CHAPITRE DEUXIÈME
ÀBCBtVBS JUDICI&IBBS
'abbite maÎDteQEDt & une autre série d'anciennes Archives que les siècles passés nous ont lég^uées, peu connues de nos jours, que ; ne fréquente même aucun '. lecteur studieux et aur les- Û quelles les siècles accumu- [ lent leur poussière. Ces belles ArcMveH ont eu cependant,dâj&,un historien.
II s'est rencontré, fort heureusement , un homme de savoir et de dévoûment qui s'est ému de leur délabrement, et qui a voulu les sauver d'une perte presque certaine. Cet homme de généreux et patriotiques \ sentiments est M. Brou- ? choud , avocat à notre I Cour d'appel ; et je snis ^heureux, dussé-je blesser ea modestie, de proclamer ici son nom, et de dire tout ce qu'il a feit pour la sauvegarde de ce précieux
dépôt. Seul, à Lyon, il s'est voué, gratuitement, à cette entreprise dont tant d'autres ne se seraient chargés qu'à prix d'or et pour se créer une de ces bonnes et grasses sinécures dans lesquelles sa prélassent trop souvent des Contervateurs, avec une si douce volupté. Seul, il a eu le courage de dire à ceux qui , par leurs hautes fonctions, avaient charge d'âme de cette belle collection, qu'ils oubliaient de veiller sur elle — et que la science leur en £ELit mdme un devoir. — Malgré leur tiédeur, M. Brouchoud est parvenu cependant à conquérir pour elle un local convenable f une installation provisoirement suffisante ; en outre, pour achever sa grande et bonne œuvre, il a écrit d'une main ferme, savante même, Thistoire de cet important dépôt. Toutefois, sa tâche n'est pas encore remplie. Mais, si elle est demeurée incomplète , il ne faut en accuser que le . mauvais vouloir qu'il a rencontré précisément près de ceux que la loi a préposés à la garde de ce dépôt. C'était déjà trop de Tindiffërence qui finit presque toujours par lasser et rebuter les hommes les plus dévoués qui ne se sentent pas soutenus ni appuyés ! ! ! Disons aussi que les douloureux événements de ces derniers temps, les revers de notre pauvre France, qui ont atterré les cœurs les plus fermes, et les incertitudes de l'avenir ont paralysé quelque peu l'élan de M. Brouchoud. Mais j'ai été heureux de voir que son courage renaît, qu'il se courbe de nouveau sur cette terre demeurée longtemps infertile, qu'il la défriche de nouveau avec la patience, le savoir et Ténergie d'un trappiste, et que bientôt, peut-être, cette lande inculte portera de beaux fruits. Ces fruits seront goûtés avec plaisir par les hommes de labeur et d'iu-
telHgence, qui savent que le pain de l'esprit a autant de saveur que les mets souvent perfides dont se plaisent à se repattre tant de désœuvrés opulents, et dont l'or, si mal dépensé, ferait tant de bien, cependant, à nos Archives et à nos musées besogfueux
M. Brouchoud voudra bien aussi me pardonner si, pour parler ici de nos anciennes Arcldves judiciaires, je fais de nombreux emprunts à ses publications. Je ne saurais prendre un meilleur guide, et je n'ai pas, du reste, la prétention de faire, après lui, une histoire de ces Archives . Je l'ai déjà, dit en commençant à écrire ces lignes, mon unique but, dans ce travail, a été de résumer tout ce que tant d'autres, pluB autorisés que moi, ont déjà dit sur nos Bibliothèques et sur nos Archives lyonnaises, mais dans des recueils divers. Je ne suis, comme on Ta vu, qu'un humble glaneur, qui, en traversant un champ, voyant épars sur le sol de beaux épis, les ramasse et en fidt une gerbe dont d'autres pourront fiûre leur profit. Ceux-là, à leur tour, ayant dans la main le grain que j'aurai pu réunir dans ma gerbe, le répandront sur le sol, et une moisson riche et abondante les récompensera de leur semaille ; car il viendra^peut-dtre bien un jour où notre ville, moins absorbée par son industrie et la satis&ction des besoins et des jouissances matérielles, songera, avec esprii de suiie^ à nos Bibliothèques, à nos Archives et à nos musées, comme à nos palais délabrés, — assurera leur perfection et les rendra, en même temps, dignes de la seconde ville de France...
Pour l'intelligence de ce qui va suivre, que le
lecteur me permette d'abord de dire un mot de nos anciennes juridictions de Lyon.
Jusqu'à naguère, Thistoire des premières juridictions lyonnaises a été assez obscure. Un historien de Lyon, Saint-Aubin (1), disait au xvii* siècle, en parlant d'elles, « que le caméléon n'est pas plus « changeant en ses couleurs, ni le Protée en ses « visages, que la Justice de Lyon en son exercice « et en la diversité des puissances qui l'ont posséa dée. »
Mais un magistrat distingué de la Cour de Lyon (2) a entrepris et mené à bien la difficile et pénible tâche de reconstituer toute cette partie de l'histoire si complexe de notre ville. Il a fait revivre, tour à tour, ces diverses et nombreuses institutions sur lesquelles l'oubli s*était presque déjà fait. Il nous les a montrées avec leur grandeur et leurs imperfections, et expliqué les causes de leurs incessantes transformations par les exigences des événements et la loi du temps sous laquelle tout est condamné ici-bas à se courber et à obéir.
Toutefois, M. Fayard n'est pas remonté au-delà du X* siècle dans ses recherches. A ce moment, la féodalité étant définitivement constituée, l'unité
(1) Jean de Saint-Aubin, jésuite, né dans le Eourbonnais, en 1587, mort à Lyon, le 18 octobre 1660, a écrit, avec le P. Dnlien, une Histoire ecclésiastique, de Lyon, publiée par le P. Menestrier, en 1666, 2 vol. in-fol. (Lyonn, dignes de mém., p. 266.)
(2) Etudes sur les anciennes juridictions lyonnaises, par M. Fayard, conseiller à la Cour impériale de Lyon. 1867.
nationale avait été brisée par elle. Le système des institutions monarchiques avait été vaincu , la fusion de la souveraineté et de la propriété s'était accomplie, et les propriétaires du sol étaient devenus les maîtres de ses habitants (4).
L'autorité royale n'étant plus pour les peuples qu'une vaine protection, la puissance publique n'exsitait plus ; elle était morcelée entre les seigneurs, et les hauts barons s'étaient rendus maîtres absolus dans leurs fiefs.
La France, dit M.Henrion de Pansey, présenta alors le lamentable spectacle d'une multitude de petites souverainetés qui ne connaissaient d'autres lois que les caprices et l'avidité d'un tyran sous le nom de seigneur. L'organisation féodale, ajoute M. Pardessus, ^t toutefois une nécessité au temps où elle se produisit. Elle était sortie de Tanarchie, mais elle en fiit le seul remède possible ; elle substitua la seule forme que la société fdt en état de porter; mais M. Guizot a remarqué, avec raison, qu'on ne peut montrer aucune époque où le régime féodal fût enraciné dans les préjugés des peuples ni protégé par leurs sentiments. Ils l'ont toujours supporté avec haine et attaqué avec ardeur.
 ce moment, divers mattres avaient exercé, à Lyon, la puissance publique ; ce furent, en 879, le roi de Provence ; en 933, le roi de Bourgogne ; au X* siècle, Lothaire II céda tous ses droits sur notre ville à (Tonrad le Pacifique , fils de Rodolphe II ; Rodolphe III laissa le fief de Lyon à l'empereur
(1) Goîzot. Histoire de la civil, en France, t. IV, p. iO.
d'ÂUemagne Cionrad le Salique, mais en maintenant à rarchevêque Burchard II Tautorité qu'il y exerçait déjà. Toutefois, dit M. Fayard, auquel nous allons faire de nombreux emprunts, on ne saurait indiquer Torigine de Tadministration temporelle de Téglise de Lyon. Néanmoins, il est constant que Tautorité de l'archevâque est plus ancienne que celle du chapitre de Saint-Jean de Lyon, lequel parvint, peu à peu^ à absorber une partie du pouvoir temporel du chef de l'Église de Lyon ; le Chapitre cependant finit par restreindre son pouvoir aux limites étroites de son cloître. Les habitants préférèrent toujours la première à cette dernière.
Au xi*siècle, les comtes de Forez eurent de graves démêlés avec les archevêques au sujet de Texercice de la souveraineté temporelle qu'ils exerçaient concurremment dans la ville. Le pape Alexandre III parvint, un moment, à rétablir l'accord entre ces pouvoirs rivaux, et, en 4 173, Guy II, comte de Lyon et de Forez, finit par céder tous ses droits à l'ardievôque Ouichard. Les chanoines s'intitulèrent alors comtes de Lyon^ mais enacquerrant des droits sur la rive droite de la SaOne, ils devinrent, pour cette partie, vassaux du roi de France, et cette suzeraineté fut très-utile à Lyon.
Mais, à ce moment, commence aussi la lutte des bourgeois (citiens de Lyon) contre les archevêques; pendant trois siècles, cette lutte a lieu sans relAche, moins pour repousser un joug ancien qu'un joug nouveau •
L'épiscopat avait ses juges. Les chanoines eurent aussi leurs tribunaux distincts, leurs prisons particulières, leur chamarier ou camèrier et leur juge du
dottre. De là, d'incessants conflits, bien funestes souvent à la liberté des citoyens. Mais ceux-ci veillaient sans cesse sur leurs droits, la main sur la poignée de leurs épées, et ils la tirèrent même contre leurs oppresseurs. Ceux-ci furent enfin contraints de leur accorder certaines garanties, et c'est ainsi que se forma la grande Commune de Lyon. La papauté la protégea dès sa naissance, et accorda aux habitants, entre autres, le privilège de ne pouvoir être appelés en justice hors la ville qu'en vertu de lettres apostoliques ; mais, après l'abdication de iarchevôque Philippe de Savoie, la lutte recommence entre les bourgeois et le chapitre, lutte plus sanglante encore et dans laquelle le roi de France se hâta d'intervenir, heureux de trouver une occasion pour se saisir de la. justice temporelle de la ville. Louis IX, saint Louis, était, du reste, un type royal de justice, et il éleva, dit M. Fayard, la royauté au rang d'une grande magistrature sociale.
Toutefois, après sa mort, la guerre recommença entre le chapitre et les bourgeois. Le sang coula de nouveau ; le roi intervint dans la querelle, et, tout en rendant à l'archevêque l'administration de la justice, il maintient la juridiction d'appel du bailli de Mâcon, et institue son lieutenant gardiateur (1 ) de Lyon (custos vel gardiator lugdunensis) . C'est par Texercice de la justice et en favorisant le réveil de
(1) Gardiator est un barbarisme qu'un érudit Parisien condamne et dit, avec quelque raison, ne devoir être traduit que par le root gardiateur. Les anciens titres disaient tous gardian%ê. Dans les Olim., t. III, p. 686, on lit aussi : gardier. (Note de M. Broachoud.)
la commune que le pouvoir royal se fit déairer et accepter par les habitants de Lyon.
La justice était exercée par le sénéchal de Tarchevêque et le chamarier du chapitre.
Le sénéchal présidait aux jugements civils et criminels rendus au nom de l'archevêque et exerçait le droit de garde de la ville.
Le chamarier était le représentant des chanoines et remplissait les mêmes fonctions que le sénéchal : mais l'exercice simultané des droits de justice par ces deux magistrats fut souvent préjudiciable aux habitants. Ceux-<îi en appelèrent encore à la Papauté. En 1278, Grégoire X décida qu'il n'y aurait plus dans la ville qu'une cour séculière commune à Tarchevôque et au chapitre.
Le juge de la cour séculière de Lyon était un docteur en droit, parce que le Lyonnais était un pays de droit écrit. L'office du sénéchal fut supprimé (4). Cette réorganisation plut aux Lyonnais ; mais au lieu d'en référer au Souverain Pontife, lorsqu'une clause de la transaction de 4278 était violée, ils s*adressèrent désormais au roi seul : c'est ainsi qu'ils le supplièrent, en 4292, de supprimer la justice du glaive spirituel que le Pape avait accordée au clergé de Lyon , ce qui avait placé le clergé au-dessus du souverain. Le roi Philippe le Bel accueillit avec empressement les doléances a de ses fidèles et
(1) Le sénéchal fut remplacé par le jage ordinaire de la cour séculière. Elle avait aussi un courrier ou directeur, appelé plus tard promotheur, sorte de procureur général, un prc?ù( et un garde des sceaux»
bien-aimés de Lyon, » et établit un gfardiateor, à Lyon, lequel ne fut souvent autre que le bailli royal de Mftcon. La papauté accepta ce fait, les archevdques s*y soumirent, — et on peut dire que ce fut le triomphe de notre droit public qui veut « que toute justice émcme du roi. » Lyon se trouva réuni à la couronne de France, et ses habitants se déclarèrent exclusivement sujets du roi de France.
Néanmoins, l'archevêque Pierre de Savoie refuse de prêter serment au roi de France. Louis le Hutin, roi de Navarre, est chai^ par Philippe le Bel de marcher contre le prélat rebelle, et ce prince se saisit provisoirement de la juridiction et de la justice temporelle de la ville.
Le 40 avril 4312, Tarchevêque souscrit au traité qui constate qu'il ne conservera plus que la justice du château de Pierre-Scize et de ses faibles dépendances. Les fortifications du célèbre cloître de Saint- Just furent rasées.
LeS3 juin 4313, le roi établit une sénéchaussée royale dans la ville, et son ressort comprit les terres les plus voisines, le bailliage de Mftcon, la sénéchaussée de Beaucaire, les monastères de Savigny, de rile-Barbe et d'Âinay, le comté de Forez, le diocèse da Puy, les bailliages de Velay et du Vivaraîs et d autres terres encore (1], Mais les temps changent
(1) Renault de Sainte-Beure (de saneta Doua), écuyer, fut ehargé par le roi de ûxer les limites de la sénéchaussée. 11 sacqoitta de cette mission en juin et août 1312. (Voir Menestrier. Histoire de Lyon , preuves, p. 88). Il comprit dans ces limiles les terres de Tarchevêque de ILyon, celles du Chapitre, celles de Tabbaye d'Ainay, celles du comté de Forez qui dépcn-
et avec eux les institutions.
Le i avril 4 320, le roi rend à l'archevêque la justice haute, moyenne et basse* et celui-ci reconnaît cependant qu'il la tient en fief de la couronne. Philippe le Long ne retient que l'appel à son sénéchal (1 ), qui ne dut résider ni à Lyon ni sur les terres de l'Eglise. C'est en vertu de ce traité que la sénéchaussée de Lyon se trouva unie au bailliage de M&con ou de Saint-Gengoulx, dont elle ne fut définitivement séparée que sous Charles VIIL Le gardiateur put cependant résider & Lyon ; le bailli de Mftcon fîit institué juge du ressort et d'appeaux.
daient da bailliage de Màconi et les terres des comtes de Rous-
sillon et de Jarez ; pour les parties qui dépendaient tant du
bailliage de Màcon que de la sénéchaussée de Beaucaire ; enfin,
il détacha encore de la sénéchaussée de Beaucaire le diocèse du
Pny, le bailliage du Velay et une partie du bailliage de Viviers.
(1) La sénéchaussée était le premier degré de la juridiction royale. Le sénéchal avait le droit de siéger lui-même, et c'était
en son nom qu'étaient intitulées les sentei^ces.
La 8énéchau88éei en exécution d'un édit du mois de septembre 1769» jugea, en dernier ressort, les causes qui n'excédaient pas 40 livres.
Le pr/stdia/ jugeait en dernier ressort, tant en première instance qu'en appel, jusqu'à la somme de 3,000 livres, pounra que le capital ne fût pas contesté.
La sénéchaussée et le présidial furent réunis, par édit du mois d'avril 1705, à une cour souveraine des Monnaies, créée à Lyon par un édit du mois de juin 1704. Cette cour ayant été supprimée, par édit du mois d'août 1771, le nombre des officiers de ce siège fut diminué, et un édit,dn mois de septembre 1771, ordonna que le tribunal de la sénéchaussée et siège présidial de Lyon serait composé d'un lieutenant particulier civil, d'an lieutenant assesseur criminel, de quinse conseillers, de deux avocats, d'un procureur du roi et d'un substitut.
La royauté avait fiât une grande conqudte, et elle ne tarda pas de retendre encore davantage ; mais les citiens de Lyon avaient, en même temps, conquis définitivement leurs firanchises par le pacte de 4320.
Le gardiateor, chai^ de protéger les habitants, ne tarda pas de devenir juge d'appel. Pierre III de Savoie, jaloux de son ponvoir, voulut le fitire éloigner de Lyon, PhUippe de Valois s'y refusa, et ordonna même à son bailli de M&con de transporter son siège à l'Ile-Barbe, qui ne faisait pas partie des terres de l'Eglise.
A la suite de nouvelles difficultés, le roi établit à Lyon on juge royal, lieutenant du bailli de Mftcon et sénéchal de Lyon. Le 29 août 1333, Philippe de Valois ordonna encore la réunion de l'office de gardiateur à celui de bailli de Mâcon, et établit deux chfttellenies à Saint-Symphorien-le-Ch&tel et à Pouilly-le-Monial. Charles VI plaça enfin, définitivement, à Lyon, ses officiers, tant pour la garde de la ville que pour la justice, dont il avait le ressort.
Mais bientôt l'archevêché ose renouveler ses protestations contre des traités qu'il avait cependant jurés. L'archevêque Charles d'Alençon va même jusqu'à excommunier le bailli de Mftcon et mettre Lyon en interdit. Ce fut toutefois un orage passager ; — mais les appels du Forez et du Beaujolais furent portés directement au Parlement de Paris.
Je ne parlerai pas de divers incidents qui firent modifier un moment la nouvelle organisation judiciaire à Lyon ; — on put Tamoindrir pendant quelques années; mais, à la fin du xv^ siècle, l'autorité du magistrat royal devint prépondérante à Lyon.
Par un édit de février 1 635, François I*' compléta
l'œuvre de ses devanciers, par la création du célèbre tribunal de la Conservation. Ce tribunal statuait « sans longs procès et figures de f laids », entre toutes personnes, tant étrangères que regnicoles, sur toutes les affidres commerciales et sur les affaires civiles ou criminelles qui se rattachaient aux fiùts des foires célèbres de Lyon. Ce tribunal servit plus tard de modèle aux tribunaux consulaires.
En 4 551 y Lyon obtint, comme tous les grands bailliages, la création d'un siège présidial (4), et ce
(1) Henri II créa trente présidentiaux dans le royaume. Le présidial de Lyon comprit aa^si le M&connais; mais le bailliage de Mâcon ayant été éaigé lui-même en présidial, le roi céda à celui de Lyon la châtellenie de Charlien, par forme d*indemnilé. (Idem, p. 259.)
La sénéchaussée de Lyon fut érigée en grand haiUiage^ par suite de l'ordonnance sur la justice, du 8 mai 1788, enregistrée dans un lit de justice tenu par Louis XVI , par suite de la lutte entre le ministère et le Parlement. Le grand bailliage de Lyon fut installé le 6 juin 1788, malgré les protestations de la sénéchaussée et du siège présidial. De son côté, le 28 juillet de la même [année, M. Barou du 5olet7,'procureur général honoraire de la Cour des monnaies et procureur du roi en la sénéchaussée et siège présidial de Lyon , protesta par un acte authentique contre rétablissement du grand bailliage^ comme contraire aux lois du royaume et aux intérêts de la nation. Cette protestation lui valut la disgrâce du'pouvoir. Il fut exilé à Brascon, près d'Agde. (Les anciennes juridictions lyonnaises, par M. Fayard, cons. p. 201).
La protestation de nos Cours et celle de M. Baroa du Soleil furent des actes aussi inconsidérés qu*impolitiques. La résis« tance séditieuse et orgueilleuse des Parlements contre la royauté avait nécessité la création des grands bailliages ; le roi ne pouvait et ne devait pas se mettre sous la tutelle des cours souveraines — et il dut les châtier, liais comme alors il était aussi
tribunal fat réuni & la sénéchaussée, dont le ressort s'étendit sur les juridictions ^royales du Forez et da Beaujolais.
hien porté d» fAJre de ropposition au gouyemement et de tnendiar la popularité, qui n*est qa*ane vile prostituée, nos cours de justice eurent le tort énorme de se mettre contre la royauté dans le parti des Parlements factieux. Le malheureux Louis XVI , trop faible pour briser cette résistance coupable, céda à ce qu'on appelle l'opinion publique. Les grands bailliages cessèrent leurs fonctions éphémères; les Parlements reprirent leur omnipotence! — mais ils avaient aidé puissamment à ébranler la royauté déjà si affaiblie ; la couronne tomba (de la tète du roi, la Révolution victorieuse brisa les Pai'lements qui se retirèrent honteusement , abandonnés par l'opinion publique qu'ils avaient caressée si servilement; Louis XVI périt en martyr, et le procureur général Barou du Soleil, en montant, à son tour, sur réchafaud, le 13 décembre 1793, demanda, sans doute, aussi pardon à Dieu et aux hommes de sa coupable et orgueilleuse protestation contre l'une des mesures les plus.sages du vertueux Louis XVI.
N'est-ce pas un fait extraordinaire, bien digne d'être relevé, que le sort de ces hommes ardents qu'un attachement sincère, mais peu éclairé pour les idées de réforme sociale, a jetés au milieu de vulgaires et cyniques agitateurs ! Barou du Soleil avait associé la rue à ses protestations contre les efforts de la couronne. L'opinion avait été tellement passionnée que le théâtre s'était emparé de ce conflit entre les anciens et les nouveaux parlementaires. A la faveur d'une protection maligne, François Billemas, greffier de la sénéchaussée d'Ainay, avait pu composer et livrer au public, sous le nom de : Grand bailliage de Lyon (biblioth. Coste, n^ 12,112), une satire violente contre cette nouvelle juridiction. Si les magistrats proscrits n'ont pas encouragé ces virulents écarts de plume, on est autorisé à penser qu'eux mêmes ils se réjouissaient de voir ainsi malmener les usurpateurs de leurs sièges. Les aveugles ne comprenaient pas que l'ironie et l'injure déversées sur le grand bailli et ses
JjO justice de Tarchevêque, nécessairement détruite par les calvinistes, pendant Toccupation de Lyon par le baron des Adrets, ne fut rétablie, après l'édit de pacification, que pour être achetée (1 ) par le roi, en
assesseurs atteignaient dans son essence même le principe et la base de tonte institution judiciaire, et que le sentiment de respect pour les officiers de justice allait être tué par les railleries de la foule, à laquelle on avait représenté les magistrats comme des jongleurs politiques. Billemas lui-même mourait sur Tcchafaud révolutionnaire, le 5 décembre 1793, Baron, avons-oous dit, le suivait quelques jours après ; dévorés tous les deux par ces mêmes pstssions qu'ils avaient ou déchaînées on applaudies. Ce qui frappe d'épouvante et de découragement philosophes et moralistes c'est que ces exemples ne corrigent pas ces révolutionnaires insensés, et que cette expiation de leurs fautes ne guérit pas la société des blessures que leur ont faites et leur triomphe et leur chute 1
(1) Charle IX ayant permis au clergé de France d'aliéner une partie de ses biens pour payer les subventions auxquelles il fut imposé, le droit de justice fut adjugé au roi pour la part pour laquelle l'archevêque devait contribuer à cet impôt. Le roi, pour indemniser Tarchevêque, lui accorda une rente de 1,200 livres, portée ensuite à 2,000. (André Clapassan, p. 258.)
La justice royale ne fut pas troublée par l'occupation de Lyon par les protestants, en 1562, et les événements 'politiques ne donnèrent lieu à aucun changement de personnel, ce qui s'explique par ce fait que les huguenots prétendaient agir an nom et pour le service du roi qu'ils disaient être opprimé par le parti catholique.
La preuve de ce respect de la justice royale par les envahisseurs de Lyon, après la surprise nocturne de cette ville, se tire d'un fait indéniable. Le 13 mai 1562, la sénéchaussée prononça, à la requête du procureur du roi, Pierre BuUioud, la suppression de la justice ordinaire de l'archevêque. La sentence vise la promesse faite par le roi, en réponse aux remontrances du tiersétat, données à Pontoise en août 1561 (art, 14 des cahiers). Le
4566. Par suite de cette suppression, la justice ordinaire, à Lyon, revint à sa première origine, et la sénéchaussée reçut un accroissement considérable en réunissant le premier degré de juridiction au second qu'elle possédait déjà.
roi arait déclaré alors que cette justice serait supprlirée aa , décès da titolaire, le cardinal de Toumon, archevêque de Lyon: ce prélat étant mort» le 22 avril 1562, la promesse royale fut mise ^of^ à exécution par ses officiers quelques jours après. Mais comme la justice ordinaire était une source de revenus pour Tarchevêché de Lyon, le roi ne roulut pas qu*il en fût dépossédé sans indemnité. Le prix en fut fixé par une adjudication, un peu fictive, au profit du roi, le 9 octobre 1563. Le procès-verbal en fut dressé par Jean du Foumel, commissaire, à ce député, en présence de Symphorien Bustier, sieur de M ontjolly, commis du trésorier général de France en la Généralité de Lyon et signé par le greffier Croppet. — L'original de cet acte était encore aux'Ârchives du clergé de France en 1654.
Ters la même époque parut, en mai 1563, un édit du roi antorisant l'aliénation d'une partie des biens du clergé, pour donner à la couronne les ressources nécessaires, afin de faire fsce aux dépenses occasionnées par la répression des troubles; mais cet édit n'avait rien de commun avec celui de Pontoise. Par ce dernier, le roi ne faisait que de se rendre au vœu général d'une réforme devenue indispensable à Lyon, tandis que le roi se rit obligé, par des circonstances postérieures, de recourir à une confiscation qui s'excuse jusqu'à un certain point par les nécessités du temps. Plusieurs historiens ont donc rattaché, bien à tort, ces faits les uns aux autres ; ces faits n'ont eu qn*une simple coïncidence de date ; ainsi tombent les commentaires de Dupuy, dans son traité touchant les droits du roy, p. 873; le récit erroné de Rubys, historien lyonnais, est moins excusable ; mais il est vrai que son caractère bien connu d'écrivain pauionné enlève toute autorité à sa parole.
Je crois dejoir donner ici, in extento^ la sentence sur la main mise de la juridiction de Tarchevêque de Lyon.
Cette organisation; en donnant au roi la faculté d'assurer à Lyon une dispensation de la justice aussi complète que le permettait Torganisation politique et sociale de la France, dura jusqu'au jour où la Révolution vint briser toute l'ancienne constitution de la France.
« 13 miy 167S. Registres àt la séDÔchtotfée.
« A tous ceulx que ces présentes lettres verront, nous Jean da Foamel, conseiller da roy. lieutenant général civil, et Néry de Tourvéon, aussy conseiller dadit sieur juge-magistrat et lieutenant criminel en la sénéchaussée et siège présîdial de Lyon,
« Scavoir faisons que veue la requeste verbalement faicte par le procureur dudit sieur en ladite sénéchaussée, au lieu et siège présidial de Lyon, contenant que sur les remontrances faictes par les gens du tiers-estat de ce royaulme au roy et par leurs cayers ^ar eulx donnés à Ponthoyse, au moys d'aonst 1561 (art. 14*}, ledit tiers-estat auroyt remonstré à Sa Majesté qu'il n'estoit bon ne expédient que la justice qui estoît le vray droict de Sa Majesté fust entre aultres mains que des siennes ou de ses officiers, ^ ne qu'il y enst en France aucune personne qui se peult asubjecter à aultre que audit seigneur, comme la loy le vouloyt et commandoit, et que c'estoit une trop grande charge aux ecclésiastiques qui estoient empeschez d'annoncer la parolle de Dieu et ministrer les sacrements, leur que ledit sieur en debvToit descharger lesdits ^ens d* église des justices, les réunissant à la sienne» de manière que tontes personnes de ce royaulme fussent justiciables à ses officiers, — sur lequel article auroyt esté répondu par Sa Majesté que advenant vacation des bénéfices ce seroit la réunion des justices appartenant aux ecclésiastiques h celle dudit seigneur es villes, requérant et concluant à ce qu'estant ces jours passés le sieur Rêver'* cardinal de Toumon, archevêque» comte de Lyon, qui avoit la justice audit Lyon qu'elle fût réunie avec ladite -justice dudit seigneur de la sénéchaussée audit Lyon estant advenu le cas porté par lesdiU cayers. — Veue aussy ilcoux cayers et mesme ledit 14« article
Ce monument péniblement élevé durant le coups de tant de siècles croula dans une seule nuit, celle du i août 4789. Les justices seigneuriales qui avaient déjà reçu une si grave atteinte par l'édit de 4788, furent supprimées, comme conséquence de la destruction complète de ce qui restait du système féodal et, le 24 mars 4790, l'Assemblée nationale décréta que Y ardre judiciaire serait reconstitué en entier, et le décret des 46-24 août 4790 détermina les bases définitives de cette réforme (4).
La justice royale a eu successivement plusieurs résidences à Lyon. Primitivement, on le sait, l'ofiicier du roi siégea dans le bourg de Saint-Just ; mais le roi ayant acquis, en 4349, le Dauphiné de Hum-
et responses faictes sur icelay, Nous avons dit et disons que ladite justice et jaridiction temporelle haulte, moyenne et basse, ej-devant exercée soubs et par les officiers dudit siear archetesqnc en ladite ville de Lyon est et sera saisie et laquelle nous avons saysi sous la main du roy, pour être soubs son bon plaisir exercée par les officiers de Sa Majesté en ladite sénéchaussée de Lyon, et sont faittes défîenses tant aux officiers dudit sieur archevesque de ne eulx entremestre de Texercice de ladite juridiction que aux manans habitants et aultres de ladite ville.» (1) Le 7 septembre, un nouveau décret décida que les chambres de vacations des Parlements cesseraient de siéger le 30 du même moist et les officiers municipaux des villes où se trouvaient ces grandes Cours de justice furent chargés de se rendre en corps au Palais pour poser les scellés sur les greffes et les Archives. Les tribunaux inférieurs se virent moins solennellement dépossédés, Lyon n'avait pas de Parlement, mais rimportance de ces juridictions civiles et criminelles les fit traiter comme les Cours souveraines. (Les Àrch. jud. de Lyon, par II. Bronchond, avocat.)
bert II, il devint possesseur de YBâtel de Roanne (4) qui avait appartenu aux seigneurs du Forez et était advenu aux Dauphins viennois issas également de
(1) L'hôtel de Roanne^était ainsi nommé de deux èhanoînes de la famille des seigneurs de Roanne, pninés des eomtes de Forez, Giraud et Guillaame de Roanne, qui en furent successivement propriétaires au commencement du ziii* siècle. — Les Dauphins de Viennois Facquirent par succession el le dernier de ces princes, Humbert II, le céda à Philippe de Valois. Depuis cette époque, il fit partie du domaine de la couronne. L*atelier monétaire y fut transporté en 1415, alors qu'il fut ôté à la ville de M&con.
Lorsque Charles le Chauve eut établi huit hôtels des monnaies, il y eut autant de Maîtres» particuliers des Monnaies, au-dessus desquels étaient des maîtres appelés Maîtres généraux des Monnaies, on Généraux maîtres, ou Généraux des Monnaies. En 1359, le roi les qualifiait de ses cofitftllers ; ils furent même appelés présidents dans des lettres de Charles le Bel, de 1322 ; et dans les comptes de 1473 et 1474, on leur donne le titre de Sires.
Au mois de janvier 1&51, parun édit de Henri II, la Chambre des Monnaies qui, avant, était une juridiction subalterne établie à Paris et ressortissante au Parlement, fut érigée en Cour souveraine et supérieure. Il y avait alors dans les provinces des juridictions subordonnées à la Cour des Monnaies. Dans ces juridictions étaient des ofiBciers appelés G^ipiéraiixjprormdaux des Monnaies^ qui présidaient aux affaires qui s'y jugeaient. Ces magistrats étaient appelés aussi Généraux subsidiaires dans le temps où ils ne connaissaient que subsidiaire^ ment aux généraux maîtres des Monnaies des matières et aflEures dont ces derniers leur envoyaient la connaissance. Telle était la juridiction de la Monnaie de Lyon, qui se composait d'un général provincial, de deux conseillers juges gardes^ d'un procureur du roi, d'un substitut et d'un greffier.
Le roi ayant créé une Cour des Monnaies pour la ville et la Généralité de Lyon, supprima par un édit du mois d*octobre
la maison d'Albon. Le juge royal commença à y siéger avec les autres officiers royaux dès Tannée 4349. Mais, en 1392, Jean de Talaru, archevêque de Lyon, surprit à la fiiiblesse du roi un édit qui ordonna que le sénéchal ne devait plus avoir un siège dans le palais de Roanne, ni dans la baronnie de Lyon.
1705, le ûége de la Monnaie et recréa deux officierê juge$ gardes sans attribution de juridiction. Mais cette Cour des Monnaies ayant été supprimée par un édit du mois d'août 1771, le siège de la Monnaie fut rétabli par un édit du mois de février 1773 et compose de deux conseillers juges gardes créés par redit de 1705, auxquels furent attribués les mêmes pouvoirs que ceux dont jouissaient les magistrats des autres cours de Monnaie. Un nouvel édit de juiUet 1779 rétablit l'office de général provincial subsidiaire des Monnaies» et au ressort attribué à cette charge par Tédit de 1696, on réunit la ville de Trévoux, la province des Dombes et dépendances. La juridictm de la Monnaie connaissait en première instance et k charge d*appel, de toutes les matières de la compétence de la Gourdes Monnaies, des ouvriers monnoyeurs, des affineurs, des changeurs, etc., des crimes défausse-monnaie, etc.
Henri II y établit le présidial lors de sa création et Louis XIV ayant accordé à Lyon une cour des Monnaies, cette cour fut réunie à la sénéchaussée et au siège présidial pour ne plus former qu'un seul et même corps sous le titre de Cowr des Monnaies, Sénéchaussée et Siège présidial de Lyon. L'hôtel de Roanne fut reconstruit en 1668, puis enfin démoli pour céder la place au palais actuel. {Lyon ancien et mod. par Vict. de Laprade, p. 306, t. IL)
En 15^, François !•' permit au Consulat de convertir le jardin de sa maison de Roanne en place publique et de faire un port sur la rivière. Ce port a été refait plusieurs fois. (Dict, des rues de Lyon, de Breghot du Lut, p. 40.)
Cest sur cette place, qu'en 1790 et 1791, on brûla un grand nombre de titres féodaux.
Etienne de Giry , conseiller au Parlement de Paris, fut chargé de Texécution de cet édit. Assisté de Tarchevêque, il se fit ouvrir les portes du palais de Roanne et chassa les officiers inalg^ leurs protestations. Ces actes de violence furent déférés au Conseil privé du roi par Guillaume Botet, procureur du roi au siège de Lyon, et un arrêt solennel rendu le 6 octobre 1394, en présence de Charles VI, ordonna le rétablissement des officiers royaux dans l'exercice de leurs fonctions au palais de Roanne.
Le palais de Roanne (1) et les prisons qui en
(1) On peut 86 faire une idée de ce que fat saceessivemeni la Maison dti Roy on le palais de Roanne, depoia le xvi* siècle jusqu'à nos jours, en examinant les divers plans de Lyon qui nous restent.
D'après le plan, sans nom d'auteur, que fait reproduire maintenant par la gravure la Société de topographie, la Ifatatn dm Roy était assise à une certaine distance de la Saône, sur l'emplacement qu'occupe le palais actuel. Elle formait un quadrilatère isolé de trois côtés; à l'est, sa façade principale était sur une place appelée le port de Roanne, où s'amarraient les bateaux, car toute la rtve de la Saône, privée de quai, était bordée de maisons dont les murs descendaient jusque dans le lit de la rivière. À Touest, la façade antérieure donnait sur la çrande rt^e Saint-Jean^ en face d'ane rue appelée du Chalan. Au êud, une petite ruelle séparait la maison du Roy d*un ténement dans lequel se trouvait l'église Saint-Àlban et les maisons qui en dépendaient ; enfin, au nord, elle touchait à une ligne de maisons qui bordaient une rue appelée du Çanivet*
Une cour asses vaste régnait au centre de ce quadralitère qui était bordé, à Ve$t et h Voueet, de b&timents dont les murs étaient crénelés et les angles flanqués de tours carr/es d'inégale grandeur. Une porte monumentale donnait accès dans la maison du côté du port de Roanne; en [outre, il existait des portes secondaires, du côté de le rue du Canivet. Deux étages
dépendaient ont subi, dans le cours des siècles, des changements qni ont modifié son caractère architectoniqne primitif. Un incendie y éclata, en 4622, et son état de yétnsté exigea sa reconstruction. Les
flenlementse troavaient dans la façade principale, et même àone certaine élévation du sol, pour que toute escalade fût impossible par les fenêtres qui étaient sans doute munies de grillages en fer. Aussi la maison du Roy était plutôt une maii<m forte qu'un Palais de Justice.
Du temps du P. Ménestrier, la maison du Roy ne parait pas SToir subi de notables changements. Elle est reproduite presque identiquement dans le plan que cet historien fit graver pour son histoire, comme elle est figurée sur le plan du xvi* siècle.
