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ment du xv e siècle. On ne sait pas non plus, d'une manière certaine, en quel nombre les villes y envoyaient des députés, ni comment ces derniers étaient choisis : on présume qu'ils l'étaient par le prévôt et les échevins ou autres magistrats de la ville , soit parmi les échevins eux-mêmes, soit parmi les plus notables bourgeois.
A défaut d'autres renseignements, on sera peut-être curieux de connaître dans quelle forme avait lieu la convocation du tiers état à ces réunions ; voici la formule d'une lettre adressée par Charles III « à ses chers et bien aimés les prévost, gens du Conseil, bourgeois et habitans de la ville de Nancy » :
• De par le duc de Calabre, Lorraine, Bar, Gueldres, etc.
• Chers et bien aymés, depuis la tenue dernière des Estais, Nous estans survenus affaires qu'inporlent au publicque, et qui semble estre disposez à estre rèputez au général , Nous avons trouvé expédient de convocquer et faire réassembler lesdicts Estais au quinziesme du mois de décembre prochain, en ce lieu de Nancy, où Nous désirons que vous vous y trouviez à la.gisle, pour le lendemain oyr ce qui vous sera plus particulièrement proposé de nostre part ; et Nous assurans qu'en ferez debvoir, Nous prions Dieu, chers et bien amès, qu'il soit garde de vous. De Nancy, ce vj de novembre 1 602.
» Charles. Baillivy. »
Le jour indiqué dans les lettres pour l'ouverture des Étals, les trois ordres se réunissaient dans une des salles du Palais ducal , ordinairement la galerie des Cerfs. Les députés du tiers suivaient entre eux le rang des villes qu'ils représentaient ; ceux de la capitale étaient donc les premiers. Après l'élection des présidents, choisis parmi les ecclésiastiques et les gentilshommes , les trois ordres tenaient des réunions séparées où l'on examinait les propositions dont les États venaient d'être saisis, et où l'on préparait celles qu'on voulait leur soumettre dans les séances suivantes. Chacun des membres du clergé et de la noblesse et chacun des députés du tiers faisait part des griefs que l'on avait contre les officiers du prince. Ces sortes de cahiers de doléance étaient rédigés, pour les villes, dans les conseils qui nommaient leurs représentants *. On peut juger de la forme dans laquelle ils l'étaient, par la pièce suivante, un des rares documents de ce genre que l'on possède ; elle porte la date de 1593, et présente un triste tableau de la situation dans laquelle se trouvaient alors les habitants de Nancy, et des charges de toute nature qu'ils avaient à supporter :
■ Articles des griefz que les prévosl et trois commis de ville de Nancy, au nom des habitans et commuuaullé dudit lieu et ville nœuve, présentent en toutte humilité et rêvé-
1 Je renvoie , pour plus de deuils sur les Etais généraux, au travail publié par M. Digol dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas, I884.
rcnce à Son Altesse et Messeigneurs tenant les Estatz de ses païs, et qu'ilz supplient très-humblement estre entendues et considérées, pour estre proveu et remédié aux foulles qu'ilz supportent, ainsy que de raison.
» Premièrement, Sou Altesse et mesdils sieurs des Estatz sçavent assés amplement comme (pour les bons et fidelz debvoirs , loyaullez et diligences faictes par leurs prédécesseurs habilans au recouvrement de laditte ville , d'où dépendoit tout le pays , à ('encontre du duc Charles de Bourgongne, ses rèeddificalions des maisons d'icelle quilz (qui) estoienl la pluspart ruynées et abbatues, et aullres grandes calamitez de famine et aullremenl par eux souffertes), feu, de très-heureuse mémoire, le roy René de Cicile, les voulant condignement recongnoistre de leurs mérites, et affin d'accroistre et continuer telles bonnes volontez ausdils habilans et à leurs successeurs , pour en faire de mesme sy tel cas eschéoit, les auroit, pour signe et mémoire perpétuelle à leur postérité, et pour luy et ses successeurs duez de Lorraine, aiïranchiz et exemptés de tous traiclz, tailles, aydes, charges, ban-vin et aultres impostz. . ., ainsy que leurs lettres et chartes , confirmées et ratiflîées jusques à présent, le contiennent plus amplement.
» Néaumoings, oultre le debvoir qu'ilz font aux logemens ordinaires des gens de la suitte et officiers de la maison de Son Alteze, qui, de tout lemps, tiennent chambres,
garderobbes , estables et aullres commoditez en la plus grande partye des maisons desdits habitans, ilz sont encore chargés de loger les gardes des suisses (la garde suisse du duc), harquebuziers à cheval et soldatz à pied de la garnison, fournir à iceulx de licts et linges à eulx nécessaires ; qui leur revient à une infinité de fraiz.
• Mesme que, par l'érection et eslèvement des nouvelles fortifications faicles en ladicte ville nœuve, une grande partie desdils habitans ont perduz et n'ont plus le raoien qu'ilz avoienl paravant de se pouvoir nourir oy losger, tant pour y avoir heu bon nombre de maisons abatues, que aussy des terres arrables et jardinages employées à dresser les rues , et de quoy ilz souloieut retirer beaucoup de revenus pour fournir à leurs entretiens ; de manière que plusieurs se tiennent aujourd'huy mendians par les rues, pour eslre du tout ruynez et appauvris, qui paravant souloicnl estre losgez et gaignoienl leurs vies honneslemenl ; ayans aussy lcsdils de la ville nœufvc, en peu de temps, pendant l'érection desdittes nouvelles fortiffications, supporté grands frais à cause des pavelz au-devant des maisons d'icelle levez et rassis, tantost d'une sorte et après d'une aultre.
» Semblablement, pour l'obéissance que naturellement ilz doibvent à Son Altesse, comme ses très-humbles et obéissans subjectz, et suyvant son ordonnance et commandement , ilz n'ont dcflaillis aucunement , ains se sont
employés et employent encor continuellement, et de jour à aultres, à la garde desdittes nouvelles forlifûcalions , sortants de leurs maisons et habitations, qui demeurent en danger et péril tel qu'il peult advenir, soit de feu ou aultre, et que, pour estre enfermez, ilz ne sçauroient secourir de leurs personnes ; estant à noter que souvcntefois advient que, venant le tour de roole de plusieurs pauvres artizans et manouvriers de monter en garde, et n'ayans la commodité d'y comparoir, soit par inconvalessence de leurs personnes, viellesse on aultre excuse légitime, sy est-ce que, nonobstant cela, et pour quelque pauvreté qui les tienne et n'ayent moyen de norrir eulx, leurs femmes et familles, pour le peu de gaing quilz font , à l'esgard de la grande chèreté qui règne ; encor seront-ilz conlrainctz de mectre en gage ou vendre tant peu de mœuble qu'ilz peuvent avoir, ou donner leur travail par journées et aultrement, affin de pouvoir payer ung homme quilz y meclronl.... Et s'en treuvent plusieurs tant en arrière et ruynez , que , par ce moyen, diminuent les conduicts de ladicte ville, joinct que, n'y pouvant plus fournir, se rendent soldatz de la garnison, et, y estans receu, apportent diminution de bourgeois, au préjudice des aultres et des deniers qui se lèvent sur eulx, tant pour les solz que aultrement.
» Et combien que, depuis la concession à eulx faicte de leursdittes lettres de franchise et exemption, ilz n'aient estez altenus à aultres impositions, sinon au payement des
trois francs par conduict chacun an , que Ton appelle les solz, par leurs successeurs (prédécesseurs) volontairement accordez de payer pour fournir à quelque nombre d'hommes surnommez morls-payez (mortes-payes), tant et sy longuement qu'il n'y auroit garuison en laditte ville, et qu'ilz ont continuez et continuent nonnobslant laditte guarnison.
» Si est-ce que , depuis les troubles de la guerre régnante présentement, il s'est accordé plusieurs deniers, aydes et subsides , tant par Estât qu'aultrement , sur les pays de Son Alteze ; et nonobstant que , par leursdittes Chartres, ilz en deussent estre deschargez, et n'y estoient comprins, ilz auroient louteftois , pour la continuation du bon zélé et aflectiou qu'ilz ont au bien, manutention et deffence desdicts pays, ne dérogeans aux vestiges de leurs prédécesseurs, payez l'impost des bouches, ceulx des cheminées et àtres et louttes aultres impositions mises sur les achaptz, ventes et distributions de toultes espèces de marchandises, tout ainsy que aultres villes et bourgs qui ne sont fournis de filtres et charires d'ancienne franchise, comme eulx, ny chargez continuellement de losgemens des gens de la court, gardes des suisses et gens de chevaulx et à pied de la guarnison ordinaire, comme cy-dessus est déclairé.
