CHAPITRE PREMIER
AECHITE3 MUNICIPALES ET DEPARTEMENTALES
i aus3i a eu ses archives, I le temps de rorganisation sa commune, et cette iostiioD date de loin. Notre le, on le sait, a été ville périale, d'abord, pendant :a de trois siècles; elle a ^ fait partie intégrante de a l'empire, depuis le Xe ' jusqu'au commencement ^ du 31V*. Les rois de rance n'avaient aucune itorité dans son enceinte, ais le pouvoir des souverains n'était que nominal ; exercé d'abord concurremment et dans des limites mal déHnies par
les comtes du Lyonnais et par les archevêques, il passa bientôt tout entier à TEglise. Le maître véritable c'était Tarchevôque de Lyon ; mais à côté de lui se forme, peu à peu, un pouvoir nouveau. Les gens des communs, devenus forts de tout ce que la noblesse avait perdu en puissance , dans les croisades, avaient pensé qu'ils avaient aussi des droits particuliers, un pouvoir qu'ils devaient exercer. Ils trouvaient môme parfois des alliés parmi les évoques et les seigneurs, et la royauté ne voyait pas sans satisfaction naître et grandir ce pouvoir nouveau dont il espérait se faire un allié contre la noblesse dont l'influence paralysait la sienne. La bourgeoisie à Lyon, au xiii^ siècle, comptait dans ses rangs des noms illustres qui s'impatientaient de l'omnipotence souvent abusive des archevêques. Une transaction mal observée en 1 1 95 donna lieu & la première résistance à Lyon, contre le pouvoir ecclésiastique. Cinquante citiens (sic) élus par le peuple dans les rangs élevés des habitants prirent la direction du mouvement; tous les corps de métiers s'organisèrent en compagnies ; l'archevêque dut céder devant la force et il intervint entre lui et la' ville un traité conclu par la médiation des ducs de Bourgogne, du comte de Nevers, des abbés de Citeaux et de Cluny, des Templiers et des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, mais ce traité fut souvent méconnu. Les archevêques et le Chapitre de Saint-Jean ne pouvaient se résigner à observer des conventions qui amoindrissaient leur pouvoir; la ville, bien décidée à conserver ses droits, ne cessa, pendant plus d un siècle, de veiller résolument à leur « manutention » et même plus d'une fois, elle le fit les armes à la
main. Des combats acharnés eurent lieu, le cloître de SaintrJean fiit pris d^assaut, le siège de Saint- Just entrepris et le roi Philippe-le-Bel dut intervenir dans cette sanglante guerre civile et prendre les cit%en$ de Lyon sous sa puissante protection. Il rendit deux édits qui reçurent le nom de Philippines, par lesquels il constata Tamoindrissement du pouvoir temporel des archevêques au profit du sien, mais ne respectant pas suffisamment ceux de la ville ; puis le pape s'entremit entre le roi et Tarchevôque, et on aboutit au traité de 4307 qui fut entièrement à l'avantage de la commune lyonnaise. — Déjà le syndicat avait été formé et reconnu en 1294, mais la commune n^était pas encore entièrement organisée. Les Lyonnais s'adressèrent de nouveau au roi Philippe-le-Long, et un traité définitif, souscrit en \ 320 entre le roi et Tarchevôque Pierre de Savoie, régla les prétentions du roi, des bourgois et de l'archevêque. Des articles spéciaux déterminèrent les franchises de la cité. Les habitants purent se réunir en assemblées, élire des conseillers et un procureur ^ syndic, avoir des archives^ établir des taxes, faire le gfuet la nuit et se réunir en armes et avoir la garde des cle&. Toutefois, on conserva à l'archevêque la juridiction de la ville, mais le bailli de Mâcon (juge royal) fut juge des appels ; ce traité fut signé le 4 avril 1 320 ; il consacra pour un certain temps les droits des habitants et établit clairement leurs franchises souvent mal définies dans les traités antérieurs.
Les bourgeois satisfaits élurent seize députés qui prêtèrent le serment de fidélité à ce traité dans la grande sacristie de Saint-Jean, et un mode nouveau
d'administration sortit du pacte de 4320; ce fut le gouvernement consulaire, dont le principe et les formes se substituèrent pendant plus de dix siècles, malgré tous les efforts des archevêques pour ressaisir quelques lambeaux de leur ancienne domination (1).
La commune de Lyon ayant été ainsi constituée, eut nécessairement ses archives, et ces archives étaient conservées dans les divers locaux dans lesquels notre magistrature municipale siégea tour & tour. Toutefois, notre ville qui, grâce à Tinimitable modération et aux efforts héroïques de nos pères soutenus parla politique royale, avait reconquis des droits imprescriptibles, ne possédait pas, môme cent ans après la reconnaissance et la pleine jouissance de ses libertés, une Maison commune, on Hostel commun.
Les conseillers se réunissaient habituellement chez l'un de leurs coUègfues, pour le règlement des affaires ordinaires, mais l'assemblée du grand Conseil, lorsqu'on convoquait les maîtres des métiers et les notables,se tenait dans une humble chapelle dite de Saint- Jacquème, en langue vulgaire San-Jacquemo , située au sud-ouest de T église Saint -Nizier, et dont il ne reste plus de traces (2) . « Les conseillers venant tous
(1) Voir Paradin, le P. Monestridr, les Lugdunensia monumenta, p. 442. Montfalcon, t. I«^ p. 270.
(2) Cette chapelle est dénommée dans un titre de 1575 da fonds Saint-Nizior, conservé aux archives du Rhône, chapelle Saint-Jacques de Compostelle ou Notre-Dame de Mont/eirat. Elle était située sur le coté sud de la place Saint-Nizier, et quand, dans ces dernières années, on a élargi cette place, on a
« les vendroe et les aatees jours que leur semblera K bon, en la chapelle de Sui-Jacquemo ou alhours a ky où Toudrant. »
Ce ne fut qu'en 4424 que la ville posséda une maison commune. La chapelle San-Jacquemo avait suffi à tous les besoins du service municipal. Le Consulat y tenait ses réunions extraordinaires, y conservait ses archives dans de grands coffires fermés, dont les clefe étaient gtirdées par plusieurs membres du Conseil. D'après une ordonnance en langue vulgaire de 4 358, « les Maistres « de métiers volent et ordonnent que li coffre où
retronvé encore ane partie de ses mnrs englobés dans les maisons qui fcrent alors démolies.
Les chanoines de Saint-Nizîer disputèrent aux courriers ou confrères de la chapelle Saint-Jacques ou San-iacquemo la propriété de cet édifice. 11 intervint, entre antres, entre les parties, en 157d, une transaction par laquelle la propriété de cette chapelle demeura aux chanoines, à la condition que ceux-ci seraient tenus d'aller en procession à cette chapelle la veille de la fêie de saint Jacques et de saint Philippe, au mois de mai et en juillet, d'y dire les vêpres et le lendemain la grand' messe, et que les courriers auraient une clef de la porte, sur la cour de M. de Ghaponay et sur la cour où maistro Boaffin, notaire, tient a présent boutique*
En 1648, la ville voulut aussi revendiquer pour elle cette propriété, et elle soutint à l'appui de sa prétention « que les prévôts des marchands et eschevins tenaient leur consulat en divers endroits, dans ladite chapelle, dans les Ck)rdeliers, à la chapelle Saint-Alban, à Nostre-Dame de l'Âsnerie, aux Jacobins, à Roanne, à Saint-Nizier et autres maisons particulières, et même que les maistres des mestiers furent nommés dans la maison de la Dame de Poline ; > mais on lui opposa la sentence de 1575 qui avait attribué cette propriété aux chanoines de Saint-Nizier.
(( quai itat li graaz sceaux (1) ytart chez Johannin ce de Varey , et les clés gardera la première Johan don « Nicors, — la seconda Jacquemez de Chappanay, a la tierce Aynars de Villanova, la quarta Adrenos « Barloz. »
Le 20 mars 4393, le Consulat mandate le paiement fait à Jehan Celarier, peintre, de 12 soulz parisis pour XII escussiaux (écussons) es armes de la ville que Ton a posés ez arches (archives) de la ville, les-
(1) Od possède encore aux Archives nationales : 1* un sceau attache à une charte de 1271, par laquelle la ville de Lyon, en reconnaissance de ce que les rois de France la prirent sous sa protection, promit de lui payer, chaque année, à Màcon, un impôt de 10 sols moyens tournois par les riches et de douze deniers moyens par les pauvres ; — 2<» un sceau appendu à un accord de 1320, entre la ville et Pilippe-le-Long, touchjftot le serment de fidélité que les citoyens de Lyon devaient au roi, et 3* le contre-sceau do ce môme accord.
Ces sceaux ont, comme on le voit, une importance extrême pour Lyon ; ce sont autant de monuments de la partie la plus intéressante de ses annales, c'est-à-dire de celte époque douloureuse où, forts de leurs droits et de leurs souvenirs, mais seuls contre tous, les Lyonnais surent conquérir par la patience ou même, parfois, les armes à la main, la plus précieuse de leurs libertés, Et cependant ces trois sceaux sont à peine connus à Lyon, même de ses historiens modernes. Il a fallu les patientes investigations de M. Charvet, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts à Lyon, pour les découvrir et les décrire. Il leur a consacré un travail spécial dans la Revue du Lyonnais, nouvelle série, t. XXI, p* 164; il a décrit les inscriptions qui les entourent, les emblèmes qui les décorent et a rendu par son œuvre un véritable service à la science. Nos archives municipales les possèdent maintenant et ils font partie du cabinet de sigillographie crée dans ces archives.
qaelles sont en la chapelle de San-Jacquemo. (20 mars i 393.) (Série C.-C. 384.)
En outre, TEchevinat avait un cachet secret. On voit dans les registres du Consulat , qu'un jour, entre autres, en 1506, « il le confia à Pierre Thofoossiriy échevin, pour aller en cour. » La ville cependant gardait mal ses archives et oubliait parfois de fermer 9 le soii*, sa chapelle Saint- Jacquème. Ses papiers y étaient alors à la merci des malfaiteurs ; le 1 4 l'uillet i 426, elle ordonna a que Ton fasse mettre « une seraille (serrure) à San-Jacquemo, attendu « que le plus du temps, elle demore de nuyt overte a dont grant péril s'en peut ensuir, attendu que K tontes lettres et privilèges y sont. » Les corps de métiers y suspendaient aussi leurs drapeaux en pennons^ au milieu desquels flottait la belle bannière de la ville. En 1468, le Consulat donna à Jean de Luys, peintre, 13 écus d'or neufs pour les deux bannières de la ville, tant pour le a taffetaz soye, « or, argent et autre matière mis ez dites bannières, « comme pour façon d'icelles. » Cette chapelle, même lorsque le Consulat n'y siégea plus, lui fut toujours chère : c'était son berceau. Il la conserva avec un soin pieux et, en 1464, il avait payé déjà à ce môme Jean de Luys, peintre, 13 livres tournois o pour une verrière en la chapelle Saint -Jacquème » (1).
La tardive possession d'une maison commune,
(1) La ville conservait aussi dans sa chapelle de Saint- Jacquème les « échantilz » à sel, destinés à vérifier les mesures des regraliers de Lyon. (Arch. m. S. BB. p. 1*)
Plus tard, ces échantilz furent déposés aux archives de l'hôtel
r abandon de la ohapelle où la conjuration des habitants s'était formée contre le pouvoir qui les opprimait, ne peuvent être expliqués, dit M. de Valons. Cet abandon ne fut pas motivé par le respect dû à un lieu consacré, car même après Tacquisition d'un Hôtel-de-Ville, les grandes assemblées y furent encore convoquées et Tarchevôque môme reprocha au Consulat, en 1461, d'avoir abandonné l'église Saint-Nizier, ancien lieu de ses réunions.
Comme je l'ai déjà dit plus haut, ce fut en 1 424 que Téchevinage décida l'acquision d'un Hostel commun et de deux petites maisonnettes ou étables contiguës.
Cette propriété appartenait à la maison de Chapo* nay, la môme peut-être que la famille chevaleresque qui a donné plusieurs chanoines & l'église Saint- Jean au xni'' siècle, où bien était-ce , cette &mille bourgeoise dont un échevin, en 1294, portait le même nom?
Cette maison avait pour limites au midi la rue de la Fromagerie, au nord la rue Longue, à Test la maison de Varey et à l'ouest les maison Roy et de Pierre et la Petite-Rue-Longue. L'acte d'acquisition fut passé le 1 5 décembre 1 424 , au prix de 350 écus d'or ; mais comme la caisse municipale était vide, les membres du Conseil se cotisèrent pour le paiement immédiat de 80 écus stipulés dans Tacte.
commun. Ces échantilz étaient en cuivre; ainsi on voit ]e capitaine Sala François, capitaine de la ville, ordonner, en 1552, la réfection des échantilz des bennes pour mesurer ia chaux et le charbon, ceux des bichels et demi-bichets pour mesurer lo blé. (Id. BC. n» 73, p. 37.)
A défaut de monnaie devenue rare à cause de la guerre et de renvahissement du territoire par les Anglais, ils apportèrent, les uns, des assiettes, les autres, des tasses d'argent.
<c Léonard Caille a baillé troys trencheus d'ara gent, Ennemond de Syvrieu deux tasses, Bernard « de Varey deux tasses, Mathieu Odebert cinq écus « d*or bons et vieux, etc. » Deux ans après, les conseillers furent à même de se rembourser de leurs patriotiques avances. Mais Tarchevèque Amédée de Talaru ne voulut pas donner Tinvestiture de la mai* son de Chamay au Consulat. L'Hôtel-de-Ville dès après son acquisition, devint l'objet de nombreux procès, et il y eut même exécution de la part de l'archevêque.
Le Consulat blessé dans sa dignité par cet extrême moyen judiciaire, ne siégea pas dans cette maison, néanmoins il y tint quelques séances, du 27 mai au 4 2 septembre 4 425, et c'est en ce lieu que le 8 juin les conseillers ont « concluz demeurer et mourir à la « vraye obéissance du Roy et tenir le party du Roy « que qu'il le voudra tenir. » Décision assez hardie, dit avec raison M. de Valons, en fieice des tendances bourguignonnes de la classe inférieure, et nos analistes n^ont pas présenté le bon côté de l'oligarchie bourgeoise de la commune. Lyon bourgeois était naiio^ nal; Lyon démocratique se séparait du royaume. Cette tendance regrettable ne s'est-elle pas manifestée de nouveau à Lyon en 4870? Lorsque la démo^ craiie ou la démagogie de Paris et de Lyon eut commis le plus grand crime que Thistoire moderne aura à enregistrer un jour, celui d'une révolution en fiice de Tinvasion étrangère du sol sacré de la patrie
qu'elle était impuissante et incapable de défendre, — alors, dis-je, ne vit-on pas, pendant que la classe bourgeoise s'armait et combattait glorieusement, à Nuits, pour r unité de la France, la démagogie de Lyon, et cette fois, celle de la pire espèce^ ne tentat-elle pas d organiser la ligue du Midi, c'est-à-dire le démembrement de la France? Ce fait servira-t-il d* enseignement à la bourgeoisie lyonnaise ? Imbue des idées communales, dans le bon sens de ce mot , ne voit-elle donc pas qu'il n'y a de salut pour elle que dans son alliance avec le pouvoir central, contre les idées des communards ?... qui la débordent et l'engloutiront?
Le Consulat, justement blessé dans sa dignité, reprit son ancienne habitude de s'assembler dans la chapelle Saint- Jacquême, son ancien berceau, ou aux Cordeliers, aux Âugustins, aux Prêcheurs, à Roanne (1), à Saint-Jean, ou même dans la bouti-
(1) C'est à dater de cette époque que les affaires de la ville furent souvent traitées dans le palaii de Roanne où les conseillers qui refusaient les subsides» rcclamés impérieusement par le roi, étaient mis aux arrêts jusqu'à ce qu'ils eussent avisé au payement ; ils y pouvaient gérer les intérêts communs et leurs dépenses de bouche retombaient sur la caisse de la ville.
Que diraient aujourd'hui nos conseillers.si on les mettait ainsi aux arrêts ? Plusieurs ne le mériteraient-ils pas ? et les Bureaux ne de\'raient-ils pas, non plus, être punis des arrêts pour leur sage hnteur dans l'expédition des affaires?
Pendant longtemps les échevins engagèrent personnellement leur signature et leurs biens qnand ils traitèrent d'une affaire pour le compte de la ville ; chacun d'eux était personnellement responsable des opérations du Conseil. Henri IV les dégagea enfin de celte obligation. Les finances de la ville étaient
tique des conseillers, surtout dans celle du changeur Raoulin Guérin, receveur des deniers communs.
Mais le Consulat, en attendant l'issue de son procès avec Tarchevôque, voulut cependant avoir un lieu de réunion plus commode que les compteurs (comptoirs) ou ovreurs (boutiques) où il était réduit à siéger.
« Ils sont d'accord que qui pourra avoir de Jehan 0 de Chaponay son compteur, lequel est au-dessus de « Sainct-Jacquiéme, pour tiltre de loage ou d'achat, « que on le preigne et retienne pour reiraire les lel- K très, iniruments, et autres documents, et pour les « autres afiaires de la ville... »
On le voit, le Consulat veillait toujours avec une grande sollicitude à la conservation de ses archives où étaient déposés les actes fondamentaux de ses franchises si péniblement acquises et qui lui étaient si chères (1).
Jean de Chaponay qui cessait son fructueux commerce,loua son comptoir pour deux ans,— puis renouvela son bail (2) ; mais le Consulat espérant amener Tarchevéque à une transaction, proposa une permutation de servis ou de directe qui aurait a£Eranchi la
alors dans le plus déplorable état. Le roi envoya Emeric de Vie pour Texaminer, faire cesser les abus et adopter d*atiles réformes. {HiA.deLyonj Monfalcon, t. II, p. 162.)
(1) Reg. des actes cons., 1426 et s.
(2) Les Arcbivcs de la ville suivirent le Consulat au comptoir de Chaponay. car il est dit dans un acte consulaire « que les conseillers trouvèrent es archives estant au compteur de Char' ponay » un titre dont ils eurent besoin pour leur procès au sujet de cette maison.
maison de Ghamay sans porter préjudice aux droits de Tarchevôque. Mais ce fut en vain. — L'autorité religieuse repoussa les offres de la ville.
Perdant toute espérance d'accommodement avec Tarchevèque et persistant dans sa résolution de posséder une maison conmiune affranchie où les titres de privilèges seraient à l'abri d'une saisie, et dans laquelle il siégerait avec plus de dignité, le Consulat se décida à faire une seconde acquisition. Ce projet resta en supens pendant deux années. Les séances eurent lieu soit à Saint- Jacques, soit cbez le changeur Guérin.
Le 45 septembre 1456, Aynard de Villeneuve, de retour d'une mission dont il avait été chargé auprès du roi, fît part au conseil des propositions du grand procureur Jean Dauvet et de l'argentier Othon Chas* tellain, au sujet de Tune des maisons appartenant à Jacques Cœur. Les implacables et insatiables ennemis de ce grand homme qui avait rendu tant de services à l'Etat, hâtaient la spoliation de leur victime. Leurs perfîdes et avides instigations et la crainte de déplaire au roi amenèrent le Consulat à émettre un vœu favorable & Tacquisition de l'hôtel de la Rose, situé dans la rue Mercière^ au prix de cinq ou six cents livres tournois.
Cette délibération est du 18 octobre 1456; elle n engageait pas précisément la ville où Jacques Cœur avait des amis et des associés et où les bruits avantcoureurs de la disgrâce des persécuteurs acharnés avaient pu arriver aussi bien que la nouvelle trèsheureuse de l'expédition navale confiée à l'activité, à l'énergie et à la valeur du célèbre argentier par le pape Calixte IH . La délibération fut prise pour gagner
du temps et laisser venir les événements. Les poursuites cupides et lofâmes cessèrent bientôt et par lettres royales du mois de février suivant, les héritiers de Jacques Cœur, mort h Chio au mois de novembre précédent, rentrèrent en possession des biens non vendus, parmi lesquels les maisons à Lyon et les mines du Lyonnais. L'acquisition de l'hôtel de la Rose n'eut donc pas lieu, heureusement pour l'honneur de la ville. *
Dès Tannée 1454, on avait pensé à acquérir la maison à renseigne du Lion, située dans la rue des Albergeries, entre l'église Saint-Nizier et la Grenette. Le Consulat reprit ce projet délaissé, et considérant que cette maison était de franc-alleu, il s'en rendit possesseur au prix de 400 écus d'or payés comptant, plus la charge de servir plusieurs pensions hypothéquées sur cet immeuble. Le procès-verbal de la séance du 4 5 mars 4 458 mentionne expressément : « en l'ostel novellement acquis, nommé du Lion. »
Par suite de Tétat de délabrement où se trouvait cette maison, l'administration l'abandonna bientôt et porta le siège de ses séances (du 4 janvier 1 459 au il mai 4461) dans « une chambre » de l'hôtel de la Rose, à titre de locataire et au prix de trois écus d'or par an. Cet hôtel n'appartenait plus à la famille Cœur qui l'avait cédé à Antoine Guichard.
Âpres cette station locative, le Consulat reprit ses pérégrinations anciennes dans les boutiques des uns et des autres, au cloître de Saint-Nizier, sous le portail des Carmes, etc. , attendant avec impatience le terme des longues vicissitudes auxquelles son désir légitime et sa volonté arrêtée de posséder une maison commune convenable et franche l'avaient soumis.
L'hOtel de Charaay, ou de la rue Longue, ruiné, chargé de pensions, était l'objet d'un procès interminable avec l'archevêque, depuis son acquisition en \ 424. Il y eut enfin, au mois de février \ 461 , après 37 années de litige, une transaction amenée par la lassitude des parties et les frais énormes des poursuites judiciaires.
La ville paya au seigneur 300 écus d'or et s'engagea à vendre à une personne privée la maison du Lion sur laquelle le droit de directe seigneuriale fut reporté. Le conseil de ville s'installa bientôt dans l'hôtel de la rue Longue qu'il fit réparer, et prit, le 2 octobre 4464, un arrêté pour y transporter les archives, précieux dépôt qu'on avait prudemment laissé dans l'antique chapelle de Saint-Jacques. La maison du Lion, que Ton a confondue avec l'ancienne halle de la Grenette, fat vendue 1,410 livres tournois (4).
La communauté lyonnaise se trouva bientôt dans une nécessité pécuniaire qui la força à user d'expédients ; elle devait 4 ,350 écus d'or à divers banquiers
(1) En 1477, le Consulat nomma une Commission pour faire inventorier ses archives, et en 1480, il donna Tordre de faire confectionner des coffres fermant à clef pour y serrer les archives de la ville. Leur conseryation le préoccupant sans cesse « il ^ décida, en 1508, qu'on construirait une salle voûtée, dessus « et dessous, pour y garder, à l'abri du feu, les Archives do la « commune, afin qu'on puisse faire un bon inventaire des dicts < documents. » (Voir Regist. cons. de ces époques.) Malgré cette prudence, le Consulat prCtait cependant parfois sa maison pour des noces. Le 2 octobre 1464 c les conseillers accordèrent « à Estienne Dupin, espicier, qui de ce les a requis, que diman- <r che prochain il puisse faire les nosscs de son Gis au dit hostei u de la ville ^
qui avaient prêté cette somme à quatorze pour cent et en réclamaient le remboursement. On se décida, à regret sans doute, à la vente de cette maison pour laquelle on avait tant dépensé et plaidé. La vente fut passée le 13 mars 4491, au profit de Barthélémy Bellièvre, notaire, moyennant le paiement immédiat de 4,200 écus d'or (4). L'acte de cession ne porte aucune clause de rachat, mais l'assemblée des notables et des maîtres des métiers ne donna son consentement qu'à la condition de ce rachat en tout temps et de la réserve formelle et exclusive du louage à cinq pour cent en feveur du Consulat.
Le nouveau propriétaire eut donc l'honneur d'avoir pendant plusieurs années pour ses locataires, me^ sieurs du conseil de ville qui ne transportèrent point ailleurs le siège de leurs réunions, ni leurs archives, et payèrent exactement cette locatioh à raison de 60 écus d'or par an, depuis la Noël 4493 jusqu'à la Noël 4500. Le 23 février suivant, Bellièvre revendit son hôtel à Tadministration. Au fond, la vente n'était qu'un honnête prêt sur gage.
Cette nouvelle possession fut bientôt troublée. Le 18 mars 4512,1e feu prit pendant la nuit dans le grenier de THôtel-de-Ville et consuma les étages supérieurs avec tous les titres et documents qui s'y trouvaient. On ne put sauver que les étages inférieurs où était déposée une partie des archives qui furent transportées dans une maison particulière. C'est à ce
(i) L'acte fat passé devant Antoine Dupont, clerc, notaire royal et secrétaire da Consulat ; Barthélémy Bellièvre « clerc, notaire et tabellion, citoyen de Lyon » avait épousé « honorable Françoise Foumier. >
désastre que Ton peut attribuer la perte d'un grand nombre de pièces intéressantes.
Ce désastre est ainsi rapporté dans le procès-verbal de la séance du samedi 19 mars 1512. (1513, N. S.]
« Pourceque la nuyt passée, ainsi qu'il a pieu à Dieu, l'hostel commun de la ville a esté bruslé, mesdits sieurs (les conseillers) ont esté mandez pour tenir consulat audit hostel de M. de Balmont (Antoine de Varey) et là a este recité comme le feu, la dite nuyt passée, s'est mis au grenier dudit hostel commun et a bruslé le dit grenier, la grant salle et chambres hautes, ensemble tout ce qui estoit dedans, c'est à savoir environ deux mille piques (1 ), toutes les
(1) Ces piques avaisnt été acquises de Pierre Petran. le 7 octobre précédent et étaient destinées à Tarmement de la milice ; on avait dû. pour cetle acquisition, mettre en vente une tapisserie achetée pour orner le logis d'Angoulème ddux ans auparavant. (Note de M. de Valons, p. 21).
La ville fit un arsenal do sa maison, après la sédition de 1529, et pour mettre son hostel à l'abri d'un coup de main elle chargea Jean Sève « de faire des boulets tant de plomb comme « de fer, pour les couleuvrines e1 aquebutes qui sont en la mai- « son de ville », on prendra « du bois d'olyvier de Claude « Aiguel, fondeur, ce qui sera besoin pour afîuster les quatre « pièces d'artillerie qui sont en la maison de ville. » Reg. cens. 24 juin.)
L'artillerie du roi était dans des granges, à côté du collège de la Trinité, sur les bords du Rhune.
Au moment où, en 1652, la ville craignit d'être surprise par le baron des Adrets, François d'AgouU, comte de Sault, gouverneur de Lyon, Gt inventorier et fermer en l'hùtel commun toutes les armes, « de manière à ce que les protestants ny les « ecclésiastiques ne s'en puissent ayder et ne se jetassent par f force dans la dit hostel commun pour se saisir des dites
quassées (caisses) où estoîent les traicts et fers de traicts, ies titres, procez et papiers qui estoient en la dite salle haute, tous les gouges d'estaings et autres qui avoient esté mis esdits membres haultz, tellement qu'il ne s'est peu sauver aucune chose de ce qui estoit esdits membres, néantmoings tous les papiers privilleiges, documents et titres qui estoient es membres bas, tant en la salle du Consulat que en la chambre des papiers ont esté, la grâce de Dieu, saulvez et mis hors le dit hostel commun, et depuis transportez en une chambre que, pour ce, a esté prêtée par le dit sieur de Balmont, et les coffres fermans h clefs ont été remis en Thostel de Tesleude Varey, par manière d'entrepost. Mais parce que, en portant et en rapportant les dits papiers, plusieurs en ont retiré et porté en leurs maisons, a esté ordonné faire une crie qu'ils ayent à les remettre ez mains des dits sieurs les conseillers, sur grosses peines. Et au sur-
« armes », on plaça alors une porte solide dans l'escalier qui conduisait an grenier où ces armes étaient déposées, et un poste des arquebusiers de la ville garda militairement toute la maison. Cependant, les protestants surprirent la ville dans la nuit du % avril 1532. Maurice du Peyrat et ses arquebusiers, dit les Soldats du Purgatoire, défendirent vaillamment THôlel-de- Ville, mais criblés de coups de mousquets du haut de Téglise Saint-Nizier, ils furent contraints de se rendre prisonniers, mais les huguenots ne firent pas de dégâts dans l'Hùtel-de-Ville.
