‹ Les archives de LyonChapitre 19 sur 48 · Deuxième partie. — Hoaplcs d« la Cbarité · texte numérisé non relu

Deuxième partie. — Hoaplcs d« la Cbarité

'hietoire de cet établissement de bienfaisance a été écrite déjà, en 1838, par M. le docteur PottoOj dans Lyon ancien et modenie, et M. le comte de Soultrait l'a résumée en quelques pages dans l'introduction placée en tête du premier volume de l'inventaire des Archives de ce grand hospice. Je me bornerai donc & quelques dates seulement pour indiquer l'origine et le développement de cette maison hospitahëre. Son établissement ne remonte qu'au commeacement du xvi' siècle. Alors, en 4531 , sous le règne de François I", une disette affreuse sévissait dans notre ville ; une famine aussi cruelle que celles qui avaient causé tant de souffi'ances & Lyon, en UOO, 1478 et 1504, et qui devaient régner encore en 4896 et 1697, exerçait sesravages en Bourgogne, dans le Dauphiné, en Savoie et dans tout le Lyonnais. Ce n'était pas assez des habitants pauvres de Lyon qui criaient la faim ; pour comble de misère, il en arriva Luit mille par les bateaus du Rhône et de la Sadne, de la Bourgogne, de la Bresse, de la Dombes et du Dauphiné. Alors, dit le P. Héneetrier, on enteadit les épouvantables cris de ces pauvres affligés qui, « tendant les mains à ceux qui paraissoient sur les ports, leur demandoient, avec des larmes, qu'ils voulussent bien les recevoir. Nous mourons de faim. Secourez-nous, au nom de Dieu. » La cha-

rite lyonnaise, toujours compatissante, toujours admirable, ne fut pas sourde à ces cris de détresse ; elle alla au devant de ces malheureux et ouvrit les maisons de la ville, et chacun partagea avec eux le peu de pain qui lui restait encore. En outre, huit notables bourgeois se chargèrent de recevoir les aumônes et de les distribuer à ces malheureux, qu'on secourut depuis le 49 mai jusqu'au 9 juillet, où la moisson les rappela dans les campagnes.

Deux cent quatre-ving^ livres étaient restées sans emploi, des collectes faites dans la ville. La crise avait été conjurée par la bienfaisance publique, mais elle pouvait renaître plus terrible encore, et pour la prévenir, on eut la pensée de créer un étabUssement permanent pour le soulagement habituel des pauvres. Du reste, cette idée semble être née à Lyon dès le moment de la famine de 1531 , car alors parut une curieuse plaquette gothique, imprimée à Toulouse en 1531, et dont voici le titre (1).

(1) Cette plaquette appartient à M. le président Baadrier, et a été communiquée par lui à M. le comte de Soultrait, qui la cite dans son introduction à l'inventaire des archives de Thospice de la Charité, dressé en ce moment par M. Rolle.

M. de Soultrait pense que cette plaquette est Tœuvre de Jean Vauzelles, qui signait habituellement ses ouvrages de l'une de ces deux devises ; « Dung Vray zelle, » ou bien : c Crainte de Dieu vault zelle. *

Jean de Vauzelies était frère de Georges de Vauxelles. chevalier de Saint-Jean de Jérusalem et commandeur de la Tourette. )lécène des gens de lettres, il amena à Lyon et fit élever Jac<F ques de Vintimille, jeune Grec de la famille des Lascaris, connu pir quelques ouvrages. — Jean de Vauzelies, parent de Sève Maurice, était chevalier de TEglise de Lyon, curé de l'église de

« Police subsidiaire à celle quasi infinie multitade des poures (pauvres) survenus k Lyon sur le Bosne, l'an mil cinq cent XXXI. Avec les grâces que les poures en rendent à Messieurs de l'Eglise et aulx notables de la ville. Le tout fort exemplaire pour toutes aultres citez. Dédiée à honneste homme Jehan Barril, marchand de Tholose, pour la communiquer aux habitants d'icelle. Dung vrai zelle. »

Quoi qu'il en soit, le 18 janvier 4533, les organisateurs de Tœuvre de 4534 se réunirent de nouveau pour arrêter les bases de l'institution projetée.

Jean Broquin, Loys Beéat, Jeaa Faure, Pierre Tourvéon (4), Jehan Belle et Jacques de Bays (2) signèrent Tacte de fondation de l'œuvre le dimanche 28 janvier 4533. Jehan Broquin rédigea le règlement, mais qui ne fut imprimé qu'en 4539, par Sébastien Grypbe, sous le titre de : Police de Faulmosne de Lyon (3) .