Une chapelle existait dans Finlérieur de la prison. L'historien Isaac Lefëvre en parle, en ces termes, dans son livre intitulé : Nombre des églises qui sont dans l'enclos et dépendances de la ville de Lyon. — Lyon, 1627. « Proche Saint-Alban, dans la conciergerie des prisons royales établies dans l'hôtel des ducs de Roannois, il y a une chapelle sous le vocable de Notre Dame de Pitié, où se disent, d'ordinaire, les messes des prisonniers et autres prières y accoutumées pour les bienfaiteurs de làdedans. »
Quant à la chapelle Saint-Âlban, qu'on voit figurer sur le plan de Ménestrier, elle était derrière le palais de Roanne et fut démolie lorsqu'on voulut reconstruire ce palais; on y accédait par un passage voûté situé entre la maison du Roy et l'hôtel Fléchéres. Isaac Lefèvre lui a consacré aussi quelques lignes ; < L'autre église ou plustot chapelle, que nous remarquons de plus en icelle paroisse, est celle de Saint-Âlban, sous le titre de Reclu$erie. Pour entendre ce mot, il faut noter, qu'à l'imitation du grand prélat saint Eucher, qui fut tiré par force d'une caverne où il s'était enfermé au comtat d'Avignon, pour estrehictarchevesque de Lyon, plusieurs saints personnages se retiraient dans certaines petites chapelles ou plustot hermitages, où ils vivoient comme les ermites et reclus, de là est
uns proposèrent d'élever un palais à Bellecour; l'architecte lyonnais, Benoît Merlin, s'offrit à en construire un, à ses frais, aux Terreaux, mais on se décida enfin a à réparer Tancien hôtel de Roanne et à le rétablir en la même forme qu*il avoit avant Imcendie de 1622. d
Au milieu du xviii* siècle, ce fut le tour des prisons ; elles étaient trop étroites et malsaines ; on en fît de provisoires dans les terrains dit de Saint- Joseph ; et on pensa de donner cette destination à l'hôtel Fléchères attenant au palais de Boanne et que la ville avait acheté en 1768. Mais l'insuffisance de son périmètre et le chiffre prévu de la dépense
demeuré le nom de récluseries au lieu où habitaient ces reclus qui estoîent en grand nombre. »
La paroisse de ce quartier se nommait alors Sainte-Croix, du nom d'une ancienne église située à côté même de la cathédrale. Isaac Lefèvre Ja mentionne ainsi : « Nous mettons donc pour première paroisse la remarquable église de Sainte-Croix, tant pour estre celle-là où est comprise celle de Saint-Jean i qui elle est contigue.comme annexe, que pdur être trèsancienne, et dont le supérieur se dit Custode, et a été fondée par Argius qui vivoit du temps de saint Grégoire, éyêque en 603, l'un des quatre docteurs de l'Eglise et souverain Pontife.» L'église de Sainte*Croix avait été rebâtie, en 1458. (Note de M. Vermorel. )
Le Custode de l'église Sainte-Croix avait le droit de dire les vêpres dans la chapelle Saint-Âlban.
Il existe encore plusieurs vues et plans du palais de Roanne. M. Brouchoud en a fait graver une vue par M. Séon, l'habile graveur du service municipal, d'après un croquis fait* en 1806, par J. Gay, professeur à l'école des Beaux-Arts. Cette vue représente le palais de 1627 et la prison de 1784; elle est jointe à la notice de M. Brouchoud sur les Archives judiciaires de Lyon» page 98.
firent. préférer, en 4784, le parti de reconstruire aussi les prisons sur le mdme emplacement que les anciennes.
Ces bfttiments ont suffi à leur service pendant un assez g^rand nonbre d'années. L'acquisition de Thôtel Fléchères avait d'ailleurs permis d'ajouter d'utiles dépendances aux constructions primitives. Le bureau des Finances (4), le Tribunal de l'Election (2) et plusieurs greffes s'y étaient installés. Quant à la sénéchaussée et au siège présidial, ils avaient continué à siéger dans le psJais de Roanne (3).
(1) Les boréaux des Finances étaient les sièges des trésoriers de France dans les diverses Généralités. Dès l'année 1520. François I*' envoya à Lyon des trésoriers de France, et des généraux des Finances. Ces' officiers procédaient à l'examen des états de finance et des comptes. Ils connaissaient en premier ressort des affaires concernant le domaine de la couronne ; les appels étaient portés au Parlement de Paris. {NourveUes études sur les anciennes juridictions lyonnaises^ par II. Fayard, p. 163.)
{2) C'est dans les ordonnances du roi Jean, de 1335 et 1360, qu'il est fait mention, pour la première fois» des Elus des villes. Ces officiers, que Ton appelait élus parce qu'ils furent établis à l'origine par voie d'élection, devinrent conseillers du roî en 1578; ils connaissaient des différends tant civils que criminels concernant les tailles, subsides, aides et autres impositions, même contre les ecclésiastiques et les privilégiés.
(3) La sénéchaussée jugeait en dernier ressort les causes qui n'excédaient pas 40 livres ; c'était au nom du sénéchal que se rendait la justice et qu'étaient passés tous les actes devant notaires dans l'étendue du ressort. Les audiences pour les causes qvi ne dépassaient pas 40 livres se tenaient dans la grande salle du palais, tous les lundis, depnis dix heures du matin jusqu'à midi ; elles étaient précédées par celles du règlement et des poblîcations et suivies par les adjudications. C'était aussi le
André Clapassan a consacré, en 1761, quelques lignes au palais de Roanne dans son Histoire et des^ cription de la ville de Lyon. Voici ce que cet auteur dit de la décoration intérieure de palais :
lundi qa'ayaient lien les audiences criminellest depuis dix heures du matin jusqu'à midi. Un édit de 1771 avait créé la Chaneelr krie de la sénéchauêsée^ composée d*un garde des sceaux, d'un conservateur des hypothèques et d'un greffier expéditionnaire. Le tribunal de la iéiéchatuséê se composait, en 1783, du sénéchal de Lyon et de la province du Lyonnais, M. Charks-Laurten Basset, mort, victime de la Terreur, le 5 décembre 1*793 ; d'un lieutenant-général criminel, M, Jean^François Faure de Montatand ; d'un lieutenant particulier . assesseur criminel, jr. de LeuiUon de Thoriguy ; d'un lieutenant-général criminel, Jf. Etienne Dugas ; de 15 conseillers ; d'un procureur du Roi (gens du Roi) ; de cinq commissaires enquêteurs ; d'un commissaire-receveur des consignations; d'un commissaire aux saisies ; de divers greffiers, secrétaires, commis et huissiers.
Le pr^diai jugeait en dernier ressort, tant en première instance qu'en appel, jusqu'à la somme de 2,000 livres en principal et de 80 livres de rente foncière, sans capital déterminé. Une séance était consacrée, le jeudi, depuis 8 heures du matin jusqu'à 10 heures, aux appels du Beaujolais ; celle de 10 heures à midi, aux causes portées en première instance au présidial. Le vendredi était consacré, depuis 8 heures du matin jusqu'à 10 heures, aux appels du Foret, et de 10 heures à midi, aux appels de la juridiction du Lyonnais,
Le personnel se composait, d'après une liste de M. Fayard (p. 193), en 1789, de :
MM. FLécHBT, à la chambre du conseil.
Flburdblix, greffier à l'audience .
GuBiiN, greffier criminel.
BoiROR, Vbillas, Gords et Dàigospirsb, greffiers minualistes.
Biu^MAz-DuFOURi greffier civil et criminel pour la jusHoe SÀinay, unie à la sénéchaussée et au siège préaidiaL
« Ce bfttiment fut rétabli et décoré avec soin, en Taimée 4686. La chambre du Conseil est revêtue d'un lambris de menuiserie qui renferme huit tableauxdont les sujets ont du rapport à Texercice de la justice.
« La salle d'audience est d'une étendue considérable mais trop étroite par rapport à sa longueur ; quoiqu'elle soit éclairée par plusieurs grandes fenêtres, leur disposition dans un seul côté fait que la clarté lui manque très-souvent. Le plafond est partagé en trois grands compartiments occupés par des peintures. Ce sont des ouvrages de Thomas Blanchei, de même que les tableaux de la chambre du Conseil. On y reconnaît partout son génie plein de feu, mais il y règne beaucoup d'inégalité. Le morceau du plafond qui répond au-dessus de l'entrée, où l'on voit, dans une espèce de gloire, la Justice avec deux autres figures, est parfaitement peint, et rien dans le reste n'en approche. »
Chacune de ces diverses juridictions avait son greffier en chef, dont le titre avait été érigé en office, et des commis-greffiers assermentés. Le greffier en chef avait le droit de porter la robe rouge, d'après un arrêt du 23 novembre 1768. Il tenait le plumitif à
M ATiT, ^effier poor Forez.
HvR, greffier en chef des rapports.
Neof commis-greffiers, un premier huissier-andieneier,
trois autres huissiers-andienciers, quatre huissiers en la
Chancellerie de la sénéchaussée.
Ballkt, garde des sceaux.
Gsoas, conservateur des hypothèques.
Chakiii, greffier.
la chambre du Conseil et à Faudience et signait les expéditions des jugements. Outre le greffier en chef, il y avait beaucoup d'autres greffiers subalternes et diverô greffes spéciaux : le greffe manualiste ou de rhotel (du lieutenant-général de la sénéchaussée), le greffe des rapports d'experts ou de l'écritoire, le greffe de Taudience , le greffs de la Chambre et le greffier criminel. Dans chacune de ces divisions se trouvaient des officiers avec des attributions spéciales :
Le greffier en chef criminel , qui portait aussi la robe rouge, en vertu d'un édit de 1763, tenait la plume aux rapports et à Taudience.
Le greffier des présentations tenait le registre sur lequel les procureurs faisaient leurs cédules de présentations et délivrait les défauts aux procureurs.
Le greffier garde-sac recevait les productions des parties.
Le greffier des affirmations recevait celle des voyages que les parties faisaient pour solliciter le jugement de leurs affiûres.
Les greffiers à la peau expédiaient les jugements qu'ils devaient écrire eux-mêmes» et leur signature attestait qu'Us les avaient collationnés sur la minute.
Le greffier en chef devait veiller avec un trèsgrand soin & la conservation du dépôt des minutes et des titres qui étaient entre ses mains. Jamais il ne pouvait les déplacer. Un greffier crixninel fut condamné à neuf ans de galères et à faire amende honorable pour avoir disposé de bijoux et de pièces d'ar* genterîe et pour avoir porté chez lui des titres du greffe.
Toutes les minutes, registres, sacs et actes quel-
conques des greiFes étaient déposés ensuite aux grandes Archives du palais de Roanne. Ces Archives occupaient tout le troisième étage de ce palais. Les greffes étaient au rez-de-chaussée. Ce n'était pas trop de ce vaste local du troisième étage pour contenir tous les documents que , pendant cinq siècles, on y avait accumulés. Ces grandes Archives furent tenues avec soin pendant plusieurs siècles ; nos pères veillaient avec une louable sollicitude sûr leurs Archives publiques et privées , parce qu'ils croyaient à l'avenir de la société et à la perpétuité de leur propre famille. De là, ce soin religieux du père de conserver à son fils aîné le registre de famille sur lequel chaque génération inscrivait ses enfants, nombreux alors, car la nature n'était pas avare d'elle-même, comme elle Test aujourdliui, et de là aussi cette vigilance à conserver dans un coflïe, souvent sculpté avec luxe, les contrats et les actes principaux de la maison dont héritait toujours le fils aîné.
La Justice, en cela plus heureuse que le Consulat, ayant eu, dès son origine, une demeure fixe, ne vit pas ses Archives exposées à toutes les vicissitudes que subirent celles de la viDe pendant le cours ^ de tant de siècles. Ces vicissitudes de toute nature, je les ai déjà décrites plus haut.
Toutefois, les grandes Archives judiciaires eurent aussi de mauvais jours avant 1789. En 1750, elles étaient dans un tel état de désordre que les officiers du Boi s'en émurent. Il est vrai que la surveillance de ces Archives n'était alors dans les attributions d'aucune personne spécialement désignée et responsable. Les clefs en passaient dans les mains de qui-
conque avait besoin d'y pénétrer. On avait laissé tomber en désuétude les anciens usages concernant Tentretien et la conservation de ce dépôt. En 4775 — on reconnut, cependant, qu'on avait eu le tort de laisser ce précieux dépôt entre les mains du premier venu des commis-greffiers, et le Tribunal le confia à un sieur Léonor Huet , « à la charge de délivrer des expéditions quand on en demanderait et de garder les clefs. » Mais cette mesure ne produisit aucun résultat utile. Le 6 mars 4782 , le Tribunal, sur des plaintes nombreuses, manda ce sieur Huet devant lui, et celui-ci reconnut « qu'il avait reçu les clefs d'un sieur de Saint-Jean, ex-commis-^reffier, mais qu*on ne lui avait remis aucun inventaire des Archives et qu'il les laissait dans l'état où il les avait trouvées , et qu'il en avait détourné deux registres et quelques minutes qu'il offrait de res« tituer. D
Deux conseillers -syndics visitèrent ensuite les grandes Archives (4). Us les trouvèrent tellement
(1) Voici le procès-verbal qui fut dressé, le 20 août 1783, par la sénéchaussée. Il donne une idée exacte de l'étal dans lequel se trouvaient alors les Archives judiciaires :
€ Les officiers de la sénéchaussée et présidial de Lyon, auxquels on demande des éclaircissements sur le travail qu'exige le rétablissement de Tordre dans les Archives de leur siège, et si ce travail ne devrait pas être à la charge des anciens archivistes!
« Observent que la quantité de minutes, registres et dépôts de leurs Archives s'étant augmentée successivement, les rayons étaient devenus insuffisants ; les papiers ont été alors entassés au hasard sur les carreaux, et en si grande quantité, qu'ils excédaient vingt fois en volume ceux qui étaient sur les rayons.
en désordre et exposées à un dépérissement si imminent qu'ils provoquèrent aussitôt la nomination d'un arehiviste.
Un commis-greffier, nonuné Veillas, fut désigné. Le Domaine se chargea de la dépense, et Veillas entra en fonctions le 46 avril 4782 (4).
II est Mé de eonceyoir que, dans ce chaos , les recherches étaient très-difficiles et qae les archivistes et greffiers augmentaient le désordre tontes les fois qu'ils fouillaient dans ce tas de papiers. Le désordre était devenu si grand, qu'il n'était plus pour ainsi dire possible, de rien trouver de ce qu'on cherchait, et l'état dans lequel étaient la plupart des papiers, que la poussière, les vers et la pourriture dévoraient sur les carreaux, annonçait leur entier dépérissement.
Le Tribunal, qui en fut informé au mois de mars 1782, manda l'archiviste à la Chambre du Conseil, et l'interrogeant sur ce désordre , il répondit que les Archives étaient déjà dans ce mauvais état lorsque les clefiB lui en avaient été remises ; qu'il n*en avait été chargé par aucun inventaire et qu'il n'en avait rien distrait, à l'exception de quelques registres, et qu'il était prêt à les restituer. Le Tribunal, après avoir pris ses réponses et son serment, jugea à propos de le destituer. »
(1} Peu de jours après, le sieur Veillas fut nommé archiviste; il ifut chargé expressément de travailler sous l'inspection de M. le procureur du Roy, et le plus promptement possible.
• H M. lesprévost des marchands et échevins, instruits que la salle des Archives n'était pas assez grande, et sentant de quelle importance il était d'y pourvoir promptement , firent agrandir de suite la salle qui en était susceptible, à peu de frais, et la firent garnir de beaucoup de rayons autour et en travers pour y placer tous les papiers qui étaient sur les carreaux.
€ Ce travail était trop considérable pour qu'aucun archiviste pût s'en charger à ses frais. Il était question de faire nn choix de chaque pièce pour lui donner un rang, et ce choix était à faire devant une immensité de papiers de toutes espèces ; or, tous ces papiers étaient confondus et épars , sans aucun
Le nouvel arcliiviste, aidé de commis, n'avait pas pu, cependant, après un an d'efforts assidus, terminer son travail de classification. Le prévôt des mar-
ordre, sur les carreaux ; d*aacans mêmes étaient effacés, collés ensemble et pourris par des gouttières dont l'eau avait séjourné sur les carreaux.
c Le procureur du Roy, pour prévenir un plus grand dépérissement, demande sur-le-champ au siège d'être autorisé à faire travailler au rétablissement des Archives. Il obtint, le 9 mars 1782, un jugement conforme à son réquisitoire, et il a employé à ce travail les sieurs Veillas et Ferrant. Ceux-ci ont immédiatement commencé le triage et le classement de chaque nature de documents judiciaires ; puis ils ont classé aussi les registres des paroisses de Lyon et ceux des hôpitaux, et enfin ceux des paroisses du ressort.
c Ce travail paraît être satisfaisant, mais il n'est pas fini ; il se continue et, lorsque le choix des pièces sera fait, Tarchivûteen dressera un minutaire, dont nn double sera déposé auxdites Archives et un autre dans les Archives particulières de la Compagnie, précaution qui a paru nécessaire pour que nouvel inventaire ne puisse pas être supprimé.
« Il serait difficile de pouvoir fixer l'époque où ce travail pourra être entièrement achevé ; cependant, il n'en restai! pas la moitié à faire à l'époque de l'exécution du 1 may dernier.
« Par ces considérations , on estime qu'il n'y a pas lien de rechercher les héritiers des anciens archivistes, ni même celai qui a été destitué en 1782, et que c'est le cas d'allouer an sieur Veillas la somme qu'il demande à la forme de l'exécutoire qui lui a été délivré, le 4 may dernier, pour le travail extraordinaire que les circonstances ont exigé et auquel il s'est employé avec £èle et assiduité.
« Donné pour avis par les officiers susdits. — Lyon , ce 20 août 1783.
c Signé: Ponthus, conseiller syndic.
« GiRiL, 2* syndic. »
(Note puisée aux Archives judiciai<*es.)
chands et les échevins avalent contribué pourtant à Tencourager, en faisant agrandir et agencer convenablement les grandes Archives. Veau des gouttières et les vers allaient du moins cesser d'y continuer leur action destructive. Un procès-verbal de visite , dressé par les deux syndics de la sénéchaussée et du siège présidial, le 20 août 1783 , constate « que Tordre commençmt à renaître au milieu de tous ces registres, cahiers et liasses de papiers. Plus de la moitié était déjà classée ; mais il y avait immensément encore à faire.... » Mais alors survint un de ces douloureux événements , malheureusement si fréquents dans notre histoire, une Révolution.... ; mais une Révolution bien autrement plus terrible que celles qui l'avaient précédée , puisqu'elle devait renverser tout notre édifice social et faire table rase de toutes nos institutions.
La loi du 2i mars et le décret des 12 et 16 août 1790, ayant établi une organisation judiciaire tout autre que celle sous laquelle nos pères avaient vécu, et qui avait été l'œuvre de tant de siècles, une autre loi du 7 septembre 1790 prescrivit la mise sous les scellés des greffes et des Archives des Parlements (1 )
(1) Lyon n*a jamais eu de Parlement, et cependant le Parlement des Dombes a siégé à Lyon, par territoire emprunté^ jnsqtt'en 1697 , et les magistrats de cette Cour souveraine n'étaient autres, pour la plupart, que ceux de la sénéchaussée et da siège présidlal. Ce fait s'explique* dit M. Fayard, parle désir de la royauté de conserver au Parlement de Paris une grande importance, en comprenant le Lyonnais, le Forez et le Beaiyolais dans son ressort, et de la part du Consulat et des officiers de la sénéchaussée et du siège présidial, par la crainte de voir
et de toutes les juridictions inférieures qui venaient d*6tre supprimés. Cette loi reçut son exécution à Lyon la même année, et les grandes Archives de la sénéchaussée et du siège présidial, ainsi que les greffes des diverses autres juridictions, également abolies, furent fermées. Le Conseil général de la commune, qui avait été chargé de cette opération, qu'il se plut à fiûre avec une certaine solennité, remit ensuite les cle£9 de ces dépôts à l'autorité judiciaire, nouvellement constituée.
Le 22 septembre de la môme année, sur le réquisitoire du commissaire du Roi , le Tribunal de district (4) rendit une ordonnance par laqusUe il nomma l'un des juges du siège pour opérer la levée des scellés des grandes Archives et décrire sommairement leur état en présence du procureur du Roi et
leur inflaence et leurs prérogatives amoindries par Tautorité et Véclat d'une cour souyeraine.
(1) Je ne parlerai pas ici avec détails de la noayelle organisation judiciaire. Cette première organisation se ressentit trop des haines de la Constituante contre le passé et de l'inquiétude et de l*ombrage causés par le souTenir de la puissance excessive des cours souveraines. Ce lut une œuvre mal conçue, pleine d'anomalies* Ainsi la nomination des magistrats du ministère public était maintenue au Roi, qui dut les nommer à vie ; de la sorte, la loi mit le ministère public hors la dépendance du souverain et les juges dans la dépeniance du peuple, au moyen de l'élection. On sait quels singuliers magistrats sortirent alors de rélection. Un décret du 3 brumaire an II, plus désastreux que les lois précédentes, supprima la procédure ; les avocats , les avoués et les juges durent opiner h haute voix; c'était le ehaoê II Exemple frappant de l'inanité des rêves de ces révolutionnaires qui se posent en réformateurs de la société, dont ils ignorent jusqu'aux premiers besoins.
de Fancien archiviste. Le procès-verbal de cette opération existe encore et porte la date du 4 janvier 4791. II constate des faits si intéressants et contient m6me une description si complète du local des grandes Archives et de leur contenu que je crois devoir le reproduire ici in extenso :
« JeanBallet, juge au tribunal du district de la ville de Lyon, savoir faisons que ce jourd'huy quatrième janvier mil sept cent quatre-vingt-onze, sur les deux heures de relevée, en conséquence de l'ordonnance rendue le vingt-deuxième décembre dernier par le tribunal du district sur la réquisition de Monsieur le Procureur du Boy portant qu'il sera par nous procédé à la reconnaissance et levée des scellés apposés sur les différents Greffes et Archives de la sénéchaussée et siég^ présidial, — et ainsi qu'à l'inventaire des minutes et autres effets qui seraient trouvés dans les dits greffes, et d'après la dénonciation &ite à la requête de mon dit sieur le Commissaire du Roy par exploit de Ouvray , huissier, en date du jour d'hier à M. Veillas, ancien archiviste de la sénéchaussée et juge présidial contenant interpellation de se trouver ce jourd'huy, à la dite heure, au-devant de la porte principale des Archives, où étant nous y avons trouvé ledit M. Veillas. M. Delotte et M. Gubian le jeune, secrétaires greffiers du tribunal ainsi que le sieur Jean-François Bréchet, greffier par nous commis, en présence desquels nous avons £&it lever le scellé apposé sur l'écusson de la serrure de la porte principale des dites Archives, après avoir reconnu qu'il étoit sain^ entier et sans altération, nous avons fait ouverture de la dite porte des dites Archives avec la clef qui avait été remise au tribunal par Messieurs
composant le Conseil général de la commune et étant entré dans lesdites Archives, nous avons procédé ainsi qu'il suit :
« Et à Tinstant, M. Veillas nous a dit qu'il espère de la justice de MM. les magistrats du nouveau tribunal la continuation du travail qu'il a fait aux dites Archives, d'après la confiance dont l'ont honoré Messieurs les magistrats de la sénéchaussée ; — que l'état où elles se trouvent est le fruit pénible de ses travaux d'environ neuf ans, — qu'il a sacrifié sa modique fortune pour les avances et frais des commis qu'il a employés pour parvenir à l'ordre exact qu'il y a mis et dont i7 n'est pas remboursé malgré les sollicitations qu'ila&ites depuis longtemps à cet effet, et malgré les exécutoires qui lui ont été délivrés, en conformité du jugement de la chambre qui l'a nommé spécialement pour &ire le travail qui va être sous nos yeux, lequel est immense^ et qu'attendu qu'il a été constaté par le procès-verbal de MM. les syndics de Tancien tribunal de l'état affreux où lesdites Archives se trouvoient è. l'époque de sa nomination, il supplie Monsieur le Commissaire nommé et Monsieur le Commissaire da Boy ici présent de constater par le procès-verbal qui va être dressé de la grandeur, largeur et hauteur de la salle des dites Archives, de l'immensité des registres d'audience , chambre , décrets, insinuation, enchères, hôtel, des paroisses du ressort, communautés, Uvres de commerce, registres des minutes des notaires, protocoles, rapports, testaments clos, minutes d'inventaires, tutelles, curatelles, ordres, etc., et enfin des titres et pièces, sacs de productions et autres différents registres de contrôles, titres et papiers qu'elles contiennent depuis
ksièele 4200 jusqu'en 1760; de Tordre que le dit archiviste y a mis, — de la méthode qu'il a employée et du mérite de ce travail indispensable pour le bien public, requérant le dit Veillas qu'acte lui soit octroyé de ses dires et réquisitions, comme aussi de la déclaration qu'A fait que les registres cotés Répertoires, aiînid que les autres étant dans le petit cabinet qu'il a fiiit construire aux dites Archives pour pouvoir y travailler lui appartiennent, ainsi que la tapisserie, table, chaises, écritoires et autres petits objets qu'il retirera des dites Archives dans le cas que MM. les magistrats ne voulussent pas l'honorer de leur confiance qu'il a lieu d'espérer d'après celle qu'il a mérité dans tous les temps et desquels dires et observations nous avons donné acte pour lui être fait droit aussi et devant qui il appartiendra.. »
A la suite de ce procès-verbal,le juge Ballet constata l'état des grandes Archives dans les termes suivnts : « Premièrement, examinant la dite salle nous avons reconnu qu'elle a trente pas de longueur sur douze pas de largeur , laquelle est entourée de rayons de douze pieds de hauteur environ et est gamye de cinq grands rayons au travers de huit pas de long sur dix à onze pieds de hauteur, tous lesquels rayons se trouvent chargés de registres ou papiers classés de Tordre qui suit :
« Le siècle 4500 se trouve placé sur le rayon supérieur fidsant le tour de la salle et tous les registres qui le composent sont des registres d'audience et de la chambre, tenus pendant le dit siècle, tous lesquels sont cotés et numérotés suivant la date où ils se sont trouvés, lors du placement que Ton en a Sût sur les rayons.
u Sur le rayon inférieur se trouvent tom les registres d'insinuation pendant le siècle 4 500, cotés et numérotés.
a Sur les cinq autres tablettes du môme grand rayon, placées à gauche de la porte principale se trouvent les registres d'audiencei de la chambre et décrets ainsi que de Thdtel, tenus pendant le siècle 1600 jusques et y compris Tannée 1734.
a Sur la partie supérieure de deux rayons transversaux se trouvent des cahiers volants, seulement enliassés, contenant des jugements de chambres et audiences de 4 600, ainsi que des registres du même siècle.
« Dans les cinq colonnes de rayons transversaux sont les registres des paroisses des campagnes du ressort et des provinces étrangères, tenus pendant le siècle-^ 600 et 1700, mis par ordre alphabétique.
« Sur quatre tablettes du grand rayon régnant le long de la salle et faisant face aux croisées sont les minutes d'inventaires, tutelles, curatelles et ordonnances du siècle 1 600 et les testaments clos du même siècle dont le sieur Veillas nous a dit avoir fait le répertoire.
« Au fond de la même salle, sur les mêmes rayons, se trouve un protocole de Remilleux, notaire, lié et étiqueté par ordre chronologique.
« Dans le rayon étant au fond des dites Archives se trouvent aussi plusieurs protocoles de notaires.
« Dans la dernière colonne de rayons se trouvent les registres des paroisses de la dite ville de Lyon, ceux des Hôpitaux^ ceux à'insinuaiion et autres.
« Dans la quatrième colonne de rayons se trouvent des minutes d'inventaires, tutelles, curatelles
depuis 4700 jusqu'en 4760, par ordre de chronologie.
« Dans la quatrième et troisième colonne de rayons sont différents titres anciens et pièces des siè^ cîes 4200, 4300 et 4400 qui ne se trouvent point encore rangés, à l'exception des titres relatiâ à la maison de Chalus et à celle de Saini-Just^ sur lesqueUes le sieur Veillas nous a dit avoir fait des notes.
« Sur le cinquième rayon se trouve une masse de rapports en liasse du siècle de 4700 , classés par ordre de date.
« Dans une armoire étant au fond de la dite salle s'est trouvé un certain nombre de sacs contenant des papiers numérotés sur lesquels le sieur Veillas a pris des notes.
« Et de plus, se sont trouvés sur deux tables étant dans la dite salle, divers titres et papiers dont le sieur Veillas a dit continuer le choix.
« Et attendu qu'il n'y a plus rien à décrire relatif à Tarrangement et disposition actuel des dites Archives, nous nous sommes retiré après avoii fait fermer la porte à def et apposé les scellés aux armes de Sa Majesté sur la dite porte et en avons déposé la clef dans la chambre du Conseil dans un tiroir dont nous avons seul là clef.
« Fait et clos, etc. »
Ciomme on le voit par cet acte, nos Archives judiciaires ne manquaient pas d'ordre en 1791 ; leurs inventaires étaient presque achevés, et elles se composaient de titres remontant jusqu'au siècle 4200, comme dit le procès-verbal que je viens de donner phis haut.
On y trouvait avec les mihuted, les registres d'audience et de la chambre, des protocoles de notaires, les registres des paroisses de la ville qui à eux seuls formaient une collection des plus précieuses, les registres de l'état civil des hôpitaux, et de nombreux titres >de famille, y compris ceux de SaintrJust (concernant probablement le cloître de ce nom).
A ce moment, nos grandes Archives étaient intactes ; le tribunal du district les recevait telles qu'un P^sé de plusieurs siècles les avait créées. Ce tribunal avait été formé par la loi du 46 septembre 4791 ; mais à cette heure aussi, nos grandes Archives relativement bien classées et formant une spécialité à laquelle on n'aurait jamais dû toucher, sont envahies et comme englouties sous une avalanche de liasses, de registres et de titres de toute nature et de toute provenance.
Le gouvernement, en supprimant toute l'ancienne organisation judiciaire de la France, avait décidé en môme temps que toutes les Archives des juridictions abolies seraient apportées aux Archives du tribunal de district de la circonscription. Cette mesure se rattachait aussi à la pensée du décret du 4 septembre 4790, qui venait de fonderies Archives nationales de la France.
Paris fournit, il est vrai, presque à lui'seul, tous les titres qui furent versés à ces Archives; cependant, il n'est pas de corps politique, administratif ou judiciaire qui ne dût alors abandonner une partie de ses richesses historiques au profit de ce dépôt. Il devait renfermer d'ailleurs, aux termes de l'article 4*"'de son acte de fondation, « tous les actes établissant la « constitution du royaume, son droit public, ses
« lois et sa distribution en départements, i» Mais, il se passa alors, pour les Archives des juridictions supprimées, ce qui eut lieu pour les bibliothèques ^ monastiques et celles des émigrés.
Le gouvernement qui ne s*entourait que d*hommes sortis des clubs, ignorants, grossiers ou infidèles, chargea du transport et du classement de nos anciennes Archives des individus ayant a toutes les vertus civiques n et on sait quelles étaient ces vertus^ . . . mais q ui savaient à peine lire et dont la probité était une des moindres qualités. Quelques administrations municipales oublièrent même de se conformer aux ordres du gouvernement. La négligence et la mauvaise volonté de ces nouveaux pouvoirs furent môme si grandes que le ministre de Flntérieur Garât dut, le l*' juin 4793, adresser une circulaire à tous les corps administratifs des départements pour les engager à stimuler le zèle des municipalités de leur ressort, mais la voix du ministre se perdit au milieu de la tempête qui sévissait alors sur la France. La foudre frappait partout. Tout croulait. Les honnêtes gens tombaient o u fuyaient ; les clubs, seuls, régnaient, et avec eux les trieotteuses. Qui osait seulement songer aux sciences et aux arts ? A Lyon, Tintrépide collectionneur Bosaz, dont la ville a acheté le cabinet pour son musée, fidllit être fusillé aux Brotteaux pour avoir collectionné des monuments de la « ci-devant monarchie. »
Les Archives des anciennes juridictions lyonnaises furent donc apportées à Thôtel Fléchères où Ton venait d'installer le tribunal de District de Lyon et celui du District de la campagne créé par la loi du n août 4790 ; on y réunit, en même temps, les mi-
nutes et les pièces des justices seigneuriales qui avaient existé dans l'enceinte de leur circonacription. Voici les noms des justices seigneuriales dont les titres furent transférés au greffe du district de Lyon. Je puise ce renseignement dans un registre dressé à la Cour de Lyon, en 1828 :
4 Justice d'Ainay.
2 Justice d*AIbigny.
3 Justice d'Âmpuis.
4 Justice d'Ancy.
5 Justice de Saint- Andéol-le-Chftteau.
6 Justice d*Anse.
7 Justice de Tarcheveché, comprenant les parois-
ses de Chasselay, Oullins, Francheville, Craponne, Izeron.
8 Justice de Bessenay , comprenant la Roulière-
Saint-Julien.
9 Justice de Briguais, Gomp. Vourles, Beaunant.
40 Justice de Bully.
41 Justice de Chaponost.
42 Justice de Charly et Vemaison.
43 Justice de Chassagny.
44 Justice de Chasselay.
45 Justice de Chftteauneuf et Dargoire.
46 Justice de Chavagneuz et la Bfttie.
47 Justice de Sainte-Colombe de Vienne.
48 Justice du Comté.
49 Justice de Condrieu.' 80 Justice de Courzieu.
24 Justice de Cuires et la Croix-Bousse.
22 Justice de Saint-Cyr, comprenant Saint-Didier,
Saint-Fortunas, Lachaux, Serin et partie de
Vaise.
23 Justice de Dardilly.
U Justice de Dugas-lès-Thurios
25 Justice d'Ecully.
26 Justice de Sainte-Foy-lès*Lyon.
27 Justice de Saint-Forgeux.
28 Justice de Saînt-Genis-Laval.
29 Justice de Saiut-Geuis-Laval.
30 Justice de Saint-Germaîn-au-Mont-d'Or.
31 Justice de Givors.
32 Justice de Grézieu-Souvigny.
33 Justice de Grigny.
31 Justice dlzerou.
35 Justice de Saiut-Jean-de-Toulas.
36 Justice de Saint-Laurent-d'Âgny.
37 Justice de Limonest.
38 Justice de Lissieu.
39 Justice de Marcilly, Civrieu.
40 Justice de Montagny, Millery, Frontagny.
41 Justice de Momant.
42 Justice de Neuville.
43 Justice d'Oingt.
44 Justice d'Orliénas.
45 Justice de Quincieuz.
46 Justice de Bochefort.
47 Justice de Saiut-Romain-au-Mont-d*Or
48 Justice de Rontalon.
49 Justice de Saviguy.
50 Justice de Soucieu.
51 Justice de Soucy et la Lardiëre.
52 Justice de Taluyers.
53 Justice de Tassin et Charbouniëres.
54 Justice de Ternaud.
55 Justice de Varissant.
COMMUNÀUTlis BBLIOIBUSRS DE LTOH.
(Hommes.)
1 Les Orands-Augustîns.
2 Les Augustins de la Croix-Rousse.
3 Les Orands-Capucins.
4 Les Capucins du Petit-Forôt.
5 Les Grands-Carmes des Terreaux.
6 Les Carmes-Déchaussés.
7 Les Célestins.
8 Les Chanoines de Saint-Irénée.
9 Les Chartreux.
10 Collège de la Trinité.
4 1 Commanderie Saint- Antoine.
42 Cordeliers de Saint-Bonaventure.
43 Cordeliers (couvent royal).
4 4 Dépôt de mendiants.
45 Jacobins.
46 Minimes.
47 Missionnaires de Saint-Joseph.
48 Missionnaires de Saint*Lazare.
49 Oratoire.
20 Récollets.
24 Tiers-ordre de Saint-François.
(Filles.)
4 Abbaye de Saint-Pierre.
2 Abbaye de la Déserte.
3 Abbaye des Chazeaux.
4 Prieuré de Saint-Benoît.
5 Bernardines.
6 Annonciades Bleu célestes.
7 Annonciades dit Saint- Amour.
8 Carmilites.
9 Bon-Pasteur, 10 Sainto^laire.
14 Sainte-Elisabeth, l*' monastère.
12 Sainte-Elisabeth, 2* monastère.
13 Nouvelles catholiques.
14 Ursulines de la Vieille-Monnaie.
1 5 Ursulines de Saint-Just.
16 Verbe Incamé.
17 Visitation.
18 Visitation de TÂntiquaille.
19 Visitation de Sainte-Marie-des-Chaînes.
Mais les voleurs marchaient derrière les tombereaux sur lesquels on charriait, avec an superbe dédain, ces papiers infjUiles.De nombreux détournements forent commis au préjudice du district de la ville, car « il ne lui ftU remis que quelques papiers du bureau des finances, et un assez grand nombre de registres et de dossiers de la CSonservation.» Le palais de Roanne reçut le tribunal criminel.
Le surplus du bfttiment resta consacré aux anciens dépôts non encore déplacés, c'est-à-dire les grandes Archives et les greflFes de la sénéchaussée et du siège présidial.
La fusion était accomplie.... Mais au lieu de créer ces dépôts précieux renfermant toutes les anciennes richesses historiques éparses jusqu'alors, que TAssemblée nationale avait songé de former dans l'un de ses rfives généreux, on n'avait produit qu'une affreuse confusion, le chaos, en un mot ; sans parler de tout ce que les voleurs avaient enlevé !!!
Ce chaos subsista jusqu'à la loi du 27 ventôse an VIII (4) y complétée plus tard parla loi du 20 avril
(1) La loi du 27 ventftse an VIII fût une conséquence néoes- Mîre de la Révolution du 18 brumaire qui mit fin au trille régne du Directoire.
« Le 18 brumaire, a dit H. Thiers, était nécessaire , il fallait c alors à la France plus que des succès militaires $ il lui fallait c une réorganisation puissante à TintPrieur de toutes les parties c du gouvernement, et c'était un chef politique dont la France « avait besoin. Ce héros venait achever une tâche mystérieuse « qu'il tenait sans doute de la destinée, et [qu*il accomplissait « sans le vouloir, remplissant les profonds mystères de la c Providence, et la nouvelle société devait se consolider à Tabri c de son épée. »
Napoléon seul sut reconstituer radministration ébranlée et doter la France d*une magistrature et d*un code que l'Europe nous envie.
Le tribunal de première instance de Lyon fat installé dans ses fonctions le 15 floréal an VIII (5 mai 1800), par M. Raymond Veminac, alors préfet du Rhône. V. Boissieux estait commissaire du gouvernement près ce tribunal, qui siégea dans le palais archiépiscopal; mais, par un arrêté du 16 nivôse an XI (10 janvier 1803), et, pour faciliter l'installation du cardinal Fesch, nommé archevêque de Lyon, dans son palais, les magistrats se retirèrent en tonte h&te. La première et la deuxième section du tribunal siégèrent à THôtel-de-Ville, dans les saUes où se tenaient déjà les audiences du tribunal de commerce et la chambre du conseil. La troisième section et le greffe séjournèrent quelque temps dans l'hôtel Fléchères, place Saint- Alban.
La nouvelle organisation de la magistrature, en l'an YIII, quoique bien imparfaite, eut cependant l'approbation générale. Elle offrait aux justiciables des garanties sérieuses, et la fortune comme l'honneur des citoyens, n'étaient plus à la merci d'hommes ignorants, passionnés, et qui ne connaissaient.d*autreloique celle du plus fort. Les clubs avaient été jusqu'alors la seule pépinière où Ton choisissait les magistrats.
