Saint-Nicolas
& - 5,805. — Saint-Pierre 4,540
6 e — 5,391. — Bon-Secours 739
V — 5,007. — Saint-Fiacre 3,793
8 e 5,883. — Saint-Georges 1,853
— Saint-Léon 2,328
Sous le rapport des cultes, la population se partage ainsi 3 : catholiques, 47,026; protestants, 904 ; israéliles, 1,316; religion non constatée, 59.
ayant deux étages, 1 ,854 ; ayant trois étages, 809 ; ayant quatre étages, 40 ; ayant plus de quatre élages, 1 1 .
1 D'une personne, 1,832 ; de deux personnes, 4,51 5 ; de trois, 3,014 ; de quatre, S, 415 ; de cinq, 1,150; do six, 8i9 ; de sept personnes el plus, 461.
* La division par paroisses ne corresponl pas exactement à la division par sections.
* Elle se divise de la manière suivante par nationalité : Français nés dans le département, 36,510; Français nés dans d'autres départements, 1 1,794 ; étrangers naturalisés Français, 31 ; Anglais, Ecossais, Irlandais, 18 ; Améri-
D'après le recensement de 1851, le nombre d'habitants, y compris la population flottante, s'élevait de 43 à 44,000 ; d'après celui de 1856, à plus de 48,000 ; il y a donc eu, dans une période de dix années, une augmentation d'environ 5,500 âmes.
Cette augmentation deviendra plus sensible encore chaque jour', grâce aux institutions nouvelles dont le Gouvernement a doté l'ancienne capitale de la Lorraine, et nul doute que celle-ci ne soit appelée, dans un avenir plus ou moins éloigné, à prendre rang parmi les plus importantes villes de France.
Celte ville, si élégante aujourd'hui , et dont les étrangers se plaisent à admirer les monuments et les places publiques, à quelle époque a-l-clle pris naissance, par quels degrés s'csl-elle développée , comment a-t-elle fini par atteindre la splendeur dont elle brillait à la fin du xvi e nècle ? telles sont les questions que je vais essayer de résoudre'.
cains, C ; Allemands (Autrichiens, Prussiens, etc.*,, S3I ; Belges, 93 ; Hollandais, Il ; Italiens, 33 ; Suisses, lOi ; Espagnols, 18 ; Russes, 19 ; Polonais, 37 ; Suédois, Danois, Norvégiens, i ; Moldo-Val.iqu.es, 5 ; divers (non clamés), 105.
1 Elle est déjà devenue considérable ; mais /ai voulu m'en tenir, pour les renseignements statistiques, au dernier recensement quinquennal.
3 J'en ai déjà discuté quelques-unes dans une dissertation publiée ep 1856, sous le litre: Recherches sur l'origine et les premiers temps de Nancy. J'y renvoie le lecteur pour certains détails auxquels il ne m'a pas élé permis de donner place dans celte Introduction.
Nancy, disent presque tous les écrivains qui en onl parlé, lire son nom du mol celtique nant, qui veut dire mare ou marais, parce qu'il était autrefois environné d'eaux stagnantes ; d'où Ion devrait conclure que son origine remonte jusqu'à la période gauloise. Or, rien ne vient à l'appui de celte hypothèse , el je ne crains pas de rejeter complètement une étymologie qui est de création récente el ne repose sur aucune donnée certaine.
Il ne parail même pas possible de reporter l'origine de Nancy à la période gallo-romaine ; on n'y a jamais trouvé de vesliges d'antiquité, et les monuments géographiques de celle époque sont absolument muets à son égard. Il a été péremptoirement démontre que les assertions émises sur ce point par quelques archéologues, sont (oui à-fait dénuées de fondement ». Il faut également rejeter comme absurde la fable inventée par un écrivain anonyme, qui frit de Nancy, au x e siècle, la résidence de princes souverains*.
Les villes et les villages se sont presque tous formés
1 Voy. Notice sur 1rs antiquités du département de la Meoribe , par M. Lejeune, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. VJ1 ; — Analyse géographique des itinéraires anciens, par M. Valkt-naer ; — De l'emplacement de la station romaine A' Jndetina, par M. Beaulieu ;— Recherches sur le véritable nom el sur l'emplacement de la ville que la Table théodosienne appelle Mnde$inn ou Inde$ina, par Aug. Digot.
1 Voy , a la bibliothèque de la Société d'Archéologie, une généalogie ms de la maison de Lenoncourt, composée en 1613, et que l'auteur a intitulée : • Histoire de Nancy, aujourd'hui tille capitale de Lorraine, ses huit anciens princes et leur postérité du nom de Nancy. — J'ai discuté, dans mes Recber-
soit à l'abri des murailles d'un château fort, soit à l'entour d'un monastère, soit près de l'enceinte d'une villa ou maison de campagne bàlie par quelque riche seigneur auslrasicn. Peut-être notre cité doit-elle sa naissance à une circonslance de ce genre ? Si l'on admet, en eiïel, que Boudonville ait reçu son nom (Bodonis villa) de Bodon-Leudin, qui fut évoque de Toul au vu" siècle 1 , et auquel ce domaine aurait appartenu, n'est-il pas possible de supposer que des habitations se soient élevées dans le voisinage et aient formé le noyau de la ville dont il n'est plus aujourd'hui qu'un des faubourgs?
Ce qui est certain, c'est que colle dernière localité existait au x c siècle : il en est expressément fait mention, avec sa chapelle, dans une chartc(9C3) de saint Gérard, évoque de Toul, cl dans un diplôme (965) de l'empereur Ollon pour l'abbaye de Bouxières : capellam Bodonis ville dicatam in honore sancli Desiderii*.
Si Boudonville existait alors, pourquoi ne pouvait-il en être de même de Nancy?
On a attaché trop d'importance, je crois, à l'opinion
ches, les assertions fabuleuse* émises par cet auteur, et celles qui ont été produites par H. MolleTaut, premier curé de la paroisse des Trois -Maisons, dans un travail, également resté manuscrit, ajanl pour titre : • Registre contenant l'histoire de la paroisse Saint-Vincent et Saint- Finere,.... arec un recueil de plusieurs titres qui concernent ta même paroisse ». 1 Yoy. Digni, Histoire de Lorraine, t. I. p. 317.
a Voy. Dom Calmel, Histoire de Lorraine, t'° éd., 1. 1, pr.,col. Î7î et «81 .
qui ne lui assigne qu'une origine plus récente, et on a refusé de lui appliquer un titre où l'on rencontre son nom sous une forme qui se retrouve identiquement la même dans des documents postérieurs. Je veux parler d'un diplôme de Charles-le-Simple, de l'an 896, contenant différentes donations en faveur du prieuré de Salone 1 ; plusieurs lieux y sont mentionnés, entr'autres Pompangium, qui est bien certainement Pompey ; Curcellœ, Courcelles, village détruit, sur l'emplacement duquel est construite une partie de la ville de Chàleau-Salins ; Berm ou fteri/m, probablement Bey, et enfin Nasceiacim , où je n'bésite pas à voir Nancy, bien plutôt qu'un des deux villages de Nançois (Meuse), situés l'un et l'autre à une dislance considérable de Salone.
J'aurai occasion de revenir sur l'interprétation que je donne ici du diplôme de 896, et j'espère la corroborer par le rapprochement d'autres textes.
Dès la seconde moitié du xi° siècle, Nancy donnait son nom à une famille qui jouissait déjà d'une certaine importance : un de ses membres, tantôt appelé Odclricus de Nanceio, tantôt qualifié advocatus (voué) de Nanceio, figure comme témoin dans des chartes des années 1065,
1 II existe en orignal aux Archives du département de la Meurthe, el a rte publié par mon collègue, M. H. d'Arbois do Jubaio ville, daos le Journal de la Société d'Archéologie lorraine, novembre 1851.
1069, 1071 el 1073'. Cel Odelric était le frère de Gérard d'Alsace, de qui, peut-être, il tenait ce domaine à titre d'apanage ; il s'y était sans doute fixé, en avait pris le nom et y avait construit un château que, plus tard, comme on le verra, ses descendants cédèrent aux successeurs de son frère.
En 1096, un Drogon de Nancy était sénéchal de Thierry, duc de Lorraine ; son fils, qui remplit les mêmes fondions près de Mathieu I er , est appelé tour à tour, dans des chartes de 1140, 1143, 1148 et 1176, Drogo Nanceti, de Nancey, de Nanccio, de Nancei .
Après les litres que j'ai rappelés plus haut, le plus ancien est une charte- notice dans laquelle est retracée la fondation du prieuré Notre-Dame par le duc Thierry, second duc héréditaire de Lorraine, lequel régna de 1070 à 1115; elle commence par ces mots: Nolum sit.... quod Thcodoricus dux in atlodio suo npud Nanciacum dédit Deo et béate Marie Molismensi (c'est-à-dire à l'ahbaye de Molesme) campum quemdam ad continendam ecclcsiam 5 .
Ainsi, nos premiers ducs possédaient une portion du domaine de Nancy, portion qui comprenait , saus doute,
1 Voy. Dom Calmel, Histoire Je Lorraine, t. I, pr., col. 453, 408, 473 et 474.
3 Voy. ibid., col. SI 9, 311, 333 et 368.
s Voy. Vignier, La véritable origine des maisons d'Alsace, de Lorraine, etc., p. Ml.
non-seulement des terres , mais encore des habitations, et Ton' prétend même que Thierry y avait déjà un château, près duquel fut bâti le prieuré Notre-Dame.
Cela est d'autant plus vraisemblable, que Simon I r (1115-1139) résidait assez ordinairement à Nancy : c'est ce qu'attestent deux de ses chartes, des années, 1126 et 1 130, qui se terminent par ces mots : Data apudNanciacum — Dalum in caslro meo juxta Nanceium*.
Quelques années plus tard (de 1135 à 1135), Simon était assiégé dans ce château par les troupes d'Albéron de Montrcuil, archevêque de Trêves, que commandait le comte de Fauquemont, sans que celui-ci pût s'en rendre maître.
Selon toutes les apparences, dit-on 5 , cette forteresse était située sur l'emplacement de la rue de la Monnaie et des quartiers voisins ; prés de là se trouvait une bourgade appartenant aux descendants d'Odelric ; au nord-ouest de cette bourgade, et dans le voisinage de ses murailles, si elle en avait (on va voir que cette question ne saurait être mise en doute), on apercevait le prieuré Notre-Dame et, plus loin, au pied des collines fermant, du côté de l'ouest, la vallée de la Meurlhe, le bourg ou village de Saint-
1 Voy. Dora Calmet, Notice de la Lorraine, t. Il, col. 7 et 13.
2 Voy. Benoît Picart, Origine de la Irès-illuslre Maison de Lorraine, p. il 4 ; — Dont Calmet, Histoire de Lorraine, t. Il, pr., col. 190.
5 Voy. Digot, Histoire de Lorraine, t. I, p. SIC.
Dizier , que Ton appelait aussi Boudonville. Enfin , mais à une assez grande distance, du côté du midi, et sur le bord d'un ruisseau ombragé par des saules, s'élevait un autre château, qui était aussi la propriété des ducs, et qui se nommait le château de Saulru (0:1 ruisseau des saules).