Saint-Romain, curé de Montrottier, aateor ascétique, poète, homme de lettres. Il prenait pour devise : « En crainte de Dieu vaut zelle, » ou « d'eung vray zelie. »

{Lyonn. dign. de mém.t p. 308.) '(1) De la maison de Tourvéon ou Torvéon, dont plusieurs membres figurent dans nos fastes consulaires des xiv«, zt« cl XVI* siècles, entre autres, Méry Torvéon, lieutenant du roi en Lyonnais, en 1555, né en 1519, marié à Catherine de Chaponay, — Claude de Torvéon, mort en 1596, lieutenant criminel. (Hist. de Lyon, Hubys. I. 401).

(2) De la famille de Bays ou de Bais, qui a fourni André de Bays, lieutenant général des armées, au xvi* siècle. (Pernetti, II, 63).

(3) Le nombre des Recteurs, fixé d'abord à 8, fut élevé ensuite à 12 et, en 1573, à 15, parmi lesquels deux de natûm i(a-

Voici en quels tennes fut alors rédigé le projet de la fondation d*une Aumône générale à Lyon :

a Au nom de Dieu. Amen. Sachent tous que à rassemblée fisiicte au couvent des Goideliers de Sainct-Bonaventure, à Lion, qui fust le 18* jour de janvier 1533 (V. S.) à la rédiction des comptes, se trouvent de deniers bons et qu'il y a présentement grand nombre de pauvres^ tant malades que valides, peliis enfants cryant et huant de faim et de froid, nuyt et jour y par la ville, faisant un merveilleuœ ennuy par les églises^ à la confusion, crévecoeur et scandale, et perturbant la dévocion du peuple et qui pouvoit esire cause, en partie, de la peste laquelle pulluloit annuellement en la dicte ville, pour ces causes et plusieurs autres, fut proposé de mectre sus une autre Aumosne ou Charité, suyvant la forme dernièrement observée à Paris. Et pour ce fistire, fust mys en avant, de la

tienne En 1583t le Bareau décide qu'il y aura un recteur de Messieurs de l'Eglise» un de la justice et un des nations étrangères. En 1587, commence Fusage par les recteurs de faire un don à la maison en quittant leur charge.

En 1«587, une ordonnance de M. de Handelot, gonvemeur de Lyon, obligea chaque habitant de Lyon de noumr et loger les pauvres qui leur étaient adressés par hilletê des Recteurs.

L'année suivante, il fut fait un recensement général des pauvres et on mit un impôt de cent sols par mois sur les bourgeois de L^'on pour chaque pauvre qui leur était envoyé. Les pauvres étrangers étaient renvoyés dans leur pays, et Ton pria les seigneurs justiciers de faire nourrir les pauvres de leur justice, suivant l'édit du roi rendu k cet effet. En 1589, on fil faire par les enfants de la Ghana et par ceux de Sainte- Caiherinc < une procession dans diverses églises, à cause du malheor du temps, pour apaiser la colère de Dieu. » (Arch. de la Charité, D.)

part de Jehan Broquin, certains articles pour rintroyte et forme d'icelle Aumosne desquels la teneur s'en suyt. (( Ordonnance pour nourrir les pouTres, affin qu'ils n'aillent plus par la ville et pour évicter le danger de tant de pouvres filles qui soni gastées et de tant de pouvres petits enfants qui sont perdus et gastés. — Premièrement, que tous les petits enfants orphelins qui ne savent où se retirer, seront tous mis à la Chanal, et là seront falots deux régens les quelz leur apprendront leur créance et quand les quelz petits enfans auront de huict à neuf ans, fauldra trouver moyen, par aumosne ou autrement, les mectre de mestier qu'ils vouldront estre — plus, touchant les filles orphelines, l'on les mectra à Saincte-Gatherine, et là, seront semblablement mys une, deux ou trois femmes veuves, les quelles régenteront les dites filles, et aussy leur apprendront quand elles seront de Taage de cinq à six ans, à coudre et fiUer, affin qu'elles ne demeurent oysives, — et quand quelque bourgeoise de la ville aura à en faire de quelqu'une une servante, elle la pourra aller prendre dedans — plus, touchant les pouvres mesnagiers et gens de mestier, lesquels auraient grosse charge d^enfans et que leur dit mestier ne peut satis&ire à les nourrir, par quoy sont contraincts mendier par la ville leurs enfans , sera faicte re Visitation sur les lieux et veoir la qualité de quoy ils se meslent, et avoir regard combien d'enfans ils ont à nourrir et à leurs mestiers et à leurs femmes, et selon que Ton verra qu'il sera trop chargé des dits enfans Ion leur fera un taux par semaine — et sera advisé, à chascune aumosne, combien un homme peult manger le jour, et semble que c'est assez d'une lyvre e

