à Passy, dans

« la maison de la ci- devant princesse de Lamballe, à

« l'effet d'y examiner, dans le mobilier qui garnit cette

a maison , les effets qui peuvent intéresser lès arts &

« mériter d'être conservés. Nous pensons que cette

« visite a été faite, mais nous en ignorons le résultat.

« Nous vous prions de nous le faire connaître au plus

« tôt, parce que l'intérêt de la nation exige la vente

H prompte de ce mobilier & parce que nous devons « y procéder incessamment. — ij ventôse an ii. » Naigeon était aussi averti directement par le commîssaire>priseur chargé de la vente aux enchères. — u Citoyen, tù es invité à venir visiter la maison Cau- « mont La Force, rue Grenelle-Germain, n*» 567, afin « d'en extraire les objets concernant ta partie. — Le « a 1 prairial an 11. — Lesage , commissaire du déo parlement. » Ou bien encore : « Mon camarade, tf tu es invité à faire enlever ce soir, sur les 4 à « 5 heures, des tableaux mis en réserve chez la fa- « mille Montmorency, rue de Lille. — Ce 2a floréal « an II. Leblond. » Et pour dernière citation : « Mousset « souhaite le bonjour au citoyen Naigeon le. le pré- « vient qu'il vient de commencer l'inventaire de Ni- « colaï, mort par la loi ; il a trouvé des effets précieux « en tableaux, porcelaines, meubles de Boule, pence dules & autres objets. Si le citoyen Naigeon veut w se rendre le 24 vendémiaire, 3 heures de relevée, « rue des Enfants-Rouges, n° 8, il pourra faire choix «f des effets à réserver. — Ce 22 vendémiaire an 11. » 2. J'ai eu dans les mains tous les inventaires du dépôt de Nesle, tenus régulièrement par l'honnête M. Naigeon, & j'estime que dans ce seul dépôt il est entré environ cinquante mille objets précieux, &, si l'on énumère les gravures & dessins , plus de cent mille. M. Bourgevin seul y avait fourni douze mille six

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cent quatre-vingt-dix-neuf dessins de maîtres. Je me suis donné la peine de dresser un tableau de la répartition de tous les objets , mais je ne pense pas qu'il soit convenable de le publier.

}. Le ministre de l'intérieur écrit, le 26 prairial an IV de la République, à Naigeon, garde du dépôt : « Le citoyen Jourdan, fermier de la verrerie natioa nale de MantzaI, offre de prendre en payement d'une (( somme de iao,ooo francs une partie des gravures « & tableaux existant à la maison de Nesle. Je vous (( préviens qu'il est autorisé à faire choix de ceux qui « pourront lui convenir. » On abandonne à la citoyenne Vallayer Coster, en échange d'un tableau de sa composition estimé 2,400 francs, des statues, un camée^ deux meubles de Boule, un coffret & une théière de vieux laque, une tabatière avec un portrait de Petitot , venant du condamné Noailles - Mouchy, •<]uatre pots-pourris en porcelaine de Chine (8 ventôse an VII ] . 11 faut avouer que ce tableau , qui ne valait pas un seul des objets donnés en échange, coûte un peu cher. La citoyenne Denoor vend à la nation le cabinet d'histoire naturelle de Le Vaillant, moyennant vingt-huit mille quatre cent quarante-deux livres, & se paye en objets d'art qui vaudraient aujourd'hui trois cent mille francs, & estimés tellement bas que le garde du dépôt de l'hôtel de Nesle refuse de délivrer ces objets, prétendant qu'on a abusé du timbre

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du ministre. Celui-ci (c'était Benezech ) répond : a Ce prix est fort bas, mais il est malheureusement « celui du commerce, ainsi qu'il est constaté par les « experts, & on ne pourrait pas se flatter de les « vendre mieux. » (19 brumaire an v.)

4. Au 37 germinal an 11, le dépôt de Nesle de la rue de Beaune avait encore les effets & objets d'art de cinquante & un émigrés, dont Breteuil , Vaudemont, Balbi, Coigny, Condé (objets venus de Chantilly), Crawfort, Chalais, Bailly de Crussol, Crussol d*Uzès, princesse Conty, Join ville, Lostange, Louvois, veuve Liancourt, Laval-Montmorency, Penthièvre, Thavanne, Vintimille, Vaubecourt, itc. Trois ans plus tard il ne restait plus que le fretin , qui fut vendu à l'encan pendant les mois de messidor & fructidor an V. Les tableaux, statues, meubles, porcelaines de Chine & de Sèvres, formèrent six cent trente-neuf articles dans la première vente &. sept cent vingt & un dans la seconde. Il devait y avoir encore d'excellentes choses; elles furent vendues à des prix risibles.