Celte dernière hypothèse est basée, en partie, sur un document qu'aucun de nos historiens n'a connu, et que j'ai mis au jour le premier* : c'est la donation faite, en 1532, par le duc Antoine, à Renée de Bourbon, sa femme, pour y bàlir une maison de plaisance, d'une place « où y a dé-
• monstration ou apparence y avoir eu par autre fois
• bastiment ou commencement de demouranec, comme » par l'inspection du lieu et des fossez qui y sont peult ■ apparoir, appelé et nommé communément par chacun » la vielle Nancy, scitué au bois de Sorroy (Saulru), ban » dudit Nancy. •
S'agit- il simplement ici de l'emplacement qu'avait occupé le château où l'on raconte que Raoul abrita ses amours avec Alix de Champé, et dont, en 13G6, il ne restait plus que des ruines que le duc Jean abandonna aux chanoines de Saint-Georges pour en employer les matériaux à la construction de leur église ; ou bien faut-il admettre , avec M. Digol , que ce château existait déjà au commencement du xu e siècle , en ajoutant qu'il s'était
1 Voy. mes Communes de la Meurlhe, t. Il, p. B90, et me* Recherches sur l'origine de Nency.
élevé , dans le voisinage , un plus ou moins grand nombre dhabilalious, dont la réunion formait une bourgade qui portait le nom. de Nancy, de même que celle qui était située près de la forteresse où Simon I er soutint un siège ? Ce qui est certain , c'est que la dénomination de vieille Nancy donnée , au xvi e siècle , à une partie du bois de Saulru, devait être fondée sur une tradition qui plaçait là le berceau de la ville, ou au moins d'une portion de la ville devenue alors la capitale de la Lorraine.
Je vais maintenant établir, et à l'aide de documents authenliques, que, dès la première moitié du xn c siècle, Nancy avait acquis plus d'importance qu'on ne l'a dit et qu'on ne le croit généralement.
Dans une charte de 11 42 S émanée du duc Mathieu I er , on voit figurer comme témoin , à côté de Régnier et de Drogon de Nancy, un nommé Gauthier, qui se qualifie preposilus de Nancey. Je dirai plus loin quelles étaient les attributions des prévôts, et l'on en pourra conclure que la présence d'un de ces officiers à Nancy indique qu'il ne pouvait avoir à exercer son autorité que sur une population déjà quelque peu nombreuse.
La preuve en est dans un titre très-explicite , et qui ne
' Voy. Pom Calmct, Histoire de Lorraine, t. H, pr., col. 833.
saurait laisser aucune incertitude sur ce point : c'est une charte de 1190* par laquelle Simon II confirme la donation faite, en 1147, par Mathieu, son père, et Berthe, sa mère, à l'hôpital de Jérusalem , c'est-à-dire à la commanderie de Saint-Jean, d'un moulin, de terres, de prés, d'un four situé au-dessous des remparts de Nancy (infra menia Nanceii), et des pougnels (les punazs) ou cueillerelles des grains qui se vendaient dans ce lieu.
Le four dont il est ici question était situé, ainsi que nous rapprennent des documents postérieurs, dans la rue des Maréchaux, laquelle était adossée aux murailles et terminait, de ce côté, l'enceinte delà ville; quant au moulin, c'était probablement celui de l'Étanehc, qui fut détruit lors de rétablissement des fortifications de la ville ueuve.
Les conséquences à tirer de la charte qui précède ressortent clairement du texte même de cet acte : 1° dès Tan 1147, le duc Mathieu était possesseur de terres, de prés et d'un moulin hors de Nancy, et, à l'intérieur, d'un four banal ; T à celle époque, Nancy élait enlouré de murailles ou de remparts et avait pour limites, à l'aspect du midi, celles qui séparent encore la ville vieille de la ville neuve ; 3° enfin, il fallait que celle localité eût déjà une certaine importance, puisque le droit prélevé sur les grains qui s'y vendaient pouvait faire l'objet d'une donation.
• Elle est en original aux Archives du département, fonds de l'ordre de Malte.
Par une charte de i 1 45 1 , le même duc Mathieu avait confirmé à l'abbaye de Molesme, c'est-à-dire au prieuré Notre-Dame, qui en dépendait, ce que Thierry, son aïeul, et Simon, son pére, lui avaient donné, savoir : 1° le lieu où le prieuré a été fondé, devant le château de Nancy (ante Nanceyum caslrum), par le duc Thierry, qui y introduisit des religieux, les dota de ses revenus, leur donna deux parts des dîmes qu'il possédait (celles de Nancy, de Saint-Dizier et de Laxou*) et leur fil consacrer un cimetière ; 2° une prébende ou repas composé de deux gâteaux de froment et d'un demi-selier de vin chaque fois que lui ou la duchesse viendrait diner à Nancy (in villa JVanccyaco); 3° ses moulins construits sur la Meurlhe 5 ; 4° la chapelle que le duc Simon avait donnée aux mêmes religieux, etc.
Les uns pensent que cette chapelle devint plus tard la collégiale Saint-Georges ; les autres, que c'est peut-être l'oratoire qui, suivant la tradition, a précédé la première église Saint-Epvre. Quoiqu'il en soit , la charte que je viens d'analyser renferme un passage digne de remarque : Nancy y est appelé villa Nanceyacum , c'est-à-dire absolument comme dans le diplôme de 89C, d'où je n'hésite pas à con-
4 Vidimos do xiv° siècle aux Archives du département, fonds de la collégiale Saint-Georges.
* Voy. Dom Calmel, Notice de la Lorraine, t. Il, col. 18.
5 Les Grands-Moulins.
dure qu'il est question, dans ces deux litres, d'une seule et même localité, laquelle, comme ou l'a vu, est aussi désignée sous la forme de Nanciacum, qui est presque identique avec celle de Nanccyacum.
Jusqua l'époque où nous sommes arrivés, nos ducs n'avaient pas encore eu de résidence fixe. Mathieu I er voulant, on peut le supposer, créer une capitale à son duché, choisit Nancy pour y établir le centre de sou gouvernement. Ses prédécesseurs y avaient déjà, outre quelques propriétés dont il est difficile de spécifier l'importance, le château où Simon I er avait soutenu un siège ; le reste, avec le second château, appartenait alors à Drogon, sénéchal de Lorraine et l'un des descendants d'Odelric. En 1153 (ou 1155), ce seigneur, qui était le chef d une famille ancienne et puissante, céda au duc Mathieu son château et ce qu'il possédait dans la ville ou le bourg situé au-dessous, en échange de la châtellenie de Rosières-uux-Salines, de Lenoncourt, du ban de Moyen et d'Haussonville. A partir de ce moment, les ducs
furent propriétaires de tout Nancy, el, quoique plusieurs aient encore résidé en d'autres endroits, on peut assurer
que celle ville fut considérée comme la capitale du duché
et la demeure ordinaire de ses souverains 1 .
L'acte d'échange passé entre Drogon et Mathieu, dégagé
des circonslances dont certains généalogistes ont pris plaisir
' Voy. Digot, Histoire de Lorraine, l. I, p. 346.
à l'entourer, est un fait qu'on ne saurait révoquer en doute. Toutefois, il me semble bon d'avertir que, malgré tout ce qu'on a pu croire cl écrire touchant l'échange fait, en vertu du même acte, du château de Nancy (caslrum de Nonccio), et du village ou de la bourgade situé au-dessous (et viltam subter illud construclam), il n'y a de soutenable, en bonne discussion, que ce qui concerne ce village ou une partie de ce village; car personne n'a pu encore placer à Nancy, d'une manière plausible, un château (caslrum) autre que celui dont l'existence est historiquement certaine, où fut assiégé le duc Simon I", et dont ce prince fait mention dans deux chartes, la première de 1126 ; Data apud Nanciacum, die sancto Paschœ, la seconde de 1130: Dalum in Castro meo juxla Nanceium, die sancto Paschœ; château que le duc Mathieu rappelle dans une charte
de l'année 1145, dix ans avant le traité d'échange
ecclesia (le prieuré de Notre-Dame) quœ est ante Nan-
ceyum caslrum meum constructa — ilti (ecclesiœ) quœ coram caslro meo Nanceyo sila est.
On ne peut, pour celte époque reculée (le xn e siècle), assigner à Nancy, ou plulôl aux environs, que le château de Saulru ou de la Vieille Nancy ; mais la position de celle demeure ducale ne saurait convenir au caslrum de Simon 1 er et de son fils Mathieu ; ce caslrum ne peut être non plus celui du trailé d'échange, au-dessous duquel il y avait un village (et villam subter illud conslructam). Tout le monde admet que le château du duc Simon et de son
successeur immédiat esl bien celui dont remplacement est aujourd'hui occupé par l'ancien hôlel de la Monnaie, par la rue du même nom et par le pâté de maisons construit sur le terrain de l'ancien monastère des Dames prêcheresses ; cela est, du reste, prouvé par les expressions des chartes rappelées plus haut, et où on lit que ce château esl près de Nancy : juxta Nanceium, apld Nanciacum; par la charte qui fait connaître que le prieuré Notre-Dame est situé en face du château ducal : ante Nanceyum castrum meum — coram Castro meo Nanceyo ; que ce château est Nancy même : Nanceyum castrum meum — caslro meo Nanceyo.
D après le traité d'échange, le château du sénéchal Drogon est sur une hauteur, el le village de Nancy au bas de la hauteur (et villam subter illud conslruclam). Or, le château mentionné par les chartes esl aussi situé sur une èmiuence ; l'inspection des lieux l'indique assez ; l'un ne < parait pas distinct de l'autre sous ce rapport ; ils ne font donc tous deux qu'un seul et même château. Ce qui pourrait coulredire celte opinion, c'est que le châleau de Drogon a pu se trouver dans les dépendances de celui des ducs, en être néanmoins distinct et séparé, el, de celte manière, avoir fait, aussi bien que la bourgade de Nancy ou partie seulement de celle bourgade, l'objet de l'échange. Mais, cela supposé, car on n'en a pas de preuves, il sera toujours vrai de dire que les dépendances du château principal n'ont jamais formé avec celui-ci qu'uu seul et unique
château, celui des ducs, ayant eu, à l'exclusion de tout autre, une importance majeure, et, seul, mérité une mention dans l'histoire. Où donc placer à Nancy un château distinct de celui des ducs, quand les termes mêmes de l'échange sont si conformes, cadrent si parfaitement avec tout ce qu'on connaît de ce dernier ? Celle coïncidence de nom (castrum) et de lieu (Nanceium) ne force-t-elle pas à conclure qu'au xn 6 siècle, il n'y a eu qu'un seul château à Nancy?
J'ajoute qu'en 1298, un peu plus d'un siècle après l'échange de cette ville par le sénéchal Drogon , le duc Ferry III donne aux Dames précheresses , pour leur habitation, une partie de son château. Eh bien , quel est ce dernier ? c'est précisément celui des ducs Simon et Mathieu ; celui qui se trouve près de la bourgade de Nancy ; celui, en un mot, qui est situé en face du prieuré Notre- Dame. Et, quand le même prince abandonne une partie de son ancienne demeure, il se fixe d'abord dans la partie de son château connue sous le uom d'antiquum palatium , remplacement de la Monnaie proprement dite. Lorsque, plus lard, il veut se loger ailleurs dans sa capitale, ce n'est pas dans un château déjà existant, en dehors de celui qu'il habite, qu'il va prendre sa résidence ; il en construit tout exprès un nouveau , celui sur l'emplacement duquel ont séjourné, jusqu'à ces derniers temps, les ducs de Lorraine ses successeurs. Encore une fois, s'il y avait eu ù Nancy un second château eu 1*298, distinct de
celui des anuées 1 136, 1 130 cl 1 145, il en serait question ailleurs que dans un acte d échange dont la teneur est fort suspecte et n'est rien moins qu'authentique dans plusieurs de ses énoncialions.
Le père Benoit Picart a sans doute raison de dire que le château du duc Simon I er n'était pas dans l'enceinte de la ville ; il en était très-proche pourtant si, comme je crois Pavoir prouvé, ce château était , selon que l'indiquent les chartes de ce prince et celle de son fils, où Ton voit aujourd'hui la Monnaie et ses alentours , et si le Nancy du xu e siècle n'était autre que les anciennes habitations occupées actuellement par les rues Callol et des Maréchaux. Mais le savant auteur de l'Histoire de Toul a tort s'il pense que le château du duc Simon se trouvait à la rue du Point-du-Jour , où l'on voyait autrefois l'auberge de la Rochelle , dans les caves de laquelle il dit qu'on en a découvert les ruines. Si des resles d'anciennes constructions se trouvent dans celle partie du vieux Nancy, ils ne peuvent être que ceux de la porte d'une des premières enceintes de la ville ; mais ils n'ont jamais été ceux d'un édifice dont il n'est question nulle part, ni les débris du château des ducs Simon et Mathieu , et encore moins du château, très-problématique, du séuéchal Drogon *.