demie de pain et ung liard pour avoir de la pictance — et de ce on fera registre par les commis et députez, et le tout bien advisé, sera le meilleur de faire la d. aumosne en pain et argent. — Plus fauldra adviser de faire faire cryes et mandements exprès que tous hommes et femmes sains et lesquels pourront gagner leurs vies, se délibèrent de la gagner ou absenter la ville — et s'il advenoit qu'il y eust quelque femme qui ne seut ou aller ou se retirer et qu'elle se trouvast chargée d*enfans, en ce cas, il faut qu'elle mène ses d. enfans aux d. lieux députez, et qu*elle voy se gagner sa vie, pourveu qu'elle soyt de la viUe, ou si elle n'est pas de la ville, fault quelle s'en aille hors de la ville et s'en retourner d'où elle est. Plus fault &ire que tous pouvres passans estrangiers, lesquels ne pourront gaigner leur vie en ceste ville, qu*ils n'ayent à y séjourner, après leur avoir esté faicte l'ausmone, et après s'ils se trouvent mendier en ville, il en sera faict justice. -— Plus, semble qu'il sera pour le meilleur de fietire les dites aumosnes en pain et argent, comme aux pouvres mesnagiers lesquels prendront par semaine, et aussi aux passans, parce qu'il sera plus aysé à ceulx qui feront la d. distribution, — et touchant les en&ns de la Chanal et de Sainie^CaiherinBy il leur conviendra faire cuyre pain et potaige au dit lieu, et semble qu'il ne leur faudra pas donner à boire du vin pour l'espargner, de les tenir vestus et habillez — et quant à ceulx qui pourront travailler Ton les fera enchaîner aux foussez (ceux de Saint^Sébastien qu'on creusait alors) pour travailler au pain et à l'eau et s'Us ne veulent là demeurer, il fauldra les chasser hors la ville et pour ce il y aura gens commis. »

Par une autre ordonnance, on nomma hait recteurs ou commis de l'Aumône, quatre du côté de Fourvières, quatre du côté de Saint-Nizieret un trésorier, qui furent astreints à se réunir au bureau tous les dimanches. Des quêtes furent organisées dans toutes les églises et hôtelleries avec recommandation « h tous les prescheurs, preschant publiquement en la dite ville, de dire qu'on participât à l'aumosne. » Le clergé de Lyon fut invité aussi à se cotiser pour contribuer à la bonne œuvre et la même prière fut adressée aux bourgeois et aux conunerçants ; « des femmes notables de çà et de là, se chargèrent de quêter dans les maisons de mois en mois et la ville leur donna des tasses pour prier les gens en les églises de faire l'aumosne ». Les Allemands, les Florentins, Lucquois « et aultres nations estranges » se virent engagés, de leur côté, à faire la quête tous les mois, mais les Florentins s'y refusèrent « disant que la ville les avoit cy-devant maltraitez. »

Le 25 janvier de la même année, les notables de la ville se réunirent de nouveau « pour parfaire la dicte entreprise et aulmosne et furent par la d. assemblée, establiz, ordonnez et esleus, unammile et de communi consensu, huict notables preudhommes, commis pour exercer le gouvernement à mectre à chef dlcelle Charité, c'est assavoir : Jacques Fenoyl, André de Larber, Pierre Begnault et Jehan Fosson, à la part de Forvière; M. le visiteur Claude de Bourges, Humbert Gimbre, Théode Levin, et Jacques Senneton, h la part du Bosne ; Pierre Tourveon, trésorier et Jehan Marchant, conducteur des municions dlcelle. »

La magistrature voulut aussi s'associer à cette

bonne œuvre « et les gens du Roy donnèrent aux Recteurs plein pouvoir, autorité et puissance, quant au faict de justice sur les d. pouvres, maraulx, galans de Tostière et autres beUtres vaccabons , pour en disposer comme ils verront estre à faire ; et aussi de bailler et remectre les enfans orphelins, tant masles que femelles, lesquels seront aux hôpitaux Sainte -Catherine et la Chanal pour apprendre mestier, si mestier est, à tels personnages... »

Les administrateurs furent appelés, d'abord, les Commis de l'Aumosne (1], puis ensuite Recteurs de

(1) Les Recteurs de TAumône générale étaient dans Tusage de prendre, dans les actes émanés du bareau, la qualité de nobles et sages hommes, et d'y ajouter celle (^illustres quand un comte de Lyon y assistait comme président. Lorsqu'un reeteor était insulté pendant l'exercice de ses fonctions et notamment pendant la distribution du pain, le coupable y assistait à genoux et tête nue; il faisait ensuite amende bonorable devant le bureau assemblé et;était, en outre, banni de la ville, de ses faubourgs, du ressort du présidial, pour un an, avec défense de rompre son ban, sous peine de la bart. (Arcb. «Je la Cbarité. Série D. n* 7.)