• Sans y comprendre les crowées qu'ilz font ung jour de la sepmaine ausditles forlifficalions de ladicle ville
nœufve et ancienne , jà depuis deux à trois ans , et qui escheut assés souvent , en telle sorte que , le marit estant en garde, conviendra que, le mesme jour, sa femme compara à la crowée ; qui revient à uue très-grande mizère et pauvreté à l'esgard de plusieurs, mesme que, en peu de temps, ilz ont levez sur ladicte communaullé grands deniers pour l'érection d'ung hospilal nœuf, non encor parachevé, comme aussy six à sept milz francs, tant pour quatre cloches faictes à nœuf en leur paroisse Sainct-Epvre, que pour le relèvement et construction qu'ils sont prestz à faire des ponts des deulx portes de laditte ville, l'entretènement aussy des trois portes et ponts de la ville nœufve, payement de trois cenlz francs par an pour le guet non accoustumé du passé, et mis, depuis deulx ans enyà, sur le clocher de ladicte paroisse Sainct-Epvre.
» Soub espérance que, à la première assemblée (J'Estais qui se feroit, ilz ne seroient plus avant recherchez à cause des charges qu'ilz supportent, contre et au préjudice de leursdilles lettres et Chartres ; et partant supplyent , ledit prévost et commis de ville, avoir en ce que dessus bégnin esgard, et descharger les habitans de ladicte ville vieille et nœufve de ce que pourroit , cesle fois , estre accorde à ceste présente assemblée des Eslatz. »
Administration communale. — Commis el receveurs de ville ; — prévôts ; —
baillis; — gouverneurs.
Il a été dit plus haut qu'en 1265, Ferry III avait donné des lettres par lesquelles il promettait d'entretenir à ses bourgeois de Nancy leurs franchises et coutumes, ainsi qu'en jouissaient ceux de Beaumonl en Argonne. C'est tout ce que dit la charte du duc, sans énumérer les franchises 1 octroyées, ou plutôt confirmées par lui aux habitants de sa capitale. Avaient-ils obtenu la loi de Beaumont dans toute sa plénitude , ou bien , ainsi qu'il arrivait fréquemment, seulement dans certaines limites? C'est ce qu'aucun document antérieur ou postérieur à 1265 ne nous apprend.
On sait que, par un des articles de cette loi , l'administration de la commune était confiée à un mayeur et à plusieurs jurés choisis par les bourgeois ; ces magistrats n'exerçaient leurs fonctions que pendant une année, après laquelle ils étaient rééligibles ; mais il fallait , pour rester en charge, obtenir l'unanimité des suffrages. Le mayeur et
1 On a vu (p. SS) qu'à leur entrée solennelle dans la capitale, les dues de Lorraine juraient de maintenir les trois ordres de l'État dans les anciennes franchises, libertés et usages qu'ils avaient obtenus des précédents souverains. Est-ce une allusion à la charte de Ferry III ? Cela est probable, quoiqu'il ne soit pas absolument permis de l'affirmer.
les jurés rendaient la justice , cumulant ainsi les attributions administratives et judiciaires.
Or, rien n'indique que la ville de Nancy ait^u jamais une semblable forme d'administration : on voit seulement, par deux titres, l'un de 1 142, l'autre de 1 159, mentionnés précédemmenl qu'il y avait, à la première de ces dates, un prévôt (preposilus), qui n'était, assez vraisemblablement, qu'un officier du prince ; et, à la seconde, un maire (villicus) ; c'est tout ce que nous savons , et, depuis celte époque jusqu'à la fin du xiv c siècle , on ne trouve aucun document qui permette de dire comment la cité était régie.
Un litre du 13 décembre 1391 jette quelque jour sur celte question , sans toutefois la résoudre d'une manière satisfaisante : c'est un acte de la veule d'une rente de 125 francs d'or, faite au profit d'un citain de Pont-à-Mousson par le prévôt de Nancy et plusieurs bourgeois , « fai- » sans et représentans toute la communaulté, assembleiz » en l'eccleize parrochiaul de lidicte ville par voix de » sergent ou doyen, si comme il ont accouslumé à faire » pour teil cas * ».
Ainsi, c'est le prévôt , conjointement avec quelques notables, délégués par leurs concitoyens et réunis suivant l'usage, qui passe les actes au nom de la communauté, soit en qualité de premier magistrat municipal, soit comme
1 Pages 13 et 33.
* Trésor des Charles, lay. Nancy V, n» 43.
investi par le duc de la première autorité dans les affaires de la ville.
Eu 14^6, l'église Saint-Epvre menaçant ruine, les habitants sollicitent et obtiennent du prieur de Notre-Dame la permission de placer dans son église un tronc pour y recueillir les offrandes des fidèles. Dans l'acte, rédigé à cet effet par un tabellion, comparaissent trois bourgeois, « eulx » faisans et pourtans fors de et pour tous les aultres habitans 1 ».
Rien, dans ces titres, ne révèle l'application de la loi de Beaumont : nous n'y voyons figurer ni maire, ni jurés, mais simplement, si l'on peut s'exprimer ainsi, une sorte de représentation communale enfantée par la voie d'élection.
C'est seulement à la fin du xv' siècle que Nancy obtint une forme d'administration régulière, et il est à remarquer qu'en la lui accordant , René H ne fait allusion à aucune institution analogue qui aurait existé antérieurement.
Par lettres patentes du 12 juin 1497, ce prince, voulant mettre bon ordre et police dans sa capitale, promulgue un règlement dont il confie l'exécution au prévôt et à trois bourgeois*. Ces quatre commis devaient exercer leur charge pendant un an, après lequel les bourgeois en désignaient d'autres que le duc se réservait le droit de prendre
1 Archires de la Meurthe, fonds de la collégiale Saint-Georges.. 1 Et non quatre, comme l'a dit par erreur Lionnois (t. Il, p. 49-50), ainsi que je le démontrerai plus loin.
ou de refuser, s'il le jugeait convenable , avec la faculté d'en nommer à son choix.
Celte restriction, qui annulait à peu près le résultat du suffrage des habitants, montre le peu d'influence qui leur était accordée dans la gestion des affaires publiques, et
fait voir que les magistrats placés à leur tète étaient bien plutôt des ofliciers du prince que des représentants de leurs concitoyens.
Les quatre commis , ainsi institués, réglaient le prix du pain d'après celui du blé et veillaient à ce que les boulangers se conformassent à la taxe qui avait été arrêtée. Ils taxaient également le vin et empêchaient qu'il n'y fût fait des mélanges. Us avaient la police des marchés et des revendeurs, celle des hôtelleries, l'inspection sur les corps de métiers , la surveillance de la propreté des rues, etc. C'était à eux qu'était confié le soin de passer les marchés pour les ouvrages de la ville ; enfin, ils avaient • le régime et gouvernement » de l'hôpital Saint-Julien.
Leurs attributions embrassaient donc une partie de l'administration et de la police ; ils en avaient encore d'autres, qui ne sont pas mentionnées explicitement dans l'ordonnance de 1497, mais qu'indique le titre même d'une série de registres conservés au Trésor des Chartes , et dont le plus ancien que Ton possède *, celui de 1498-1499, porte
* Le premier n'existe plus.
pour intitulé : « Deuxième compte des receptes et des- » pences faicles par les quatre gouverneurs de Nancey, » assavoir : Mengin le Clerc, le prévosl Colignon, Girart le ■ chausselier et Eslienne Viain des ouvrages et répara- » cions de Nancey... » Et plus bas : « Pour la Court. — » Les quatre jurez de Nancey pour Tannée finye à la Mag- » daleine mil iiij c iiij" dix-neuf».
D'où il résulte : r que, dans l'origine, les commis de ville prenaient indistinctement la qualité de gouverneurs, parce que, suivant une expression usitée alors, ils avaient le gouvernement de la cité ; et celle de jurés , sans doute parce qu'ils prêtaient serment, entre les mains du prince, à leur entrée en charge ; 2° qu'ils étaient chargés des fonctions de receveurs ; 3° en6n , qu'ils rendaient leurs comptes à la Cour, c est-à-dire à la Chambre des Comptes de Lorraine, qui avait mission de les contrôler.
Les quatre jurés figurent encore dans des comptes des années 1502 à 1508 ; celui de l'année 1521 est rendu par les deux commis et jurés au gouvernement de Nancy, lesquels, en 1531 , sont qualifiés deux de ville. 11 est question du prévôt, des deux et des quatre de ville dans une ordonnance de police rendue par Christine de Danemark le dernier mars 1 547 ; et Lionnois fait observer , à celte
* Ce que Lionnois a lu : « Les prévost Collignon, Mengin, LeeUrc, Lechauuetier et Etienne Vian • ; c'est-à-dire que , de quatre individus, il en a fait cinq, prenant des qualifications pour des noms propres.
occasion, que la dénomination de deux de ville s'applique à ceux qui s'élisaient chaque année, les deux de l'année précédente restant eu exercice, ou bien à ceux qui étaient choisis parmi les quatre pour s'occuper spécialement de la police.