Le tribunal d'appel, organisé par la loi du 48 mars 4800, prit possession du palais de Roanne. L'hôtel Fléchères Ait réservé au tribunal d'arrondissement de Lyon, mais ce tribunal se trouva bientôt mal à
Lyon vit aoBsi ayec ime grande satisfaction remonter sur les
ùégêê des magistrats qa*il connaissait et qui s'étaient distingués
avant que le flot révolutionnaire n'eût submergé nos anciennes
institutions. Plusieurs de nos anciens magistrats avaient même
péri dans ce grand naufrage. Ce furent :
Ampbrb (Jean-Jacques), juge de paix du canton delà Halle aux blés, père des deux Ampère, le mathématicien et le littérateur, décapité le 20 novembre 1793.
Dassbt (Laurent), lieutenant-général .en la sénéchaussée et siège présîdial de Lyon, né en 1747, décapité le 5 décembre 1793.
BasasT ni la Marsllb, avocat général au Parlement desDombes, décapité le 7 juillet 1794*
Dimo.%GT (François), homme de loi, officier municipal à Montbrison, etc., décapité le 2 novembre 17S^.
FusBiLLis (Jacques de), conseiller d'état, intendant du Lyonnais de 1768 à 1784, premier président du Conseil supérieur de Lyon, assassiné à Paris lors de la prise de la BastUle, le 14 juillet 1789.
Lona (Laurent Ponthus), homme de loi, membre de la municipalité pendant le. siège de Lyon « proposa à ses t collègues d'imiter le dévoûment d'Eustache de c Saint-Pierre et de se dévouer pour le salut de « tous, n périt sur Fèchafaud, et, ajoute le biographe, c ne sauva personne. •
MuxAHon (Jean-Jacques), premier avocat du roi en la sénéchaussée et siège présidial de Lyon, membre de la Constituante de 4789 à 1791, mort décapité le 5 décembre 1793.
Bamou dv SoLiiL (Pierre- Antoine), procureur en la sénéchaussée de Lyon, procureur général honoraire à la Cour des Monnaies, décapité le 13 décembre 1793.
Taise dans rétroite enceinte de ce vieil hdtel ; on songea à le détruire pour en bâtir un autre sur son emplacement, en 1806, mais ce projet eut des conséquences fatales pour les Archives déj& si éprouvées. .. Il fallut déplacer les Archives des deux tribunaux de district de la ville et de la campagne qui y avaient siégé jusqu'à leur suppression. Elles furent alors versées aux grandes Archives du palais de Roanne, au greffe manualiste de Fancienne sénéchaussée. Ce transport, commencé le 41 avril, fut achevé en 1808. Un commis greffier, du nom de Parceint, entreprit de réunir dans un même local toutes ces Archives isolées, mais, le 1 5 décembre 1810, Parceint dut rendre les clefs, et les Archives ne se rouvrirent plus que le 1®' et 20 mai 1812. Du reste, dit M.Brouchoud, « de nombreux procès-verbaux de levée et de réapposition de scellés provoquées par des recher* ches de pièces, prouvent que de 1790 à 1812, les anciennes Archives n*ont jamais été l'objet du triage prescrit par la loi du 7 messidor an II. Nous sommes donc autorisés à penser que ces Archives n'ont rien eu à souffrir des brûlements de titres qui ont eu lieu sur la place de Roanne, de 1790 à 1791 .. Le nombre considérable de papiers féodaux qui se trouve dans ce dépôt témoigne encore davantage de l'erreur de la tradition. « Mais nous avons vu plus haut, en parlant de nos Archives municipales, combien de précieux titres, a entachés de féodalité, » furent enlevés de ces Archives pour être brûlés solenneUement « en place de Grève » par le Conseil de la Conmiune.
En 1812, ]a Cour impériale se^appela, je ne sais par suite de quelles circonstances, qu'il existait des Archives dans son palais. Trois de ses conseillers et
le procurear général, assistés du greffier, procédèrent à la levée successive des scellés et en dressèrent procès-verbal. Il en ressort que les registres des justices seigneuriales supprimées dans le ressort du tribunal du district de la campagne furent bien déposés au greffe de cette juridiction, mais qu'il n'en avait pas été ainsi a de ceux du Comté général de « la Guillotière et de la Croix-Rousse qui étaient, « en totalité ou en partie, par un abus inexplicable, « à la Préfecture du Rhône et à la Mairie de Lyon. » La Cour apprit avec une douloureuse surprise cette mutilation de ses Archives, et les commissaires firent, à cet égard, les réserves les plus expresses pour qu'on les revendiquât.
La Cour semble, d*après ce procès-verbal, entourer enfin ses Archives judiciaires d'une véritable sollicitude, et leur conservation parait assurée désormais. Mais il est de leur destinée, je crois, comme de celle de nos Archives municipales, d*être bouleversées et mutilées le lendemain même des jours où de laborieux et patients conservateurs ont commencé à y mettre un peu d'ordre. La destruction va donc reprendre bientôt son œuvre et produire, cette fois, d'irréparables ravages. Le xvi* siècle surtout, dit M. Brouchoud, qui a si bien étudié les épaves de nos Archives judiciaires, le xvi* siècle qui a laissé de si grands souvenirs dans l'histoire, va être le plus maltraité.
Le palais construit en 1810 (4) sur l'emplacement
(1) Le bâtiment conslniit sur remplacement de Tancien hôtel Fléchères fat commeneé en 1806 par M. Hotelard, sous la di*
de rhôtel Fléchères ne parut plus assez vaste.,, pour y installer le tribunal d'appel. Celui-ci resta donc au palais de Roanne, et le tribunal de première instance ne put, de son côté, abandonner l'hôtel de Cheyrières où il avait été provisoire oient transféré. (1)
De nombreuses études furent fisuites en vue de la construction définitive d'an vaste Palais-de-Justice
rection de H. Flacheron ; mais il n'a pas été achevé parée qu'il fut reconnu insufiSsant à sa «destination. (Le Palais-de-iustice, par M. V. de Laprade, dans Lyon anden et moderne, t. II» p. 308.)
(1) Cet hôtel a appartenu longtemps à llelchior Mitte de Ghevrières, comte de Miolans, marquis de Saint-Ghamond, seigneur de Ghevri^res, lieutenant de roi à Lyon sous le gouvernement de Gharles de Neuf ville, mort à Paris le lO septembre 1649, âgé de 63 ans. Sa veuve, on le sait, a fondé le Petit-Gollége.
Le tribunal d'appel, devenu plus tard, en 1810, Gour impériale, fut installé dans ses fonctions le 15 floréal an VIII. Ce tribunal comprit dans son ressort les départements du Rhône, de la Loire, de l'Ain et celui du Lémant que la conquête venait de nous donner. Il se composa de 22 jages divisés en deux sections, d'un commissaire du gouvemement, d'un substitut et d'un greffier. M.Veminac, préfet du Rhône, présida aussi à son installation dans le palais de Roanne : « Le citoyen préfet c introduit, s'est placé sar les hauts bancs de la grande salle c d'aadience, et a fait prévenir.le tribunal qu'il était placé. € Les membres du tribunal présents se sont rendus ensuite c dans l'auditoire et se sont placés dans le parquet. » (Voir le procès-verbal de cette sôance sur les registres de la Gour.)
Le tribunal d'appel était alors présidé par Charles-Antoine Vouty, ancien conseiller du parlement de Dijon» créé plus tard baron de la Tour, du nom du fief de la tour de la Belle-Allemande, propriété de' sa famille. Il fut premier président de la Gour impériale jusqu'en 1815, ^ puis révoqué.
pouvant contenir tous les services. Pendant vingt-^nq anMf on lui chercha un emplacement convenahle ; les uns voulurent rélever aux Terreaux, d*autres à Bellecour, au quartier de Perrache, à la Loge du Change et même dans U lit et mr les roches de la Saône.,. (1) Mais pendant ces 25 longues années d*études et de recherches» la justice n'oublia cependant pas ses Archives, toujours entassées et en désordre dans les greniers de l'hôtel de Roanne et du tribunal. Le 40 août 4820» M. le premier président (2) en
0) On songea sérieusementun moment à installer le Palaisde-Justice sur les roches qui encombraient alors le lit de la Saône et qu'on a fait disparaître depuis quelques années. Ce palais aquatique aurait flanqué au nord le pont de Pierre démoli depuis, et qui porte le nom de pont de Nemours.
D'après les plans que je viens de retrouver aux Archires de la ville, ce monument gigantesque, qu'on peut regarder plutôt comme un rêve que comme une chose qui faillit devenir une réalité, ee monument devait être assis sur les roches de la Saône entre l'ancien pont de Pierre et un autre pont qui devait être jeté sur la Saône un peu en amont 'du pont actuel du Palais.
L'entrée de ce palais qui ne formait qu'une suite de colonnades, devait avoir lieu par ces deux ponts. En outre, en amont du vieux pont de Pierre, devait ôtre élevée une vaste prison aux formes monumentales. De la sorte, le lit de la Saône eût été rempli presque entièrement par cette gigantesque construction, et son cours obstrué. Toutefois, M. Baltard, pour ne pas trop gêner le cours des eaux, avait pratiqué sous le palais et sous la prison de grandes voûtes destinées à laisser passer les eaux dans les grandes crues.
(2) Le comte Dominique-François-Marie Dastard d'Estang, grand officier de la Légion d'honneur» premier président de la Cour de 1815 à 1829.
M. Joseph-Antoine de Gourvoisier, ancien premier avocat
référa au préfet du RbOne pour se plaindre de leur piteux état. Ce haut magistrat dit entre autres :
(c Nos Archives placées dans les combles de Vaffrevm bâtiment qu'occupe la Oour royale sont dans le plus grand désordre et exposées à la poussière, trop souvent h la pluie^ rongées et dévorées par les rats. Cependant ces archives sont de la plus haute importance ; chacun y trouve les preuves de sa filiation et ses anciens titres de propriétés. Il est urgent d^apporter remède au dépérissement de toutes ces minutes. Déjà une somme, mais insuffisante, a été donnée pour mettre en ordre et serrer dans des cartons tous ces actes à mesure qu'on en dressait l'inventaire. Depuis longtemps, ce travail est interrompu ^ et il reste môme à payer une partie de celui qui a été fait. » (1 )
M. le premier président priait, en mfime temps,
général de Besançon, était alors procarenr général près la Coar de Lyon et y siégea de 1818 à 1829. Il quitta ce siège pour les éminentes fonctions de garde des sceaux.
(1) La loi classe parmi les dépenses obligatoires celles de garde et de conservation des Archives départementales. (Art. 9 et 19 de la loi du mai 1838.)
La loi du 1 8 juillet 1868 a laissé aux Conseils généraux plus de lattitude. Un amendement de M. d'Andelarre qui demandait le maintienjdes articles 9 et 19 de la loi de 1838 a été n^jeté. Le conseil d'Etat et le Corps législatif pensèrent qu'il était des prescriptions inutiles & formuler, que le devoir d'inspection générale conûé au Conseil général suffirait à lui faire connaître les besoins de ce service, et que son souci des intérêts publics le porterait de lui-même à ordonner tout ce qui lui paraîtrait utile. Mais le Conseil général actuel du Rhône sait-il seulement ce que c^estgue des Archives, ei qu'il existe au Palais-de-Justice un démembrement de ses Archives ?
M. le préfet de demander au Cionseil général une subvention pour la continuation du classement de ces Archives judiciaires. Le Conseil général avait alloué, huit ans auparavant, une somme de 5,000 fr. pour ce travail, mais le Conseil général (4) de 4820 fat moins généreux. Aussi, le 29 juillet 4 822, le chef de lacour, toujours plein de sollicitude pour ses Archives, crut devoir en référer de nouveau au préfet, « au nom de Tlntérét des citoyens et de la dignité de la Cour. »
Bappelant les termes de sa lettre du 4 0 août 4 820, M. le premier président ajouta : « n est honteux^ je « ne crains pas de le dire, que ces papiers restent c plus longtemps dans l'état où ils sont. Quelque « plan que Ton adopte pour le Palais-de-Justice, il c est nécessaire de mettre de l'ordre dans les Archives; « ce serait donc une dépense utile et qui, tôt ou tard^ « doU iîre laite. Les Archives de tous les anciens
(1) Le Gonseil général finit cependant par 8*émoavoir deTélat pitoyablede notArchîyes judiciaires. De 1824àl834, il accorda annuellement des fonds pour la rétribution d'un arehlYiste. MM. Parceint, Franchet, Portalet et Sorbier, alors commit greffiers, furent chargé du classement, et MM« Vieux et Dupasqnier eurent même le titre spécial d'arehîTistes de la Cour, mais leurs travaux n'embrassèrent que le XTm* siècle, ainsi que rindique un document encore conservé et qui a pour titre ; € Etat des Àrehioes de la Cour de Lyon en octobre 4834. »
Ce triage, quoique ne comprenant qu'une période assez limitée, était déjà un pas considérable ûdt pour le classement de nos Archives, et, en le continuant encore pendant quelques années, on serait arrivé au moins à un triage complet. Il est donc bien à regretter que lorsque nos Archives ont été apportées dans le nouveau palais, ont ait procédé avec une si coupable incurie à leur transfert.
a tribunaux du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais <c qui, au moment de la BévoltUion, furent amoncelées « sans ordre et jetées dans les greniers du palais de «t la Cour royale, restent sous les scellés^ livrés à une a dégradation toujours croissante. »
Comme on le voit, nos Archives judiciaires étaient alors dans de pitoyables et désastreuses conditions. La salle principale, véritablement à jour en certains endroits, était inondée par les pluies ; une eau boueuse^ noircie par la poussière et la fumée, pénétrait à travers les registres et les dossiers. On en jeta, en 4 835, une grande quantité qui était complètement poubrie. Plusieurs furent en partie conservés , mais sans pouvoir être tUilement consultés. Aussi, M. Brouchoud se demande, avec raison, ce qu'avaient fait pendant ce temps, archivistes et commissions de surveiUance?
Enfin... après 25 ans d'études, de réflexions et de savantes combinaisons, le gouvernement, le département et la ville décidèrent la construction d'un Palais-de-Justice monumental^ et pouvant contenir tous les services judiciaires. On avait mis le temps & faire les plans, et cependant... à quoi a-t-on abouti?.. . (1)
(1) La prison de Roanne attenante à l'ancien palaia avait été construite sur les dessins de Tarchitecte Buguet, d'après one ordonnance du 22 juillet 1784. C'était un modèle de prison, on la démolit pour faire beaucoup moins bien, du moins sous le rapport monumental. (Lyon ancien et moderne. Le Palaisde^ustice, par Y. de Laprade, p. 308.)
Cette prison, à peine acheréet a dû être évacuée à cause de son insuffisance et de son insalubrité. Son ancien local a été affecté à la Sûreté générale et à divers services du palais. Mais
Les travaux furent commencés en 4 835. Le nouveau palais devant, comme l'ancien, avoir une prison pour annexe, il lui £Bdlat im périmètre plus grand qu'aux vieux bfttiments dont la démolition avait été décidée ; on ajouta donc à leur surface celui de la rue du Palais, de la place Saint-Âlban et des diverses maisons situées sur le vaste espace limité au midi par la rue Porte^Froc, et à Touest par la rue Saint- Jean. D'autres acquisitions devaient 6tre faites au nord de cette f?ia«se pour l'ouverture d'une rue projetée et* dite actuellement duPalais; à Test, la place de Roanne devait 6tre dégagée par la démolition de la maison
qae d'argent gaspillé en pure perte, et cela parce que les architectes, pins préoccupés de flatter les yeux, n'ont pas eu la moindre notion de la destination des monuments qu'ils élevaient !
M. de Laprade a jugé sévèrement notre nouveau Palais-de- Justice, mais il a dit avec raison que € quand on compte par « millions les sommes dépensées à un édifice, et que cet édifice € est fait pour être le siège d'un des plus grands ministères < sociaux, on a le droit de le juger avec sévérité. On peut dire 4 que le Palais-de-Jnstiee est une œuvre manquée. »
Ceux qui le fréquentent journellement, comme les magistrats, peuvent encore mieux que M. de Laprade dire que c'est une œuvre manquée. Les salles d'audience sont glaciales Tbiver et brâlantes l'été ; il faut un combustible énorme pour les chauffer, et alors il y fut une chaleur intolérable. Ces salles, éclairées en partie de côté, ont des vitres dépolies qui tuent la vue. En un mot, Tarchitecte Baltard a tout sacrifié à sa colonnade et & la salle des Pas-Perdus. Et encore, il a fait preuve d'une ignorance incroyable en ce qui concerne cette dernière. Il a cru sans doute, parce qu'il avait emprunté sa colonnade à Athènes, queLyonjouissaitde l'heureux cUmatde la Grèce... Puis quand il eut appris que Lyon nageait six mois dans un affreux brouillard, il a été obligé démunir cette salle, qu'il avait faite Umte ouverU an froid et à la pluie, d'une porte vitrée de magasin.
Gabet. Le plan de Lyon dressé par Sérancourt permet de suivre exactement toutes ces transformations. (4)
Dès la fin de Tannée 4835, tous les services judiciaires durent abandonner le palais de Roanne et rhôtel Fléchëres, et, nécessairement, on fut obligé, en môme temps, d'enlever toutes les Archives. La justice alla chercher un gîte d'un côté et les Archives de l'autre ; chacun se logea où il put trouver & se caser.Toutefoi3,une mesure louable fut alors prise ; les Archives furent placées dans des caisses sur lesquelles on mit des numéros ; et un état indicatif de chacune de ces caisses fut dressé avec un soinparfait (2).
Il n'est pas inutile peut-être de savoir ce que ces caisses contenaient ; en fait de titres déjà classés il nous sera facile, ainsi, de constater toutes les richesses que nous possédions, et de mesurer en mftme temps toute retendue des pertes qu'on éprouva, soit pendant le séjour de nos Archives^ hors du palais,
(1) La rue da Porte-Froc portait, à rorigine, le nom de Poriorfratrum^ porte des Frères. On a dit aussi Porie-fran^ et désigné par là une porte placée au point de jonction de cette me et de celle de la Bombarde, et qui servait h fermer le cloître Saint-Jean. Longtemps on a cru que la rue de la Bombarde, qui longe actuellement le côté sud du palais avait reçu ce nom parce que le baron des Adrets y aurait placé une bombarde ou mortier lorsqu'il fit, en 1563, le siège de cloître de Saint-Jean. Mais il ressort des savantes recherches faites par M. le conseiller Breghot du Lut, sur les noms des rues et places de Lyon, que ce nom de Bombarde provient de celui d'une maison de cette rue, appelée Gymnasiolum Bombardanum et dans laquelle était une école qui portait ce nom.
(2) Le marquis Antoine-Louis-Pierre-Joseph marquis Gêdard-' de Beïbeuf), était alors premier président, et If. Duplan, (Jean- Pierre, procureur générai.
soit ensuite, par la manière dont on procéda à la réintégration au palais de ce qui en restait (1). Je puise ce renseignement dans un document, heureusement conservé et intitulé : « Etat des Archives de la Cour de Lyon^ en octobre 4834. »
Cet état indique, d'abord, dans un petit préambule historique, que nos anciennes Archives se composaient « des minutes de beaucoup de juridictions, entre autres et ce sont les plus importantes, de celles de la Sénéchaussée, du Présidialy de la Conservaiion^ de la Cour des Monnaies, de V Hôtel des Monnaies^ du Bureau des Finances et de beaucoup de Justices seigneuriales, v
« Un grand désordre y régnait; lorsque leur triage fut commencé, il n y existait môme pas de
(1) Des renseignements puisés aux meilleares sources ne lAîssent aueon doute sur ii manière désastreuse avec laquelle se fit l*apport au nouveau palais de nos anciennes Archives judiciaireb. Quelques liasses on registres furent placés avec ordre sur des rayons, mais ce fut rinûni petit nombre... La plus grande partie a été fourrée (c'est le mot juste) sur les rayons de manière à remplir Tespace très-grand, trop grand qui les sépare* Quand les rayons furent ainsi bourrés, on vida les caisses, sans ordre, sur le carreau et au fond de la grande salle, dans Tattique du palais. Lorsque ces amag eurent atteint la hauteur des croisées, on procéda au versement sur le carreau des deux pièces contigucs à la grande salle. Plus de cent grands sacs remplis de sacs de procédure furent déposés dans des rezde-chaussée du palais, et de nombreuses caisses pleines furent déposées dans toutes les chambres noires que Ton put trouver, y compris celle de Thorloge que Ton attend encore. Pour comble de malheur, les dispositions défectueuses des rayonnages do la grande salle et le défaut de fixité des rayons ont contribue à faire renaître incessamment le désordre. (M, Brouchoud.)
distinction entre les minutes de ces divers tribunaux, tout était confondu. Le triage fut alors entrepris par les actes de la sénichaussie embrassant trois siècles et en commençant par le dernier; cette catégorie fut formée de 87,757 titres. Dans cette série, on créa une catégorie toute spéciale, sous le nom d'ordre public, comprenant les réceptions d'officiers publics, des magistrats , les règlements relatifs , soit aux autorités judiciaires, soit aux contestations survenues entre les divers corps d'état, etc... Une autre série fut formée de tous les registres de Véiat civil des paroisses de Lyon, du Lyonnais, Beaujolais et Forez, depuis 4692 jusqii'en 1790.
Sous le titre de Greffe manualiste, on classa les inventaires , avis de parents , tutelles , curatelles , émancipations , acceptations d'hoiries, cautionnements, affirmations de créances, reconnaissances, désavœux, etc.
Mais cette longue série n'embrassait que le dixhuitième siècle; tout ce qui concernait les siècles antérieurs fut simplement trié.
Les sentences sur défaut de la Chambre formèrent un total de 49,195 titres.
En résumé toutes les minutes de la sénéchaussée et du Présidial de Lyon définitivement classées, mais ne comprenant que le xviii« siècle formaient un total de 87,757 pièces.
Les autres séries se composaient des ventes, des rapports, des enquêtes, des procès-verbaux de scellés, des appointements et conclusions, des sentences diverses, des sentences de défaut de la Chambre, des sentences définitives de la Chambre, des distributions de deniers, des congés d'adjuger, des jugements du parquet du
Préfiidial, des plaides, des procédures et de la série dite d'ordre public.
Enfin les autres séries comprenaient les actes des Cour et Hostel des Monnaies, du Bureau des finances ou Chambre du Domaine el Voirie, du tribunal de la Conservaiion, et des justices seigneuriales .
On les porta d'abord dans une maison voisine du palais et destinée à dtre démolie, et les caisses furent ensuite transférées dans le rez-de-chaussée de l'ancienne Préfecture, place des Jacobins. C'est 1& que rinondation de \ 840 leur a causé les plus grands dommages qu'elles aient eu à souffrir ; ce fut pour elles la période la plus désastreuse. de leur existence. Les accidente et Tincorie des hommes devaient concourir à leur perte.
Croirait-on qu'après Taché vement du palais actuel ces Archives furent apportées, sans ordre, dans le local qui venait de leur être affecté ? On eut mieux fiût de ne pas ouvrir les caisses, au lieu de les vider, sans prendre la peine de consulter l'inventaire qui en avait été dressé. Il est vrai qu'on ne savait pas plus qu'on ms sait encore aujourd'hui ce que cet inventaire est devenu.
n est & croire que chacun sut comprendre combien sa responsabilité était engagée par d'aussi déplorables agissements, car, tout le monde parut d'accord pour cacher les suites d'aussi lourdes &utes, 6n gardant le silence sur le nouvel état des anciennes Archives. Bien entendu, on ne demanda pas au Conseil général le rétablissement des anciens crédits. Cette requête eût entraîné une nouvelle visite des Archives ; on eut honte de laisser voir à quoi avaient servi dix années de travaux et de sacrifices, et le
silence le plus complet se fit sur ses Archives jusqu'en 4865.
Mais si cet aménagement de nos Archives judiciaires se fit avec une aussi coupable incurie, Tauteur des locaux où on les entassa ainsi, ne mérite-t-il pas non plus un blftme sévère? L'architecte du nouveau Palais-de-Justice, membre de l'Institut et auquel la Revue des Deux-Mondes vient de consacrer un article des plus laudatifs, avait si bien combiné le plan de son monument qu'il avait oublié d'y ménager une place pour nos Archives. . . C'était le cas pourtant^ pendant qu'on engloutissait des millions dans cet amas de pierres et de marbres, de créer une salle vaste, simple, bien aménagée, bien éclairée et d*une ventilation facile pour nos Archives, comme il en existe dans tous les anciens Palais-de-Justice, sièges de grandes juridictions. Mais on ne pense pas toujours à tout M. Baltard, pour utiliser ce long
boyau que forme l'attique posé sur la prétentieuse colonnade qui n*a pas de raison d'être, crut que ce boyau serait un local parfait pour un grand dépôt, aussi important, et le décora du titre pompeux de salle des Archives. Et cependant rien né ressemble-t-il moins à une salle d'Archives, et ce local si défectueux ne dit-il pas non plus que son constructeur n'a pas eu la moindre notion des exigences d'un service comme celui d'un dépôt d'Archives? il n'a su faire qu'un étroit réduit, éclairé par cinq petites fenêtres donnant un jour insuffisant, difficiles à ouvrir, que la chaleur a disjointes, que les orages ont achevé de briser, et par lesquelles la pluie a pu, pendant de longues années, sans qu'on s'en préoccupât, pénétrer et pourrir de nombreux titres.
Cette situation lamentable parât cependant prendre une fin, lorsque M. l'avocat Brouchoud eut, en 1865, l*heureuse pensée de s'émouvoir de l'état indigne dans lequel on laissait dépérir nos archives judiciaires, et de se dévouer généreusement à leur classement, n obtint de M. le procureur général Gaulot de pénétrât dans cet antre infect où pourrissaient tant de papiers et de registres, et bientôt après il se mit courageusement à l'œuvre, car il fallait vrai* ment du courage pour l'entreprendre.
Les chefs de la Cour s'intéressèrent aussi, un peu tard... au sort de nos monuments judiciaires, et pour fiiciliter la tftche de M. Brouchoud, ils mirent h sa disposition une partie du troisième étage du palais, qui donne sur les rues de la Bombarde et de Saint- Jean ; c'était une dépendance de la nouvelle prison, mais ce bfttiment construit avec autant d'intelligence que le palais lui-même avait été reconnu impropre & sa destination, et l'Etat avait dû construire une nouvelle et autre prison à Perrache (1).
(1) En 1773, on établit une prison de détenus dans les bâtiments qui avaient appartenu aux Jésuites dans la rue Sainte- Hélène. Le département en resta locataire jusqu'en 1829. On aralt songé cependant à construire une autre prison, mais on hésita longtemps sur le choix de son emplacement. La ville proposait on terrain dans la presqu'île de Perrache du côté du cours Ramhaud, mais le Conseil général préférait les terrains de la Ferratière, situés à la Quarantaine, propriété des Uospices, el en fit l'acquisition.
Le projet de la ville était de réunir, dans un même espace, te PalaisHde-Justice et une prison.
La dépense était évaluée à 2,300,000 francs payables : 850,000 francs par l'Etat, 850.000 francs par le département et 600,000 firancs par la vUle.
M. Brouchoud se vit attribuer quatre pièces, un cabiuet de travail et une petite galerie dont il a fiût un espèce de musée historique, et depuis lors il y
Ce projet fut vivement combattu par le Conseil manicîpal et la presqulle Perraehe finit par prévaloir, seolement. an lien de remplacement près du cours Rambaud dont il avait été d'abord question, on préféra l'emplacement actntsl de 9,900 mètres ; on décida, en même temps, que le nouveau Palais-de Justico serait conservé au quartier de l'ouest et bâti sur l'emplacement de la prison de Roanne.
Une ordonnance royale, du 22 mars 1827, autorisa la cession du terrain de Perraehe par la ville, et le terrain acquis à la Ferratiére demeura sans emploi. Les travaux commencèrent aussitôt sous la direction de M. Baltard, et le 16 juin 1831, on put y transférer les détenus.
La prison du Palais-de-Justke dite maison ^arréi et celle de Perraehe dite fnaison de» détenus qui servait aussi de pénitencier des enfants de seize ans et au-desssous, furent bientôt reconnus d'une insuffisance notoire. On agita encore pendant plusieurs années la question de l'emplacement à donner à une prison supplémentaire. Des raisons de service demandaient qu'elle fût à proximité du palais, et on songea à l'établir dans la rue Saint-Jean ou sur remplacement des rues de la Bombarde, finalement on fit choix d'une masse de terrain située à côté de la prison de Perraehe et on confia à l'architecte du département, M. Louvier, la confection de cette succursale qui fut mise en communication avec la prison attenante par un souterrain creusé sous la rue.Delandinei cette prison a une superficie de 9,900 mètres.
C'est dans cette prison que furent enfermés, le 4 septembre 1870, plusieurs magistrats de la Cour et du tribunal civil de Lyon, par ordre du trop fameux Comité de Salut public, exécuté par Pun de ses agents, repris de justice, et condamné depuis lorsy pour vol d'un ballot de soiries enlevé par lui sur un camion et d'une valeur de 14,000 franc. Le Comité avait choisi un agent digne de lui
accomplit pendant quatre années presque journellement son œuvre de patience et de savoir. En la commençant, il a voulu que le public savant et studieux connût le plan qu'il s'est tracé et qu'il suit , et a publié sur ce sujet un Uvre des plus intéressants.
Je voudrais pouvoir le reproduire id, en entier, mais cette reproduction donnerait une trop grande extension à cette notice. Je ne peux donc qu*y renvoyer le lecteur qui le lira avec un véritable intérêt, Toutefois, je crois devoir donner ici un résumé du patient et utile labeur entrepris par M. Brouchoud.
Son premier soin, en disposant des locaux supplémentaires agencés avec la subvention accordée par le Conseil général, a été de trier et de classer ce qui restait du fonds des insinuations. Pour cela, il a suivi le numérotage originaire des registres, comme plus méthodique et aussi parce que des registres actuellement manquants peuvent se retrouver dans les caisses non encore ouvertes. Le numérotage fait par Tarchiviste Veillas étant défectueux, il n'en a été tenu aucun compte. Ces registres, devaient à l'origine, renfermer une copie littérale de tous les actes translatifs de propriété, donations, contrats de mariages, testamentSi etc. Mais cette formalité n'a pas toujours été observée, et de là de nombreuses lacunes pour l'histoire.
Ce fonds comprend une première série de quatre registres assez mal tenus, de 4 S39 à 1 553. Le premier parait avoir servi, à la fois, comme registre des iminuaiùms et comme Papier du Roy.
La deuxième série cotée originairement a, 6, c, d,^, va de 4564 à 4574. La lacune de 4553 à 4563 est représentée aux Archives de la ville par un certain
nombre de registres tenus par un greffier de la viUe alors que le greffe des insinuaiions avait été acheté par la Commune de Lyon pour donner moins de publicité à la situation réeUe de la fortune des habitants. La ville tenait à éviter tout ce qui pouvait gêner l'essor et la liberté du commerce» objet de toute sa sollicitude et qui formait sa richesse. Mais en 1563, éclairée, sans doute, sur le peu de danger qu'offrait à ce point de vue la formalité de Tinsination, elle se débarrassa de ce greffe qui rentra à la sénéchaussée.
La troisième série de ces registres a été cotée originairement de 1 à 1 39 ; elle s'étend du 3 janvier 4574 au 24 décembre 4609. Vingt de ces registres n'ont pas été encore retrouvés ; à la fin du 439* est la mention suivante : a Ce livre est demeuré clos par moy, greffier soussigné, en conséquence du remboursement faict des greffes, ce dernier jour de décembre 4609, que je suis sorti de la propriété desdits greffes. » Un registre in-folio, comprenant des testaments et des contrats de mariage de 4549 à 4524, entre autres celui de Corneille de la Haye y fils de Christophe^ tous deux peintres officiels de Lyon , avec Etiennette Boryan , fille d'André Boryan, capitaine delà Bastille, nudtre-tireur d'armes de la ville de Lyon , se trouve comme égarée au nulieu de ce fonds.
Une autre série de registres recommence avec le 44 février 4696 et s'étend jusqu'au 34 décembre 4702; mais une nouvelle lacune se manifeste dans ce fonds, par suite de la suppression de TofiBce de greffier des insinuations et de la réunion de ses attributions à celles des contrôleurs des actes des notaires.
Ensuite d'one ordonnaace de 4734, la transcription des donations fut de nouveau ordonnée. Les registres à ce affectés sont au complet de 4734 à l'an VII de la République.
Enfin, en vertu d'une ordonnance de 4 748, furent tenus des registres spéciaux pour Tenregistrement des actes et testaments, contenant substitutions ; ils sont tous classés de 4749 à 4793 et renferment de précieux documents sur quelques justices seigneuriales. Tout ce fonds est actuellement en ordre dans le nouveau local des anciennes Archives judiciaires de la Cour.
Il existe un autre recueil de registres très-curieux, mais malheureusement en mauvais état et incomplet, au moins jusqu'à ce jour. Le mauvais état de ceux qui sont conservés fait craindre que les autres n aient été jetés lors du déménagement, en 4835, comme pourris par les eaux pluviales. Ce sont les Papiers du Ray. La sénéchaussée faisait copier sur ces registres toute la correspondance que lui adressait le Boi, les seigneurs de la Cour et le chancelier ; il n*eQ a été retrouvé encore que trois registres et des fragments. Le plus ancien remonte & 4560, sauf la partie du premier registre des insinuations, qui a servi d*abord à cet usage.
Le fonds le plus important qui ait été placé dans le nouveau local est celui des registres des sentences de la Sinichau$sie et du Présidial de 4 500 à 4790. Il comprend un ensemble de sept cents registres.
Quelques protocoles de notaires, comme ceux de Chaliardf de son gendre BenoU de Troney^ de Buyrin, ont été aussi classés, ainsi que quelques testaments
solennels, très-curieaz à consulter , à caase des armoiries des familles.
On comprend que ces fonds ne seront utiles à consulter que lorsqu'ils seront complètement classés. L'inventaire ne peut en être entrepris avant que le triage de toutes ces Archives ne soit terminé au moins fonds par fonds.
Ce triage, si bien commencé par M. Brouchoud, est , mallieureusement , suspendu depuis quelques années. Au lieu de l'aidei; dans sa grande œuvre, on Ta découragé, en lui suscitant de^misérables entraves, et les événements douloureux de ces derniers temps, Tincertitude non moins douloureuse de ravenir, qui paralyse les plus robustes volontés , ont arrêté son élan. Mais j'ai lieu d'espérer quelque peu que son courage renaîtra & l'appel que va lui faire la Cour. La Cour, en effet, sur un rapport que je lui ai soumis le 1 4 novembre, s'est émue de l'état déplorable dans lequel ou laisse nos riches Archives ; une Commis* sion vient d'être nommée pour aviser au moyen le plus prompt et le meilleur pour faire cesser une situation honteuse pour elle, comme Ta écrit M. le premier président Bastard de TEstang, et si désastreuse pour nos Archives. Mais la solution de la question n'est pas sans difficultés, et la Cour ne pourra pas la résoudre seule ; il lui &udra nécessairement le concours de l'administration supérieurcp qui n*est pas désintéressée dans cette question, comme je veux essayer de le démontrer.
Les anciennes Archives judiciaires de la France forment , aux termes des lois, décrets et circulaires ministérielles sur la matière, divers dépôts.
Toutes celles qui dépendaient des juridictions
aysnt eu leur siège à Paris constituent le fonda des grandes Archives naiianaks du palais de Soubise.
Dans les départements, les unes ont été versées aux Archives départementales; les autres sont restées entre les mains des Tribunaux ou Cours qui ont désiré les garder. Je citerai* par exemple, la Cour de Dijon et le Tribunal de Laon : l'inventaire des Archives de ce dernier a m6me été publié sous les auspices du ministère de l'intérieur.
La Cour de Lyon a de même retenu toutes les anciennes Archives judiciaires des tribunaux qui ont siégé avant 4800, soit dans la ville, soit dans la campagne. C'est en vertu des décisions précitées que la clef des anciennes Archives judiciaires avait été remise, en 1791 9 au tribunal de district de la ville par le Conseil général de la Commune de Lyon, qui les avaient, en 1790, placées sous les scellés. Une circulaire du ministre de Tintérieur Garât, en date du 1^' juin 1793, ne fit que confirmer, sur ce point, les premières résolutions du gouvernement. La loi du 5 brumaire an V, qui intervint quelques années après , n'apporta aucune modification aux règles précédemment posées, mais elle dut fixer le sort des anciennes Archives, qui, pour une cause quelconque, ne seraient pas gardées par Fautorité judiciaire placée à la tête de chaque département. Les Archives départementales durent recevoir ces anciens papiers ; mais en 1 859, le département voulut contester à la Cour le droit de demeurer dépositaire des anciennes Archives dont la garde lui avait été confiée en 1 791 . La Cour résista à cette demande, qui consistait, « dans le transfèrement aux Archives départementales de tous les registres, titres et documents constituant le dépAt
d'Archives au Palaia-de-Justice. » M. le premier président en référa à M. le garde des sceaux. La question fut mise à Tétude et tranchée de la manière suivante, par une dépôche de M. le ministre de la jutttice, du 21 mara \ 859 :
a Vous me faites connaître, Monsieur le premier président, que cette collection se divise en deux classes : lune composée dç documents poliiiqnes et administratifs^ l'autre de documents judiciaires. En ce qui concerne les Archives de la première classe, il ne saurait y avoir de difficulté. Je pense, comme vous, que ces documents ne sont point à leur place dans un dépôt conservé par l'autorité judiciaire , et je vous autorise , en conséquence, à les livrer dès à présent à Tautorité administrative contre une valable décharge.