Les administrateurs de la Cbarité furent d'abord qualifies Seigneurs Recteurs; mais en 1578, ils prirent le titre de nobles et sages hommes, lequel fut confirme par une ordonnance de l'intendant M. d'Uerbigny, le 22 février 1697, et qu'ils conservèrent jusqu'à la Révolution.

Le bureau central de l'Aumône générale était établi primitivement dans une grande maison, sa propriété, sise aux Terreaux et dont on fit plus tard l'bôtel du Parc Cette maison, démolie depuis quelques années, avait dans son ^rcbitecture un caractère tout religieux. On lisait sur l'une de ses façades intérieures, au-dessus d'une nicbe vide ces mots : « Bureau de l'Aumosne centrale, 1673 ». Au-dessus des piliers de la façade extérieure étaient gravés ces mots : fot — ispérarcb.

r Aumône générale. Avant la Révolution, ces Recteurs étaient au nombre de dix-huit. Parmi eux se trouvaient :

4 ® Le recteur président du bureau ; 2" un comte de Lyon, pris parmi les huit dignitaires de l'église primatiale ; il portait la soutane et le manteau long ; 3** un officier du Roy revêtu d'une charge de magistrature, de justice, police ou finances. Pendant près de deux siècles, ce fut un trésorier de France^ mais à la mort de M. Ruffier d'Âttignat, en 4765, le bureau des finances ayant élevé des prétentions incompatibles avec les droits de Tenregistrement, cette place, depuis lors, cessa d'être occupée, et M. le recteuravocat devint le deuxième, M. Tex-consulle troisième, et ainsi de suite, et on élut un recteur de plus, pour suppléer à ce défaut et compléter le nombre. — Cet administrateur portait sa robe de magistrature, grand rabat^ perruque à la conseillère, à une ou plusieurs boucles ; 4^ Vavocat (costume : sa robe doctorale, grand rabats cheveux ou perruque à la

Primiiivement, le bureau central était établi dans des bâtiments élèves par les recteurs sur un terrain joignant l'hôpital Sainte-Catherine. Dans ces bâtiments» se trouvaient aussi les Archives de TAumosne et le logement des mendiants arrêtés dans les rues. Le bureau s^installa, en 1622, dans les bâtimenls de la Charité quoiqu'ils ne fussent pas achevés le 10 mars 1622. La coiLptabilité resta dans les bâtiments de l'hôlel du Parc.

La même année, le 22 juin, Thôpital Saint-Laurent fut évacué par les pauvres enfermés de rAumosne générale qui prirent possession du bâtiment qui leur avait été affecté dans les nouveaux bâtiments de la Charité. Les filles adoptives de Thospice Sainte-Catherine y furent réunies seulement le 21 mars 1629, et les garçons adoptifs de la Chana le 14 août 1636.

conseillère petU^ire à plusieurs boucles) ; &^ un exconsul (sa robe de conseiller, grand rabat, perruque comme dessus) ; 6^ un trésorier des deniers ; tous les antres étaient choisis parmi les principaux notables, bourgeois et négociants de Lyon (costume : habit noir complet, grand rabat sur la poitrine, manteau court, cheveux ou perruque à la conseillère, à une seule boucle.)

n paraît que, pendant deux siècles, les quatre premiers Recteurs portaient, dans leurs fonctions, le costume affecté à leurs qualités et fonctions publiques — celui des autres administrateurs était particulier à leurs fonctions de recteur. (Ârch. de la Charité, note manuscrite sans signature.)

Pendant les séances, nous dit une autre note de ces mêmes Archives, le suisse se tenait à la porte extérieure, en costume, avec sa hallebarde, pour ouvrir et répondre pendant toute la durée des séances.

Quelques jours après la nomination des Recteurs, an agent était chargé de leur porter un exemplaire des règlements, afin qu'ils pussent les connaître avant leur entrée en fonctions. 'Puis tous les ans, au mois de janvier, après l'entrée des nouveaux Rec^ teurs, il était tenu un bureau extraordinaire, uniquement consacré à la lecture des délibérations qu'il était important de ne pas oublier. Les membres qui manquaient aux réunions étaient frappés d'une amende qui était versée dans une boîte déposée sur la table pendant la durée des réunions. L'administration, pour concilier à l'hospice la faveur des autorités et des principales corporations, était en usage d mviter à dtner, une fois l'an et successivement, les

anciens administrateurs, les dignitaires du Chapitre de Lyon, les ex-consuls, les officiers du corps des avocats, ceux du corps des notaires, rétat-major et la garde bourgeoise, etc. Les nouveaux administrateurs, nommés ordinairement en juillet, n'entraient en fonctions, en janvier suivant, qu'après avoir entendu la messe à Fourvières, et étaient ensuite invités à dîner avec les officiers de la maison. Ils étaient tenus aussi d'assister aux processions de Fourvières et à celles de l'Assomption.