Le trailé d'échange, dont je viens de discuter la portée,
' Je dois à l'obligeance de M. l'abbé Marchai celle dissertation sur les anciens châteaux de Nancy. C'est un point historique intéressant qu'il aura élucidé.
clôt la première période de l'existence de Nancy ; période sur laquelle on a établi beaucoup de systèmes , sans être arrive à présenter des notions claires et précises. Les documents que j'ai produits aideront peut-être à faire discerner la vérité ; en tout cas, ils jettent de la lumière sur plusieurs points qui étaient restés jusqu'à présent obscurs. Ceux qui vont suivre, bien que moins curieux, parce qu'ils se rapprochent plus de nous, ne paraîtront pas, je l'espère, dépourvus d'intérêt.
Ainsi que le constatent quelques-uns des titres mentionnés précédemment, il y 'avait près de Nancy, dès la première moitié du xu e siècle, outre le prieuré Notre-Dame, une commanderie de l'ordre de Saini-Jean-de-Jérusalem, qui subsiste encore en partie. Il faut ajouter à ces deux établissements religieux un hôpital ou maison-Dieu qui existait vraisemblablement à la même époque, puisqu'en 1 158, Mathieu 1 er l'abandonna aux religieux de Notre-Dame : Ego Malheus... domain Dei ante Nanceium sitam, Sanclœ Mariœ ecclesiœ de Nanceio, ad Mo lis mu m pertinenti,... ad recipiendum pauperes et languidos et egentes refocillandos. . . . conlradidi 1 .
Dans une seconde charte du même duc pour l'abbaye de
1 Voy. Vignicr, La yérilable origine, etc., p. 118.
Clairlieu, en 1159 », on voit figurer un nommé Gauthier (Waltcrus), qualifié villicus de Nanceio , c'est-à-dire mayeur ou maire de Nancy.
Deux autres chartes de ce prince , en faveur de l'abbaye de Sainte-Marie-au-Bois, près de Pont-à-Moussou, des années 1 10*2 et 11G3*, attestent qu'il résidait, sinon continuellement, du moins très-fréquemment à Nancy, et que, si Ton peut se servir de celte expression, il y tenait sa cour. La première porte pour suscriplion : Data Nancei, et la seconde : Ut autem hœc inconcussa et firma mancant, sigilli nostri impressione , coram iuronim's xostris qui 8ubscripli sunt, apud Nancei roborari curavimus.... Ui sunt (estes Willermus, advocatus de Prisnei (Prény)... Drogo de Nancei,.... cum Iota curia; avec toute la cour, cest-à-dire la réunion d'un certain nombre de personnes doul la préseuce était nécessaire, dans quelques cas, pour valider les actes émanés du souverain.
Les religieux de Clairlieu, à qui Mathieu avait abandonné l'étang et le mouliu situés près de Nancy (probablement l'étang Saint-Jean et le moulin de l'Elanche, construit sur le ruisseau qui en sortait), obtinrent, en 1180, de l'abbaye de Molesme, ce qui lui appartenait au droit de dimage sur les vignes que ce prince lui avait données, et sur celles que
' Voy. Vignier, p. 130 v cl Dom Calmet, Histoire de Lorraine, 1. Il, |>r., col. 456.
* Voy. Dom Calmcl, ibid., roi. 359 cl 363.
ces religieux avaient acquises dans l'étendue du parocliiagc de Nancy (m parochiatu de Nancei 4 ).
Quelle était celte paroisse? s'agit-il de celle de Saint- Dizier, qui fut, dit-on, dans l'origine, la seule pour ce bourg, Nancy et Laxou, mais qui, néanmoins, dans un titre de 1515, est déjà appelée ecctesia Sancli-Desiderii prope .\anceium 8 ; ou bien faut-il admettre que Nancy formait déjà une paroisse distincte? Il est permis de le supposer. A la vérité, on ignore l'époque de l'érection de sa cure, mais on croit qu'elle remonte au xn" ou au xiu° siècle, temps où la ville s'était agrandie, et où Sainl-Dizier n'était plus regardé que comme un de ses faubourgs 5 .
On a vu que Mathieu F r résidait fréquemment dans le lieu qu'il avait t hoisi pour capitale de ses États ; il y était encore au commencement de l'année 11 76, lorsque, sentant ses forces l'abandonner, il se fit transporter à l'abbaye de Clairlieu , où il ne larda pas à rendre le dernier soupir.
Nous devons à ce prince les premiers monuments numismaliques qui se rattachent à l'histoire de Nancy ; ou a de lui deux pièces portant les mots : MAIIVS-NANCE1, que les numismates croient postérieures à l'année 1155*, mais que
• Voy. ma notice sur l'abbaye de Clairlieu, dans les Bulletins de la Société d'Archéologie, t. V.
2 Voy. Communes de la Meurtbe, t. 11, p. 97.
3 Voy. Lionnois, t. I, p. «19.
4 Voy. M. de Saulcy, Recherches sur les monnaies des ducs héréditaires de Lorraine, p. 14.
rien n'empêche de supposer plus anciennes. A peine avait-il fermé les yeux, que sa veuve, Berihe de Souabe, sans s'inquiéter des droits de son Gis, Simon, s'empara du gouvernement, prit tous les dehors de l'autorité et fit même frapper à son nom des deniers dont on connaît deux variétés : les uns portent au droit le buste de la duchesse avec la légende BERTA , et au revers une croix cantonnée de deux points et la légende NANCEI ; les autres, dont le revers est presque semblable, présentent au droit le buste de Berihe avec la légende A PIC.V. Le sceptre que tient le personnage diffère de celui des deniers nominaux de celte princesse et ressemble à une branche du chardon emblématique de Nancy. On a voulu voir, dans la représentation de celle fleur et dans la devise qui l'accompagne, une allusion au siège que Simon I er avait victorieusement souteuu dans le château de Nancy, et on en a conclu que les armoiries de celle ville remontent au-delà de la seconde moitié du xi»° siècle 1 . Celte opinion est peu admissible, et il est également difficile d'admettre que la légende A P1CA, conçue en langue romane , puisse s'interpréter par à piquants el soit analogue h la devise latine non inultus premor. On ignore au juste à quelle époque Nancy a choisi celle devise el pris le chardon pour ses armes ; mais il esl assez pro-
1 Voy. Mémoire sur les monnaies lorraines du xi e et du xn e siècles, trouvées à Cbarmes-sur-Moselle en novembre 1840, par M. Gabrjel Rollin, daus les Mémoires de l'Académie de Stanislas, 1840.
bable que c'est seulement après le second siège de celte ville par Charles-le-Téméraire.
Quoi qu'il en soit, Nancy, devenu capitale de la Lorraine, paraît avoir pris un commencement d'importance commerciale dès les premières années du xm e siècle. Ferry II, qui y mourut au mois d'octobre 1213, avait, peu auparavant, donné au prieuré Notre-Dame 20 sous toulois à prélever sor les profits du passage des denrées qui entraient dans celte ville et sur le droit de vente auquel les marchandises étaient assujetties : in passagio et venta de Nanceyo
Deux chartes de la duchesse Agnès, femme de Ferry, de l'an 1214, sont datées de Nancy : Âctum apud Nanceyum — Actum apud Nancei *.
Ici vient se placer un événement qui dut beaucoup retarder les développements de la cité naissante. Le duc Thicbaul I er s'étanl imprudemment mis en guerre avec l'empereur Frédéric II, avait pénétré en Alsace , y portant le fer et la flamme, pour se venger de la perle de ses soldats massacrés à Rosheim. Mais Frédéric, ayant fait grande levée de gens d'armes , était , à son tour , entré en Lor-
' La charte de Ferry est aux Archives du département, fonds de la collégiale Saint-Georges.
3 Voy. Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. II, pr. col., 455.
raine cl s'était présenté, pour en faire le siège, devant le château d'Amance, où le duc avait couru s'enfermer. L'empereur avait mandé au comte de Bar, Henri , et à Blanche, comtesse de Champagne, de venir le joindre avec leurs troupes. Ces derniers étant arrivés à Nancy, y passèrent la nuit et, au point du jour, incendièrent la ville :, Mane facto, illud oppidum tolum igne succinderunt, dit le chroniqueur Bicher, moine de Senoncs, contemporain du fait qu'il raconte. Michel Errard, valet de chambre de Thiébaul, et qui, par conséquent, devait être mieux informé, préteud, au contraire, que la ville fut brûlée, sur les ordres du duc, par un de ses capitaines nommé Simon : « Et ledit capitaine s'acquitta par trop bien de sa mission, et ne resta maison qui fust entière et qui ne fusl en flammes daus la ville dudict Nancy, dont fut grandement mal à tout chacun '. »
On prétend, toutefois, malgré les termes bien explicites dont se servent ces écrivains, que la partie de la ville et l'ancien château qui appartenaient à Agnès de Bar, duchesse douairière de Lorraine , avec laquelle Blanche n'était point en guerre, furent respectés*. Ce qui est certain , c'est qu'Agnès possédait Nancy à litre de douaire ; elle le céda, en 1220, à Mathieu II, son ûls, lequel en in-
1 Voy. M. Digol, t. II, p. 34 et 33.
3 Voy. M. Noël, Mémoires pour servir à l'histoire de Lorraine, n* 6, p. 69.
veslit, à son lotir, Thiébaut IV, comte de Champagne, époux de Gertrude, veuve de Thiébaut 1 er , à condiliou que ce domaine reviendrait à la couronne à la mort de celte princesse *. Au décès de Gertrude, arrivé en 1225, Nancy avait fait retour au domaine ducal et, en 1250, Mathieu II, mariant son fils avec Marguerite , fille du comte de Bar, le lui donna en apanage avec Neufchàleau, Chàtenois, Port et Varangéville.
L'incendie de Nancy avait eu lieu en 1218 ; Thiébaut, après avoir été forcé de signer un traité déshonorant, était revenu dans sa capitale en cendres ; il s'empressa, dit son historien, de remettre « à bon poiul son chaslel de Nancei > et de relever « ce qu'avoit brûlé ».
Mathieu II, son successeur, qui y mourut en 1251 , avait promulgué une ordonnance par laquelle il établissait quatre tabellions dans celle ville , et seulement deux dans chacune des prévôtés de ses Étals * ; ce qui semble indiquer quelle avait une importance beaucoup plus grande que les autres villes de la Lorraine.
En 1258, Ferry IN donne à l'abbaye de Clairlieu le moulin situé dans l'intérieur de Nancy 3 . Quelques années après, il fait don au prieuré Notre-Dame de 70 sous toulois à prendre annuellement « ez ranles et eis droitures
• Voy. Vignier, La véritable origine, p. 138.
1 Voy. Rogéville, Dictionnaire des ordonnances, t. II, p. 165-167.
3 Trésor des Chartes, carlulaire Nancy domaine, t. II.
de la vanleel on paisaige de la halle de Nancy 1 ». En 1273, il cède à la « maison des malaides » le four « qui siet après la maison Sacrei* ». Il s'agit ici du four baual qui a laissé son nom à une des rues de la ville vieille, et de la léproserie de la Madelaine , aux alentours de laquelle se sont successivement élevées les maisons qui ont fini par former le faubourg Saint-Pierre.
Dans un autre titre du même prince, daté du mois d'août 1281, il est encore fait mention de la halle et d'une corvée de terre séant « vers la porte condit devers S. Nicholays 5 ». C'est la première fois qu'il est parlé des portes de Nancy ; mais il est certain que celle dont il est ici question, et qui se trouvait dans le prolongement de la Grande-Rue, existait bien antérieurement à 1281. Lorsqu'on Ta démolie (en 1847), on a mis au jour des parties qui accusaient, d'une manière positive, le xu e siècle. II est donc très-probable que Lionnois se trompe quand il dit que l'ancienne porte Saint-Nicolas était dans la direction de la rue des Dames, c'est-à-dire à l'entrée de la rue d'Amerval.