Un règlement de Charles III, du 26 août 1570, porte que « dorénavant les bourgeois, manans et habitans de Nancy seront tenus , par chacun an , après l'élection faite par eux des deux de ville, de les lui présenter ou, en son absence, au gouverneur, pour prendre d eux le serment de bien et loyalement porter ledit état pendant le temps de leur charge et administration , afln qu'étant autorisés du prince, ils soient tant plus respectés et obéis en leur charge ».
Vers ce temps, les quatre de ville perdirent une partie de leurs attributions, et il fut créé un officier pour rendre compte des recettes et dépenses. Il prit d'abord le litre de « receveur des finances » (1576) et ensuite (1585) celui de « receveur des rentes de la ville de Nancy ».
A celle époque, le prévôt, son lieutenant, les quatre de ville et le receveur étaient chargés de l'administration ; les deux premiers touchaient leur traitement du prince, les autres étaient salariés par la ville : « Les « quatre • esleus • et receveur, est-il dit dans le compte de l'année 1591, « ont accoustumé de prendre chacun an 25 » francs et le receveur 50, à eux accordés par la commu-
» nautê pour leurs gages, peines et vacalious, (aul à lever » les deniers dus à la ville, entendre et vaquer aux affaires, * que payer la dépense des réparations nécessaires à « icelle. »
Tels furent le nombre et les attributions de nos premiers magistrats municipaux, jusqu'en 1594 ; alors, Charles 111 jugea à propos de créer une nouvelle forme d'administration, qui fût plus en rapport avec les besoins nouveaux de sa capitale, notablement agrandie par la fondation de la ville neuve, et peut-être aussi plus conforme aux idées du temps. Le droit d'élection de leurs représentants fut sérieusement conféré aux habitants de Nancy , qui n'en avaient joui précédemment que dans des limites fort restreintes et d'une façon presque dérisoire ; la cité eut à sa tète un Conseil , choisi par elle et dans le sein duquel furent admis tous ceux que leur position ou leur mérite désignait au choix de leurs concitoyens. Bien plus, ainsi qu'on le verra, dans les circonstances difficiles, les conseillers appelaient auprès d'eux les notables et les maîtres des corps de métiers pour prendre leur avis et s'éclairer de leurs lumières.
Les commis de ville, institués en 1497, ne disparurent pas ; mais leurs fonctions furent beaucoup amoindries
et ils ne jouèrent plus qu'un rôle toul-à-fait secondaire.
J'ai cru devoir recueillir les noms de ceux de ces premiers officiers municipaux qu'on trouve mentionnés dans
les quelques registres antérieurs ù 1594, qui nous ont été conservés :
1498-1499 *. Etienne Viani, marchand.
Gérard Cassin, chaussetier.
Mengin le Clerc, marchand.
1502-1503. Nicolas des Fours.
Jean de Paris.
Watrin (ou Vautrin) Hannus.
Didier Oliet (ou Olicr).
Ces deux derniers étaient encore commis en 1508-1509. 1521-1522. Nicolas de Behonne.
Nicole Waullhier.
1531-1532. Nicolas de Baulme.
Henry Courtcol (Courcol).
Ces deux mêmes figurent encore dans un compte de 1541-1542. 1551-1552. Gérard Oudet.
Adam de Bazien.
1557-1558. Claudin Thomas, dit le Roy.
Laurent Lallement.
4 Les premiers comptes auxquels j'emprunte ces noms, sont rendus a partir du jour de la Madelaine (i3 juillet) d'une année, pour finir à pareil jour de la suivante. Dans certaines parties de la Lorraine, on commençait l'année à T Annonciation Notre-Dame (25 mars) ; dans d'autres, à Pâques ; ailleurs, à Noël. Charles 111 en fixa le commencement au 1 er janvier, par son ordonnance du 15 novembre 1579, et, le 22 novembre 1582, il prescrivit l'adoption du calendrier grégorien dans toute l'étendue de ses États.
1557-1558. Claudin Barrois.
1576-1577. Jean Vallée, marchand.
Pierre Fuzy, marchand.
François Gellée, receveur des finances de la ville de Nancy.
1585. Christophe Ceinlrey, receveur des renies de la ville de Nancy.
1588. Israël de la Corne.
Florentin Rouyer.
1589. Florentin Rouyer.
Jean André.
Rastien Ronnet.
Nicolas Rocel (Roucel), le jeune.
1591. Jean André.
Nicolas Roucel.
Jean L'huillier, tabellion.
Nicolas Dapvril (ou dApvril).
1592. Jean André.
Nicolas Roucel. Jean L'huillicr.
Pierre Poirot, apothicaire.
1593. Nicolas d Apvril.
Pierre Poirot.
Daniel Jacquemin *.
« Je donnerai plus loin (î e série) I* suite des commis de ville, k partir de 1594.
Il a été question , dans le chapitre qui précède, d'un personnage qui se trouve intimement lié au gouvernement de la ville, et dont il importe de faire connaître les attributions : je veux parler du prévôt.
Rogéville 1 fait remonter la création de ces officiers au règne de Mathieu T r (1 139-1 176), qui les institua, dit-il, pour garantir le peuple de l'oppression des grands et lui rendre justice ; ils étaient gens de robe et d'épée.
La date énoncée par cet auteur parait être exacte, puisqu'on trouve un prévôt de Nancy dès l'an 1 145 * ; mais la définition qu'il donue des attributions de ces magistrats a besoin de commentaire.
Les documents des xv% xvi e et xvu c siècles nous montrent les prévôts exerçant souvent , dans l'étendue de leur ressort, des fonctions ayant fort peu d'analogie enlr'elles : tantôt ils sont à la fois prévôts et receveurs ; tantôt capitaines, receveurs et gruyers, c'est-à-dire officiers militaires, officiers de finances et gardes généraux des forêts.
11 n'en était pas de même dans les villes importantes, comme Nancy : ils n'y étaient que des fonctionnaires administratifs et judiciaires , rendaient des jugements , faisaient mettre à exécution les sentences criminelles et présentaient un compte parliculier des dépenses qu'elles occasionnaient. Par une ordonnance du 4 novembre 1537,
1 Dictionnaire des ordonnances, I. Il, p. 348. 3 Voy. ci-dessus, p. 13.
le duc Antoine détermina, de la manière suivante, les droits et les devoirs attachés à leur office :
« Le prévôt tiendra le siège ordinaire au lieu de Nancy deux fois la semaine, tant pour cas d'héritages qu'autres causes, comme il s'est fait ci-devant *.
» Quant aux criminels, ledit prévôt, après l'appréhension d'iceux, ne fera leurs interrogatoires ni procès que ce ne soit en présence de la justice et du clerc juré, appelé avec eux le procureur général de Lorraine....
> Il aura la superintendance de la garde des portes et guets des murailles de la ville ; les clés desquelles portes seront portées chacun soir en son logis par les portiers ; et s'il advenait qu'après les portes fermées , à quelques heures de nuit il convint les ouvrir à aucuns, fussent postes, messagers ou autres, pour entrer ou sortir, il sera tenu en avertir le bailli ou autres ayant la charge de la ville, afin que, sous ombre de ce, par temps de guerre ou autrement, autres y puissent entrer.
• Fera ledit prévôt, par chacune semaine, crier par ledit sieur bailli de Nancy et lui, parmi la ville, que chacun ait à faire nettoyer les rues, ôter et mener aux champs toutes les immondices, eu faisant tenir ladite ville le plus licite qu'il sera possible, afin d'éviter que , par l'infection dcsdiles immondices, il n'en advienne inconvénient de
' Il existe, aux Archives de la Cour impériale, des registres des causes do la prévôté de Nancy depuis 1548.
peste ; et, où il y trouvera faute, eu lever les amendes.
» Ledit prévôt ne permettra aussi de laisser courir le ruix (le ruisseau de Boudonville) parmi ladite ville en temps d'hiver ni de gelée, que le moins qu'il sera possible, pour ôler la peine et infection qui en procèdent....
» Quant aux boulangers, le prévôt aura le regard qu'ils fassent le pain du poids et prix qu'il leur sera ordonné, et eux contenir en ce comme il appartient au soulagement et bien du pauvre peuple.... »
Le prévôt était, en outre, ainsi qu'on le voit par une ordonnance de 1543, dont je parlerai plus loin, le lieutenant du capitaine ou gouverneur, de sorte qu'il était non seulement homme de robe et d'êpée, comme le dit Rogéville, mais encore officier de police, chargé de veiller à la salubrité de la ville et à la vente légale de la subsistance la plus indispensable aux habitants.