En 1588, on transporta à l'hôtel commun des armes telles que corseldts, arquebuses et piques trouvées au logis de TEcu de France, rue de la Lanterne, où la noblesse descendait en foule. Au même temps, la ville acheta au prix de 36 écus d'or au soleil six rancous (angous) et six hallebardes garnies de houppes et cre^lines de floret vert pour mettre en l'hostel de ville desgamy d'armes depuis les derniers troubles. (Regist. cens. BB.)
plus jusques autrement soit ordonné , ont advisé laisser les dits tiltres en la chambre de Thostel dudit sieur de Balmont. Et tant qu'il touche les coftes, les remettre en Thostel commun, c*est assavoir en la première voulte basse, neufve laquelle Ton fera former seurement. Et de ce a esté donné charge au receveur et ordonne à toute diligence faire parachever les archives commencées pour y réduire les dits titres le plus tôt qu'on pourra. » C'est à ce désastre que Ton peut attribuer la perte d'une partie des papiers de la comptabilité du xv* siècle, des procès, établies et nomméeSy du même temps. Il y a là une lacune irréparable dans les documents où sont tracés les détails intéressants des mœurs et des usages lyonnais. Un mois après cet accident , le Consulat put entrer, le H avril 1513, dans son hostel commun entièrement réparé. On voit par la comptabilité de la ville que le blanchissage des deux cham-bres servant pour les archives coûta 1 1 livres ; Jean Ânemerde reçut 32 livres pour la fourniture et la pose des treillis de deux fenêtres, treillis pesant neuf quintaux et 60 livres, à 8 deniers la livre ; Grandjehan, menuisier, reçut 80 livres pour « les estages » (tablettes) et armoires des archives, et 5 livres c pour les bois de fenestrage de deux croisées de la chambre haulte voultée. » C'est sans doute la chambre voûtée dessus et dessous qu'on avait construite, en 4508, pour les archives. Les six serrures des archives coûtèrent 2 livres 5 sols. La ville fit ces réparations (1 ) avec un certain luxe
(1) Si l'hostel commun de la ville souffrit beaucoup de cet incendie, l'émeute qui Tenyahit le dimanche 25 avril 1529 ne
que n'approuvèrent pas tous, ses conseillers ; le drapier Pierre Renouard se plaignit du prix élevé de la nouvelle cheminée de la salle du Conseil et de la « trop gfrande sumptuosité et coust des archives. Il accuse aussi le receveur Jacques de Baileux, d'avoir, par sa négligence, causé la perte « de plusieurs papiers, lettres et enseignements, o Ces récriminations n'empochèrent pas le Consulat de faire prix, en 4 51 9, avec Jehan Lauridan, mercier ,.« pour la fabrication, « à Audenarde, de 64 aunes de tapisserie, à 12 sols « Taune, pour couvrir le parquet de la salle du Con- « sulat. » En 1554, il mandate encore 20 écus d^or an Soleil pour la4)rise « de deux chenetz en audiers « remis en Thostel commun et en la salle du bureau a du Consulat pour la décoration d'icelle. » Enfin, nous le voyons encore, en 1 560, mandater, entre autres, 21 livres pour « ung tableau inscript en par- € chemin, illuminé en or, azur et aultres painctures « et figures où il y a inscript les quatre Evangiles, « d'une part, et le Kélendrier^ d'aultre part, pour « servir au bureau du Consulat (1). »
lai fat heareasement pas fatale. Diverses causes amenèrent cette sanglante sédition: la cherté du blé occasionnée par une longue sécheresse , des impôts exhorbitants pour Tachèvement des fortifications faites après l'immense désastre de Pavie et la pénurie de la ville qui n'avait pas plus de 3,C00 livres de revena. On parla d'accaparements de blé par les riches, et la foule trompée par d*obscures menées se rua sur les maisons des habitants les plus aisns. Celle de Symphorien Champier fut saccagée, puis on envahit celle d'Uumbert Gimbre. Le gouverneur Pomponne de Trivulce parvint enfin à dompter l'émeute, dressa huit potences et fit pendre les principaux coupables.
(1) H. de Valons, en écrivant en 1862 sa notice sur les anciens hôtels de la ville de Lyon si pleine d'excellents docu-
Le Consulat qui tint ses séances pendant un mois au logis du seigneur de Belmont, rentra dans son hôtel entièrement réparé le 13 avril suivant. Mais cette vieille demeure étant trop étroite pour la gestion des affiiires communes, on songea à Tagrandir en y joignant une maison voisine, puis on se décida à acheter Thôtel des Générales ou de Milan, situé rue Grenette, au coin de la place des Cordeliers.
Un contrat fut passé le 46 décembre 1569 ; Claude de Bourges, en échange de son hôtel, reçut le vieil hôtel de ville de la rue Longue et plus &00 livres tournois au comptant et une pension de 520 livres. Si Tinstallation dans l'hôtel des Générales ou de Milan fut complète, elle n*eut pas de durée. Dès Tannée 1 572, le Conseil cherchait à se soustraire aux charges du contrat d'échange. Il y eut un procès, suivi d'une transaction^ par laquelle la famille de Boui^es fut remise en possession de son hôtel et la
ments historiqaes et à laquelle nous avon» fait de nombreux emprunts, ignorait sans doute alors ces détails sur l'ameublement de Tancien hôtel commun, car il dit, page 31, « il y avait « alors, en 1572, un reste de la simplicité des vieilles œœurs « consulaires, » et il faisait cette réflexion au sujet de la garniture des bancs du Consulat de l'hôtel de Milan où le Consulat venait de s'installer. Cette garniture de treize aunest fournie par André Ballon, était seulement de drap vert.
En 1539, le Consulat fit placer dans la cour de son hôtel de ville les Tables Claudiennes découvertes dans une vigne de la côte Saint*Sébastien achetées au prix de 58 écus au soleil « et qui « sont antiquailles aussi belles que guères se trouvent. » (Reg. cons. de 1529.) Mais en plaçant ces tablettes d'airain, on masqua la fenêtre d'un voisin, Jacques Fenoii, qui s'en plaignit au Consulat.
ville redevînt propriétaire de sa maison de la rue Longue, où, malgré les inconvénients d*être logée à Tétroit, ladministration se résigna à rentrer (24 juillet 4576) (4). Elle y siégeait encore après l'avoir fait réparer et agrandir, et Tabandonna définitivement en 1604, pour s'établir au logis h V Enseigne de la Couronne (i), dont les restes subsistent (n*43, rue
(1) Maïs avant de rentrer dans son ancienne maison, le Consa!at siégeait, soit an bureau de rHètel-Dien, soit à celui de TÂumône générale, soit chez l'un des membres du Conseil. En 1577, il tint ses séances pendant quinze jours aux Célestins » parce que le $ac des privez de la maison de ville s'est comblé et qu'il est besoin de le faire nettoyer arant la grande chaleur. » La peste décimait alors la population.
En 1583, le Consulat siégea encore au couvent des Célestins ; il fit présent aux religieux d'habits sacerdotaux brodés aux armes de la ville c pour avoir prêté libéralement plusieurs « salles de leur maijion aux échevins que le mal de la contagion « avoit éloignés de l'hostel commun. »
En 1583, le Consulat donna un mandat de 40 écus an soleil à JeanPerrissin, peintre, pour avoir décoré l'intérieur de l'Uùtelde- Ville et peint les armes du roi et celles de la ville sur la porte Saint-Georges. (Act. cons. 1583).
(2) Chaque maison avait alors une enseigne peinte ou sculptée^ souvent par de véritables artistes, qui servait à la distinguer. On ne connaissait pas alors l'usage commode mais monotone du numérotage.
La maison de la Couronne appartenait alors à Marie Faye, Glle et cohéritière de Jacques Faye, chevalier, seigneur d'Eispesses, président au Parlement de Paris, et femme de René de Tliou, écuyer, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.
Dans l'acte de vente de la maison de la Couronne, il est dit : l'on ne s'est servi de cette maison « que comme par emprunt, c attendant que la commodité se présentât de pouvoir faire un € bastiment et ornement public pour servir à perpétuité d'hostel c commun, correspondant h la réputation de la ville. »
de la PoulailleTie) et sont dignes de fixer l'attention des curieux, nonnseulement à titre de témoignage matériel, le seul subsistant, d'une demeure municipale, mais comme spécimen de plus en plus rare de Tarchitecture privée de la fin du xv« siècle.
L'acquisition de cet immeuble eut lieu le 24 juin, au prix de 13,500 livres tournois, plus les pensions hypothéquées.
Ce fut dans cette jolie maison que le Consulat prit les mesures propres au rétablissement des finances et du commerce de la ville ruinée et dépeuplée par les longues et douloureusas discordes. La prospérité renaissante facilita les empiétements du pouvoir absolu; les anciens privilèges furent attaqués. L'édit du mois de décembre 4596, portant réduction du corps consulaire & un prévôt des marchands et quatre échevins avait déjà profondément modifié l'organisation communale et altéré son indépendance.
Telles furent , • d'après les titres originaux , les diverses stations municipales des édiles et des précieuses archives de la ville de Lyon, depuis l'année U2i lusqu'au <4 novembre 1652.
Vers 1 646, le Consulat se trouva trop à Tétroit dans son ancienne maison commune de la Poulaillerie et décida la construction d*un hostel commun digne de la grandeur de la viUe. Le 6 février de la même année, il procéda à la vente aux enchères publiques de son ancienne Maison de ville, qui fut adjugée à un sieur FlorisDurieu pour la somme de 52,000 livres ' laquelle, d'après les termes d'une délibération du 4 janvier 1646, devait être employée h la construction d'un (( hostel commun de ladite ville, situé sur la place du Temple, jouxte celle des Terreaux. Joinct que
la place du Temple appartient au Consulat, est size dans la directe de ladite ville et propre pour y construire quelque beau bastiment convenable à la grandeur d'icelle, et pour son ornement, et que si bien cette communauté n'a des moyens, après tant de surcharges auxquelles elle a esté et e^t subjeste, néantmoins pouvant vendre ladite Maison de ville qui est & présent.... les deuiers qui proviendroient de ladite vente ayderoient à advancer beaucoup ledit bastiment dudit Hostel commun en ladite place du Temple, et que par ce moyen une vieille maison mal commode à TefiFect auquel elle est destinée, seroit convertie en une nouvelle commode, belle et bienséante à caste ville. » Le Temple élevé par les Huguenots pour y tenir leur presche, avait été démoli depuis déjà longtemps.
Le 8 mars suivant, le Consulat décida encore que « afin d'éviter les défauts et manquements qui arrivent souvent à de grands bastiments comme est celuy-ci, on fera dresser plusieurs plans tant par maistre Simon Maupin(l), voyer de cette dite ville,
(1) Les plans dressés par Simon Maupin n'existent plus à r06tel-de- Ville ; mais j'ai retronvé aux archives municipales, mêlé à an tas énorme d'anciens plans de toutes sortes jetés P'Me-m^le dans des placards dans lesquels infiltrent les eaux pluviales, on plan collé sur une grosso toile qui paraît être une copie de celui de Simon Maupin. Il porte la date du 14 juillet 1646; on y lit la mention suivante : « Pour servir de plan à la maison de ville, » puis suivent les signatures des échevins en charge qui étaient : Sève de Fiéchères, prévôt des marchands, Jean Vidaud, 1*' échevîn, Jean de Moulceau, ^adjoint, Rémond Séverat, sergent-major de la ville, 3* échevin, François Basset, 4* échevin. En outre, on lit aussi les signatures
que par quelques autres personnes d'icelle, à ce entendues, lesquels ils feront encore consulter par les plus experts architectes de la ville de Paris. »
suivantes : Danrolles; S. Gaîan; Jasseran. Daurolles était l'entrepreneur de la maçonnerie. 11 est donc probable que ce plan, qui porte les signatures des échevins et de Daurolles, servit pour le traité ou marché conclu avec cet entrepreneur. La signature de Simon Maupin ne figure pas sur ce plan A côté de ce plan s*en est trouvé un autre calqué sur papier transparent collé sur toile, sans aucune indication, mais qui parait être celui dressé par Mansard quand il restaura Tilôtel-de- Ville, en 1701, pour réparer les désastres de l'incendie de 1674. Enfin, dans ce même tas, se sont trouvés une douzaine d'épreuves d'un plan gravé en 1650, de l'ilôtel-de-ville avec son jardin. Ces belles gravures étaient encore imbibées de l'eau pluviale.
Les premiers travaux de maçonnerie furent exécutés par les entrepreneurs Benoît Daurolles, du Honard et Claude Ghana, maîtres maçons à Lyon.
Les cintres des voûtes de l'étage souterrain furent dressés par Louis Burdet dit Pcllègre, Jean Lambert et Floris Poitrasson, maîtres jurés charpentiers. Ils firent aussi les planchers des divers étages.
Claude Vivian et Pierre Mauret, maîtres maçons et bourgeois de Chambéry, fournirent les deux grandes colonnes de la porte principale.
Antoine J urine et François Basset, maîtres menuisiers, se chargèrent de la menuiserie.
Bertrand Berigaud, maître couvreur, fit les couvertures en ardoises d'Anjoa.
Barrai, maître serrurier, fournit les barrelles pour les vitrages des croisées, la balustrade en tôle à la façade principale.
Pierre Coste, Thomas Esnoult et Claude Haas, maîtres plombiers, posèrent les plombs des toitures.
Guillaume Blanepignon et Claude Ghalloo, maîtres peintres.
Le 8 mai, le roi autorisa cette construction. Le 5 septembre suivant eut lieu la cérémonie de la pose
firent la peinture et la dorure des faitages en plomb de la couvertare.
Corbenslach est Tautear des vases décoratifs en cuivre sur les dômes et pavillons.
Claude Butavand, maître fondeur, fait les mai^auz, clous des portes, grilles de caves et objets en cuivre,
Martin llendriey, maître sculpteur, fait en pierre blanche de Savoie les statues dans les niches de la chapelle et dans la galerie de cette chapelle.
Charles Vallier et Jean Toureau, maîtres serruriers, exécutent divers ouvrages de serrurerie.
François Rambaûd, peintre, dore la balustrade de la façade et les quatre cadrans de l'horloge du beffroi.
Le 4 janvier 1657, reconnaissance des travaux par les échevins Justinien Croppet et Noël Costard.
Horace Leblanc, Germain Panthot et Thomas Blanchet, peintres officiels de la ville, peignent les plafonds et font les peintures décoratives.
Martin llendrecy, Jacques Mimerel et Nicolas Lefebvre sculptent les ornements et les statues.
Laurent Lor dit Champagne, Jacques Liattier, maîtres menuisiers, font les boiseries et cadres de la salle de la conservation, de la salle Henri IV.
Ampère, Perret et Hadet, maîtres maçons font les travaux de maçonneries, après Vineendie.
Aimé Degerando, père et fils, la charpenterie, François Maillard la serrurie. — Claude Marais, François Bully et Gaude Testin, la plomberie. — Pierre Isnard, la dorure du dôme. — Crepin Lasne, les ardoises. — Simon sculpte la façade.
Claude Perret décore la grande salle et fait la cheminée en marbre. — François Gauthier et Joseph Ampère remplacent les anciens chenaux en plomb.
Marc Cbabry sculpte la statue équestre de Louis XIV les
de la première pierre de l'édifice (1). Les travaux furent ensuite poursuivis sans interruption et les artistes les plus habiles furent chargés de la décoration. Je ne dirai pas ici leurs noms, ni ne décrirai pas non plus leurs œuvres. M. Desjardins, architecte et restaurateur de ce monument, a déjà donné ces renseignements importants dans la belle monographie qu'il a publiée, sur ce palais. Ce palais était à peine achevé lorsque, le 43 septembre 4 674, un violent incendie y causa les plus grands ravages.La ville venait d'y dépenser 2,500,000 livres tournois, somme représentant aujourd'hui 40,000,000 de francs.
Le Consulat se mit en devoir de réparer sans retard cet immense désastre dans lequel avaient péri aussi de nombreux objets d'art d'une grande valeur, comme les peintures décoratives exécutées par
deax termes et les renommées da cadre et les deux figures colossales de la balustrade.
Claude Perret décore la grande salle en sculpture sur bois au lien de marbre, comme on l'avait projeté. Antoine Robin et Claude Arnaud y travaillent et Michel Perrache sculpte les armoiries et les renommées de la cheminée.
Joachim Verdior, peintre, restaure les peintures du grand escalier. Marc Chabry, les sculptures de la cour basset les fontaines. Ladouceur y travaille aussi.
Morfeuillet restaure la galerie qui sépare les deux cours.
(Voir aussi l'intéressante notice publiée sur i'Hàtel-de-Ville de Lyon, en 1872, par M. Ilirsel, architecte en chef de la ville. Je lui ai emprunté divers renseignements.)
(1) Le 14 novembre 1652, le Consulat tint sa première séance dans le nouvel flostel-de-Ville et ion premier acte, en prenant possession de sa nouvelle résidence, fut une bonne œuvre. Il vota une aumône de 100 livres pour les P. Rceollets et 120 livres pour les Feuillantif: .
Blanchet. Mais les fonds manquaient et après la constatation des dégâts par Paul Bertrand, nouveau voyer de la ville, assisté par Claude Ghana et Thomas Blanchet, architectes et de Philibert Lacombe, maître maçon, constatation faite le 17 décembre 4677, on dut attendre jusqu'au 3 novembre 1699, pour reprendre les travaux. Alors seulement la ville obtint un arrêt du roi rendu en son conseil d'Etat, l'autorisant & la reconstruction des parties incendiées en 1674.
Le 1 i avril 1 701 le Consulat adopta les propositions soumises par Jules Hardouin Mansard, alors surintendant général des bâtiments de la couronne et les travaux furent enfin repris ; ils marchèrent lentement, car, en 1753, on achevait seulement les dernières décorations. En 1760, le temps a déjà altéré certaines parties du monument et il en est dressé procès-verbal qui fut communiqué à Jacques-Germain Soufflet. Ce grand artiste avait été appelé alors & Lyon pour la construction de la salle du Grand- Théfttre et du grand dôme de l'Hôtel-Dieu.
En 1777, on dut restaurer aussi la galerie qui sépare les deux cours. Enfin, en 1783, Pierre Lefebvre, de la congrégation de l'Oratoire, directeur du g^nd collège, est chargé de tracer dans la grande cour une méridienne du temps moyen, qui y existe encore.
La Révolution ne put manquer d'ôtre funeste à notre splendide palais municipal. Le 7 février 1790, une foule considérable Tenvahit. Imbert Colomès était alors maire de Lyon ; il avait succédé à Tolozan de Montfort, dernier prévôt des marchands. Le 25 juillet 'suivant, l'émeute s'empare de nouveau de l*Hotel-de-Ville et y arbore le drapeau rouge;
le 29 mai 1793, la foule en armes s'élance dans le palaiâ municipal dont elle vient de faire le siège. Un boulet brisa le portail et occasionna de grands dégâts dans le vestibule. Un autre entama la corniche de la salle dans laquelle s'était enfermé le Comité de Salut public. Pendant le siège de Lyon, du 8 août au 9 octobre 1793, Tédifice subit encore de très-sérieuses détériorations. Le 14 juillet 1803, un incendie éclate pendant une illumination faite pour la célébration de la prise de la Bastille et le dommage s élève à 100,000 francs. Sous le premier empire on fait peu de travaux dans le monument. Le 19 octobre '1 820, le baron Rambaud, alors maire de Lyon, propose d'en exécuter divers; François Lemot, notre grand statuaire, se charge de l'entreprise ; mais, étant mort en 1 827, les projets sont remis de nouveau à l'étude par le maire,* M. de Lacroix-Laval, et, le 3 août de la même année, le sculpteur lyonnais Legendre - Héral exécute la statue équestre de Henri IV qui orne encore la façade principale.
Les événements politiques de 1830, 1831 et 1834 sont aussi funestes h l'Hôtel-de-Ville, et le défaut d'entretien lui est non moins préjudiciable. En 1850, M. Réveil, maire de Lyon, décide la restauration complète de Tédifice et des travaux sont entrepris; toutefois, on ne put faire que les plus urgents dans la toiture et dans la façade.
Le décret du 24 mars 1852 ayant réuni dans les mains du préfet Tadministration départementale et communale, la Commission municipale commence une ère nouvelle pour notre palais. M. Desjardins, architecte, est chargé de sa réfection complète et lui
rend en quelques années sa splendeur primitive. La Révolution du 4 septembre 1870 pouvait lui ôtre auasi fatale que les révolutions précédentes, mais exceptionnellement, elle se borna à quelques dégâts insi^fiants, mais, en signe de sa triste victoire, elle arbora aar le dôme le lugubre drapeau rouge. ..
Les révolutions dont on nous menace encore épargneront-elles tant de splendeurs?
D'après les documents officiels, la restauration de l'Hôtel-de-VilIe et son ameublement ont coûté de 1850&1872, 2,7i3, <36fr. Sic.
Je ne décrirai pas ce beau monument. Sa luxueuse monographie a été publiée déjà par M. Tony Desjardîns, architecte en chef delà ville,chargé, en 1856, de l'entière restauration de ce palais et dont il sut s'acquitter avec habileté.
PRÈS cette rapide descriptioD de nos divers hoateU communs, il serait peut être opportun de parler aussi de l'ancienne constitution de Lyon et de sa mag^istrature consulaire si chère à sa population.
J'aimerais à montrer cette magistrature, si virilement énergique , dès sa tmissance, et luttant avec un opinifttre courage contre les oppresseurs de la cité, avec l'aide de la royauté qui tenait aussi & agrandir son propre pouvoir aux dépens de celui des archevêques. Enfin, il ne serait pas sans intérêt non plus de voir ensuite la couronne amoindrir, peu & peu, l'omnipotence communale de Lyon dès que celle-ci commença h lui porter ombrage, pour devenir, à son tour, presque toute puissante à Lyon.
J'ai déjà esquissé plus haut cette histoire et dit ce que fut cette magistrature qui, dès son origine, sut s'entourer du respect et de la considération générale. Le peuple était même fier de sa grandeur et de son éclat, parce qu'il y voyait les siens, ses pairs, qu'il plaçait au rang suprême par l'élection et qu'entourait la pompe qai environne le souverain. Enfin, cette mSme magistrature était aussi rehaussée & ses yeux par l'auréole de la noblesse que les rois lui conféraient avec des armoiries qu'il suspendait avec oi^eil dans les salons de l'hOtel-de-ville avec les portraits de tous ceux qui avaient passé par les charges.
Pour parvenir à ces charges^ on était soumis à l'élection qui était réservée aux maîtres des métiers seuls, tous bons juges du mérite de leurs pairs qui sollicitaient leurs suffrages ; tandis que, de nos jours, maintenant qu'une loi absurde, injuste, donne à la foule ignorante, inconsciente, asservie par d'odieux serments à des che& occultes et despotiques, le droit d'élire nos magistrats municipaux , quels choix n^avons-nous pas vu faire ! ! !
Nos pères, plus sages que nous et intéressés à la bonne gestion des affaires et économes des deniers publics qu'on gaspille à plaisir aujourd'hui, procédaient avec une véritable pompe à Télection de leurs mandataires. Le moindre de leurs actes avait un cachet de grandeur qu^on chercherait en vain de nos jours.... Qu*on en juge :
« Le dimanche, sur les huit heures du matin (1),
(1) Les opérations de rélection de Téchevinage étaient trèslongues. Elles commençaient dans la semaine qui précédait l'élection.
Le jeudi, le prévôt des marchands et les échevins en charge se transportaient chez le gouverneur, pour Finformer qu'on allait procéder à Télection et lui en demander la remise de la lettre de cachet par laquelle le roi faisait connaître ses intentions an sujet de la nomination du prévôt des marchands.
Le mdme jour, après-midi, le Consulat formait la liste des Terriers et des deux maîtres des 62 corporations des métiers. qui devaient prendre part aux votes.
Le lendemain,ccs derniers étaient appelés à Thôtel commun par les mandears, avec invitation d'apporter chacun leur sceau ou cachet pour être apposés au syndicat qui constatera rélection et prêter le serment requis.
Dans la même réunion, on arrêtait la liste des candidats qui était ensuite communiquée au gouverneur.
lorsque le prévost des marchands estant en sa dernière année, doit sortir de charge, et qu'il est, par conséquent, l'un des Terriers, les deux mandeurs ordinaires de la ville vont, avec leurs rohes à manches chargées du grand écusson aux armes de la ville, Id prendre en son hostel et le conduisent dans THostel-de-ville, à la chambre du Consulat. Ensuite ils se séparent pour aller aussi prendre les deux eschevins qui doivent pareillement sortir de charge, et les ayant conduits au dit hostel, ces trois Terriers en partent ensuite, précédés des mômes mandeurs et par le coadjuteur, ayant les mômes robes et les deux mandeurs leurs grands écussons, pour aller entendre la messe du Saint-Esprit dans la chapelle de Saint-Jacques , près l'église de Saint-Nizier, assistés des sieurs avocat et procureur-général de ladite ville, qui seuls^ ce jour-là, du Corps consulaire, portent la robe de cérémonie, et des secrétaire et receveur.
« Estant ainsy arrivés dans ladite chapelle où se tenaient anciennement les assemblées consulaires, ils se placent sur deux bancs couverts d^un tapis de Turquie, sçavoir : les trois Terriers sur le premier, le prévost des marchands au milieu des deux eschevins, et les trois officiers sur le second ; le procureur général estant entre les deux autres. La messe se dit par un chanoine ou perpétuel de ladite église de Saint-
Le samedi, on retoamait chez le gouverneur, pour savoir s'il agréaU les candidats, et rinformerquelesmaistresdes mestiers avaient prêté le serinent d^usage.
Le dimanche se faisait rélection, dans la forme indiquée ci-dessus.
Nizier. Les en&nts de chœur y chantent en plainchant, les dits sieurs Terriers et oflBciers y portent à l'offrande une pièce d'argent quy leur est mise, auparavant, par le solliciteur de la ville ; les corriers de ladite chapelle y font le pain bény dont ils font présenter une portion aux dits sieurs , lesquels , incontinent, après la messe finie, retournent à l'Hostelde-ville où, cependant, les maistres des mestiers s'assemblent et se rangent dans la salle appelée des Portraits ou de TElection, sur des bancs destinés pour eux. Après qu'ils ont esté ainsy rangés, les dits sieurs Terriers, accompagnés des dits sieurs officiers, entrent dans la salle et se placent, sçavoir : les dits trois Terriers, quand le prévost des marchands en est un, les deux eschevins & ses costés et lui, au milieu, dans un parquet fermé d'une balustrade, sur un banc un peu élevé, couvert d*un tapis de Turquie, tournant le dos à la cheminée de ladite salle et laissant vides, entre la dite cheminée et ledit banc, les cinq feuteuils sur lesquels ils ont coustûmes de tenir leurs séances dans la chambre du Consulat, pour marquer la disposition et suspension de la magistrature pendant qu'on procède à cette nouvelle élection. Les dits trois officiers sont au miheu du dit parquet, où est une table couverte d'un tapis de drap violet, autour de laquelle sont trois chaises à dossier aussi de velours violet, qu'ils occupent > sçavoir : ledit avocat et procureurgénéral la première, ayant la droite du costé des dits sieurs Terriers, le secrétaire vis- à- vis d'eux et le receveur vis-à-vis du dit avocat et procureurgénéral, c Dans ce même parquet, et à l'un de ses angles,
le capitaine de la dite ville se place sur une chaise commune, seul et éloigné de la dite table.
<c Chacun ayant ainsi pris sa place, le premier mandeur appelle les maiatres des mestiers les uns après les autres, et le secrétaire, après avoir marqué les comparants et les défaillants, pour estre ces derniers ensuite condamnés à l'amende, il invite les présents à se souvenir du serment qu'ils sont venus feire en particulier les jours précédents et à le renouveler en général.
<c Après quoi, le dit sieur avocat et procureurgénéral de la dite ville fait un discours d'environ une demi-heure à l'assemblée, sur tel sujet qu'il estime le plus convenable et qui tend à l'eidiorter à fisûre xm bon choix, à imprimer dans l'esprit des magistrats leurs devoirs et obUgations et à exciter dans le cœur du peuple l'obéissance qu'il leur doit et sa reconnaissance envers ses bienfaiteurs.
a Le discours fini, chacun des Terriers fait le sien, qull conclut, en donnant sa voix et son suffirage, à ceux qu'il choisit pour leur succéder, après quoi le même mandeur appelle de nouveau chacun des dits maistres des mestiers par son nom et selon l'ordre du registre, pour donner pareillement leurs suffrages aux nouveaux magistrats futurs, ce qu'ils font ainsi que bon leur semble. A mesure qu'il les nomme, le secrétaire marque les voix sur une feuille de papier qu*il a devant lui par autant de barres qu'il fait pour chacun des sujets nommés, en sorte que, qui plus en a l'emporte. Les deux autres officiers les marquent aussi comme témoin et certifîcateur, et le dernier maistre des mestiers ayant parlé, le secrétaire, après avoir compté les suffrages, se lève, et
nomme ceux qui en ont le plus , à Texception , toutefois, du prévost des marchands à l'égard duquel, si sa pluralité s'était éloignée des ordres de Sa Majesté , le dit secrétaire prend et lit, en ce cas seulement, la lettre de cachet qui est dans 3on portefeuille, par laquelle la volonté de Sa Majesté estant déclarée et connue, elle est obéie, et celui qu'elle choisit est nommé pour exercer la dite charge.