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1 . Le vrai titre était directeur général des bâtiments, mais il avait, comme M. de Marigny, toutes les attributions d'un surintendant.

u. On voit, au Musée de Versailles, sous le nu-

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méro 3926, son portrait, & M. Eud. Soulié, dans son excellente notice du Musée, fait très à propos cette remarque : // e$î assis & appuyé sur une table où se trouve placé le plan de la galerie du Louvre. Le surintendant était d'assez bonne maison pour étaler ses armoiries, comme tant d'autres, sur la tapisserie pendante de sa table, mais il aima mieux y développer un titre de gloire personnelle : la fondation de la première galerie royale de tableaux, rendue accessible à tous. M. Gustave de Rothschild possède une tabatière qui a appartenu à M. d'Ângiviller & sur laquelle la miniature représente le roi Louis XVI se promenant dans le Musée du Louvre.

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1. Je pourrais établir ce parallèle entre les papiers des archives & les monuments de Tart, en montrant une même brutalité dans le traitement, une même absence de goût & d'intelligence dans le triage , des idées également erronées dans le classement. Lenoir ne s* en cachait pas ; dans vingt endroits de son ouvrage il nous raconte ses prouesses en ce genre : « J'ai composé mon plafond , mes croisées & en géa néral toute la décoration de cette salle (celle du « xv« siècle) avec des détails que j'ai rapportés du « château de Gaillon qui vient d'être démoli. » Voici

« veillance, décrète : Art !«•". Il est défendu d'enlever, « de détruire, mutiler, ni altérer en aucune manière, a sous prétexte de Taire disparaître les signes de féott dalité ou de royauté dans les bibliothèques, les il collections, cabinets, musées publics ou particuliers, « non plus que chez les ouvriers, artistes, libraires u ou marchands, les livres imprimés ou manuscrits, « les gravures, dessins, tableaux. » (5 brumaire an 11, a6 octobre 179} .)

a. Cette commission, assez restreinte, siégea pour la première fois, le 8 novembre 1790, dans le local qui lui avait été assigné au collège des Quatre-Nations, aujourd'hui l'Institut ; elle envoya partout des instructions, lut des mémoires, proposa d'étranges projets, comme la création d'une bibliothèque nationale divisée en cinq sections & placée dans autant de quartiers de Paris, comme l'indication des expériences qu'il sera bon de faire lorsqu'on procédera à la destruction des clochers. On y trouve bien des projets pour transporter toutes choses à Paris; aucune parole, aucun conseil pour engager à les conserver à leur place. Dans cette commission impuissante, comme sur un îlot où se réfugient les naufragés, on voyait des bénédictins, des érudits, des artistes, des gens du monde tout effarés au milieu du grand désordre politique, mais très-disposés à rendre service à l'État. Bréquigny, l'un des plus savants, écrit à Godefroy, l'archiviste de

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Lille, le 19 janvier 1791 : « Devant tous ces orages, « vous jugez aisément qu'on ne s'occupe guère de let- « très. Les académies sont dans une espèce de sta- « gnation provisoire , qui approche d'une léthargie & « pourroit être suivie d'une mort prochaine. Les tra- « vaux des gens de lettres & les traitements qui y sont « attachés sont aussi fortement menacés. On vend à « force, & à tout prix, les biens ecclésiastiques dé- « clarés nationaux, & on s'occupe de la conservation « des monuments littéraires qui se trouvent dans les « monastères & dans les églises. Le comité d'aliéna- « lion a créé un comité composé de gens de lettres « & d'artistes qui ne sont point de l'Assemblée natio- « nale & qui communiquent au comité d'aliénation « des projets sur ces objets. Je suis de ce comité noua veau, avec plusieurs membres de notre Académie « des belles-lettres, &. nous nous assemblons au col- « lége des Quatre-Nations. Nous avons rédigé une a instruction pour conserver les monuments qui ont « dû être mis sous le scellé, & elle a été adoptée par « le comité d'aliénation & envoyée à toutes les muni- « cipalités. Vous avez dû par conséquent la voir, U « vous me ferez plaisir de me dire ce que vous en a pensez. » (Arch. de Lille.) Il est impossible déparier de si grands maux avec une plus complète insouciance ; il faut l'attribuer aux soixante-dix-sept années de Bréquigny, à son indifférence en matière d'art U à

26o Pages 41 et 4j. notes i .