Plus tard, lorsque le Conseil de ville fut organisé (1 594), il en devint membre de droit et y occupa d'abord la première place ; il y siégea ensuite au-dessous du gouverneur dans les affaires civiles, et au-dessous du bailli et du maitre échevin dans les affaires judiciaires.
À son entrée en fonctions, et de même que les baillis, il prélait, à Saint-Georges, serment de respecter les privilèges et franchises de cette église. Les procès-verbaux dressés à cette occasion, et d'autres documents conservés au Trésor dos Charles, m'ont permis de dresser une liste, à
peu près complète, des prévôts de Nancy, depuis la seconde moitié du xiv c siècle jusqu'à la fin du xvi c ; mais il m'a été impossible de trouver les noms des successeurs immédiats de Valterus (Vauthier ou Gauthier), mentionné en 1142.
1368. Thouvenin, dit le Barbe.
1391 . Picrresson, dit Collebrey.
1419. Waultrin Marnet.
1445. Fourquignon des Moines.
1445. Ilowin de Rambervillers.
1465. Arnoul de Montenoy.
1472. Warri ou Warriu le mercier.
1477. Pierresson, ■ fils le maire Richier de Besanges >.
1479. Jean de Saint-Mcngc.
1483. Jean Frichement.
Nicole ou Nicolas des Fours.
1497. Collignon Maréchal.
1501 . Claude de Yandœuvre, conseiller du duc Antoine en 1509.
1537. Lyonnet Flory, ou plutôt Claude Fleury, dit
Lionnet.
1554. Etienne du Bois.
1565. Cugnin ou Cuny Briseur.
1581 . Nicolas Bailly.
1592. Jean LcThellier ».
1 Je donnerai les noms des autres prévôts avec ceux des membres du Conseil de ville.
Parmi les individus dont les noms précèdent, les uns appartiennent à la bourgeoisie , les autres à la classe des anoblis ; quant aux baillis, dont je vais parler, leur charge n'était conférée qu'à des gentilshommes de l'ancienne chevalerie ; le premier que l'on cite , comme l'ayant exercée, est Thierry de Nancy, sire de Lenoncourt, en 1261.
Les fonctions de ce magistrat, en ce qui regardait l'administration de la cité, sont indiquées dans les ordonnances de 1537 et 1543, que je viens de mentionner : c était à lui que le prévôt devait en référer lorsqu'il était nécessaire d'ouvrir les portes de la ville pendant la nuit ; c'était lui qui faisait faire le cri, c'est-à-dire la publication des ordonnances de police, de même que les cris pour le fait de justice, conjointement avec le prévôt. Dans la suite, après la création du Conseil de ville , les publications eurent lieu de par Son Altesse, Monsieur le bailli et Messieurs les conseillers de la Chambre du Conseil de ville et police de Nancy. Par une ordonnance du 14 février 1565, Charles III prescrivit que ce qui touchait aux faits, commandements et exécutions de justice, fût et demeurât à la charge et administration du bailli *.
Le cercle de ses attributions fut considérablement élargi plus lard , car on le trouve, en 1600 , investi du droit de faire assembler la féauté , d'admettre les nouveaux bour-
1 Trésor des Charles, lay. Ordonnances I, n* 60.
geois, de présider le Conseil de ville lorsqu'il délibérait sur le taux à donner aux vivres ; enfin, de prendre le serment des conseillers lorsqu'ils étaient mis en possession de leurs fonctions.
Mais la prérogative à laquelle ils devaient attacher le plus de prix , et qui prouve l'importance de leurs fonctions, était celle qui leur donnait le droit de recevoir le serment des ducs de Lorraine à leur entrée solennelle dans leur capitale.
Les baillis de Nancy, par leur charge autant que par leur naissance, occupaient un rang distingué dans l'État ; aussi Bermann 1 place-t il leurs noms dans sa « liste des grands emplois qui presque toujours ont été possédés par des gentilshommes de l'ancienne Chevalerie ». Mais la liste qu'en a donnée cet auteur renferme des omissions et des erreurs *, et on me saura gré peut-être d'avoir essayé de la rectifier et compléter, autant qu'il m'a été possible, à laide de documents authentiques.
1261-1313. Thierry de Nancy, 11 e du nom, sire de Lenoncourt , mort en 1 3 1 3 ; d'où il résulte qu'il y a au moins une lacune entre lui et le suivant.
1 Dissertation historique sur l'ancienne Chevalerie et la noblesse de Lorraine, p. 502.
1 11 en est de même de celle qo'a publiée Lionnois, t. I, p. 555-564.
1344 1 - Harmant de Rosières, qualifié « bailli de
la duché* ».
1353-1363. Symonin de Nancy, « baillifde la duchief». 1392-1395. Liébaut du Châlelct, chevalier.
1403- Jehan, sans autre désignation.
1408-1415. Collignon de Ludres.
1431- Ferry de Parroy.
1456-1472. Jacques d'Haraucourt, chevalier.
1472-1479. Jean Wisse, chevalier, seigneur de Gerbéviller.
Dans l'intervalle entre 1472 et 1479, Jean de Bièvre, sieur de Rubempré, nommé bailli et gouverneur par le duc de Bourgogne, après la prise de Nancy.
1492- 1493. Jean de Germiny, chevalier.
1493- 1509. Errard ou Evrard d'Haraucourt.
1510-1528. Olry Wisse de Gerbéviller.
1529. Gaspard d'Haussonville.
1 530 . Gérard d'Haraucourt, sieur d'Ubexy.
1541 . Pierre du Chàlelet, sieur de Deuilly et de Gerbéviller, sénéchal de Lorraine en 1549.
1549. Guillaume dcSavigny, chevalier, baron de Gyvry et Thuillières, etc.
' Les dates que je donne sont celles des titres où sont mentionnés les baillis, dont on ne trouve, et encore pas toujours, les lettres patentes de nomination qu'à partir de la fin du xv* siècle.
1 II y a tout lieu de supposer que les baillis du duché de Lorraine étaient en même temps baillis de Nancy.
1551 . Jean de Savigny, seigneur dudit lieu, Rosnes et Leymonl en partie.
1560. Balthasard d'IIaussonville.
15G4. Adam Poilanl (de Palant), sieur de Warise.
1566. Antoine du Chàlclct, sieur de Châtcauneuf.
1 57G . Renauld de Gournay, sieur de Villers et Genicourt.
Auxquels il faut ajouter, pour les époques postérieures :
Charles de Gournay (1G07); — Paul d'Haraucourt de Chambley (1623) ; — Ferry de Ligniville, sieur de Tantonville (1630) ; — Ferry dïlaraucourt (1G35) ; — Gaston-Jean-Baptisle de Tornielle, marquis de Gerbéviller, bailli de la province de Nancy (1662) ; — Georges, marquis de Lambertye (16'J8), fait maréchal de Lorraine et Barrois en 1700 ; — Arnould-Honoré-IIcnry, marquis du Chàlelet de Trichàleau (1706) ; — Anne-Joseph, comte de Tornielle et de Brionne, marquis de Gerbéviller, grand bailli (1720) ; — Christophe, marquis de Custine, comle de Ponligny (1738) ; — André-Hercule de Rosset, duc de Fleury, bailli et gouverneur de Nancy (175G).
J'ai nommé un autre magistrat , dont les attributions, d'abord toutes militaires, furent notablement augmentées dans la suite, et le placèrent à la téte de l'administration : il s'agit du gouverneur, qui, de même que le bailli, était toujours choisi parmi les gentilshommes.
Dans l'origine, il n'avait d autre litre que celui de capitaine : il est ainsi qualifié dans l'ordonnance du 1 er avril 1543, qui détermine ses fonctions de la manière suivante :
« Il aura la charge des portes, murailles, boulevarts et fossés de la ville et la superinlendance entièrement du corps d'icelle.
» Il aura un lieutenant qui prêtera serment de lui obéir, et qu'il aura droit de suspendre.
• Il mettra et démettra les portiers , morte-payes et guets...
» Les cris qui seront concernant le fait de la ville se feront par le capitaine...
» 11 aura les clés du château lorsque notre seigneur (le duc) sera hors de ce lieu, et il les lui rapportera lorsqu'il sera de retour 1 » .
Le 14 février 1565, Charles III ordonne que « tout ce qui concerne la place, forteresse, garde, police, convocation et assemblée des bourgeois, manaus et habitants de Nancy, les commandements et exécutions pour ce requis et ce qui en dépend, soit et demeure à la charge du capitaine et gouverneur ».