« Les dits nouveaux magistrats estant ainsi nommés, le secrétaire, debout et couvert, lit l'acte qu'on appelle le syndicat, qui e«t une procuration authentique que les dits Terriers et maiiâtres des mestiers passent et consentent par la bouche du dit secrétaire aux nouveaux élus pour les deux années suivantes, et aux anciens magistrats qu'il confirme pour la prochaine seulement, par laquelle procuration il leur donne tous les pouvoirs qui se voient au registre de ce jour.
« Cette lecture finie, rassemblée se lève et se sépare. Immédiatement après, le dit sieur avocat et procureur-général, revêtus de la même robe de cérémonies, accompagnés des secrétaire et receveur, et conduits par Tun des deux mandeurs . avec sa robe au grand écusson, va annoncer aux nouveaux élus la nomination et l'élection qui vient d'être faite de leur personne pendant que les dits sieurs Terriers, ayant rejoint les deux ou trois magistrats qui doivent demeurer encore une année en charge, vont informer le seigneur gouverneur, ou en son absence le seigneur lieutenant de roi, de cette même nomination et de tout ce qui s'est passé dans la dite assemblée.
« Les nouveaux nommés, aussitôt après avoir
reçu l'annonce de leur élection par la bouche du dit sieur avocat et procureur^général de la ville, deux autres officiers, ses assistants jusqu'à son carrosse, se joignent, dans l'hôtel du prévost des marchands nouvellement nommé, ou, lorsqu'il ne s'en nomme point, chez les eschevins nommés du côté de Four^ vières, d'où ils vont incessamment rendre leurs premiers devoirs au seigneur gouverneur et au seigneur lieutenant de roi. Ds vont ensuite faire leurs compliments à M. l'intendant, commissaire des parties pour Sa Majesté dans la province, et, de là, à M. le sénéchal, après quoi ils vont ensuite rendre leurs devoirs à ceux qui composent l'ancien Consulat, en commençant par le prévost des marchands, ce qu'ils font dans le même jour, et le lendemain leurs visites leur sont rendues par chacun des dits sieurs prévost des marchands, eschevins et officiers (1). »
Ce mode d'élection était pratiqué au xvii* siècle , mais à l'origine, quand le peuple s'assemblait pour élire ses douze magistrats municipaux, rien de plus simple, mais aussi rien de plus solennel, dans sa majestueuse simplicité, que cette cérémonie d'élection. Mais, comme nos pères croyaient en Dieu et que la Providence doit présider à tous nos actes, c'est au son de la cloche de la paroisse qu'ils se réunissaient, soit dans l'église Saint-Nizier , soit
(1) Tous les déutih que je donne ici sont tirés d'un manuscrit de 75 pages, relié en veau et conservé aux archives de la ville; ce manuscrit, en très-belle écriture, a pour titre : « Cérémonial public de VMUlrde-vilU de Lyon, pour M. de La Valette, prévoBt des marchandé, en 4687. »
dans la chapelle de Saint-Jacques, comme les premiers chrétiens s'assemblaient dans les basiliques. Une prière en commun était adressée d'abord' au ciel par le peuple agenouillé au pied de l'autel, puis chacun déposait son vote en faveur de ceux qui avaient su inspirer le mieux la confiance par leur intelligence , leur probité et leur dévoûment à la chose publique.
Quand Télection était terminée, on en dressait aussitôt un procès-verbal, lequel, ainsi que je Tai dit plus haut, s'appelait Syndicat (1).
Ces Syndicats étaient rédigés en latin et en français et écrits, pour la plupart, sur une peau de vélin entière. Celui de 1355, au contraire, est rédigé en langue vulgaire ou idiome lyonnais du temps. Je n'en citerai que la partie essentielle : .
« In nomine Damini^ amen,
« Lettres se ferant del papa del Balliage de
(1) Après l'éleelion, on dressait un procès-verbal de Topération, et cet acte était appelé Syndicat. Noos reproduisons, comme spécimen, ane partie de celui de 1356, cité par M. Steyert :
€ In nomine Domini^ amen* Ly pucblos de la universita de Lyon assemblas in l'églèsi de San Nisès al son de la grossa campana en la manerl accostuma pour espublier, nomar et establir los conseillours et porveours sur les fas de la ditta universita del consel, volnnta et consentiment dous mestros
doasmestiers de la ditta cita faist et ordonnon conseillours
de la ditta cita, deys le jorn de chalandes que S3ranz h.cgglv josques an jorn de chalandes que seranz m.ccclvj, czo est assareir, etc.... »
Mascon del bore (bourg) de Fila Barbara (l'Ile Barbe) et de la Cort secular de Lyon, de celluy ou de celles que ly concilliur (conseillers) cy dessoubs escrit vudrant (voudront) una ou plusours ou de tous se ly volust, que ly pueblos delà unîversita de Lyon, assemblas en Téglesi de Sanz-Nisés (Saînt-Nizier) al son de la grosse campana, en la manieri accoustuma, pour es publier, nomar et establir les conseilleurs et pourvéours sur los fas (les faits) de la dicta universita, dail conseil, volunta et consentimin dous mestros dous mestiers de la dicta cita, czo (ce) est à scavoir ( suivent les noms des Terriers et des maîtres de métiers,) faut et ordennon conseillours de la dicta cita, deys (dès) le jom de chalandes qui serant MCCCLV jusques à jom de chalandes qui serant MCCCLVi, czo est à scavoir : Humbert Hugo, ditz Baral, Johan de Durchi, de la rua Vendran, Perenin de Belleys, Bemert de Varey, Juenin de Varey, Johan de Montens (conseillers anciens confirmés), Anthoyns de Durchi , Guillaume de Varey ditz Ploten, Johan de la Mura-le-Vieil, Johan de Vaux, Mathieu de Fuer et Johan de Durchi, ditz Bollotz, (conseillers nouvellement élus). Es garans ly ditz mestres dous mestiers et ly pueblos assemblas yci comme dit est, per alos (eux) et per tous les atros (autres) de la dicta villa et communita. donnent pleyna puissanci et especial commandemen de elles assemblar ensemble lay ou Ton semblera bon, pour consuller , porveir et ordenar ous &s et ous négotious del dit pueblos, tous les jours et totes les euresque leur pleyra, duran la ditz termen et nom de la dita universita , et leur enjoignant que ils vignantz (vaquent) tous les veindros (vendredis) et los astros
jorns que lear semblera bon et sera necessaro ou proffetablo, en la chapelle de San-Jaqnemo ou aleours, lay où il vudrant, devers matin, et qui y ytant, ainsi comme ly est accostuma et autres heures, ysy (ainsi) comme les besoignes charant (tomberont) pour entendre parlar et ruminar los fas de la dicta universita, pour veir et ordenar communalement et singulameotz ous dits habitans, feyalemen et leyalman seins prejudicio d'alcon, segont (selon) que les besoignes requièrent et il porrant bonnamen.... » Le reste de cet acte est consacré aux attributions des conseillers de ville et & la répartition des services communaux entre ces magistrats. Mais, avec le temps, les syndicats subissent des modifications, quant à la forme, mais le fond demeure, à peu de chose près, invariable. Voici le préambule qui, depuis, n'a pas sensiblement changé, du syndicat du 21 décembre
« In nomine Domini, amen,
« Lettres et instruments publiques se feront par le tabellion dessoubs nommés et des choses y après inscriptes, quand besoing sera, et tout par la meilleure forme et manière que faire se pourra, pour et au prouffict de la communauté et université de la ville et cité de Lyon, et de tous aultres à qui ce puet ou pourra et devra touchier et appartenir, tant de présent que pour le temps advenir
Les corporations d'arts et métiers dont les maîtres, outre les Terriers, figurent dans ce syndicat de 4441 étaient les drapiers, épiciers, changeurs, merciers et ceinturiers, pelletiers, salatiers, fabricants de salades ou casques, et ferratiers, notaires, doriers (orfèvres) et potiers (d'étain), panetiers, cor-
donniers et tanneurs, selliers et freiniers, bouchers, charpentiers, veysseliers et benniers, barbiers, marçons, maréchaux, couteliers, serruriers, tisserands, cordiers et canabassiers (fabricants de fil), ac vendeurs, taverniers, vignerons.
Au xYiii* siècle, on comptait, àLyon^ soixante-huit corps de métiers particicipant tous à Télection de Téchevinage .
Plusieurs de ces syndicats se sont perdus, mais leur contenu a été, heureusement, reproduit dans les actes consulaires. En 4441 , le corps de ville se composait encore de douze membres, abstraction faite du procureur général, du secrétaire et du receveur de la commune qui n'étaient pas soumis à Télection ; six sortaient de charge, chaque année» et étaient remplacés par autant de conseillers nouveaux. Les six autres qui n'avaient encore qu'un an d'exercice étaient reconnus et confirmés dans leurs fonctions pour l'année suivante ; mais il arrivait rarement que les douze conseillers siégeassent au complet ; alors on appelait les ex-consals sous le nom de coadjuteurs, pour suppléer temporairement les absents, et l'expédition des affaires n'était jamais çn souffirance. Les réélections avaient lieu fréquemment. Par un édit de 4495, le roi Charles VIII conféra la noblesse héréditaire aux conseillers de la ville de Lyon. Les événements politiques de 4 562 jetèrent de la perturbation dans les élections consulaires ; les protestants qui s'étaient emparés de la ville, par surprise, ne nommèrent conseillers que de leurs coreligionnaires. La ville s'étant rangée du parti de la Ligue , les conseillers échevins élus, en 4 587, sont maintenus un au de plus dans leurs charges ; en 4 594 , Claude
de Bubys, seigneur de TÂntiquaille, conseiller en la sénéchaussée de Lyon et au Parlement de Dombes, et auditeur de camp au gouvernement de Lyon, entre au Conseil, en 1591 ; les échevins élus en 1590 sont maintenus, par suite des événements politiques, pendant deux ans, dans leurs charges, à l'exception de Claude de Rubys qui, soupçonné d*avoir trempé dans le complot ourdi par le duc de Nemours pour s'emparer de Lyon h son profit, avait été contraint de s'éloigner de la ville. Mais les événements changèrent en partie ces dispositions. Les 7 et 8 février 1594, Lyon étant rentré sous l'obéissance du roi, six échevins en furent expulsés ; des anciens, il ne resta que Jacquet Vize et de Couvet. Ce fut en de pareilles dispositions qu'on se proposait de procéder aux élections de 1595, mais l'organisation municipale fut alors profondément modifiée. La ville de Lyon s'étant rendue au roi les 7 et 8 février 1594, les échevins expulsés furent Thierry, Regnault, Ponson Bernard, Gellas, Noyrat et de Bemy ; on les remplaça d'urgence, et Henri IV, s'autorisant d'un édit de Henri H, de 1547, réduisit, par un édit du mois de décembre 1 595, le nombre des échevins de Lyon de même que celui de Paris ; l'échevinage de Lyon n'eut qu'un prévôt des marchands et quatre échevins. Le nombre des corporations des métiers participants à l'élection fut, au contraire, augmenté. On y joignit les chirurgiens, les apothicaires, teinturiers en soie, plieurs de. soie, libraires, imprimeurs, peintres, cartiers, contre-pointiers, confiseurs, ciergiers. Mais en vertu de lettres - patentes du roi, du 31 août 1764, la constitution municipale de Lyon est de nouveau modifiée. Les Terriers et maîtres des
métiers cessent de procéder aux élections consulaires et sont remplacés dans ce mandat par le prévôt des marchands et les échevins conjointement avec les douze conseillers et les notables de la ville institués dans ce but. Enfin, s'eJSbndre notre antique constitution, et le 12 août 1790, une nouvelle municipalité remplace le Consulat.
Mais rétrogradons un peu en arrière et revenons au mode pratiqué primitivement pour les élections de l'échevinage. Quand cette élection était terminée, elle était proclamée quelques jours après, le 21 décembre, date invariablement fixée pour cette cérémonie, devant le peuple assemblé sous les voûtes de Téglise Saint-Nizier « au son de la grosse campane de cette église. A partir de la promulgation du syn* dicat, les nouveaux conseillers de ville pouvaient s'assembler en la chapelle de SainIrJacquème pour y traiter des négoces et afeires de ladite ville et université ainsi qu'il est accoutumé, ou bien en tel autre lieu que bon leur semblera. » Le 21 décembre, jour de la Saini^Thomas , fut toujours cher aux Lyonnais, c'était même un jour de fôte pour la ville ; dès le matin, toutes les cloches des églises Tannonçaient à grandes volées « tous les magasins (1) donnant sur les rues, places et quais devaient demeurer fermés jusqu'à midi. Le Consulat, les notables, le peuple se réunis-
(1) En 1750 Ja ville fit injoucUon aux habitants de tenir leurs magasins fermés jusqu'à midi, « afin de rehausser Téclat d'une solennité ayant toujours esté céléhrée, comme elle devait Têtre, avec tout Tappareil et la splendeur qu'exige son ancienneté et son importance. » (Arch. m. bb 316, p. 242.)
saient & l'Hôtel commun de la ville ; dans cette réunion solennelle, les nouveaux échevins étaient reconnus et acclamés et un Orateur choisi par le Consulat prononçait Toraison doctorale. En souvenir de cette distinction, la ville offrait à Torateur un présent qui codsistait ou en une tabatière en or ou en un habit brodé ou dans ime somme d'argent. Le prévôt des marchands lui remettait aussi, pour ce jour, le commandement militaire de la ville et le soir on jouait au théâtre les pièces choisies par Torateur. Primitivement Toraison doctorale était prononcée dans l'église Saint-Nizier après une messe dite dans la chapelle de Saint -Jacquôme ; mais après l'achèvement du nouvel Hôtel-de-Ville actuel, il fut convenu entre le Consulat, le maréchal Nicolas de Villeroi et son frère Farchevôque Camille de Neufville que la messe a qui vouloit célébrer en Téglise Saint-Jacquimot se dira en la chapelle dudit Hôtel-de-Ville ; et que pareillement Y oraison qui ne pou voit se prononcer en ladite église Saint-Nizier au jour et feste Saint-Thomas, se prononcera en la grande salle dudit nouvel Hostel de ville, en présence des seigneurs gouverneur, des compagnies ecclésiastiques , justice , finances , de 1 élection, selon leurs rangs. » Au nombre des invités se trouvaient aussi les chanoines, comtes de Lyon; en 1 759, l'orateur ayant omis de qualifier ces derniers de < nobilissimi Lugduni comités », ils en référèrent au roi qui fit injonction au Consulat que le titre de comtes de Lyon serait donné aux chanoines du Chapitre de Saint-Jean dans toutes les cérémonies publiques et notamment le jour de la Saint^Thomas . (Arch. m. BB., 387, p. 280).
Le cérémonial de 1â proclamation des nouveaux
écbevins et de l'oraison doctorale était réglé avec le soin le plus minutieux. Je crois devoir en reproduire quelques passages qui forment un véritable tableau des usages du xvif siècle.
a Le jour de Saint-Thomas, la solennité de la feste s'annonce dans THostel-de-Ville dès les sept heures du matin, par le son de la grosse cloche dudit hostel qui y convoque tous les habitants pour assister à cette action ou oraison doctorale dans la grande salle dudit hostel et à la publication qui se fait ensuite des nouveaux magistrats nommés et éleus le dimanche précédent.
a En même temps, la compagnie des deux cents arquebusiers se rend audit hostel et aux environs, commandée par le capitaine de la ville assisté des lieutenant et enseigne, et se saisit des avenues et des postes convenables pour maintenir le bon ordre et empescher la confusion et le tumulte.
(c Le corps de ville s'y assemblé sur les huit et neuf heures avec les sieurs ex-consuls ; ils y prennent leurs robes de cérémonies et y entendent la messe qui se dit environ à la même heure dans la chapelle dudit Hôtel-de-Ville.
a Les seigneurs gouverneur et lieutenant du roi, archevêque et intendant et les corps susdits, s'y rendent environ sur les dix heures du matin.
Les dits seigneurs, gouverneur et lieutenant du roi y sont reçus h la descente de leur carosse par tout le Corps de ville, en robe de cérémonies, accompagnés des sieurs ex-consuls, portant leurs robes noires^ et précédés par leurs mandeurs et leur coadjuteur.
(( Le seigneur archevêque au haut du perron et le
seigneur intendant à la première porte de Tentrée ou vestibule et sur le seuil d'ycelle.
tt M" de l'Eglise et M" les officiers du présidial (ceux-ci devancés par leurs huissiers) sont reçus par ie même corps de ville accompagné de la même manière sur le seuil de la grande porte de THôtel de Ville .
« M" les élus au bas du grand escalier. Et tous ces seigneurs et corps différents sont conduits chacun à son tour par le dit corps de ville aux places qu'ils doivent occuper pendant la cérémonie.
M A mesure qu'ils avancent dans le dit hostel, le vestibule résonne du bruit des hautbois et des brougettes.
« La cérémonie se fait dans la grande salle du dit hostel où la chaire de l'orateur est placée à trois pas de la cheminée. Les portraits du roi, de la reine et de Monseigneur le daaphin, à la droite en entrant, sons un dais et contre un tapis tendu sur le mur.
c A la gauche se placent le seigneur gouverneur, le seigneur lieutenant de roi et le seigneur archevêque ensuite sur des fauteuils posés sur un marchepied.
« Après eux, dans quelque distance et à peu près dans la même élévation. M" de TEglise.
c Le seigneur intendant a sa place au parterre sur un fauteuil, pareillement à la droite en entrant et à la tête du corps du présidial dont les officiers se mettent sur des bancs à dossiers couverts de tapisseries, ayant derrière eux ceux de Télection.
(C M. le prévost des marchands et les sieurs eschevins de l'autre côté sur un banc préparé de même manière, savoir : le dit sieur prévost des marchands vis-à^vis le chef du présidial, sans aucune distinc-
tioh pour la place, comme faisant, ce jour-là, les honneurs de la cérémonie et de la fête dans la maison publique, et les anciens prévosts des marchands et ex-consuls derrière eux.
(( Au bas de la chaire de l'orateur est une table couverte d'un tapis de Turquie, entre laquelle et la dite chaire est le banc des sieurs procureur général, secrétaire et receveur de la dite ville, pareillement tapissée ; ces deux derniers & la gauche du dit procureur général, et sur cette table est étalé le syndicat dans une grande feuille de parchemin, c'est-à-dire, l'acte de la procuration publique, environnée des sceaux et cachets des Terriers et M" des mestiers qui ont donné leurs suffrages aux prévosts des marchands ou échevins nouveaux ; ces cachets et sceaux sont attachés au dit parchemin.
« Vorateur, que les dits sieurs procureur général de la dite ville, secrétaire et receveur vont prendre chez lui, dès le matin, pour le conduire dans le dit hostel, attend dans une des chambres dycelluy que la compagnie soit assemblée et placée, et aussitôt qu'elle l'est, le premier mandeur va l'avertir et le conduire dans la salle où il doit parler.
« Etant monté dans la chaire qui lui est destinée, il expose le sujet de son discours en langue latine, apostrophant séparément les seigneurs et corps qui composent l'assemblée, môme le chef du Présidial « quand il y en a aucun conseiller » et le dit sieur prévost des marchands.
a Le corps de son discours est en français et finit par des harangues appUquées au sujet et adressées à tous les susdits seigneurs et corps, en commençant par leur chef et à l'égard du Présidial et du Consulat
dans le mdme ordre et avec la môme distinction, ce qu'il ne ferait pas si le Présidial était sans chef et si le prévost des marchands était absent.
« Ce discours fini, le secrétaire de la ville lit le bref du dit syndicat, par lequel il annonce et publie la nomination fidte le dimanche précédent des nouveaux prévost des marchands et esche vins.
« Après cela, chacun se lève et les seigneurs gouverneur, lieutenant dç roi, archevêque et intendant sont conduits dans une autre salle ou se doit faire, selon 1 ancienne coutume, le festin public; à cette fête solennelle de la ville , assistent les anciens prévost des marchands, ex-consuls et anciens receveurs 9 avec les officiers de la dite ville , qui y sont retenus pendant que les autres corps se retirent et sont accompagnés de la môme manière qu'ils ont été reçus.
« Le couvert est mis sur plusieurs tables longues et jointes les unes aux autres, en triangle ou en carré, selon le nombre des convives. L'orateur, qui a fait Taction de ce jour, y est toujours placé au haut bout ; les seigneurs, gouverneur, lieutenant de roi, archevêque et intendant occupent les premières places des côtés, après eux, le prévost des marchands nouvellement nommé et celui qui est encore en charge. Les deux nouveaux échevins et les quatre qui sont en exercice, avec les trois officiers et le sieur capitaine de la ville occupent l^s places qui suivent du côté de la cheminée et les anciens prévost des marchands, ex-consuls et anciens receveurs occupent celles qui sont vis-à-vis, selon qu il y a de places à remplir, les dits ex-consuls et anciens receveurs passant, dans leur ordre, à celles
des autres tables, et se partageant des deux côtés (1).
(( Quelques autres moindres officiers de la dite ville, militaires et autres, qui sont appelés & ce repas, occupent les places d'une table ovale séparée des antres. »
« Ce festin a été retranché depuis quelques années
(1) En 1708, le Consulat décida « que pour donner aux anciens prévôts des marchands les marques d'honneur et de reconnaissance qui leur sont dues, ils seront invités à^a cérémonie de la Saint-Thomas de la même manière que les anciens échevlns. »
Le gouvernement qui tenait à se concilier la bienveillance du Consulat, dont il redoutait Tesprit indépendant et communal, s'empressa plusieurs fois d'accorder des marques de distinction à ses membres. Ainsi, en 1757, entre autres, le roi décerna la croix de Tordre de Saint-Michel au prévôt des marehands, J.-R. Flachat de Saint-Bonnet « en considération des services qu'il rend à la ville avec autant de zèle que de distinction. » La ville, de son côté, ne voulait pas être en reste avec le roi, fit monter à Paris, en brillants d'une valeur de 6,273 livres pour l'offrir aussi à son prévôt « en regrettant de ne pouvoir, à cause des circonstances, mettre quelque proportion avec les sentiments qui occasionnent cet hommage. »
En 1768, la ville tint à ce que son prévôt des marchands logeât dans l'Hôtel-de-Ville ; à cet effet, on lui prépara un appartement au rez-de-chaussée, dans l'aile gauche, du côté de la rue Puis-Caillot. Ce local fut agrandi « afin de le rendre plus convenable à la dignité de la personne qui a l'honneur de commander en cette ville. »
A dater de cette époque, la ville voulut aussi que le tableau des noiahlea fût inscrit, chaque année, dans YÀlmanaeh de la vilU^ dans l'ordre suivant : le prévôt des marchands, les échevins et les douze conseillers, ensuite les deux officiers de la cour des Monnaies et sénéchaussée et les dix-sept notables, puis l'avocat et le procureur général, le secrétaire et le receveur, en leur qualité d'ofiSciers dans le Consulat.
par la juste considération qu'on a faite de l'obligation où Ton se trouve d'employer les deniers communs & Tacquittement des dettes de la communauté, préférablement à toute autre dépense, sauf à le rétablir quand les charges de la dite communauté n'excéderont pas ses revenus. »
A toutes les époques, le C!onsulat lyonnais aimait à déployer la plus grande magnificence dans les cérémonies publiques. Il se surpassa surtout lors de Feutrée de Henri II et de Catherine de Médicis dans notre ville, en 1548. On sait qu'à cette mémorable entrée, chacun rivalisa de luiçe et de dépenses. Les étrangers fixés h Lyon pour leur commerce furent non moins splendides que les habitants et déployèrent un faste indicible. Je ne parlerai que des costumes des autorités lyonnaises et de ceux de leur milice. Le cortège du roi et de la reine était d*abord précédé du doyen et des chanoines-comtes de Lyon montés sur leurs mules. Ces ecclésiastiques portaient de grandes robes de satin, damas et taffetas ; puis venait le prévôt des marchands et son lieutenant, suivis de leurs archers, tous à cheval et vêtus de saies de drap vert. Le lieutenant-capitaine de la ville commandait 338 arquebusiers vêtus de satin blanc rayé d'or, portant leur anne et le morion dorés et un panache blanc semé de paillettes d'or. Ensuite venaient les mandeurs du Consulat vêtus de grandes robes et de manteaux écarlates richement brodés aux armes de la ville ; ils précédaient douze hommes vêtus de sadn bleu et blanc que suivaient les douze conseillers, enrobes de satin noir et montés sur des mules harnachées de velours noir. Les échevins allaient deux à deux et avaient devant eux des laquais en livrée de satin
cramoisi tailladé de taffetas blanc ; à leur suite marchaient le procureur de la ville, le secrétaire, le contrôleur, le receveur, le voyer et autres officiers municipaux en grand costume.
Comme on le voit, en 4 548, le Consulat portait des robes vertes, mais en 4533, avait été prise une décision d'aprëslaquellea pour l'entrée àLyond'Eléonore de Portugal et du Dauphin, les conseUlers-eschevins devaient estre vestus de robes de satin noyr, doublées de velours noir, avec poarpoynctz de satin cramoysi rouge et saie de damas noyr » ; et pour l'entrée du dauphin , a de robes de fin taffetas « almeysin noyr renfource, avec pourpoinctz de « satin cramoysi vyolet. » Plus tard, la robe fut écarlate, d'après une décision de 4577.
Le 47 décembre 4583, il fut décidé a que les robes des échevins et des officiers perpétuels de la ville seraient de damas violet, avec parements de veloux de la môme couleur, attendu la pesanteur et Tincommodité des anciennes robes et la cherté croissante du drap d'écarlate dont elles se composaient. » (Actes cons. 4583.)
Enfin, en 4672, il fut arrêté que le procureur général, le secrétaire et le receveur de la commune, « au lieu de la robe poult de soie dont ils usent présentement, porteront désormais, dans les diverses cérémonies, la robe de damas violet affectée aux échevins, bien que celle-ci ait été attribuée déjà aux premières par un arrêté consulaire de 4583, lequel substituait la robe violette à la toge écarlate jadis adoptée par les conseillers de ville. » Il arriva cependant que les échevins se présentèrent, un jour, en habit de ville à un service funèbre à Téglise Saint-
Nizier. Cet habit étant assez négligé, il fut décidé que « le Consulat porterait des robes noires h ces sortes de cérémonies (1 ). »
Le Consulat marchait toujours précédé d'huissiers appelés mandeurs, portant une masse d'argent, de eoadjuieurs et mandeurs servants. En 4626, le Consulat décida « qu'ils recevoront ung manteau de sargette de Nismes, des livrées de la ville, sçavoir : de couleur violette cramoysie, suivant la coustume observée de leur en donner de trois ans en trois ans. » En 4693, le receveur de la ville « paya 488 livres à Benoist Dagueneau, brodeur, pour les deux grandes armoiries de la ville, en broderie, qu'il a faites pour les manches de la robe que les deux premiers mandeurs portent quand le Consulat marche en cérémonie. )> Le règlement de 4687 dit, au sujet des mandeurs : « Leur fonction est nécessaire pour l'exécution des ordres du Consulat. Les trois premiers représentent les licteurs des anciens consuls romains, avec leurs verges ou masses garnies d'argent. Le premier et le second mandeurs doivent se rendre tous les soirs à Thostel de M. le prévost des marchands pour y
(1) Chaqne année, un service religieux était célébré pour le repos de Tàme des magistrats décédés. « En 1701, on en fit un, c extraordinairement, dans Téglise de la Charité, en mémoire < des anciens prévôts des marchands et écheyins, procureurs « généraux el secrétaires de la ville, en charge ou hors de « charge, décédés jusqu'à ce jour, KÛn de rétablir solenneUe' « meni une coutume inspirée par la reconnaissance et peu à « peu tombée en désuétude. » Ce service eut lieu plus tard à rHùtel-de-Ville. ^^Àrehives de la ÇkaritéJ.
recevoir ses commandements et raccompagner partout quand il le permet. »
(( Le coadjuteur se tient auprès du premier éche vin, et les mandeurs servants auprès des autres échevins.
« Il n'y a que les mandeurs et le coadjuteur qui aient l'honneur de marcher au devant du corps et de porter Técusson aux armes de la ville et la masse ou verge h bout d'argent. Ils ont aussi la clef de la chambre du Consulat (1). »
L'escorte du Consulat était formée par une troupe spéciale d'arquebusiers, à la solde de la ville, et dont le costume était des plus brillants. Un poste de dix hommes et d'un sergent était journellement de service à l'Hôtel-de-Ville. Les pennons ou enseignes de cette garde étaient bénis dans la chapelle de THOtelde-Yille,par le curé de la paroisse Saint-Pierre ou de Saint-Saturnin, a en présence du Consulat, des officiers de quartier et de la plus nombreuse partie des soldats portant les armes, afin que cette cérémonie soit aussy publique qu'elle est nécessaire. » (Actes cons.)