« Quant aux secondes, la question s'est déjà présentée en 1855 , à Dijon, dans les circonstances suivantes : M. le Ministre de Tlntérieur avait cru devoir proposer à mon prédécesseur de transférer aux Archives de la Préfecture de la Côte^'Or un grand nombre de pièces se rattachant à l'ancien Parlement de Bourgogne et déposées au greffe de la Cour impériale de Dijon. Son Excellence reconnaissait alors que cette mesure ne pouvait ôtre réalisée qu'avec l'assentiment de Fautorité judiciaire^ et terminait ainsi sa dépôche : Dans le cas où vous croiriez que les intérôts du service judiciaire exigent le maintien au Palais-de-Justice des papiers dont ib s'agit et où vous ne disposeriez d'aucuns fonds pour en fidre opérer le dépouillement et la mise en ordre méthodique, je serais disposé, si vous le désirez, à faire inviter M. le préfet de la Côte-d'Or à proposer
au Conseil général d'inscrire cette dépense au budget départemental. Consultés sur l'opportunité de la mesure demandée, les chefs de la Cour se sont prononcés très - inergiquement pour le maintien de ces Archives au Palais-de-Justice, et M. le garde des sceaux, s'assoeiant à leurs observations , s'est borné à les transmettre à son collègue le 40 février 1855, en acceptant la proposition qui lui était faite d*une demande de fonds spéciaux pour arriver au classement régulier de ces documents. L'afiaire n'a pas eu de suite. Je pense, Monsieur le premier président, qu'il suffirait de rappeler ce précédent & Tautorité administrative pour qu'elle ninsistât pas, en ce qui concerne ]& partie judiciaire de vos Archives, sur la demande de translation qu'elle vous a adressée. Je vais toutefois écrire à M. le ministre de l'intérieur pour lui demander son avis sur cette nouvelle difficulté, et je vous transmettrai la réponse qui me sera faite par Son Excellence. »
Cette réponse ne tarda pas d'arriver, et le 4 mai suivant, M. le garde des sceaux annonça à M. le premier président que M. le ministre de l'intérieur renonçait à la prétention émise par le préfet du Rhône de s'emparer de nos Archives judiciaires et se contenterait de la partie politique et administrative. En suite de cette réponse, un triage eut lieu et une partie du dépdt de la Cour fut transportée dans les combles de THôtel-de-Ville (1).
(1) Ters la même époque, la Préfecture enleva des Archives do Palais-de-Justiee tout le fonds appelé « la Justice rérolutionaaire de 1793. » La Cour aurait peut-être dû s'y opposer, mais
La situation est donc aujourd'hui nettement dessinée, n est maintenant reconnu et admis que la Cour restera en possession des anciennes Archives
elle voulut, sans doute, indiquer par son silence qu'elle répudiait avec horreur cette justice d'exception, qui ne sut s'inspirer que des haines et des passions politiques, tandis que celle qu'elle exerce, s'appuyant sur la loi , plane toujours calme et inébranlable au-dessus des agitations des peuples parfois en délire.
Ces documents faillirent être volés ou même détruits le 4 septembre 1870 ; ce jour néfaste, une partie des envahisseurs de l'Hôtel-de-Ville essaya, à l'aide de pinces en fer, d'enfoncer la porte du local où ils sont conservés ; mais la porte résista, et on voit encore sur ses montants en pierre la trace des pesées qui y furent exercées.
Plus tard, en 1865, l'administration réclama encore pour ses Archives départementales un grand nombre de titres et de pièces déposées au greffe du tribunal de Viilefranche, pour être jointes au Archives de la Loire ou au greffe du tribunal de Roanne. Ces pièces se composaient, soit de registres de l'état civil de communes situées sur la rive droite de la Loire et ayant fait partie de l'ancien département de Rhôno-et-Loire , soit d'actes émanant d'anciennes juridictions royaUs ou seigneuriales.
Ces pièces se composaient de dix h douze miUe liasses ainsi subdivisées :
1<> Minutes du bailliage royal de 1533 à juin 1771, époque de la suppression du bailliage de Villefranche.
29 Minutes de la sénéchaussée depuis le mois de septembre 1775 jusqu'aux dernières années de l'ancien régime.
3® Minutes de l'Election.
49 Minutes des Justices seigneuriales, châtellenies d'Amplepuis, du Bois-d*Oingt, etc.
5* Minutes des anciens notaires.
6** Registres paroissîauxde l'état civil, antérieurs à 1791 .
Toutes ces pièces étaient en assez mauvais état, couvertes de
judiciaires ; que la magistrature restera dépositaire de ces Archives au lieu et place du département, parce qu*en raison de leur nature, elles ont paru
ponsûôre et portaient des traces d'humidité.
Une correspondance s'engagea encore an sujet de ces nombreux documents et, conformément à la décision déjà prise en 1855, il fat décidé entre les ministres de Tintérieur et de la justice que les actes de l'état civil seraient transférés an tribunal de Roanne et les antres aux Archives départementales du Rhône. Dans les instructions adressées alors par le garde des sceaux au procureur général de Lyon, au sujet du triage à faire, on lit, entre antres, ce qui suit : « Tous voudrez bien rappeler, à cette oecasion* que le triage qu'il s'agit d'opérer doit être fait surtout au point de vue de l'intérêt que les actes à conserver au greffe peuvent encore présenter pour la bonne administration de la justice, et qu'il ne faut pas, en cette matière, se préoccuper exehuivemeni du caractère judiciaire de ces actes. »
En 1861, l'administration départementale du Rhône avait 'réclamé aussi de nombreux titres déposés au greffe de Trévoux et provenant de l'ancienne juridiction seigneuriale de Genay, et documents du Chapitre métropolitain de Lyon. Ces derniers, qui araient déjà fait partie des Archives départementales du Rhône en 1791, en avaient été distraits pour la vente, à Trévoux, de certaines propriétés du Chapitre. Ces documents n'ayant pas été retirés après ces ventes par l'administration, étaient dans le désordre le plus complet, et même le concierge du tribunal avait été condamné par la Cour d'assises, en 1843, pour en avoir vendu une grande quantité et à vil pi^ix. Ce qui restait se com* posait encore d'au moins 30,000 pièces. Dans ces 30,000 pièces étaient surtout comprises celles de la sénéchaussée de Trévoux, créée le 11 janvier 1*772, du siège d'Election qui était du ressort du Parlement de Dyon, en remplacement des bailliages de Thoissey et de Chalamont, et enfin les actes de douze chûtellenies qui, jointes à une partie du Franc-Lyonnais et de la Bresse, ont composé l'arrondissement actuels de Trévoux.
Quant au Chapitre métropolitain de Lyon, il n'avait dans cet
devoir ôtre laissées dans les mains de rautoiité judiciaire ; mais leur séparation du fonds des Archives départementales, proprement dites, n'efface pas leur
arrondissement que la chàtellenie de Genay , et il y rendait la justice tanquam doviinus et non pas tanqt^am cUticus. La justice de Genay appartenait à l'un des membres du Chapitre qui prenait le nom de Seignewr mensionnaire.
Le tribunal de Trévoux aurait pu résister à la demande de remise faite par l'administration, et il pensa, avec raison» qu'il était d'un intérêt bien compris de se dessaisir de ces pièces au profit de l'administration qui avait plus de moyens pour assurer leur classement et leur conservation.
En 1863, l'administration demanda encore la remise de nombreux titres déposés au greffe du tribunal de Montbrison, d'où déjà, en 1861, elle en avait enlevé un certain nombre. Cette première remise comprenait :
1* Un état de tous les fiefo, terres, seigneuries du Forex ;
2* Le Terrier de Rocheblaine d. 1489 ;
30 de la Fouillouse r. 1711 ;
4* — de Néronde r. 1682 ;
5» — de Samt-Victor, f. 1542 ;
6* des registres d'autrefois de défréchissement dans le Forez, plus 868 pièces de foi et hommage, d'aveux, de dénombrements, etc., etc.
La seconde remise comprit des titres concernant la chàtellenie de Chatelneuf, de Maclos, de Montarcher, Morandières, de Bourg-Argental, de La Vaure, de Yernoille, de la Chaize. Tous ces actes furent confiés au département'de la Loire.
Enfin, en 1867, M. le garde des sceaux, sur la réclamation du ministre de l'intérieur, fit remettre encore aux Archives de Bourg, qui les réclamaient, de nombreux titres déposés ao greffe de Belley, de Gex et de Bourg, mais on retint pour les Archives judiciaires un grand nombre de titres concernant l'ancienne maîtrise des eaux et forêts, les provisions d'ofiice de Gex, de la curialité de Greny, et les registres des distributions du grand bailliage de Bresse.
caractère d'Archives départementales ; elles n'en sont qu'une «ecfîm, quoique distraite etisoléey puisque la Cour a le droit de les retenir dans son palais et qu'elle a été maintenue dans ce droit par diverses décisions mimstérielies. Il n'est, dès-lors, pas douteux non plus que, si la Cour venait à renoncer à la acuité dont elle a usé jusqu'à ce jour de garder les anciennes Archives judiciaires de Lyon , c'est aux Archives départementales aies retenir ; mais la rétention de ces Archives par la Cour profite au département, en ce que le budget départemental est déchargé des dépenses que l'installation de ces Archives au Palaisde-Justice lui économise. Toutefois, le département est tenu de faire face à celles qui sont indispensables et nécessaires pour assurer leur mise en ordre et leur conservation. De là aussi cette conséquence : c'est que le jour où la Cour, par une circonstance quelconque, jugerait opportun de se démettre de son mandat de gardienne provisoire des Archives judiciaires, ce sera au département à remplir toutes les obligations que lui impose son titre de propriétaire. Cela posé, naît la question de savoir si la Cour doit conserver cette garde difficile et onéreuse et continuer un mandat qui lui est difficile, impossible même de bien remplir. Si en effet, le greffe de la Cour pouvait avoir les ressources nécessaires pour le paiement du traitement d'un greffier paléographe^ ce serait nécessairement à la Cour à veiller à la bonne manutention des anciennes Archives judiciaires ; mais le budget si mince du Ministère de la justice ne pourra jamais s'imposer cette charge ; dès lors c'est au département à reprendre ce dépôt, à le joindre aux anciennes Archives qu'il possède déjà et à fiure
les frais d'un archi^viste supplémentaire préposé spécialement à la garde des anciennes Archives judi-- Claires atUérieures à 1790. Un département trouve toujours des ressources plus facilement qu'un ministère ; il serait donc d'un intérêt bien compris que la Cour, sans que sa dignité en souffirit, mais faute de ressources suffisantes, invitât le département du Rhône à reprendre ce fardeau trop lourd pour elle et s'en déchargeât^ mais tout en lui conservant son caractère propre d'Archives judiciaires et en les tenant constamment à la disposition de la Comt pour les besoins du service. Toutefois cette invitation ne saurait être faite aciuellement au département qui n'a pour ses Archives civiles qu'un local défectueux, insuffisant et même dangereux. Ce local est dans les vastes combles de l'Hôtel-de-Ville, mais ces combles placés au-dessus des salles des fêtes et traversés par de nombreuses cheminées peuvent devenir, pour la troisième foiSy la proie d'un vaste incendie et être anéantis, en quelques heures, avec tout leur contenu. On ne saurait donc songer actuellement à la réunion des Archives judiciaires aux Archives du département. Mais si, comme je Tespére, et comme je l'ai déjà exposé dans une récente publication, on formait èk Lyon un dépôt exclusivement consacré aux anciennes Archives départementales et aux Archives historiques de la ville, rien n'empêcherait que dans ce vaste dépôt on ne créât une division spéciale sous le nom à' Archives judiciaires. La conservation de cette section sentit ainsi assurée aussi bien que celle des autres sections. On aurait ensuite l'avantage de pouvoir, sous le même toit et sans déplacement, faire des recherches et des études qui embrassent» à
la fois le passé administratif et le passé judiciaire, dans les diverses sections qu'on aurait à consulter.
La réalisation de ce projet serait d'autant plus facile que le département et la ville ont maintenant bien compris l'extrême urgence qu'il y a de déplacer leurs Archives et de leur affecter un bâtiment commun (4), vaste» bien aéré et surtout isolé. Cette nécessité leur étant enfin bien démontrée, ils pourraient se concerter, réunir leurs efforts et leurs res sources et faire, à frais communs, un dépôt généra
(1) En 185-i, alors qu'on restaurait TlIôtel-de-Ville pour y recevoir le préfet-maire, M. le sénateur Vaïsse avait eu la bonne pensée de réunir les anciennes Archives judiciaires aux Archives départementales, et il se proposait d'agrandir dans les combles de ce palais le local nouveau destiné aux Archives départemen-taies; mais alofs la Cour, mal inspirée, manifesta le désir de conserver ses anciennes Archives, malgré le garde des sceaux et le ministre de l'intérieur qui étaient d'accord pour faire faire celte réunion : malheureusement, il ne se présenta pas alors un inspecteur général de Paris pour insister auprès de la Cour, laquelle en formulant son refus, ignorait peut-être totalement le fîcheux état dans lequel se trouvaient déjà ses Archives,— état qui n'a Haut qu'empirer depuis cette époque déjà lointaine, car vingt années se sont écoulées depuis lors, et en vingt ans que de dégâts, la poussière, les vers et la pluie n'ont-ils pas commis dans ce triste dépôt !!!
Ce n'est que lorsque toutes les sections des anciennes archives (Upartementales et judiciaires seront réunies sous le même toit qu*on saura réellement en quoi consiste ce legs du passé, c'est donc mensongèrement que l'inventaire en cours de publication porte le titre d'ancienne» Arehivest car cet inventaire ne concerne que les titres politiques et administratifs qui ne sont qu'une partie des anciens titres, tandis que les archives judiciaires ont une importance égale à celle des pièces conservées aux Archives du département et ne figurent en rien sur cet inventaire.
d'Archives, comme les notaires, livrés à leurs seules ressources, ont eu déjà Theureuse pensée de créer, pour leurs actes^ un vaste conservatoire à la montée du Gourguillon. De mon côté, je ne négligerai rien pour amener cette heureuse solution , et dès à présent j'agirai, soit près du département, soit auprès de la ville. En attendant, la Cour, justement émue du déplorable état de ses Archives s'en est préoccupée aussi avec une vive et louable sollicitude. Elle a pris toutes les mesures nécessaires pour que le dépôt confié à sa garde soit, sans retard, aménagé d'une façon plus convenable. M. Tarchitecte du département, sur la demande de M. le premier Président, a déjà fait dresser de vastes rayonnages sur lesquels seront placés tous les titres et actes depuis 4790 jusqu'à nos jours, après avoir été classés et inventoriés. Ensuite dès le retour de la belle saison, on agrandira les cinq fenêtres de la grande salle où sont les Archives antérieures à 1790, et cette partie si importante de ce dépôt recevra aussi un classement provisoire. De son côté, M. Brouchoud, va continuer le travail qu'il a déjà si bien commencé dans la partie des Archives, placée dans un autre local du palais, et l'on peut espérer que nos Archives judiciaires seront, avant bientôt, dans un état satisfaisant.
CHAPITBE TROISIÈME.
ABCHITBS B0SPITALIÉBB5
Premiire Partie. — HAtel-Blea.
oesqu'bn 1 838, M. le docteur Potton publiait, dans Lyon ancien et moderne, sa remarquable notice sur VAumâne générale, aujourd'hui VBos~ pice de la Charité, il s'exprimait ainsi, avec justesse, sur la bienfeisance lyonnaise :
? « Une vertu , entre toutes, , semble, depuis plusieurs siè- I clés, le glorieux apanage du 1 caractère lyonnais.Cette vertu * c'est la charité qui, de temps immémorial, a laissé parmi nous d'éclatantes manifestations. EQe se trouve exprimée à chaque pas par des actes de générosité, des usages pieux, des établissements utiles, et des fondations de bienfaisance. i> En effet, aussi loin qu'on remonte dans l'histoire de notre ville, on voit le riche compatir toujours à la misère et aux souffivnces du pauvre et du malade, — il fonde des maisons et des chapelles où le pain et l'aumdne sont journellement distribués iDx nécessiteux, et élève des hoepices où sont recueillis les malades pauvres de la ville ou les voyageurs passants ;
les uns et les autres, quelle que soit leur origine ou leur nationalité, reçoivent un secours ou des soins s*ils sont atteints de maladies. Les plus repoussantes môme de ces affections si fréquentes au moyen &ge sont également lobjet de la sollicitude des recteurs de nos hospices. La ctiarité et la pitié n'ont jamais connu de bornes à Lyon.
Elles se sont exercées dès les temps les plus anciens, et le P. Bullioud avance dans son Lugdunum sacro-prophanum que dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, on fonda, principalement aux portes de la viUe, des hospices pour les malades et les nécessiteux étrangers. De quel côté que se présentât le malheureux malade (fébricitant) ou le voyageur pauvre, ou le pèlerin épuisé par un long trajet, il était certain de trouver, en entrant dans notre ville hospitalière, des remèdes pour sa maladie, du pain pour satisfaire sa faim (4) et un lit pour se reposer.
Sidoine en parle dans sqn livre VI, dans sa 42^ lettre à saint Patient; on peut croire même que ce saint prélat avait fondé ou réédifîé plusieurs de ces hospices : « Elecmosinarium ad portas institutionem. »
(I) Lorsque rœnvre de TAumône générale fat fondée» en 1533, le grand Hôtel-Diea cessa ses distributions aux nécessiteux et les recteurs de TAumône s'en chargèrent. « Tous les dimanches, avant la messe, de six à sept heures du matin, dix recteurs, dans cinq bureaux, faisaient aux ouvriers malheureux la distribution du pain et de Targent. Ils accordaient aux passagers pauvres un secours proportionnera leurs besoins; ils les faisaient ensuite accompagner par des bedeaux et conduire hors la ville, avec défense expresse d'y rentrer. (l'ittmosne générale, par le D' Potton, p. 10).
Ces hospices étaient de diverse nature ; toutes les misères humaines y trouvaient un soulagement. La charité lyonnaise avait voulu aller au devant de toutes les souffrances. Il y avait :
Le Xenodochiumj l'hôpital des pèlerins ;
Le Nosocamium^ l'hôpital des malades ;
Le Orphanairaphium, Thôpital des enfants orphelins ;
Le Plochotrophiumy l'hôpital des pauvres ;
Le GerarUoconiumn l'hôpital des vieillards ;
Le Brephotrophium^ l'hôpital des fous et des enfants.
L'un de ces hospices était situé à la porte de Trion (Triomphatus), au quartier de Saint-Just, l'une des principales entrées de l'ancien Lyon ; car il n'est pas à supposer que dans les premières années de la domination de la Gaule par les Romains, il y eût eu, au sud, une autre entrée, ni qu'on eût jeté un pont sur le Rhône. Il convenait, en effet, à la sûreté de la colonie naisssante de Lyon, d'être à l'ahri des incursions des AUobroges par la protection d'un fleuve rapide et profond comme le Rhône. C'était à Vienne que l'on passait ce grand et dangereux cours d'eau sur un pont fixe, et c'est par cette ville que Ton venait de Rome à la métropole des Gaules ; pour cela, on suivait la grande voie qui aboutissait à Saint- Jost et dont on voit encore des traces depuis Givors jusqu'à Lyon. La porte de Trion était ornée probablement d'un de ces arcs sous lesquels se plaisaient à passer les consuls ou les empereurs, au retour de quelque gprande victoire et qui rappelaient leurs triomphes.
Voici en quels termes parie le P. BuiUoud de Thos-
pice de Trion: « Ad portam, dit cet aateur, Triumphi vel Triumphatus , vulgô Trion , in suburbio SS. Justo etirenei, fuit hospitale Beu'Xenodochiom, cujus iastitutionem dici vestigatum adhuc reperit nemo. A civibus depredatam fuisse apparet anno 1270, extractatu de bellis et indiciis, régnante Bege Philippe. Illius antiquissimi hospitalis sacellum et domus cum horto aiunt dicatum Sancto Sebastiano (4 ) . » Cet hospice aurait donc eu une origine des plus anciennes (antiquissimam) et sa destruction daterait de 4270. M. Breghot du Lut, dans son Dietionnaire des rues et des places de Lyon (Lyon, 1838, p. 42), lui a consacré quelques lignes : « La côte ou montée Saint-Sébastien, dit cet auteur, tire son nom d'une chapelle sous le vocable de saint Sébastien^ laquelle dépendait d'une ancienne recluserie placée au sommet de la colline. On voyait du temps de Gabriel Siméoni, sur la colline Saint-Sébastien, dans une vigne dite Ossera, les restes d'un thé&tre antique qui avait déjà disparu du temps de Spon. ■ Mais cet hospice paraît avoir été relevé de ses ruines et réédifié sous le vocable de Saini-MicheL On lit, en effet, dans un rapport des recteurs du grand Hôtel-Dieu, au Consulat, en 1661 : « L'usage de bailler Taumosne et de retirer les pauvres pasants, et pèlerins nécessiteux, se pratiquait autrefois, en un logement proche la porte de Trion^ hors la porte Saint-
(1) La chapelle Saint-Sébaatien existait encore en 1648: elle figure alors sous la mention suivante dans le PouiUé général de l'archevêché de Lyon, comme l'un des bénéfices de cet archevêché : chapelle Saint-Sébastien, reclnsiôre.
Just, et qui a esté ruiné pendant les troubles de 1562. »
Ce fut un horrible moment. Ecoutons le récit qu'en fit un témoin oculaire dans l'enquête et information que prescrivit Charles IX pour faire constater les dévastations commises alors a par ceux de la religion prétendue réformée : « Au mois de mai. Tan 1562, estant la ville de Lyon et le bourg Saint-Just prins, les chanoines et habitants de TEglise furent contraints d'abandonner leur dite égUse, cloistres, maison. Garnison fut mise de la compagnie d'un nommé d'Estranges, laquelle de plusieurs mal vivants, pilla et saccagea les maisons dudit bourg, et les pauvres dudit fauxbourg ont été ruynés, leurs maisons démolies ; les cloches, les bois des bastiments, les tuiles, ferrements, tailles emportés, et au moyen de ce, les pauvres habitants dudit bourg sont allez demeurer ailleurs, une bonne partie d'iceux morts de pauvreté ou misérablement tuez et massacrez. »
L'hospice de Saint-Sébastien ou Saint-Michel est indiqué sur le grand plan anonyme de Lyon , du XVI* siècle. Il y figure comme situé en dedans de la porte de Trion, et sous le nom d'hôpital Saint- Just. C'était un modeste bâtiment, composé de trois parties, auquel touchait une petite chapelle bien humble, surmontée d'un campanile et d'une croix.
Hotpiee de Vttisa.
A l'extrémité opposée de la ville, se rencontrait aussi un autre hospice, près de la porte de Vaise, non loin de Pierre-Scise. a Ad portam Petrse incisœ,
vulgo de Vaise, dit encore le P. Bullioud, diximus fuisse eieemosinarium et hospitale, non longé a mo« numento duorum amantiom (4), quod fuit olim juridictionis capituli. Traditum quod ejusmodi hospitale fuit ad constructionem parochialis ecdesiiB Sancti- Pétri de Vaise, anno 4 369, autoritate archiepiscopi et capituli. »
On est fondé à penser que cet hospice fiit créé en 4349. Mais, en 4492, .lorsque les Cordeliers de rObservance voulurent fonder, à Lyon, une maison de leur ordre ramené à la sévérité de la règle réformée par saint François d'Assise, ils achetèrent cet hospice. C'était un vieil hôpital dépendant du Chapitre de Saint-Paul, mais on n'y donnait plus l'hospitalité. Une lettre patente de Charles VIII, en date
(1) En 1787, il s'éleva, dans le quartier, des plaintes m sujet des embarras que causait sur la voie publique, au milieu de laquelle il était assis, le tombeau des Deux Amanti, « qui est un monument antique et grossier élevé en forme d'autel, entre les deux portes de Lyon et de Vaise. » Le Consulat fit alors faire des études sur la valeur historique de ce monument, dont l'origine était restée jusqu'alors « un problème, malgré les recherches des gens de lettres. » Le Consulat donna ensuite l'ordre d'en opérer prochainement la démolition, « pour le faire rétablir, aux frais de la ville, dans la place qui est auprès de l'endroit où il est à présent, et de le faire creuser jusqu'au fond do la fondation pour découvrir, s'il est possible» quelque inscription ou quelque témoignage de son origine. »
On décida aussi « qu'afin que le public et la postérité soient toujours informez du lieu où estoit cette antiquité, il en sera fait mention sur une table de marbre qui sera posée contre le mur des dames religieuses de Sainte-ElisabeÂ, pour y estre conservée à perpétuité, et qu'il sera posé une antre inscription dans le même lieu pour expliquer les raisons et T utilité de ce changement. » (BB. 267, rég.)
du 30 avril 4492, enjoignit à Claude Lecharron, son procureur en la sénéchaussée de Lyon, de traiter promptement avec les propriétaires des terrains sur lesquels devait être établie la nouvelle maison. Le vieil hôpital fut ensuite démoli, par suite de la suppression qui en avait été prononcée, la môme année, par une bulle d'Alexandre VI ; le terrain fut estimé 1,500 livres tournois. Le 8 décembre suivant, on commença les démolitions.
Hospice Saint-André et Saint-Antoine.
Dans les temps primitifs, il se rencontrait aussi un hospice près de la porte Ghalamon, non loin du port du Temple (4). Le P. BuUioud le cite de la manière suivante :
« Ad portam Chalamon^ seu Tenipli portuum suburbio olim, nunc autem an Vico mercatorio (rue Mercière) fuit hospitale insigne quod vulgô contractarium vocabant, sive aliunde contractis egentibus, ab segris membris contractis illic degentibus, dicatmn fuit in honorem Sancti Andreœ. Quodque hospitale in do-
(1) Ce port avait retenu le nom de port du Temple, à cause du temple que les chevaliers de cet ordre possédèrent en ce lien jusqu'à leur suppression par le concile de Vienne, en 1311. Leurs biens furent remis aux chevaliers de Tordre de Saint- Jean de Jérusalem. Les comtes de Savoie s'entendirent avec ces derniers et installèrent leur palais dans Tancien temple, et Aroé VIII de Savoie le céda aux religieux Gélestins qui en firent leur couvent. Les chevaliers de Malte s'établirent k Saint-Georges et en firent une commanderie. C'était primitivemenl un couvent de religieuses, sous le titre de Sainte-Eulalie.
mum et hospitale sancii Anioniiy anno 1279, intravit.» La porte Chalamon avait été ainsi appelée d*un riche bourgeois de ce nom qui vivait au xni* siècle. Quant à rhospice, il était sous le vocable de Saint- André. On est fondé à croire qu'il fut créé très-anciennement, et qu'il reçut ensuite le nom de la Contractoire (1), & cause des estropiés qu'on j recevait aob segris membris contractis, » et fut réuni à Thospice Saint-Antoine, qui en était voisin.
En <279, l'archevêque Aymar (2), du consente-
(1) Cette maison était autrefois an hôpital destiné aux personnes estropiées par le rétrécissement de leurs nerfs, sorte de maladie populaire de ce temps-là ; c'est pourquoi on l'appelait domus eonPr<ictoria a contractùme nervorum, (Ciapasson, p. 00.)
(2) Aymar de RoussilloUt archevêque de Lyon. L'hôpital Saint-Antoine avait son entrée principale sur le quai de la Saône, qui a retenu le nom de cet hospice ; une autre entrée existait dans la rue Mercière. Cette rue» dit Ciapasson, était des plus longues et des plus marchandes de la ville ; c'était particulièrement la rue des libraires et des imprimeurs, parmi lesquels Lyon a la gloire de compter, entre autres, Sébastien Gryphe, à qui Conrad Gessner disait, en lui adressant le deuxième livre de ses Pandectes : « Innumeris, optimis libris, optima fide percussis, summaqae diligentia, elegantiaque procussis, maximam tibi gloriam peperisti. »
En 1637, les religieux de Saint-Antoine négligèrent d'as* sister les malades comme ils s'y étaient engagés en 1S79, et voulurent changer l'emplacement de leur ancienne maison. Un arrêt du Parlement les rappela à l'observation de leur devoir ; mais, en 1644, un arrêt du Conseil les autorisa à reconstruire « les bâtiments de la nouvelle Commaiiderie de Saint-Antoine, à la charge par eux de laisser sur la porte et entrée principale de la Gommanderie les marques de ladite Commanderie, et de satisfûre aux charges de leur fondation pour la retraite et nourriture des pauvres malades. »
ment du Chapitre de SaintJean, remit au maître de l'hôpital de Saint-Antoine de Vienne ^ l'église de Saint-André, Thôpital et le cimetière en dépendant, appelés de la Contracteriez avec les maisons et fonds y attachés, situés tant dans la ville de Lyon qu en tout autre lieu, à la condition principale de recevoir tous les malades atteints des maladies dites de saint An-toine et de saint André, la gangrène et la paralysie ; mais les hospitaliers ne remplirent pas leurs engagements, et l'Hôtel-Dieu de Lyon dut leur intenter un procès.
Isaac Lefèvre a consacré aussi quelques lignes à cet hospice, a En remontant, dit-il, le long de la Saône, contre le pont et tout le long de la rivière. Ton trouve le couvent et l'église de Saint-Ânthoine, qui furent donnés aux religieux de cet ordre, en l'année 4269, par messieurs de TEglise de Lyon. Et auparavant, en ce môme lieu, qui s'appelait la maison de la Conîracteriej il y avoit une chapelle et hôpital dédiés à saint André. »
Dans le Fouillé de l'archevêché de Lyon, de 1648, l'hôpital Saint-Antoine est porté aussi comme Tun des hénéfices de cet archevêché, avec un revenu de 2,500 livres; mais le patronage en était resté àl'ahbé de Saint-Antoine de Vienne.
D'après Talmanach de 4778 , Tordre de Saint- Antoine, établi, en 4095, par Gaston et Guerin, qui
La Révolation a renversé la Gommanderie et son église...
C'est une double perte pour les panvres et ponr les arts et
elle a oonstmit à leur place de laides et étroites maisons» tandis que cette Gommanderie et son église formaient Ton des pins beaux ornements dn principal quai de la Saône.
consacrèrent leur bien et leurs personnes au service des pauvres malades attaqués du mal dit de saint Antoine, fut approuvé parle pape Urbain IL En 1 3t 8, Honoré III Térigea en ordre religieux hospitalier. — Cet ordre eut pour chef un Grand-MaUre^^ jusqu'en 4297, temps auquel Boni&ce VIII transforma la maison magistrale supérieure en abbaye de chef-d'ordre et déclara les frères chanoines réguliers. Cet ordre subit une réforme sous les auspices de Louis XIII, en \ 634, qui abolit la jouissance privée et indépendante, et cette nouvelle règle subsista jusqu'en 4768. Les défenses qui lui avaient été faites de recevoir des novices et d'admettre des étrangers ayant contribué à son dépérissement, il se vit dans la nécessité d'opter entre son extinction ou sa sécularisation ou réunion à un autre ordre.. L'ordre de Malte étant de tous les ordres religieux celui avec lequel les Antonins avaient le plus d'analogie, l'un et l'autre accédèrent à cette réunion, par acte passé à Paris, le 45 avril 4775. Cet acte fut confirmé par lettres-patentes et par deux bulles du pape Pie VI, en date des 47 décembre 4776 et 7 mai 4777.
La Commanderie de Saint-Antoine de Lyon fut fondée en 4 298 — ou avant. — Etablie d'abord au quartier SaintrOeorges , elle fut transférée ensuite dans le lieu qu'elle occupa sur le quai Saint-Antoine. Cette Commanderie fut cédée, en 4469, par l'archevêque de Lyon, avec toutes ses maisons et dépendances, au maître de ThOpital Saint-Antoine du diocèse de Viennois, à la charge d'observer dans ledit hôpital l'hospitalité envers les pauvres atteints du mal dit de saint Antoine. Elle a été possédée ensuite par Tabbé de Saint-Antoine, dans la jouissance de
laqueOe ledit abbé fut maintenu par sentences du <5 septembre 4563. Le 28 février 4i74, Louis XI avait accordé des privilèges aux religieux , entre autres, « celui de tenir, en ville et autres lieux que bon leur semblera 9 telle quantité de pourceaux qu'ils pourront nourrir, portant la clochette et enseigne de Saint-Antoine. » (Ârch.de Saint-Georges).
En 4656, la maison de Saint-Antoine était considérée comme « l'un des ornements de la ville ; » elle comptait 46 religieux, sous la direction du révérend P. BÎBudle. (Arch. de Saint*Georges.)
D'après le Fouillé de rarchevdché de Lyon, de 4 648, il 7 avait « à côté de Thospice Saint-Antoine une église et un noviciat des frères de Tordre de saint Antoine. »
L'église et le couvent de Saint-Antoine furent entièrement reconstruits au xvn" siècle. Le couvent n'avait rien de remarquable, mais Tégliae, quoique petite, était, au dire de Clapasson, une des plus jolies de la ville. Mimerel fut chargé des travaux d'après des plans envoyés de Rome, mais il fut l'auteur du portail qui ne répondait en rien au bon goût du reste non plus que les autres ouvrages d'architecture qu'il a conduits.
La décoration intérieure de l'église était très-bien entendue ; elle était ornée de pilastres corinthiens portant un entablement; ces pilastreâ régnaient entre trois arcades sous lesquelles on avait établi trois chapelles de chaque cOté; ces chapelles étaient éclairées par de grandes fenêtres, placées au-dessus des autels, ce qui répandait une grande clarté dans tout l'édifice. La grande tribune du fond qui servait de chœur aux religieux était très-bien ménagée,de même que les
petites tribunesau-dessus des chapelles. Les tableaux qui ornaient l'église étaient des œuvres de mérite. L'histoire de Joseph était peinte dans le grand cloître. Le rétable du grand autel formait une œuvre capitale par ses dorures, ses marbres; il se composait de deux rangs de piédestaux de marbres de diverses couleurs, portant deux grandes statues de saint Athanase et de saint Augustin. Ces statues étaient adossées contre des montants ou pilastres terminés, au lien de chapiteaux, par des espèces d'enroulements en gatne qui soutenaient l'entablement qui était de marbre ainsi que tes pilastres. A cOté de ces statues s'élevaient de grands palmiers dorés accompagnés de groupes d'anges, dans les nuées, quî'servaient à rempUr les vides d'une manière aussi nouvelle que gracieuse. L'intervalle du milieu était occupé par un tableau cintré représentant l'apparition de Notre-Seigneur à saint Antoine. Il était enfoncé à&m une gorge de marbre brun enrichie de divers ornements; enfin qaatre grandes consoles dorées terminaient cette œuvre remarquable : ces consoles se réunissaient dans le haut et avaient pour couronnement une figure d'ange élevée sur des nuées. Cet ange tenait en sea maina le taf de saint Antoine. Le tabernacle ne le cédait en rien an reste, il avait la forme d'un tombeau porté par quatre consoles sur les extrémités desquelles étaient assis les évangélistes. Deux anges en adoration accompagnaient avec gloire rayonnante qui s'élevait audessus d'u tombeau et servait de niche pour l'exposition du Saint -Sacrement. Le
de marbre porter et coavert sur le devant d'un coffre de Tautel était aussi très-remarquable ; il était excellent bas-relief de marbre blanc. Ce splendide monument était l'œuvre de Marc Chabry, sculpteur et peintre, né en 4660, à Barbentane, ou à Lyon, suivant d'autres, mort le i août 4726. Cet artiste remarquable était aussi l'auteur du grand tableau du mattre-autel et de deux autres posés sur les côtés ; son coloris laissait cependant à désirer.
Hospice Saint-Jean.
BuUioud cite ensuite un petit hospice qui se rencontrait près de la porte Saint-Georges.
« Ad portam Sancti Oeorgii fuit hospitale in honorem Sancti - Joannis quod perstitum , anno circa 4 482, quo magister Claudius de la Boche, nota^ nus publicus, tanquam Rector illius admimstrationem remittit scabinis Lugduni ex uniendum majori Xenodochio, anno 4 482 et tabulis hospitalis. »
En 4525, le Cionsulat vendit cet hospice qui était tombé en ruines ; on ne pouvait plus en tirer aucun
revenu. (Dagier, Bist. de rHôtel'lHeUy p. 76).
L'hospice SaintnJean était situé à côté de l'église Saint-Georges. {Idem, p. 62.)
Hospice Saint-Thomas.
En 4 582, existait aussi un petit hospice du nom de de Saint-Thomas; il fut alors acheté par la ville. {Idem.)
Cet hospice portait aussi le nom de Saint-Thomas de Gadagne, sans doute & cause de la célèbre fa-
mUle de Gadagne qui aura été sa bienfaitrice. On y a plusieurs fois transporté les pestiférés.
Hôpital da la Platlère
Les veuves pauvres et infirmes avaient été aussi Tobjet de la charité de nos pères. De simples particuliers leur avaient ouvert un asile.
« Fuit et extra urbem nunc in vico Mercatorio juxta Plateam B. Virginis confortantis hospitale destinatum viduis infirmis pauperisque feminis. Qnodquidem fiindatum reperitur a domino Joanne Dodieu et illius soror Isabella circa annum 1525. Cujus hospitalis directionem per instrumentum anno 458i. Scabinis remittunt omnimodô dominus Claudius Dodieu, episcopus rhedonnensis et nobilis Claudius et Andréas Dodieu, canonici Sancti Justi et hieredes Joannes et Isabella ; et tabulis Xenodochii de quibus épitaphum (4).
L'église de la Platiëre, située sur la place actuelle de ce nom dérivé du latin Platea (place), fut élevée par Leydrade, et devint une paroisse et un prieuré sous le vocable de Notre-Dame de la PUUière. Ce prieuré était un bénéfice de rarchevéché.
En 1080, cette église fut cédée aux religieux de Saint-Ruf, par Gibuinus, archevêque de Lyon ; cette donation fut approuvée par Hugues, son successeur, en 1092.
(1) En 1550, cet hospice est loué au prix annuel de 80 titres (ircAtref de la Charité»)
Cette église s appelait primitivement Notre-Damedu-Bois, à cause des arbres qui Fentouraient et elle était située alors hors la ville ; en 4 200, on y ajouta un monastère avec le titre de prieuré. La ville s'étant agrandie, Téglise devint paroissiale. Les religieux de Saint-Ruf étaient des chanoines réguliers.
Plus tard, on fonda un autre hospice pour les veuves. Cet hospice était situé près de Notre-Dame* de-Confort. V Aumône générale j établit une partie de ses pensionnaires, lors de sa fondation, en 4533.
Hospioe Salni-Alban.
Nos archevêques voulurent avoir un hospice, mdme à côté de leur palais, et fondèrent celui de Saint- Âlban situé à côté de la porte du cloître de Saint- Jean. La date de sa fondation est encore inconnue et elle se révélera peut-ôtre quand enfin on aura eu le temps de classer les Archives religieiises de Lyon, disséminées malheureusement aux Archives départementales et à TArchevôché. Il est possible d'admettre cependant que l'hospice Saint -Alban eut saint Sacerdos pour fondateur.