Ces fondions étaient alors conOées à uu membre d'une des plus puissantes familles du pays, Jean, comte de Salm, maréchal de Lorraine, et l'histoire nous le montre jouant, dans les affaires de la cité, un rôle bien autrement consi-
1 Trésor des Clartés, lay. Ordonnances 1, d 4 74.
dérable que celui d uo simple commandant militaire. Il était comme le représentant de l'autorité souveraine, et Charles III, en instituant la Chambre de ville , voulut que ses délibérations fussent préalablement soumises au gouverneur, afin qu'il avisât et jugeât avec les officiers municipaux si les choses décidées par eux étaient utiles et profitables au bien public.
Le règlemeut du 8 février 1598 le confirma dans cette prérogative, et lui accorda le droit de se faire représenter au Conseil par un délégué, désigné sous le titre de lieutenant, lequel, en son absence, y occupait la première place.
Les attributions du gouverneur furent réglées par une ordonnance du 15 avril 1G00, dont je donnerai plus loin le texte, auquel on peut recourir pour voir quelle était l'étendue de ses pouvoirs. Ceux des gouverneurs français, pendant l'occupation de la Lorraine, sous le règne de Charles IV, furent illimités et firent de ceux qui en étaient investis les chefs suprêmes et absolus de l'administration.
Sur la fin du siècle dernier , les charges de bailli et de gouverneur furent réunies et confiées à un seul et même personnage, qui cumula ainsi la double autorité dont jouissaient auparavant ces deux dignitaires.
Les deux premiers gouverneurs de Naucy , qui prirent seulement le titre de capitaines, furent :
1543. Nicolas de Luxembourg, sieur de Fléville.
1547. Guillaume de Savigny, nommé bailli en 1549.
1552. Arthur de Cosse, sieur de Gonnor, iostilué par le roi Henri II, qui avait mis une garnison française à Nancy.
Jean, comte de Salin, nommé en 1563 et qui fut depuis, en même temps, maréchal de Lorraine, prit la qualification de gouverneur et capitaine. Les suivants se qualifièrent seulement gouverneurs :
1600. Le sieur d'Haraucourt d'Àcraignes (Élisée d'Ha-
raucourt).
1629. Le marquis de Mouy «.
1633. Le marquis d'Esne.
Vinrent ensuite, à partir de l'occupation de la Lorraine, et jusque vers la fin du xvn c siècle , les gouverneurs français, dont j'aurai fréquemment occasion de parler, soit en mentionnant les actes de leur administration, soit eu rappelant les plaintes auxquelles leur despotisme donna lieu si fréquemment de la part des habitants de Nancy *.
1 Les comptes de ville mentionnent, à celle même date de 1629, des dépenses pour un présent fait à « M. le comte de Salm, à son avènement eu la charge de gouverneur de Nancy >.
1 Les noms des autres gouvernears seront rappelés dans l'analyse des délibérations ou des comptes ; la table des matières (au mol gouverneur) permettra de les trouver aisément.
Impôts et comptabilité. — Taxes perçues au nom des ducs. —
Revenus de la ville.
Il a été question, dans le chapitre précédent, de la reddition des comptes des recettes et dépenses de la ville ; quelles étaient ces recettes , c'est-à-dire de quoi se composait son revenu ? c'est ce qu'il n'est pas sans intérêt de rechercher ; malheureusement, on ne possède, à cet égard, que des renseignements fort incomplets.
Dans le principe, tout le profit qui se tirait du domaine de Nancy ou des autres domaines particuliers, comme on disait, appartenait au souverain, qui en disposait pour subvenir, soit à ses propres dépenses, soit à celles de l'État. 11 préposait, à cet effet, un officier qui, sous le titre de receveur du domaine, exerçait des fonctions analogues à celles de nos percepteurs : il faisait reutrer les deniers provenant des contributions de toute nature imposées sur les habitants.
Ceux de Nancy devaient une taille qui, en 1421, époque où remonte le premier compte que nous possédons, valait « treize vingt (2G0) livres fors », 15 gros pour livre ; elle se payait en deux termes , à Pâques et à la Saint-Remy. Chaque conduit devait, en outre, à la Saint-Jean de chaque année, une redevance de deux deniers. Les autres branches du revenu consistaient dans l'amodiation ou mise à
ferme des étalages, rouages, poids, menue vente, torle vente, meud ou muid, banvin, vente des poissons, droit des pelletiers, paxerie ou pêcherie (droit de pèche dans la Meurlhe).
En 1477, René II, en reconnaissance du dévoùment que les Nancéiens lui avaient montré pendant sa guerre contre le duc de Bourgogne , les affranchit de tailles, traits ordinaires et autres subventions. 11 confirma ces exemptions en 1497, se réservant, toutefois, les étalages, poids, rouages et autres « menues usuynes » , c'est-à-dire d'autres menus droits.
11 parait aussi que le duc donna aux habitants de sa capitale, pour les affecter aux « ouvrages et réparations » de la ville, certains revenus, probablement distraits du domaine ducal, et qu'on trouve ainsi spécifiés dans le compte rendu, en 1498, par les quatre gouverneurs :
Recette venant des salines de Dieuze, Marsal, Moyenvic, Satone et Chùteau-Salins.
Recette de la vieille gabelle (laissée à bail).
Deniers de la porte.
Amendes des boulangers faisant petits pains, venant au marché chaque samedi, et de ceux de Nancy.
Recelte de plusieurs menues choses : vente de pierres de roche, pierres de taille, vieux fer, etc.
Recelte de ce qu'ont donué les bouchers pour aider à l'achat et réfection de la boucherie.
Somme grosse de loule la recette, y compris le reste du compte précédent : 2,166 fr. 1 gros 12 deniers oboles.
Le 22 juin 1504, Bené II, « ayant en mémoire la rccordatiou de la bonne et grande loyaullé que ses bourgeois, manans et habitans de sa ville de Nancy luy ont pourtés du temps passé, mesmemenl ez guerres et affaires qu'il a eu contre feu Monsieur le duc Charles de Bourgongue, à cause de quoy il leurs a baillé plusieurs belles franchises et libériez, pour perpétuelle mémoire de leur bon portement ; encores voulant et désirant accroistre icelles , et pour les supporter des charges et impositions qu'il a faillu, par aucun temps, faire sur eulx.... » ; Bené ordonne qu'il sera établi une gabelle sur les marchandises, vivres et autres choses qui se vendront dorénavant à Nancy , pour les deniers et profils qui en pourront venir être employés et convertis à « l'usage » des charges et affaires de ladite ville, « sans qu'il entende que luy ne ses successeurs duez de Lorraine y puissent, à nulz jourmais, ycculx deniers prendre ne applicquer à eulx, en quelque manière ne pour quelque affaire qui puissent advenir, ains demeureront à ladicle ville, à la fin que dict est ».
Celle concession , sur laquelle j'aurai occasion de revenir, créa , au profil de la ville , une contribution régulière, qui vint notablement augmenter ses revenus. Ceux-ci s'étaient déji quelque peu accrus pendant la première moitié du xvj* siècle, et, en 1531 , le receveur fait figurer
dans sa recette des cens dus sur des maisons et boutiques à la halle ou le long du mur de l'église Saint-Epvrc, sur des terres et vignes à Bulhegnémont ; la vente de l'herbe des fossés de la ville , le louage des « saulveux » ou viviers des fossés, celui des étuves, de boutiques sur le fossé des chevaux, près du prieuré Notre-Dame, etc.
Néanmoins, toutes ces ressources étaient insuffisantes pour subvenir aux dépenses communales et à l'enlretieu des édifices publics; Charles 111 y ajouta, eu 1556, la levée d'une espèce d'octroi sur toutes les marchandises, à l'exception des verres, qui seraient apportées à Nancy pour y être vendues.
Ces impôts ne constituaient pas encore un revenu considérable, puisqu'en 1589, les recettes ne s'élevaient qu'à la somme de 3,884 francs (barrois) 10 gros 1 1 deniers *. 11 est difficile de dire ce que représenterait aujourd'hui celte somme, eu égard au prix ancien et au prix actuel des denrées de toute espèce ; Lionnois (t. I, p. 55-87) a traité celte question, en comparant les anciennes monnaies de Lorraine avec la monnaie de France en 1788, et je crois devoir renvoyer à sa dissertation.
• Lorsque j* analyserai les comptes des receveurs, je donnerai l'étal détaillé des revenus de la ville en 1592 et en 1640.
Travaux et édifices publics. — Ponts et chaussées. — Navigation.