Cette garde ne put empêcher cependant un grave attentat commis, en 4680, sur la personne du prévôt des marchands , Thomas de Moulceau. Un jour, le Consulat se rendant en corps avec les officiers du siège présidial de Lyon à une procession qui
(1) Il y arait aussi un garçon-major de la yille. En 1751, la ville pale H41 livres c pour le prix façon de l'habit et veste écarlate galonnés d'or, chapeau, ceinturon, gants, Ji)as et fournitures faites pour rhabillement uniforme du sieur Charpentier, le dit habillement n'ayant pas été renouvelé depuis près de quinze ans. » (Série BB 317, p. 213.)
allait à la chapelle de Saint-Roch-hors-les-Mars, un conflit s'éleva entre ces deax compagmes, au sujet d'une question de préséance, en sortant de la primatiale de Saint-Jean. Thomas de Moulceau est précipité en bas du parvis de la basilique « et peu après frappé par un archer de la garde du Présidial, à la tête, ce dont il aurait souffert seulement une rude contusion, ayant esté préservé, quant à présent, d*un plus grand mal par la coupe forte et eslevée de son chapeau et par sa perruque. » Le procès-verbal qui constata ce regrettable conflit ajoute que « le prévost des marchands montra un sang froid dédaigneux et que, sans s'émouvoir en aucune manière, il dit seulement : Quoy? un coup de hallebarde par derrière sur la teste du prévost des marchands! etc »
Eu outre, il y avait à Lyon une milice bourgeoise. Elle formait, en 1746, vingt-huit compagnies. Le prévôt des marchands en était le colonel. Les officiers de cette milice émirent, en 1 782, la prétention de participer à l'élection de l'échevinage. EUe fut repoussée.
Primitivement, lés corps de métiers suspendaient leurs pennons dans la chapelle Saint-Jacquême ; au milieu d'eux flottait la beUe bannière de la ville, « en soye, or, argent et aultre matière. »
D'après la constitution de la ville, le capitaine du corps des arquebusiers « était des plus considérables de la viUe. Il commandait une compagnie de deux cents arquebusiers sous l'autorité du Consulat, et envoyait des ordres à chaque capitaine pennon. Sous ses ordres étaient un lieutenant et un enseigne. Tous les soirs ils portaient la parole au prévôt des marchands et au procureur général. »
En outre, il y avait le major de ville. Primitivement, le Consulat avait le privUége de le proposer à la nomination du roi. En 4687, le Consulat perdit ce privilège et la Couronne se réserva cette nomination. « n veillait à la garde de la ville, au maintien du bon ordre, faisait les rondes ; il recevait les ordres du gouvernement et les transmettait, prenait tous les soirs chez lui la parole et la donnait ensuite aux sergents des arquebusiers , du guet et de la garnison. »
Chaque année, un service religieux était célébré pour le repos de Tftme des magistrats consulaires décédés. En 1701, « on fit un service extraordinaire dans TégUse de la Charité, en mémoire des anciens prévost des marchands, échevins et procureurs généraux et secrétaires de la ville, en charge ou hors charge décédés, jusqu'à ce jour, afin de rétablir solennellement une coutume inspirée par la reconnaissance et à peu près tombée en désuétude. » Ce service eut lieu, plus tard, à THôtel-Dieu. (Ârch. de la Charité).
Lorsque le Consulat n'avait que de modestes maisons pour tenir ses réunions, il siégeait sur des banquettes couvertes de drap vert ; sa salle d'assemblée était des plus simples, mais un crucifix y était suspendu. En 1636, le Consulat paya « h Robert Ruelle, peintre de Lyon, 18 livres pour un tableau où est peinct un crucifix qu'il a déUvré pour mettre en la chambre où Ton tient le Consulat, ainsi qu'il se pratique de louable coustume, en toutes les compaignies, soit de justice, finances et autres. » Nos pères étaient pieux, ils savaient que Dieu préside à tous nos actes et est notre souverain juge. Ils Tinvoquaient
toujours avant de prendre une déciBon, et quand sa main s'appesantissait parfois sur eux, ils ne murmuraient pas, mais s'inclinaient en fils soumis. Lorsqu'on 1 51 2, un incendie dévora en partie THostel commun de Lyon, le lendemain, le Consulat, en constatant ce désastre, relate dans son procès-verbal « que l'Hostel commun a esté bruslé, la nuyt passée, ainsi qu'il a plu à Dieu. » En 1870, les successeurs de notre grande et noble magistrature municipale ont substitué, dans la salle de leurs étranges délibérations, au crucifix de nos pères, la laide image de la République de 1793, devant laquelle tant d'illustres Lyonnais ont vu prononcer la sentence de leur mort. Dieu n'existe donc plus?
Mais le luxe du Consulat augmenta avec le temps. En 1639, il ne s'asseoit plus sur des banquettes. Le livre du « cérémonial public de THôtel-de- Ville de Lyon, présenté à M. de la Valette, prévôt des marchands, en 1787, va nous faire savoir comment siégaient nos édiles. « La place dudit sieur prévost des marchands est sur tin fauteuil de velours violet, au haut bout de la table, au bureau dudit Consulat, où il siège seul à ce haut bout. Ladite table ou bureau est couverte d'un tapis violet ayant au milieu Técus- 8on et les armes de la vUle. Le premier et le troisième échevin siègent à lun des côtés dudit bureau qui est à la main droite dudit sieur prévost des marchands, le second et le quatrième siègent vis-à-vis d'eux, tous quatre sur des fauteuils de pareille étoffe. Quand le sieur prévost des marchands est absent, son fauteuil est toujours vide et n'est jamais occupé que par lui. Les échevins n'occupent aussi jamais les fauteuils des absents. »
« Le procureur général de ladite ville a son parquet particulier destaché et séparé du bureau des cinq ordonnateurs, par un petit espace qui est entre le bas bout de ce bureau et ledit parquet composé d^un banc garni de velours violet où siège le procureur général, et une petite table estroite qu'il a devant luy, couverte d'un tapis de drap violet au milieu duquel est un petit écusson aux armes de ladite ville, et cet officier est ainsi placé vis-à-vis dudit sieur prévost des marchands, hors dudit bureau.
a Le secrétaire a sa table particulière au bas et à costé de celle du Consulat, contre laquelle, et vers le milieu d'ycelle, il siège sur une chaize, sans bras^ garnie de velours violet, BjBJii auprès de lui le commis au secrétariat pour escrire sous luy les délibérations consulaires, placé sur un banc gamy de drap violet.
a Le receveur siège h Tun des bouts de la table, sur une chaize semblable à celle du secrétaire.
a L'un des mandeurs ordinaires se tient toujours entre les deux portes de l'entrée de ladite chambre du Consulat, pour introduyre ceux qui se présentent, qui y sont appelez et ledit mandeur entre dans ladite chambre et en sort ainsy que le Consulat Tordonne ou le permet. »
On le voit, on était loin déjà alors de ces temps où notre Consulat n'avait pour lieu de réunion que l'arrière-boutique du compteur de l'un de ses membres, dans l'une de nos obscures ruelles et pour tous sièges les coffres à serrailles dans lesquels il conservait ses modestes archives. Mais que sera-ce donc quand nous le verrons bientôt déployer un faste presque royal dans les somptueux salons du nouvel Hôtel-de-Ville!!!
La ville qui se préoccupait aussi sérieusement du progrès et de rencouiagemeot des arts que de ses intérêts matériels, a eu, de tout temps, à ses gages, un peintre (1), un graveur, un omementiste et un
(I) D'après M. Rolle, les peintres officiels de h ville forent :
1* Horace Le Blanc, de rAcadémie de Rome, 18 mai 1623 ;
S* Germain Panthot, 10 novembre 1636, démissionnaire après 37 ans d'exercice de sa charge. Claude Panthot, son fils, Taida souvent dans ses traraux ;
3* Thomas Blanchet, de rAcadémie de peinture, Il octobre 1671 ;
4* Pierre-Paul Serin, 8 janvier 1690, destitué six mois après pour cause dHneapaeité;
5* Paul Hignard, de l'Académie de peinture, 7 septembre 1690;
6" Henri Verdier, . . février 1693 ;
7<» Joachim Verdier, fils du précédent, 7 novembre 1721 ;
-8* Charles Grandon, 23 janvier 1749 ;
9* Donat-Nonotte, de T Académie de peinture» 24 décembre 1765 ;
10* Pierre Cogell (Suédois), 5 janvier 1779, en surrivance de D. Nonotte.
Le premier graveur de la rille, dont j'aie rencontré le nom* fui Antoine Burnan « maiatre laiUeur de portraits en taille douce. » lui 1626, le Consulat lui compte 150 livres pour les portraictspar lui faits h la plume et baillez au Consulat, sçavoir de ladite ville et de l'entrée dernière qui y fut faicte au roy et à la reyne, lesquels portraicts ont été mis en l'Uostel commun, en la chambre. «
Des nombreuses planches gravées, aux frais de la ville, à toutes les époques, il n*en subsiste plus que quelques-unes dont je donne ici le détail. Ces planches quoiques fort belles étaient cependant demeurées, sans aucun sein, aux archives municipales, et leur séjour dans les caves de l'Hôtel-de-Ville, pendant la guerre, leur a été assez nuisible ; mais j'ai pu obtenir de M. le préfet les fonds nécessaires pour leur restauration par
architecte attitrés. Les peintres étaient tenus, soit d'exécuter les portraits des prévôts des marchands et
&1. Séon, graveur, et la confection d'an meuble en chêne dans lequel elles seront placées désormais aux archives. La Société de Topographie de Lyon se propose de faire tirer plusieurs de ces planches, ce sera là un nouveau service qu'elle rendra aux arts.
1 Plan de Lyon (Seraucourt), 4745 6 cuivres.
2 Carte du mandement de Béchevelln —
3 Fontaine, place Saint-Jean 1 —
4 Vue du plan de la salle de zoologie, au palais
Saint-Pierre 1 —
5 Médaille de la République (petit format) ... 1 —
6 Conservateur du dépôt des Arts. République
française (petit format) 1 —
7 Médaille, les Lyonnais au général Foy 1 —
8 Médaille, statue Louis XIV (place Beilecour) • 1 —
9 Vue du quai de Saône 4 —
10 Statue de Louis XIV 1 —
11 Plan géni^ral des cimetières de Lyon (1813) . . 1 —
13 Entrée de Louis XIII à Lyon (1622) 2 —
14 Cadre aux armes de France et de Lyon* . . . 1 —
15 Plaque commémorative, première pierre du
théâtre de Soufflot (1754) 1 —
16 Fragment de plan 1 —
17 Inscription en trois bandes (plan de Serau-
court.) 1 —
18 Vue de la façade de l'Uôtel-de-Ville, gravée
par Dubouchet, réintégrée dernièrement,
en bon état 1 —
Le peintre officiel de la ville était tenu de résider à Lyon et de faire, chaque année, « bien peints et bien conditionnée • les portraits en pied du prévôt des marchands et des échevins en charge. — puis une réduction de ces portraits pour le Livre ou recueil conservé aux archives et une troisième copie qui
des échevins, soit ceux de grands personnages, à fkuile on en miniature. Les premiers richement encadrés étaient suspendus aux murs des salles de l'Hôtel commun, les seconds étaient conservés religieusement aux archives de la ville. Les graveurs
devenait la propriété du prévôt et des échevins. {HisU de Lyon, Monfaleon, t. ii, p. 905, note ].)
La ville offrait aussi souvent des présents aux familles de ses magistrats. En 1741, elle donna une paru/e en diamants du prix de 6.955 livres à M"* Glaretta de la Tourette de Fleurieu, fille aînée du prévôt des marchands, lors de son mariage avec II. Basset, conseiller en la sénéchaussée.
En 1773, le corps consulaire, pour honorer Prost de Royer, écuyer, lieutenant-général de police à Lyon et l'un de ses meilleurs administrateurs, tint sur les fonds baptismaux sa fille et lai donna le nom de Lyonne,
Ces monuments, trop dédaignés pendant longtemps, ont été enfin lobjet de Tétude et de la sollicitude de quelques savants.
A Autun, le regretté H. de Fontenay a écrit Thistoire des jetons de son pays; à Dijon, M. Rossignol a consacré tout un livre à ceux de la Bourgogne, et il s'est rencontré aussi à Lyon des érudits qui ont publié dans la Revue du Lyonnais^ t. xxx, 1865, p. 146 et 324 des matières intéressantes sur cette sorte de monuments si précieux pour nos annales locales. MM. Auguste Denard et A. Steyert d'jJ)ord, puis M. Ed. Vacheron, ont étudié les uns, les jetons du Consulat lyonnais, Tautre ceux des prud'hommes de la ville, et ces auteurs ont remarqué, avec raison, qu'au point de vu9 artistique la valeur de ces monuments n'est pas moins remarquable, — qu'ils rivalisent, et souvent même k leur avantage, avec les plus beaux types de ce genre, car on sait que Lyon a été le foyer de la renaissance de la gravure des médailles. Et cependant il n'en existe pas une seule collection complète dans notre ville ! Les archives départementales et municipales ne possèdent pas un seul jeton lyonnais, et combien y en a t-il dans nos Musées? Y a-t-on même songé à les collectionner?
burinaient les jetons qu'on distribuait aux conseillers pour être conservés dans leurs familles, comme titres d'honneur.
Il est difficile, disent MM. Deriard et Stejert, de déterminer Torigine de cet usage, on sait seulement qu'il se pratiquait déjà depuis plus de 60 ans lorsque fut réglé « le cérémonial public de la ville de Lyon, « arrêté le 31 décembre 4680. » Cette publication renferme, au chapitre intitulé a Prérogatives partial (( lières de Monsieur le Prévost des Marchands » un paragraphe ainsi conçu « on fait tous Iss deux ans, « des jetons d'argent qui marquent le temps de la « prévôté, et qui portent, d'un côté, ses armes et de « l'autre, une devisel telle qu'il trouve bon de la faire (( à l'honneur de S. M., de ladite ville ou de ses pro- « tecteurs ; le tout avec la participation et agrément (( du Consulat, et il en fait ensuite distribuer les « bourses ainsi qu'il a esté réglé et limité, aussy de « l'avis du Consulat. » Le 6 mai 1627, en effet, la ville donnait « mandement au sieur Trouilleur, mar- « chand de la viUe, de la somme de 1 71 livres 1 2 sols, « à quoy se montent 300 jetons d'argent pesant « 8 marcs, deux onces et demye, qu'il a fait et livré a de l'ordre du Consulat, en observant la coustume. »
Les bourses des jetons faisaient partie des cadeaux dont le Consulat ne ménageait pas la distribution, et ils ne tardèrent pas à entrer pour une somme considérable dans le budget des dépenses de la ville. Les frais de jetons qui, en 1627, ne s'élevaient qu'à 171 livres, 1 2 sols, dépassèrent, à la fin du xvra^ siècle, la somme de 13,000 livres, en même temps que le nombre des jetons qui n'était d'abord que de 300 atteignit, en 1784, le chiffre de 3,200.
 l'origine, on faisait graver tous les deux ans, de nouveaux coins, mais on se contentait d'un pour le prévôt des marchands, d'un second aux armes réunies des quatre échevins ; les armes de la ville dont la matrice se conservait longtemps leur servaient de revers. Par la suite, chaque échevin eut un cairri à ses armes^ puis on fit graver des revers particuliers avec des emblèmes ; le coin au blason de la ville fut souvent gravé à neuf, et enfin, les Corps savants, les compagnies de l'arc et de l'arquebuse, jusqu'aux o£5lciers de la viUe, tels que le procureur, le secrétaire, le receveur, le conseiller, le voyer de la ville et le secrétaire du Consulat eurent des coins spéciaux pour les jetons qui leur étaient destinés. En 1652, un carré coûtait 22 livres 42 sous ; de 1720 à 1 760, 1 50 livres. Année moyenne, lagravure se payait 800 livres.  partir de 1758, le Consulat accorde une somme fixe de 500 livres à ses graveurs.
A ces frais, il faut encore ajouter le prix des bourses dans lesquelles ces jetons étaient offerts. Les plus somptueuses étaient en velours, brodées et ornées de glands d'or ; elles valaient de 20 à 24 livres. En 1 734 , le Consulat paya « à Mademoiselle Francisque » 494 livres pour confection de 31 bourses.
La distribution des jetons se fisdsait ordinairement tous les deux ans, après la fête de saint Thomas. Chaque don de jetons se composait d'un certain nombre de jetons en argent dans une bourse de velours violet, livrée du Consulat. A ces jetons en argent étaient joints souvent un certain nombre des mêmes jetons en cuivre, quelquefois renfermés dans des bourses en cuir, mais le plus souvent en rouleaux de 400 ou 4 20 jetons.
On ne doit pas être surpris de la fîne&se et de la perfection de ces médailles consulaires, car notre ville, ajoutent MM. Deriard et Steyert est Tune de celles où Tétude du blason a été le plus heureusement et le plus assidûment cultivée. Le plus ancien artiste à qui Ton puisse attribuer la gravure de nos jetons est Varin, graveur de la Monnaie, établie à Lyon depuis 4642.
C'est à cet habile artiste que la ville commanda les médaillons en bronze qui décoraient la façade de l'Hôtel-de-Ville sur la place des Terreaux, en 4650.
En 4647, le Consulat fit aussi exécuter des médailles par Martin Handrecy. Vers le môme temps, on trouve comme graveur en taille douce, Robert Pigoull^ en 4653; Antoine Perrier, en 4654; puis en 4731, Claude Seraucourt dépose aux Archives son plan gravé de Lyon et reçoit un &-compte de 600 livres. La ville faisait enluminer, il paraît, des gravures, car, en 1649, « Louis Pinchard, maistre enlumineur, « reçoit 402 livres pour quelques dessings en taille « douce qu*il a illuminez |et ornez de quadres pour « le Consulat. »
Les graveurs officiels de la ville avaient aussi mission de graver des vues et des plans de la ville, des vues de monuments que le Consulat faisait élever, et on les distribuait ensuite entre les membres de l'Eche • vinage ou on les offrait à des personnages dont la ville tenait à se concilier la bienveillance et Tappui.
L'ornementiste était tenu de peindre les enseignes du Consulat et de ses arquebusiers, les pennons de sa milice, les décors des théâtres où l'on représentait des mystères, lors de l'entrée d'un grand personnage ou les armes de Lyon servant à des décors dans de
grandes fêtes publiques ; enfin Tarchitecte de la ville avait à veiller à la conservation ou à la construction des b&timents communaux. J'ignore si cette partie artistique des annales lyonnaises a été déjà écrite, elle offre cependant le plus grand intérêt et formerait une des pages les plus curieuses de son histoire. Quant à moi, je me suis borné à relever aux Archives quelques notes sur les divers artis^ tes aux gages de la ville, mais seulement en ce qui concerne ceux qui ont eu à faire les portraits à l'huile ou en miniature qui * ont été déposés aux Archives; ces dépôts étant le principal objet de cette notice j'aurai a en parler lorsque je serai arrivé à cette époque douloureuse ou en haine d*un glorieux passé, on se crut obligé par citfisme et au nom de la Raison qui avait pourtant fui alors notre pauvre France, de briser tous les monuments de ce passé, comme si l'on pouvait effacer l'histoire ?
Ne voulant donc pas écrire une histoire de Tart à Lyon, je me suis borné dans mes recherches à remonter seulement jusqu'en 1 61 4 ; mais que de belles pages ont été exécutées , depuis ce moment, par nos artistes lyonnais et que sont devenues ces pages ? La Révolution et les voleurs les ont détruites pour la plupart.
Il est à croire d'après une rapide recherche dans nos registres consulaires, que c'est en 1 614 seulement que le Consulat prit une décision portant « que « cy-après les prévosts des marchands et échevins « seront dépeints au naturel dans un livre qui à ces « fins sera faict et conservé dans les Archives de la « ville, et que les portraits de leurs prédécesseurs, à
a partir de la réorganisation du Consulat, seront (( joints au même travail. » Cette décision reçut immédiatement son exécution et Tannée suivante eut lieu « la présentation au Consulat, pour ôtre déposé « aux Archives d'où il ne devra plus sortir que dans « certaines occasions du Livre des Portraits des Préce vôts et Echevins, relié et couvert de velours vioc( let (4), avec huit quantonnières, les armoiries de « la ville, au milieu desdites quantonnières et ferce metures , le tout d'argent et pesant 6 marcs « 5 onces. »
 la même époque le Consulat décida que « outre c( et concurremment, d'autres portraits des prévôts tt des marchands et echevins orneront la salle des « séances consulaires, à Timitation de ce qui se « passe à Paris, à Bordeaux et ailleurs. »
Depuis lors, on voit à des temps très-rapprochés le peintre officiel de la ville lui livrer ses commandes. En 4617, le receveur paye à Horace Le Blanc (2) « maître peintre de Lyon » 455 livres,
(1) M. Monfalcon dit que ce livre était relié en velin; mais ce marché semble établir le contraire, ainsi que le procès-verbal dressé le 14 brumaire an y qui constate la disparution de ce livre des archives de la ville.
La ville fit dresser aussi, en 1719, par J.-B. Chansonnet c un arbre armoriai du corps consulaire, et le paya 200 livres.» Cet acte fut distribué au prévôt des. marchands et aux echevins.
(2) En .... le Consulat fait avec Orace Le Blanc (Horace La Blanc), peintre, le marché « pour pourtraire au vif et an naturel les prévôts des marchands et echevins, depuis la réduction du Consulat, à l'instar de celuy de Paris, comme aussi ceux du feu roi Henry IV, d'heureuse mémoire, et du roy, à présent régnant, et de Messieurs les gouverneurs et lieutenants-généraux audit
tant poar ^ valeur de cinq grands portraits, y compris la bordure de bois de noyer en menuizerie, à raison de 12 livres la pièce, que de cinq portraits du prévOt des marchands et des échevins, exécutés par Le Blanc, dans le Livre de Féchevinage, au prix de 40 livres la pièce. Le Blanc, Horace, était élève du chevalier Lanfranc et auteur de plusieurs tableaux qui ornaient nos églises et que cite Clapasson. Il était aussi de TÂcadémie de Rome.
Trois ans après, le Consulat, qui tenait à ce que son Livre d'or fût sans tache, comme celui du Sénat de Venise, prit une décision portant « que ceux des habitants de Lyon qui auraient fait banqueroute, après avoir été échevins, seront ostez du livre publicq où ils sont portraicts, et ne seront plus appelés, comme eayconsuls, en aulcune assemblée ny solennité publique. Les officiers des pennonages en état de faillite seront déchus de leurs grades et déclarés, aîns^^ que leurs enfants^ incapables de parvenir aux charges consulaires. » Précédemment, dit-on, les banqueroutiers de Lyon étaient mis au pilori et fermés dans une cage grillée qui existe encore au premier étage dans la rue Ghrenette (1). C'est dans cette cage qu'un député de Lyon
goayememeDt, qui ont en lesdites charges, puis ledit temps, et ee à raison de 10 livres toamois par chacun pourtraict enrichy et doré à la forme de celoy que ledit Le Blanc a présenté au Consulat dudlt feu roy, — lequel Le Blanc a promis de rendre lesdits pourtraicts en nombre de cinquante-sept à raison de huiet pourtraicts par moys. > (Registre cens., série BB.)
(i) En 16939 le* Consulat certifia que c lorsque quelques-uns de ceux qui ont été appelez aux diguitez consulaires de la yille
aurait voulu faire enfermer le conseil municipal élu après le 4 septembre 4870.
En 1626, Le Blanc livre encore à la ville, moyennant 456 livres tournois « ung grand tableau et le cadre en corniche dlceluy, contenant le portrait du roy qu'il a fait pour mettre en la chambre où se tient le Consulat, dans THostel commun, auquel les dits sieurs eschevins ont ordonné verbalement de faire, le portrait en la sorte qu'il est au lieu de celui auparavant.» Mais la môme année, il fait au Consulat des remontrances au sujet des gages que lui attribuait son acte de nomination et qui étaient si modiques, tt vu la quantité de tableaux qu'il est tenu de faire a par le dit acte consulaire qu'il peut, non seulement a dire n'avoir aucune gratification pour la dite retea nue, mais encore n*estre satisfait des tableaux. » Le. Consulat, trop parcimonieux, n'éleva ses gages que de 400 livres et les porta à 300 livres.
En 4634, Le Blanc fait encore un portrait pour la ville, celui de M. d'Emery, conseiller du roi et intendant des finances. Ce portrait est placé en la salle « de THostel commun, en mémoire des bienfaits departys par le dit à la ville. »
Après la mort de Horace Le Blanc, la ville s'attacha
font banqueroute a leurs créaneierst iU ne joaisseDt pas» non plus qoe leun enfanta, des privilégeê de nobleseet et que, si lewre portraits ont été placez dans l'Hostel-de-Ville, ils en sont otez, incontinent après qae leur banqueroute est connue. » Mais lorsque l'un de ses prévôts se trouvait sans fortune la ville lai allouait une pension. En 1771, elle accorda une pension de 5,000 livres à M. de la Verpilliôre, ancien pr4vot des marchands et commandant pour le roi à Lyon
comme peintre officiel Germain Panthot , mais le Consulat, quoique prodigue dans ses travaux de construction et de décoration du nouvel Hôtel-devîlle, ne donne aussi que de modiques gages à Germain Panthot, et cependant les travaux qu'il était tenu d'exécuter étaient immenses. En 4617, celui-ci se vit contraint de prier le Consulat de porter son émolument à 400 livres « eu égard aux portraicts s qu'il est tenu d*exécuter, chaque année, comme « encore aux couleurs vives dont il use, qui sont « grandement chères et aux peynes qu'il prend, « afin d'exceller, aûisy qu'il fait, aux dits portraicts. » En 4655, la ville lui confia une œuvre plus considérable ; Germain Panthot présente au Consulat « un dessin dans lequel celui-ci ayant trouvé le subject, Tordre et la conduite propres pour Tendroict où il doit estre exécuté, il est convenu -avec ledit Panthot (lequel pour cet effect auroit appelé et joinct à lui les plus grands peintres qu'il auroit pu rencontrer, entre autres le sieur Blanchet (1 ) venu récemment d'Italie) , de passer prix faict de toute la peinture à rhuile qu'il conviendra faire dans la voûte à cannea de la grande salle du nouvel Hostel-de-viUe (2), pour 12,000 livres et 30 louis d'or d'estraines. »
(1) L'œuvre capitale de Blanchet fat le grand escalier de 1 Hôlel-de-Ville ; le sujet qa'il choisit fut Vincendie de la ville de Lyon, dont arait parié Sénèqae : c Una nox interfuii inter whem maximam et nMam,
Le plafond représentait Iffon renaigêwU de ses cendres^
(2) de plafond représenUit le temple d'Ângoste, érigé â Lyon par les sdxante nations de la Gaule, et la grandeur de la Tîlle sons Louis XIV, mise en parallèle avec Alexandre et Auguste
Thomas Blanchet était alors peu connu, mais il avait beaucoup d'avenir. Né à Paris, il avait fait le
Menestrier a donné une description de cet ouvrage important, description qu'il est facile de suivre en se reportant à l'esquisse qui a survécu à la destruction de la salle par Tincendie de 176i. M. Desjardins paraît avoir ignoré l'existence de cette esquisse dans le savant texte dont il a accompagné sa splendide monographie de THôtel-de-Ville. (Voir pages 31 et 32.)
André Glapasson qui avait pu juger Blanchet d'après ses œuvres encore entières, alors qu'en 1761 il écrivait son Histoire et Description de la vUU de Lyon^ s'exprime ainsi sur cet artiste remarquable :
« Thomas Blanchet était de Paris ; il alla fort jeune à Rome
où il fut le disciple d'André Sachi, peintre renommé. C'est là
qu'il fit connaissance avec Panthot, de Lyon, peintre habile pour
les portraits. Il se forma bientôt entre eux une liaison étroite.
Dans la suite Panthot de retour à Lyon, voyant que la ville avait
le projet d'orner de peintures THôtel-de-Ville qui venait d'être
achevé, et qu'on cherchait un artiste capable d'une œuvre de
cette importance, proposa Blanchet dont il connaissait les talents
et le fit agréer. 11 vint à Lyon où il exécuta non-seulement les
peintures principales de l'Hôtel-de- Ville, mais aussi un grand
nombre de tableaux et d'esquisses de monuments dont bean-
coup ont été détruits par la Révolution. » Blanchet avait bien
des qualités qui font les grands peintres : beaucoup de feu dans
la composition, une ordonnance aisée et naturelle, un coloris
fort et harmonieux; les attitudes de ses figures sont gracieuses
et bien contrastées, et les airs de tête de bon goût; il dessinait
les enfants avec beaucoup d'art, et quoiqu'on général son dessin
ne fût pas correct, il n'avait cependant rien de difforme; mais la
rapidité de son génie et sa grande facilité dans l'exécution ne
ui ont presque jamais permis de détailler ses ouvrages à fond,
c'est pourquoi on en voit un si grand nombre de négligés et qui
sont faibles ; il se trouve une grande différence entre ceux qu'il
fit peu de temps après son retour d'Italie et ceux auxquels il
travailla dans la suite. Blanchet joignait au talent de la peinture
▼oyage d'Italie — où il s'était lié avec TAlbane, André Sachi et Charles Lebrun. Son dessin était pur, son
un earictëre aimable qui le faisait rechercher dans la société, et la Tivaeité de son esprit mettait beaucoup d'agrément dans sa conversation. »
La fécondité de Blanchet était prodigieuse : on pent en juger par la nomencla^re suivante, et mon tableau est loin d'être complet ; je ne fais que citer les œuvres dont parle Clapasson dans sa DeseripUon de Lyon.
aUVRIS nB THOMAS BLAIfCHBT.