« Ad portam claustri Lugdunenis Sancii Joannis fuit et hospitale cum sacello in honore Sancti Albani olim archiespicopi lugdunensis vel Albani martyris et sociorum ejus, etc... In vico dicto olim le palais nunc autem trium Mariarum, etc. Custos Sancti Crucis tenetur illic tenebras celebrare. »
Le Fouillé de l'archevêché de Lyon , de 1 648 , cite la chapelle Saint -Alban comme un bénéfice de la Primatiale et la désigne ainsi « paroisse ou chapeUe
de Sainct*Âlban, sous le titre de Becluserie, Tarchevôque, patron. »
Cet établissement était situé, d'après le plan du P. Menestrier, en face de la porte nord du cloître de SaintJean et bordait la rue Porte-Froc. Il touchait aussi à la maison du Boy ou palais de Roanne, siège de la justice royale à Lyon. Saint-Âlban et le palais de Roanne durent être démolis entièrement, lorsqu'on construisit le Palais-de-Justice actuel.
L'almanach de Lyon, de 4744, dit : « C'était une recluserie d'hommes, convertie en chapelle dépen* dante du palais de Roanne, cependant il y avait une chapeUe particulière dans l'intérieur de la prison de Roanne sous le vocable de Notre-Dame*de-Pitié. Celle de Saint-Âlban était réservée peut-être aux ma^strats. »
Hospice de la Sannerle.
Ce petit hospice, dont l'origine nous est encore inconnue, doit être regardé comme Tun des plus anciens de Lyon. Il était situé presque contre Téglise Saint-Paul^ dans une rue parallèle à la Saône appetée la Saonerie ou Saunerie et qui a formé en partie les quais de la Saône, lorsqu'on démolit successivement la longue ligne de maisons qui bordaient la rivière et descendaient même jusque dans son lit. Cette longue ligne n'était interrompue que de distance en distance, et dans ces intervalles exislaient de petits ports, où venaient aborder les bateaux qui amenaient des marchandises.
Cet hospice se composait d'une maison et d'une
chapelle. — Cette dernière était sous le vocable de Notre-Dame. Dans un titre de la Collé^ale de Saint-Paul de 1250, elle est appelée : <c ecclesia Beatœ Mariœ de Gtanatena, » et dans d'autres postérieurs : <( Sainte-Marie de la Saunerie. »
Les Archives de Saint-Paul ne renferment que peu de titres concernant cet hospice. D'après ces monuments, il était une obéance de Saint-Paul, en 4109. En 1193, intervient un jugement de Hugues, évêque de Grenoble, entre le chapitre de Saint-Paul et les clercs (confrères) de l'hospice a au sujet des troubles exercés par les dits clercs dans les statuts de l'église Saint-Paul, soit pour les matines, la célébration des messes, les visites des malades. » Ce jugement est confirmé par Jean, archevêque de Lyon.
En 4197, le doyen de TEglise de Lyon] ratifia la donation faite par Raymond, archevêque de Lyon, de Téglise et hospice de Sainte-Marie à Téglise Saint- Pàul. Cette donation est approuvée par les papes Honoré , Grégoire et Innocent, puis, par le pape Julien en 1480, et en 1486, par Sixte-Quint.
A ce moment, Thospice est appelé « haspitium Beaiœ Mariœ cfe gbânateria ; mais, d'où lui venait ce nom? — Il est à supposer que cette appellation lui vint d'un magasin h blé qu'il fut autorisé à construire, car on lit dans un acte de 1 250, que le Procureur de l'hôpital concéda à « la confrérie du Saint-Esprit , qui se tenait dans ledit hôpital, une place située derrière cet hospice pour y construire un magasin' à grains. » « Quandam plateam sitam retrô dictum hospitale seu ecclesiam ejusdem loci, in cimeteria inter cameriam dicti hospitalis et domum qu» fuit quandam Ârrivati , ut possent edificare granerium
et domum ad usub de confirateriœ. » Cette conceasion est confirmée, en 4458, par une sentence de rojficialité. qui maintient cependant le chapitre de Saint-Paul dans la jouissance de la place et du cimetière de la Saunerie, avec défense de Vy troubler et de construire sur ce cimetière.
En 1494, Tarchevéque fait défense de célébrer la messe dans l'église de la Saunerie, a si on n'est pas un habitué de Saint-Paul. »
L'hospice et son église venaient d'être reconstruits en 1477. Les vicaires-généraux avaient permis, le 9 décembre de cette année, « aux confrères du Saint- £sprit,de transférer Thospice de Ste-Marie, dit delà Saunerie et'de le bfttir dans la partie de la maison joignant Téglise Saint-Paul, donnée par Marguerite Bayet. » Cet hospice avait des propriétés consistant en maisons situées à Lyon, et en domaines à Chaussagne, Montluel, la Guillotière, Saint-Didier etEcuUy. Ses Terriers vont de 1 390 à 1 648. Cet hospice fat démoli, lorsqu'on 1661 on construisit le fori Dauphin. (Arch. de Saint-Paul.)
Hospice da Salnt^Lanrant^ea-Vigiies ou da la Quarantalna.
La charité publique à Lyon n'oublia pas non plus les malades atteints de cette terrible a&ction qu'on a appelée la peste et qui , pendant le moyen-ftge, a exercé si souvent de si cruels ravages dans nos villes, comme dans les campagnes ; cette maladie étant éminemment contagieuse, il fut indispensable d'isoler les malheureux qui en étaient atteints et de les
relégfaer dans des hospices loin des centres des populations. C'est ainsi que prirent naissance les hospices de Saint-Laurent*des-Vignes , de Flambeau , de Talayeis , de TArbresle et dans d'autres localités situées aux environs de Lyon.
Le premier, sous le vocable de Saint-Laurent, était situé au bas des vignes dont était couvert le coteau de Sainte-Foy, au bord de la Saône , à la suite du quartier Saint-Georges et à une certaine distance de la porte de ce nom. Cet hospice était appelé aussi la QuararUaine, parce qu'on y soumettait à une quarantaine plus ou moins longue les individus et les marchandises provenant de pays infectés. La date de son origine ne nous est pas encore connue, mais doit être conservée dans les Archives de l'Hôtel-Dieu, dont rinventaire n'est même pasencore commencé (1 ].
En 4476, d'après un titre des Archives de THOtel- Dieu, o Jacques Cailles et Marguerite Balarine, sa femme, qui avaient acquis cet hôpital, tant du prieur de Saint-Irénée que de M. de Murard , en font la remise aux consuls, en leur qualité d'administrateurs
(1) On admettait primitivement les pestiférés à THôtel-Dieu, mais en 1496, le Roi le défendît, et on fit choix dn terrain de Saint-Laorent-des-Vignes pour y constmire un hôpital destiné aux personnes atteintes de maladies contagieuses. (Ârch. de la Tîile, BB. 23). A ce moment de nomhreux étrangers, € mtltdes de la grosse veyrole, ladres et autres pauvres malades contagieux, » s*étaient introduits dans la ville. Le Roi ordonna également leur expulsion, fldêmj.
L'hôpital de Saint-Laurent-des-Vignes était alimenté par les eaux de la fontaine dite de Choulans. fidemj, en 1506, intervint une transaction entre le Consulat et Antoine do Vulpio an sqet des eaux de Choulans (BB. 25).
de Taumosnerie. » On daît combien la peste fit souvent de cruels ravages à Lyon. En 4 598 , entre autres , tous les malades atteints de la contagion furent transférés à Saint-Laurent. Les notaires, appelés par les malades pour recevoir leurs dernières volontés, y étaient amenés dans des bateaux qui stationnaient sur la rivière pendant que leurs clients leur dictaient leurs dernières volontés du haut des galeries ouvertes qui régnaient devant cet hospice. En 4628, cet hôpital ne suffit plus aux malades. On dut construire pour eux des cabanes au lieu dit la Fleur-de-Lys.
Une chapelle était attenante à cet hospice ; elle fut reconstruite par la célèbre fistmille de Gadagne en 4 ?34. Non loin de Y Hôtel-Dieu de SaifU-Lauteni^^Ies- Vignes^ et sur la hauteur , se rencontrait une autre chapelle, sous le vocable de Saint-Boch* élevée, aux frais de la ville, dans un moment où la peste sévissait crueUement & Lyon. (4). En exécution d'un
(1) Après la peste de 1628-1629, cette chapelle était desservie par les Minimes.
De simples habitants se vouaient aussi au service des malades ; ainsi, j'ai rencontré aux Arphives de la ville, à La date de 1458, une c requête de Claude Vite, barbier et chirurgien de la ville, que, comme chascun sect» ait corru et régné grande morlellité d'impidesmie depuis la saint Jehan, et pour espécial surpovres gens qui se sont retraits es hospitaux et illecques soufiroyent beaucoup pour ce qu'ils n'avoient mege ne barbier qui se voqlisse tenir par devers euls , ce que voyant, ledit Glaude méu de pitié, servit les povres le mieux qu'il peut pour l'espace de quatre mois, comme aussi à l'autre mortellité qui fut en Tan 1461. »
Sur les bords de la Saône, non loin de l'ancien arsenal, se trouvait l'église paroissiale, sous le vocable de Saint-Michel •
vœu fisdt par la ville, le Consulat et tous les corps constitués 8*y rendaient chaque année en pèlerinage le premier vendredi après Pâques. Au xvn® siècle, Simon Maupin fut chargé de sa reconstruction.
En 4514 9 rhospice Saint-Laurent manquait de ressources, et on fit une qu6te générale pour subvenir aux dépenses du traitement des pestiférés. Les plus grandes précautions furent alors prises pour empêcher le développement de la contagion ; on ^ut « abattre les tentes des maisons de la ville pour ce qu'elles retiennent et estoupent Tair, et défense fut fidte aux barbiers de jeter leurs eaux dans la rue. » L'argent manquait souvent à Saint-Laurent-des- Vignes, et, en 4513 encore, on dut prescrire aux courriers de toutes les confréries de Lyon de livrer les deniers de leurs boîtes à Thospice Saint-Laurent, dont les ressources étaient épuisées.La viUe était alors envahie par une quantité de a maraulx et égissiens (Egyptiens) expulsés de Paris, à cause de la peste qui y sévissait. Le Consulat ordonna « de les chasser impitoyablement » et.de faire sortir aussi les pestiférés qui s'étaient réfugiés sur les remparts, depuis la porte de la Lanterne jusqu'au Rhône. Le Consulat dut aussi prescrire aux curés de toutes les paroisses de fidre creuser des fosses dans leurs cimetières pour
fondée, dit-on. an vu* siècle. En 1666, elle tombait en raines. Le ConsQlat alloua 3,000 livres pour sa restauration. La chapelle da Saint-Esprit du Pont-da-Rhùne en dépendait. En 1690, le serviee enrial et paroissial de cette église fut transféré à Téglise d*Ainay ; on la démolit peu d'années après. Les chanoines et les chanoinesses de Saint-Michel viraient, sans clôture, dans des DaîaoDS parlîciilières.
y inhumer les pestiférés, qu'il avait fietllu porter jusqu'alors, à grands frais, à Saint-Laurent-des-Vig^es. Par an édit du Boi du 3 août 4 764, portant que les vagabonds errants et mendiants de toute espèce seraient arrêtés et renfermés dans des dépôts qui seraient établis & cet effet dans chaque province, la maison de la Quarantaine fut choisie pour former le dépôt de mendicité de la Généralité de Lyon.
Hospice de la liadeleine.
La Guillotière ne formant pas, au moyen-ftge, une agglomération considérable de population , on y avait élevé aussi un hospice consacré spécialement pour les pestiférés en temps d'épidémie, et habituellement aux lépreux, alors aussi très-nombreux. Cet hospice et sa chapelle, sous le vocable de la Mi^eleine, était situé sur la route de Vienne ; il tombait en ruines à la fin du xvii® siècle ; néanmoins, en 4630, on put y loger encore les soldats pestiférés, de passage à Lyon, que le grand Hôtel-Dieu ne voulut pas admettre dans ses salles, et le Roi donna 2,000 livres pour leur traitement. Les Archives de THôtel-Dieu renferment de nombreux documents sur cet hospice, qui portait aussi le nom de la Maladrerie. La ville donnait 7 sols par semaine pour le traitement de chaque lépreux. Ces malheureux se mariaient même entre eux ; ainsi on trouve dans les comptes de la ville « qu'on fit sortir de la Maladrerie la veuve de Pierre Librat, parce qu'elle s'était remariée avec un malade de Bourgoing. » La chapelle de la Madeleine
était une annexe de la paroisse Saint-Michel, près d'Ainay.
Dans le même faubourg de la Guillotière se rencontrait une autre petite Maiadrerie dite de Saint- Lazare avec une chapelle bâtie en 1203 par Tarchevdque de Lyon, Reinaud II, et destinée aux lépreux.
En vertu d'un arrôt du Conseil d'Etat, du 4 3 juillet i 696, les Maladreries de Vaise, de la GuiUotiëre et les hôpitaux de Briguais, Flambeau, Thaluyers et de l'Arbreale sont réunis.à THôtel-Dieu.
Pénitents de Saint-Charles.
Lors des ravages de la dernière peste, il se forma à Lyon une association confirmée par une bulle du Pape, du 7 juillet 4682. En 1735, ces pénitents se construisirent une chapelle qui était située au bout de la me de la Charité, vers les remparts.
Hospice de Balmont.
Cet hospice, situé sur la commune d'Ecully, était à la chaige de la ville, qui l'avait établi pour tenir les lépreux loin des habitations et dans une localité où le grand air vivifiant de la campagne était favorable aux malades. Chaque lépreux recevait 7 sols par semaine pour son entretien.
En 1533 , les recteurs de l'Aumône générale visitent la maison et permettent à un homme sain de quêter par la vUle, pour les malades, les dimanches,
mardis et vendredis, « avec un âne«pour Tentretènement de leur petit couvent et hospital, mesmement de leur chapelle, en laquelle repose Corpus CAmIt, où il y a luminaire bardent jour et nuyt, où il font dire une messe toutes les semaines par le curé de Veyse (Vaise) et son vicaire, où il y a l'eau benoiste et le pain benoist. »
En 1 501 , on avait fait défense aux ladres des léproseries de la Madeleine et de Balmont d'entrer dans la ville tant que le Roi y séjournerait.
Hospice Salnt-Eloy.
Cet bospice, avec cbapelle, était dans le quartier de Saint-Paul et dépendait de cette collégiale. Il dut être démoli pour céder sa place à une gprande maison où fut installé le bureau de la grande Douane. Cet bospice est mentionné dans les actes consulaires, et on y voit qu'en 1496, la ville « ordonna le maintien de l'bospital de Saint-Eloy, qui sera pourvu d'une inscription rappelant qu^il est destiné aux pauvres et orné de quelques petites peinctures, selon le cas (4). »
Près de cet bospice se trouvait Tbôtellerie du Porcelet dans laquelle périrent, en 4 543, plusieurs gentilsbommes bourguignons et un grand nombre de marchands, par l'effondrement des planchers. Le
(1) L'hospice Saint-Eloy étailtenu, dans Torigine, de recevoir, comme Thôpital de Saint-Antoine» les malades atteints de la maladie appelée deSaint-Àntoine,
P. Paillot a fait le récit de cette lagubre catastrophe, en ces termes, dans non Histoire généalogique des comies de Chamilly :
<K Jacques Bouton, chevalier, baron de Saint- Burry, venait d'estre nommé panetier ordinaire du roy; pourvu de cette charge, il pensa prendre alliance qui lui causa perte de la vie ; car, estant en fiançaille,il fut en la ville de Lyon pour y acheter les joyaux et habits nuptiaux de sa future épouse, accompagné de Claude de Bauffremont, fils du baron de Sennecey, et^e Philibertde Sercy, fils de Claude de ViUars.
« Ils logèrent en une hostellerie oii pendoit, pour enseigne, un porcelet. Au moment d'y prendre leur repos, à l'heure de minuit, couchés tous trois, par gaillardise, dans un môme lit. pendant que l'un d'eux lisoit un livre de vers françois, par la lecture duquel ils se divertissoient, le plancher de dessus leur chambre tomba sur eux> et, enfonçant celui ^ qui soutenoit leur Ut, ils furent accablez sous ce faix, et tout firacassés et rompus, ils trouvèrent la mort au milieu de leur joie. »
Hospice Salnta-CSatberine.
Nous arrivons maintenant à un autre hospice bien longtemps en renom dans notre ville, et qui portait le nom de Sainte-Catherine. « Tout au bas de la montée du Griffon, — dit Isaac Lefebvre, — est Téglise ou plustôt Thospital Sainte-Catherine, où sont à présent les pauvres filles orphelines de la ville,et fut construit en l'année 4200, hors les murs
de la ville au faabourg de Seine, mais maintenant est bien avant dans la ville. »
Avant Isaac Lefebvre, le P. Bullioud avait consacré aussi quelques lignes à cet hospice.
f( Pupillis et orphanis Lugdunensibus providere visum est civibus Lugdunensibus et Scabinis. Itaque fîliabus parentibus orbatis destitutisque auxilio quinetiam summa cura decretum est. Diximus supra in suburbio , ante portam Sancti Marcelli fuisse eleemosinarium seu Xenodochium in bonorem sanctSB Catharinœ qaod probatur ex litteris Francisa primi régis anno 452|. Itaque, circa annum Christi 4200, hospitalis illud sublata porta sancti Marcelli destinatum fuisse educandis puellis orphanis probababilissimum est. Quibus prœter victum et vestitutum magistra assignata est publicis imperiis ad illarum instructionem, tam in pietate quam in lanificio et aliis operibus. Postea vero ut videbimus ex hac domo in domum novam Charitatis translata sunt. »
Comme on le voit par cette citation, la maison de Sainte-<]!atherine, après avoir été un hospice, devint plus tard un asile pour les jeunes filles orphelines et abandonnées. Le P. Bullioud croit qu'elle fut fondée en 4 200. M. Breghot du Lut, dans son Dictionnaire des rues et places de Lyon^ se borne à dire qu'elle existait au xv* siècle (4). L'Hôtel-Dieu, pourfavori-
(1) La grande et la petite rue Sainte-Catherine sont an quartier des Terreaux. Ce nom lear vient d'un couvent ou hôpital qui, dans le xv* siècle, existait sur la place Seuve-^ei-Cartna. et dont réglise était sous le vocahle de Sainte-Catherine. La me Sainte-Catherine s'appelait aussi, dans le xvi* siècle, rue de la Fontaine ; c'est ainsi que la nomme Paradin. Inscript^ Àntiq-
ser l'œuvre de V Aumône générale ou de la Charité, fondée en 1 533, céda & cette dernière les bâtiments de Sainte-Catherine (1). L'ÂumCne générale fît alors construire, sur un terrain qui joignait Thospice Sainte-Catherine, des bâtiments dans lesquels'elle plaça ses Archives. En outre, elle éleva sur le même emplacement, deux prisons destinées à la répression de la mendicité, à renfermer les [pauvres, jusqu'à ce que le Conseil de l'œuvre eût statué sur leur sort. L*ancien hospice fut réservé tout entier pour les orphelines de Sainte-Catherine. Lorsqu'une*de ces jeunes filles était recherchée en mariage, elle devait demander et obtenir le consentement des* Recteurs, qui prenaient aussitôt les informations les plus exactes sur le parti qui s'était offert. S'il était agréé, ils présidaient eux-mêmes à la cérémonie comme tuteurs, et constituaient à la jeune fille ime dot de
à la suite de ses Mim. de VEieU de Lyon, p. 418. c Cette pièce rompue, dit-il, se voit en la me de la Fontaine, près du monastère des religieuses de Saint-Dominique, qu^on nomme l'Hermitage. > (Dict des rues de Lyon, Breghot du Lut, p. 119.) 0) Bulle du Pape, Sixte IV, de juin 1480 , approuvant la remise faite par Tabbé et couvent du monastère de Sainte-Catherine de U Ghassagne, ordre de Saint-Benoit, au diocèse de Lyon, aux consuls de Lyon, de l'hôpital du pont du Rhône, ou il a Toulu que le Saint-Sacrement fôt tovgours consenré et les autres sacrements de pénitence administrés aux malades, sans permission de l'ordinaire du lieu, ni du sacristain et chapitre de SaintrNixier, exemptant de U juridiction ordinaire, primatiale et autres ledit hôpital qu'il a soumis immédiatement et nço en sa protection et du Saint-Siège. {"Àrehivee de Saint- PamL Inventaire.J
50 livres tournoiâ (I). Mais cette maison cessa d'être un orphelinat lorsque les bâtiments élevés à Bellecour, pourTœuvrede T Aumône générale ou Charité, furent terminés. Les filles pensionnaires de Sainte- Catherine furent transférées dans ces nouveaux bfttimentsle 21 mars 1629, et les petits garçons qui étaient à l'hospice de la Chana les y suivirent le 1 4 août 1636. A Sainte-Catherine, on avait établi aussi l'un des cinq bureaux qui, en 1533, avaient distribué les premiers secours donnés par l'Aumône générale.
En 1 547, Etienne Advisard, prêtre, curé d'Utrecht, est recteur et fermier de l'hôpital Sainte-Catherine. A ce moment et même déjà en 1530, cet hospice, d'après une bulle apostolique , était régi par les Conseillers de ville. Il y avait une maîtresse d'école pour enseigner les orpheUnes que Ton y mettait en apprentissage.
Nos Archives sont remplies de documents intéressants sur rhospice Sainte-Catherine, et il serait à désirer qu'un homme de science les recueillit tous
(1) Sous la sarveillance paternelle des Recteurs de rAomône, les enfants retirés à Sainte-Catherine et à la Ghana apprenaient à lire et à écrire; parvenos à un certain âge, ils étaient libres de choisir un état, une profession, suivant leur gré. {L'ÀumÔM générale, par le D' Potton, p. 10.)
D'après un règlement de 1614, les enfants n'étaient pas reçus à Sainte-Cathenne avant Tâge de sept ans. Jusqu'à cet kge, ils éuient élevés à Thôpital du Pont du Rhône. (Dagier, Hisi- de l'Hôpital géri'frah p. 223, t. I,)
En 1580, la chapelle de Thôpilal Sainte-Catherine du Val est cédée à Sylvio Reynou, bourgeois, à titre précaire, pour y faire enseigner an peuple la doctrine chrétienne.
pour écrire une histoire complète de ce grand établissement. Je n*en ai recueilli que quelques-uns, au hasard, çà et là, que je vais reproduire, mais sans avoir la prétention de faire une histoire de cet hospice. Ainsi, je vois qu*en 1 555, les Recteurs de TAumône générale , qui ont charge des enfants ( fiQles et garçons), élevés à Sainte-Catherine et à la Chana, « achètent deux pourceaux, chascun de quatre livres, pour faire meilleur bouitaige aux hospices de Sainte- Catherine et delà Chana. » Gouin Bergeret, couturier, reçoit 20 sols « pour les cottes confectionnées pour les filles de Sainte-Catherine, et pour des bonnets du Puy^ » ^ On achète « iO aulnes de nanh'j; pour les filles, 40 aulnes de toile rousse pour chemines, » et on paie « 167 livres pour les vestements des en&nts adoptifs. » — Pendant le carême, la chair est bien maigre ; on achète cent merluches au prix de 8 livres; — une caque de harengs, 18 livres ; — 200 livres de pruneaux, i livres ; — 40 livres de fromage de Milan; — une botte d'huile d'olive du poids de 1 47 livres.
Le 26 novembre 1627, les filles furent transférées à l'hôpital de la Charité, qui venait d'être achevé. L'on fit un règlement par lequel, entre autres choses, il est dit qu'elles seront logées « au bâtiment que MM. les échevins ont fait édifier, et au bfttiment que MM. les drapiers ont aussi fait construire. -* Un de MM. les Recteurs fut chargé de leur direction et elles eurent un prêtre, comme elles Tavaient eu à Sainte-Catherine, pour célébrer la messe, faire le catéchisme, la confession, etc.... »
Les enfants assistés par la charité publique o n tujours été des plus nombreux à Lyon.
Ce fait s'explique par cette circonstance que notre ville ayant été surtout une ville manufisuîturière et de commerce, Touvrier s'est trouvé souvent réduit, par des chômages forcés, à la plus extrême misère.
Aux Archives de la Charité se rencontre la note suivante, à la date de 4 787 :
Etat des enfants au-dessous de Tâge de sept m$ à la charge de l'hôpital général de la Charité, le ^' janvier 4786 3,978
Réception de l'année 4786 4,672
Total . . . 6,660 Enfants au-dessus de Tftge de 7 ans . 2,983
Total . . . 8,633 Nombre des individus de la maison. . 644
Total . . . 9,274 Enfants placés en apprentissage en ville :
82 Chanals
67 Catherines - ^
20 Thérèses
22 petits garçons .
Total oàNEBAL . . . 9,474
Ce nombre était énorme relativement à celui de la population de la ville, qui n'a pris de véritable développement que vers le milieu du siècle dernier.
Maison des Filles repenties.
La maison de Sainte-Catherine, comme on vient de le voir, était réservée spécialement aux jeunes
filles orphelines ou pauvres, et dont la moralité ne laissait rien à désirer. — Quant aux jeunes personnes vicieuses et aux femmes de mauvaise vie, la charité lyonnaise ne les oublia pas, non plus, car sa prévoyance et sa bonté s'étendent à tout. Elle ouvrit donc une maison aux filles repenties (4 ) où elles pouvaient revenir au bien, et créa, en même temps, une maison de préservation dans laquelle étaient reçues des filles et des femmes qui pouvaient être un danger pour la morale et la santé publique (2).^
liaison de la Providenee.
En 47079 on fonda la maison pour les /Ules repenties. — Elles y étaient reçues de 8 à 20 ans. Cette maison, coimue sous le nom d'hôpital de la Providence, avait été autorisée par Lettres patentes
(1) En 1657, Antoine de Neuf ville, abbé de Saint^ost, nevea et TÎcaire général de TarcheTêque de Lyon, obtint Taalornation de fonder une maison dite des Filles repenties, et plaça cette maison sons la direction des rcligieases de la Visitation de Marie,
En 1663, le Consulat alloua 500 livres pour contribuer à la construction d'un bâtiment affecté à l'infirmerie de cette maison.
(2) Cette maison était située dans la rue Saint-Joseph. On y recevait surtout les jeunes filles de famille déréglées. Elles étaient tenues de fournir une dot, en entrant.
A côté de cette maison, les mêmes fondateurs établirent une wuHson de Redmee pour y enfermer les femmes et les filles de manraise rie. Elle était sous Tautorité du gouvernement de Lyon. La ville fit agrandir cette maison, et y joignit une prison
de 4716. Elle était située montée Saint-Barthélémy, vis-à-vis les BécoUets. En 4736, le Consulat dota la Providence d'une rente de 200 livres pour la dédommager d'un reculement de ses bfttiments pour la construction d'une chapelle. En 4740, le Ck>nsulat lui accorda un secours annuel de 4 ,000 livres et 4 ,000 livres pour achat de linge.
La maison de la Providence, sise montée Saint- Barthélémy, possédait une petite chapelle. Diverses personnes pieuses et le Consulat contribuèrent à son édification. Clapasson a consacré les quelques lignes suivantes à cette maison :
a Cet établissement est destiné à élever de jeunes filles auxquelles leurs parents, d'une conduite suspecte, peuvent donner de mauvais exemples. Le nouveau bâtiment contient une chapelle, une salle d'assemblée, des parloirs. On a fait aussi des réparations dans Tancienne maison et dans les jardins pour avoir de Teau plus abondante. Les divers embellissements de l'entrée de la chapelle, du retable de Tautel, du pavé du sanctuaire et de la tribune ont été &its sur les dessins de Delamonce, et exécutés par Chabri fils. — Vemansal a peint tous les tableaux qu'on y voit. Ce bâtiment était anciennement la maison paternelle des Villars, et Ton y voit encore
pour les femmes qui livraient les jeunes filles à la prostitution.
Chaque fille couchait isolément dans une cellule. Cette maison fut agrandie en 1791. Les détenues y demeuraient deux ans la première fois, et trois ans la seconde. £lle était dirigée parles sœurs de Saint-Joseph et par un bureau de personnes laïques et religieuses.
leurs armes en plusieurs endroits. Lyon se glorifie, avec raison, d'avoir été le berceau de cette illustre famille. Elle se divisa en deux branches vers le milieu du xvi* siècle. La branche aînée s'éteignit au commencement du xvii*. Le maréchal de ViUars, mort à Turin en 1733, a mis le comble à l'élévation de sa maison. La France n'oubliera jamais ce qu'elle doit à ce grand homme ; il fut son salut dans ces temps où l'Etat était accablé par des revers continuels. Seul, il sut reprendre Tascendant sur la fortune, ranimer le courage de nos soldats abattus, et ménager une paix avantageuse par une suite de succès aussi glorieux qu'inespérés. »
Maison des Reolases.
L'hospice des Recluses était destiné aux femmes de mauvaise vie, dont la liberté compromettait la santé ou la moralité publique. Cet hospice était pour moitié à la charge de T Hôtel-Dieu et de la ville. D'après l'almanach de 4 775, cette maison doit son origine au zèle de personnes charitables du xvii* siècle ; les Lettres patentes autorisant sa fondation ont été enregistrées au Parlement de Paris le 7 septembre 4 725. Les bâtiments d'abord fort exigus ont été ensuite agrandis. Pour mieux isoler les filles les plus perverses de celles qui l'étaient moins, on les isolait la nuit dans des cellules. En 4794, on compléta ces cellules, et les nouveaux bfttiments commencés depuis 40 ans ont été achevés. En 4793, cette maison servit de prison. Des prêtres y furent égorgés. . .
De nos jours, des personnes pieuses ont eu aussi pitié des jeunes filles perverties et leur ont ouvert un asile.
Reflige de Salnt-Miehel,
Rué'des Macchahéest 4S^S,
Cette maison est destinée & l'éducation des jeunes filles perverties. Reconnue par décret de 4844 (20 janvier), elle est dirigée par des sœurs de l'ordre de Notrd-Dame-de-la-Charité.
Plus tard, il se forma encore à Lyon une nouvelle maison charitable pour les jeunes filles honnêtes, et dont je vais parler.
Providence de 8alnt-Vlneent-de-Paiil.
Cette institution, connue sous le nom i'Œuon des Messieurs^ remonte à 4775, et doit son origine à une société de souscripteurs qui compte dans son sein les noms les plus honorables de la ville. Elle est dirigée par des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, et consacrée aux jeunes fiUes indigentes, et qui y sont reçues depuis Tftge de sept ans jusqu'à dix. Outra Tinstruction primaire qu'on leur donne, eUes font l'apprentissage d'une profession, et reçoivent, à leur sortie^ à 20 ans, un trousseau convenable et une somme de 4 00 francs.
L'almanach de Lyon de 4742 cite les ScBurs de la CharUéy appelées vulgairement les sœurs de la
3ât
Marmite, et qui dépendaient de la congrégation dont la maison-mère était à Saint-Lazare-les-Paris.
Ces religieuses étaient établies dans trois paroisses : 40 Dans celle d'Âinay, rue neuve de la Charité ; 2^ Dans celle de Saint-Paul, rue du Bourg-Neuf, et 3^ dans celle de Saint-Pierre-le-Vieux» rue de la Trinité. Leur mission était de secourir les pauvres honteux, de servir les malades pauvres, d'iostruire les jeunes filles pauvres,][de^leur apprendre & travailler.
En 4776, on trouve encore deux autres maisons de ce genre dans la paroisse d'Ainay ; Tune dans la rue de la Charité, l'autre dans la rue d'Auvergne. Le Consulat favorisa ces maisons, et leur donna son appui en 4744 et en 4746. En 1736, il créa en leur faveur une rente de 200 livres ; le 20 août il leur alloua 4^000 livres par an tant qu'elles subsisteront, et 4 ,000 livres pour acheter du linge.
Stabllssament des Charlottes.
La charité a été de tous les temps, à Lyon, môme dans les plus troublés et les plus douloureux. En 4793, alors que la Convention bombardait et incendiait sans pitié, avec un hideux acharnement, nos hôpitaux, et écrasait et brûlait les pauvres malades dûs leurs lits, une pauvre et modeste jeune fiUe, Charlotte Dupin s'inspirait du dévoûment de saint Vincent de Paul. Emue du triste sort des prison-* niers, elle s'associa à plusieurs jeunes et pieuses femmes pour porter des secours, des aliments et des consolations aux détenues. Bientôt après, elles fon-
dërent une maison qui est agrégée aujourd'hui à la congrégation de Saint-Joseph, et qui est située rue de Bourbon, 23. Pour soutenir leur œuvre, elles s'adjoignent de pauvres jeunes ouvrières de la ville qui consacrent le dimanche à cette tftche pénible. Une centaine d'enfants de prisonniers, sans asile, sont élevés par les soins des Charlottes dans cette communauté.
Hospice des Convalescentes.
Cette bonne œuvre est toute moderne aussi, et a eue en vue également les jeunes filles pauvres convalescentes, qui sortent de Thôpital, guéries, mais avant d'avoir pu recouvrer entièrement leurs forces, et qui se trouvent sans appui et sans travail. Cette utile institution date de 4 845 seulement. Elle existait à Paris depuis longtemps. Le nombre des convalescentes recueillies et soignées dans la maison est au moins, chaque année, d'une centaine. Elle a cédé son premier établissement aux Sœurs de Bon-Secours qui l'occupent actuellement.
C'est sous ce dernier titre, qu'en 4835, se réunirent ec communauté neuf personnes, dans l'intention de servir les malades à domicile. En 1845, leur nombre s'élevait déjà à 46. Il n'a fait que progresser depuis lors.
liaison des Incurables.
Mais si la charité publique ne délaissait pas les pauvres malades, ni les nécessiteux, ni les pèlerins
dans le besoin, elle assistait aussi les incurables que THôtel-Dieu ne pouvait pas recevoir. Au siècle dernier, des dames venues du Puy en Veley formant une congrégation sous le vocable de Saint- Joseph, s'établirent h Lyon dans la rue des Quatre- Cbapeaux, dans la paroisse de Saint-Nizier. Leur congrégation était régulière parce que ces Dames prononçaient des vœux simples, et séculière, parce qu'elles se répandaient dans la population. Elles attribuaient leur fondation à la baronne de Chantai. De nos jours, les incurables n'ontpas été oubliées non plus et plusieurs maisons leur ont été ouvertes :
Dames da Calvaire, J?tte du Ju^ge-de-Paix, Si.
Asile pour les pauvres femmes incurables et les veuves délaissées.
ProTldenoe des Infirmes de Sainte-Elisabeth,
Rue de la Claire, 9,
Asile ouvert aux jeunes ailles incurables qui ne peuvent se livrer à une occupation un peu pénible, dirigé par les sœurs de Saint-Joseph. Je citerai aussi d'autres maisons :
Il s*est fondé aussi, en 4819, par les soins d'une dame. Madame Adélaïde Perrin, une maison non moins utile, celle des incurables, dans la paroisse d'Ainay.
Providence des CSonvalescenteB,
Maison aise Montée Sainê'Barthélemy, tS, et Montée des
Chazottes, V.
Dans Fancien couvent des Carmélites. Sœurs de Sai nte-Marthe.
Sourds et Muets,
Montée de Balmont et route de Chamhéry.
Asile des sourds-muets adultes qui ne peuvent subvenir à leur existence, autorisé par décret de 4859.
Religieuses de Marie-Thérèse,
Montée du Chemin-neuf.
Enseignement et providence pour les jeunes filles.
Providence Caille.
Montée des Anges, i4.
Education des petits garçons pauvres et orphelins.
Orphelinat de Notre-Dame de Fonrvières, Sœurs de Saint-Joseph.
Ces religieuses ont leur maison rue du Juge^e- PaiXf 4 , et se consacrent au soulagement des malades et à l'enseignement.
Hospice de la Ghana.
Cet hospice était un ancien prieuré désigné dans les vieux titres sous le nom de Prioratus Bealœ Mariœ Canaliufn, H tirait son nom d'un ancien canal qui existait au bas de la montée dite de la Chôma, au quartier de Bourgneuf. J'ai rencontré aux Archives de la Charité, sur ce prieuré, la note suivante sans date et sans signature ; je la reproduis à cause de l'intérêt qu'elle présente. « L'hôpital des enfants orphelins, dont on ne voit pas l'origine dans les titres de la Charité, est un établissement trèsancien à Lyon. Il paraît qu'au commencement du xv« siècle, les enfants étaient logés dans une maison aujourd'hui près de la chapelle de la Chanal, que MM. les recteurs, qui étaient alors au nombre de huit, tenaient à loyer du Chapitre de Saint-Paul. Il y avait dans cet hôpital un maître d'école pour instruire les enfants que Ton mettait ensuite en apprentissage, lorsqu'ils étaient en âge d'apprendre un métier. » (1)
La Chanal était alors une obéance du chapitre de Saint-Paul ; le nombre des enfants augmentant toujours, on pria le chamarier et les chanoines
(1) Cet hoepiee fût d'abord, daprès un titre de la Collégiale de Saint-Panl, un couTent sons le nom de Sainte-Marie de RMot et habité par des religieuses Aagostines.
An XT* siècle, rarchevèque de Talam y plaça des Bénédictaines que le cardinal de Boorbon sapprima en 1495.
Lonqne le cbq»itre Saint-Paul sapprima Thôpital de Saint- Eloy, il le vendif et fit bâtir on autre petit hospice sous le vocable de Saint-Martin-de-la-Chana.
de Téglise collégiale « de céder une salle haulte, jardin et vergier et tout le reste du domaine du dit hôpital Saint-Martin-de-la-Chanal , pour dresser en icelle salle haulte, 1 2 lits pour coucher un nombre des dits enfants qui estoient par trop pressés et jusques à coucher sept en ung lit, en dangier de tomber en maladie et engendrer quelque pestillence au dit hospital, ce que les dits chamarier et chanoines n'ont voulu accorder, sinon à la charge de les récompenser ailleurs enproprietez, jusques à la somme de 22 livres de revenu annuel. »
L'hospice de l'Aumône ne pouvant céder ses biens, trois de ses recteurs se rendent garants du bail de cette salle haute.