Il y aurait lieu de s étonner qu'avec des ressources si bornées, Nancy ait pu s'embellir de tous les monuments qui y existaient déjà sur la ûu du xvi° siècle, si I on ne s'empressait d'ajouter que la ville resta étrangère à l'érection de la plupart d'entr'eux, et que le trésor ducal en fit ù peu près seul les frais.
Parmi ces édifices il faut citer, notamment, l'église Saint- Epvre, reconstruite aux frais des habitants, de 1436 à 1451, et que nous venons de voir disparaître ;
Les tours de la porte Notre-Dame, élevées en 1463, par ordre du duc Jeau U ;
La fontaine monumentale de la place Saint-Epvre , établie, en 1495, sur l'emplacement qu'occupait auparavant la halle, et qui a subi des transformations telles que nous ne pouvons avoir une idée de ce qu'elle était autrefois ;
Le Palais ducal, auquel firent travailler successivement René U et Antoine, et qui, embelli encore par Charles III, devint une des plus magnifiques résidences souveraines qui existassent au xvu* siècle.
L'Arsenal, enfin, reconstruit à neuf pendant la minorité de ce prince.
D'autres travaux moins considérables avaient été exécutés, sans compter ceux qui se rattachaient aux forlifica-
lions et à la défense de la ville : en 1499, on avait fait une « neuve » boucherie; en 1508, une nouvelle halle au lieu de celle qui encombrait auparavant la place Saint-Epvre ; en 1516, à l'occasiou de l'entrée de Renée de Bourbon, on repavait les rues, négligées depuis quarante ans; en 1556, on construisait la Carrière, à l'extrémité de laquelle, dix ans plus tard, Charles 111 projetait de faire élever un « arc triomphal » qui ne semble pas avoir été érigé; en 1576, on réédiûail la maison du Change; enfin, en 1599, commençaient à se bâtir, dans la Villeneuve, la Primatiale et l'ancien Hôlel-de-ville.
Dès Tannée 1451, Charles II avait établi un maître maçon et un maître charpentier, élus par les compagnons de leur métier, pour être ■ toute leur vie durant, maistres et reswardeurs des ouvrages de charpenlerie et de massonnerie 1 » qui se feraient dans sa capitale. Il leur fut substitué, plus tard, un « maître des œuvres » ou architecte, dont le premier parait avoir été un nommé Jean de Forge, qui dirigea (1480) les travaux de réparation qu'il fut nécessaire de faire exécuter à la suite des deux sièges que Nancy avait soutenus. Il y avait aussi (1505) un « paveur juré », dont les attributions ne sont pas spécifiées, mais auquel devait être confié le soin d'enlreleuir les rues en bon étal ou de surveiller les ouvriers employés à cet effet.
1 Voy. Communes, t. H, p. {08.
En 1524, afin de se précaulionner contre les dangers diuccndie, le duc Antoine avait fait acheter des « seilles » ou seaux de cuir bouilli, qui étaient déposés dans les fourrières du Palais ; et, en 1531, la ville entretenait à gages, sous le nom de « merdaul », un individu chargé d'enlever les immondices des rues et des places publiques. Afin de contribuer à la salubrité de la ville vieille et prévenir, autant que possible, les maladies contagieuses, si fréquentes alors, on avait imaginé d'y amener, par un aqueduc, le ruisseau de Boudonville, pour en arroser et approprier les rues. 11 est déjà fait mention de cette mesure dans l'ordonnance de René 11, du 12 juin 1497, dont un des articles recommande aux commis de faire « courir le ruz venant des fossez près de la grande tour, trois jours la semaine, ainsy qu'ils adviseront pour le mieux >.
On n'a point de renseignements sur les voies de communication qui aboutissaient à Nancy et devaient être trèsfréquentées à la fin du xvi c siècle ; on trouve seulement, à la date de 1602, un marché passé par le duc Henri avec un nommé Jean-Clément de la Brye, de Ville-sur-Irou, pour faire accommoder à ses frais et paver où il eu serait besoin, les quatre avenues de la capitale : la première jusqu'au pont de Champigneules ; la seconde jusqu'au pied de la première cote allant à Toul ; la troisième jusqu'audelà du ruisseau de Jarville; la quatrième jusqu'au village
de Malzcville, à condition que ces avenues seraient de vingt pieds de large, avec les arcades et saignées nécessaires, et en si bon état que le passage en serait facile à tout le monde. Le duc accorda au sieur de la Brye, pour l'indemniser de ses dépenses , un droit de péage sur les chars, charrettes et chevaux chargés de marchandises, passant sur ces avenues, et l'affranchit, lui et ses descendants, des aides ordinaires et extraordinaires.
Seize ans plus tard , Henri II conçut un projet qui, s'il se fût réalisé, pouvait avoir une grande importance pour notre ville et changer notablement sa physionomie : il s'agissait « de rendre la rivière de Meurthc navigable depuis le bout du pont de Malzéville jusqu'entre les deux villes de Nancy, pour y faire contremonler les bateaux y abordant, comme aussi.de faire un canal depuis ladite rivière, au-dessous de la chapelle des Bourguignons (Bon- Secours) jusques ès fossés de la ville neuve et bâtir deux moulins à blé sur la contrescarpe d'iceux, à l'endroit du bastion de la Madeleine ». Traité fut passé, à cet effet, au mois d'octobre 1618, avec Philippe Fournier, ceîlérier de Nancy, et Bernard Huel, marchand de bois à Raon ; et, le 20 mars 1620, le duc Henri permit au sieur des Salles, gentilhomme de sa chambre, de « rendre la rivière de Mcurlhe et les rivières entrant en icelle navigables depuis l'orée du bois de Mondon, du côté du village de Moncellès-Lunéville, jusqu'au bourg de Saint-Nicolas et jusqu'à
l'endroit dudit lieu où le sieur Fournier doit faire mettre ladite rivière de Meurlhe en étal commode et convenable à la uavigalion, jusqu'au fossé de la ville de Nancy, d'où elle l'est jusqu à son embouchure et entrée en la rivière de Moselle, et ce, tant à fin d'introduire et établir le commerce et transport de toutes sortes de denrées et marchandises sur ladite rivière et les autres qui y descendent, que pour augmenter le commerce sur lesdiles rivières 1 ».
J'ai cru devoir entrer dans ces détails, parce qu'ils m'ont semblé curieux à faire connaître ; j'ajouterai, ce qu'on ignore assez généralement, qu'à une époque reculée, la Meurthc servait, non seulement au flottage des bois venant des Vosges, mais encore au transport de bateaux portant des voyageurs : au xv* cl au xvi e siècles, nos ducs allaient souvent de Nancy à Pont-à-Mousson sur des « nefs > où l'on avait établi des chambres disposées de manière à ce qu'ils pussenl s'y trouver commodément.
Affaires militaires. — Service militaire exigé des habitants. — Arquebusiers ;
milice bourgeoise.
La Chronique de Lorraine, qui raconte jusque dans leurs moindres épisodes les deux sièges de Nancy par le duc de Bourgogne, nous montre les habitants de cette ville déployant un courage héroïque pour défendre leurs mu-
1 Voy. Communes, t, II, p. 3P.
railles contre ce redoutable ennemi ; c'est le seul fait de guerre auquel ils furent appelés à prendre part, mais il suffit pour qu'ils puissent l'invoquer comme un éternel litre d'honneur.
Le service militaire , en ce qui concernait le « guet et garde des murailles et des portes », était, du reste, un devoir auquel ils étaient atlenus : cette obligation est expressément réservée dans les lettres patentes d'affranchissement que René 11 leur octroya en 1477 et 1497. Par une ordonnance du 21 octobre 1 j88, Charles III prescrit « que doresenavant tous et chacuns conduiclz, manans et habilans de la ville ' et nœufve ville de Nancy et faubourg Saincl- Dizier, de quelque qualité , dignité , estât ou condition ilz soient..., et qui sont propres à porter armes (sinon personnes ydoines et capables qu'ilz fourniront en leur place), soient tenus et aslrainclz de faire la garde ès portes et fortifications de ladicte nœufve ville, chacun à son tour et selon que leur sera ordonné par le gouverneur pendant le temps d'imminent péril.... » Ne sont dispensés de ce service que les couseillers et secrétaires d'État, les membres du conseil privé , les serviteurs et officiers domestiques du prince.
La capitale de la Lorraine était alors menacée d'une attaque de la part des troupes prolestantes conduites par
' On désignait ainsi la ville vieille.
Guillaume-Robert de la Marck , duc de Bouillon , et Charles III avait fait tracer, autour des faubourgs Saint- Nicolas et Saint-Thiébaui, une enceinte provisoire à laquelle on avait travaillé avec tant d'ardeur qu'elle s'était trouvée bientôt « en estai de défense contre la plus grande armée et mieux arlillée qui l'eust pu assaillir 4 ». Ces précautions furent heuréusement inutiles.