Chapelle de Sainte-Marie de BellecLur. — Le Tableau de l'autel de saint François de Sales, et plusieurs autres petites toiles.
Maison de Jf. de Lafrasee de Seynas. — Dessins de peintures murales exécutées par un élève de Blanchet. «- Le Plafond du grand salon, représentant les quatre éléments. — Plusieurs Portraits de dames.
Maison des Jésuites de Saint-Joseph. - Un grand Tableau dans une chapelle (sujet inconnu).
Eglise des Célestins. — Dessin de la tribune d'orgues.
Eglise des Jacobins. — Une Assomption.
Eglise de VHÔtel-Dieu. — Le Sauveur entre les bras de sa Hère.
Eglise des Cordeliers. — Tableau du maître-autel.
Eglise des GonfaUms. — Portrait de l'archevêque Camille de Neufville. — L'Adoration des Bergers. — Cinq Tableaux (sujets inconnus), dont un de la Cène.
Cour du Collège de la Trif^U. — Peintures murales,
Chapelle des Messieurs, au Collège, — Dessins des ornements et des peintuies.
Eglise Saint^-Nizier. — Le Paralytique à la piscine. — La Prière du Centenaire exaucée. — La Guérison des aveugles. — La Multiplication des pains. — La Femme adultère. — Jésus appelant à lui les petits enfants. — Un grand Tableau (siyet inconnu).
EgUse Saint-Fierre. — Dessins du sanctuaire. ^ CinqTableaax, dont une Cène, ot les quatre autres des sujets tirés de la vie
coloris éclatant et il y avait quelque chose de grandiose dans ses conceptions. Il n'avait que trente-huit ans quand il se fixa à Lyon. En 4659, Germain Panthot et Thomas Blanchet reçoivent 8,000 livres (( tant pour dorer les consoles, corniches et ornements de sculpture du lambrissage de menuiserie, servant pour le plafond de la chambre du Cionsulat estant dans Y Hostel-de-ville , que pour le grand tableau qu'ils doivent faire et servant pour le dit plafond. » Le tout fut achevé en 4 668. En 1 661 , les mêmes artistes reçoivent un à-compte » pour les peintures qu'ils
de saint Pierre. — Puis encore, le Mystère de la Trinité, la
Naissance de la Vierge.
Réfectoire de l'Abbaye Saint-Pierre. — Dessins des ornements
et des figures en haut relief.
Hôiel'de-Ville. — Peintures murales du grand escalier et le
plafond. — Plafond du grand salon ; Portraits d'échenns. —
Portrait d'Henri IV, sur la cheminée. — Plafond du salon de
la Conservation.
Maison des Prêtres de Saint-Joseph, — Dessin du sanctuaire.
Cinq Tableaux, dont une Adoration des Mages. Eglise de l'Oratoire. — La Nativité. — Une Gloire. — Le dessin
du Tabernacle. — Dessin d'une Statue du Sauveur. Chapelle des Pénitents de Saint-Marcel, <- Onze Tableaux. Eglise des Àugustins. — Dessins du Sanctuaire. — Cinq Tableaux.
Eglise des Carmélites^ — Dessin du grand autel. — Modèles de
statues. — Dessin du mausolée du premier maréchal de Vil-
leroy.
Eglise de Saint-Benoît» — Saint Benoît recevant le Viatique
(chef-d'œuvre de Tauteur).
Eglise de Saint-Just, — Martyre de saint Irénée. ^ La Mort de
saint Just.
Palais de Roanne, — Plafond de la grande salle. — Tableaux
de la chambre du Conseil.
doivent fistire ensemble tant à la voûte du grand degré (escalier) que en toute la circonférence et contenue dudit degré et jusques à raz de terre d*iceluy . »
Les portraits ^1) des magistrats du Consulat , peints par les artistes officiels de la ville, étaient répartis dans diverses salles. En 4661 , la ville donne <c un a-compte de 2,000 livres à François Basset pour les ouvrages de menuiserie en la chambre du Pas perdu où sont à présent les portraicts de ceux qui ont passé par les charges consulaires. « En 1 683, le Receveur de la ville paya encore à Thomas Blanchet un mandat de 300 livres <c pour les portraicts, au nombre de vingt, tant du roy Louis XIV (2) , de la reine, des princes et du gouverneur de la ville que des Echevins, exécutés sur vélin, dans des Recueils destinés à cet objet et conservés aux archives de la ville. » Ces recueils en livres étaient déjà au nombre
(1) Ces portraits étaient des plus nombreux, car, en 1735, la ville doone à Joachim Verdier, alors son peintre attitré 608 livres « pour réparation, nettoyage de deux cent quarante portraicts des aneiens prévôts des marchands et echevins qui sont placés dans les boisages des deux salons attenants à la salie du Consulat. »
(2) Ce tableau échappa à Tincendie de 1674. Il se trouvait alors dans Tatelier de Blanchet. Qu*est-il devenu depuis lors? Le portrait de Thomas Blanchet, entouré d'un beau cadre doré, ornait la salle du Consulat, ainsi que les esquisses des trois plafonds qu'il avait exécutés dans l'Hôtel-de-Ville. De ces trois esquisses, celle de la grande salle du centre est parvenue jusqu'à nous. Elle devrait être au Musée. Craindrait-on de nous faire regretter la grande composition de Blanchet qu'on aurait pu imiter dans une certaine mesure lors de la restauration de cette salle?
Le Consulat fut appelé le lendemain, sur la proposition de l'échevin Louis Alhiaud, de Montchanin, de statuer sur la candidature de Pierre-Paul Sevin^ qui sollicitait le titre de peintre de la ville. Il fut agréé et on lui confia l'exécution des portraits de Louis Alhiaud et Jean-Louis de Pasturel, mais il s'en acquitta si mal que, sur le rapport de plusieurs experts, il intervint un arrêté du Consulat « qui décida que Sevin est exclu pour tousjours de la place de peintre de la ville et du logement y attribué. »
Paul Mignard , neveu de Nicolas Mignard, dit à' Avignon f succéda à Sevin. a II était membre de
VHôUl'de'Ville, le portrait de Varehevêque et Vapothéose de César. En 1812, on découvrit dans les combles de i'Hôtel-deville deux autres esquisses de Blanchet. M. Terme, le maire, les fit remettre à M. Bonnefond, alors directeur de l'Ecole des Beaux-Arts, qui les confia, pour les restaurer, à M. Damas, peintre, aujourd'hui, directeur de l'Ecole des beaux-arts à Arles. Cette restauration eut lieu malgré l'avis de M. Thierrat; elle fut cependant satisfaisante. M. Dumas remit ensuite les esquisses à M. Thierriat, et depuis lors, elles ont disparu, malgré les réclamations qui ont été faites. Il ne reste plus que le portrait de l'archevêque de Villeroy et l'esquisse du plafond de la grande salle. Cette esquisse se trouvait encore aux arcbivea delà ville en 1870; mais lorsqu'on redouta un moment le bombardement de Lyon, cette précieuse peinture fut envoyée au Palais Saint-Pierre et jointe aux meilleurs tableaux du Musée qui devaient être envoyés en Italie dans le cas où l'ennemi eût marché sur Lyqn. A ce même moment, M. Martin Daussigoy, qui nous a fourni ces renseignements, avait fait emballer aussi ce que le Musée des antiques renfermait de plus précieux, pour les faire replier aussi sur l'Italie où il avait trouvé on lieu sur pour les emmagasiner. L'esquisse du grand plafond sera bien-tôt suspendue dans la galerie des tableaux.
rAcadémie de peinture de Paris, résidant à Lyon depuis quelque temps : les ouvrages et portraits qu'il a &it8 et qu'il fait tous les jours luy ont attiré l'approbation et même l'applaudissement d'un chacun. La même année, la ville lui donna 225 livres, tant pour le portrait original qu'il a fait de M^ le marquis de Halincourt, que pour les deux copies dudit portrait, par ordre du Consulat. » Paul Mignard ne conserva pas longtemps ses fonctions de peintre ordinaire de la ville, il fut remplacé par Verdier. Toutefois, la ville eut recours alors à Claude Panthot, fils de Germain, pour la restauration de THôtel-^de-ville, incendié en 1 674 ; mais Verdier est chargé de Texécution des portraits du comte de Canaples, gouverneur du Lyonnais 9 et de la restauration de la Descente de croix de Jacques Palma, qui ornait la chapelle de l'Hotel-de-Ville. En 1697, la ville donne encore Verdier l'exécution du portrait du maréchal de Villeroy et de onze copies de ce tableau, ainsi que d'une Vue de Lyon et d'une perspective de la Guillotière.
En 4728, Joachim Verdier reçoit 4,200 livres pour avoir « nettoyé, lavé et mis en état les peintures gâtées du grand escalier de THôtel-de-ville, les QiAOlre parties du Monde, r Incendie de Lyon. » En 4744, Verdier fait encore le portrait du duc de Villeroy. Mais en 4749, il cesse ses fonctions {\) et a pour successeur Charles Grandon lequel reçoit
(l) Une pension da 190 livres par an est accordée à Lucrèce Verdier» fiile de Henri, et sœur de Joachim» qui était privée de fortune et avait été laissée dans le dénûment. (Arch. de la ville, série ce.)
3,500 livres « pour quatre-vingt-onze petits portraita des prévôts et échevins, peints à VhuUe sur vélin^ pour être déposés dans les grandes archives dans le Livre à cet effet destiné, à raison de 36 livres pièce. » Les grands portraits remplissaient alors tout un salon appelé le Salon des Portraits ^ et, en 4758, la ville assigna ce local à T Académie pour ses réunions particulières et publiques « mais conditionnellement ». Grandon mourut, le 8 février 1762, laissant une veuve et im enfant dans la détresse. La ville compatissante accorda à sa veuve, Anne Guinand, un secours de 600 livres. Donat Nonnotte succéda à Charles Grandon a comme peintre ordinaire » de la ville et eut aussi la direction de TEcole de dessin instituée en 1 676 et qui n'eut qu'une durée obscure et précaire jusqu'en 4 756 ; cette école était dans l'ancien hôtel du gouvernement. Mais la ville ne put accorder à Nonnotte les avantages qu elle avait faits à ses peintres privilégiés. La détresse de ses finances l'obligea à réduire son traitement et elle dut même cesser son ancien usage d'offrir au prévôt des marchands et aux échevins, entrant en charge, les por-* traits du roi, du dauphin et des gouverneurs de la ville. Ce fut une véritable perte pour les arts. Mais, en 4770,1a ville dut payer à Donat Nonnotte 3,000 livres en dédommagement « des effets qui lui appartenaient et qui avaient été brûlés, brisés ou enlevés, lors de l'émeute arrivée en novembre 4768, à l'Ecole de médecine située dans le môme bfttiment que l'Ecole de dessin dont Nonnotte était directeur ». L'Ecole de dessin était, lorsqu'elle fut saccagée par l'émeute, dans une salle au-dessous de la bibliothèque, au midi de la voûte dépendant des
appartements de la congrégation des grands artisans au collège de la Trinité (4).
Quoique la ville fùt très-gênée alors, elle put acheter cependant, au prix de 1,200 livres, pour être déposés à ses archives « les Fleurs armoriales consulaires de la ville de Lyon, avec les noms, surnoms, qualités et armoiries de MM. les Conseillerséchevins de ladite ville, depuis Tannée 4449, temps auquel ils ont commencé à jouir des privilèges de la noblesse accordée par Charles VIII, recherchées par les soins de P. F. Chaussonnet (2). » Le Consulat
(1) Voir à cet égard M. L. Charvett dans son travail sur YEnseignement des Bea/ux-Arts, pages 45 et 46 et note 49.
(2) En 1779, le Consulat décida qu'à dater de la présente année, il sera remis à chaque prévôt des marchands et échevins, à son entrée en charge c au lieu de la carte armoriale qui a été donnée jusqu'à présent, un livre contenant non-seulement les noms, blasons et époques des nominations aux places consulaires des prévôts des marchands et échevins depuis 1595, mais encore des conseillers-échevins qui ont régi et gouverné la ville depuis qu'ils ont été décorés de la noblesse par l'édit de Charles VIII, lequel livre sera certifié par le prévôt des marchands et échevins en exercice, conforme à Voriginal déposé au secrétariat de la ville. » En conséquence de cette décision, on passa un traité avec Pierre-François Chaussonnet, armoriai ordinaire de la commune, pour la composition annuelle de ces recueOs dont chaque exemplaire lui sera payé 200 livres.
Les lettres patentes conférant la noblesse au corps consulaire avaient été perdues au xvi* siècle ; mais le Consulat finit par les retrouver et on les réintégra aux archives de la ville « avec ordre de ne les en tyrer hors, ne aultres tiltres de la ville sans ordonnance du Consulat et récépissé par oeluy ou ceulx à quels Ton les baillera. »
En 1574, la ville perdit aussi la principale charte fusant
put aussi alors donner à Nonnotte 500 livres pour un portrait du roi couronné par les Vertus, et un tableau représentant aussi le roi , protecteur des sciences et des arts ; ces tableaux furent exécutés à l'occasion du sacre de Louis XVI.
Nonnotte décéda en 4778. La ville lui donna d'abord pour successeur Alexis Grognard, élève de Joseph-Marie Vien, directeur de l'Académie de France à Rome. Mais, sur les instances de la reine, la ville dut lui retirer ses fonctions et nomma, le 5 janvier 4779, à sa place, Pierre Cogell, suédois de naissance. Toutefois, a le Consulat se vit obligé de payer à Grognard une indemnité de 2,400 livres pour les frais du voyage qu'il a été obligé de faÀre pour revenir précipitamment de Rome à Lyon, et du travail qu'il a fait et que le Consulat a exigé de lui pour &ire connaîtres ses talents. »
Cogell fut le dernier peiAtre officiel de la ville, et le Consulat de Lyon vit bientôt aussi sonner sa dernière heure. La Révolution, d'abord grande, généreuse, animée des plus louables intentions et secondée par un souverain aux sentiments les plus nobles, mais auquel manquaient la fermeté et l'énergie, compléments nécessaires de ces grandes qualités chez un monarque, — la Révolution vint à frapper aussi à la porte de l'Hôtel-de-Ville. Elle avait à la main le
partie des titres produits en eour pour la confirmation des titres de noblesse du Consulat et des privilèges de la ville de Lyon.
Déjà, d'après une délibération de 1581, il paraîtrait que des titres de la ville avaient été enlevés au temps « de Charles Martel ». J'en parle plus loin.
décret réglant Torganisatiou de la nouvelle Municipalité, et le 42 avril 1790, ce nouveau pouvoir fut installé avec autant de pompe que d'éclat. Les hommes superficiels ou trompés comme le Pouvoir central par de généreuses illusions, applaudirent à la chute de notre antique Constitution et du Consulat qui se retira le lendemain. Il se retira sans bruit, obscurément, mais non sans dignité et sans avoir joui jusqu'à sa dernière heure du respect et de la considération de tous, — après avoir présidé, souvent non sans gloire, aux destinées de cette grande cité, pendant le temps considérable de quatre siècles et demi. Il tomba de vétusté, comme tombent dans nos forêts ces chênes séculaires, au port altier et qui après avoir fait Tomement et la gloire des lieux qui les avaient vu naître, s'inclinent et s'affitissent sous le poids du temps, — et qu'on admire même encore
après leur chute
Mais la Révolution glissa sur sa pente comme glissant toutes les révolutions et tout ce qui est né
d'un fait violent pour aboutir au crime et au
sang. Peu à peu, la démagogie pénétra dans la municipalité avec ses haines et ses fureurs ordinaires... Jalouse, envieuse, elle ne put siéger dans un palais tout rempli des splendeurs d'un pouvoir sorti, il est vrai, des entrailles du peuple, recruté sans cesse dans ses rangs, mais qui avait le tort, à ses yeux, et commis le crime même de s'être incorporé à la noblesse, objet de toutes ses haines. La démagogie se hâta donc de porter une main sacrilège sur ces splendeurs, et, le 9 novembre 1792, elle brûla, dans une de ses saturnales qu'on appelait alors « les fêtes civiques » dans le champ de MarSy aux Brotteaux sur
l'aatel de la Pairie, les armoiriea et les portrtùts qui décoraient les salons de l'Hôtel-de-Ville, avec une grande quantité de diplômes et de titres généalogiques..., acte Btupide, en ce qu'il anéantissait des monuments des arts du plus grand prix, et ne pouvait pas e&cer du cœur des Lyonnais un aouvenir heureux, ni du livre de l'histoire l'une de ses plus belles
pages
La fête civique du 9 septembre eut une fin digne d'elle,.. Apr^s'etre agenouillé devant Toute/ de b Pairie qui avait remplacé l'autel du vrai Dieu, abandonné, le peuple souverain se rua sur le chftteau de Pierre-Scize et les prisons de la vîUe ; & Pierre-Scize, il massacra les officiers de Royal-Pologne ; à Roanne et ailleurs, de vertueux prôtrea, qui avaient refusé de prêter un serment odieux à leur conscience, et le soir il promena leurs têtes « aux flambeaux », digne clôture d'une fête civique !.'!
otis avons esquissé rapidement, plus haut, rhistoire de la fonnation de la commune lyonnaise, celle de ses divers hôtels communs et son installation dans le splendide palais que cette noble magistrature s*éleva au xvn* siècle. Je Tai montrée siégeant avec une pompe presque royale dans cette somptueuse demeure jusqu'au jour oà la Révolution agissant au nom de la Liberté enleva, par un simple décret, à nos provinces et à nos villes leurs antiques libertés, souvent si péniblement conquises, pour imposer un pouvoir cerUraly une autocratie disposant souverainement des intérêts de toute la France réduite à un état de vassalité ou de minorité.
Nous avons aussi vu déjà que, dès que la commune lyonnaise se fut organisée, d'abord secrètement, puis avec le consentement, forcé peut-être, du pouvoir ecclésiastique et de la royauté, cette assemblée eut ses papiers, ses lettres secrètes et des archives. Ces archives, à la première heure, étaient probablement confiées à la garde et à la loyauté de l'un des membres de cette association presque occulte de 4190 à 1208. Les citiens ou gens de la cité lyonnaise avaient intérêt à ce que le seigneur et le suzerain qui épiaient tous leurs actes, ne connussent pas ces archives dans lesquelles ils eussent trouvé la preuve palpable des sourdes menées de la ville contre leur omnipotence,
laquelle s'appuyait sur les châteaux forts de Pierre- Scize ou de Saint- Just.
Après le pacte de 1 320, ces archives furent placées dans un coffire de la chapelle San-Jaquemo, et un autre coffre renfermait le sceau de la commune. Ce coffre avait trois clefs confiées aux plus notables et était déposé chez l'un d'eux» par ordre des consuls, de 1358.
Le pacte de 4320 mentionne spécialement les archives de la commune. Le premier et le plus important article de cette charte qui garantissait aux Lyonnais leurs franchises est ainsi conçu :
« Primo quod cives Lugduni simul circumvenire a possunt et consiliaros seu Consules eligere et habere u pro negotiis civitatis expediendis, scindicum facere « seu procuratorem, arcam eommunem pro liUeris « suis et privilegiiSj et aliis suis utilitatibus conser^ a vandis. » (Ménestrier, HisL cons. Preuves, p. 95.)
n est donc hors de doute que dès 1 320, le Consulat (consules) eut des archives (arcam). Mais nous avons vu aussi déjà que les voleurs qui ont tant de fois pillé nos archives lyonnaises, ne respectèrent pas ces dépôts ni la sainteté du lieu où nos pères les gardaient, comme les anciens peuples avaient gardé les leurs dans des lieux sacrés. Des ferrailles (serrures) durent être mises aux portes de San-Jaquiemo pour les préserver des malËBÛteurs.
En \ 368, le Consulat s'occupe encore avec sollicitude de ses archives. Le syndicat porte : « Item, a quils (les conseillers de ville nouvellement élus) * <c ayent pardevant eux tous les privilèges et lettres a dudit common et les recouvrent de chascun qui « point en aura au plustost qu'ils porront et les met-
« tent en les arches communes qui sont à Saint- « Jacqnëme et garderont les clés des dites arches. »
Mais malgré ces précautions des titres importants avaient disparu des arches de la commune dès avant même le pacte de 1 320, — car déjà, en 4307, on voit le pape Paul V donner, à Rome, aux kalendes de mai de cette année, une bulle et significavitj par laquelle Sa Sainteté mande aux archevêques, évoques et officiaux de Vienne et d'autres lieux, d'user des censures ecclésiastiques pour découvrir les détenteurs des titres appartenant à la ville de Lyon. La date de cette bulle semble indiquer que déjà à ce moment, c'est-à-dire antérieurement au pacte de 1320, l'archevêque de Lyon tolérait que la commune de Lyon eût des archives. Ces archives étaient classées et inventoriées par un agent spécial. Ainsi, on voit que le 27 mars 1 406, la ville délivre un mandat « à Jean de Beaumont pour avoir fiedct Tinventaire des lettres et aultres choses communes de la ville es arches à Saint-Jacquême, où il a vacqué avec son derc qui escripvoit x jours et plus, et puis l'avoir mis au net et contient par tout xxx folios. »
Les 22 mars, 2 avril avant Pâques 1(07, en avril et juillet U08, 15 janvier 1i09, puis en 1423, de nouvelles soustractions ont lieu et la ville obtient encore dé nouvelles lettres monitoires et aggravatoiies.
La ville en abandonnant la chapelle de Sain^- Jacquême, berceau de ses franchises, pour essayer de 8*installer en 1 424 dans un Hostel commun y dans la rue Lcmgue, emporta avec elle son co&e d'archives (1).
(X) J*ii dit à la page 24, d'après M. de Valous, qu'on ne savait
Il contenait ses Dieux Lares, ses franchises si chères à son cœur. Mais le Consulat ne put pas rester longtemps dans cet Hostel commun, — il tenait à siéger dans un lieu de franc-aleu ; sa dignité ne lui permettait pas de délibérer dans une maison dont la directe appartenait à Tarchevêque ; Taffranchi avait horreur de son ancienne chaîne — devenu libre il ne voulait pas que rien lui rappelftt son ancien servage Nous avons vu qu'alors le Consulat dut
emprunter les boatiques ou les compteurs (comptoirs) de ses membres, et les archives suivirent le conseU dans ses diverses installations. Les coffres servirent souvent de sièges au Consulat dans les arrièreboutiques , dans les étroites et tortueuses ruelles de la^ville. Ces pérégrinations incessantes ne permirent guère de mettre de Tordre dans ces archives ambulantes. — Mais le 2 octobre 4 464, le Consulat ordonna qu'elles seraient mises dans d'autres coffres et en 1477, une commission fut chargée de les inventorier « desquels tiltres, instruments, pri vice lèges, et aultres escriptures, les conseillers, ne a aussi le procureur de la ville ne scavent rien, ains a en ont ignorance. »
Cet ordre fiit-il exécuté ? c'est possible, mais lors-
pas le motif qui avait fait abandonner, par le Consulat, la ehapelle de Saint-Jacquème, mais, depuis lors, j'ai trouvé aux archives de la ville, dans la série CC. -qu'inventorie en ce moment M. Guigue, une pièce qui porte la mention suivante : « 1455. Les consuls quittent la chapelle San-Jaquemo à cause de la moyteur et indisposition d'ycelle, et louentt pour tenir leurs assemblées, une salle au-dessus du change de Raoulin Guérin» en 1455. »
iOi
qu'en 4508, on eut construit une salle voûtée dessus el dessous dans rhôtel commun de la rue Longue pour la conservation des archives, il fut décidé qu'on ferait un bon inventaire desdits documents.
Le Consulat était à peine installé dans son Hostel commun (qu'il avait pris en location du notaire Bellièvre) et ses archives convenablement rangées, que le feu prit à cette maison dans la nuit du 49 mars 4542. J'ai déjà raconté, plus haut, ce désastre, et dit « que les lettres, procez et papiers qui estoient en la « salle haulte furent brûlez tellement qu'il ne s'est « peu sauver aulcune chose de ce qu'il estoit es dites « chambres ; néanmoings tous les papiers, privillei- « ges, documents et tiltres qui estoient es membres « (chambres) bas furent, la grâce de Dieu, sauvez et « mis hors ledit Hostel commun. » Le sieur de Belmont leur donna l'hospitalité dans sa maison et les coffres fermons à clef furent transportés « en l'hostel « de Tesleu de Varey par manière d'entrepost » — mais les voleurs ne manquèrent pas de se mêler à la foule qui travaillait à Tincendie « et en portant et « rapportant lesdits papiers, plusieurs en ont retiré « et porté en leurs maisons. » Le Consulat ordonna le lendemain du sinistre la restitution des titres enlevés ; mais malgré la menace « de grosses peynes » on ne les rapporta pas, et la ville perdit par le fait de cet incendie un assez grand nombre de titres importants.
L'Hostel commun fut immédiatement réparé. Le Consulat put y rentrer le 44 avril 4543 et les archives, placées dans deux chambres voûtées « dessus et a dessous », furent entièrement réorganisées et classées.
En 1546, le Consulat permit la délivrance d'expéditions des titres de la ville aux particuliers^ et, à ce moment, la ville retrouva les lettres patentes conférant la noblesse au'corps consulaire, qu'on croyait perdues. Le Consulat donna Tordre de réintégrer ces pièces importantes aux archives de la ville « et de ne « les tyrer hors, ne aultres lectres, tiltres et documents « sans ordonnance du Consulat et sans escripre et a matriculer au papier pour ce ordonné estant en la a dite archive, et en faire récépicé pour celuy ou « ceulx esquels on les baillera. »
A ce moment, les actes étaient déjà écrits sur des registres reliés, car, en 1548, la ville paye 5 livres 5 sols tournois, à Jacques Crozet, libraire à Lyon, « pour une rame et demye grant papier royal a OÙ ont esté escriptz, mis à net et rédigez, en grand « volume, les actes du Consulat de i 542 à 4 547 et 4 « livres 1Ô sols tournois pour la reliure de quatre a grants volumes en cuyr rouge. Plus 47 sols 6 « deniers pour une rame, petit papier, pour servir « journellement au secrétaire du dit Consulat pour « Texpédition des affaires de la dite ville. »
Mais bientôt nos archives, si bien classées, vont être mises encore dans le plus grand désordre. Les protestants surprirent la ville dans la nuit du 30 avril 4562. Quoique succombant sous le nombre, les arquebusiers du Consulat, appelés les Soldats du Purgatoire, défendirent vaillamment THostel commun, sous le commandement de Maurice du Peyrat, mais le feu croisé des calvinistes, du haut du clocher de Saint-Nizier, obligèrent bientôt les braves arquebusiers à capituler. Maurice du Peyrat, seigneur du Perron, de Villeneuve, du Plat, dTvours était un catholique des
plus exaltés. Pernetti dit qae, pour faire sa cour à Charles IX, il loi demanda la permission d'apporter à Lyon l'ordre de massacrer les huguenots, le jour de la Saint-Barthélémy. Il reçut, en récompense, la lieutenance de roi au gouvernement de Lyon (1). On n'a cependant pas de détails précis sur les pertes que nos archives subirent pendant Toccupation de Lyon par le baron des Adrets et ses « huguenaulx » jusqu'à redit de pacification ; on lit seulement ce qui suit dans les actes du Consulat du 4 2 janvier 4574 :
Da mardi 12 janvier 1574.
« Sur la remonstrance &icte que, par Tinjure du temps, durant les troubles advenuz en ce roy anime, mêsmes lors que ceux de la nouvelle opinion dete-
(l)Maorice do Peyrat était fils de Jean P' du Peyrat, lieutenant de roi an gouTemement dn Lyonnais, sous le maréchal Saint-André, président au Parlement de DombeSt mort le 15 janvier 1549. Son fils aîné fut Jean II du Peyrat, capitaine d'une compagnie de chevaux-légers, tué au siège de Baurepaire, par les huguenots. Lors de sa mort, il était fiancé à Clémence de Bourges.
