‹ Les archives de la FranceChapitre 5 sur 27 · X. Parlement de Paris · texte numérisé non relu

X. Parlement de Paris

Y. Châtelet.

Z. Cours & juridictions diverses.

& Tribunaux criminels extraordinaires.

1 6o Ce classement lèse tous les intérêts.

S'il s'agissait de classer des livres & de refaire le catalogue d'une bibliothèque^ j'aurais encore beaucoup à objecter à ce classement au point de vue de la méthode, mais il s'agit d'une immense réunion de fonds d'archives dont on doit respecter l'intégrité tout en les rangeant de manière à faciliter les recherches, & je le repousse radicalement, car je n'y vois d'un côté que le développement des divisions établies par la loi de messidor an II , le même esprit, la même confusion y régnent, & de l'autre côté la même prétention de placer au-dessus du passé glorieux de la France, dont on fait une parvenue, les actes & décrets de la révolution. Au reste, je ■ renvoie à la critique déjà faite de la loi de messidor. J'examinerai seulement ce que Daunou y a ajouté. C'ess d'abord la formation de ce qu'il appelle un second Trésor des Chartes (*). On n'a pas oublié que la loi de messidor ordonnait à l'agence du triage des titres de former un tas des chartes, actes & diplômes utiles à l'histoire, que ces excellents

Les monuments historiques de Daunou, i6i

trieurs réservèrent un nombre considérable de ces précieux documents qu'ils enfermaient dans des cartons portant le titre du fonds d'où ils provenaient, & qu'ils parvinrent, malgré instructions & décrets, à les soustraire aux convoitises de la Bibliothèque impériale. Daunou, maître de son classement, pouvait sans difficulté, entouré comme il Tétait de plusieurs des anciens membres du triage, remettre dans leurs fonds toutes ces pièces & reconstituer ainsi, avec ce qu'elles ont eu de plus précieux, les admirables archives des abbayes de Saint-Denis, Montmartre & autres.

Loin de là. Il se garda bien de suivre cette méthode judicieuse, il chargea dom Joubert, ancien bénédictin, archiviste laborieux, paléographe consommé, analyste précis, de lire ces pièces & de les classer dans dix catégories de la lettre K, appartenant à la section historique : i® actes des rois de France; 2® copies de chartes ; 3® comptes ; 4° histoire de la maison royale ; 5° dignités & offices ; 6® corps politiques; y^ lois, coutumes, im-

i62 Embarras de dont Joubert,

pots, monnaies, commerce; 8** histoire des provinces & des villes ; 9® histoire étrangère, négociations; 10® cérémonial.

Certainement, si Ton mettait dans une urne les étiquettes de toutes les matières imaginables dont traitent les papiers des archives, & qu'on en tirât dix, on n'arriverait pas à une composition plus hétérogène que celle de la lettre K. Grand fut donc l'embarras du savant bénédictin dom Joubert. Son humilité & ses habitudes de soumission ne lui permettaient de faire aucune observation à son chef ni de l'éclairer sur le fâcheux résultat de cette répartition fantastique. Son zèle au travail l'encouragea à mener l'entreprise sinon à bien, du moins à fin. Quand il eut réuni les actes des rois de France, il n'eut plus rien pour la quatrième catégorie, & quand il arriva aux lois, aux coutumes & au cérémonial, il se demanda comment & avec quoi il remplirait des cartons qui restaient vides sous ces beaux titres que les membres du triage n'avaient pas prévus en réservant des pièces pour l'histo-

Second Trésor des Chartes, 163

rique. Il eut Tidée de fureter dans les archives & d'y opérer lui-même un nouveau triage pour satisfaire aux intitulés du garde général.

De ce travail de pièces de rapport est sorti le Trésor des Chartes de Daunou, ce qu'il appelle lui-même un second Trésor des Chartes^ & qu'il réunissait au premier : « Il conviendrait d' établir ^ à la tête et en dehors des trois ou . des cinq grandes divisions^ un Trésor général des Chartes qui se composerait : 1^ de r ancien Trésor des Chartes de France tel qu'il existe; 2® des autres chartes sur parchemin recueillies dans les anciens et les nou' veaux départements ^ et toutes rassemblées en une seule et même série chronologique. Ce pré^ liminaire ou frontispice des archives impériales serait le plus riche dépôt de ce genre que Von ait jamais eu le moyen ou la pensée déformer, »

C'était une profonde erreur d'associer ainsi le Trésor royal des Chartes, qui a été pendant plus de trois siècles les archives uniques de la royauté & de la France, & son supplément, qui se composait aussi des actes du gou-

164 Persistance de Daunou dans le triage.

vernement & des papiers d'Etat recueillis plus tard, & que les anciens greffiers n'avaient pas eu le temps de fondre dans le vieux trésor, avec ce Trésor d'occasion & de rencontre, ramassis de chartes & de diplômes de toute provenance & de toute époque, arrachés aux chartriers des couvents, des églises, des princes & des nobles, & de toutes les autres archives soumises au triage. Ce fonds nouveau contient sans aucun doute un grand nombre d'actes précieux, mais le vieux Trésor des Chartes doit gémir de se rencontrer avec lui, l'un offrant l'image de l'ordre & de la méthode naturelle, l'autre le tableau de la dévastation & de l'arbitraire.