Dans les circonstances exceptionnelles, comme celle qui vient d'être rappelée, les bourgeois étaient aidés, dans la défense de la ville, par des « mortes-payes » ou soldats mercenaires, que Ton soldait au moyen d'une contribution levée sur les habitants : c'est ce qui arriva notamment en 1551 et 1559».
Il y avait, en outre, une force armée régulièrement organisée : je veux parler des compagnies d'arbalétriers, transformés plus tard en arquebusiers, puis en milice bourgeoise, et, définitivement, en garde nationale.
On ignore à quelle époque remontent les arbalétriers de Nancy : il est dit, dans le procès-verbal de prestation de serment du duc Antoine, lors de son entrée dans sa capitale, en 1508, que le clergé alla au-devant de lui jusque près « des buttes des arbalcstriers », c'est-à-dire jusqu'au-
1 Voy. Digot, t. IV, p. 539.
3 II existe, au Trésor des Chartes, deux rôles de la levée des deoiers pour la solde des mortes-payes ordonnées à la garde des portes et guets de Nancy.
pris de l'endroit où ces derniers s'exerçaient au lir. Mais leur existence doit être certainement reportée beaucoup plus haut , puisqu'on en trouve, dès le xv° siècle et même antérieurement, dans presque tous les chefs-lieux des prévôtés de la Lorraine. Ces compagnies n'étaient pas seulemenl chargées de la garde et de la défense des villes-; elles allaient encore en campagne sous la bannière de leur prévôté et jouaient le rôle de l'infanterie dans les armées irrégulières d'alors. Les historiens ont généralement dédaigné d'en parler, quoiqu'elles aieut dû contribuer à plus d'une victoire, et ils se bornent à nommer les grands vassaux que le devoir féodal forçait à venir se ranger sous l'étendard du prince.
Quoi qu'il en soit, les arbalétriers de Nancy, devenus des arquebusiers à cause de l'arme nouvelle qu'ils avaient adoptée, obtinrent de Charles III, le 23 août 1576, un règlement fort étendu 1 touchant « la manière et forme de se comporter à l'exercice de leurs traictz » ; et, en 1606 , des exemptions et franchises furent accordées aux plus adroits d'entr'eux , le duc jugeant nécessaire de ■ munir et peupler > sa ville capitale « de gens aguerris pour la tuilion et deffence d'icelle » , et conséquemment de son duché de Lorraine '.
1 Je l'ai publié en entier dans l'Almanach de ta Meurthe pour f année
3 Voy. Communes, t. II, p. 153.
Les documents postérieurs, relatifs à la compagnie des arquebusiers, se trouvent dans les Archives de la ville, et j'aurai occassion de les mentionner
Police. — Boulangers, hôteliers, taverniers. filles et femmes ma] famées. — Tribunaux. — Exécutions criminelles.
René II, dont le nom se trouve si intimement lié à l'histoire de Nancy, parait être le premier de nos ducs qui ait promulgué une ordonnance de police pour sa capitale ; on n'en connaît pas, du moins, qui soit antérieure à celle du 12 juin 1497, dont j'ai déjà si fréquemment parlé. Celle ordonnance * renferme des dispositions très-sages , dont quelques-unes sont malheureusement tombées en désuétude, sur la taxe du pain, la vente et la sophistication des vins; l'achat du blé, de l'avoine, du poisson, des œufs, du fromage et autres « victuailles » ; sur les revendeurs et « revenderesses », les corps de métiers, l'arrosement et le balayage des rues, la surveillance des hôtelleries, etc.
Le dernier mars 1 547, les régents du duché , Christine de Danemark et Nicolas de Lorraiue, comte de Vaudémonl, donnèrent un règlement, particulièrement relatif aux bou-
1 lis ont fourni à H. Guérard, directeur du Mont-de-Piété et de la Caisse d'épargnes, le sujet d'une fort intéressante monographie, qui a été insérée dans le t. V, 2« série, des Mémoires de la Société d'Archéologie lorraine.
a Elle a été publiée par Lionnois, t. II, p. 49-35.
langers, par lequel il leur fut enjoint d'apposer leur marque sur les pains qu'ils cuiraient et de les vendre aux poids et prix qui seraient fixés, relativement à la valeur du blé
Une ordonnance de Charles III, du 26 août 1570, réglant à 12 francs le droit de bourgeoisie, prescrit à tous ceux qui voudront venir résider à Nancy d'en faire la déclaration aux prévôt et deux de ville, et enjoint, sous peine d'amende , aux propriétaires qui loueront leurs maisons à des nouveaux venus, d'en informer les magistrats. En 1586, il est ordonné aux propriétaires de ne louer à personne avant d'en avoir averti les deux de ville, lesquels visiteront leurs maisons pour voir combien de ménages on y peut loger commodément, et s'assurer si les locataires ont acquitté le droit de bourgeoisie , qui sera pour l'avenir de 40 francs. Une troisième ordonnance, du 27 septembre 1587, porte que « les propriétaires ne recevront aucuns locataires qu'ils ne soient de bonne famé et ayant moyen de se nourrir selon leur état et qualité, et qu'à ces fins seront teuus les représenter au seigneur gouverneur pour examiner s'ils sont tels et les recevoir >.
Les autres anciennes ordonnances de police concernent surtout les hôteliers, taverniers et cabaretiers ; mais elles doiveut plutôt être considérées comme des règlements sur la vente des denrées, et j'en parlerai dans un chapitre suivant. Le nombre des individus qui se livraient à la
1 Voy. LioDDois, t. II, p. 59.
vente du vin en détail s'était augmenté avec la population ; en 1585, on comptait, dans l'intérieur de la ville et le faubourg Saint-Nicolas, seize laverniers, dont douze avaient des enseignes : le Chapeau rouge, la Charrue, la Croix d'or, la Rochelle, saint Nicolas, la Corne de bœuf, le Portenseigne , saint Hubert, le Petit écu , la Flcur-de-lys, la Croix d or et le Cigne.
Aucune des ordonnances de police que j'ai examinées ne contient de disposilons relatives à la prostitution, et les rôles des habitants de Nancy , dressés ù plusieurs reprises dans le courant du xvi* siècle, ne laissent pas soupçonner l'existence de maisons analogues à celles qui s'y créèrent dans la suite. Cette création, je dois le dire, parait même toute moderne, car les documents du siècle dernier n'y font pas allusion. Cela ne veut pas dire que l'immoralité n'eût point pénétré dans la capitale ; nous verrons, au contraire, plus d'une fois, l'autorité poursuivre énergiquement les « filles et femmes diffamées » et infliger des peines sévères à celles qui étaient un sujet de scandale public ; mais il n'existe point, sous ce rapport, d'ordonnance particulière à notre ville, et celles qui furent rendues par plusieurs de nos ducs, notamment par Charles III ', ont un caractère général.
1 Celle do H février 1600 porte, entr'aotres dispositions: • Ceux qui seront convaincus de produire et prostituer femmes ou filles , seront châtiés i l'arbitrage des juges, selon la qualité du crime. Les maris et pères qui
Il y avait pourtant à Nancy, dès la première moitié du xvi e siècle , un individu investi de certaines fondions honteuses, qu'on ne spécifie pas, mais qui, à en juger par analogie avec ce qui se passait ailleurs, devaient avoir pour objet la surveillance des mauvais lieux. Cet individu était qualifié roi des ribauds du duché de Lorraine, et ce singulier ofûce lui était conféré en vertu de lettres patentes du prince. Sa résidence était à Nancy, et c'était là surtout, parait-il, qu'il exerçait ses attributions. Ce qui prouve le cachet d'infamie qui s'attachait à sa personne, c'est qu'on l'assimilait au bourreau, conjointement avec lequel il jouissait d'une étrange prérogative, dont la suppression fut demandée au duc Henri II dans la session des Etals généraux de 1614 : ■ Son Altesse est suppliée, disentils dans leurs griefs, de faire faire deiïense à un certain qui s'intitule maistre des Ribauds (sous très-humbles respects), comme aussi le maistre des haultes œuvres, de ne plus s'ingérer, avec aullres consors, lesquelz, à chacun festin de nopces qui se font ez deux Nancy, voul demauder aux nouveaux mariez neuf gros pour leur droit ».
J'aurais dû peut-être, en commençant ce chapitre, parler des anciens tribunaux dopt le siège était à Nancy : le bail-
s'ooblient de tant de prostituer leurs femmes et Biles, seront pendus et étranglée, et leurs biens confisqués. .
liage, la prévôté, le tribunal des échevius et les assises de la chevalerie ; mais ce sujet rentre plutôt dans l'histoire générale de Lorraine, et il nécessiterait, d'ailleurs, des développements dans lesquels il ne m'est pas possible d'entrer ici. Lionnois 1 donne, à cet égard, de très-longs détails, et il nous apprend qu'avant la fondation de la ville neuve, les échevins tenaient leurs séances dans une maison de la place des Dames, qu'on appelait le Change, et qui subsiste encore aujourd'hui ».