Guillaume du Peyrat, petit-fils de Jean I, fut aumônier de Henri IV et de Louis XIII, historien et poète, et mourut en 1645. (Lyonn. dign> de mém.j pag. 226.)
Lyon a donné le nom de cette famille à Tune de ses rues, mais en estropiant son nom qu'on a écrit du Pérat au lieu de tfn Peyrat, en reconnaissance de ce que Jean I du Peyrat étant lieutenant-général de la sénéchaussée, avait ouvert cette me sur le tènement du Plat qu'il avait acheté en 1527. Ce tènement s'appelait d'abord le Pré ou Pla/n d'Ainay et s'étendait de Belleeour à la rue Sainte-Hélène. (Dictiown, des rues de Lyon, Breghot dn Lut.)
noient la ville de Lyon, les tiltres, papiers et enseignemens du corps comman de la dite ville et de Thospital du pont du Ilosne auraient esté esgarez, mis en confusion, et encore depuis que l'Hostel-de- ville a esté transporté en ce lieu et apporté partie des dits tiltres, seroit ensuivie plus grand confusion et desordre, au moyen de quoy et pour y pourveoir et à ce que les affaires du publicq ne demeurassent en arrière et sans poursuicte, cy-devant auroit esté ordonné que inventaire et description seroit faicte des dits tiltres par M* Pierre Grolier, cy devant procureur général de ceste communaullé, et despuis par M*' Claude de Rubys, son successeur en ladite charge, M. Jehan Ravot, secrétaire et le recepveur des deniers communs, dons et octroiz, à la charge de leur faire taxe raisonnable de leurs peynes et vaceations. Ce que n'auroit pour encores esté exécuté au grand préjudice des affaires de la dite communaulté des pauvresderHostel-Dieu. Le faict mis en délibération, et sur ce ouy M«" Claude de Rubis, procureur, Jehan Ravot, secrétaire, et Guyot de Masse, recepveur, et leurs remonstrances, a esté ordonné que inventaire raisonné seroit faict par les susdits officiers de tous et chascuns des tiltres, papiers et enseigna* mens, tant anciens que modernes, qui sont de présent aux archives et ès-mains de ceulx qui ont la charge, maniement et poursuicte des dites affaires, tant de THostel commun de la dite ville, que hospital du pont du Rosne, et lequel ils rapporteront dans six mois, bien et deuement faict et parfaict, et moyennant ce, et aussi en considération des remons* trances que les susdits officiers ont faict et requête pour leur estre leurs taxations, augmentées de leurs
vaecations extraordinaires de Tannée passée, nous leur avons taxé et à chacun d'eulx, la somme de trois cens livres tournois, laquelle somme leur sera baillée par forme d'advance, et pour cest effet leur en seront expédiez les mandemens en tel cas accoustumez et nécessaires. » (BB. 98, fol. 18.)
Conmie on le voit par cette citation, on ne saurait dire si, en 1 562 et dans la suite des troubles religieux, jusqu'en 1574, nos archives éprouvèrent des pertes sensibles. H y a lieu de croire que des titres furent seulement « esgarez et mis en confusion pendant la « détention de la ville de Lyon par ceulx de la non- « velle opinion. »
Mais il en ressort que nos archives furent surtout c mises en désordre et plus grande confusion » dans leur transport dans le nouvel Hostel commun que le Consulat occupa en 4569, rue des Générales. Le Consulat se hâta de les faire remettre en bon état, et Kerre Grolier, ex-procureur général de la communauté, Claude de Rabys, son successeur, Jean Bavot, secrétaire, le receveur de la ville, Guyot de Masso, y travaillèrent tour à tour. Les mômes se chargèrent du classement des archives de « Thospital du pont du Rosne » dont j'aurai à parler aussi dans le chapitre suivant. Cet hospice, connu sous le nom d'Hôtel-Dieu, n'a pas su conserver cependant ses titres de fondation. On sait qu'il est le plus ancien des établissements de ce genre que la France possède, et que le cinquième concile d'Orléans, tenu en 549, le mentionne déjà.
Le Consulat, en confiant nos archives à Claude de Rubys, ne pouvait les placer en meilleures mains. Rubys était né d'une ancienne famille municipale,
en 4553, docteur en droit, avocat, et occupa successivement les charges de conseiller au Présidial de Lyon et au Parlement de Dombes, de procureurgénéral de la villede Lyon, de 4565 à 4594, et mourut en septembre 4643. Entraîné par ses convictions religieuses, ou plutôt par son ambition, il fut un ardent ligueur et lança des pamphlets contre Henri IV, mais, dit un écrivain lyonnais, « il chanta la palinodie. » Son Histoire de Lyon, malgré ses erreurs et ses digressions, n'en est pas moins un ouvrage capital où nos historiens modernes ont largement puisé. Le classement de nos anciennes archives lui fiBtciiita singulièrement son travail.
En 4578, le Consulat (4) s'occupa avec un soin tout particulier de ses archives ; le 4 3 mars de cette année « il pria les jurais de la ville de Bourdeaux « de faire chercher dans leurs archives les anciens a titres et monuments de la ville de Lyon, que Ton a dit y avoir été transportés par les Gots et les Visigots et d'en faire faire des Vidimus. » Cette motion
(1) Cette délibération est signée :
Antoine Grollier, seigneur et baron de Senrières, Glande Platte, seigneor de Vaulx. — Ândre Mormai, seigneur de Ferlay, eslus pour le roi en Télection du Lyonnais. — Anlboine de Laporte, seigneur de Saint-Bernard, — François Benoist, — et Jacques Jacquet, consuls et échevins de ladite ville.
Les archives de Vhôpital de la Charité, confiées aujourd'hui à M. Rolle, ancien archiviste de la ville, ont été mises en ordre par Mathieu de La Font, échevin en 1691 et 1692» né en 1640, mort en 1702, célèbre par sa bienfaisance. La ville, par reconnaissance, a donné son nom à Tune des rues latérales de THôt*)!* de-Ville, appelée d'abord rue des des Ecloisons. {Lyonn» dign. de mém,t p. 161.)
fat, sans doute, faite par Claade de BubySf plus préoccupé peut-être de la préparation de ses ouvrages que du classement des archives. La délibération dont je donne ici le texte est malheureusement trèslaoonique. Il eût été intéressant, cependant, de savoir ce qui a pu engager le Consulat à penser que les Gfols et les Visigots eussent été assez amateurs de vieux papyrus ou de vélins pour les porter dans leurs chariots jusqu'à Bordeaux ; d'habitude , ils brûlaient tout ce qui leur tombait sous la main, et Ton peut se demander même si les Ooths et les Visigoihs ont occupé Lyon. (1) Toutefois nous ignorons quelle fut la réponse des Jurais ; mais cette question semble préoccuper beaucoup le Consulat, car en 1 584 il ordonna a de solliciter de nouvelles recherches des Jurats de Bourdeaux au sujet des anciens privUleiges de Lyon que Ton dit y avoir été portés, par le moyen des guerres qui furent au temps de
(1) Il est à présumer « qae les anciens titres et monuments de Lyon » dont le Consulat de Lyon demandait la recherche à Bordeaux, furent des manubcrits ou des livres provenant de la Ubraifie des abbayes de Tlle-Baite et de Saint-Jnst, saccagées fiar les Sarrazins; ces derniers, dans leur dernière invasion, étaient commandés par Joussouf, émir de Narbonne, homme instruit comme Tétaient alors tous les chefs arabes, lesquels tuaient les chrétiens par fanatisme religieux, mais aimaient les livres et les recherchaient. L*abbaye de l'Ile-Barbe en contenait de nombreux dont plusieurs ont pu plaire à Joussouf. — Ce prince fut repoussé de Lyon, qui n'était plus qu'un monceau de ruines, en 737, par Childebrand, frère de Charles Martel, lequel combattait alors contre les Frisons. C'est alors que furent détraits les beaux aqueducs construits par les romains.
Charles Martel, et d'en prier M. de Bellièvre qui y est présentement pour le service du roy. » (4).
Cette nouvelle décision fut sans doute dictée encore par Claude de Rubys, car on voit dans son Histoire de Lyon qu'il tient à donner de nombreux détails sur les grands coups d'épée que Charles Martel porta aux Sarrazins d'Espagne, lors de leur invasion à Lyon, en 732. Cet auteur parle beaucoup aussi de Gérard de Roussillon, comte de Bourgogne et voisin des Visigoths d'Espagne, mais peu d'historiens lyonnais ont adopté le récit de Bubys.
Nos archives étaient à peine en ordre que les voleurs y font encore main basse. Le Consulat est mâme obligé de demander à l'Eglise le secours de ses foudres contre les déprédateurs. En \ 596, le pape Clément VIII donna une bulle a contre les détempteurs des tiltres de la ville » ; cette bulle fut suivie tt des monitoires, aggravatoires et réaggravatoires de l'official. » On fit des recherches pour les retrouver et on en rapporta beaucoup de la maison de Benoist du Troncy, notaire, secrétaire de la ville pendant la Ligue. Comme il était aussi un littérateur, et le premier traducteur du traité de la Consolation, attribué à Cicéron et auteur a du Formulaire récréatif », il est à pré&fumer, pour sa mémoire, qu'il ne fit qu'emprunter les titres de la ville et qu'il oublia de les rendre quand la mort le surprit. En 4 607 (2) le
(1) Belleliévre (Jean), fils aîné de Claude I, premier président au parlement de Grenoble, après la mort de son père, ambassadeur en Suisse, fhyown. di*fn. de rn^fii., p. 30.)
(9) En 1608, le classement se continue avec zèle, et le Consulat reconnaît « l'uUiité de l'inventaire des anciens et modernes
pape Paul fulmina encore par une bulle contre a les détemptearâ.» La même année, Eustache de Refuge, intendant de Lyon, s'immisce dans Tadministration des archives (peut-être malgré le Consulat) et prescrit au secrétaire de la conmiune « d'exhiber les actes consulaires et autres dont il pourroit estre chargé, et d'en délivrer les expéditions toutes les fois qu'il en sera requis, défendant au prévost des marchands et échevins d'expédier des lettres missives ou dépesches relatives aux affaires qu'ils pourroient avoir à traiter, soit en cour, soit ailleurs, sans s*être concertés et les avoir fait enregistrer. » Cet ordre est presque étrange, il indique que le pouvoir du Consnlat décline et que la royauté lui impose ses volontés par ses intendants.
En 4622, quelques restitutions sont faites aux archives et le Consulat donne 60 livres et Durand Clergier pour avoir remis aux archives de la ville divers arrêts et papiers reconnus utiles à la ville et relatifs aux procès qu'elle a eu jadis contre le plat pays du Lyonnais, au sujet des tailles. »
Nous arrivons enfin à une époque où nos archives si souvent transférées d'un lieu à un autre vont avoir un local digne d'elles, et de la magnificence du Consulat. Celui-ci venait d'élever son magnifique Hôtelde-Ville sur la place des Terreaux, et dans sa vive
titres f papiers, instrameots et enseignements qui ont été ramassés et conservés depuis 400 ans es archives de la ville, et parmi lesquels on découvre, chaque jour, des pièces jusqu'alors ignorées et de la plus haute importance pour la ville. »
A cette époque, THostel commun était transféré à Thôtel de la CoeroBne, entre la me Poulaillerie et la me des Forces.
soUicitade pour le bien de tous les services, il avait décidé que deux salles richement agencées seraient réservées aux archives dans ce palais. Toutefois, en attendant leur achèvement, il fit transporter déjà ses archives, en 4 653 , dans une salle provisoire , en « attendant que celles où elles doivent estre, pour toujours soient vouliées et en tel estât qu'on paisse les y bien establir. » Mais elles étai^mt à peine dans ce nouveau local qu'un affreux sinistre obligea la ville à les en arracher en toute hftte. Un violent incendie
détruisit une grande partie de THôtel-de-Ville à peine achevé, dans la journée du 43 septembre 4674.
Une immense fumée était sortie, d'abord, du toit de la grande salle ; puis éclata une flamme énorme entre ce toit et celui du grand escalier et vers le dôme. Conmie il n'avait pas plu depuis un mois, les bois des charpentes étaient desséchés par la chaleur extrême du mois d'août; en peu d'instants, la toiture de la grande salle, sa voûte et ses peintures, puis le toit du pavillon sud-ouest furent anéantis, la flamme gagna ensuite le dôme , l'horloge tomba en plusieurs pièces, ainsi que les cloches, ce qui ébranla les voûtes de ce dôme. Le vent ayant tourné subitement, les flammes se portèrent, avec une inconcevable rapidité, vers le côté opposé de THôtel-de-Ville ; elles détruisirent les deux pavillons au nord, au-dessus de la chambre des portraits et de celle du Consulat, et attaquèrent toute l'aile du palais. De larges coupures faites dans le toit arrêtèrent le progrès de l'incendie; il dura, cependant, encore toute la nuit, et descendit sur les planchers inférieurs, sur celui de la salle des portraits et y consuma la moitié du grand tableau du plafond. Le peintre Blanchet faillit mou-
rir de chagrin de la destruction de ses belles peintures. Dans ce cruel sinistre , il y eut beaucoup de personnes blessées et même quelques morts. Malgré les précautions prises, il se perdit beaucoup de titres dans renlëvement des archives, et la constatation de leur perte fut &ite par un procès*verbal que le prév6t des marchands dressa le 22 août 4674 (<).
Du reste , ce n est pas le seul désastre qui ait atteint l'Hôtel-de-Ville : le 27 messidor an XI, ce palais ayant été illuminé & l'occasion d'une fête publique donnée en Thonneur du premier consul Bonaparte, un lampion mit le feu à la boiserie d'une fenêtre du second étage, au milieu de la façade sur la place des Terreaux. En peu dmstant, l'incendie gagna la grande salle (2) qui venait d'être entièrement
(1) Dans cet acte il est dit que, lors de Tincendie du 13 septembre 1S74, « Ton fut obligé de faire sortir et enlever les papiers estant dans le bureau de la sécrétai rie pour les transporter dans les appartements de Vbostel les plus éloignés du dît secrétariat au-dessus daqael le feu faisait le plus de progrès et que, malgré la précaution prise, il s'en perdit beaucoup. •
« 10,329 livres 5 sols furent répartis entre trois mille per- « sonnes et d^avantagey tant maçons^ charpentiers, ouvriers et
< habitants qui avaient contribué à éteindre l'incendie, même € aux (veuves et enfants de plusieurs des dits ouvriers et habi-
< tants qui ont été estropiez, d'autres brûlez et enveloppez dans « le dit incendie. »
(2j Je crois que le périmètre de la grande salle avait été divisé, à cette époque, en trois salons ; ce qui fit dire que la grande salle, avec les deux salons adjacents, fut entièrement brûlée. La preuve que cette narration est inexacte est bien simple : les deux salons adjacents à la grande salle existent encore avec leur décoration du xvii* siècle. — Celui du nord, dit
restaurée et décorée, et la dévora complètement « Les murs seuls restèrent debout et calcinés d, dit l'acte auquel nous avons puisé ce renseignement. Les dommages s'élevèrent à plus de cent mille francs. Le désastre dura trois heures. Les archives de la ville, heureusement, n'avaient pas été transportées encore dans les combles qui existent au-dessus des trois pièces qui furent alors détruites.
Mais une dépendance de ces archives fut gravement atteinte en 4825. Le feu éclata le 26 décembre, dans Tune des deux salles qui avaient été réservées, dans l'aile nord, aux anciens et aux nouveaux registres des actes de l'état civil de Lyon, et en peu de moments, le feu yfitles plus regrettables ravages. Les registres de catholicité de Tancienne paroisse d'Âinay furent presque totalement anéantis ; ceux de Saint-Pierre et de Saint-Saturnin, de THôtel-Dieu, de la Charité, de la mairie uniqae et des trois mairies qui lui succédèrent furent aussi très-gravement endommagés. Le détail de ces pertes irréparables et qui concernent tant de familles lyonnaises est longuement énuméré dans le jugement rendu alors par le tribunal civil pour le rétablissement des actes de Tétat-civil modernes détruits par cet incendie. — Ce jugement est en tête du nouveau registre qui contient ces actes.
des Portraits^ fut endommagé en 1674 ; celui du midi, dit de Louis nu, ou bien dut Têtre beaucoup moins, ou bien fut restauré immédiatement avec une plus grande simplicité. Mais tous les deux sont antérieurs à riocendie du 27 messidor an XI (16 juillet 1803).
Je viens d'énùmérer siècle par siècle les diverses mesures prises par le Consulat pour la confection et Tamélioration de sesArcliives,maiscesmesuresfiirent souvent mal comprises et mal exécutées, et presque toujours survint une catastrophe qui obligea les archivistes de la commune à laisser leur travail en suspens. Toutefois, en 1626, un inventaire général des Archives est terminé, et cet inventaire figfure dans celui que Chappe dressa en 1746. Il est ainsi désigné dans cet important et précieux monument : « Inventaire des sacs de procès, comptes, contrôles et autres papiers et documents concernant lôs affaires de la ville de Lyon, étant dans la seconde chambre des archives de l'Hostel commun. Un volume in-folio de 127 feuillets, couvert en basanne fituve avec ligatures. 1» — En 1664, un autre inventaire, le complément du premier, est également terminé. Chappe le décrit ainsi : « Inventaire général des papiers étant dans la première chambre des archives de l'Hôtelde- Ville. Un volume in-folio, couvert de basanne avec ligatures de 539 feuillets. »
Le sieur Desglareins était alors archiviste de la ville ; le Consulat, satisfait de ses services, décida, en 1680, « qu'il aura la clef de la seconde porte de dedans des Archives ; «mais déjà, en 1 691 , le désordre renaît dans ces Archives « et le procureur général de la commune se voit obligé de réquérir qu*il sera procédé à un nouvel inventaire, lequel sera tenu en double. » Ce travail fut-il exécuté? On l'ignore, mais, en 1 705, le Consulat attacha le sieur André Perrichon au service de la commune et a luy confia le soin particulier de ses Archives pour l'arrangement et la conservation de tous les titres qui y sont enfermez. »
En outre, pour donner au nouvel officier un titre convenable, il lui conféra celui « de conseiller garde* scel du Consulat et des juridictions de la Conservation et de la police. »
André Perrichon se mit à l'œuvre, et pour faciliter son travail, on lui donna un logement dans THôtel-de- Ville ; mais le Consulat le chargea souvent de missions importantes pour les affaires de la ville, et très-fréquemment il demeura des mois entiers hors de Lyon. Aussi son travail aux Archives avança lentement, et enfin, le 47 août 1730, le Consulat se vit obligé de pourvoir à son remplacement comme archiviste. Ce jour, il appela à ces fonctions l'abbé Jean Benoist, prêtre, docteur en théologie et en droit, a qui fut obligé de mettre en nouvel ordre les grandes et les petites Archives de la ville, d'en faire un précis, de les ranger par ordre chronologique, chaque pièce selon sa matière, comme aussi d'en composer un inventaire raisonné et un double répertoire. » En récompense , la ville lui accorda une] pension de 2,500 « livres en guise d'honoraires pour ses fonctions d'archiviste. »
A ce moment, on déposa aux Archives l'ouvrage du P. Colonia, jésuite, intitulé : Histoire littéraire de Lyon, imprimée aux frais du Consulat, par RigoUet et Perrot.
« M. Perrichon, ayant représenté au Consulat qu'il n'avait pas pu faire le travail de classement qu'il avait entrepris, et qu'il convenait de choisir des personnes intelligentes et capables pour faire traduire les titres et les arranger; que ce nouveau travail était d'autant plus urgent que les anciens inventaires étaient imparfaits , qu'ils n avaient pas
été raÎBonnés et qu'ils seraient entièrement inutiles à ce nouveau travail, » M. l'abbé Benoist s'engagea « à composer un inventaire raisonné avec un double répertoire et à extraire les pièces écrites en latin et k les traduire en francois. I
André Perricfaon mourut en 4748. — En 4759, la dame Agathe Estienne, sa veuve, demanda une pension à la ville, et le Cionsolat, pour lui témoigner sa reconnaissance pour les services que son mari avait rendus à son pays, décida que cette dame « veuve de M. André Perrichon, écuyer, chevaUer, des ordres du roy, et Thérèse Perrichon, leur fille, recevroient une pension de 4 ,000 livres, en considération de la participation assidue et zélée du défuDt aux aflUres de la commune depuis 4 705, époque de son entrée au service. »
La famille Perrichon a su, d'ailleurs, se faire un nom dans notre ville par les services qu'elle lui a rendus et par ses talents. Camille Perrichon, né en 4678 et mort en 4768, chevalier de l'ordre du roi, de l'Académie de Lyon, fut prévôt des marchands de 4730 à 4739, après Laurent Dugas et avant Jacques- Annibal Claret. Il avait une bibliothèque bien choisie, dont le catalogue fîit imprimé par les frères Duphûn, en 4763. Il était frère d'André Perrichon, l'archiviste, lequel possédait aussi une belle collection de livres, dont le catalogue fut publié par les mêmes libraires en 4759. Camille Perrichon protégeait les hommes de lettres. Gentil Bernard lui dédia une ode sur les a grandeurs humaines », laquelle parut dans le Journal de Lyon de 4784, et il en reçut un présent qui l'encouragea à suivre la carrière des lettres. Le Consulat se montra aussi généreux envers
la veuve de Camille Perrichon. U lui laissa» après le décès de son mari, la jouissance de Tappartement qu'il occupait dans THOtel-de-Ville comme prévôt des marchands; mais, le H novembre 4775, le Consulat décida, sur la proj^osition du premier échevin, que Tappartement occupé par M"* veuve Perrichon serait destiné {( à servir de lieu d'assemblée, lors des repas de corps de la ville et de local pour la direction des octrois et voirie de cette viUe, et à tous autres objets d'utilité publique auxquels on jugera à propos de le destiner. »
Le travail de l'abbé Benoist fut considérable, car nous voyons figurer sur l'inventaire Chappe : i ® un inventaire « en deux volumes in foL. en parchemin, doublé de carton, avec ligatures en peau, des titres des grandes Archives de Lyon, fini en may 4749 », et 2^ un inventaire a in-fol. en peau verte, avec des ligatures, contenant un inventaire sommaire des titres dans les grandes Archives, terminé en may 4749, en quatre volumes. »
Mais ce travail parut incomplet au Consulat, et, en 4746, déjà il avait &it un traité avec M. Chappe (Marc-Antoine] (4 ) , bibliothécaire de la ville, « pour un
(1) M. Chappe fût aidé dant son travail par Ferdinand- Joseph Beiuehet. Mare-Antoine Chappe, en demandant pour cet auxiliaire la nomination c d'employé aux grandes Archives de la ville » se loua de son assiduité « et de son expérience pour ces sortes d'ouvrages, principalement pour déchiffrer les anciens titres, dont la lecture est très-pénible et demande beau* coup d'application et d'àitelligence: « (Arch. munie. BB. 319, p. 214). Il reçoit un traitement de 600 livres.
M. Chappe fut nommé, en 1753, conservateur de la Bibliothèque de la ville. Alors, la ville prorogea pour dix ans le tnti-
nouvel arrangement des archives communales d'après on nouveau plan que ce savant avait présenté « pour le classement et la rédaction de l'inventaire des titres et papiers de ce dépôt. » Chappe commença par les petites Archives et termina son travail en 4 749. Le Consulat décida alors que « cet inventaire fsdt avec l'intelligence et la clarté qui caractérisent toutes les opérations dudit sieur Chappe, demeurera attaché à la table qui est au milieu desdites petites Archives, sans pouvoir ôtre déplacé, sous quel prétexte que ce soit, et ce, pour éviter et obvier aux abus et inconvénients qui peuvent résulter d'ane pièce de cette nature. » précaution qui nous paraîtrait étrange aujourd'hui,
tement de 1,500 livres « dont noble François Deschamps aTaiIjoai josqa'alors, en qualité d'antiquaire et de garde du cabinet des médailles de la ville, pour le dédommager, entre autres, de la privation de remploi donné à Marc-Antoine Chappe, de conservateur de la bibliothèque publique, du logement et de la somme qui avait été allouée, pendant six ans, pour la confection du catalogue des livres de cet établissement, dont il .'restait néanmoins sous-bibliothécaire. » (Id. n. 320, p. 214).
JSa 1768, Chappe fut envoyé à Paris pour suivre un procès lait à la ville par les trésoriers généraux de France, au sujet de la juridiction de la voirie. « M, Chappe, chargé de Farrangement des Archives, y a fait Textrait de tous les titres concernant cette affaire. > (Idem).
En 1758, on dépose aux archives c 600 vues ou plans de la Tille, fournis par Joubert, graveur en taille douce, pour être présentés, selon Tusage, à MM. les prévôts des marchands et échevins entrant en charge. » Ces plans furent payés, 2,284 livres.. (Idem).
En 1754, le duc de Panthièvre avait visité môtel-de-VilIe < lequel considéra le vaisseau ainsi que l'ordre et l'arrangenent des archives qu^il trouva bon. » (Id. 321, p. 216).
mais qui était usitée jadis dans les grands monastères, où certains cartulaires étaient attachés aux tables des archives par une chaîne de fer, ce qui &isait appeler ces cartulaires « les livres enchaînés. »
Quant aux grandes Archives de la ville, Chappe voulut bien aussi se charger de les inventorier, mais il ne put achever ce magnifique travail, car, en 1782, le Consulat « reconnut Tindispensable nécessité de terminer l'inventaire détaillé, en vingt-deux volumes grand in-folio, commencé par feu M. Chappe, pour Tarrangement des Archives de cette ville et pour y entretenir Tordre constant qui doit être observé dans un dépôt aussi important. »
Les temps étaient durs alors ; la ville était obérée et se voyait forcée de faire des économies. Elle diminua alors l'allocation votée annuellement pour le service des Archives, tout en reconnaissant cependant a l'urgence de reprendre l'œuvre inachevée de M. Chappe, en y attachant un préposé spécial, aux appointements de 3,300 livres par an, à la condition de se pourvoir des commis qui lui seront nécessaires pour l'aider dans ce travail ; » mais cette décision ne reçut pas d'exécution immédiate, et ce ne fut que plus tard que M. Jean-Armand Durand, avocat au Parlement et échevin de la ville , fut nommé archiviste de la commune « pour, en cette qualité, suivre le travail commencé par feu M. Chappe, pour l'arrangement des Archives de la vUle et le conduire à son entière perfection, sauf à régler par la suite les honoraires qu'il sera juste de lui attAuer pour l'exercice desdites fonctions. »
De graves désordres s'étaient alors produits dans les archives, et la ville dut prendre des mesures
flévëres pour en prévenir le retour ; elle décida « qu'il étoit fait défense, sous peine de destitution immé* diate» à tous préposés et commis à Tarrangement et à la garde des Archives de remettre, ni même de donner en communication à aucune personae quelle qu'elle soit , d'anciens titres , papiers , terriers , comptes, étant dans les archives de la ville, môme à MM. les prévôt des marchands, échevins, procureur du roi, secrétaire, trésorier de la ville , en txercicep lorsqu'ils se présenteront séparément pour demander la remise d'aucun des dits titres, sans ui^ ordre écrit du Consulat (t). »
Cette mesure est la dernière dont on trouve trace aux Archives de la ville, et témoigne, une fois de plus, de la sollicitude [de nos anciens édiles pour la conservation de leurs titres. Ils avaient pensé que Tavenir leur appartenait et que leur œuvre aurait une longue et heureuse durée. Mais l'avenir n'est qu'à Dieu et il fut de sa volonté que cette œuvre
(1) Nos pères ne permirent jamais que des pièces de nos Archives fussent prêtées même à des personnes dignes de toute confiance. Ainsi on voit qu'en 1748, le Consulat ordonna que des dispositions fussent prises « pour que M. l'abbé Pemetti soit aidé, par copies et sans déplacer des titres et documents qui peuTent concerner rhistoire de layiUe de Lyon. »M. Pemetti, Jacqnes, eheyalier de l^église Saint-Jean, né à Ghazelles-sur- LyoD, en Forez, vers 1696, mort à Lyon, le 16 février 1777, avait demandé à la ville, pour écrire une « histoire de la cité, Fantorisation d*extraire, dans les archives delà ville, les titres et documents nécessaires à la composition de son ouvrage, et de fûre la même demande partout où il pourrait découvrir des documents nécessaires à son entreprise. (Archives municipales BB. 314, p. 210.
fragile comme tontes les œavres humaines fftt bientôt
brisée Je dirai plus loin les tristes vicissitudes
que subirent nos belles Archives, le jour où Tantique constitution de notre ville s'effondra et où un pouvoir nouveau, plein de haines et de fureurs, s'acharna à détruire Tédifice de nos Archives qu'il aurait dû respecter.