Le premier dimanche de chaque mois, un des Recteurs, chacun à son tour, en commençant par le comte de Lyon, participait à la communion générale de la maison. Le Jeudi-Saint, tout le bureau assistait à l'office et à la procession. Les quatre derniers Recteurs portaient le dais. Le Vendredi-Saint, les Recteurs allaient à l'adoration et mettaient dans le bassin, le président 6 livres et les autres Recteurs 3 livres. En cas de décès de Tun des Recteurs, le bureau députait Tun de ses membres pour offirir ses condoléances aux parents du défunt, et tout le bureau assistait aux obsèques. Lorsqu'un des administrateurs revenait d'une mission auprès du gouvernement, pour les affaires de l'hospice, voyage qu'il faisait habituellement à ses frais, ou lorsqu'il avait rendu à l'administration un service signalé, le bureau lui envoyait une députation pour lui présenter ses remercîments. Le bureau assistait en corps à la première communion des enfants. Au sortir de l'église, il était distribué à chacun de ses membres une brioche par le procureur. La fôte de la maison se célébrait chaque année le 4 5 août. Les ecclésiastiques portaient les cierges et la croix, et l'un d'eux

présentait le pain bénit. Les administrateurs allaient à Toffrande. Le président mettait au bassin 24 livres et les autres Recteurs 42 livres. Le bureau assistait aussi au sermon du quatrième dimanche de carême sur Yaumânej puis au dernier sermon de la station. Chacun de ces jours , le prédicateur était invité à dîner, et peu de jours après, le recteur de la sacristie allait lui fîdre une visite de remercîment en lui portant ses honoraires. Outre la grande quête du carême, le bureau était tenu de &ire aussi des quêtes dans toutes les églises de la ville à d autres époques. Il assistait par députation à l'ouverture et à la clôture des retraites spirituelles données aux vieux et aux vieilles. Autrefois, les parents invités aux services célébrés en souvenir des anciens administrateurs, assistaient à ces cérémonies, les hommes dans les stalles du chœur, les dames dans la balustrade. Chaque administrateur versait, à son entrée en exercice, 51 livres pour sa quote-part des frais de rafratchigsements les jours de bureau et de visites et, à sa sortie d exercice , il mettait sur la table du bureau, avant de se retirer^ telle aumône qu'il jugeait à propos pour les pauvres. Mais, d'après le règlement de 4571, chaque Recteur à son entrée en charge était tenu de faire une avance gratuite fixée d'abord à 400 Uvres, augmentée successivement et portée enfin, en 4747, à dix mille livres. Le trésorier versait cent mille livres. La Révolution dispensa les administrateurs de ces avances gratuites ; néanmoins, la détresse de l'hospice fut si grande que, le 9 avril 4796, ils voulurent bien verser un secours de 4,644,500 livres en assignats, représentant alors 42,480 livres tournoiSi dont le rem-

boursement, fait en mandats, le 1 5 prairial suivant, 3 jaia 4796, n'équivalant plus qu'à 2,784 livres espèces, lui fit éprouver une perte de 9,396 livres en numéraire. Du reste, dit M. Monno, dans sa notice sur la Charité, on ne saurait donner trop d'éloges à Tadministration de cette époque, qui, toujours en proie aux plus cruelles alarmes, aux sollicitudes les plus déchirantes , abreuvée de dégoût de toute espèce, porta presque tout le fardeau par ses soins multipliés, sa patience, son dévoûment, son crédit et même ses avances personnelles. Elle douta souvent si elle pourrait offrir à ses administrés la subsistance du lendemain , et plus d'une fois ce motif impérieux dicta sa démission. Sur la froide réponse à elle faite par l'administration départementale c< que ses membres devaient mourir à leur poste^ » elle eut le courage de lui répondre, le 17 nivôse an IV, « quils y étaient déterminés et qu'ils s'en faisaient même une gloire si leur mort pouvait prolonger Vexistence de rhospice. »

Bien dans les anciennes délibérations, depuis l'origine de l'hospice de la Charité, n'indique l'époque de l'institution des frères et sœurs chargés du soin des pensionnaires de la maison. On y voit seulement que leur surveillance était d'abord confiée à un certain nombre de maîtres et de rtiaitresses pris hors de la maison et chargés tout à la fois des soins physiques et moraux qu'exigeait l'éducation des enfi&nts : ces préposés étaient sous l'autorité immédiate de l'Économe et des Recteurs.