Ainsi s'est formée la lettre K de nos archives, & je crois qu'il n'y a pas d'archiviste, je dirai même pas d'homme sensé qui ne regrette cette persistance dans un système déraisonnable.

Daunou n'a donc pas su répondre à sa mission en profitant de ces deux appuis^ qui étaient tout dévoués à ses archives : l'intelli-

Les circonstances étaient bien favorables, 165

gence unie à un pouvoir absolu que lui offrait Napoléon. Toutes les facilités se trouvaient dans ses décrets libéraux^ & à leur abri il pouvait constituer les archives centrales de Paris en foyer actif autour duquel graviteraient les archives de la France^ en faire le centre des études & de renseignement historique, les ériger en institution érudite où des bénédictins laïques seraient occupés à publier les grandes collections littéraires & surtout les inventaires des archives qui depuis six ans ayant atteint le dixième volume, depuis soixante ans auraient déjà dépassé la centaine.

Je ne veux pas donner cours à mes regrets sur ce rêve évanoui^ je ne m'arrêterai qu'au nouveau classement des archives de Daunou & je me contenterai de dire ce qu'il aurait dû faire à la place.

Il devait, dégagé de toutes préoccupations, se demander d'après quelle règle les archives pouvaient être classées, & d'abord s'il y avait une règle. N'était-ce pas un projet complètement nouveau, comme la concentration de tant

i66 L'ordre le plus logique pouvait être adopté,

d'archives différentes dans un vaste local^ sous un chef unique, était une institution qui n'avait pas de précédent? Fallait -il chercher ses inspirations dans un courant passager d'idées révolutionnaires? Non ; le classement méthodique des archives doit s'inspirer des archives ellesmêmes, & ne peut faire appel à des systèmes philosophiques, bibliographiques, chronologiques & historiques. La philosophie (*) *& la bibliographie n'ont rien à démêler avec des papiers d'archives, au moins pour les gens sensés & pratiques. La chronologie a séduit quelques esprits distingués. Que Ton dresse sur le papier un catalogue d'après la date des pièces, c'est fort utile pour ceux qui connaissent précisément la date de la pièce dont ils ont besoin , mais c'est là le petit nombre. Classer les pièces elles-mêmes chronologiquement, de manière à détruire tous les dossiers d'affaires, à séparer l'acte de donation dé toutes les pièces qui l'ont confirmé ou contesté, étendu ou restreint, c'est intolérable. La chronologie des pièces n'est admissible que dans les dos-

Tous les systèmes étaient en présence. 167

siers mêmes^ du moment où il esc établi que les fonds d'archives doivent être respectés.

On a aussi proposé de partager les archives entières en deux gr andes divisions par une li^ mite chronologique , formant des archives anciennes & des archives modernes. Les limites de 1750, 1789, 1800, 1804^ ont été mises en avant. Elles sont arbitraires, seront pour chaque érudit contestables, & avec les années deviendront toutes un non -sens. Il y a eu transformation entre les deux époques, mais non rupture. Tous les rouages administratifs ont continué sous d'autres noms ; les nouveaux fonctionnaires, chargés de les diriger, protégeaient les mêmes intérêts.

Là n'était pas la solution du problème ; elle résidait dans une combinaison qui tînt compte de l'histoire & de la chronologie, de l'état ancien des choses & de l'état nouveau, qui surtout se préoccupât de la mission des archives, du difficile travail des archivistes, des droits de l'Etat, des besoins de l'administration & des exigences d*un public studieux.

i68 Système qu'il devait adopter.

Les avantages d'un classement ainsi conçu sont de conserver intacts les anciens fonds, & de reconstituer ceux dont nous avons les éléments hachés par la loi de thermidor qui les a éparpillés dans plusieurs parties des archives.

Voici ce que devait faire Daunou & ce qui lui était si facile, étant dégagé de tous précédents, de tous liens & soutenu par la puissante main de Tempereur : former, outre un secrétariat général, quatre sections; ces sections, les placer dans Tordre suivant & les composer ainsi que je vais Texposer.

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