Les magistrats de l'édilité lyonnaise, en construisant leur nouveau palais (1 646) ne manquèrent pas d'y ménager un local pour la conservation de leurs archives ; ils leur consacrèrent une vaste salle dans l'aile nord,^ — voûtée^ pour être à l'abri de Teau et du feu, — au premier étage, pour garantir les titres de toute humidité, — fermée avec une porto en fer (<) à
(1) La porte en fer des anciennes archives existe encore arec ses trois clefs. Après avoir été enlevée de la salle des archives, lorsqu'on fit une salle à manger de ce local, on la transporta au Palais-des-Arts où elle est restée reléguée, comme une vieille ferraille, au pied d'un escalier. Elle se compose de plateaux épais en chêne, doublés de chaque côté d*une plaque de fer ornementée. Ses trois clefs sont diisérentes et fort belles ; à Tune de ces clefs est attaché avec une petite chaîne de fer un écusson en cuivre aux armes de la ville, et sur le revers est gravé ce qui suit ; « Une des clefz de la chambre à* voulte où sont les papiers et titres de la ville. »
J'ai été assez heureux pour obtenir, en octobre dernier, de M. le préfet Tautorisation de faire dérouiller cette belle porte que, depuis près de douze ans, on laissait exposée à l'humidité, et de la faire placer dans le salon de lecture construit récemment aux archives de la ville.
ls$ fenêtres de l'ancienne salle des archives étaient garnies de très-beaux barreaux de fer finement travaillés: on les a enlevés lorsque cette salle fut convertie en salie à manger; mais qu'est devenu ce bel objet d'art?
triple serrure, et les fenêtres étaient munies de grilles enfer élégamment ouvragées.
Nicolas Lefebvre, sculpteur, reçut, en 1672, 500 livres « en déduction et à bon compte des ouvrages de sculpture qu'il a faits tant pourla chambre des arcAtves (festons de fleurs et de fruits , masques d'hommes et de femmes). » Cette salle, de 1 7. 00 de longueur, sur 9. 50 de largeur et 7. iO de hauteur, était éclairée des deux côtés par quatre fenêtres munies, comme je Tai dit, de grilles en fçr. Son entrée se trouvait au couchant, du côté de la salle dite de la Conservation, le côté du levant était , dans le principe , absolument clos. A une époque récente et probablement au commencement de ce siècle, l'entrée, au couchant, ne fut plus pratiquée et on réunit aux Archives, au levant, une petite salle ayant fait partie des anciens appartements duprévôt des marchands, et un petit vestibule prenant accès sur Tun des escaliers de l'hôtel placé en saillie sur la cour et terminé par une toiture ou dôme avec campanile; de cette façon la porte en fer restait inutile. Mais, comme nous Tavons dit, cet état de choses ne se rapporte qu'au xix* siècle. Dans les deux siècles précédents, l'accès avait lieu du côté du couchant où Ton trouvait en outre, entre la g^rande salle des Archives et la salle de la Conservation, une petite pièce accessoire destinée à l'archiviste et prenant entrée sur la grande, puis des lieux d'aisance et un petit escalier de service desservant tous les étages depuis les caves jusqu'aux combles. Cet état des locaux a été complètement modifié par la dernière restauration qui a fait de cette salle une salle à manger d'honneur.
Les papiers étaient déposés dans de magnifiques
armoires dont les boiseries u'un travail excessivement soigné se trouvaient relevées par les fines sculptures de Nicolas Lefebvre dont j'ai parlé. Ces armoires ne montaient que jusqu'à la hauteur de la voûte et se trouvèrent probablement de bonne heure insuffisantes. Longtemps avant le transfèrement des archives* on avait empilé, dans les intervalles, au-dessus de ces armoires, une quantité énorme de papiers ayant trait pour la plupart à la comptabilité ; ce qui les a sauvés peut-ôtre de leurruine, personne n*ayant osé se risquer à les changer de place. Car, outre qu'on n'eût pas su où les placer, on craignait d'être écrasé par leurs piles menaçantes , dans le cas où elles eussent été ébranlées. Ce manque d* espace donna Ueu k VempilemetU ou entrepôt, dont je parlerai plus loin, lequel fut effectué sous le dôme en charpente et tuiles du pavillon nord -ouest de l'Hôtel. Pendant la restauration de cette partie de l'édifice, de môme qu'auparavant, ce dépôt, où l'on remarquait aussi des objets d'équipement, hors service, des anciennes gardes nationales et des débris de toutes sortes, resta d'une manière complète à la merci des intempéries provenant des gouttières ou des ouvriers qui empruntaient l'escalier de ce pavillon et ce galetas pour se rendre sur les toitures.
Lors de Taménagement de la grande salle des Archives en salle à manger, les boiseries de &ce des armoires furent purement et simplement appliquées en guise de hunbris contre les murs et Ton y construisit une cheminée qui est, peut-être, un peu trop monumentale.
Je dirai ici de nouveau ce que j'aurai à signaler encore. Je ne comprends pas qu'à ce moment l'admi-
1-23 nistration n'&it psa son^ k placer les Arcfaives du département et de la ville dans un local séparé. Il fut question, depuis 1 870, de réinstaller les ÂrcMyes dans cette belle salle que nous venonsde décrire; j'aime à penser que ceux qui ont caressé ce projet séduisant n'ont jamais vu les Archives au moment de Tag^lomératlon lyonnaise; il ne serait pas venu à leur pensée de les réintégfrer, attendu que ce local était , comme je viens de l'expliquer, devenu si insuffisant que tout était empilé et qu'on avait eu recours à des dépôts dans les galetas. La disposition de rayonnage la plus ingénieuse ne pouvait suppléer à l'absence de superficie. La salle ancienne n'avait , du reste , que i W mètres carrés de parois utilisableB , tandis que les archives installées actuellement présentent 50O mètres carrés environ de parois ou de rayonnages adossés et elles sont encore & l'étroit.
ELLES étaient alors dos anciennes archivea municipales ; elles étaient riches entre toutes, — conservées avec ce soin pieux que nos pères savaient mettre & tout ce qui touchait à la chose pubiique , et le local qui les renfermait était digne d'elles et de notre g:rande cité. Mais, survint la Révolution ; d'abord noble et généreuse dans ses aspîrationa, comme le malheureux roi qui gouvernait alors la
France, peutr-âtre malgré lui elle dévie bientôt
de sa routfi, — glisse sur la pente fatale sur laquelle se placent toutes les révolutions, — et en peu d'années, notre pauvre France n'est plus qu'un amas de ruines et une mare de sang.
Les Archives ne pouvaient échapper au naufrage général. J'ai déjà dit plus haut en vertu de quelles lois l'Assemblée nationale, puis la Constituante et enfin la Convention ordonnèrent la création d'Archives municipales et départementales, et de quels éléments ces dép^ïts distincts devaient se composer. Mais, comment ces ordres furent-ils exécutés ? On a presque honte de le dire. — En lisant cette page lamentable de notre histoire, on croirait entendre le récit de ces actes de sauvage brutalite commis dans les Gaules par les hordes barbares qui se ruèrent sur elles au IV* siècle.
Nos Archives municipales avaient cependant subi déjà plus d'un désastre dans le passé.
J'ai déjà dit plus haut qu'en 4512, un incendie en avait détruit une partie, alors qu'elles étaient dans THOtel commun de la me Longue ; qu'en 1674, un second sinistre, qui dévora la &çade du nouvel Hôtel-de-Ville actuel, à peine achevé, leur fut aussi bien funeste par les vols qu'on commit dans le sauvetage, et que d'autres incendies postérieurs occasionnèrent encore des pertes sérieuses.
Pendant le cruel bombardement de notre ville, en 4793, elles eurent nécessairement à souffrir aussi ; notre palais municipal ne fut pas plus épargné par les projectiles de la Convention que nos autres édifices, et ses toitures trouées par les bombes laissèrent pénétrer, pendant de longs mois, les eaux pluviales dans ce palais délabré. M. RoUe, Tun des derniers conservateurs de nos archives municipales, a déjà raconté, dans l'introduction mise à la tète du premier volume de son inventaire, les vicissitudes que subirent nos Archives, à partir du jour où la Convention reprit sa sanglante domination dans Ville-^ A /franchie. M. Rolle voudra bien me pardonner si je lui fais de nombreux emprunts pour dire maintenant, à mon tour, ce que devint le splendide dépôt qu'il a si bien administré « quand Lyon rebelle rentra sous Tempire des lois. »
Lorsque l'ancienne municipalité fut réinstallée dans ses fonctions, les cleSs des Archives municipales se trouvèrent perdues. Elle les réclama vainement et ce ne fut que le 3 germinal an III, que le Comité des Travaux publics fit ouvrir les portes, faire de nouvelles clefii et nomma archiviste le citoyen Sarton.
C*étut un honnête homme, dit M. Rolle, et son indignation éclata lorsqu'il vit l'aspect de ces archives, jadis si belles, et où déjà les malfaiteurs avaient fait main basse sur nombre d'objets précieux. Du reste, la municipalité, en lui confiant ce dépôt, Tavait prévenu qu'il était « dans un horrible état. » Toutefois, cette autorité, composée uniquement « de sansce culottes ornés de toutes les vertus républicaines,» ne permit pas à Tarchiviste de constater, par un pro* cès-verbal, les vols qu*on avait commis. M. Sarton se retira devant ce singulier refus....
Mais bientôt nos malheureuses Archives vont subir des pertes bien autrement considérables. Le 21 pluviôse an IV, l'administration centrale du Rhône mandait à la municipalité de Lyon :
a Citoyens , nous sommes étonnés qu'il existe encore dans vos bureaux des papiers, titres et vieux livres entachés de féodalité ; mais, nous n'applaudis-* sons pas moins à la proposition que vous nous faites de les brûler.
« D'autre part, les Archives de la municipalité devant, quant aux dépôts relatifs à la commune entière, être réunies aux Archives départementales, par ordre du Ministre de Tlntérieur, en date du i 5 fructidor an I V , il est important que nous concourrions au triage et à Y anéantissement des papiers, titres et registres purement féodaux dont il s'agit. En conséquence, nous allons charger le citoyen Blachier, préposé principal aux Archives départementales, d'opérer, conjointement avec le citoyen que vous lui adjoindrez , le triage et la destruction des dits papiers. »
Cette stupide exécution eut lieu le SipluviOse an IV;
ce triste jour(1), M. Blachier, qui était un homme des plus recommandables, eut la douleur de livrer aux agents de Tadministration centrale <c tous les papiers, « parchemins, terriers et autres portant trace de féodalité » et le tout fut livré aux flammes. Ce hideux autoda-fé fut constaté par un procès-verbal qui attestera aussi , éternellement , l'ineptie de ceux qui avaient ordonné cette mesure d'un sauvage vandalisme. En marge de cette pièce, on lit la mention suivante : « Sur les terriers à brûler, distinction est m fiodte de cinq cents couvertures de livres de diverses « grandeurs, soit en peau, soit en parchemin, pour
(1) A ce moment, on s'acharna aussi à détruire tous les ouvrages d'art qui ornaient à profusion la célèbre chapelle des Confalons. Le ChrUt mowrant de Rubens» Tun des chefs d'œuvre de ce grand maître, fut haché à coups de sabre, et on se servit de son cadre pour trouer et déchirer les autres tableaux de cette même chapelle. On n'épargna pas davantage les remarquables sculptures dues au ciseau de Goustou qui enrichissaient le monument. Tous les ouvrages des grands peintres et sculpteurs, dans les autres églises, furent également lacérés et brûlés ; on peut citer entre autres, ceux de Blanchfird, Blanchet, Courtois, Corneille, Gauchin, Houasse, Lafosse, Latrômoillière, Leblanc, Lebrun, Michel-Ange, Mîgnard, les deux Palme, Rubens, Salviati, Spier, Chabry, Goysevox, des Cous-
toa» Desjardins , des Seller, Warrin, Bernin, etc., etc
Quelles pertes I mais quelle honte pour les ignobles destructeurs de tant de chefs-d'œuvre ! Si on les possédait aujourd'hui quel splendide Musée la ville ne pourrait-elle pas créer 1 quels utiles enseignements les élèves de nos écoles de dessin ne saoraient-ils pas y puiser ! Les Vandales de 1793 ont détruit ees monumeots pour plaire ai» peuple , et c'est le peuple qulls ont volé en lui enlevant l'un des plus sûrs moyens d'instruction, moyen qui devait lui permettre d'arriver à la fortune, honorablement acquise par le travail
« être employées ou vendues au profit de la Oomtt mune. »
Ainsi donc, en ce qui concerne les registres terriers seuls, qui sont pourtant des monuments historiques d'un si grand intérêt, il y en eut au moins cinq cents jetés dans le bdcher.... mais quelques circonstances permettent de croire que beaucoup d'autres registres furent également anéantis. Ces étranges administrateurs croyaient donc qu'on peut effacer l'histoire, et ils ne ne se doutaient pas qu'à cOté de ce bûcher, allumé par leurs mains, ils dressaient un pilori sur lequel l'histoire a cloué leurs noms pour les vouer éternellement au mépris public.
Nos Archives municipales, déshonorées et dilapidées, demeurèrent fermées pendant quelque temps après cette exécution. Il s'en était fiaiit d'autres sur la place des Terreaux et bien autrement lugubres. Le bourreau avait eu peine à suffire à sa sanglante tftche..., et la mitraille avait foudroyé aussi les rebelles aux Brotteaux ; les survivants avaient été hachés par le sabre des dragons. Le 5 vendémiaire an V, seulement, l'administration centrale se souvint qu'elle avait des Archives. Le Ministre de l'Intérieur lui avait ordonné, le 1 5 fructidor précédent, de réunir aux Archives départementales les Archives anciennes de la ci-devant municipalité unique de Lyon. Notre ville venait d'être divisée en trois cantons municipaux : ceux du nord, de l'ouest et du midi. L'Hôtelde- Ville faisait partie du canton du nord. On leva alors les scellés qui avaient été posés sur les Archives de la viUe, et on « y fit le triage des papiers dont l'objet comportant une décision précise, une indication locale, appartiendrait à l'administration dépar-
tementale. » Un procës*yerbal, clos le U brumaire an V, constata ce triage, et les clefs de ce dépôt furent remises au préposé de l'administration supérieure.
Ce document est très-laconique, mais il a ce mérite qu*il nous donne des renseignements extrêmement curieux et non moins précieux sur le sort d*un recueil à la fois historique et artistique qui existait avant la Révolution aux Archives municipales de Lyon. J'ai déjà dit plus haut que, chaque année, le Consulat avait l'habitude de faire exécuter par les peintres ordinaires de la ville les portraits à l'huile ou en miniature du prévôt des marchands et des échevins entrant en charge. Les portraits à Thuile étaient suspendus dans le salon dit des portraits, et les seconds étaient soigneusement conservés dans des albums couverts en velours violet (couleur de la ville). Ces albums étaient ornés de canton mères, de coins et de fermoirs en argent. J'ai déjà donné également le nom de tous les artistes qui avaient été chapes de l'exécution de ces peintures, dont la plupart étaient des chefs-d'œuvre, car ils avaient pour auteurs Horace Le Blanc, Germain Panthot, Thomas Blanchet, Paul Mignard, Henri et Joachim Vemier père et fils, Grandon, Donat, Nonnotte , Pierre Cogell. L'usage de fSedre exécuter ces portraits et de les conserver pieusement aux Archives de la ville était des plus louables ; c'était une noble manière d'honorer la mémoire de ceux des Lyonnais qui, du xy* au xviii^ siècle, avaient passé par les charges de la ville, et de léguer leurs traits à la postérité, par un témoignage palpable et précieux
de la reconnaissance publique Mais ce monument
ne trouva pas grâce devant les stupîdes officiers de la municipalité lyonnaise ; à leurs yeux c^était aussi une chose « entachée de féodalité ; » leurs « vertus républicaines et la simplicité du sage » ne pouvaient se faire à cet a usage suranné, empreint d'orgueil, » et que leur importaient les chefs-d'œuvre de Part ! ! Tous ces albums furent livrés aussi aux flammes et ils étaient nombreux, car on lit dans ce procès-verbal du H brumaire an V :
« Armoire 2. — 1° dix demi-couvertures de livres, fond violet, chacune garnie de plaques, à chaque angle et au milieu, le tout en argent. D a été reconnu qu*à deux demi -couvertures manquent les charnières en argent, qui paraissaient avoir été enlevées au moyen (Tune lime (sans doute par des voleurs). Deux autres couvertures, à fond rouge, garnies, ainsi que les précédentes, de plaques d'argent. »
En même temps que le gouvernement avait ordonné la destruction par le feu, des titres entachés de féodalité , « il avait prescrit aussi la remise à Tartillerie de tous les parchemins, écrits ou imprimés, même ceux ayant servi de titres d'offices et droits abolis » et de les faire transporter à Tarsenal de Lyon où ils seraient reçus par le commandant de l'artillerie de la place. J'ignore par quelles circonstances cette mesure sauvage ne reçut à Lyon qu'une &ible exécution. On livra peu de parchemins des archives municipales et départementales, d'après ce qu'assurent MM. les archivistes RoUe et Gauthier. Mais les archives du district de la campag^ne de Lyon furent plus maltraitées. Le h'" pluviôse an III, le directeur de l'artillerie de Grenoble en reçut un grand nombre. On sait qu'U y a quelques années, on retrouva encore
dans nos arsenaux un grand nombre de gargousses faites avec ces parchemins, et que le gouvernement, après les avoir fait ouvrir, restitua à nos dépôts publics tous les titres qni n'avaient pas été avariés par leur long contact avec la poudre. C'est ainsi que nos archives départementales du Rhône ont vu rentrer aussi plusieurs titres dont je parlerai plus loin. Malgré les ordres réitérés du gouvernement, la réunion, dans un môme dépôt, des archives municipales et départementales ne se &isait cependant pas. Le 22 vendémiaire an V, le département insista encore pour faire opérer cette fusion ; elle s'effectua enfin, mais en apparence seulement, et sans changement de local.
Quoiqu^on s'éloignftt peu à peu des temps les plus agités de la Révolution, on continua néanmoins à commettre dans nos archives de nouveaux actes de vandalisme ; c'est ainsi que, le 23 brumaire an VI, en conformité d'un ordre du département, on vendit, à Tencan, « une masse de vieux papiers provenant des Archives du Consulat. Ces papiers pesaient quaranie^six quintaux et furent adjugés au papetier Cochet, au prix de 943 livres, plus 45 hvres pour les frais d'affiche et de criée. Qu'étaient ces vieux papiers? Vers le même temps, l'administration centrale du Rhône fait encore preuve d'une indicible ineptie des plus désastreuses pour nos malheureuses Archives déjà si éprouvées.
Le 4 6 nivôse suivant, la municipalité du canton ouest reçut du département l'ordre de mettre « à sa disposition les grandes Archives de la commune pour y bâte le dépôt général des marchandises anglaises qui seront saisies et enlevées par ordre du Directoire
exécutif, )> Lyon possédait encore alors de nombreux couvents déserts qui auraient pu faire d'excellents entrepôts de marchandises ; mais les hommes du pouvoir préférèrent les entasser dans nos Archives, au milieu des titres historiques et administratifs des plus précieux ; un ramassis de quincaillerie et de cotonnades fut enfoui dans ce beau local que nos pères avaient considéré comme un véritable sanctuaire dont l'accès était interdit aux profanes avec un
soin si jaloux
On n'a pas encore pu dresser un état complet de tous les titres qui furent perdus dans les premiers temps de la Révolution par les diverses causes que je viens d'énumérer ; mais le nombre en est malheureusement des plus considérables. Parmi les monuments livrés aux flammes, M. Rolle cite, entre autres : 1 ^ Un extrait de la bulle de l'empereur Frédéric I^ du 44 des calendes du mois de décembre 1457, appelée la bulle d'or, parce que ce prince donnait à Héracliufi, archevêque de Lyon, Tinvesti* ture de tout le corps de la communauté de la ville ; V Les Coutumes de la ville de Lyon (1 200) , pour les droits qu'y levait l'arche vdque. Ce cartulaire, on le sait , avait pour auteur un bourgeois de Lyon , Etienne de Villeneuve, lequel « par amour dou comun, seinz (sans) rémunéracion » se plut à transcrire sur un registre en parchemin les privilèges et franchises octroyés à la commune par les papes, les rois de France et les archevêques de Lyon. Ces titres importants avaient été donnés en garde à Etienne de Villeneuve ainsi qu'à d'autres citiens. Achevé dans l'espace de dix-huit mois, le travail fut repris plus tard et continué jusqu'en 4480 par d'autres copistes.
n subit depuis lors de nombreuses vicissitudes. — En 4698, Laurent II, Pianelli ou Pianello, seigneur de La Valette, président du bureau des finances de la généralité de Lyon, le reçut en don d'un sieur Bessette, allié de sa femille, et le transmit à ses descendants avec sa célèbre bibliothèque. L'un d'eux, M. de Maubec, s'étant établi au château de Thorigny, près Sens, y transporta ses livres. Son fils, le marquis de Maubec, ayant émigré, ses biens furent confisqués et vendus, à l'exception de sa bibliothèque dont on réunit les livres, vers 1 796, à la bibliothèque centrale d'Âuxerre et une partie des manuscrits à la bibliothèque nationale.
En 4802, le ministre de l'intérieur, officiellement informé que ce dépôt renfermait plusieurs manuscrits intéressant particulièrement la ville de Lyon, proposa à cette dernière de les échanger contre quelques autres documents, et parmi ces manuscrits figurait le cartulaire de Villeneuve . M. François Tabard, alors conservateur de la bibliothèque de Lyon, consulté par M. le préfet, M. Najac, fit une réponse pitoyable
et rejeta l'offre du gouvernement Mais, plus
tard , Tadministration départementale du Rhône entra en négociations avec la ville d'Âuxerre, et le célèbre cartulaire prit le chemin des archives communales de Lyon, où il est depuis conservé. Telles auraient été, d'après M. Bolle, qui a emprunté ces renseignements à une notice publiée par M. Auguste Bernard sur la bibUothèque La Valette , les vicissitudes de cet cet important recueil. — Antérieurement, la ville avait pu recouvrer un recueil non moins précieux. On lit en effet, à la date de 4730, que le Consulat constitua
alors une pension viagère et alimentaire de 550 livres à Pierre Roffier, bourgeois de Lyon, et à Catherine Ânnel, sa femme, « pour le service important qu'ils ont rendu à la ville en lui restituant des titres et papiers importants et dont ils ont &it la découverte, ainsi que l'inventaire de ces pièces, dont la plus ancienne date de 1 206, et qui a pour titre : Les Coustumes de la ville de Lyon, concernant la police de la ville, Tayde et le ban d'aoust.
Mais des jours plus heureux se lèvent enfin pour nos malheureuses Archives. Lyon , après tant de douloureuses calamités , revint à la vie sous la main puissante et respectée du Premier Consul. Il portait , on le sait , un intérêt tout particulier à notre ville, et aida, de tous ses moyens à sa régénération. (Pour montrer leur reconnaissance à ce bienfaiteur, les hommes arrivés au pouvoir en 1S70, ont renversé sa statue et vendu à vil prix le bronze qui la formait!!!) Un préfet habUe administrait le département , et les trois mairies étaient confiées à des hommes distingués , Parent-Munet „ Sain- Rousset et Bernard Charpieux auxquels Napoléon donna, en témoignage de sa satisfaction, des écharpes brodées en argent.
M. Najac, en relevant toutes nos ruines, se préoccupa aussi vivement de Tétat pitoyable de nos Archives. Le 25 ventôse an X, il se plaignit au ConseU municipal du désordre des Archives de la ville et du département. « Ce désordre, dit-il, peut compromettre les intérêts de la commune et môme ceux de la République ; il remonte à Tépoque du siège de Lyon et aux événements sinistres qui en furent la suite. Depuis plusieurs années même, il n'existe
plos aucun préposé pour cette garde importante. » Il nomma ensuite archiviste, M. Ferrand, ancien receveur de Tenregistrement. Mais le Conseil municipal reconnut bientôt que la Commune devait avoir des Archives particulières, comme dans le passé, et un Archiviste distinct ; il décida la séparation des Archives municipales et départementales et nomma le jurisconsulte Bertholon, archiviste de la ville (1). Ce nouveau conservateur reçut, en môme temps, Tordre de « retirer de tous les dépôts généralement quelconques, et spécialement des Archives du département, tous les titres, pièces, manuscrits, plans, documents et autres objets quelconques qui pouvaient
(i) Toutefois, ce travail de réorganisation avança lentement. M. Tabbé Sadan y prit une grande part» M. Sndan, Jean»Nicolas, né le 3 septembre 1761» était à la hauteur de ses fonctions par ses profondes aptitudes. D'abord, archiviste du Chapitre, il fut nommé au même emploi, en 1807, et y demeura jusqu'en 1824. 11 le quitta cette année pour se retirer dans son canonicat de la Métropole et mourut le 1*' avril 1827. M. Bertholon, Marc- Antoine, avait été avocat depuis 1766, échevin en 1789 et 1790, président du tribunal de la Conservation et mourut b&tonnier de Tordre des avocats, le 4 avril 1808, âgé de 68 ans, dans l'exercice de ses fonctions. Il avait pour adjoint, M. Barre, Antoine, décédé en exercice, le 20 janvier 1852.
M. l'abbé Sudan a rendu de réels services à nos Archives par ses travaux de classification et à la science par ses savantes recherches. Il a eu la bonne fortune aussi de retrouver trois volumes de l'inventaire général dressé par Gbappe et de réintégrer aussi un certain nombre de pièces qui étaient sorties de nos Archives. Mais ses successeurs î'ont-ils imité ? Et une nouvelle période de désastres ne commence-t-elle pas à sa mort pour nos malheureuses Archives déjà si éprouvées par les éléments, par la Révolution et par les voleurs.
appartenir à la ville et être jugés devoir faire partie de ses Archives. » Mais ce travail hérissé de difficultés avança lentement. M. Tabbé Sudan, attaché, sans doute, comme auxiliaire à Tarchiviste Bertho- Ion, rendit compte de ce travail au Conseil général de la commune :
et Le citoyen Sudan, préposé ans Archives de la ville, nous expose, dit le rapporteur, que depuis six mois, il s'est attaché particulièrement & prendre une connaissance profonde de l'arrangement et de Tordre suivis par feu M. Chappe dont le travail est aussi admirable par son étendue que par les soins et le développement qu'il y a données.
« Le citoyen Sudan a tâché de rétablir en leurs places un certain nombre de pièces qui en avaient été sorties. Assez heureux pour retrouver trois volumes de V inventaire général ("celui de Chappe), il désirerait de même recouvrer tout ce qui, à certaines
époques, en a été enlevé » Mais, ajoute M. Rolle,
c'en était fait, l'unité du vaste et beau classement de Chappe était à jamais brisée et sans restitution possible ; néanmoins on peut considérer cet inventaire rédigé avec autant de conscience que de talent, comme pouvant, en quelque sorte, suppléer, à cause de Tampleur de ses analyses, aux vides faits par la Révolution dans nos Archives municipales.
Bien loin de suivre l'exemple si profitable de M. Tabbé Sudan , dit encore M. RoUe, ses successeurs au contraire , laissèrent le mal s'aggraver , par leur impéritie et par l'inintelligence de leurs mesures (1).
(1) D'après M. Uodieu, M. Tabbé Sudan eut ensuite pour saccesseurs :
Enfin, de &ute en faute, le désordre était parvenu à son comble, si bien que sans direction, sans contrôle, et sans appui, le dépôt fut, pour ainsi dire, abandonné à lui-même. On prit môme alors les mesures les plus désastreuses; les archivistes sollicitèrent et obtinrent l'autorisation de former un entrepôt dans un grenier de l'Hôtel- de -Ville pour y mettre ce qu'ils appelèrent a la masse des papiers inutiles. » J'entends , disait l'un de ces étranges conservateurs, par papiers inutiles, tous ceux qui ne peuvent plus fournir aucune espèce de renseignement, et qui ont plus de trente ans de date. On ferait ensuite deux catégories de ces papiers ; les uns à
mettre au pilon, les autres à vendre au quintal »
Mais veut on savoir ce que renfermaient ces tas de papiers inutiles à mettre au pilon, M. Belle, en déblayant plus tard ce grenier qu'on avait appelé les petites Archives, et prenant au hasard, trouva sous ses pieds sept lettres originales du connétable Arthur de Bichemond , adressées aux habitants de Lyon, et dans une de ces lettres le connétable raconte la mort tragique de Pierre de Giac, chambellan et
M. Morel de Toleine» Claude-Hélène, auteur de notes sur l'histoire de Lyon, né en 1769, mort le 16 juin 1828, archiviste de 1824 à 1828.