Outre la porte Saint-Nicolas , il y en avait une autre, dont l'existence est formellement constatée par un titre de 1274 : cette année, une nommée Poinse, veuve « sei-
* Archives de la Meurthe, fonds de la collégiale Saint -Georg es . 2 Ibidem.
» Ibidem.
gnor Jehan de Nancei, chevalier, dit Bailli », vend au duc Ferry « la maison de Nancei et tout lou porpris entièrement, que siet à la porte condit Bezuel 1 » (ou Bezvel). Où cette porte était-elle située? C'est ce que rien n'indique, et on n'ose même former aucune conjecture sur ce point.
Quoique les renseignements nous manquent aussi pour rien affirmer à cet égard, il est permis de supposer que, outre la poterne 3 qui s'ouvrait derrière le vieux palais (antiquum palatium), il y avait encore , du côté du prieuré Notre-Dame, une issue qui devait servir de communication
avec les Bourgels, avant qu'ils fussent enfermés dans la ville, et avec le village de Saint-Dizier. C'était peut-être la porte Sacrée, mentionnée dans des titres de 1424 et 1445, et qui se trouvait vraisemblablement dans le prolongement de la rue dite du Four sacré?
En 1298, Ferry, désirant que les religieuses Prècheresses de Saint-ISïcolas-du-Port vinssent s'élablir dans sa capitale, leur donna son palais de Nancy « ensi cum il se donne et soloit eslre fais quant il ière entiers.... et la chapelle qui léans est ausi 3 » .
On voit par ce titre, le dernier qui concerne l'histoire de Nancy pour le xni° siècle, que le vieux château, sur une
1 Trésor des Charles, l«y. Rosières I, n» 1*.
1 Des litres de 1490 ei 1495 (Trésor des Chartes, lay. Nancy II, n« 8) font mention de la poterne • par où on va à Saiot-Jean-du- Vieil- Astre J Archives de la Meurlhe, fonds des Prècheresses.
partie duquel est construit l'hôtel de la Monnaie, n'existait déjà plus en son enlier, quand Ferry III eu abandonna une portion aux Pécheresses ; d'où l'on peut conclure que ce priuce s'était fait élever, sur un autre point de la ville, un palais où il avait fixé sa résidence. Je n'hésite donc pas à le regarder comme le fondateur du château dont on attribue la construction à Raoul, et qui, réédifié sous René II et Antoine, montre encore aujourd'hui, par ce qui en reste, quelle fui autrefois sa magnificence.
Au régne de Ferry III se rattache l'affranchissement ou la mise à la loi de Beaumont de la ville de Nancy. Je reviendrai plus loin sur cette question, me bornant à faire remarquer ici qu'il ne faut pas trop prendre à la lettre ce mol d'affranchissement, dont se servent nos historiens : rien n'indique, en effet , qu'avant la fin du xvi e siècle , les Nancéiens aient joui, d'une manière sérieuse, de ce que nous appelons aujourd'hui les droits politiques.
Dans la première moitié du xiv e siècle, Nancy fut doté de deux établissements nouveaux : un simple prêtre , nommé Vernier, y fonda (1336) un hôpital qui fut placé sous l'invocation de saint Julien, et le duc Raoul bâtit (1339), à côté de son palais, dont il faisait achever la construction, la collégiale princière de Saint-Georges. L'année suivante, « pour avancicr et amendier les foires Je Nancy », il auto-
risa l'association qu'avaient faile entre eux les merciers ou marchands de celte ville , de Saint-Nicolas et de Rosières. En 1341, les charpentiers, maçons, tailleurs de pierre et autres ouvriers maniant la hache et le marteau, organisèrent, à leur tour, une confrérie dont le roi devait jouir des mêmes franchises que les maîtres des boulangers , des bouchers et des cordonniers. Peu après, les menuisiers et les tonneliers, puis les arbalétriers, formèrent une de ces pieuses associations qui devinrent si nombreuses dans la suite.
Vers le même temps, Jean de Nancy, chevalier, fondait la petite collégiale Saiul-Michel, dans la rue qui porte encore aujourd'hui ce nom.
Ces institutions diverses suffisent pour attester les développements qu'avait pris la capitale, et font présumer qu'elle comptait déjà une assez nombreuse population '. Elle était protégée par de bonnes fortifications, et l'on raconte qu'Adhémar de Monleil , évèque de Metz, étant en guerre avec Raoul, vint dévaster les environs de Nancy, mais n'osa pas en faire le siège, dans la crainte de ne pouvoir s'en rendre maître.
Sous le règne de Jean I er (1346-1396), les limites de sou enceinte furent reculées depuis le palais ducal jusqu'à l'extrémité de la Grande-Rue, en sorte que le prieuré No-
1 Dans le litre de fondation de Saint-Georges, Raoul dit que , voulant créer one collégiale de chanoines, il a choisi sa ville de Naney, • lai où il a - graot pupple et qui est planleurouse et convenable •>.
Ire-Dame et les Bourgets (les rues du Haut el du Petit- Bourgeois), qui n'avaient formé jusqu'alors qu'une espèce de faubourg, se trouvèrent enfermés dans les murs. Nancy avait donc, à part la Carrière, la place de Grève el la promenade qui la termine, à peu près la même étendue que la ville vieille actuelle ; mais l'espace qu'il occupait n'était pas entièrement couvert d'habitations : les rues ni les maisons ne se reliaient pas étroitement les unes aux autres ; elles étaient séparées, soit par des jardins , soit même par des terres labourables '.
J'ai essayé, à l'aide des documents authentiques qu'il m'a été possible de découvrir, de reconstituer le Nancy d'alors, toutefois sans être arrivé à des résultats qui me satisfassent complètement; voici, néanmoins,, el seulement à litre de curiosité, les noms des rues que l'on rencontre dans les titres antérieurs au xv° siècle :
Rue des Juifs ' (partie de la rue actuelle de la Monnaie), où la commanderie de Sainl-Jean avait une maison ; rue de la Poterne (du Bon-Pays) ; de ta Grande-Tour ; Colin le
4 Voy. Digot, Histoire de Lorraine, t. Il, p 389.
» Ce qui indique qu'ils étaient assez nombreux i Nancy. En 1386, les juifs de Lorraine avaient obtenu de Tordre de Saint-Jean-de-Jérusalem la permission de se construire un cimetière près de Laxou (voy. ma Notice sur quelques établissements de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem situés en Lorraine). Lorsque Ton a démoli l'église Sainl-Epvre (1863), on a trouvé, a une assez grande profondeur dans le sol, des pierres tombales couvertes de caractères hébraïques, et qui proviennent, sans doute, de l'ancien cimetière de Laxou. Ces pierres sont déposées au Musée lorrain.
gruyer ; Monsieur Renalz de Nancy ; Reculée (Derrière) ; rue qu'on dit au bout de la Halle; rues de la Mesclerie (de la Boucherie, dans un titre de 1499); du bailli Simonin ou de la Fontaine ; Saint-Georges ; des Febvrcs (serruriers) et des Maréchaux ; des Pénitents ; de la Boudièrc (partie de la Grande-Rue); le Cordier; du Moulin (existe encore); du Château (le long du Palais ducal); Naxou (de la Source), et la rue sur le Fossé aux chevaux, près du prieuré Notre-Dame. Lionnois y ajoute la rue Richardménil 1 (Callot), celles de la Grenouillère, de Roubonneau, des Étuves, et les ruelles de la Cour, Saint-Jean et de l'Étang, plus la place Saint- Epvre et celle du Chàtel, qui prit plus tard et porte encore aujourd'hui le nom de place des Dames, du couvent des Prècheresses, qui formait un de ses côtés. Il y avait, enfin, dans le voisinage de Notre-Dame, un cimetière, dit du Terreau, avec une chapelle sous l'invocation de saint Claude.
On ne rencontre pas, antérieurement au xv e siècle, de document qui fasse connaître, d'une manière précise, quelle était la population de Nancy , et encore le premier renseignement statistique que l'on possède est-il très-sommaire et ne remonte-t-il pas au-delà de l'année 1440 : c'est un
1 Un titre de 1411 fait mention d'nn messire Regnaold de Richard-Mesny (seigneur de Richardménil), qui, sans doute, avait donné son nom à cette rue. Il est question de la rue Neuve, des rues Willaume Bazin et du Four sacré dans des titres de US5, 1455 et UH7.
■ État des revenus du prince es bailliages de Nancy et Vosges 1 ». On y lit la mention suivante : • Doivent chacun » an chacun conduit de Nancy qui sont taillabies ij deniers, > qui pevent valoir environ par an xxiiij s. ■ Comme il fallait douze deniers pour le sou, il en résulte qu'il y avait alors 14+ conduits, c'est-à-dire 144 feux ou ménages imposables, qui, multipliés par C, donnent 804 personnes sujettes à l'impôt ; si l'on y ajoute le clergé séculier et régulier, les nobles et leurs domestiques, les officiers et serviteurs du prince, les persouues exemples de taille et les indigents, on doit arriver à peu près au chiffre de 4,000 âmes *. En 1441, le nombre des conduits était de 149.
Il est question pour la première fois, à celle date, de la porte Léser affe (la Crafle), dont, pour le dire en passant, on attribue la construction à un ingénieur napolitain, du nom de Caraffa , de qui l'existence est plus que problématique 3 . C'est par cette porte que , le 32 mai 1453, le duc Jean fit son entrée solennelle à Nancy, pour aller ensuite à Saint-Georges prêter sermeul de conserver les privilèges et franchises de celte église.
Vers celte époque, la ville de Nancy commença à prendre un certain développement ; son enceinte ne fut pas agrandie, mais on édilia des habitations sur tous les ter-
1 Trésor des Charles, lay. États généraux I, n° 66.
2 Voy. Digot, t. Il, p. 368.
* Voy. Lioonois, t. I, p. 15.
rains qu'elle renfermait, el on éleva, du côlè de l'est et de celui du midi, les faubourgs Saint-Nicolas et Saint-Thiébaut, qui couvrirent une partie de remplacement occupé aujourd'hui par la ville neuve; on augmenta aussi les fortifications, el le duc Jean fil construire (1463 l ) les deux grosses tours destinées à défendre la porte « la Craiïe », et qui subsistent encore à présent. En même temps, plusieurs maisons de campagne s'élevèrent dans le vallon de Boudonville el sur les flancs des charmantes collines qui avoisinent Nancy, el on créa des jardins publics destinés à la récréation des bourgeois *.
Ainsi, lorsqu'en 1475, Charles-le-Téméraire vint en faire le siège, la ville n'était formée que des quartiers dont se compose la ville vieille. Son enceinte constituait un carré long assez irrégulier ; elle s'étendait sur le côté méridional de la Carrière et sur le jardin du Gouvernement, jusqu'à la rue de l'Opéra, tournait au nord-ouesl vers le cours Léopold et la place de Grève , longeait ce cours et celte place jusqu'à la rue de la Pépinière, et redescendait, au sud-est, dans la direction de la porte Royale. L'enceinte était garnie, de dislance en dislance , de tours plus ou moins élevées ; elle était percée de deux portes : l'une, qui existe encore , regarde le nord-ouesl ; c'est la porte Notre-Dame ; l'autre , dont nous avons vu disparaître les
• Voy. Communes de la Meorthe, t. Il, p. 1U.
' Voy. Digot, t. III, p. 100.
ruines en 1847, élait tournée du côté du sud-est ; on la nommait porte Saint-Nicolas parce qu'elle conduisait au bourg de Saint-Nicolas-du-Port. Une poterne, placée près de la rue de la Monnaie , et une autre, percée dans la muraille du Palais ducal, permettaient à la garnison de sortir sans être aperçue des assiégeants. Le Palais lui-même était voisin de l'enceinte, et sa muraille se confondait, au nord-est, avec celle de la ville. Un fossé étroit et peu profond baignait partout le pied de l'enceinte , et, au-delà de ce fossé, mais sur certains points seulement, on voyait des barbacanes, sorte de fortification avancée et qui faisait partie du système adopté par les ingénieurs du xv° siècle 4 .