L'abbé du monastère de Saint-Paul est plus généreux, — il donne 20 habillements complets pour les en&nts. Ces enfants avaient un maître qui leur donnait des leçons. Il y avait aussi un sous maître. On trouve dans la comptabilité, entre autres, le paiement à François Vial « après que les recteurs ont été duement advertis de ses sens, prudhommie et idonéité, en qualité de sous-maître à la Chana, pour y instruire et diriger les enfants, aux gages de 44 livres par an. »
Les enfants étaient mis en apprentissage. Quelques-uns aussi entraient en religion. En 1559, le procureur du couvent de Notre-Dame de Confort, demande, comme novices, six enfants de la Chana. Le Procureur et deux recteurs « élurent les enfants parmi ceux qu'ils reconnurent être de dévotion, pour se rendre en religion. » Le Bureau donne a 40 livres tournois^ au couvent, pour leur faire un habit. « Il donne aussi Tordre de ne plus « confier un enfant
mftle aux Portugallais, « et des filles^ que lorsqu'on « se sera enquis de leur prudhommie. » Quant elles se conduisaient mal, on les soumettait à la touri et à la discipline. » (Arch. de la Ville.)
La misère était grande parfois à la Chana. — En 4553| on peut cependant acheter de Thuile pour éclairer les enfants de la Chana « qui n^ont aucune lumière, au soir, pour voir, manger, se coucher, de laquelle en sera distribué ,tant pour potaige que pour lumière . »
Chaque en&nt recevait une ration d'une livre de viande par semaine. Le boucher de la maison était choisi par Tarchevôque. — Quand les finances de la maison étaient peu riches, on donnait aux enfants de la soupe au lard ; quand ils étaient malades, on les transportait à T Hôtel-Dieu, mais souvent ils y étaient mal soignés, — et j'ai trouvé « des remontrances faites au Bureau, sur ce que l'on mène les enfants de Sainte-Catherine et de la Chana à l'Hostel-Dieu, et que Ton les retourne plus malades que quand ils y vont, et à leur retour, ils ne retrouvent plus les habitz qu'ils portoient. » En conséquence , on donna l'ordre de faire disposer « une chambre en chacun des dits hôpitaux, que l'on appellera infirmme, ob seront faicts six lits pour coucher, en chacong, une personne seulement, pour obvier que les en£Bmts ne prennent mal Tung de l'autre. »
MM. du Chapitre de Saint-Paul firent ensuite don des bfttiment et chapelle qui servaient aux enfants adoptifs que MM. les recteurs firent réparer en 4553. Cet hôpital a subsisté jusqu'au 34 février 1630. On transféra alors, « sous le bon plaisir de MM. du Chapitre de Saint-Paul, tous les enfiints qui étaient à \fk Chana, dans le corps de logis des bftti-
ments de cet hospice actuel destiné à cet effet. » M. Murard, trésorier de France, donna, le 43 janvier 4636, 1 ,000 livres pour la réunion de cet hôpital de la Ghana à celui de la Charité. Isaac Lefèvre a consacré aussi quelques lignes à cet hospice :
a En allant contre Pierre-Scize, rue Boui^euf, était la chapelle ou prieuré de Saint-Martin appelé la Ghana (4), en 4627, à cause de la fontaine qui en était voisine et en sortait. Ge prieuré fut fondé par Messire Jean de Talaru, cardinal et archevêque de Lyon, qui y mit des religieuses de Tordre de Saint- Benoit, lesquelles furent supprimées par quelques considérations par le cardinal Gharles de Bourbon qui donna remplacement à MM. du Chapitre de Saint-Paul, pour Tentretien des en&nts de chœur.
(1) La Chana ou la Ghana! était une obédiance de la collégiale de Saint-Paal. Ses anciens titres existent encore en partie, avec lear inventaire» aux Archives du département, et ne sont malhenrensement pas encore inventoriés.
J*ai pu cependant, en les compulsant, m*assurer qae les règlements du prieuré de la Chanal étaient de 1374 et 1996.
L'union de ce prieuré au Chapitre de Saint-Paul eut lieu en 1482. En 1495, on y fonda un hospice dont radministration appartenait au Chapitre de Saint-Paul. La même année, le roi déclara que les sommes que le Chapitre lui avait prêtées seraient remboursées et employées à la construction de l'Aoi» pice de la Chana. En 1503, il intervint entre le Consulat et les chanoines une transaction au sujet de radministration de la Chana et celui de Saint-Eloy.
Les religieuses qui possédaient primitivement ce prieuré, avaient des biens à Lyon et dans la campagne, à Quîncieu, Anse, Lucenay, Misérieux et Riverieux.
11 existe encore des terriers de ces domaines de 1366, 1375, 1416, 1459, 1570, 1586, 1682.
En 4&66, les membres du Chapitre, voulant aider à rétablissement de l'Aumône générale, donnèrent le prieuré à la ville pour qu'il servit de retraite aux orphelins de Lyon, assistés par l'Aumône générale. » Les enfants adoptés par cette grande œuvre n'étaient pas traités de la même façon. On établit entre ces pauvres enfants^ des distinctions fondées sur leur naissance. On ne traitait pas de la môme façon les petits garçons adoptifs dits de la Chana et les enfants illégitimes venus de l'Hôtel-Dieu ou délaissés dans la ville^ nommés petits-passants ^ les Catherines ou fiUes adoptives et les Thirèses ou filles bâtardes, et les petites "passantes. Malgré toutes précautions prises, plusieurs épidémies vinrent exercer de cruels ravages dans l'hospice de la Chana comme dans celui de Sainte-Catherine, et plus d'une fois l'Administration, entre autres en 4582, de triste mémoire, dut faire évacuer ces hospices et les mettre à la campagne à l'abri de la contagion. Les petits garçons de la Chana quittèrent définitivement cette maison le 21 mars 4649, jour où ils entrèrent dans les bâtiments de la Charité construits depuis quelque temps.
Hugues Athiaud, par son testament du 4 4 septembre 4592, fonda une place de religieux chez les PP. Ifinimes de Lyon, et une place de prêtre perpétuel en l'église Sainte-Croix, a voulant que ces deux places soient occupées par les enfants de l'hôpital de la Chana. » Les recteurs de l'Aumône générale furent chargés de nourrir et entretenir six enfants de la Chana pour les faire étudier, pendant cinq ans, au collège des Jésuites ; « ces enfimts doivent être vêtus d'an drap tanné, sans ceinture et porter un bonnet
earré. En 4735, on donna aux Minimes 450 livres pour contribuer aux firais de prise d'habit des enfants de la Ghana. Ces religieux avaient déjà reçu de Hugues Âthiaud, pour cette fondation, une rente de 625 livres. Ces enfants étaient appelés au collège les enfants Aihiaud. »
En 4639, les recteurs avaient ordonné « que tous les ans les garçons de la Chana et les filles de Sainte-Catherine seront conduits processionnellement à l'égliseNotre-Dame de Fourvièrespour mettre rhospice de la Charité sous sa protection ; « où, étant arrivé, on offirira à la chapelle sept cierges d une livre à l'honneur des sept joyes de la très-sainte Vierge. Cette procession aura lieu, chaque année, le mercredi après la quinzaine de Pâques. »
La fondation de Hugues Athiaud, sieur de Lissieu, eut un motif qu'il est bon de rappeler et qui est peu connu, n est dit dans cet acte qu'après « avoir humblement remercié Dieu de toutes les grftces qu'il luy a plu luy élargir, depuis l'heure de sa nativité ju&ques à présent, 8 may 4592, mais particulièrement de celles qu'il luy fist le jour de Toussaints dernier, qu'il plust à sa bonté luy ouvrir le moyen et luy donner la force de se délivrer d'une haute tour, du chasteau de Marcigny, en Charollois, en laquelle il estoit misérablement détenu par certains voleurs, lesquels ayant petardé et pillé son chasteau de Lissieu, la nuyt du jeudi, 2i* jour du mois d'octobre précédent, l'enlevèrent et menèrent, lié et garrotté, les yeux bandés, premièrement, en une maison sise près Mouson, appartenant à la Tour-Coarcenay, dont il fut enlevé trois jours après, et conduict, en mesme état, au dict chasteau de Marcigny, lors possédé par
les dict la Tour ; recognoissant qn en ceste évasion il a été inspiré, soustenu et conduict de Dieu et ses anges, sans i^assistance desquels il luy estoit impossible de se redimer seul d'une prison si haulte et si estroite, et d'une vexation laquelle estoit d'aultant plus grande qu'elle luy estoit faicte par personnes qui s'advouoient du party contraire, et, néantmoins estoient stipendiées par le party de l'Union, faisant estât de se vendre à ceulx du dict party, en la puissance desquels Dieu permit qu'il se rendit au party du dict Marcigny pour l'en délivrer aussi miraculeusement. Pour perpétuer dans sa famille la mémoire de ces bienfiûcts, il a, sous le bon plaisir des doyen, chanoines et chapitre, comtes de Lyon, fondé à perpétuité, en l'église Sainte-Croix de la ville de Lyon dans laquelle il est né, a été baptisé et élevé, un chapelahi à son choix, tant qu'il vivra, avec une rente de dix écus d'or. » (Ârch. de la Charité.)
Enfin, Hugues Athiaud ajoute que si l'un des enfiuits de la Chana qu*il faisait élever à ses firais pour 6tre admis dans les ordres, désirait obtenir cette place de chapelain, [il entendait quelle lui fût confiée.
Dans un autre acte, Hugues Athiaud donne encore d autres détails sur sa captivité et son évasion.
« Ayant esté petardé, dit-il, volé et enlevé de son chasteau de Lissieu par dix-huict ou vingt voleurs de la compaignie de la Tour-Courcenay et par eulx conduict au chasteau de Marcigny-en-CharoUois, il y fust enserré entre quatre murailles, en une tour si estroite, qu'il estoit contrainct demeurer debout ou sur ses genoux, de laquelle il fust enlevé de nuict.
le jeudy suivant, veille du jour de Toussaints, qu*il fust logé en une plus haulte tour du dit chasteau de Marcigny, ayant une fenestre murée sur les fossez, par laquelle il résolut de se sauver ; et pour avoir Dieu propice il fît un voeu qu'il executeroit sitôt qu'il auroit plu à sa bonté de le restablir en sa maison, et pour ce qu'il a plu à Sa Majesté divine de lui faire la grâce, le dit jour de la Toussaints, entre six et sept heures du soir, de rompre la dite muraille, sans estre entendu , et permettre que les bandes de toile desquelles il se soubtenoit, rompissent au plus haut, et qu'il tombât de plus de 9 toises de haulteur, sans aultrement estre offensé ; comme encore il pleost à sa bonté de luy donner retraite au mont Sainct-Vincent en CharoUois, lors détenu et occupé par le sieur de Gondras et aultres personnes du party contraire à celuy de TUnion, exécutant son voeu il a donné et légué à TAumosne générale..., etc., etc. »
Hugues Athiaud, docteur en droit, seigneur de Lissieu et de la maison forte de Gage, était fils de noble Messire Mathieu Athiaud, conseiller au Parlement de Dombes et de Françoise Lhoste.
Il était marié à Marie Dupuy. De ce mariage issut Marie Athiaud, femme de noble Pierre Boissac, seigneur de Gage et de Lissieu, vice-bailli de Vienne.
Chaque année de nombreux bienfaiteurs s'empressent de faire des fondations au profit des enfants de la Ghana et de Sainte-Catherine. Je n'en citerai que quelques-unes — la liste de tant de généreuses donations serait trop longue. Elle est du reste gravée sur le marbre, comme elle méritait de l'être, et se lit sous les portiques de la Charité.
Le 14 septembre4592,noblei7ii9tie8illAûitNf, avocat
à Lyon, lègue une pension de 625 livres à la charge de faire étudier six enfants adoptifs pendant cinq ans au collège des Jésuites. — Ces enfants devaient « être vêtus d'un drap tanné et porter un bonnet « carré. »
Le 46 avril 4609, Jean Gerba^ bourgeois de Lyon, donne toute sa fortune à l'hospice à la charge d'augmenter de 40 livres la dot de chaque orpheline.
Le 28 juin 4 620 , Louis Bouilkt , bourgeois de Lyon, donne une maison pour Fentretien d'un prêtre destiné à Tinstruction des orphelins.
Le 43 janvier 4630, Jean Charrier^ trésorier de France, donne une rente de 400 livres pour faire entrer les orphelins dans les églises caÂédrales , paroissiales, couvents et monastères.
Le 47 juillet 4639, Georges Giraud^ bourgeois de Lyon, donne 4 ,000 livres pour les dots des jeunes filles. Le 23 août 4 663, Jean Athiaud^ ancien échevin. donne 42,000 livres pour faire entrer dans les ordres deux enfants adoptifs nés et à naître dans la commune de la Grave en Dauphiné. Ces enfants seront habiUés de noir et nommés les enfants Aihiaad.
Le 5 février 4 698, Michel Gros y seigneur de Saint- Joyre, lègue toute sa fortune ,à Thospice à la condition qu'un en&nt serait mis au collège pour entrer ensuite dans les ordres. Cet enfant « sera habillé de « gris cendré doublé de noir avec un crêpe à son chor « peau; il sera appelé V Etudiant de Saint^oyre. »
Le 26 mars 4704, David Comby lègue toute sa fortune à la condition que 42 enfants natifs dans la paroisse de l'abbaye royale de BelleviUe « seront en- « soignés A connaître, aimer et servir Dieu » et qu*ils seront habillés de couleur de feuille morte.
Le 25 avril 1735 et 44 avril 1736, EtienneMazard, négociant et bourgeois de Lyon, fait un legs des plus considérables pour la dot de 33 orphelines nées dans neuf des paroisses les plus importantes de Lyon et à Taluyers, en Lyonnais.
Les prisonniers ne furent pas oubliés non plus par les généreux bien&iteurs de l'hospice. On voit, entre autres, que le 13 novembre 1665 Claude Gallemand donne toute sa fortune pour qu'il soit donné deux fois par an un secours h chaque prisonnier détenu à Lyon.
Le 3 août 1 675, Maurice Ramadier veut qu'on distribue du pain et du linge aux détenus.
Le 5 octobre 1637, Etienne Lecourtj prdtre, fonde une distribution de pain aux prisonniers de Roanne.
Le 1 7 juillet 1 642 , une fondation par Michel Cambet^ curé de Saint-Romain, pour les prisonniers.
Le 21 mai 1657, Maurice de GuUlan de La Chaux et Louise de Raverie^ sa femme, font une môme donation.
Le 23 décembre 1731 , Françoise Serre, veuve ViannèSj donne 2,000 livres à la charge de distribuer du linge blanc chaque semaine aux détenus de la prison de l'Archevêché.
Le 28 décembre 1653, Marie Pellot, épouse de Gaspard^de Monconis, avait donné 6,000 livres pour le blanchissage des chemises des prisonniers de Roanne.
En 1650, Marie Pellot, femme de Gaspard de Monconys, seigneur de Lierges, PouiUy-le-Monial et autres places, conseiller d'Etat, lieutenant civil et criminel en la sénéchaussée de Lyon, et dame Marie Âustrein, veuve de Louis de Crelon, conseiller en la sénéchaussée de Lyon et au Parlement des Dombes,
8*étaient engagées à fournir des chemises aux prisonniers et h les faire blanchir.
La charité lyonnaise n'a pas oublié de nos jours les petits garçons pauvres. Elle les accueille à Thospice de la Charité dont je parlerai plus loin et dans un hospice particulier appelé Maison de charité pour les peiiis garçons.
Cette maison se rencontre montée Saint-Barihélemy, 45.
Z«*A]itlqiiallla
La charité lyonnaise s* est étendue toujours à toutes les misères humaines et n'a pas négligé non plus Tune des plus douloureuses et des plus affligeantes : celle de la folie. Elle lui a ouvert des asiles à toutes les époques ; le premier fut notre ancien Hôtel-Dieu : c Là étaient receus, disent les recteurs de la maison, dans un rapport adressé au Consulat en 4661, les folsy insensés et furieux. Ils étoient receus et logés dans des cachots faits exprès. » Plus tard, quand le vieil Hôtel-Dieu fut en partie reconstruit, on supprima ces cahots ; on créa alors « a costé du cimetière de la religion prétendue réformée, qu'on n'y peut enterrer que par permission de ceux du bureau, quatre chambres basses, où Ton enferme les insensés furieux ; les niais n'estans receus dans cet hospital, mais dans celui de la Charité, d
Un pas s'était fait dans le progrès, au lieu de cachots. c*étaient de simples chambres qu'on réservait aux fous, et Thospice de la Charité avait consenti à recevoir les niais^ qui naguère étaient encore con«
fondas avec les fols et les insemez. Mais le voisinage des fous furieux étant nuisible aux malades de THAtel-Dieu, on les transféra, plus tard, à Thospice de la Quarantaine^ quon appelait aussi Bicétre^ du nom du grand hospice des insensés, & Paris ; mais ce local ne suffisant plus, la ville acheta, en 4804, au prix de 76,000 fr., Tancien bfttiment de YAnii^ qtiailk, sur le versant oriental du coteau de Fourvière, pour le traitement des aliénés.
La tradition rapporte que sous l'empire romain les empereurs s'étaient élevés un palais dans ce lieu. C'est 1& que les maîtres du monde (4] venaient se reposer des fatigues du pouvoir ou chercher un asile contre l'ambition des partis. Maintenant, par un jeu bizarre de la fortune, quelques centaines de fous mangent, dorment, rient ou chantent dans le môme lieu où les Césars ont rendu des édits et reçu les hommages des soixante nations des Gaules. La place qu'occupaient leur trône est peut-être celle d'un cabanon. Triste exemple de l'instabilité des choses humaines ! Mais que nous importent les restes demieffacés de la puissance de l'homme en face du tableau le plus effirayant de ses misères ? »
Ce qui relève aux yeux, ajoute le môme auteur, ce monument des siècles passés, c'est d'avoir servi de berceau au christianisme naissant dans les Gaules. Le sang des martyrs a purifié le palais des Césars. Là est mort, impitoyablement égorgé, saint Pothin, premier évoque de Lyon, vieillard plus qu'octogénaire et si infirme qu'il pouvait à peine se sou-*
(1) J.-E. Pommel. I^on a^neien et moderne, p. 105.
tenir, tant l'avaient aflfiaibli les manvaia traitements qu'on lui avait fiût endurer. Là aussi, sainte Blandine, saint Attale, et bien d'autres martyrs ont confessé la foi- L'antique palais des Césars passa ensuite aux «MB de Bourgogne, aux ducs de Savoie et à de nobles familles lyonnaises. En 4600, Pierre Sala fait restaurer ses débris. Le nom de VAniiquailU lui est donné alors h cause du grand nombre d'objets antiques qu'on y découvre. Le médecin Champier l'appelle Domus antiquaria.
Après Pierre Sala, l'Antiquaille devint la propriété de Symphorien Buatier, vicaire général du cardinal de Toumon, puis elle passa au chancelier de Bellièvre. En 4629, elle est achetée par Mathieu de Sève, qui la cède aux religieuses du deuxième monastère de la Visitation, parmi lesquelles se trouvaient deux de ses filles. On construisit alors le bâtiment actuel, que visitèrent Anne d'Autriche et Louis XIV. L'église fut élevée en 4639 et restaurée en 4817. Pie Vn s'y est arrêté. Mais la nation la confisqua et la vendit à des particuliers qui la cédèrent à la ville en 4804. Aujourd'hui encore, la maison sert d'asile aux aliénés et d'hospice à des j^malades atteints de certaines affections, mais son enceinte ne suffit plus. Le département élève en ce moment à Bron un autre vaste asile pour les aliénés. Ce bâtiment serait en partie déjà livré à ces malheureux, si, dit-on, le Conseil général du Rhône ne s'y opposait, parce qae l'administration supérieure voudrait confier à des religieux et â des religieuses le soin des malades... Je n'ose le croire... Serait^il possible que des gens qui sont descendus jusqu'à accepter le mandai impiraiify imposé par le eomiié
occfiUe des sociétés secrètes, fassent passer ainsi leur haine devant le sentiment de si légitime compassion qu'excitent ces centaines de malheureux? Quels sont les plus insensés et les plus fous furieux de ceux qui refusent d'ouvrir cet asile à cette grande misère ou ceux qui en sont atteints ? Ils ne savent donc plus ce qu'est la charité chrétienne que leurs mères leur ont enseignée?
SéPBBSSIOM DE LA liBNDICIT^.
La mendicité a été, en tout temps, Tune des plaies des grandes villes, et à toutes les époques Tadmi* nistration supérieure s'est attachée h la guérir. Mais à Lyon, ville manufacturière, centre d un grand nombre d'ouvriers exposés à subir les vicissitudes du commerce, cette plaie a été longtemps d'une guérison difficile et on peut dire que le remède n'a commencé à être trouvé et appliqué que lors de la grande famine de 4 531 . Chacun connaît les souffirances que non-seulement notre ville, mais même toutes les provinces d'alentour eurent à endurer par suite de l'extrême disette qui régna pendant une partie de cette désastreuse année. C'est par milliers que les pauvres de Lyon parcouraient nos rues pour solliciter un secours et un morceau de pain qui ne leur étaient jamais refusés. C'est par milliers aussi que débarquaient dans notre ville les pauvres gens de la campagne, mourant de Cedm dans leurs champs stériles et venant implorer la charité de nos pères. La situation semblait désespérée, mais la charité, chrétienne sait triompher de tous les obstacles et put
faire face à tous les événements. Alors, on le sait, et pour prévenir le retour d'une semblable calamité, fut créée l'Œuvre de VAumosne générale, plus con* nue aujourd'hui sous le nom d'hospice de la Charité. Je raconterai plus loin, et brièvement, son histoire. Cette maison, élevée par la bienfaisance publique et à laquelle chacun voulut apporter son obole, fut destinée à soulager toutes les misères, toutes les souffirances et à assister les vieillards, comme les enfiuits, les gens valides comme les malades. Mais en assurant le pain au malheureux privé de travail et de ressources par suite de circonstances imprévues et indépendantes de sa volonté, l'Administration de la nouvelle Œuvre se montra en môme temps justement sévère envers ces êtres assez dégradés pour faire de la mendicité une profession et trop lâches pour chercher dans le travail une ressource pour leurs besoins. La royauté aida l'Âumosne générale dans son œuvre de moralisation et d'assistance ; Charles IX, par un édit spécial, accorda aux recteurs de l'Aumosne une juridiction indépendante de la justice ordinaire.
Le nombre des malheureux s'étant accru plus tard, malgré les énormes dépenses faites pour leur assistance qui n'était pas toujours &ite avec une intelligente prévoyance de tous les besoins, l'Administration se vit obligée de grouper et de réunir dans des locaux les nécessiteux il sa charge et dispersés dans la ville. C'est alors qu'en 4 61 4, on crut devoir réunir tous ces malheureux dans les hospices de Saint-Laurent*les-Vignes et de Sainfr-Thomas-de-Oadagne que les recteurs de l'Hôtel-Dieu cédèrent aux administrateurs de l'Aumosne générale.
A dater de ce moment ces derniers s'appelèrent « Recteurs de TAumosne générale et des pauvres enfermés. »
a Cet heureux essai, dit M. le docteur Potton, dans sa Notice sur la Chariti^ fit reconnaître qu'on avait trouvé Tunique moyen d'abolir la mendicité, et qu'après un pénible exercice de 80 ans, Tinstitation commençait seulement à remplir son but. Dès lors, des mesures coercitives furent employées. Sur les conclusions d'un procureur spécial, la Cour de justice, sous la présidence de Pierre Sève, sénéchal de Lyon, rendit une ordonnance sévère qui enjoignit à tous les pauvres de Lyon « de se retirer dans les vingt-quatre heures à l'hôpital de Saint-Laurent-les- Vignes, et défendit aux commis des portes, entrées et ports de la ville, de laisser pénétrer en iceUe aucuns vagabons, gens sans adveu et mendiants forains, sous peine d'amende arbitraire. » Toutefois, dans les années précédentes, même peu de temps après la création de TAumosne générale qui eut lieu en 4533, nous voyons la ville agir avec une grande sévérité envers les mendiants. Ainsi je trouve dans les comptes de la ville qu'en 4 556 « on paya 8 livres 48 sols, à Jean de Troyes, serrurier, pour 25 colliers de fer, avec leurs chaynes, qu'il a &ict8 pour enchayner les maraulx qui ne se adonnent.qu'à mendier et trois cleâ, pour le rabillage d'une esparre. »
La même année, le Consulat donne l'ordre « de faire une crye pour faire commandement à tous maraulx étrangers d'avoir à vuider la viUe ; — de non les loger plus hault d'un soir, — d'inviter le juge ordinaire à visiter les logis auxquels les dits maraulx
ont acconstamé loger, les constituer prisonniers et en fiùre justice par exemple. »
Quant aux pauvres passagers et qui ne faisaient pas un métier de la mendicité, on leur accordait un secours proportionné à leurs besoins, et les Recteurs les fiiisaient ensuite accompagner par les bedeaux de la maison aux portes de la ville avec défense expresse d'y rentrer. Ce secours était appelé la passade. Les en&nts orphelins admis dans les hospices spéciaux qui leur étaient réservés, mais qui par paresse quittaient leurs maîtres d'apprentissage étaient arrêtés et enfermés avec les pauvres de TAumosne générale.
J'ai déjà dit plus haut que les recteurs avaient obtenu le privilège exclusif de la police sur les pauvres ; pour assurer Texécution de la répression des délits, commis par les mendiants, la ville concéda à l'Aumône générale une des tours des fortifications pour servir de prison.
Vers 1550, la tour du Temple, située sur les Terreaux, fut disposée à cet effet ; plus tard on affecta encore d'autres bâtiments à cet usage; en 4613, quand 1* Aumône générale fut établie dans Thôpital Saint-Laurent, on y pratiqua aussi des lieux de détention, et enfin lors de la fondation de l'hospice actuel de la Charité, plusieurs chambres furent aussi appropriées à rincarcération des pauvres, convaincus de délits ou d'insubordination. Ils ne recevaient que de la soupe, du pain et de l'eau. Leur dépense quotidienne était de cinq sous par jour. Mais ces locaux ne suffirent toujours pas et par une délibération du 17 avril 1725, les recteurs décidèrent que les pauvres rebelles à leurs règlements seraient enfermés dans
une rue dont, les issues seraient closes. Cette mesure fut encore insuffisante et en 1 753, Tadministration de Thospice se vit obligée de faire élever sur le quai du Rhône et dans le ténement du couvent de Sainte- Elisabeth un vaste bâtiment, servant spécialement de dépôt de mendicité qu'on appela Bicètre ; la première pierre de cet établissement fut posée solennellement par le Consulat, le 40 septembre 4753, et tous les mendiants de la ville y furent enfermés » même ceux qui avaient été condamnés par la justice royale pour délit de mendicité. Toutefois, il fut convenu que cet établissement ne serait jamais considéré comme une maison de force. Mais lorsqu'on 4768, le gouvernement créa un dépôt de mendicité dans l'ancien hôpital Saint-Laurent, à la Quarantaine, on ne reçut plus à Bicètre que les mendiants arrêtés dans la ville ; ce dépôt même fut supprimé entièrement en 4783, malgré les vives instances des recteurs de la Charité, et le 34 octobre de cette année, tous les mendiants, enfermés à Bicètre, furent transférés au dépôt royal de la Quarantaine.
Cette évacuation permit de disposer des locaux délaissés de Bicètre. On y logea les vieux et les vieilles et la maison prit le nom S! Hospice des Vieillards. Toutefois sa durée ne fiit pas longue. En 4 786, par un arrêt du Conseil, le gouvernement s'en empara, le fit démolir et construire sur son emplacement les vastes bfttiments qu'on voit aujourd'hui et qui furent affectés, tour à tour, à la douane, à lentrepôt des tabacs, à une caserne, et qui sert aujourd'hui d'hôpital militaire.
l'hotel-dibu
Après avoir énuméré, plutôt que décrit, les divers petits hospices que la charité de nos pères a élevés, dès les temps les plus anciens, dans notre ville, il me reste à parler du plus important de nos hospices et qui a absorbé presque toutes les maisons secondaires.
Le P. Bullioud en parle en ces termes dans son iMgdunum sacriHjprophanum :
« Ad portam pontis Rhodani fuit et Eleemosinaria seu hospitium destinatum peregrinis et œgrotis quod fundasse dicitur archiepiscopus cum Capitulo incerto tempore. Regebatur dicta Eleemosinaria per vicarias personas laicas usque ad annum 1185, quibus cura iUius hospitii tradita ordini cisterciens! et mox plenius videbimus per Joanem Talaru, archiepiscopum lugdunensem de Belmont et non de belUs manibus ut affert Severtius »
Son histoire a été écrite déjà plusieurs fois. Elle est connue de tous ; je ne la referai donc pas ici et me bornerai seulement à reproduire, pour Tintelligence de mes notes sur ses Archives, les principales dates de ses belles annales. J'emprunterai surtout mes renseignements à un travail remarquable intitulé : « La forme de la Direction et Economie du grand Hosiel-Dieu de Nosire-Dame-de-Piiti du pont du Rhosne de ta Ville de Lyon », et qui a pour auteur un sieur Dufournel, lequel Tentreprit sur la prière des Secteurs en charge au mois de novembre 1 661 . Ces Recteurs étaient « nobles et sages Jacques Pil-
lehotte^ seigneur de Messemi et de la Pape, conaeiUer du Roy et son garde des sceaux en la sénéchaussée de Lyon, conseiller et maître des requêtes de S. Â. R. au Parlement de Dombes, — Guillaume Dufoumel, docteur ez-droits, avocat ess-cours de Lyon, — François SauUier, — Jean de la Gontière, Pierre de Varennes, — Anthoine Richard, — Pierre Giry, — Paul d'Âubarède et Estienne Dumas. Après avoir approuvé l'œuvre du sieur Dufoumel, ils la dédièrent au roi Louis XIV et aux Echevins de Lyon, pour témoigner au roi, comme à la ville, leur gratitude pour tous les bienfaits dont ces derniers venaient de gratifier THôtel-Dieu. Le Consulat alors, en effet, avait apporté les plus notables améliorations à ce vaste asile des pauvres ouvert, sans cesse, à toutes les misères de la nature humaine. « A ce moment les passants causant la plus grande dépense à cet Hostel-Dieu, 4^^ M Dufournel, et l'exposant aux maladies contagieuses qu'ils apportoient de toutes les parties du monde, le Consulat leur avoit fondé une retraite dans le faux-bourg de la Guillotière, à la descharge de l'hospice, — et les convalescents périssant presque tous à cause de leur séjour trop prolongé dans les salles des malades, faute d'une infirmerie dont la construction étoit au-dessus des ressources de la maison, la ville avoit aussi pris, à son compte, la création de cette infirmerie. »
« De tout temps, ajoute le même auteur, on a donné à cet Hostel-Dieu le nom de grand, et ce avec beaucoup de raison, soit à cause de son fondateur ChiUebert, ce grand roy de France, soit que l'on considère le grand nombre d'oeuvres de charité qui y sont exercées envers les malades de Tun et l'autre
sexe, febriciteurs et blessés, qui sont ordinairement an nombre de trois ou quatre cents; — plusieurs femmes grosses qui y sont reçues pour y fisûre leurs couches , plusieurs petits enfftnts orphelins , adoptife, abandonnés de leurs pères et mères ou exposés, qui y sont nourris et entretenus, — plusieurs autres enfants de qui les mères estant sans biens et sans laict pour les nourrir, sont assistés dans cette extrémité. — Les fols insensez et f arieux y sont aussi logez dans des cachots faits exprès, — en outre, une grande quantité de médicaments sont ordonnez et fournis à grand nombre de malades dans leurs maisons mômes. »
La pensée de la fondation de ce vaste hospice, ajoute le môme auteur, fut inspirée à Childebert et & Utroihe, sa femme, a En voyant le grand abord de toutes sortes de pauvres malades en cette ville située au milieu de TEurope, par laquelle est la route des troupes de gens de guerre, allans et retoumans de Tannée, malades et blessez. C'est encore un lieu de passage pour la communication du négoce qui. se &it de la Méditerranée & l'Océan, où passent quantité de petits merciers qui n'ont que leur balle, — quantité de pèlerins allans et revenans, qui, au moindre accident de maladie, sont aussitôt réduits à la nécessité et recourent à cet Hostel-Dieu. — En outre, ce pays estant montueux et stérile^ les villageois ont grand peine à vivre du travail de leurs mains, et, au premier accident de maladie, sont aussi à la charge de cet Hostel-Dieu, sans le secours duquel indubitablement ils mourroient. » « On appelle cet Hostel- Dieu du pont du Bhome, ajoute le môme écrivain, tant à cause qu'il est basty proche de cette rivière et
pont, que parce que la construction de ce pont fat commise aux recteurs qui avoient Tadministration de cet Hostel-Dieu, moyennant la levée de quelques deniers octroyez, lors, par nos roys. Au pied de oe pont, dans cette ville, est la chapelle dédiée au Saint- Esprit (1), dépendant de cet Hostel-Dieu et qui s'ap-
(1) Tout touchant la porte dite du Rhosne et au pied du pont, en sortant pour aller en Dauphiné, est TégUse ou chapelle du Saint-Esprit du pont du Rhosne, et fut édifiée en Tannée 1220, à rhonneur du Saint-Esprit. (Nombre des églises qui sont dans l'enclos de la ville de Lyon, par J.-L.-F., Lyonnois (Isaac Lefebvre), Lyon, Jacquemetton, 1627.)
L'almanach de Lyon, de 1744, parle aussi de cette chapelle en ces termes : « Cette chapelle dépend de l'Hôtel -Dieu et s*appelait l'aumônerie, parce qu'on y donnait l'aumône aux pauvres passants et aux pauvres pèlerins. — On en a fait une église succursale de la paroisse d'Âinay. Une célèbre confrérie des gardes pour le roi, de la maîtrise des ports, ponts et passages, y a été anciennement établie. » Cette chapelle était desservie primitivement par les Cordeliers de Saint-Bonaventure. En 1680, il intervint entre les recteurs de THôtel-Dieu et Thomazet, curé de Tégiise paroissiale de Saint-Michel un traité pour la célébration, par lui et ses successeurs, des offices religieux dans la chapelle du Saint-Esprit. (Àrc. de l'Hôtel-de-V., Bb, 337.)
En 1707, le Consulat choisit Jean Persin, prestre, pour officier dans la chapelle du Saint-Esprit du pont du Rhône, jusqu'à ce que le curé de Saint-Michel, qui en était devena le desservant titulaire, ait obtenu main-levée des saisies faites sur ses revenus. (Ârch. de THÔtel-de-Ville, BB, £67.)
Cette église Saint-Michel était près de la Saône, au-dessous de l'Arsenal; on fait remonter sa construction à 612.— En 1666, le Consulat prit un arrêté portant qu'il sera payé une somme de 3,000 livres au curé de la paroisse Saint-Michel pour laider dans la reconstruction de son église « qui estoit dans un imminent péril de ruine. » (Idem, BB| 221.) Cette église a été démolie en 1690.
peloit rAumosnerie , avec le logement que Ton a prins pour le corps de garde des Suisses, joignant la porte de ce pont, — et là se bailloit Taumosne et se retiroientles pauvres passans et pèlerins nécessiteux. Cet usage se pratiquoit de mesme, autrefois, en un logement à ces mesmes fins, joignant la chapelle dédiée à saint Michel, proche la porte de Trion, hors SaintrJust, et qui a esté ruinée pendant les troubles (1562) et Thospitalité qui s'exerçoit en ces endroicts et autres envers les pauvres passans, se fait de présent au fauxbourg de la Guillotiere, dans un hospital fondé par MM. les prévosts des marchands et eschevins de cette ville. »
Comme on le voit par la citation que je viens de faire, c'est au roi Childebert et à la reine Ultrogotte, sa femme, que nos anciens auteurs, en partie, ont attribué la fondation de THôtel-Dieu ; « mais il est constant que c'est à l'initiative de saint Sacerdos, archevêque de Lyon, qu est due cette pieuse créa* tion ; ce saint personnage traitait les malades dans son évôché et j pratiquait d'autres œuvres de charité; mais ses ressources n'égalaient pas sa bonté ; il profita alors^ un jour, du passage de Childebert, soit pour aller combattre dans le Languedoc Amalric, roi des Visigoths, son beau-firère, soit pour traverser les Pyrénées et pénétrer en Espagne, à main armée, n proposa au roi de fonder un hospice pour assister les nombreux pauvres de la ville qu'il ne pouvait plus secourir, et les malades qui demeuraient sans soins. » Les titres de cette pieuse fondation ont été perdus depuis bien des siècles, surtout pendant les troubles des guerres civiles de France, et ceux de l'ancienne fondation de cet Hôtel-Dieu ont
été égarés pour la plupart. Nous n'en avons que ce qui est rapporté dans le cinquième Concile d'Orléans, tenu sous le pape Vigile, le 28 octobre, en la trentehuitième année du règne dudit roi Childebert, qui est Tan 542. » — Je ne reproduirai pas les termes du passage des actes de ce Concile qui ont trait à cette fondation ; tous les historiens de Lyon les ont donnés , ils sont donc bien connus (1 ) .
Saint Sacerdos n'avait eu la pensée que de fonder un seul hospice ; mais bientôt après lui, comme on l'a vu par ce que j'ai déjà dit plus haut, on s'éloigna des pieuses intentions du saint fondateur de l'Hotel-Dieu. Soit par nécessité, soit par imitation, la foule des petits hôpitaux que j'ai déjà énumérés, fut créée de 546 à 1592. Vieillards, malades, mendiants, pèlerins,
(1) Il ressort des termes de cette décision, que le Goactle ordonna « que tout ce qui a esté ou sera donné audit Hoalel* Dien, ou par oblation des rois, on par aumosne des fidèles quelconques, qu'en quelque temps que ce soit, le prélat de l'Eglise de Lyon n'en pourra divertir ou transférer aucune chose à soy ou à son Eglise, en sorte que ses successeurs prestres, non-seulement ne diminuront rien des facultez dudit Host^ Dieu ou de ses règlements et usages ; — mais prendront peine que rien ne soit altéré et qu'aucun préjudice n'y soit faict ; ^ travaillant, sous l'espérance de la récompense étemelle, à ce qu'on substitue toujours des recteurs habiles et craignant Dieu à ceux qui décéderont, et qu'il ne soit rien relâché du service dû aux malades et à leur nombre et à la réception des passants. Que si quelqu'un, en quel temps que ce soit, contrerenoit à la volonté du Concile ou aux règlements ou statuts de rBosIel* Dieu, ou diminuât ses revenus et biens, en sorte qu'il cessât d'estre IIostel-Dieu (que Dieu ne veuille), éelui-là, comme meurtrier des pauvres, sera excommunié et frappé d*nn irrévocable anathème. »
orphelins . veuves , insensés , enfants , pestiférés, lépreux, toutes les misères, tout ce qui souffirait, tout ce qui avait besoin d'assistance, à tous les âges de la vie, fut reçu dans des établissements spéciaux. Mais Taumône, qui aurait grandi et consolidé la maison de saint Sacerdos, s'épuisa souvent dans des œuvres ainsi isolées et détourna la source féconde de la ville des aumônes de Tœuvre principale, qui conserva néanmoins toujours une sorte de suprématie sur ces divers établissements. Du reste, successivement, tous ces petits hospices, créés par des particuliers ou par des confréries, disparurent, comme on Ta vu, — les uns, par la cessation de la lèpre, — les autres, par la diminution des maladies pestilentielles, ou par l'état de ruine dans lequel ils étaient tombés; en m6me temps, les dons et les aumônes retournèrent à la première œuvre, car la charité ne se lasse jamais à Lyon, — et cette œuvre devint enfin assez assurée pour secourir, en tout temps et suffisamment, les pauvres et les malades dont le nombre croissait chaque jour.