La première délibération où il soit fait mention de leur institution est de 4705. Elle fixe le nombre des sœurs k dix-huit et réprime des abus pour Tad-

mission des prétendantes^ ce qui prouve qu'alors il existait déjà des sceurs.

Par délibération du 8 avril 1714, il fut arrêté « que les frères seraient habillés, à Favenir, tous les trois anSy d'un drap de Lodève grid de maure pour rhyvert. Tété d'une serge de Nismes, de môme couleur, tous les deux ans; les sœurs d'une serge de Nismes gris de maure pour l'hiver, tous les trois ans, et pour l'été d'une serge de Blécourt, tous les deux ans. De plus, les frères porteraient une médaille de la maison sur leur juste-au-corps, & peine d'être congédiés. »

Une autre délibération du 2 août 1716 porte « que les frères et sœurs décédés seront portés au tombeau découverts et vêtus des habits de frère et de sœur avec la médaille ou la croix. »

Les diverses œuvres embrassées par l'établissement consistèrent :

1^ Dans la distribution, chaque semaine, d'une aumône d'argent et de pain aux pauvres de la ville, à Texception de ceux des faubourgs qui en furent toujours exclus ;

2^ Dans l'allocation de secours aux pèlerins et voyageurs pauvres traversant Lyon, d'où ils étaient ensuite congédiés ;

3^ Dans Tadoption et l'éducation des enfants pauvres orphelins des habitants de la viUe.

L'extirpation de la mendicité dans les rues de la ville fut surtout l'objet de toute la sollicitude de la nouvelle administration ; elle tenait à guérir cette plaie qui rongeait Lyon et devenait souvent un dan* ger pour ht sûreté et pour la santé publiques, si souvent atteintes.

Dans un chapitre précédent, sur les Archives de THôtel-Dieu, j'ai dit comment se faisaient les aumônes en argent et en pain, soit aux pauvres de la ville, soit & ceux de passage. J'ai dit aussi que les jeunes filles orphelines ou abandonnées , étaient recueillies dans Thospice de Sainte-Catherine et les petits garçons dans celui de la Chana , et que des mesures des plus sévères étaient prises contre les mendiants, qu'on finit par séquestrer tous» lorsque Ton vit que les moyens de coercition étaient devenus impuissants « contre les maraulx qu'on enchaînoit cependant. »

Gomme on le voit, les fondateurs de l'Aumône générale avaient, dès l'origine, pourvu à tous les besoins et tenaient à soulager toutes les misères.

Je ne dirai pas ici toutes les vicissitudes de cette belle fondation. Tantôt elle fut prospère, tantôt elle manqua presque du nécessaire (1). Ce n'est pas que

(1) Les ressources de la maison étaient parfois si restreintes que les Recteurs n*osaient pas faire connaître an public cette situation désastreuse, dans la crainte de faire douter de lavenir de la maison et de ralentir rapport des offrandes de la chanté publique, c II n'en faudrait pas davantage, dit une note conte servée aux Archives, pour couper le crédit k un établissement « qui ne subsiste que par le. crédit, et par les avances conndé- « rahks que le Trésorier chargé de la recette et chaque admi- « nistrateur font sans int^êts. Ces atances sont portées de la • part du Trésorier à cent^ deux cents, trois cent mille Uvres, « à proportion des besoins, et de la part de chaque adminù- « trateur de seize à vingt mille livres; voilà le principal fond « qui, joint à la confiance publique^ fait subsister un établisse* « ment qui n'eut jamais de modèle et qu'un instant seul peut «détruire. >

cependant la charité publique s'amoindrissait à Lyon et que les bourses si largement ouvertes pour le soul'cigemcnt de tant d'infortunes, se fermassent. Les dons affluaient, les quêtes étaient toujours des plus productives, les troncs placés dans toutes églises se remplissaient journellement ; mais la misère publique prenait souvent de formidables proportions, tantôt par les disettes, tantôt parles épidémies,alorssi fréquentes, tantôt aussi par les guerres souvent peu heiireusea que la France eut si souvent à soutenir et qui, en arrêtant les travaux de la fabrique lyonnaise, entraînaient de longs et douloureux chômages pour les ouvriers.