Tel était Nancy lorsque le duc de Bourgogne vint y mettre le siège ; aussi, ne faul-il pas prendre à la lettre les vers dans lesquels Pierre de Blarru le représente comme méritant à peine le nom de ville :
Parva, sed Arthoo (nunc cunctis nota) sub axe, Urbs sedet (urbis habent si forsilan oppida nomen).
Mais le poète ajoute :
Nanceium vocal hanc velus incola, nomine quondam Obscuro, verum gestis jam rébus et armis Percelebri, et quod nunc argenlea transvolat aslra a .
Nancy n'était sans doute alors qu'une ville uaissanle,
« Voy. Digot, t. III, p. S85-Î5G.
* Voj. Nanceidos, lib. 1.
surtout si on le compare à ce qu'il devint sous le Kgne glorieux de Charles III ; mais il était bien certainement uue ville, égale en étendue à la plupart de celles du moyenàge. Au reste, quelle que fût son importance matérielle, il venait, par sa lutte glorieuse contre Charles-le-Téméraire, de conquérir une renommée qui en faisait I égal des cités les plus anciennes et les plus puissantes.
René II, après avoir témoigné sa reconnaissance aux Nancéiens eu leur accordant des privilèges et des franchises que je mentionnerai plus loin , se mit à embellir sa capitale : il la fit entièrement paver, en répara les fortifications et prescrivit d'élever trois boulevarls d une grande solidité pour couvrir la porte Saint-Nicolas, celle de la Crafle et uu autre point des murailles. On construisit (1498-1 500), par ses ordres, le pont qui joint le village de Malzéville à un des faubourgs de Nancy ; enfin, il fil bâtir le couvent des Cordeliers , réparer et reconstruire en partie le Palais ducal, qui, néanmoins, ne fut complètement achevé que sous le règne de son successeur.
On voit, par un rôle dressé en 1487 pour la levée d'un aide extraordinaire que la ville de Nancy, non compris les franches gens, renfermait alors 354 conduits et demi, c'est-à-dire, 1 ,524 individus contribuables, soit 660 de plus qu'eu 1440.
1 Trésor des Chartes, lay. États généraux additions, n* 33.
Le duc Antoine' se plut à continuer l'œuvre de son prédécesseur : il fit environner sa capitale « de forts remparts et boulevarts, terrasses et murs de beaux carreaux de taille », mil la dernière main au Palais ducal et conçut même, dit-on «, le projet de fonder la ville neuve, en enfermant dans l'enceinte de Nancy les faubourgs Saint- Nicolas et Saint-Thiébaut, ainsi que les terrains avoisinants, qui étaient, pour la plupart, en nature de jardins. Mais ce projet ne se réalisa pas ; il était réservé à Charles III de l'accomplir.
Pendant la minorité de ce prince , la régente Christine de Danemark agrandit la ville vieille en reportant la muraille du côté du levant jusque sur l'emplacement de la terrasse de la Pépiuière actuelle ; elle abandonna aux habitants de la Grande-Rue l'ancienne muraille, dans laquelle ils avaient depuis longtemps percé des fenêtres , et céda les terrains voisins du mur récemment construit à des particuliers qui prirent rengagement d'y bâtir des maisons élégantes*. Celte place, large el bien aérée, s'appela la rue Neuve », el eusuite la Carrière , parce qu'elle servit
* Voy. Lionnois, t. I. p. 438, 4Î9 et 443.
a Voy. Communes, t. Il, p. 141.
5 11 y avait, dès le commencement du xv e siècle (voy. la note p. 33), une rue qui portait déjà ce nom, mais dont la situation n'est pas connue. Un titre de M82 (Trésor des Charles, lay. Nancy V, n* 47) parle d'une maison en la rue du l'élit- Bourgel, ■ entre la ruelle qui va en la Neuve rue où est la Monnoic, devers l'bostcl Monseigneur le duc ».
aux courses de bague, combats à la barrière et autres divertissements du même genre. Vers lu fin du xvi c siècle, Jeau IX , comte de Salm , Paul son frère , et d'autres seigneurs firent élever, sur le côté oriental, des hôtels magnifiques, dont on peut avoir une idée en jetant les yeux sur les gravures que nous ont laissées Callot et Deruet.
C'est en 1551 que Christine de Danemark fit exécuter les travaux dont il vient d'être parlé ; la population de Nancy s'était alors notablement accrue : un rôle des habitants du faubourg Saint-Nicolas et de la ville, rue par rue, avec l'indication de leur profession «, nous apprend qu'il y avait alors, non compris le faubourg Saint-Dizier, qui formait uue communauté séparée*, 834 conduits imposables et 72 veuves ou demi-conduits, c'est-à-dire, 5,250 habitants, sans compter, comme toujours, les religieux et religieuses, les gentilshommes, les personnes attachées au service du prince , les pauvres et les mortes-payes ou soldats préposés à la garde des portes et des remparts. On peut donc évaluer la population à près de 7,000 âmes.
D'après un compte-rendu en 1580 par les collecteurs à la levée des sous pour les pauvres 3 (sorte d'impôt dont les gentilshommes et les ecclé>iastiques n'étaient pas
1 J'ai publié ce rôle dans le Journal de la Société d'Archéologie, année 1853-54. Voy. aussi mes Communes de la Meurthc, I. II, p. U2.
3 En (526, ce faulourg comptait 56 conduils, c'est-à-dire 336 individus (Trésor des Chartes, reg. B. 7019).
5 Trésor des Charles, reg. D. 7047.
exempts), on trouve, tant pour la ville que pour le faubourg Saint-Nicolas, 1,183 conduits et demi, soit 7,101 habitants, non compris les religieux, les pauvres et quelques autres catégories d'individus dispensés de celte contribution.
Dans le cours des années suivantes, et pour des causes qui ne sont pas connues, la population diminua dans une proportion remarquable : eu 1582, on ne comptait plus que 1,122 conduits et demi ; 1,085 en 1583, et seulement 1,038 en 1589. Je ne puis m'expliquer ces différences à des dates si rapprochées Tune de l'autre : les rôles de ces années donnent la nomenclature des mêmes rues, savoir : du Pelit-Bourgct, de la Boudière, Callcbras, dite des Maréchaux ; des Écuries, des Juifs, Saint-Michel, du Haul- Bourget, derrière les Cordeliers, Beynelle, aliàs Reculée; du Four sacré , des Étuves, Narxon ou Naxon, de la Monnaie, des Comptes, du Moulin ; la grande place (celle du Châtcl) ; les rues du Vieux-Change , de la Boucherie ; la place Saint-Epvre et la rue Neuve ; seulement, le faubourg Saint-Nicolas , indiqué dans le rôle de 1580, est remplacé par la ville neuve dans celui de 1589.
Ce fut vers cette époque que Charles III résolut d'augmenter Nancy et de le rendre digne d'être la capitale d'un État aussi florissant que l'était devenue la Lorraine. Ce prince avait embelli le Palais ducal, achevé l'Arsenal, fait renverser et reconstruire les fortifications de la ville vieille,
qui se trouvait ainsi transformée en une espèce de citadelle défendue par huit gros bastions.
En 1 588, on tra<;a l'enceinte de la ville neuve. Elle avait pour base , du côlé du uord-ouest , les trois bastions de Vaudémont , d'IIaussonville et des Michottes et les deux courtines qui les réunissaient , dans l'épaisseur de l'une desquelles était percée la porte Saint-Nicolas, destinée désormais à servir de communication entre les deux villes. Après avoir fait une saillie assez considérable vers l'ouest, l'enceinte se dirigeait du côté du midi en côtoyant l'étang Saint-Jean, coupait la route de Saint-Nicolas, s'étendait ensuite, au levant, dans la vaste prairie arrosée par la Meurthe et venait, par le nord-est , joindre le bastion de Vaudémont. Elle embrassait, de la sorte, le terrain occupé par les deux faubourgs mentionnés plus haut , et par les maisons de campagne et les jardins qui les environnaient. Quant au bourg de Saint-Dizier, regardé comme nuisible à la défense de la ville vieille, on résolut de le détruire, et les habitants, après avoir été indemnisés des pertes que cette démolition leur avait fait subir , furent invités à se fixer dans la ville nouvelle , dont la voie principale reçut le nom de Saint-Dizier, en souvenir de l'ancienne bourgade. Il n'en resta debout que trois maisons, qui devinrent le noyau d'un faubourg, aujourd'hui considérable, et qui a conservé celte dénomination. On ne toucha pas au faubourg Saint-Nicolas, composé d'une seule rue longue et
torlueuse ; mais, dans celui de Saiol-Thiébaul, on démolit les habilalions qui oe se trouvaient pas sur l'alignement. On traça sept grandes rues 4 allant du sud-est au nord ouest, et qui, par conséquent, présentant leur ouverture du côté de la ville vieille, pouvaient être enfilées , pour la plupart, dans toute leur longueur, par l'artillerie placée sur le bastion des Micholtes, sur celui d'Haussonville et sur les deux courtines les plus rapprochées. Ces rues principales étaient coupées à angles droits par six autres rues * se dirigeant du sud-ouest au nord-est. On réserva eulre les deux villes un large espace pour servir d'esplanade. Celle-ci s'étendait jusqu'à la rue actuelle de la Poissonnerie, dont un côté seulement fut garni de maisons ; on ménagea une place assez spacieuse entre la rue Saint- Dizier et la rue de l'Église (maintenant des Carmes) pour y construire un Hôtel-de-ville ; mais ce projet fut modiOé, et l'édiûce en question bâti à l'endroit occupé aujourd'hui par la place Mcngin.
On se mit peu à peu à bâtir. Les ouvriers qui étaient
' Les rues Saint-Nicolas , Saint-Dizier , de l'Église (des Carmes, Raugraff et des Qualrc-Eglises), des Pouls (de la Visitation et des Ponts), Notre-Dame, des Artisans cl Saint-François (Saint-Joseph et de l'Équitation).
3 Dites • traversantes savoir : celles de Saint- Jean (de lu Poissonnerie), des Moulins (Saint-Jean et Saint-Georges), Saint-Jacques (du Moulin et de la Fayencerie), la rue Neuve (de la Hache), celles de Crève et de l'Arche, dans le faubourg Saint-Nicolas. (Voy. au Trésor des Charles, reg. B. 7097.)
venus à Nancy pour travailler aux fortifications, résolurent de s'y fixer ; ils achetèrent des parcelles de terrain et construisirent quantité de ces petites maisons, dont il reste encore des échantillons dans quelques-uns de nos quartiers pauvres. Les gens riches les imitèrent, et bientôt on vit des habitations s'élever de toutes parts.
Le succès de son entreprise engagea Charles III à augmenter l'enceinte de la ville nouvelle : modifiaut le plan d'après lequel le bastion de Vaudémonl, qui appartenait à la ville vieille, et celui de la Madelaine, voisin de la porte Saint- Nicolas, devaient être unis par une longue courtine, il prescrivit (1G05) de reporter les fortifications plus près de la rivière ; ce qui permettait de tracer en cet endroit plusieurs rues larges et bien aérées, et d'assigner un emplacement convenable pour les jardins de l'hôpital Saint- Julien, qu'il avait transféré à la ville neuve.
Les plans des fortifications furent tracés par un ingénieur napolitain, nommé de Stabili ou d'Estahili, et leur exéculiou confiée à un ingénieur lorrain, Nicolas Marchai, dont les descendants existent encore *.
L'enceinte, après les modifications que le projet primitif subit en 1605, comptait huit énormes bastions unis par sept courtines. Le bastion Saint-Jean, qui regardait la commanderie de ce nom, se rattachait à celui des Mi-
' A Bruxelles.
chottes. Plus au midi se trouvaient les bastions Saiul- Thiébaul, de Saulru et Sainl-Nicolas ; au levant, ceux d'Haraucourt, de la Madelaine et Saint- (îeorges ; enfin, vers le nord-est, le bastion Saint- Jacques, qui allait, au moyen d'une courtine, se relier à celui de Vaudémout.