Saint Sacerdos créa à la fois deux établissements distincts par leurs locaux, mais soumis à la même direction. Il est indubitable qu'il fonda un hôpital qui est devenu le grand Hôtel-Dieu et une aumônerie située sur le même tènement, à l'entrée d'un pont qui existait sur le Rhône et dont je viens déjà de parler.
A cette aumônerie était jointe une chapelle sous le vocable du Saint-Esprit. L*époque de sa fondation n'est pas connue. Ses titres ont été perdus ; mais une bulle du pape Lucius III, de 1 4 83, exhorte les fidèles à faire des aumônes à TAumônerie et à
visiter la chapelle et permet de bénir le cimetière attenant. Innocent IV, en 4255, parle dans une autre buUe de la confrérie du Saint-Esprit. Enfin un auteur lyonnais, Isaac Lefebvre, dit que la chapelle a été édifiée en 1 220, mais c'est probablement d'une restauration qu'il s'agissait alors.
M. Vermorel, qui a bien voulu me communiquer ses excellentes notes sur notre ville, assigne à Tannée 1 385 la date de l'entière réfection de la cha* pelle, d'après deux actes consulaires. Le 13 mars
1384, Jean Pasturel, chanoine, est nommé collecteur des émoluments dus par les confirëres qui se mettront en la confrérie de la chapelle qui sera en chiefdu pont du Rhône, au nom du Saint-^Esprit. Le 5 octobre
1385, Catherine de Villeneuve cède à la ville deux maisons sises proche la chapelle du Saint-Esprit.
Cette chapelle était située à Tentrée du pont (1), en amont, et son entrée faisait foce à la rue de la Barre ; elle avait 44 pieds de longueur sur 30 de largeur. Le bat principal de sa fondation fut de fiar ciliter les dons et les aumônes destinées à l'achève^ ment du pont, et les papes, par de nombreuses bulles, incitèrent souvent les fidèles à contribuer à cette grande œuvre. Léon X m6me, en 1518, accorda un grand jubilé « dans ladite chapelle, avec indiUgence plénière de peine et coulpe à ceux qui visiteroient la chapelle les trois jours de Pentecoste. »
(i) Il y avait, en outre, sur le pont de la Guillolière, une chapelle sous le vocable de saint Nicolas ; elle fut édifiée probablement par la corporation des mariniers, qui avaient saint Nicolas pour patron.
Les aumônes et les offrandes affluèrent de tous côtés, et le prévôt d'Ainay et le curé de Saint-Michel (1) voulurent en avoir leur part. On dut recourir au Souverain Pontife, et le pape, par un bref de 1529 décida « que les oblations appartiendroient au Consulat pour servir aux réparations du pont.» (Série BB,28, actes cens.)
Plus tard, quand ces oblations diminuèrent, le Consulat les abandonna entièrement aux recteurs de THôtel-Dieu. lesquels cependant, par une transaction, cédèrent au curé de Saint-Michel tout le service de spirituel, sauf le droit de quête. Mais auparavant le service y était fait par les Cordeliers. Ainsi on voit qu'en 4414, entre autres, a le Consulat paya au prieur et couvent des religieux frères prescheurs de Lyon la somme de 15 livres tournois pour leurs peines et salaires de ce qu'ils chantent deux messes tous les jours en la chapelle du Saint- Esprit, et ce pour six mois.
« Item pour une éthole et un magnipule nécessaires pour chanter en la chapelle du Saint-Esprit la veille des chalendes. — Item en cela qui est diligence de bien oytre deux tuelles, un mantel et un
(1) L'église Saint-Michel était alors une église paroissiale, située près de la place actuelle de ce nom. Elle fut fondée» an Ti* siècle, par Caretène, mère de Gondebaud. Le service de cette église a été réuni à Âinay, en 1687, et son emplacement eonrerti en place quelques années après. (Bregbot du Lut. Dictionnaire des rues de Lyon. p. 31). Isaac Lefébvre a consacré quelques lignes à cette église, et il dit entre autres ; « Nous n*afons pu savoir la date de sa fondation ; toutefois, avec c le temps, on le pourra connoistre si l'on peut avoir Tbonneur « de feuilleter les Archives d'Ainay. »
amict poar Tautel de la chappelle. » (Série CC. 391 .)
En 1737, cette chapelle tombant de vétusté, on résolut alors de la démolir et de la reconstruire à Tangle de la rue de la Barre, d'après un projet qu'avait dressé Soufflet en élevant THôtel-Dieu actuel. Ce projet n'eut pas de suite. Mais lorsqu'on voulut mettre le marteau d^ns la chapelle, le curé de Saint-Martin d'Âinay , se prétendant être aux droits du curé de Sainir-Michel, s'y opposa vivement. Le Parlement dut intervenir, et, par un arrêt du Conseil du 8 décembre 1773, la démolition de la « chapelle du Saint-Esprit et des bâtiments y attenants » fut décidée « sous réserve de l'accomplissement des formalités nécessaires pour la translation des vases sacrés qui s'y trouvaient. » (AA. 19. 132),
La chapelle fut ensuite mise en interdit par ordonnance de l'évêque d'Egé, saffiragant de Lyon, le 14 janvier 1773, et la démolition conunença immédiatement après. Pour indemniser l'Hôtel-Dieu de la perte de cette chapelle, le Consulat créa en sa faveur une rente perpétuelle de 1 50 livres. (BB. Actes consul.)
Après cette démolition, Rigod de Terre-Basse, président des trésoriers de France, qui avait traité avec la ville pour la construction du quai de la Charité, le 2 septembre 1767, put continuer ce beau travail.
L'aumOnerie placée à côté de la chapelle du Saint- Esprit était desservie par une confirérie célèbre qui s'était formée aux xi^ ou xii* siècles. Alors les pèlerinages à Borne ou à Jérusalem étaient des plus nombreux : et comme dans ces temps d'anarchie il n'y avait pas de sécurité sur les routes pour les
voyageurs, et que le brigandage s'exerçait surtout au passage des rivièreSi il se fonda une confraternité sous le nom de Frères du Pont (1), qui établit des bacs, construisit des ponts et prêta main -forte aux pèlerins, leur donna des secours de route, les accueillit même et les soigna dans des aumôneries situées sur le bord des rivières. Le chef -lieu de cet ordre, moitié religieux moitié laïque, était à Montpellier.
Cette célèbre confrérie, tout en soignant et en protégeant les pèlerins de passage à Lyon, s'occupa aussi de la construction du pont (9) qui, de puis, a
(i) n existe aux Archives de la ville une expédition « des instnietions pour la confrérie da Saint-Esprit nouvellement fondée an bout du pont du Rhône. » {Invmt. Chappe, t. XVVI» p. 516 et sttiv.)
(2) Nos antenrs ne sont pas d'accord sur la question de savoir si, pendant l'occupation romaine, D y eut un pont en pierre sur le Rhône. De nos jours, M. Grandperret a publié les lignes suivantes sur le pont du Rhône, dans Lyon (Mcien €t moderne :
Primitivement, il n'y avait de communication , entre la colonie romaine de Lyon et les habitants de la rive gauche du RhAne, que par bateaux attachés ou libres. Il convenait à la sûreté de celte colonie 4'étre à l'abri des incursions des Allobroges, par la protection d'un fleuve rapide et profond. C'était à Vienne où Ton passait le Rhône sur un pont, et c'est par eette ville que l'on allait de Rome à la métropole des Gaules, en suivant la voie romaine (qui aboutissait à Saint-Jnst» et dont on voit encore des traces depuis Givors jusqu'à Lyon.
Au moyen-àge, on jeta un pont de bois sur le Rhône, en face la nie Sainte-Hélène, mais il tomba, en 1490, sous le poids des troupes que Philippe-Auguste et Richard Gœur-de*Lion conduisaient en Palestine. Plus tard, la ville fit commencer le pont dit de la Guillotière. Le pape Innocent IV, pendant son
recule nom de pont de la Ooillotière, en remplacement d'un bac établi primitivement sur le fleuve. La maison habitée par les Frères du Pont était située à l'entrée môme du pont. Il en est fait mention dans un acte de 4235, par lequel Gauthier, archiprdtre de Meyssieux, recteur du poni du Rhâne et Ums les frères du dit lieu, acquirent de Guillaume de Friers une terre contigue à la Maison du Pont, Le pont ayant été construit ou commencé en 1 183 « par frère Etienne, qui avoit entrepris la fabrique du pont du Rhosne, » la maison de TAumônerie avait été, sans nul doute, bâtie en même temps.
En 1260, une bulle de Clément VI «met la maison hospitalière et la chapelle bfttie en tête du nouveau pont » sous la protection de Saint-Pierre et sous celle du Souverain-Pontife. En 429i, Clément Boaset, chanoine de Montbrison, lui lègue 4 0 sols viennois, ainsi qu'à Tœuvre du pont. En 1308, Pierre de Savoie, archevêque de Lyon, enlève aux confrères l'administration du pont et de son hospice, pour la
long séjour à SaiDt-Just, favorisa cette entreprise. Le pape Urbain IV, aida aussi à son succès ; Clément VII, Alexandre V, Eugène IV, Léon V se prêtèrent aussi k cette grande eonsiraction» en publiant des bulles et un jubilé en faveur de ceux qui visiteraient la chapelle du Saint-Esprit qui existait alors à l'entrée du pont. Une partie de ce pont était en pierre, le reste en bois ; au xYi« siècle, on comptait encore treize arches en bois du côté de la Guillotière. Le 27 aoât, 1559, le consulat ordonna leur réfection en pierre. — L'inondation de 1570 en renveraa une partie* On comptait alors 20 arches, puis on les réduisit à 17 en supprimant trois piles. — Quand le pont fut achevé* il mesura 493 mètres de longueur et 7 m. et demie de largeur. — De nos jours, il a subi un élargissement notable.
donner aux religieux de Haute-Combe, en Savoie, qui appartenait à son oncle ; mais ceux-ci, en trouvant la cha^ trop lourde, la cédèrent aux religieux de la Chassagne, le 45 décembre 4314 ; mais ces derniers ne purent pas, non plus, continuer Tachèvement du pont, et le 30 avril 4335, l'arche vôque Guillaume de Sure dut leur enlever aussi cette régie et la remettre au consulat.Dans l'acte de cession, il est dit : « que la maison de TAumosnerie, « située près du pont, et le pont avec la chapelle appartiendront en toute propriété aux Conseillers de ville, pour y être gouvernés par les recteurs qu'ils auront choisis, lesquels sont actuellement Barthélémy de Varey et Michel Cytharelle, citoyens, élus à cet effet par les conseillers de ville et de l'autorUi du rai. Par suite de cette cessioni THôtel-Dieu demeura définitivement propriétaire de rAumdnerie, qui ne fut démolie qu'en 4773, et la ville, pour dédommager THôtel-Dieu, lui donna une rente annuelle de 4 50 livres, ainsi que je l'ai déjà dit.
Saint Sacerdos, après avoir fondé THôtel-Dieu, le confia, d'après les statuts qu'il avait faits, à de simples laïques.— Cette administration dura de 546 à 4308. Alors, Tarchevéque, Pierre de Savoie, la confia à l'abbé et aux religieux de Haute-Combe, en Savoie. — Ces religieux, de l'ordre de Citeaux, consacrèrent une grande partie de leurs revenus à la prospérité de la maison. Toutefois, on pense que ces religieux furent appelés à Lyon, dès Tannée 4 343, et on est fondé à le croire, d'après une bulle d'Innocent IV adressée alors au Doyen du chapitre de Lyon, en confirmation d'un acte pour lequel Tarchevéque Renaud aurait donné aux Frères de Thôpital du pont du
Rhône, certaines maisons et rÂumônerie joignant ce pont. Une autre bulle d'Urbain IV, expédiée en 4265, porte à peu près la même confirmation, et, enfin, il se rencontre encore une troisième bulle de Clément IV, laquelle veut que la maison hospitalière et la chapelle bâtie à la tête du nouveau pont, soient mises sous la protection « du bienheureux Pierre et sous celle du Souverain-Pontife. » Mais en l'année 1 335 « ces bons religieux ressentant la pesanteur de ce fardeau, et que ny leurs forces corporelles, ny celles de leur revenu, ne suffisoient pas pour le soustenir, en advertirent le seigneur Ârchevesque et les eschevins de la ville afin d'y pourvoir. L'Assemblée générale estant fiûte, fiit résolu par acte authentique que la maison appelée l'Aumosne seroit à Tadvenir régie par des personnes laïques qui seroient choisies par les eschevins, & la charge de leur rendre compte, — et celle qui composoit cet hôpital seroit régie par deux religieux de la Chassagne, auxquels on assigna un certain revenu pour leur entretien. »
Dom Jean Piochel, abbé de la Ghassagne (1 ) ratifia, en 4483, le traité consenti par dom Louis Dechandieu, son prédécesseur, en vertu duquel les consuls sont en possession du grand Hôtel-Dieu, qui est appelé : a Grand Hôtel-Dieu de Notre-Damenle-Pitié du pont du BhOne d et les Consuls, ses administrateurs : a Consuls-Becteurs et Administoateurs du Grand-Hôtel-Dieu et de Saint-Laurent-des-
(1) L'abbaye de la Chassagne était situé en Bresse et dépendait aussi de Tordre de Giteaux. Les religieux de HauteHk>mbe s'étaient ruinés par la reconstruction du pont du Rhdne.
Vignes. » Le contrat de cession fut ratifié , plus tard, par le pape Sixte IV, et les Echevins de Lyon demearèrent chargés de Tadministration deThospice jusqu'en 4583.
^ors « les grandes et urgentes affaires de la ville esquelles les consuls et eschevins d'icelle sont ordinairement oscupez, les distrayent à leur grand regret de la charge, seing et sollicitude qu'ils doivent avoir du bien et soulagement des pauvres de THostel- Dieu, et dont mesme ils sont expressément chargez par leur scindicat. Pour raison de quoy, désirant s^acquitter de lui debvoir en ce qu'ils peuvent, anroient ad^ôsé de commettre , créer et instituer soubs eûlx six notables^ que bourgeois, que marchands, qui eussent la superintendance dudit hôpital, ce qu'il ne doit estre trouvé estrange, comme chose nouvelle et non jamais pratiquée en cette ville, d'aultant que Ton peut cognoistre mesme que au commencement de l'establissement de la République de Rome, elle fut régie et gouvernée par un roy ; après par un proconsul, puis par deux consuls, et après, croissant les affaires et le peuple et autres officiers qui accrurent en bien grand nombre, etc.
« L on voit de mesme en tette ville que la multitude des procès et divers négoces y a apporté l'establissement d'un siège présidial, d'une Conservation des foires, d'un bureau des trésoriers, une Cour des eslus et autres. L'on peut recognoistre encore que tout nouveau le bureau de l'Aumosne générale la rend illustre et renommée par toute l'Europe... »
La nécessité de la création d'un bureau d'administration de THôtel-Dieu ayant donc été jugée nécessaire par le Consulat, on fit choix de six notables
qui furent : Pierre Scarron, conseiller du roi et trésorier général de ses finances au bureau de Lyon ; Edouard Laurent, seigneur de la Sarra, conseiller et élu en l'élection de Lyon ; André Momieu, aussi conseiller ; Antoine de la Porte, seigneur de Bertha, Guillaume Boville et Guillaume Faure.
Claude Rubis, procureur général de la ville, fut chargé d'installer les nouveaux administrateurs dans leurs fonctions. Le procès-verbal qui relate cette cérémonie, constate aussi que Claude Rubis exhorta « lesdits recteurs nouvellement esleus de prendre et accepter allègrement cette charge, soubs les conditions portées par l'acte consulaire qui kur ont esté lues de mot à autre, à haulte et intelligible voix par le secrétaire de la ville. Après laquelle lecture, lesdits sieurs recteurs nouvellement esleus ont unanimement accepté la charge et promis de fiûre le debvoir selon leur conscience. »
Ces nouveaux recteurs prirent le titre de: « noUes hommes^ recteurs et administrateurs. »
Les consuls-échevins venaient de faire achever la construction en pierre du pont du RhCne. Ds complétèrent ensuite leur œuvre en faisant réparer et agrandir THôtel-Dieu et en réglant son service intérieur. En 4 495, Charles VIII, pour récompenser le dévoûment généreux qu'avaient mis les Recteurs dans Taccomplissément de leur pénible mission, leur avait conféré la noblesse. Cette mission n'était pas sans périls, et ces périls étaient de toute nature, tantôt rémeute hurlsït autour de l'Hôtel-Dieu, tantôt les plus affreuses épidémies y décimaient les malades, les frères, les sœurs, les médecins et les recteurs. Parfois môme, le fléau sévissait si cruellement que
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les médecins abandonnaient les pestiférés. Mais si des médecins désertaient lear poste, des citoyens coarageax savaient les suppléer, et j'en trouve la preuve dans la comptabilité de la ville (série CC) où Ton lit ce qui suit, à la date de 1 446-4 458.
« Bequeste de Claude Vite, barbier et chirurgien de la ville, que corne chascun sait ait corru et régné grande mortallité d'impidesmie, depuis la Saint- Jehan, et pour espécial sur povres gens qui se sont retraicts es hospitaux et illecques soaffiroyent beaucoup pour ce qu'ils n'avoient mège (médecin) ne barbier qui se voulisse tenir par devers eulx. — Ce que voyant, ledit Claude, meu de pitié, servit les povres le mieux quHl peut pour l'espace de quatre mois, comme aussi à Tautre mortallité qui fut en ranU54. »
Ces grandes misères se reproduisaient à chaque moment. En, 1504, grande famine. En 1510, épidémie cruelle de la coqueluche. — Guerres désastreuses sous François I^, en 1524. — Sédition occasionnée par la disette, en 1529. — * Famine en 1531 . — C'est à ce moment que la charité lyonnaise, douloureusement émue par les milliers de pauvres de la ville et de la campagne, fonda l'Aumosne générale, devenue plus tard Thospice de la Charité, pour venir en aide à ces malheureux qui mouraient véritablement de faim.
L'administration de THôtel-Dieu, réorganisée en 1583, rendit d'immenses services, mais elle resta soumise d'une manière générale à Tautorité consulaire qui l'avait instituée. Ainsi, Tautorisation pour raliénation des propriétés, le compte-rendu & présenter tous les deux ans, et la présidence honoraire
furent les principales réserves des consuls. La nou* velle administration commença sa gestion par la réouverture de THôtel-Dieu, fermé pendant la peste, et les dames lyonnaises y rentrèrent pour soigner les malades, comme elles le faisaient d'après leur propre demande, présentée aux recteurs en 4579.
Mais dès son entrée en fonctions, cette nouvelle administration rencontre les plus sérieuses difficultés. Les communautés religieuses de Lyon prétendent faire les quêtes réservées aux hospices ; les comtes de Lyon et la grande Aumdnarie de France, le Consulat, les servantes de la maison qui veulent se constituer en religieuses, le collège de médecine, les apothicaires et le gouvernement même qui veut soumettre les biens des hospices à l'impôt, leur créent, tour à tour, les plus graves embarras. Mais elle ne s'en émut pas et ce fiit avec une fermeté, une énergie et un dévoûment vraiment admirables qu elle soutint ces luttes incessantes.
Cette administration fut aussi généreuse pour les malades et les pauvres et elle contribua de ses propres deniers au soulagement de toutes leurs misères; ainsi, dès les premiers temps de leurs exercices, les recteurs établirent un usage de libéralité qui , plus d'une fois , les aida & surmonter bien des difficultés. Chacun d'eux, en entrant en fonctions, versait une certaine somme, ce furent d'abord quelques centaines de livres, puis mille, deux mille, trois mille, jusqu'à dix mille livres et m6me jusqu'à seize mille livres ; le trésorier faisait un prôt de cent mille livres sans intérêts ; en 4783, l'Hôtel- Dieu était à découvert de la somme énorme de i ,200,000 livres et la Charité devait à son trésorier
800,000 livres. M. Paye, trésorier de THôtel-Dieu, perdit 450,000 livres par la crise que produisit nécessairement la Révolution. Celle-ci ne put cependant pas abattre le courage et la force morale de Fadministration des recteurs ; néanmoins, en 4794 , ils furent obligés de remettre leur gestion à la muni* cipalité. Cette autorité nouvelle installe un conseil d'administration pour régir avec elle THôtel^Dieu. La dette de la maison s'élevait à 6,683,244 livres de rentes viagères à payer; de plus 4 ,276,600 livres sont immédiatement exigibles.
En 4794, le bureau d*administration met toute son occupation & réparer tous les sinistres causés par le siège. En 4796, les propriétés de l'Hôtel- Dieu, se:i revenus et ses jouissances confisqués par TEtat lui sont rendus ; le gouvernement reconnaît ses créances sur le Trésor public, Tadministration est reconstituée et doit régir les hospices réunis de THôtel- Dieu et de la Charité, en conformité de la loi du 46 vendémiaire.
Le 48 mars 4797, Tadministration départementale forme une nouvelle commission administrative, et lui accorde 240,000 francs pour parer aux premières nécessités. Mais quatre ans s'écoulent à peine que cette administration est encore changée, l'Etat n'avait pas rempli envers elle ses engagements.
En 4802, l'administration de l'Hôtel-Dieu est encore une fois modifiée et elle dure pendant tout le temps du premier empire, non sans rencontrer de graves difficultés causées par ses embarras financiers et parle retard mis par l'Etat à payer sa subvention.
De 4844 à 4830, des hommes d'une opinion nouvelle, appelés à l'administration, conservèrent le
mode de direction établi en harmonie avec les constitutions de l'époque. L'administration poursuivit le système de réparation, d'agrandissement des hospices réunis, de régularisation et de perfectionnement du service intérieur.
En 1820, la façade de THôtel-Dieu est achevée à l'aide d'un don de 50,000 francs faits par le duc d'Ângoulôme et d un autre don de 40,000 francs fait par M"* Némier.
Les événements politiques de 4830 n'amenèrent qu'un changement de personnes dans le régime administratif. Enfin, dans ces dernières années, on termina les travaux de construction de l' Hôtel-Dieu.
n est assez difficile, à dé&ut d'anciens plans, de se faire une idée exacte de ce que fut primitivement l'Hôtel-Dieu. Il n'eut nécessairement dans lorigine que de modestes proportions puisqu'il n'était desservi que par trois religieux et qu'il existait à Lyon« pour le traitement des malades, plusieurs autres hospices, des maladreries et des léproseries. Mais, au xvi* siècle, si on en juge d'après le célèbre plan scénographique sans nom d'auteur connu et que la Société de topographie fait graver en ce moment, THôtel-Dieu avait alors acquis une certaine grandeur, mais il n'était formé que de bâtiments irréguliers. Il se composait, d'après ce plan, d'un vaste ténement circonscrit, au levant, par le Rhône, au couchant par la rue de l'Hôpital, au midi par la rue Serpillière et au nord par la rue Noire. Dans ce vaste espace qui avait la forme d'un trapèze se trouvait d abord, au sud, un vaste bâtiment à deux étages d'un style trèsmassif et lourd, contenant^ sans nul doute, les salles des malades et les principaux services de la mai-
son (1). A ce b&timent touchait le claustral BSectAnt la forme d'un quadrilatère assez régulier ; des constructions basses à nombreux pignons formant un vaste cloître ou déambulatoire orné de piliers, entouraient une grande cour carrée ménagée au centre de ce claustral qu'ornait une belle croix monumentale, posée sur un autel élevé par la conférie de la Sainte- Croix. Dans ce cloître, se voyait la chapelle dite de Vauzelles fondée par la famÛle de ce nom. Cette chapelle était à l'extrémité de la première galerie. Les religieux de Notre Dame de Confort en faisaient le service ; tous les jours de dimanche et de fêtes solennelles on y disait une messe à huit heures du matin.
En 4622, l'ancien Hôtel-Dieu agrandi successivement, dans le cours des siècles, mais mal construit, tombait en ruines et sa réfection avait été projetée depuis longtemps. Mais les fonds manquaient pour l'exécution d'une si vaste entreprise. Ce fut alors seulement que les recteurs alors en exercice (2) , Mathieu
(1) L'église aetaelle est construite sur remplacement de ce corps de logis et la grande coor d*entrée occupe également Tespace circonscrit par l'ancien claustral.
La eonstruetion dite les quatre rançi fut établie plus tard sur deux des côtés de cette cour, en face l'entrée sur la place de l'Hôpital, laquelle paraît n'avoir pas changé de place depuis le xri* siècle.
(2) c Or bien qu'il soit notoire assez à chacun que tant s'en &ot que le dit Hôtel-Dieu ait les moyens de fournir à la dépense des dits bastiments, qu'au contraire, à peine peut-il subvenir à la nourriture, entretènement et soulagement du grand nombre des pauvres malades qu'il y a et qui s'augmentent journellement, comme dit est; ce néanmoins les dits recteurs espérant que
Galiat, conseiller du roi, trésorier de France, à Lyon ; André Bernardon, docteur en droit, avocat aux Cours de Lyon, Guillaume Noirat, Claude Descouleur, François Dumas, JérOïne Lantillon, Nicolas Serres, Benoît Voisin et Alexandre Fleurin eurent le courage de Tentreprendre. C'était une véritable témérité, mais ils comptèrent, avec confiance, sur la charité publique qu'on n'invoque jamais en vain à Lyon, et elle ne manqua pas de répondre à leur appel. Toutefois un reproche peut leur être adressé. Us obéirent à cette malheureuse idée qui dominait alors partout et qui faisait élever des palais splendides pour servir dli6pitaux, au lieu de simples maisons d'une aération facile, — et c'est un hospice monumental, où l'art devait prodiguer ses chefs-d'œuvre, qu'ils décidèrent de construire. L'urgence de sa construction était évidente , car on lit dans la délibération par laquelle le prévôt des marchands, les échevins et le cardinal de Marquemont, archevêque de Lyon, décidèrent cette grande œuvre, les lignes suivantes : (( Il est urgent d'entreprendre de construire un
Notre-Seîgnear favorisera leur pieuse et sainte résolution et se confiant entièrement à sa divine et infaillible Providence qui, de tout temps, a toujours suscité aucune personne d'entre son peuple et inspiré en leur âme une intention pleine de piété et de charité, tant pour procurer son culte, que pour Tavancement de ce qui regarde le service et soulagement des pauvres
malades et infirmes Donc cette même Providence suscitera
aussi des gens de bien, lesquels, par émulation, contribueront de leurs biens personnels pour commencer, poursuivre et avancée une si sainte œuvre. »
(Préambule de la délibération par laquelle fut décidée la reconstruction de l'Uôtel-Dieu.)
nouveau bastiment pour le soulagement des pauvres et les loger plus au large qu'ils ne le sont dans le susdit corps de log^ où ils sont contraints de mettre qwUre à cinq malades dans un lit, desquels souvent un se trouve mort au milieu, un auire à Fagonie et les autres fart malades, chose pitoyable à voir et capable d*émouvoir à compassion et commisération les cœurs les plus endurcis. »
Dès 1623, on commença les travaux. Pour fournir aux premiers frais, les recteurs avancèrent chacun 300 livres. Mais les fonds manquant bientôt, des quêtes sont faites dans toute la ville.
En 4625, M. Pierre Charrier, trésorier général de France, à Lyon, et M. Lentillon font offre de faire construire, à leurs firais, deux grandes galeries qui conduiront, du premier corps des bfttiments neufs au second corps « désirant, disent-ik, de contribuer des biens qu'il plaist à Dieu de nous prester. »
M. Henri Taboud, ex-consul, donna 4,000 livres, André OUier, 2,000, — J.-B. de Murard, seigneur d'Expagnier, 3,000, M"* Constant de Murard, veuve d'Antoine Paris, 2,000 livres a à la condition de placer des armoiries là où on jugera convenable. » Mathieu Coquet, Henri Caboud, ex-consul de Lyon, contribuèrent pour 4,000 livres. Des quêteurs sont aussi établis pour solliciter les dons en ville. Jean Carré est nommé pour faire des quêtes, le dimanche, à la porte des églises. Il est revêtu d'une robe bleue, porte une boîte et conduit un mulet pour le transport du vin dont il &it aussi la quête. Un sieur Hérard donna 9,000 livres. M. Puget, maître des comptes, à Paris, envoie 4,000 livres pour être employées en achats de meubles pour les nouveaux bâtiments.
En 1626, les recteurs chargent le nouvel archevêque de Lyon, nommé en remplacement du cardinal de Marquemont, décédé à Rome, de prier le pape de renouveler les bulles portant concession de privilèges, en considération des dépenses énormes que nécessitent les nouvelles constructions.
Les dons affluent encore en 4627. Le trésorier de Saint- André fait une offire de 12,000 livres & la condition aussi que ses armes seraient placées dans les nouveaux bâtiments. Le roi envoie 1,200 livres. Claude Pellot père, seigneur Dupordany, et Claude, son fils, seigneur de Sandars, donnent 12,000 livres, comme anciens recteurs de THôtel-Dieu, pour l'achat des maisons comprises dans le périmètre du terrain nécessaire pour les nouvelles constructions. De simples petits marchands veulent aussi concourir à cette grande œuvre. Jean Rosnes, marchand cartier à Lyon, donna un lit complet. Navergnon offre quatre lits garnis. M. Chapuis, 500 livres, outre les fournitures qu'il a faites à la pharmacie. M. Antoine Dulieu fait une avance de 1,200 livres.
La peste qui décimait si souvent notre ville venait de cesser alors, et le Consulat ordonna qu'une procession générale aurait lieu à la chapelle Saint- Roch, située sur les hauteurs qui dominaient lliôpital de Saint-Laurent-des-Vignes qui était affecté spécialement aux pestiférés. J*ai déjà parlé plus haut de cette cérémonie qui fut si gravement troublée par un conflit survenu au sujet d une ridicule question de préséance, entre le Consulat, les recteurs des hospices et les magistrats de la sénéchaussée. Dans la bagarre, le prévôt des marchands fut précipité du haut du parvis de Saint-Jean par un archer de Tes-
corte de la sénéchaussée et a préservé dans sa chute par sa perruque et la force de son chapeau. »
La peste fut plus terrible encore Tannée suivante. On dut suspendre les travaux de construction. Le deuil fut général, chacun craint pour soi : on s'évite, la rencontre d'un parent, d'un ami est souvent fatale ; toutes les affaires demeurent suspendues ; les recteurs môme cessent leurs réunions depuis le mois d'août jusqu'au 7 janvier. Les cadavres des pestiférés inhumés dans le cimetière de THôtel-Dieu répandent une odeur si dangereuse qu'on n'y inhume plus que les personnes qualifiées et à une grande profondeur. Gaspard Blond, aumônier, succombe à la contagion. En 1 630, la construction des nouveaux bâtiments continue. Celle du quatrième corps est achevée, mais on y remarque plusieurs vices. Les plans ont été mal exécutés, les caves ont été omises, le rezde-chaussée est en contre-bas, il est môme malsain et inutile. On décida que les autres corps seront voûtés, qu'on n'y placera que de petits lits, et que chaque malade couchera seul.
En 4630, on songe aussi & reconstruire l'égUse de l'hôpital qui datait de deux siècles et qui n'était plus assez vaste. Antoine Mey soumet un plan à ses collègues du Rectorat, et s'engage & construire à ses frais, de concert avec M. Honorât, le chœur et une balustrade en fer ouvragé autour de l'autel placé sous le dôme. André Clapasson a décrit ainsi cette église dans son Histoire et description de la tille de Lyon, en 4761 :
« Cette église est un édifice construit avec beaucoup de dépense et de solidité , le portail est orné de grands et de petits pilastres ioniques dont les
entablements sont couronnés de firontons enfennés les uns dans les autres, et dont toute la disposition n'est guère approuvée par les connaisseurs. L'on voit au-dessus de la porte un grand groupe de figures qui représente une Notre-Dame-<ie-Pitié. C'est un ouvrage de J. Mimerel, sculpteur, qui a fourni le dessin de cette église et qui s fait les statues et les autres ornements du grand autel. La décoration intérieure de l'église consiste en un ordre corinthien en pilastres, mais tout-à-fait « en dehors des règles » de proportion. Le grand autel est remarquable par le beau tableau de Charles Le Brun, où cet habile maître a déployé toute la force de son art. H représente la purification de la Vierge. Benoît Audran, graveur en grande réputation, en a donné une estampe qui est fort recherchée.
« La figure de la Vierge, en marbre, qu'on voit à une chapelle du côté de Tépître, est aussi de Mimerel. Le tableau qu'on trouve dans une chapelle au-dessous où la Vierge est peinte dans une gloire, est peut-être le meilleur qu'ait fait Crétet ; on y remarque peu de correction, mais une grande intelligence dans le coloris et le clair obscur. Blanchet a peint, de l'autre côté, le Sauveur mort entre les bras de sa Mère, et ce n'est pas une moindre de ses productions. Le saint Sébastien, placé au-dessus de la grande porte, est un bon tableau de Squoniam, habile peintre, qui a travaillé aussi aux Célestins. »
D'après le plan arrêté d'abord, l'église de l'Hôtel- Dieu dut avoir huit chapelles. Le président Sève se chargea de la construction de l'une d'elles et donna 4,000 livres; en même temps, les héritiers de M. Louis Bouiller qui avait fait construire une cha-
pelle dans l'ancienne église de THôtel-Dieu, fait don d'un assortiment complet de magnifiques ornements d'église et de 1 80 livres. La seconde chapelle est concédée à M. de Murard, dont les ancdtres avaient aussi érigé une chapelle dans la première église. La première pierre de l'église fut posée le 23 décembre 4637, en présence du marquis de Villeroy, du cardinal de Richelieu, archevêque de Lyon, du prévôt des marchands et des recteurs de THôtel-Dieu. Les épiciers de Lyon se chargent aussi de l'édification de l'une des chapelles. La famille de Vauzelles en bfltit une aussi en remplacement de celle que l'un de ses ancdtres avait élevée entre le cloître et la cour du côté du Rhône. Par acte du 14 mai 4554, M. de Vauzelles avait fondé, dans le claustral de THôtel-Dieu, une chapelle en Thonneur de Jésus-Christ ressuscité, avec un revenu annuel de 466 livres, produit d'une maison voisine achetée par lui à cet effet en 4554. Par son testament du 24 avril 4560, il substitua tous ses biens immeubles aux pauvres de THôtel-Dieu. Le corps des drapiers veut contribuer aussi à l'achèvement du chœur. En 4649, Barthélémy Ferrus, recteur sortant, donne une lampe en aident de 350 livres, destinée à ôtre suspendue devant le grand autel, et depuis lors, chaque année, de nouveaux dons affluent, et les travaux de construction de l'église et des nouvelles salles avancent rapidement ; cependant restait à fidre la façade monumentale, dont Souffiot avait fourni les plans. Mais cette œuvre (4) ne pouvait être entreprise que
(1) « L'ancien bastiment de THôtel-Dlea estant grandement cadoc, mal rangé et disposé pour la retraite et entretien des
concurremment avec la construction des nouveaux quais du Bhâne, décidée par le Consulat, et qui devaient régner depuis le faubourg Saint-Clair jusqu'au pont de la Guillotiëre. Il intervint alors un traité (1 737) entre la ville et le recteur d'après le-
pauvres et pour le logement de ceux qui s'appliquoient à leur service, plusieurs personnes de qualité ont employé de fort notables sommes pour faire bastir quatre corps de logis et infirmeries qui font une croix égale de tous costés ; chacune a une grande cheminée au milieu contre une des murailles. Chacun des quatre corps a de longueur 123 pieds et 35 pieds de largeur ; à Textrémité et aux costés, il y a de belles fenestres à vitres, avec les armes de ceux qui les ont fait faire. Au milieu de ces quatre corps et infirmeries est édifié un autel sous un dôme carré, de 35 pieds de diamètre. Cet autel est renfermé de ballustres et fait face de toutes parts à l'aspect de chacune infirmerie, en sorte que les pauvres malades peuvent oyr la sainte messe et voir le prestre qui la célèbre tous les jours de Tannée, à cinq heures. »
Voici la description que Clapasson donne de ce port : « La forme de ce port consiste dans un demi-ovale en saillie qui produit une petite place au milieu, accompagnée de deux rampes insensibles, en fer à cheval, qui vont aboutir, de part et d'autre, à un abreuvoir; au-delà de ces rampes, à droite et à gauche, il y a une descente composée de six groupes de marches ondées, et d'autant de repos, ce qui rend le transport des denrées et des marchandises d'une commodité parfaite, d'autant mieux qu'on n'a rien à craindre des mouvements de l'abreuvoir avec qui ces descentes n'ont aucune communication. Le sieur Delamonce qui a conduit ces ouvrages s'est propose pour modèle le port de Ripète, à Rome, que Ton regarde comme l'un des plus beaux ouvrages de ce genre. Mais cet architecte prétend qu'il n'a pas été le maître de loi donner toute la perfection de son modèle, parce qu'il a été gêné do côté de rétendue et des embellissements. Ce port a coûté 100,000 livres fournies aux recteurs de l'Hôtel-Dieo par le
quel le Consulat donne une rente annuelle de 5,000 livres à THôtel-Dieu pour le dédommager delà privation des loyers des maisons qu'il possédait sur le bord du RhAne et qui devaient 6tre démolies pour faire place au nouveau quai projeté. Après ce traité, les travaux de la façade commencèrent. Toutefois, en 4753, le dôme n'est pas encore entrepris, et les recteurs adressèrent au duc de Villeroy une requête sur la nécessité de sa construction et d'obtenir des subsides qui puissent permettre sa création, qui était devenue urgente. L'air était si infect dans les salles que, malgré toutes les précautions prises pour le purifier, beaucoup de malades qui auraient pu guérir j avaient trouvé la mort. Les médecins jugèrent que l'élévation du dôme projeté pouvait seule rendre l'air salubre. Le Consulat s'empressa d'accorder une somme de 5,000 livres payable annuellement jusqu'à parfitit achèvement du dôme. Mais les temps sont difficiles ; l'Etat, à bout de ressources, exige quales communautés religieuses portent leur argenterie à la Monnaie ; un grand nombre de particuliers concourent & cet acte de patriotisme, et THôtel-Dieu &it don au gouvernement d'une croix d'autel, de six chandeliers, de deux lampes et d'un chandelier en argent pesant 1 38 marcs. Néanmoins
Consolât. > {Pueripiwn de la ville de Lyon. André Clapasson, p. 56.)