Toutefois, les Recteurs ne se laissèrent jamais ébranler par l'adversité ; ils luttèrent sans cesse contre elle avec un admirable courage et ne désespérèrent jamais. Ils avaient foi dans Tavenir de leur œuvre ; chrétiens fervents, ils ne doutèrent jamais de la Providence, et en 1614, ils songèrent même à élever an Hospice général qui enfermerait tous les assistés épars jusqu'alors dans diverses maisons. Il y avait

L'on des Reeteurs était chargé aussi de l'entretien de la Biblioihèqae à l*asage des ehfants et des agents de la maison. Cette bibliothèque provenait en partie de Thospice de la Chant, d'acquisitions et de dons. Parmi les donataires, on voit figurer M. Nevière. Un inventaire de cette bibliothèque a été dressé le 16 décembre 1804. (Arch. de la Charité D.)

Le 17 novembre, M. Delandine, conservateur de la Bibliothèque do Collège, remit à la Charité 81 ouvrages provenant des doubles de cette Bibliothèque, mais à la condition, de la part de rhospicet de rendre ces ouvrages, si on les lui réclamait. (Idem D.)

mâme de l'andace à faire cette fondation, maïs sea auteurs savaient que la charité lyonnaise était k côté d'eux et que cette charité ne fait jamais défaut.

Les fonds manquaient , dit M. le comte de Soultrait. Tout Lyon voulut concourir b. l'édification de l'hospice de la Chanté. Il fut tenu, k cet égard une assemblée générale, composée non-seulement des Recteurs de l'Aumdne, mais du Corps des marchands et d'un grand nombre de personnes. M. de Saint- Chamond, lieutenant-général, pour le roi, du gouTernement de Lyon, présida cette réunion. Le 41 décembre de la môme année, parurent des lettres patentes du roi a portant permission de faire construire la « Maison, imposant obligation aux particuliers de ■ vendre les fonds nécessaires pour son emplace- « ment sur le pied de l'estimation, même aux bour- « geois et citoyens de payer les sommes pour les- « quelles ils seront cotisés pour les frais de cons- « truction et la nourriture des pauvres. »

Dès que ces Lettres patentes furent publiées, on rivalisa de zèle pour offrir un généreux concours. De nombreuses soumissions furent faites aux Recteurs de hfttir gratuitement partie de la maison ; et la première de ces soumissions fut faite par M . Jean Sève, sieur de Fromente et de Flechàres.

Jean de Sève de Fromente (4), président des

(1) Sé?e (Jean}, sieur de Promente et de Fléchères. conseiller du roi, préaident-trésorier de Franco en la Généralité de Lyon. prévOtdes marchands en 1612 et 1613, de l'illusU-e maison de Sève, originaire de Piémont. Le premier qui s'établit à Lyon, fut Léonard Séve> mort en 1403, issa des marquis de Seva.

Trésoriers de France de la Généralité de Lyon, offiit d'édifier à ses frais un corps de logis, dont il posa la première pierre le 16 janvier 1617. Le cardinal de Marquemont(l), archevêque de Lyon et les chanoines firent construire Téglise ; les libéraUtés du marquis de Villeroy, de Pierre de Sève de Saint- André (2) , du célèbre et riche libraire Horace Cardon (3), de Jacques Moiron (i), baron de Saint- Trivier, de la corporation des marchands drapiers, des négociants allemands, suisses et italiens fixés à Lyon, et enfin celles d'un certain nombre de citoyens de la viUe, permirent d'achever, en 1 633, Timmense édifice (5), qui forme la plus grande partie de notre

(1) Denis-Simon de Marqnemont, cardinal-archevftqae de Lyon, né à Paris vers 1572, mort à Rome le 16 septembre 1626 , succéda à Claude de Bellièvre et fut remplacé par Charles HiroQ. Il avait été élevé au cardinalat par le pape Urbain Vllf. Il légua sa chapelle à lÂumône générale.

(>) Pierre de Sève, premier président de la Cour des Monnaies de Lyon, mort en 4726.

(3) Cardon (Horace), lucquois de naissance, imprimeurlibraire à Lyon, échevin en 1610 et 16 1, bienfaiteur de la Charité, mort le 21 juin 1641.— Inhumé dans l'église Saint- Joseph, dans la chapelle Notre-Dame. Le P. Menestrier nous a conservé Tinscription placée sur sa tombe.

(4) Hoyron (Jacques), procureur-général de la ville de Lyon, éditeur de la Vie de saint Trivier, 1647, légua tous ses biens à l'AumCtee générale, né le 15 février 1564, mort le 26 mai 16^. Hoyron acquit le baronnie de Saint-Trivier en Bresse.