Les fortifications des deux villes étaient remarquables par leur solidité et leur magnificence. Les murailles proprement dites avaient une hauteur moyenne de cinquante pieds et une épaisseur proportionnée ; elles soutenaient des terres-pleins qui s'élevaient de cinq pieds au-dessus, et le revêtement, orné d'éperons et de cordons en pierres de taille , se composait de briques rouges et noires, disposées avec symétrie et traçant des losanges d'un assez bon goût. La base des murailles était en pierre jusqu'à la hauteur où l'eau pouvait monter dans le fossé , qui était profond de vingt-cinq pieds, large de soixante-douze et muni d'une contrescarpe en pierres de taille. Des guérites, d'une coupe élégante, se dressaient aux angles des baslions et dans le voisinage des portes. Celles-ci, qui sont au nombre de trois, et que l'on a conservées jusqu'aujourd'hui, mais en leur faisant subir des mutilations de tout genre, avaient été décorées par les meilleurs sculpteurs de la Lorraine, et nous pouvons nous faire encore une idée de leur beauté primitive La porte Saint-Nicolas entre les
' Ces portes ont clé gravées, an xtu° siècle, par Israël Sylvestre.
deux villes demeura ce qu'elle é luit ; mais on remania la porte Notre-Dame', tout eu laissant subsister ses deux grosses tours, et Ion perça, ii quelque distance, une nouvelle entrée , que I ou appela porte Nolre-Dame-des- Champs, et qui fut sculptée par le célèbre Florent Drouin *.
Charles III fit ainsi de sa capitale, suivant l'expression quelque peu emphatique d'un écrivain contemporain s , • le parangon des plus fortes cl plus belles qui se soient oncqucs veues », et « la réputation de cesle drsirée et désirable ville a esté agrandie jusques à faire sortir en effect ce proverbe : Que qui avoit maison à Nancy avoil chasteau en Lorraine • .
Après avoir indiqué les transformations que notre ville avait subies pour arriver au degré d'importance dont elle jouissait au commencement du xvu e siècle , je vais faire connaître les institutions et les établissements de tout genre qui s'y étaient créés. Je serai obligé d'entrer dans des détails parfois minutieux, de produire même quelques documents dont la lecture pourra sembler aride ; mais cette manière de procéder est indispensable si Ton veut conserver à l'histoire sa couleur locale et donner à chaque époque la physionomie qui lui est propre.
1 Voy. Digot, t. IV, p. 371-377, et le plan de Nancy qui accompagne la Pompe funèbre de Charles III.
1 Georges Aulbery, Histoire de la vie de saint Sigisbert
J'ai cru devoir adopter, pour celle partie de mon travail, les mêmes divisions que pour le corps de l'ouvrage ; de celte façon, chacun des sujets qui y sera traité formera un chapitre parfaitement di>tincl. Si ce mode parait nuire à l'ensemble , il a l'avantage de présenter les faits avec beaucoup plus de méthode et de clarté.
Actes constitutifs et politiques de la commune. — Privilèges et franchises. — Cérémonies publiques : réceptions de princes ; entrées solennelles des ducs ; pompes funèbres ; fêles nationales. — Nomination de députés aux États généraux.
Par lettres données à Troyes , l'an 1265, « le grand jeudi devant la résurrection Nostre-Seigneur », le duc Ferry III reconnaît, en présence de Thibaut, roi de Navarre et comte de Champagne, qu'il a mis à la loi et à la franchise de Beaumont ses bourgeois de Naucy, de Saint-Nicolas, de Lunéville, de Gerbéviller et d'Amance, et il s'engage solennellement à les y maintenir.
C'est tout ce que l'on sait relativement à cet acte d'émancipation, sur lequel je reviendrai plus longuement en parlant de l'administration communale. La charte de Ferry 1 , si toutefois elle nous a été intégralement conservée, ne contient aucune disposition particulière ; il y
1 Je l'ai reproduite dans mes Communes de la Meurthe, t. Il, p. 403.
a même lieu de supposer qu'elle resta sans eiïet, du moins pour Nancy, car pas un document postérieur n'y fait seulement allusion.
La première charte qui concède aux habitants de cette ville de véritables privilèges, est celle qui leur fut octroyée par René II, peu après sa victoire sur le duc de Bourgogne, victoire à laquelle ils avaient pris une part si glorieuse ; en voici le texte, qu'aucun de nos historiens n'a donné :
« René, duc de Lorraiue, marchis, comte de Vaudémont » et de Harrecourt , etc. A tous ceulx qui ces présentes » lettres verront, salut. Savoir faisons que nous, considé- » rans les bons, grans, fructueux et agréables services que » nous ont esté fait par noz bons et loyaulx subgetz les » manans et habitans de nostre ville de Nancy, et que si » vaillamment se sont portez et deffenduz à rencontre de ■ feu nostre oncle de Bourgoignc, lequel, à tort et sans > cause et contre raison, les avoit assegiez ; les grans » pennes et travaulx qu'ilz ont souffrit et enduré de jour » et de uuyt à résister à la force dudit duc de Bourgoigne ; » la grant pauvreté et deffaull de vivres qu'ilz ont eu du- » rant ce qu'ilz ont esté assegez, et la grant diligence qu'ilz » ont fait de réparer les murailles d'icelle ville, batues et » comme arrasées par force de l'artillerie dudit duc de » Bourgoigne ; voulans et désirans , à nostre pouvoir, les » récompenser de leurs dites perdes, affln qu'ilz puissent
» inieulx vivre et eulx entretenir soubz nous audit Nancy, » et que lesdits habilans et leurs successeurs soient plus » enclins à réédifier leurs maisonnemens et édiffices, qui » sont, à l'occasion desdites guerres , la pluspart arruy- » nées et destruictes, et que, à l'exemple desdils habitans » et du service qu'ilz nous ont fait, nos autres subgetz » nous soient doresenavant bons et loyaulx. Pour ces » causes et autres ptuseurs qui à ce raisonnablement nous » ont meu et meuvent, avons iceulx habitans de Nancy qui » à présent y sont demourans et qui se y viendront as- » seoir, aiïranchy et exempté, et par ces présentes aflran- » chissons et exemptons, noslrc vie durant, de toutes » tailles, traiz ordinaires, aydes, subeides cl subveucions » quelconques, ordinaires et extraordinaires, imposées ou » à imposer pour quelconque cause ou occasion que ce » soit ou puisse eslre en et par tout nostre duché de Lor- » raine, réservé de guet et garde, avecques autres charges » et devoirs que les taillables de noslredite ville doivent » aux esglises et autres personnes particulières d'icclle... » DounèàTouI, le quatorziesme jour de febvrier mil iiij c » Ixxvj (1477). Ainsi signé : René... •
Celle charte fut confirmée plus lard par René II, qui ajouta de nouveaux privilèges à ceux qu'il avait accordés aux braves et loyaux habitants de sa capitale.
Les chroniqueurs nous ont conservé le souvenir de la venue à Nancy de plusieurs princes et souverains, dont le premier parait avoir été le roi de France Philippe-le-Be!. Celui-ci voulant, sans doute, témoigner à Thiébaut II sa reconnaissance pour les services qu'il en avait reçus pendant la guerre de Flandre, et notamment à la bataille de Mons-en-Puelle , vint (1305) dans la capitale de la Lorraine, où le duc lui fil une réception magnifique et donna, en son honneur, des fêles « où furent joustes, coursiers et Iuileurs avec grand nombre de ménestrels, feux, ornemens et simulacres de guerre, dont fut le roy en grande joye et satisfaction >.
En 1303, l'arrivée de Marguerite de Bavière, la future épouse du prince Charles, depuis Charles II, fut aussi l'occasion de pompeuses réjouissances ; « il fut faict grand esbatlement, jouîtes, tournois, dances, les dames et damoiselles ».
Mais ce ne fut rien auprès des fêles qui eurent lieu, au printemps de 1445, lorsque le duc de Suflblk vint, au nom du roi d'Angleterre Henri VI, épouser la princesse Marguerite, fille de René I". La cour de Nancy vit alors réunis, outre un grand nombre de gentilshommes anglais, Charles VII, roi de France, avec la reine ; le dauphin et Marguerite d'Ecosse, sa femme; Isabelle, reine de Sicile, épouse du duc de Lorraine ; Jean de Calabre, leur fils ainé ; Antoine, comte de Vaudémont ; d'autres princes et
princesses de la famille ducale; Charles d'Orléans, les ducs d'Alençon et de Bretagne, « sept comtes, douze barons, vingt évéqucs » et un concours extraordinaire de dames et de gentilshommes. René I er donna ù ses illustres hôtes plusieurs tournois, auxquels lui-même et Charles VII voulurent prendre part :
Durant la feste eust joustes belles, Si y jousta le feu bon roy, Armé gentiment à merveille, En très-bel et plaisant arroy.
Aussi lisl le roy de Cécile, Monseigneur le comte de Maine, De Foix et aultres si joustèrent, En signe de joye et liesse, Et très-vaillamment s'acquittèrent, En tout honneur, loz et noblesse.
Au mois de juillet 1457, le duc Jean « festoya » à sa cour une troupe de seigneurs hongrois, que la Chronique évalue à cinq cents , « archevesques , évesques , princes, comtes, barons ». En 1473, Charles-le-Téméraire passa par Nancy, conduisant à Dijon le corps de son père Philippe ; enfin , trois rois de France , Henri 11 , Henri III et Henri IV y vinrent, à plus ou moins d'intervalle, le premier, allant (1555) se joindre aux princes d'Allemagne ligués contre Charles-Quint ; le second, n'étant encore que duc d'Anjou, allant (1573), accompagné de la reine sa mère et d'uue suite uombreuse, prendre possession du
trône de Pologne ; le troisième, enfin, venant (1603) rendre visite à sa sœur, la huguenote Catherine de Bourbon, mariée au fils ainé de Charles III.
Une des grandes cérémonies publiques , à Nancy, était l'entrée solennelle des ducs de Lorraine dans la capitale après leur avènement à la couronne. Arrivés à la porte de la ville, ils prêtaient, entre les mains du bailli, serment de conserver les privilèges de la noblesse, des gens d'église, des bourgeois et du commun peuple du duché. Lorsque le cortège était arrivé devant la collégiale Saint- Georges, le bailli jurait, au nom des trois ordres de l'État, d'être fidèle sujet du prince et de le défendre envers et contre tous. Pendant ce temps, le duc était assis « en un fauteuil de velours cramoisi, à cet effet dressé sur un tapis de point, guerdonné de frangemenls et points d'or, appuyé des coudes sur un petit autel qu'esloit en avant de luy et couvert d'un brocart ès armes et peodaus de la duché «.Cette formalité remplie, le prince, à son tour, prêtait serment de conserver les privilèges et franchises de la collégiale , et il laissait en offrande aux chanoines le cheval sur lequel il avait fait son entrée dans la ville. Un notaire, appelé à cet effet, dressait procès-verbal de celte double cérémonie dans la forme suivante :
« Très redoublé prince , par cest présent publique ins-
trument apostolique vous appeirc et à tous aullres évidemment, que Tan de ( incarnation Noslre-Seigneur mille quailres cent cinquante-trois..., le vingt-deuzime jour du mois de may.., environ deus horcs après nones..., en la présence de moy, notaire publique et juret de la court de Toul, et des nobles et lesmoingz subscripts, très-hault, puissant priuce et très-redoubté seigneur monseigneur le duc Jehan \ fil de roix de Jérusalem et de Sicile, duc de Lorrainne et de Calabre...., vint à Tune des portes de sa bone ville de Nancey, corn dit la porte la Craffe, et là trouvait honoraubles persones les seigneurs ecclésiastiques, c'est assavoir le prévosl Dcmenge et cbapille de l'église collégiale et canoniale monségneur sainct George..., estantz en lours habils de ladicle église, la croix précédent et plusieurs aullres sainetz joalz (joyaux) ecclésiastiques, où estoient venus processionalment, altendantz sa noble bien-
venue et descendue ; auquel lieu à piedz descendit et illec lour délivrait, comme chacun prince duc de Lorraine, de droit deu et de bon costume est tenu, ung suen noir cheval coursier sur quoy avoit chevalchiez, et acquit fuit à ladicle église, ausdit prévost et chanones d'icelle, selond sa fondation ; et ceu fait, mondit seigneur entrait après tout à piedz en ladicle Nancey, lesdits sègnours prévosl et cbapille, eu révérence de saincle église, processionalment précédaulz à tout ladicle croix et aullres sainetz joalz,