Page 41.

I. Voici la lettre entièi'e, elle est datée de Paris le j I décembre 179a. « Le ministre de l'intérieur au « procureur de la commune de Bourg. J'ai reçu votre « lettre du 7 de ce mois, par laquelle, en m'instrui- M sant de l'empressement louable que vous avez mis u à faire disparaître dans les édifices publics tout ce (( qui poun'ait y rappeler les idées de la royauté II le « règne de la féodalité, vous me faites connaître que « vous désireriez également opérer la destruction des (' monuments que le fanatisme &. l'orgueil ont fait « constniire dans Téglise de Brou, fondée par une « princesse de Savoie. Puisque le vœu de vos con- « citoyens se manifeste d'une manière ostensible pour « la conservation de cet édifice dans toute son inté- « grité II que d'ailleurs vous reconnaissez vous-même « que les objets que vous voudriez voir anéantir sont « réellement des chefs-d'œuvre dans leur genre, « auxquels par conséquent le décret qui ordonne « (jue les monuments précieux seront conservés peut « être littéralement appliqué, je pense qu'il serait bon (f de remettre sa destruction à un temps plus éloi- « gné. »

Page 43.

I . Dans le rapport du député Villers sur le triage des titres, séance du 12 prairial an iv, je lis : En

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faisant l'enlèvement des archives de la commune de Paris j l'agence du triage a été instruite de l'existence d'un dépôt particulier qui contenait les titres provenant de la maison Souhise; ils étaient tous indistinctement destinés & même en partie préparés pour servir à la confection des gar gousses & des cartouches. L'agence a trouvé parmi ces papiers un grand nombre de titres à conserver.

a. « La Convention, sur la demande du ministre « de la marine, décrète que les directoires des dépar- « tements qui ont des dépôts de papiers & de parce chemins dans leur arrondissement laisseront aux « préposés du ministre toute liberté pour procéder « sans délai au triage &. à Tenlèvement de ceux qu'ils (( jugeront propres au service de l'artillerie. » Le ministre de la marine avait chargé des agents d'écrire aux gardes des archives de se tenir prêts à recevoir leur visite & de retirer des layettes les chartes & diplômes qui répondaient aux mesures marquées dans le tableau qui suit :

262 Lettre.

ÉCAiiTé. Liberté.

Nancy, le 19 Prairial an second de la République française, une, indivisible U Démocratique.

L'Agent national près le district de Nancy au Gardien des archives de la Monnoie.

Tu trouveras ci joint citoien la copie d'une lettre que l'agence de la Conservation des armes & munitions de guerre que la république a écrite à l'administration du Département le 7 de ce mois relativement à un envoi de parchemins dont le service d'artillerie a le plus pressant besoin. Tu voudras bien toutes affaires cessantes faire réunir dans le magasin de l'administration du district tous ceux qui se trouveront dans les maisons confiées à ta garde en observant néanmoins les dimensions ci -jointes au tableau fe en faire dresser un état que tu adresseras à l'administration afin que de son côté elle le fasse passer à l'agence de la conservation des armes ainsi qu'elle le demande.

Salut. ?>•«. Le suppl. à l'ag. N"^

BiLLECARD.

Lettre, 26j

Liberté, ÉGAUii,

Fraternité, Ou la mort.

Nancy, le 1 7' Messidor an second de la République, une, indivisible fe Démocratique.

L'Administration du Département de la Meurthe à celle du District de Nancy.

Nous t'avons demandé. Citoyens, par notre lettre du 1 5 du mois dernier, de nous Faire parvenir l'état des parchemins qu'il serait possible de faire rassembler dans ton arrondissement pour servir aux besoins des armées. Comme nous n'avons pas encore reçu cet état, nous t'invitons de le faire former, &. de ne pas différer à nous l'adresser.

Salut & fraternité Mang, p.

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