(5) En 1624, divers bienfaiteurs élevèrent à leurs frais une partie de ces bâtiments, et on y grava leurs armoiries en reconnaissance de leur générosité. -=- Mais la Révolution a brisé ces armoiries. Dans la cour des Ca$ /or (utte, il reste seulement une inscription qui rappelle que les bâtiments de cette cour ont été élevés en 1619, par la célèbre communauté des

hospice de la Charité. Pierre Martellange (1) en foomit les plans ; ils sont simples, comme il conyient à une maison des pauvres, Téglise, la pharmacie, les salles du Conseil et des Archives offrent seoles un certain luxe d'ornementation.

L'hospice forme un vaste quadrilatère, dans lequel se trouvent neuf cours, autour desquelles sont les divers corps de logis, mis en communication les uns avec les autres par de larges galeries couvertes et à arcades. Les dernières constructions ne datent que de 1827. Au-dessus de la porte d'entrée principale, sur la rue de la Charité, se voit un tas-relief représentant la Charité ; on eût pu en confier Texécution h un meilleur artiste.

La première pierre de Téglise fut posée le 8 décembre 1 617 (2) ; la porte d'entrée est ornée d'un

marchands-drapiers de Lyon. — Mais les armes ont été martelées..»

Le bâtiment qui fait façade sur la place de la Charité et qu'occupa longtemps l'hôtel de Prorence. ne fut achevé qu*en 1780.

Les bâtiments sur la rue de la Charité ne datent que de 1827, ainsi que l'entrée principale de l'hospice, dans cette même rae. Le tout est l'œuvre de l'architecte PoUet. Le bas-relief qui orne ou défigure la porte est dû au ciseau de notre sculpteur Legendre-Hérald.

M. Prost est l'auteur du bas-relief qui orne le portique de l'église de la Charité et qui représente un pélican nourrissant ses petits de sa propre substance. C'est un anonyme qui a fut les frais de cette sculpture.

(1) Pierre Martellange, jésuite, architecte du collège de la Trinité et d'un grand nombre d'édifices. Voir sa Fie, par M. P. Charvet, prof, de l'Ecole nr.tion. des Beaux-Arts de Lyon.

(2) Cette pierre fut posée le 8 décembre 1617, par Hector ée TrémeaulXt comte et précenteur de l'cgllse de Lyon, l'un des

pélican, symbole de la Charité, sculpté en 1830 ; en 1665, le sculpteur Nicolas Le Febvre avait déjà exécuté le même emblème. Le clocher est du dessin du Bernin, si Ton en croit Clapasson, et il a été exécuté par le mattre-maçon appelé La Liberté , en 1666. — La croix qui le surmonte est due à Alexandre Eerbenslach. L'intérieur de l'église est d'une valeur artistique assez médiocre : on y plaça d'abord un grand autel en bois, d'un assez beau dessin, mais trop grand pour Texiguité du local. Celui qu'on y voit à présent et qui est en marbre de diverses cou* leurs provient de Téglise des Carmesp-déchaussés. On orna aussi Tédifice d'œuvres de François le Blanc, élève de Lanfranc :

1^ D'une Vierge tenant l'enfant Jésus dans une gloire et plusieurs saints au-dessous ;

i? Du Mystère de la Trinité ;

3® Des Vertus théologales ;

Et 4® De quatre petits tableaux au fond du sanctuaire.

La reconnaissance publique voulut aussi rappeler dans cette égUse le souvenir des principaux bienfaiteurs de la maison, par des bas-reÛefe, des bustes et des inscriptions.

On y voit d'abord les épithaphes des cardinaux de

Reeteun et président da bnrdaa de la Ghtrité. La présidence de ce bareaa appartenait, d'après les règlements, à un comte de Lyon* Le chapitre de la cathédrale donnait vingt livres par semaine k l'Aumône générale ; cette contribution volontaire a été convertie ensuite en une rente de 400 livres servie jusqu'à la Révolution.

Marquemont et de Richelieu (1), inhumés dans deux des chapelles : mais la Révolution a profané les restes de ce dernier ; ses ossements traînent épars dans son caveau. . . (2). Puis on voit des monuments comme-

(1) Rîeheliea (Alphonse-Louis da Plessis de), frère aîné da cardinal de ce nom, d'abord éyêque de Loçon, se démit de ce siège en faveur de son frère, pour entrer dans l'ordre des Chartreux, qu'il quitta, et fut depuis archevêque d'Aix, puis de Lyon, cardinal et grand aumônier de France ; il mourut en 1653, le dernier mMe de sa maison.

Il avait tenu à être inhumé dans l'Eglise de la Charité, au milieu des pauvres dont il avait été le bienfaiteur. Ses dernières volontés sont reproduites au bas de son épitaphe, dans l'église de la Charité.

PAOPER NATUS SUII. PAOPBRTATKM NOVI.

PAUPER VIXI. — PAUPSa MORIOR, — INTBR PAUPBRS8 SSPDLCRI

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