1 Jean 11.
reliques el saincluaires , tant de ladiete église comme d'aultres, accompagniez de révérend père en Dieu ségueur Anlhone , évesque d'Orenges , comme de grant quanlileis d'aultres nobles, chevaliers el escuiers et aullrc peuple, chsnlantz dévotement Veni crcalor Spiritus, etc., en jusques à ladicle église de mondit ségneur sainct George, en laquele, avec mondit ségneur le duc, enlrairent les dessusdits ; el vint mondit ségneur le duc davanl le grant aller de ladiete église, sur lequel estoil le précieux corps nostre ségneur Jésucrist, le messel parélement el pluseurs allies reliques, ossementz et saincluaires de pluseurs corps sainetz, et là s'engenoilla dévotemenl, en signe d'obéhissance, mondit ségneur le duc, en saluant le Créateur à sa dévotion , avec ledit sieur Demcnge , prévost de ladicle église , lyquel à mondil ségneur le duc dixt et proposait que, selond la fundation de ladiete église, il et chacun duc de Lorraiune et marchis estoil el esi tenu, en sa première bienvenue, novalilé et descendue en sadicle duchié de Lorrainne, de jurer et faire sairemenl solennè, par le sainct Sacrement , là présent , le sainct canon auci et autres saincls Évangiles de Dieu, qui (qu'il) tanroit et garderoit, tenir el garder feroit, bonnement et léalment, comme noble prince sen reproche , vrail justicier, léal et naturel ségneur, doiclurier et franc duc de Lorrainne et marchy, toute sa vie durant , toutes les franchises et liberlei de ladicle église cl de toutes les personcs d'icelles,
présentes et advenir, contre et envers tous. Ht aiusy solennément le promit et jurait mondit ségneur le duc desur nomei ; et, à sa requesle, incontinant, selond ladicte fuution, ledit prévost Demenge, on nom de ladicte église, de sadicte prévosté et de tout ledit chapille , pour les choses dessusdictes eslre plus affermées , reprinl humblement de mondit ségueur, de main et de bouche, tout le temporel de ladicte église canoniale et collégiale 1 ... »
La prestation de serment à la porte de la ville avait lieu comme l'indique le procès-verbal ci-après, le plus ancien qui nous ait été conservé :
« En nom de Dieu , amen. Par cest présent publicque instrument appère à tous évidemment que, l'an de l'incarnation Noslre-Seigneur courante mil quatre cent septanteung, l'indiction quarte, le septiesme jour du mois d'aoust, à environ six heures après midy, ... à l'entrée de la ville
de Nancy, devers la porte dict la porte la Crafle, et
devant l'huis de la porterie d'icelle, en présence de moy notaire publicque et des tcsmoings soubcriplz, constitué en propre personne très-haull et puissant prince et seigneur monseigneur Nicolas, filz du roy de Jérusalem, de Sicillcs et d'Arragon, etc., duc de Calabrc et de Lorraine, marchis, marquis du Pont,. . . et seul filz naturel cl légitime de feu de glorieuse mémoire le duc Jehan, . . . accompagné de plusieurs seigneurs et gens de son hostel, d'une
' Archives de la Meurlhe, fonds de la collégiale Saint-Georges.
part, el grant nombre des nobles seigneurs et gens il église, bourgeoys el commun peuple audicl duchié de Lorraine, qui esloient allez au-devant de mondict seigneur le duc pour le recepvoir comme duc dudict duchié, et raccompagnèrent à l'entrée de Nancy, comme il est de coustume, daultre part ; noble seigneur messire Jacques de llaraucourt , chevallier, bailly de Nancy, illec présent et parlant pour el au nom desdicls nobles seigneurs et gens d'église , bourgeoys et commun peuple* dudict duchié de Lorraine , adressa ses parolles ;i mondict seigneur le duc, dict et proposa eu effect ce que s'ensuit : « Mon très- redoublé el souverain seigneur, vous plaict-il faire les sermens et debvoirs que voz prédécesseurs ducs de Lorraine ont accoustumé faire, de toute anciennelé , à leurs nouvelles réceptions en cesle duchié de Lorraine et à leur première entrée de ceste ville de Nancy? » — A quoy mondict seigneur le duc respondit : « Oy, volonlicr. » — Sur ce reprint ledicl messire Jacques la parollc el dict : • Mon très-redoublé el souverain seigneur, vous jurez et promeclez doncqucs léallement , solennellement et en parolle de prince, que vous garderez, maintiendrez et entreliénerez les trois Estais de cesle voslre duchièc , c'est assavoir les nobles, gens d'église, bourgeois et peuple, en leurs anciennes franchises, libériez el usages qu'ilz ont ehuz de vosdicts prédécesseurs, et de ce baillerez voz lettres patentes ainsy que iceulx voz prédécesseurs ont
faiet. » — Lors et sur ce mondicl seigneur le duc respondit en sa personne : « Oy, vraiment. » — Desur toutes lesquelles choses devant dictes, ledict messire Jacques de Haraucourt, pour et on nom que dessus, en rcquislà moy, notaire soubscripl, en estre faict à tous ceulx qui se puet toucher ung ou plusieurs instrumens. Lan, indiction, le jour,. . . dessus dicls. Présens révérend père en Dieu et seigneur monseigneur George de Baden, évcsquc de Metz ; noble cl puissant seigneur monseigneur Olry, sieur de Blammont ; dammoiseul Symon Wecler, conte de Deux- Ponts et sieur de Bilche ; messire Hardouyn de La Jaille et messire Hanry Beyer de Boparten , chevalliers, avec plusieurs aullres nobles, chevalliers, escuyers, gens d'église , bourgeois et commun peuple , tesmoings appeliez ad ce et requis* ».
Les entrées solennelles des autres ducs, qui eurent presque toujours lieu, à partir de René II, par la porte Saint-Nicolas, se firent avec beaucoup plus d'apparat ; on en pourra juger par le procès-verbal, que je donnerai, de l'entrée de Charles IV.
La réception des duchesses de Lorraine à Nancy ne semble pas s'être faite, d'ordinaire, avec une pompe officielle, si I on n'excepte toutefois celle de Renée de Bourbon, épouse du duc Antoine. La Chronique nous a con-
1 Trésor des Chartes, reg. B. 307.
servé le récit de celle réception, qui mérite d'être rappelée, parce qu'elle eut un caractère toul particulier.
Cette princesse , ayant quitté Bar-le-Duc dans les derniers jours du mois d'avril 151 G, avec une suite nombreuse, arriva au village de Laxou, qui était autrefois traversé par le chemin de Toul. « Tous hommes ei femmes, jeunes tils, jeunes tilles, tous luy allirent au devant ; tous la menèrent à Laixou, toutes jeunes femmes et fllles chantans joyeusement ; audit Laixou furent préparéez trois ou quatre maisons des plus belles, et force losges de mayes (de verdure), et là feirent descendre .Madame et toutes les aultres dames et damoiselles toutes femmes dudict Laixou ; luy fut apporté force tartes, pommes, poires, vin rouge et cléret, et là feirent la bonne chière. Elle demeura là jusque vers les six heures • et se disposa à gagner Nancy.
Les habitants de la capitale ne négligèrent rien pour donner à leur nouvelle souveraine des preuves de leur affection. « Nancy, toute l'Église premier, pourtant le cuisseau Monsieur sainct George, allirent au devant hors des portes Saint-Nicolas ; tous les petits clercs tous en serpelis blancs, à chascun une verge en la main, au bout un escusson aux armes de Lorraine ; après, toute la seigneurie ; après, les enfans de Nancy , en nombre de six cens, les ungs veslus de blanc, grands plumaiges sur leur leste, les aultres veslus de noir, et tous pourlans armes, les uns espées nues, les aultres picques, les aultres hallebardes ;
avec six ou sept gros tabourins , tous allireot au devant jusques près de ladicte Laixou, excepté ceulx de l'Église, en laquelle restoil le souffraganl (de Toul) et sept ou huit abbez porlans ta crousse, avec tous chanoynes et aultres prestres. Ceulx des boullewarts à grauds coups d'artilleries à puissance tiroienl. Ladicte Dame venant près de la porte, le souffraganl meist hors le cuyssal Monsieur saincl George et le donna à baiser à Madame. Les chantres estoient auprès de ladicte porte sur un eschauflau , veslus de deux couleurs, pers et vers * ; l'un d eux adressa à la duchesse le compliment qu'on va lire , et le chœur chanta un couplet, qui sont un échantillon curieux de la poésie officielle au xvi e siècle :
Très-haulte souveraine Princesse, De Lorraine el Bar Duchesse, Bien soyez venue à Nancy.
Dame, de Vaudémont Comtesse, Ensemble loute ta noblesse, De bon cœur vous salue aussy.
Dame triomphante, magnificque, Vaisseau rempli de prudence, De Bourbon, Maison autenlicquc, Issue de couronne de France, De nos coeurs vous faisons offrance, Combien que soyons gens per-verts ; Et pour vous faire obéyssance, Tous nos trésors vous sont ouverts.
Doulceur longuement désirée En ce bon pays de Lorraine,
Où perles et mines sont trouvée*, Sallines et choses souveraines, Vostrc plaisir soit d'estre humaine A vos obéyssans subjecls ; Car pour vous, soyez en certaine, Tous nos trésors vous sont ouverts.
Sy, gros Lorrains, parlons par vers Tenans forme de rétoricque, Loyaux sommes, et non pervers, Et qui nous poinct ( très-fort se picque.
Dame, nostre voulloir s'applicque A vous servir sans nul travers, Et, pour descouvrir la musicque, Tous nos trésors vous sont ouverts.
Princesse, s'il vous plaist, ouyrez, Ici présens vostre noblesse, La chanson, puis vous marcherez.
chanson.
Vive le Duc et la Duchesse Dame Renée de Bourbon, La souveraine Princesse De Lorraine, le pays bon !
Vive le Duc et la Duchesse De Lorraine, le pays bon, Dame Renée de Bourbon !
« Tout cela accomply, ajoute la Chronique, quatre gentilshommes, tenans ung ciel (un dais) semmé de chardons, le meirenl dessus Madame, toute la noblesse la me-
1 El qui nous attaque très-fort se pique. C'est une version de la devise de Nancy : Qui s'y frotte s'y pique, ou Non inultu» premor.
nirent en la Court (le IVais ducal), la noble maison, » où les attendait un repas splendide.
Les cérémonies qui avaient lieu à l'entrée de nos souverains dans leur capitale, n'étaient rien en comparaison de celles qui se célébraient à leur mort : Dom Calmet 1 a retracé longuement les funérailles de François I er , et Claude de La Ruelle a consacré un volume tout entier à la description de la pompe funèbre de Charles III. Il ne m'est pas possible de reproduire , ni même d'analyser * celte description ; je me bornerai à renvoyer aux magnifiques planches qui accompagnent l'édition imprimée par Biaise André et Jacob Garnich : elles justifient ce diclou bieu connu, que les trois plus belles cérémonies qui se pussent voir en Europe, étaient l'enterrement d'un duc de Lorraine à Nancy, le couronnement d'un empereur d'Allemagne à Francfort, et le sacre d'un roi de France à Reims.