M. Carraud aîné, Jean-Bapliste, de 1829 à 1831.
M. Brosse, de 1831 à 1832.
M. Godemardt de 1834 à 1838.
il. Grandperret, Claude- Louis, ancien chef d'institution, membre de TAcadémie, mort à Lyon, le 23 octobre 1854, dans l'exercice de ses fonctions. Il eut pour adjoint H. Barre, décédé en exercice, le 20 janvier 1852.
ministre du roi Charles VIII ; — deux registres de comptabilité pour les années 1562-63, dont l'un intitulé « compte particulier du temps des troubles,» renferme tant de curieux détails sur la solde des troupes du baron des Adrets pendant Toccupation de Lyon par les Huguenots , sur la démolition des cloîtres Saint-Just, Saint-Jean, Saint-Paul et l'église Saint-Eloi , sur les embellissements de Lyon , les fortifications; — dix registres de protocoles des notaires da Consulat du xvii* siècle, — les papiers du collège royal de chirurgie de Lyon, — une quantité énorme de pièces justificatives de comptabilité depuis le xiv® jusqu'au xyii'» siècle.
Mais d'autres actes de vandalisme furent aussi commis par ces ignares conservateurs. L'un d'eux eut l'idée de faire relier la collection des procèsverbaux de l'élection de l'échevinage, appelés synrdicats, lesquels étaient demeurés, jusqu'alors, roulés en paquets. J'ai déjà dit plus haut ce que sont ces curieux et précieux monuments de notre histoire consulaire ; ce sont, on le sait, des actes dressés par les notaires du Consulat constatant l'élection annuelle du prévôt des marchands et des échevins nouvellement élus par les maîtres des arts et métiers. Ces actes sont écrits sur de grandes feuilles de vélin et la plupart portent en tête de belles miniatures représentant les armes de Lyon, soutenues par des génies. Les lettres majuscules en or et en couleurs sont ornées des plus gracieuses arabesques et chacun des maîtres des métiers y attachait avec des bandes ou queues de parchemin son cachet ou sceau particulier, mais comme ces nombreux sceaux gênaient la reliure on trouva plus expédient de les couper pour
chauffer le poêle des Archives d'autres affirment
mdme qu'on les vendit Le relieur fit mieux
encore ; lorsque ces syndicats, de dimensions inégales, dépassaient le format du volume, on les rogna et un grand nombre des délicates miniatures des xv« et xn? siècles et celles plus robustes des xvn* et xvm* furent impitoyablement coupées ou mutilées. On croît rêver.
Mais nos malheureuses Archives furent enfin confiées à de meilleures mains. M. BoUe [i), Jacques-
(1) M. Relie a été d'abord, en 1852, en qualité d*aide cooservateor temporaire à la bibliothèque du Palais-des-Arts, sur la demande de son bibliothéeaire en chef, M. le docteur Fraisse* Il fut confirmé dans ses fonctions par un arrêté préfectoral du lô avril 1853, et les remplit jusqu'au !•' juin 1856. M. de Vatons fut son successeur au Palais-des-Arts.
Pendant son séjour à cette bibliothèque, H. Rolle a publié le premier volume du Catalogue raisonné des estampes de ce riche dépôt, comprenant V Ecole française ; le deuxième volume, renfermant V Ecole italienne, allait être mis sous presse au moment où M. Rolle fut attaché aux Archives de la ville. Ce volume, malheureusement, est resté en manuscrit ; on s'est borné à le faire relier, et notre magniGque collection d'estampes n'a pas do catalogue complet. Cette collection invisible et fermée dans des cartons, attend aussi des soins plus complets de conservation. Qnand viendra donc le jour où elle sera mise enfin à la disposition du public, par ses plus beaux spécimens, dans la galerie des estampes dont la création a été décidée, il y a longtemps, en principe ; sa réalisation commence enfin, mais dans un local trop exigu. Il y a cependant au Palais-des-Arts un local de cent mètres de longueur où l'on pourrait créer de
superbes galeries Mais on y a logé six concierges eienUiMé
des tas de yieax bois et de planches pour rendre, sans doute, ce local plus combustible. Il va, sans dire, qu'il est traversé par une quantité de gaines de cheminées, — Tune de ces chemiiiccs,
Fortuné - François , ancien capitaine d m&nterie , recueillit rhéritage mutilé et à l'abandon de ses ineptes devanciers, en 4856.
Mais loin d'être découragé par une situation si déplorable^ M. fiolle s'est mis courageusement à Tceuvre. L'ordre n'a pas tardé de renaître dans ce désordre, et*cet habile conservateur entreprit aussi la grande œuvre de V Inventaire sommaire de nos Archi* ves, prescrit par les circulaires de <853. Ce travail, commencé en 1861 et exécuté avec un soin parfisiit, formait un volume imprimé, in-i, de 323 pages, au moment où éclatait la désastreuse révolution de 1870, et fipappait & la porte de THôtel-de-VilIe. On sait comment elle y entra... quel drapeau elle arbora sur le dôme de ce palais, quels hommes s'installèrent au pouvoir et de quelle façon ils Tont exercé. Lyon avait eu déjà de bien tristes pages dans son histoire. Dieu, pour nous châtier, voulut encore y en ajouter de bien lamentables
Les envahisseurs du palais municipal ne manqué* rent pas de se ruer aussi sur nos Archives. Les portes fermées furent enfoncées, et Ton voit encore sur l'une d'elles les traces des pesées qu'on y fit avec une pince de fer, pour l'ouvrir avec effraction, comme les voleurs ouvrent, la nuit, les portes des maisons
qu'ils dé vahsent Que venaient-ils donc chercher
dans cette salle dont ils ne purent cependant pas enfoncer ni briser la clôture? Cette salle contient, entre autres, les actes du trop' célèbre tribunal révo-
celle du fourneau d'un restawrateur est même tellement chaude que dans le salon de rÂcadémie on a dû enlever un meuble qui touchait à cette cheminée, dans la crainte de voir un malheur*..
lutionnaire de 1793 (4). Voulaientrils apprendre dans ces actes hideux comment le peuple souverain, au nom de la Raison et de la Liberté, coupait les têtes et mitraillait en masse les hommes les plus honorables de cette époque de boue et de sang? — ou bien, ces briseiirs de portes, nés peut-être de quelques-uns de ces a vertueux sans-culottes » comme les «appelait CJouthon, voulaient-ils détruire des titres qui rappelaient trop le souvenir de leurs glorieux ancêtres, de même que d'autres envahisseurs firent main basse, au greflfe du Palais-de-Justîce, sur leurs- propres dossiers et leurs casiers judiciaires trop chargés de condamnations pour vol ? Plus libres dans les autres salles, les escaladeurs de THôtel-de-ville choisirent, les uns des registres avec des lettres ornées qu'on put heureusement &ire restituer plus tard, les autres un pardessus d'un pauvre employé; enfin d'autres expurgèrent les dossiers de la police dans lesquels ils figuraient ou comme repris de justice ou comme
ayant rendu à^ occultes services
L'empire était mort... il s'agissait d'en faire la
(1) Les registres da Tribaiial révolationnaire n'ont été apportés aux Ârchi?es départementales qn'en 1857. Nos pères avaient eu raison peut-être de les laisser anx Archives du greffe de la Cour. D'abord, elles ont un caractère judiciaire ; puis elles y étaient jugées mieux en sûreté que dans une préfecture- En effet, les Ârchiyes de la Cour n'ont jamais été pillées, ni envahies, et elles y sont mieux protégées.
Les Archives du Tribunal civil ont été envahies en 1870. ^ Les adeptes de V Internationale s'empressèrent d'y lacérer toutes les procédures dont ils avaient été l'objet. Ces vertueux citoyens avaient hâte de détruire leur casier judiciaire si riche en méfaits de tout genre.
curée... Jamais on ne vit une voracité semblable. L'ennemi était aux portes. Nos malheureuses armées succombaient glorieusement sous l'avalanche des hordes de TÂllemagne ; mais qu'importait aux révolutionnaires ! Au lieu de s'armer et de marcher contre l'ennemi et de défendre le sol sacré de la patrie, ils se ruèrent... sur les places. Tout leur était bon ; les plus adroits se saisirent des fonctions les plus grassement rétribuées ; les derniers venus se contentèrent de positions plus modestes, mais salariées^ bien entendu, et pour y arriver on ne recula ni devant l'espionnage, ni devant les délations.
Les événements amenèrent, peut-être bien malgré lui, le faible M. Hénon à la mairie unique rétablie par ceux qui rêvaient le rétablissement de la ComTmune^ non pas de notre ancienne Commune lyonnaise, belle, grande, généreuse, héroïque même au jour du péril, mais de la Commune de 4 793, et de la Commune plus hideuse encore du 48 mars 4874... Mais le malheureux M. Hénon n'exerça le pouvoir que nominalement. Ce pouvoir était aux mains d'obscurs meneurs qui imposaient leurs ordres occultes contre lesquels le pauvre maire luttait en désespéré pour amoindrir, autant qu'il le pouvait, le mal commis en son nom. Enfin, à côté de lui, ou au-dessus de lui, était aussi un étrange administrateur qui, tout en se débattant contre les forcenés, se plaisait, pour satisfaire d'anciennes rancunes, à faire des casernes de nos établissements religieux qu'il laissait piller et saccager sans interposer son autorité.
M. Hénon, fourvoyé dans ce monde étrange d*où H eût bien voulu s'échapper plus d*une fois, ne put que signer les nombreux actes de révocation brutale
et d'injustes destitutions qu'on arrachait à sa faiblesse. C'est ainsi que, le 42 décembre 4870, il révoqua de ses fonctions (1) M. l'archiviste Rolle, et, par une amère dérision, on écrivit dans cet acte d'ostracisme ces mots : « admis à faire valoir ses droits à la
(4) il s'est rencontré heureusement, dans ces temps de dé&illance» un homme de science et de cœur qui a protesté publiquement dans les journaux contre cette mesure brutale qu'il a qualifiée avec raison d'acte d'odieuse iniquité. Les feuilles dévouées à la mairie centrale dont elles partageaient les bénéfices, par elles-mêmes ou par leurs adhérents, au lien de garder le silence sur Vacte arraché à la faiblesse de H. Hénon, eurent l'impudeur de le glori/ier et Vimpudenee de Veippliquer, croyant en imposer au public par un mensonge. Tout le crime de M. RoHe, aux yeux des étranges administrateurs de la ville, était (je copie) : « 1* d'avoir été un ancien plânscitaire ne se gênant nullement de déblatérer, tout haut, contre la République qui lui payait ce petit travail 2,500 francs Tan : de ne pas être parfois à son bureau à Theure réglementaire ; et 3^ de toucher un traitement qu'il fallait supprimer par économie. » Et c'est pour ces motifis, dont le second est un mensonge inventé par le délateur de M. Rolle, qu'on frappait un ancien soldat, un fonctionnaire estimé de tous et qui, par ses inventaires, avait rendu de grands services aux arts et aux sciences ! pi réponse des journaux officieux de la mairie aux énergiques protestations de M. l'avocat Brouchoud restera et formera Tune des nombreuses et tristes pages de l'histoire de la municipalité lyonnaise, née dans la douloureuse catastrophe du 4 septembre 1870.
Le même écrivain a protesté aussi alors^ avec non moins d'énergie, contre la façon étrange avec laquelle, après la révocation de M. Rolle, on a continué l'inventaire de nos archives. Ces doléances ont heureusement été entendues; toute cette
suite si mal rédigée a été mise au pilon mais que de temps
et d'argent perdu!!!
retraite » comme s*il se fût agi d*un vieillard caduc, tandis qu'on brisait dans la force de l'âge un fonctionnaire dont les services avaient été si utiles à nos Archives, et auxquelles on allait, encore une fois, porter un coup si funeste !
Le môme arrôté décida a que le service de Tarchiviste chargé des Archives municipales pouvait sans inconvénient être réuni à celui de Véiat civil ». Mais M. Hénon ne savait pas ce qu*il signait ou, ce que plus d'une fois, on eut 1 impudence de signer pour lui à son insu. En effet, s'il eût visité les Archives, il n'eût pas manqué de reconnaître que le service de l'état civil absorbe, à lui seul, deux ou trois employés, et que nos Archives, dont l'inventaire est si loin encore de son achèvement, demandent au moins deux paléographes pour la confection de leur inventaire; mais, je ne sais quelles basses intrigues avaient agi pour obtenir la signature de ce déplora^ ble arrêté?... Elles furent satifaites. M. Bolle fut expulsé, mais la science était victime ; Tinventaire sommaire si bien commencé par M. Bolle resta en suspens, et tous les hommes d'étude eurent à en souffirir et à en gémir (1).
(1) Mais radministration des Hospices, composée d'hommes éminents qae la Révolution n'a pas pu chasser de son siège quoiqu'elle l'eût tenté, surtout pour faire main basse sur sa caisse qu'elle convoitait tant, cette sage administration a ea rheureuse pensée d'utiliser le savoir et les loisirs forcés de M. RoUe. — Elle se l'est attaché comme archiviste, et on peut constater aujourd'hui les résultats heureux que donne un bon choix. Tandis que l'inventaire de nos Archives municipales est demeuré presque statiannaire, au grand préjudice de la
M. Uénon, bientôt obsédé, débordé, écœuré par les éyénements et les hommes de son étrange entou-
ffcience, ceini de Thospice de la Charité, que M. Rolle a trouvé, en 1872, à la dix-septième feuille du premier volume, comprend actuellement un premier volume de 52 feuilles achevé, et un second volume en cours d'impression. 29 feuilles de ce volume sont déjà tirées. Elles terminent la série B, laquelle renferme les titres de propriété. Les premiers numéros de la série C (matières ecclésiastiques) sont déjà livrés à l'impression. — En outre, cet inventaire sera précédé d'un remarquable travail historique de M. le comte de Soultrait sur nos Etablissements de charité.
Cette même administration» si éclairée, si prévoyante et si soucieuse de la conservation de ses belles Archives, a conçu le projet de réunir maintenant dans le même local les archives historiques, aujourd'hui séparées, de VEÔUl-Dieu et de la Charité, tout en leur laissant leur individualité propre au point de voe administratif, il serait question de mettre en eommnnication le local des Archives de la Charité si bien disposé et si monumentalement agencé, avec la salle SainU- Joseph^ qui lui fait suite, au nord, et dans cette annexe on installerait les Archives de VHÔiel-Dieu. Ces dernières sont encore dans leur ancien local, dans un rez-de-chaussée assez obscur, près de l'ancienne salle du Conseil d'administration. Une partie cependant est reléguée dans le dôme, faute de place ailleurs.
On sait que les échevins de Lyon étaient recteurs de THôtel- Dieu de Lyon; c'est ce qui .explique la présence, dans les Archives de la viUe, de matériaux considérables dépendant des Archives de VhôpitaL Mais, en 1583, les Consuls-Echevins ayant résolu de ne pas conserver cette administration à cause du trop grand nombre des affaires de la ville qui absorbaient leur temps, elle fut remise aux citoyens de la ville parmi lesquels forent choisis les nouveaux recteurs. A cette date remonte surtout la création des Archives de l' Hôtel-Dieu.
VAwmline générale, aujourd'hui la Charité, fondée en 1533,
rage, quitta le pouvoir. Sa dernière heure même ne tarda pas de sonner. Les émotions et le chagrin avaient brisé sa faible santé. Il mourut dans le midi de la France, triste, désolé et quels ne durent pas être ses regrets ! ! !
M. Hénon était un savant, un naturaliste distingué ; il fut remplacé par un obscur Maître d'école de village et dont le suffrage universel, tant de fois en délire, a fait, depuis lors, un député delà capitale de la France ! ! ! Ce singulier Maire avait aussi des amis qu'il fallait satisfaire, car la curée des places n'était pas encore finie — il restait quelques os à ronger. On nomma archiviste en chef un médecin d'une petite ville de la Bourgogne (4). Mais heureusement pour
fut administrée, dès son origine, par des recteurs eitoyeM. Elle a toujours conservé ses Archiver. Elles présentent peu de lacunes, cependant il y en a de bien regrettables pour ce qui concerne le xvi* siècle.
Le projet d'organisation, en ce moment à l'étude au sein du Conseil d'administration, fruit d'un esprit d'initiative éclairé de son honorable personnel, est digne d'être encouragé. Aussi, appelons-nous de tous nos vœux sa prochaine réalisation. Comme il eût été à désirer aussi que la Commission municipale eût veillé avec la même sollicitude à la conservation de nos Archives municipales ! 1 1! ! Mais qu'a-t-eile fait pour elles.
(1) Les rares amis des hommes du 4 septembre se plaignent amèrement de ce qu'on accuse la singulière Mairie d'alors de n'avoir rien fait pour les arts et les sciences pendant son rè){ne heureusement fort court: je leur concède ce fait que cette Mairie a donné beaucoup à plusieurs de nos Musées qui ont pu acheter quelques collections et augmenter leurs richesses. Mais ces largesses étaient faciles... On dannail, mais sans compter ; on puisait dans la caisse municipale, sans savoir si on pourrait toucher les deux bouts à la fin de l'année, et pour passer comme
nofl Archives et pour notre ville, le pouvoir fut enfin confié, à Lyon, à un grand et habile administrateur dont le premier soin fut d'épurer toutes les branches de l'administration. Le nouvel archiviste en chef fut rendu à ses malades. Depuis son départ, il nous a fidt connaître par une brochure, vraie flèche du Parthe, le plan qu'il avait adopté pour la classification de nos Archives. Mais, avec ce plan, tout de fantaisie , entièrement contraire • aux prescriptions ministérielles, s^il eût pu le réaliser, elles seraient retombées, encore une fois, dans le chaos... et c'est à peine, si le nouveau conservateur a pu déjà remettre un peu d'ordre dans ce désordre.
M. Ratyé, élève distingué de l'école des Chartres, avait été nommé archiviste adjoint en môme temps que M. Barodet avait choisi M. Jeandet pour être le conservateur de notre dépôt municipal. M. Ratyé, après le renvoi de son chef, put réorganiser un peu nos Archives bouleversées et continuer Tinventaire sommaire — mais sa santé éprouvée par Tinsalubrité du local dans lequel il avait été obligé de travailler, le força à se démettre bientôt de ses fonctions. Son départ a été une pêne à tous les points de vue. Elevé à la grande école de Chartres, U y avait puisé toutes les connaissances voulues pour les difficiles fonctions
d'habiles administrateurs, on portait à Vaettf du budget des sommes imaginaires; les journaux, aux gages de ceito Mairie, disaient tous les malins à leurs lecteurs naïfs et crédules que la République, soucieuse des intérêts du peuple, avait rétabli Vé(iuiUbre dans le budget de la viUe, pillé par l'empire !!! Tandis qne, quelle triste réalité, quand on étudie aujourd'hui froide ment l'état des flnancos de notre ville !!!
d'archivistes, et animé d'un vrai zèle, il eût pu rendre de grands services. Pour tout dire aussi, ajoutons que de basses intrigues ne furent pas étrangères, non plus, à son départ. . . . Nos belles Archives demeurèrent alors comme fermées et le travail de l'inventaire resta suspendu pendant un trop long temps. M. le préfet qui tenait à les confier à des mains habiles et qui sait choisir les hommes dont il s'entoure, fit appel au dévoûment de M. Guigue, ancien élève de l'école des Chartres, archiviste du département de l'Ain, qui accepta. Je n'aime pas à faire l'éloge des vivants ; mais que M. Guigue me permette de dire que M. le préfet ne pouvait faire un meilleur choix, en lui confiant notre précieux dépôt.
M. Guigue est connu du monde savant par les plus remarquables productions (1 ) et je suis certain d'a-
il) M. Guigae a publié :
Notice sar l'imprimerie de Trévoux, broch. in-8*.
Notice sur le ch&teau de Trévoux, broch. inS^.
Essai sur les causes de la dépopulation de la Dombe et l'origine de ses étangs, in-8*.
Fiefs et paroisses de l'arrondissement de Trévoux, 1 v. in-8*.
De l'origine de la sipature et de son emploi au Moyen-Âge, 1 vol. in-8*.
Mémoires pour servir à l'histoire des Dombes, par L. Âubret, 3 vol. in-4*.
Documents pour servir à l'histoire des Dombes, I vol. in-4*. Cartulaire de Beaujeu, in-4*.
Obituarium Ecclesiœ Lugdunensis, 1 vol. in-4*. Guichenon, Histoire des Dombes, 3 vol. in-8, (deux éditions). Notice sur la Chartreuse d'Arvièros, broch. in-8*. Obituarium Ecclesi» Sancti-PauJi Lugdunensis, in-S**. Topographie historique du département de l'Ain, 1 vol. in-4*. Necrologium Ecclesiae Sancti-Petri Matis coninsis, b. in-8*,ete.
vance que tous les hommes d'étade et de science lai sauront encore bientôt gré de tout ce qu'il fera d'utile et d'avantageux pour la ville.
Depuis sa récente installation dans ses fonctions, d'importantes améliorations ont été réalisées déjà dans nos Archives. Ce dépôt, qui se compose des archives historiques et modernes, a été divisé par des cloisons à grillage, qui marquent maintenant matériellement cette division qui n'avait été que fictive jusqu'à présent et d'où étaient sortis de nombreux et graves abus. L'ancien état civil a été éloigné des Archives et replacé à l'entresol où il est mieux à la portée du nombreux public qui y accède. Le local réservé pour le cabinet de l'archiviste et pour les personnes studieuses qui ont des Recherches à faire aux Archives, a été refait et aménagé de la manière la plus satisfaisante par M. Hirsch, architecte en chef de la ville, lequel s'est prêté à cette heureuse transformation avec une grâce et une intelligence parfûtes. Le cabinet du conservateur, naguère si malpropre et si exigu, est devenu un cabinet qui ne laisse rien à désirer ; le salon de lecture offre toutes les commodités que le travailleur est en droit d'y rencontrer, et M. Guigne a suspendu à ses murs de nombreux tableaux, cartes et plans concernant l'ancien Lyon et qui étaient depuis bien des années enfouis dans les armoires des Archives. Enfîn,on asupprimé les deux poêles, qui, pendant ai longtemps, ont été un danger permanent pour nos Archives.
M. Guigne a donné aussi son excellent concours à la création, dans son dépôt, de deux départements nouveaux, celui des cartes ei plans, et celui de la
Sigillographie qui sont les accessoires nécessaires d'un semblable dépôt. La formation du premier était des plus faciles ; on avait tous les éléments sous la main, mais on ne l'exécutait pas, par routine, par
indolence Mais, désormais et dans un prochain
avenir, il existera à nos Archives une collection trës-importante de tous les plans des monuments de notre ville exécutés ou projetés, soit manuscrits soit gravés, qu'on a déposés successivement dans ces Archives. Je devrais dire plutôt, qu^on y a enfouis, car ces documents si précieux étaient relégués dans des armoires, pêle-mêle, sans ordre, sans soin, sans le moindre souci des dangers qu'ils pouvaient y courir. Aussi le jour où on les a exhumés de ces réduits, ' on a pu constater avec douleur qu'ils étaient froissés, plies sans soin, maculés par une poussière indicible et dans le plus pitoyable état ; on eut dit un monceau de vieux papiers destinés à être mis au pilon. Ainsi , une série de douze épreuves du beau plan de l'Hôtel-de-Ville, gravé en 4650, était entièrement mouillée et tachée par les infiltrations pluviales. Il va sans dire qu'il n'existait aucun inventaire de ces nombreuses richesses et qu'on marche de surprises en surprises, en fouillant dans ce tas. Ainsi, encore, il y a peu de jours, en tirant, au hasard, quelques grandes feuilles de papier noircies par la poussière, j'ai eu l'heureuse chance de retrouver lun des plans originaux de THôtel-de- Ville, Ce plan, qu est une copie de celui, dressé par Simon Maupin, le premier architecte de notre palais municipal, a été fait en 1 646 pour être remis à l'entrepreneur chargé de la constfnctionde ce monument. Il porte, en plusieurs endroits, sa signature, ainsi que celle du prévôt des
marchands et des écbevins, alors en charge, et fut destiné, sans nul doute, à 6tre annexé au marché passé avec cet entrepreneur. — Encouragé par cette trouvaille, j'ai fouillé davantage dans ce monceau de papiers et je n'ai pas tardé à' rencontrer Toriginal ou une copie admirablement exécutée du plan présenté par Mansard, lorsque après Tincendie de 1 674, le consulat chargea ce célèbre architecte de modifier la façade, élevée primitivement par Simon Maupin. Ces plans ont une si grande importance que M. le préfet, à qui j'ai pu les montrer, a décidé qu'ils seraient placés dans de riches cadres dorés et suspendus dans le salon des échevins. — C'est là, en effet, leur véritable place. Des mesures sont prises pour que le triage de ce volumineux dépôt soit commencé sans retard. Son inventaire sera dressé, en môme temps, et un grand meuble à tiroirs sur galets le recevra ensuite et assurera enfin sa conservation. Le même département des plans et cartes comprendra aussi une collection non moins précieuse et qui était demeurée jusqu'à présent dans le plus coupable abandon. Je veux parler des planches de cuivre gravées par ordre et aux fr^ de la ville et représentant ou des monuments importants ou des plans anciens de Lyon. — Ces planches sont Tœuvre de nos meilleurs
graveurs, et cependant il n'était venu à la pensée
d'aucun archiviste de garder ces planches avec le soin qu'elles exigent. Tune . d'elles avait môme été oMiie à Paris. Elles étaient (1 ) éparses dans des placards où le moindre choc pouvait être funeste à leurs
U) J*ai déjà dit plus haat ce que ces planches représentent.
délicates entailles . La rouille le£» avait môme entamées , pendant leur séjour dans les caves de THôtel-de- Ville, en 1870, lorsqu'on eut, un moment, la crainte d'un bombardement àe Lyon par les Prussiens. La Commission des Archives et des Bibliothèques s^est émue, fivec raison, du regrettable abandon dans lequel on laissait ces précieux monuments. La Commission municipale, sur la proposition de la Commission des Archives , vivement secondée par M. le préfet, a bien voulu voter des fonds nécessaires pour la restauration de ces belles planches. Elles sont confiées aux soins habiles de M. Séon, graveur, et avant de les fermer dans le meuble en chêne qui leur est destiné, la Société de Topographie fera tirer un certain nombre d'épreuves des planches les moins fatiguées. Comme on le voit, le département des plans et cartes, en cours de formation, aux Archives, sera une création des plus heureuses et des plus utiles. Des mesures ont été également prises, aux Archives municipales, pour qu'on y centralise et conserve dans le département des plans et cartes, les belles monographies de THôtel-de-Ville, du Palais-du-Commerce et I*Histoire monumentale de Lyon, publiées aux frais de la ville et qui ont coûté des sommes énormes. Dès le lendemain de leur publication, si TAdministration eût eu un peu de souci des intérêts delà ville, on eût réuni ces ouvrages aux Archives, on eût ouvert un registre sur lequel on eût inscrit les noms de ceux auxquels on en a fait largesse, et aujourd'hui on saurait en quelles mains elles sont. Mais on a oublié cette importante mesure et ces belles publications ont été livrées à un véritable pillage. Après 1870 surtout, en a pris qui a voulu. On a même dépa-
reillé les ouvrages, en prenant dans une livraison telle ou telle gravure et dans une autre telle autre. Mais les épaves de ce naufrage vont ôtre bientôt sauvées, réunies, fermées sous clefetonn'en disposera plus que sur un ordre écrit de M. le préfet et transcrit ensuite sur un registre spécial. L'ordre doit enfin succéder au désordre et le pillage éhonté, arrêté. Il en sera de même en ce qui concerne l'Histoire monumentale de I^on par M. Monfalcon. On inventorie, en ce moment, les exemplaires qui en restent, et on n en disposera plus, non plus, comme par le passé.
Le second département nouveau créé dans nos Archives municipales est celui de la Sigillographie ou des Sceaux. Cette collection doit se rencontrer dans tout dépôt important... pourtant elle manquait dans le nôtre. La Commission des Archives s'en est nécessairement émue et a décidé sa formation, avpc l'approbation de M. le préfet et le concours de la Commission municipale. Rien n'était plus simple et plus fieu^ile ; on avait tous les éléments sous lamain, et pourtant on ne le faisait pas, pas plus qu'on n'avait fisdt la collection des plans et cartes de la ville... parce qu'on n'y pensait pas, ou qu'on ne voulait pas se donner la peine de la former.
Mais la Conmiission dés Archives, bien secondée aussi en cela par M. Guigne , s'est mise résolument à l'œuvre ; dédaignant les entraves qu*on se pbdt trop souvent, mais en vain, à mettre dans ses actes — avec une première allocation de 500 francs -^ elle a fait établir, d'abord, de grandes vitrines dans le salon de lecture des Archives, — puis elle a commencé à fÎEdre faire le moulage et le surmoulage en bronz'S au moyen de la galvanoplastie, de tous
les sceaux dont les matrices existent encore à Lyon, soit dans des collections particulières, soit dans celles du Musée des Antiques au Palais-des-Arts. Déjà, on a pu placer dans ces vitrines plus de cent moulages de sceaux qui appartiennent au beau Musée des PP. Jésuites, qui ont bien voulu les mettre à la disposition de la Commission ; bientôt, on fera les moulages en bronze des sceaux de la collection de la ville, très-riche, comme on peut le voir sar le tableau suivant.