Ce port tombait en ruines, il y a qnelqaes années, et dat être entièrement démoli, lorsque, sons le second empire, on refit toos les quais de Lyon pour préserver la ville des inondations da Rhône et de la Saône qui lui avaient été si funestes en 1840 et en i856.
le dôme est achevé en 4761. Mais l'architecte Loyer, chargé des travaux, se s'était pas conformé aux plans de Soufflot, et le fit trop écrasé. Les recteurs, mécontents, pressèrent Soufflot de venir voir les travaux, mais il ne put arriver à temps pour corriger ce qu'il y avait de défectueux dans la coupe de ce dôme ; il en éprouva le plus vif chagrin, mais il était trop tard. Loyer, au contraire, qui avait cru faire un chef-d^œuvre, s'en vantait et le déclarait par écrit.
Les recteurs, pour perpétuer le souvenir de sa construction, firent placer sur Tun de ses piliers une inscription commémomtive de ce fait.
Les frais de l'ensemble des constructions s'élevèrent à 954,705 livres et ceux du dôme à 555,556 livres, total 4,510,261 livres. Du reste, l'Hôtel-Dieu était riche , d'après un état qu'il dut fournir au gouvernement, en 1 761 , il possédait :
4^ 85 maisons en ville estimées 4,734,000 livres.
2® 4 4 maisons hors la ville estimées 495,300 livres y compris 24 domaines. Les domaines de la Part-Dieu et de la Tôte-d'Or ne figurent dans cette estimation que pour 200,000 livres.
En 4764, on avait achevé toutes les décorations extérieures du dôme. Le double autel (4) en marbre,
(1) An moment oa éclata la Révolation, il se eélèbrtit 116 grand'messes de mort dans l'église de la Charité, œ qui empêchait les aumôniers de donner des soins spirituels suffisants aux malades. Pour faire cesser cet incr»nTénient, l6& recteurs obtinrent de l'évèque de Rhône et Loire que cei grand'messes seraient dites successivement à voix basse Je vendredi de chaque semaine.
qui est au milieu de ce dôme, est également terminé , il est béni le 4 6 décembre par Tévôque d'Egée avec la plus grande pompe; il avait coûté 44,916 livres et la balustrade en fer qui l'entoure 2,083 livres.
La chapelle du Saint-Esprit, à rentrée du pont de la Guillotière, existait encore alors; mais pour faciliter rentrée de ce pont, un arrêt du conseil d*Etat ordonne* en 4774, sa démolition. Pour indemniser rHdtel-Dieu de la privation du loyer annuel de 430 livresque lui payaient le chapitre et la fabrique d*Ainay, soit de la perte du terrain, le Consulat crée à son profit une rente perpétuelle et foncière de 450 livres.
L'Hôtel-Dieu était à Fapogée de sa splendeur au moment où éclata la Révolution. Ses vastes bâtiments couronnés par leur dôme étaient achevés, son église comptait parmi les plus belles de la ville, et Lyon était fier de ce magnifique palais consacré au soulagement de toutes les misères humaines sous la direction d'une administration habile et dont le dévoûment était en toute circonstance sans égal. Le Consulat se plaisait môme à le montrer à tous les princes qui s'arrêtaient dans notre ville. C'est ainsi qu'il en avait fidt les honneurs à l'empereur Joseph II, au grand duc Paul Petrowitz de Russie, à Marie' de Wurtemberg, sa femme, au prince Stanislas de Lorraine, au frère du grand Frédéric. Mais la Révolution, qui ne respecte rien, qui est toujours à court d'argent parce qu'elle en dévore tant, non-seulement met la main sur la fortune des pauvres, mais, sans pitié pour les malades, elle viole, à l'égard de notre Hôtel- Dieu, pendant le siège, toutes les lois de la guerre et de l'humanité et incendie cette maison que
toutes les nations ont toujours regardée comme un lieu sacré.
Je cède, pour dire cette lamentable page de notre histoire, la parole & M. Dagier, ancien magistrat, auteur d'une histoire de THôtel-Dieu et qui a été presque témoin des horreurs commises par la Convention à l'égard de cet asile du pauvre.
<c Un décret impie ordonne l'attaque de Lyon. L'effroi gagne toute la ville; tout commerce cesse, les relations sociales sont suspendues, chacun songe à la défense commune. Déjà Tannée, commandée par Eellermann, est arrivée à Caluire ; déjà, pour foudroyer la ville, les batteries sont établies à Montessuy, propriété des pauvres de THôtel-Dieu, mais les combattants lyonnais ne s'en émeuvent pas et les habitants veulent partager les périls et la gloire de la défense. La légitimité de la résistance enflamme le courage de tous, et des maux sans nombre sont supportés avec la plus noble résignation. C'est à qui donnera des preuves de zèle, de dévoûment et d'humanité. C'est à qui concourra le plus efficacement au salut delà cité, au soulagement de ses défenseurs.
« L'administration de THôtel-Dieu cède à la ville \ 80 sacs de blé et 40 sacs de fEtrine sur ses provisions. Elle établit, de plus, pour les blessés, deux hôpitaux, comme succursales,run à la Charité et Vautre dans l'église Sain1rLouis,et elle les fournit de tout.
(c Le drapeau noir flotte sur le dôme du grand hôpital, son aspect donne une autre direction aux boulets lancés par la ville (4) ; on se flatte qu'il
(1) QuaranU^iuatre mille bombes et obus furent lancés sur Lyon, pendant le siège, et pour seconder l'armée assiégeante
continuera à commander un religieux respect. Vain espoir... la Convention n'a pas d^entrailles, il lui faut des Tictimes, du sang... même celui du pauvre. Dans la nuit du 26 au 27 août» les bombes, dirigées intentionnellement de toutes parts sur l'Hôtel-Dieu, pleuvent de tous côtés. Quarante^eux fois Tincendie 7 éclata, gwÂrarUe-deux fois il est éteint par le seul secours des frères et des sceurs de la maison.
des misérables de l'intérietur jetaient dans les caves des mèches incendiaires et en introduisaient josque sons les toits. Jamais ils ne manquèrent leur but ; ce fut par ce moyen infernal que se fit la terrible explosion de l'arsenal dont l'incendie se communiqua à tout le quartier qui Tentourait. La façade de THôtcl* Dieu fut criblée de boulets ; après le siège, Couthon fit briser les deux statues du roi Childeric et de la reine Ullrogothe qui ornaient la façade ; on renversa également d'autres statues de cd monument qui n'avaient cependant aucun caractère de féodalité oh de fanatisme. Dans le quartier de Bellecour seul, vingt-deux grandes maisons entre cours et jardins furent aussi incendiées pendant le siège, sans parler des façades de la place que Couthon fit démolir ensuite « comme insultant a la misèrs du pau/ore. » Ce stupide exécuteur des vengeances de la Convention ne sut même pas distinguer les statues m^jthologiques des statues ayant un caractère religieux; c'est ainsi qu'il fit mutiler un ÀpoUon qui couronnait la façade du Grand-Théâtre, une Naiiade qui ornait une fontaine, des bas-reliefs mythologiques sculptés sur une porte: On gratta même dans la cour de ruètel-de-ville une inscription en latin, de Scaliger, qui n'avait pourtant rien de séditieux, mais elle était en latin... donc il fallait la détruire ; elle était ainsi conçue :
nUMnitlS HHOnANUS qca sb pvgat ihcitcs uhdis
QUAQOt PI6R0 DOBITAT FLDVIUB MITIS AHAR LOGDUlfC» lACn« AimQUO HOVCS ORBIS Ilf ORBE
LCGDUVmiQUB VBTUS ORBIS, IR ORBB ROVO.
QOOD R0BI8 AUBl QUJBRAS, HIC QUARB QUOD OPTAS
ACr HIC, AUT RUSQUAM VIRCBRB VOTA P0TB8.
Les frères et les sœurs s'oublient eux-mêmes et affrontant tous les périls, se portent hardiment partout où le feu se manifeste ; dès qu'il est éteint, on les voit courir au chevet des malades, aux cris de douleur et de désespoir, au milieu des flammes qui les entourent, et prodiguent leurs soins à ceux qui n'ont pas été écrasés dans leurs lits ou que l'incendie a épargnés....
Tant de dévoûment a sauvé la maison. La haine et l'acharnement des conventionnels ont été impuissants... Mais le bombardement peut recommencer. — On prend alors la résolution de retirer les malades survivants de l' Hôtel-Dieu que ne protège plus son drapeau noir — on les transporte dans Thospice dit des Deux-Amants, et à l'Observance à Vaise. Les Recteurs s'établissent aux Deux-Amants pour s'occuper avec plus de sécurité de leur administration ; mais Lyon, aux abois, est obligé enfin après trois mois d'une héroïque résistance d'ouvrir ses portes, le 9 octobre, — et l'on sait les horribles vengeances que la Convention y exerça
Mais dans quel état se trouvait aussi THôtel-Dieu ? Malgré tous les soins et toutes les précautions, beaucoup d'eflFets mobiliers, le linge, les couvertures et d'autres objets d'une nécessité absolue avaient été dévorés par l'incendie. Les bfttiments ont tellement souflFert du bombardement qu'ils sont devenus inhabitables, et cependant l'hospice des Deux-Amants et l'Observance peuvent à peine contenir le tiers des malades dont le nombre accroît sans cesse, soit par les privations passées, soit par la misère présente. Les Recteurs se virent dans la douloureuse nécessité d'en refuser beaucoup ; de là, des plaintes et des
menaces. Des soldats malades qu*on repousse veulenti le sabre à la main, y obtenir des places et usent d'une telle violence que les sœurs hospitalières épouvantées sont sur le point d'abandonner leur service. Pour comble de maux, le siège a dévoré toutes les provisions de la maison, la pharmacie est épuisée, tout manque, jusqu'au pain dont on n'a plus que pour huit jours.
Les propriétés n'offrent plus de revenus certains. Les maisons qui ont reçu les atteintes des bombes et des boulets sont pour la plupart abandonnées par les locataires qui n'y trouvent plus d'abri.
Les produits des domaines sont séquestrés et les fonds dégradés et tellement bouleversés que si Ton ne s'empresse de les niveler, ils ne pourront plus être ensemencés dans l'année. La malveillance est portée aussi à un tel point d'audace qu'à la Part*Dieu et h la Tète--d'Or plusieurs miUiers d'arbres sont coupés et enlevés — et pour peu que dure ce désordre, ces belles propriétés ne seront plus que des monceaux de ruines.
La détresse de THôtel-Dieu est extrême, mais la charité chrétienne ne se désespère jamais. Elle a confiance en Dieu; Deus providebit , dit-elle avec raison. La Providence n'abandonne jamais les pauvres — ses enfiints. Les Recteurs, quoique réduits à quatre par le nouveau règlement, affrontant le danger qui les menace, se présentent hardiment devant les proconsuls de la Convention» exigent la levée du séquestre mis par eux sur les biens de l'Hôtel-Dieu et même demandent une somme de 300,000 livres que le gouvernement leur avait promis avant le siège. Leur requête énergiquement formulée est accueillie favora-
blement et THôtel-Dieu peut nourrir ses pauvres et réparer les ruines de sa maison délabrée.
Mais les proconsuls reprennent d'une main en partie, ce qu'ils avaient donné de l'autre. Ils exigent la remise de 70 croix en argent qui avaient été portées par les sœurs et les 68 plaques du même métal, signes distinctifs des frères — c'étaient, disaient-ils, des objets du fanatisme des cagots que la Raison prohibait.
En outre, ils se font remettre trois ostensoirs, trois calices, un ciboire, un bénitier et son goupillon en argent, deux paires de burettes, et leurs bassins, une croix en argent, son manche et un tour de dais.
Les réparations et la restauration de l'Hôtel-Dieu coûtèrent, en assignats, 4,573,698 livres...
Après le siège de Lyon, THôtel-Dieu ne pouvant pas recevoir, faute de ressources, les nombreux soldats blessés ou malades, on établit pour eux deux hospices, l'un aux Chartreux, l'autre, à Saint-Irénée, dit Hôpital de la Montagne. Ce dernier sous la direction du frère Gervais.
Un hospice aussi considérable a dû avoir nécessairement des Archives très-nombreuses (1). La Révolution les a en partie épargnées, mais elles ne sont pas réunies dans le même local et se rencontrent
(1) Toat ce qui pourrait noas instruire de la gestion des premiers administrateurs n'existe plus. Les monuments primiliis de l'œuvre se sont affaissés sous leurs ruines. Les titres, les chartes, les contrats ont été dispersés et égarés par les agents qui en eurent besoin pour régler des affaires dans l'intérêt de l'hospice. f'Lyon ane, et mod. p. 538.)
âoit à THôtel-Dieu, soit à la Charité, et la majeure partie est dans les dépôts de la ville et du département.
L'on sait, en effet , que l'Hôtel-Dieu ayant été administré par le Consulat jusqu'au mois de janvier 1 583 , ses Archives antérieures & cette date sont restées dans celles de la ville où elles figureront sous les diverses lettres de séries qui devront servir à les désigner. Voici en quels termes en parlent les Recteurs, dans un rapport imprimé, de 116 pages, adressé par eux, en 1661 , au Consulat, sous le titre : « La forme de la direction et oeconomie du Grand- Ho8tel-Dieu-de-Nostre-Dame-de-Pi l ié-du-Pont-du- Rhosne, de la ville de Lyon. »
a Le Thrésor (les Archives], disent les Recteurs de cet Hostel-Dieu, ne craint point la main du larron, ny la rouille. Il consiste en de grandes indulgences, concédées par le pape Urbain III, tenant la place de sainct Pierre, en l'année 1185 et en diverses bulles qui mirent cette maison et ses biens sous la protection du Sainct-Siége, permettant de prendre les aumosnes et de les employer aux bastiments et nécessitez des pauvres.
a Clément III confirma ces bulles et y adjousta une immunité de dixmes pour les fonds tenus par cet Hostel-Dieu. Innocent IV, en l'année 1243, confirma, de même, ce que ses devanciers avoient &it et les dons que Renaud, archevesque de Lyon, du consentement du Chapitre avoit faict à l'Aumosnerie du Sainct-Esprit du Pont du Rhosne, enjoigpaant au dit Chapitre de pourvoir à la conservation des droicts et revenus de cette maison. Jules II fit de mesme et octroya indulgence plénière à ceux qui visiteront ce
lieu depuis Pasques-fleuries jusqu'au lendemain de Pasques.
a Pour suivre les saisons, on dira qu*en avril 4 470, messire Jean Damanzé, chamarier et comte de Lyon, de la mesme église, vicaire-général de Tarcheyesque de Lyon , fit publier partout son ordonnance, par laquelle il enjoignit à tous les prestres et curez de son diocèse de recevoir les deniers qu'on donneroit et questeroit pour Thospital, et inviter un chacun, par leurs exhortations, à la libéralité envers les pauvres du dit Hostel-Dieu aux prières des quels il bailla part aux dits prestres et curez, lesquels il chargea d'apporter et rendre au dit Hostel-Dleu les dites aumosnes , — et fulmina excommunication contre ceux qui empescheroient les bonnes œuvres et c hantez.
c Les mesmes Archives conservent un VtdimuSj ou extraict faict en Tan \ 480 , par messire Antoine Bertrand, lors officiai de Lyon, de plusieurs bulles et concessions des papes Innocent IV, Grégoire III, Urbain IV, de diverses patentes des arche vesques de Lyon ; ces bulles portent ds merveilleux privilèges, indulgences, dons et grftces, tant aux pauvres de THostel-Dieu, qu'aux administrateurs et bienfaicteurs d'iceluy , avec pouvoir de recevoir toutes sortes d'aumosnes, contenant mesmes anathèmes contre ceux qui divertiroient le bien et utilité de cette maison.
« La bulle de Sixte IV, dont a esté faict cy-dessus mention, est fort authentique; parmy les prérogatives qui y sont contenues, la connoissance des diff^rens et affaires de cet Hostel-Dieu fut réservé à Sa Sainteté, -» permis de conserver dans l'église de
THostel'Dieu le SainctrSacrement — et à ses prestres de radministrer ; — ^faire les enterrements des pauvres et de toutes personnes qui chercheroient leur sépulture dans l'Hostel-Dieu, avec cette grande grftce de la rémission de toutes sortes de péchez. — Cette bulle est de la dite année 1480.
« Nos Roys n'ont pas esté moins libéraux envers cette saincte maison. François P' Texempta, le 25 février 4530, des droits de péages, comme aussi de toutes sortes d'impositions et subsides. En 1541, le Parlement des Dombes confirma ces droits pour les biens situés dans cette province ; la Cour du Parlement de Grenoble a pareillement authorisé cette immunité contre les habitants de Venissy, en 1618, etc, etc. »
« Ces Archives, ajoutent les Recteurs dans le même rapport, sont dans Tun des grands corps de bastiments de THostel-Dieu. Elles sont voûtées, fermant à trois clefs ; Tune, gardée par lavocat-recteur qui a la direction des dites Archives et papiers ; l'autre est ès-mains de l'ex-consul et l'autre en celles du Thrésorier ou Receveur des deniers de THostel- Dieu. 9
Mais ces Archives ont été sing^èrement appauvries par l'incurie des receveurs des deniers de THOtel-Dieu. Ceux-ci, en rendant leurs comptes à Tadministration de la maison, ont presque toujours négligé de remettre, en môme temps, aux Recteurs en charge les pièces à l'appui de leurs comptes, môme les titres constitutifs des revenus de l'hospice. On regrette, dit M. Dagier, dans son Ilistoire de PBôteU Dieu y « que surtout le sieur Frédéric Thomas, quia été receveur au moment de la remise de la maison par
le Consulat aux six Recteurs nommés en 1583, n'ait pas scrupuleusement exécuté les ordres qu'il avait reçus à cet égard. En effet, le Consulat, par Torgane du procureur général, Claude Rubis, lui avait enjoint de faire ponctuellement cette remise (1); les Archives de THôtel-Dieu contiendraient aujourd'hui beaucoup plus de titres primitifs, et ces titres accompagnés d'actes administratifs, ne laisseraient peut-être aucune lacune, depuis même l'origine de ce célèbre hôpital ; mais, en ce temps de simplicité, ce qui ne paraissait être qu'historique, n'était considéré que comme un élément de curiosité, et était négligé ou écarté. » En 4592, il se perd encore beaucoup de titres (2); les Recteurs en sont informés et
(1) Les Recteurs-consuls firent même l'objet d'une délibération spéciale de cette affaire, car on lit dans les actes du Consulat la mention suivante : « Le faict émis en délibération, et sur ce ouy, M** Claude de Ruby, procureur, Jehan Ravot, secrétaire, et Guyot de Hasso, recepveur, et leurs remontrances, a esté ordonné que inventaire raisonné seroit faict, par les susdits officiers, de tous et chascuns des titres, papiers et enseignements, tant anciens'que modernes qui sont de présent aux Archives et ès-mains de ceux qui ont la charge, maniement et poursuites des dites affaires, tant de THostel commun de ladite ville, que de VHospital du Pont du Rhône, et lequel ils rapport teront dans six mois, bien et deuement faict et parfaict, et moyennant ce, et aussy en considération des remontrances que les susdits officiers ont faict et requette pour leur estre leurs taxations augmentées de leurs vaccations extraordinaires de Tannée passée. »
(2) Déjà, en 1506, de nombreux titres avaient été enlevés des Archives de l' Hôtel-Dieu. Ainsi, on trouve à ces Archives une bulle du pape Jules II, datée du 5 des Nones d'octobre 1506, donnée en faveur des consuls administrateurs des dits hopi-
apprennent aussi que des personnes mal intentionnées retiennent des actes^et documents relatifs aux rentes qui dépendent de l'hôpital Saint-Just. Ils convien- , nent alors qu*ils se transporteront eux-mêmes sur les lieux pour y prendre des informations si précises que le fait de détention ne puisse pas être révoqué en doute. En 1615, les Recteurs s occupent encore avec sollicitude des Archives de la maison. Ils char- ^^ent les solliciteurs ou agents d'affidres de la maison, de faire aux Archives de la ville la recherche exacte des titres, actes et documents qui peuvent concerner l'Hôtel-Dieu.
En 4623, les Recteurs se préoccupent de nouveau de leurs Archives. Ils prennent des mesures réglementaires pour la classification au secrétariat des lettres-missives envoyées ou reçues , — et sont trèsaffiigés de la perte de plusieurs titres extraits des Archives, — et dans cette affliction, ils prennent l'arrêté suivant :
a Et doutant que cy-devant ont été tirés des Archives plusieurs titres et contrats, lesquels pour n'y avoir été soigneusement remis, se trouvent & présent pour la pluspart, perdus ou adhirés au grand préjudice et dommage de la maison et affaire de l'Hostel-Dieu : Pourquoy, après délibération faite, les dits sieurs ont arrêté de faire pubUer monitoire le carême prochain, pour avoir révélation et déclaration desdits titres et contrats, affin de les recouvrer
Uax et par lui adressée au Précenteur et Sacrbtain de l'Eglise de Lyon et à TOfficial, pour avertir et prononcer sentence d'excommunication contre ceux qui retiennent, entre autres, les papiers des dits hôpitaux, k moins d'une entière satisbcUon »
ou partie d'iceux, pour les remettre dans les dites Archives. »
En outre, pour éviter la perte d'autres titres, les Recteurs ordonnèrent au notaire de la maison de faire deux expéditions des actes dont l'une , en grand papier, ne sortira jamais des Archives. De là lorigine des actes notariés qui composent aux Archives de THôtel-Dieu la collection des volumes reliés, in-folio.
En 4623, les Recteurs constatent de nouveau la perte de nombreux titres de rente qui avaient été confiés au notaire de la maison, pour le recouvrement des arrérages de ces rentes. — Ce notaire négligent, refuse môme de restituer les sommes qu'il a perçues et il est cité devant les tribunaux. Mais, par égard pour son honorable profession, les Recteurs retirèrent leurs plaintes, et il fut tenu de rendre tous les titres, d'affirmer devant un officier de justice qu'il ne retient aucun acte appartenant à l'hôpital, et de donner 300 livres aux pauvres.
Les divers inventaires des Archives de l'Hôtel- Dieu existent encore presque tous. J'ai pu les voir et les compulser ^r;;/ac6, parce que l'administration, esclave de son règlement, ne permet pas leur communication à qui que ce soit, ce qui rend leur étude extrêmement incommode et difficile. En efiPet, ces inventaires sont répartis entre les hospices de THôtel* Dieu et de la Charité, ce qui nécessite des allées et des venues continuelles pour celui qui a besoin d'y faire des recherches, — et le lecteur studieux est obligé de travailler au bout d'une table, dans des bureaux, au milieu du va et vient du nombreux public qui les fréquente. Quoi qu'il en soit.. .. j'ai pu
constater l'existence de plusieurs de ces inventaires, et voici en quels termes ils sont relatés dans un répertoire général de 1734. Dans ce répertoire, on lit en effet sous la rubrique : « Anciens inventaires des Archives :
Abticlb <•'. — Quatre cahiers couverts de parchemin, contenant Tinventaire général des Archives, fait, en Tannée 4535, par le sieur Hugues Videlly, greffier de la Cour et sénéchaussée de Lyon, procthreur de cet hospital. Le premier de ces cahiers est l'inventaire des papiers des maisons et granges appartenant audit hospital et des deniers à lui dus.
Le second cahier est Tinventaire des titres des pensions et des fonds étant entre le Rhône et la Saône.
Le troisième est l'inventaire des titres des pensions imposées sur les fonds étant hors la ville de Lyon.
Abticlb 2. — Un gros volume relié en basane rouge, contenant Tinventaire général des Archives dudit hôpital, fait en Tannée 1597 (1), par Claude Pigeon, commis à tenir les livres et papiers d'icelui.
(1) Eq tète de cet inventaire, on lit les lignes suivantes : « En Tannée 1597, estant Recteors dadit Hostel-Dieu, nobles Anthoine Grollier, seigneur de Serviëre, conseiller du Roy, — son maistre d'bùtel ordinaire et trésorier-général de France au Bureaa des finances de Lyon ; M. Pierre de Montconni^» seigneur de Liergoes, et Poilly, conseiller du roi en la sénéchaussée de Lyon : M. François Desmusins, conseiller du roi et président k l'Election du Lyonnois ; M. Antoine Phily, docteur èsdroîts, advocat; M. Jean Creppet, greffier en ladite sénéchaussée; Pierre Guyot, commissaire ordinaire des artilleries de France
Article 3. — - Un gros volume relié en maroquin rouge, qui contient Tinventaire des dites Archives, fait en Tannée 4632, par M. Goujon, dans lequel inventaire est une préface contenant l'origine de cet hôpital.
Article i. — Trois tomes reliés en basane brune, garnie en plaques de cuivre, contenant Tinventaire général des Archives, fait en Tannée 4704, par le sieur Martel. Le premier de ces tomes contient l'inventaire des titres des maisons appartenant audit hôpital et des privilèges et exemptions d'octroi. Le second est l'inventaire des titres et papiers concernant les pensions et rentes constituées audit hôpital, tant à la ville qu'à la campagne. Le troisième tome est Tinventaire des titres et papiers concernant les domaines et rentes nobles, divers actes obligatoires, testaments, donations et codicilles, ceux des substitutions et des fondations, tant de messes, prières, que des incurables, avec les papiers des hoiries et un abrégé des registres et grands livres de raison dudit Hôtel-Dieu.
Enfin, à ces mômes Archives, se rencontre un autre et dernier inventaire en six volumes in-folio, qui porte la date de 4734. Cet inventaire paraît avoir été
et conlrôleor ordinaire des guerres, Pierre Bemier» Georges Loys, seigneur de Rochefort et Pierre Landry.
« A esté faict inventaire et dénombrement général de tous les biens et revenus d'iceiuy hostel-Dieuqull possède en Tannée 1597, consistant en maisons, granges et possessions, penûons, tant dans la ville de Lyon et aultres droits au profil du dit Hostel-Dieu, — et mis par ordre au présent livre, par Claude Pigtmi, commis à tous les comptes, livres et papiers d'ioeluy.»
fait avec le soin le plus minutieux ; presque tous les titres de THôtel-Dleu y sont môme analysés avec une si grande habileté , que cette analyse pourrait presque suppléer les titres eux-ihèmes, s'ils étaient perdus. Tous ces titres existent-ils encore ? Je n'ose Tespérer; et quand le saurons-nous? L'inventairesommaire , prescrit par le gouvernement , n'est pas même encore commence /...et pourtant, Tadministration de nos hospices est composée d'hommes d'une si grande habileté et d un dévoûment si absolu pour la maison dont ils ont la garde ! Mais on ne pense pas toujours à tout
Dans ce dernier inventaire , que je n'ai pu que feuilleter, se trouvent quelques notes que j'ai cru devoir copier et reproduire ici. Ainsi, je lis d'abord ce passage : < M. Tavocat, M. Tex-consul et M. le trésorier ont chacun une clef des Archives, et, sous lui, il y a un archiviste (i ) qui n'a pas de fonctions. Il serait à souhaiter que, sous la direction de M. l'avocat, il y eût un homme de confiance pour avoir soin des Archives. »
En outre, je lis le passage suivant, qui indique que l'auteur de cet inventaire n'a malheureusement regardé les titres les plus anciens de THôtel-Dieu que comme des objets de curiosilé , et nullement comme des monuments historiques d'une réelle et
(1) En 1806, radministraiion créa la fonction d'archiviste ; en 1826, elle était remplie par M. Dagier, avocat, leqael fit classer les titres et les chartes de la maison, et publia, en 1830, ïHistoire chronoh/giquê de VEÔUl-Dieu, ouvrage exact, indicateur prédeux, que j'ai mis souvent à contribution pour écrire cette notice.
grande importance II est donc à craindre que ce dédain fâcheux lui ait peut-être fait mettre aux rebuts des actes des plus précieux. Voici, en effet, comment il s^exprime : « On n a pas inventorié les titres des différents hôpitaux réunis au grand Hôtel- Dieu, parce qu'ils ne servent qu'à la curiosité et sont absolument inutiles pour le bien des affaires. »
Pour compléter ce que j'ai à dire sur ce dernier inventaire de 4734 , je crois devoir reproduire son résumé y qui se trouve dans un répertoire à part, dressé pour la facilité des recherches. Ce résumé dit mieux que je ne saurais le faire, ce que contenaient alors les Archives de l'Hôtel-Dieu. — Je les reproduis en entier.
Premier chapitre.
4® De l'administration de l'hôpital et grand Hôtel- Dieu ; 2' des officiers dudit hôpital, tant ecclésiastiques que laïques ; 3^ de la réunion des divers hôpitaux à rhôpital de Notre-Dame-de-Pitié et des bâtiments dlceluj ; 4® privilèges émanés de la puissance ecclésiastique ; 5^ privilèges émanés de la puissance laïque ; 6^ titres entre THôtel-Dieu et l'Aumône générale ; V titres concernant les communautés, tant séculières que régulières ; 8° testaments, donations et codicilles ; 9^ fondation de chapelles dans l'église de l'Hôtel-Dieu, des messes et des prières et des incurables.
Deuxième chapitre.
40* Ne comprend que les hoiries au profit de l'Hôtel-Dieu.
Troisième chapitre,
4 4 * Maisons à la ville ; 4 2^ domaines et maisons hors la ville.
Quatrième chapitre.
4 3* Rentes nobles et directes ; 4 4*^ rentes sur les fonds publics, tant en France qu'ailleurs ; 45® rentes et pensions dues à l'Hôtel-Dieu par des particuliers.
Cinquième chapitre.
46® Dettes au profit de THôtel-Dieu , louages, baux à ferme et grangeages ; 4 7° des aliénations faites par l'Hôtel -Dieu ; 48° dettes passives ; 49® quittances passées en faveur de THôtel-Dieu ; 20® prix faits et quittances d'ouvriers; 24** transactions ; 22® a&ires litigieuses et procédures ; 23° tutelles et curatelles; 24® exécutions testamentaires; 23° dépôts de papiers ; 2fi° lettres , missives et mémoires ; 27® adoptions ; 28® cas fortuits, enfants exposés, nourrices; 29® inventaires généraux dés ornements d*église , meubles meublants » linges , ustensiles de l'Hôtel-Dieu ; 30® anciens inventaires des Archives et dénombrements de fonds ; 34® comptes d'entrée de vin ; 32® comptes des trésoriers avec les pièces justificatives ; 33® comptes des Recteurs en particulier ; 34® grands livres de raison depuis Tannée 4 583y et bilans généraux ; 35® recueils des actes concernant l'Hôtel-Dieu ; 36® registres du secrétariat, contenant les délibérations du bureau et les mandats ; 37® livres d'entrée et de sortie des malades ; 38® anciennes procédures.
< Tous ces chapitres sont numérotés au-dessous des armoires qui les renferment, à l'exception du cha-
pitre \3, que Von a miâ , pour plus de commodité, dans le pupitre au-dessus des comptes des Trésoriers. »
Presque tous les documents inventoriés en 4734 existent encore. Il y a cependant quelques lacunes provenant de la funeste habitude de ne pas garder note des sorties ; mais il se rencontre, malheureusement, une période dont les Archives ont, presque en entier, disparu : c'est celle de 4 792 à 4 802. Les Commissions des hospices ont été prises alors parmi les membres du district de la ville. Le caractère administratif de ces hauts fonctionnaires a-tr-il motivé le versement des Archives hospitalières dans quelque dépôt communal ? On serait tenté de le croire, car il n'y a pour cette époque aucune liste de nominations et les registres des délibérations sont incomplets.
L*Hôtel-Dieu ayant conservé son administration particulière jusqu'en 4802, ses Archives se sont accrues, depuis 4734 jusqu'à cette époque « d*nn assez grand nombre de titres qui n'ont , d'ailleurs, qu'un &ible intérdt historique, à cause de leurs dates récentes.
L'inventaire sommaire des Archives de THôtel- Dieu , d'après le plan actuellement suivi pour ces sortes d'établissements, n'a pas été encore entrepris, comme je l'ai déjà dit plus haut. Son tour viendra bientôt, dit-on, et il serait à désirer vivement que sa confection ffit confiée à M. Rolle, qui achève, en ce moment, avec une si grande perfection, l'inventaire sommaire des belles Archives de Thospice de la Charité. L'administration générale des hospices publie, cependant, chaque année, un compte moral ou résumé de son administration ; elle est mfime entrée ,
en 1 874 , dans la voie des publications historiques par Pimpression de la nomenclature des fondateurs et biei^aiteurs des hospices civils de Lyon. Cette nomenclature sera suivie de la liste des Recteursadministrateurs de THôtel-Dieu, depuis 983, et de la Charité, depuis \ 534, et de la liste de tous les Recteurs communs à tous les établissements hospitaliers de Lyon^depuis i 802.Ce volume in-4^ contient 22 feuilles, n est clos par la liste des administrateurs de Thôpital de Bicôtre, de la Quarantaine, devenue 1* Antiquaille. Cet hôpital, a eu, on le sait, une administration spéciale de 1803 à 4844. A cette époque, les six administrateurs de r Antiquaille rentrèrent dans le Conseil général des hospices, et les fonds* des Archives de tous ces établissements sont aujourd'hui tous réunis dans les diverses salles de THôtel-Dieu, affectées à cet usage. Ces salles se rencontrent, l'une dans les anciens bâtiments de la maison (4) , et l'autre, sous le dôme. Dans la première , sont conservées les Archives , proprement dites , c'est-à-dire tous les titres de propriété de THôtel-Dieu, èttoutesles époques, et les actes et registres de ses administrateurs. Tous
(1) Ces Archives sont ainsi décrites dans nn Mémoire des Recteurs au Consulat, en 1661 :
« Sous un autre corps de bâtiment sont les Archives voûtées, fermant à trois clefii, l'une gardée par Favocat-recteur, qui a la direction des dites Archives et papiers ; l'autre, ès-mains de l'ex-consul, et l'autre, en celles du thrésorier ou receveur des deniers de THostel-Dieu. A costé des Archives est une chambre où Ton reçoit compte des deniers ; ensuite est le bureau où les Recteurs s'assemblent tous les dimanches et tous les jours, le mercredy après-dîner, à 2 heures Thyvert et h 3 heures l'esté. »
ces titres sont protégés contre la poussière par des cartons-boîtes en forme de volumes, qui les couvrent efficacement^ et qu'on devrait bien adopter dans nos Archives municipales et départementales Ces cartons-boîtes sont enfermés dans des armoires en chêne, qui datent, je crois , du commencement du siècle dernier.
Dans la seconde, qui est sous le ddme, sont réu* nis tous les registres d'entrée et de sortie des malades, série des plus considérables, comme on peut se l'imaginer, et formée de volumes énormes. L*accès de cette salle est repoussant ; elle est située au-dessus d^un magasin , dans lequel on entrepose les habits des malades pendant leur séjour à l' Hôtel- Dieu. On devine Todeur qui se dégage de cet amas de vêtements ou de haillons malpropres. L'adminiâtration actuelle a compris que ces belles Archives ne pouvaient pas demeurer plus longtemps ainsi disséminées, et qu^il fallait ne former qu'un seul et même dépôt de toutes nos Archives hospitalières. Elle a donc décidé que celles de l'Hôtel-Dieu seront trans-* portées, avec leurs anciennes armoires, à l'hospice de la Charité, où on leur préparera, à la suite des salles des Archives de cette dernière maison, une vaste salle dite de Saint-Joseph. On ne peut qu'applaudir à cette centralisation, laquelle &cilitera singuUèrement les travaux que l'on voudra y faire. Tandis qu'aujourd'hui, comme je l'ai déjà indiqué plus haut, l'homme studieux est obligé de perdre son temps en allées et venues continuelles, d'un hospice dans un autre, où il ne trouve YhospUtUiié qu'au bout d'une table surchargée de plans et de cartons où il peut à peine se mouvoir, ou s'asseoir.
Un mot encore sur les anciennes Archives de l'Hôtel-Dieu.
Les actes de l'état civil de la maison avaient été tenus jusqu'en < 792 par les recteurs de THôtel-Dieu ; mais une loi du 20 septembre de cette année voulut qu'à l'avenir ces actes fussent reçus par les municipalités. Cette loi s'exécuta, et, le 2 janvier 1793, le frère Crozier remit à Julien van Rizamburg, officier municipal délégué, 35 registres contenant les actes de bap* tême depuis le 21 juin 1621 jusques et y compris l'année 4792 ; un répertoire intitulé : Répertoire des enfants légitimes, depuis 1737 jusqu'en 1792, les registres des actes de décès, dont quatre du 18 octobre 1693 au 30 septembre 1727 — dix-sept depuis le 1* janvier 1741 jusqu'à l'année 1792 — un registre intitulé « Registre des actes mortuaires de Messieurs de la religion prétendue réformée, depuis 1 692 jusqu'en 1 71 9 ; » — un autre intitulé « Protestants, — un autre ayant pour titre : « Registre des actes mortuaires de Messieurs de la religion prétendue réformée, inhumés à THôtel-Dieu de Lyon, 1715 ; —
dix autres registres mortuaires, tenus à l'Hôtel-Dieu depuis l'année 1751, et cinq autres registres, de
L'Hdtel-Dieu étant déchu du droit de dresser désonnais les actes de Tétat-civil, le frère Gouin fut chargé de fiûre à la municipalité les déclarations et les frères Millet et Grataloup pour servir de témoins.