J'entrerai dans plus de détails au sujet d'une solennité religieuse et patriotique à la fois, qui rappelait une des pages les plus glorieuses de l'histoire de Nancy, et était sa fêle nationale par excellence : je veux parler de la procession de la veille des Rois, instituée par René II en souvenir de sa victoire sur le duc de Bourgogne.
• Histoire de Lorraine, l. Il, col. JÎ77 et suiv.
3 H. Digot l'a fait dans son Histoire de Lorraine, t. IV, p. 390 et sait., et Lionnois, t. I, p. 1 63.
A quatre heures du malin, les trompettes et la musique réveillaient les habitants, pour indiquer qu'à celte heure René avait fait sonner la diane à Saint-Nicolas ; à neuf heures avaient lieu des salves d artillerie , et une distribution aux bourgeois peu aisés, sur des billets donnés par les vicaires des paroisses, de vivres en quanlilé proportionnée au nombre des membres de leur famille. Puis on allait à la messe, en mémoire de celle que le duc avait fait célébrer à Saint-Nicolas; il y avait de nouvelles salves d'artillerie, et, à l'issue de l'office, on se metlait à. table et on lirait les Rois. Le soir, à l'heure où René était entré à Nancy pour aller dans l'église Saînt-Georges remercier Dieu de sa victoire, la processiou se faisait à la lueur des flambeaux. On y étalait tous les trophées pris sur les Bourguignons : l épée et le casque de Charles-le-Téméraire y figuraient, portés par deux gentilshommes, et la fameuse tapisserie qui lui avait servi de tente, décorait les murs de Saint-Georges et du Palais ducal.
Cette procession, interdite tant que les Français occupèrent la Lorraine, fut rétablie sous le règne de Léopold, puis enfin supprimée, en 1757, par le roi Stanislas ou, plutôt par celui qui gouvernail en son nom, et dont tous les efforts tendaient à effacer les souvenirs glorieux de notre ancienne nationalité.
Ou n'a d'autre description officielle de celte solennité que la délibération suivante, consignée dans les registres
capitulaires de Saint-Georges, à la dale de 1715, c'est-àdire à l'époque de son rétablissement par Lèopold.
« L'ordre de la proccssiou générale ayant été donné dès la veille par S. A. B., le sieur Marcol, prévôt de la ville et lieutenant général de police, Gt faire sonner les cloches et carillonner dans toutes les églises de la ville, séculières et régulières, depuis six heures du soir jusqu'à sept, et le lendemain, M. d'Haussonville, grand maître de l'artillerie, fit faire une décharge générale du canon de la ville et de la citadelle, à quatre heures du malin.
» A neuf heures , la Cour souveraine , la Chambre des Comptes, le Bailliage et l'Hôlel-de-ville se rendirent dans notre église, eusuile de l'invitation du sieur Gesner, grand maître des cérémonies, de même que tous les corps ecclésiastiques, séculiers et réguliers, ensuite de l'invitation du lieutenant général de police. Le chapitre de la Primaliale s'y rendit de même, et comme les chanoines s'étaient voulu emparer des stalles du chœur du côté droit... , la Cour souveraine les fit presque tous descendre pour s'y placer ; elle y resta jusqu'à la marche de la procession. M. de Mahuel, premier président, occupait la première stalle du côté du grand autel, et après lui tous les conseillers, suivant leur rang. La Chambre des Comptes se plaça dans les stalles du côté gauche, selon la même disposition. L'Hôtelde-ville se mit dans les stalles basses du même côté, et le Bailliage était dans celles du côté de la Cour souveraine.
» Tous les corps ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers, de même que les avocats et procureurs, étaient dans les collatéraux, et les curés des trois paroisses étaient restés dans la nef.
» L'autel était paré de l'ornement rouge broché d'or, pour la solennité seulement de la procession , et i» cause des reliques 1 de saiut Georges. L'autel était orné de toute l'argenterie, et le chef de saint Georges était au milieu, sur le tabernacle ; ses reliques étaient sur un petit autel préparé devant le maître-autel.
» Au moment où le chapitre apprit que S. A. R. descendait pour se rendre à l'église, les chanoiues sortirent en chappes de la sacristie, se partagèrent de chaque côté du mailre-aulel, M. le prévôt se mit au milieu avec le diacre et sous-diacre et les choristes avec les chappes rouges de drap d'or, données à l'église par le marquis de Bièvre, gouverneur de Nancy pour le duc de Bourgogne, Charles-le-Hardi, en 1477.
» S. A. R. descendit par la tribune avec Monseigneur le prince Charles, archevêque et électeur de Trêves ; Monseigneur le prince François, abbé de Stavelo, ses frères, et avec toute sa cour ; les princes se mirent à genoux sur
1 Parmi ces reliques, dont j'ai donné l'inventaire à la suite de ma notice sur la collégiale, figurait, en première ligne, l'os entier d'une des cuisses de saint Georges, provenant de l'église du prieuré de « Saint-Honoré de Alischamps, hors des murs de la cité d'Arlc • , et que le roi René avait donné aux chanoines en 1461.
un priez-Dieu à côlé de l'Évangile. Le tapissier de la cour avait paré le priez Dieu d'un grand tapis velours cramoisi à crépines d'or, avec trois carreaux de môme ; celui du milieu élail pour l'Électeur, celui de la droite pour S. A. R., et celui de la gauche pour le prince François.
■ Aussitôt le grand maître des cérémonies fit défiler la procession, et, à l'aide de quelques exempts des gardes du corps, il fit marcher tous les corps suivant leur rang.
» La procession commença 1° par les Pénitents; T par les Ermites de la banlieue de Nancy ; 3° par les RK. PP. Auguslins; 4° par les RR. PP. Dominicains; 5° par les RR. PP. Tiercelins; 6° par les RR. PP. Minimes ; 7° par les RR. PP. Capucins ; 8° par les RR. PP. Cordeliers, tous précédés de leur croix.
■ Après les corps des religieux, qui marchaient ainsi selon l'ancienneté de leur réception dans la ville, suivaient les corps de justice : 1° Messieurs les magistrats de l'Hôtel -de-ville marchaient les premiers avec leurs ofGciers; 2° marchaient les procureurs du Bailliage, puis ceux de la Chambre des Comptes et ceux de la Cour, ensuite les avocats, tous avec leur robe de palais ; 3° Messieurs les conseillers du Bailliage ; 4° Messieurs les conseillers maîtres des Comptes, en robe de velours noir sur une longue veste de salin cramoisi avec une grande ceinture d'or, ayant à la tète de leur corps une partie de la
compagnie des archers de la maréchaussée; 5 - le reste de la même compagnie suivait, commandé par le grand prévôt avec son lieutenant. Immédiatement après, suivaient Messieurs de la Cour souveraine en robe rouge; M. l'abbé de Domèvre, conseiller-prélat, précédait M. le premier président.
» Ensuite suivait le clergé séculier, MM. les curés des trois paroisses des deux villes, avec leurs prêtres, tous en chappes; MM. les chanoines de la Primatiale et de notre église, tous en aumusse, surplis et bonnets carrés, et en chappes, sur deux colonnes, chacune des colonnes terminée par les choristes des deux chapitres, qui suivaient les dignitaires et qui finissaient le clergé séculier devant la relique; les croix et les vergers étaient à la tète de chaque colonne.
» La procession marchant en cet ordre, nos diacre et sous-diacre mirent la relique du saint sur leurs épaules, en même temps, nos choristes entonnèrent l'hymne Deus tuorum militum, marchant devant le dais avec ceux de la Primatiale. Le dais fut porté, par ordre de S. A. R., par quatre capitaines de la bourgeoisie, avec quatre enfants de chœur, en tunique et surplis, portant chacun un flambeau.
• M. le prévôt suivait immédiatement la relique, en rochet, eu étole et en chappe, avec son bâton , comme officiant.
» Nosseigneurs les princes fermaient la procession : l'Électeur avait la place d'honneur, ayant à sa droite S. À. R., et à sa gauche le prince François. S. A. R. avait auprès d'elle son grand aumônier et son confesseur, tous deux en rochets, manteaux longs et bonnets carrés. Les princes Camille et d'Harcourt, avec tous les grands de la cour, suivaient.
» Les trompettes et les timbales de S. A. R. attendaient à la porte de l'église ; ils se mirent entre les choristes, et sonnaient alternativement après que les choristes et les chanoines avaient chanté une strophe des hymnes Deus tuorum militum et de Marlir Dei qui unicum. On ne chanta que ces deux hymnes sur le ton d'Hostis Herodes impie ; elles furent répétées à proportion de la durée de la procession.
» Immédiatement devant les trompettes, marchait, entre les deux colonnes de chanoines, le lieutenant corn-
mandant les Cent-Suisses, portant, au bout d'une pique, ornée d'une écharpe de taffetas vert à crépine d'argent, le casque du duc de Bourgogne, Charles-le-Hardi. Aux deux côtés du lieutenant commandant marchaient deux Suisses portant chacun sur l'épaule une longue et large épée à deux tranchants, ou espadon, trouvée à la bataille de la défaite du duc de Bourgogne. La compagnie des Cent-Suisses, habillés en habits de cérémonie, commandés par M. le marquis de Lunati, colonel, accompaguait la re-
lique, sur deux colonnes, avec leurs hallebardes sur l'épaule ; ces deux colonnes commençaient à la téte des colonnes des deux chapitres.
» La procession passa par la Carrière, du côté droit ; elle alla aux Dames Précheresses par la rue des Maréchaux. Le régiment des Gardes était en bataille sur la place Carrière. Toutes les rues étaient bordées, de part et d'autre, des compagnies des bourgeois, en armes, avec leurs drapeaux.
» La procession entra dans l'église des Dames Précheresses. La relique de saint Georges ayant été posée sur un petit autel préparé, nos chantres eutonnèrent une antienne du commun d'un martyr, après laquelle M. le prévôt dit la collecte de saint Georges. La même cérémonie s'observa dans l'église de la paroisse Saint-Epvre et dans celle de Notre-Dame, dans lesquelles les choristes chantèrent une antienne en l'honneur de saint Georges, et M. le prévôt dit la collecte.
» Au sortir de la paroisse de Notre-Dame, la procession vint dans l'église des Cordeliers par la rue du Haut- Bourget. Tous les corps séculiers et réguliers enlrèreut dans l'église et s'y placèrent dans le même ordre et rang qu'ils avaient gardé dans notre église. La relique fut portée sur le tombeau du duc René, qui était préparé et orné de tapis et cierges. Nos chanoines se placèrent à côté, et M. le prévôt au-devant, avec les. diacre, sous-diacre et
choristes. L'ancien des choristes ayant annoncé le Te Deum à M. le prévôt, M. le prévôt l'entonna à haute voix; il fut chanté alternativement avec l'orgue, lequel étant fini, nos choristes dirent le verset Bcnedicamus patrem, etc., et M. le prévôt dit la collecte Deus cujus misericordiœ, etc. ; après quoi les choristes annoncèrent le De profundis du saint roi, et M. le prévôt dit la collecte Inclina, etc., pro anima Renali régis et ducis, ensuite il jeta de l'eau bénite sur le tombeau, puis Messeigneurs les princes.
> Toutes les prières étant finies, la procession revint dans notre église ; tous les corps séculiers et réguliers y entrèrent ; la relique fut déposée sur le petit autel préparé; on chanta une antienne ; M. le prévôt dit la collecte, après quoi Messeigneurs les princes montèrent à la tribune , et tous les corps se retirèrent , à l'exception de la Cour souveraine et de la Chambre des Comptes , qui entendirent la messe, placées toutes dans les stalles, comme elles avaient été auparavant la marche de la procession ».
J'ai peu de chose à dire du rôle que joua la capitale dans les anciennes assemblées des États généraux de Lorraine, dont la plupart des sessions se tinrent à Nancy. Longtemps ces assemblées n'eurent de représentants que dans le clergé et la noblesse, et il ne parait pas que la bour* geoisie, ou le tiers, y ait été appelée avant le commence-
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