Quant aux exécutions criminelles dont Nancy fut le théâtre, je pourrais en rappeler un grand nombre ; mais il y aurait peu d'intérêt à présenter celle irîsle nomenclature. La plupart se faisaient hors de la ville, en un lieu dit le Paquis, et ce fut là, notamment, qu'en 1574, un faux monnayeur fut jeté dans une chaudière d'huile bouillante. Quatre ans plus tard , une femme , accusée d'avoir empoisonné son mari , élait exécutée sur la place Sainl- Epvre. En 1 58*2 et 1585, des sorcières étaient livrées aux flammes, et en 1589, un individu mis à mort devant l'église Saint Georges.
De toutes ces exécutions pour des crimes divers, il en
1 T. II, p. 305 et saiv. — Voy. aussi Rogévillc, Dictionnaire des ordonnances ; — Dumont, Histoire de la justice criminelle en Lorraine, et Digot, Histoire de Lorraine.
3 La maison Maflioli.
est une dont le souvenir s'est conservé , et que je ne puis passer sous silence, parce qu'elle offre un caractère particulier : je veux parler de celle du curé de Saint-IIippolylc, Wolfgang Schoueh , brûlé en 1 525, après avoir subi la dégradation, pour avoir prêché publiquement le luthéranisme.
Paroisses ; — clergé séculier et régulier ; — chapelles ; — confréries. — Israélites ; protestants. — Écoles. — Sciences et arts : médecine, architecture, sculpture, peinture, gravure, etc. ; musique, littérature, théâtre. — Hôpitaux ; maladrerics : bureaux de secours ; mendicité.— Épidémies.
Les actes provenant des paroisses , c'est-à-dire les registres des baptêmes, mariages et sépultures, tiendront une place importante dans cet ouvrage ; je ne m'occuperai ici que de ce qui touche à l'histoire même de ces paroisses, à l'époque de leur création et à celle des établissements religieux de tout genre que notre ville renfermait vers la fin du xvi' siècle.
« La première cl la plus ancienne église de Nancy et de ses faubourgs, dit un pouillé manuscrit du diocèse de Toul, conservé au Trésor des Charles, est cerle de Saiut- Dizier, paroisse dépendante, dès le x* siècle, des dames de Bouxières 1 ; Laxou et Nancy en faisaient partie. Le
1 Bouxières était alors une abbaye de Tordre de Saint-Benoit : cette abbave se sécularisa dans le courant du xv e siècle, et ses religieuses furent rempla cées par des chanoinesses appartenant a des familles nobles.
droit de patronage et de curé primitif appartenait à ces dames ; elles y mettaient un vicaire perpétuel, qui avait pour fixe un tiers dans les oblalions ; elles s'étaient réservé les deux autres tiers. Ce même vicaire jouissait encore du tiers des grosses et menues dîmes, les deux autres tiers appartenant aux ducs de Lorraine qui, depuis, en dotèrent le prieuré Notre-Dame. Les dames de Bouxières possédèrent le patronage de Saint-Dizier jusqu'en 19 1$, quelles le transportèrent à ce prieuré. » En 1529, l'église ellemême lui fut donnée ; mais celle-ci étant devenue insuffisante, et se trouvant, d'ailleurs, trop éloignée du centre de la ville, la paroisse fut transférée, à une époque que l'on ne saurait préciser, dans l'église construite sous l'invocation de saint Epvre.
l T n titre de 1 180, que j'ai précédemment rappelé *, fait mention de la paroisse de Nancy (parochiatus de Nancei). Ces mots doivent-ils s'appliquer au premier oratoire bâti dans l'enceinte de la ville naissante sous l'invocation de saint Epvre , évéque de Toul , ou bien à l'ancienne église de Saint-Dizier, érigée près de l'endroit où s'élève aujourd'hui celle de Saint-Vincent et Saint-Fiacre ? C'est une question qu'il est difficile de résoudre. Suivant Lionnois\ il parait certain que la cure de Saint-Epvre existait à la fin du xm e siècle ; néanmoins, il n'en est fait mention , d'une
1 Voy. ci-dessus, p. 22.
manière positive, qu'en 1352, dans une sentence par laquelle l'official de Toul, juge délégué sur la difficulté soulevée entre un nommé Thierry, pourvu de l'église de Nancy (ccclesia de Naneeio), et un autre individu présenté par le prieur de Notre-Dame , décide qu'à ce dernier appartient le droit de patronage et de présentation à celle église
D'après un mémoire manuscrit conservé aux Archives du déparlement *, la cure de Saint-Epvre n'avait anciennement d'autre dénomination que celle de « cure de Nancy », parce que celle paroisse était la seule pour la ville ; elle avait pour dépendances le faubourg de Saint- Dizier, aujourd'hui les Trois-Maisons et Boudonville, et le village de Laxou. 11 y avait une église dans ce faubourg et dans ce village; mais c'était le curé de Nancy qui les desservait ou les faisait desservir par un prêtre qu'il y cornmellail. C'est en souvenir de celle dépendance que, jusque vers la fin du siècle dernier, les habitants de Laxou avaient conservé l'habitude de venir, chaque année, annoncer le ban des vendanges devant le portail de Saint-Epvre, leur ancienne mère-église.
Dans un litre de 1340, il est dit que les corps de ceux • du parochiaige » de Nancy , demeurant dans l'enceinte de la ville, qui auront choisi leur sépulture à l'église
1 Voy. l'Église Saint-Epvre, par MM. l'abbé Grcnd-Euryel L. Lallement, p. 3 et 83.
3 Fonds de la collégiale Saint-Georges.
— ne —
Saint-Georges, seront d'abord « représentés en l'église parrochiale », et que le prieur de Notre-Dame aura les deux tiers des offrandes et du luminaire, et le curé l'autre tiers ; qu'à toutes les processions générales , le prieur de Notre-Dame et les chanoines de Saint-Georges s'assembleront dans « l'église parrochiale », où ils rentreront encore au retour des processions, etc.
L'église Sainl-Epvre venait d'être reconstruite ou était en voie de reconstruction, lorsque, par une bulle datée du 1G mai 1343, le pape Clément VI unit et incorpora à la collégiale Saint-Georges l'église paroissiale de Nancy, à condition qu'il serait assigné, sur les revenus de la paroisse, une portion congrue suffisante pour le vicaire perpétuel qui y serait institué.
Cette union donna lieu , entre le prieuré Notre-Dame et le chapitre, à des difficultés qui se terminèrent, en 1347, par un accord dont une des clauses portait que le vicaire perpétuel, qui prenait aussi le titre de curé de Nancy, prêterait serment, après son institution, sur le grand autel de Saint-Epvre, de garder fidèlement les droits du prieur et du chapitre. La première prestation de serment fut celle de Jean d'Einville, le 10 avril 1348 ; et cet acte est aussi le premier dans lequel Sainl-Epvre soit formellement désigné, sous ce nom , comme paroisse de Nancy : parochialis ecclesia Sancli-Apri de Nanceio.
Une reconstruction totale de cette église eut lieu, comme
je lai dit, de 1436 à 1451 , par les libéralités du curé, messire Jean de Ville, el les dons des fidèles, ainsi que le constate une inscription qui nous a été conservée 1 . Le nouvel édifice fut élevé sur remplacement même de l'ancien, el, en attendant sa réédification, l'office se fil dans l'église des Dames procheresses, auxquelles les paroissiens reconnaissants abandonnèrent une partie des offrandes, aux quatre principales fêtes de l'année.
La tour de Saint-Epvre, qui paraissait « la plus éminente de toute la ville », et qui fut si tristement découronnée sur la fin du siècle dernier, servit, dit-on*, de théâtre à l'exécution des Bourguignons faits prisonniers pendant le siège de Nancy, et que l'on y pendit en représailles du supplice infligé par Charles-le-Téméraire au fidèle maître d'hôtel de René II, le bon el brave Suffren de Baschi \ dont le nom mérite de passer a la postérité.
En 1483, l'administration spirituelle de la paroisse
• Elle est provisoirement déposée au Musée lorrain.— Voy., dans le Journal de la Société d'Archéologie, août 1863, une note de M. l'abbé Guillaume sur les peintures murales et les inscriptions découvertes dans l'église Saint-Epvre.
2 Je rapporte cette tradition d'après la plupart de nos bislorieus ; mais il est plus probable que l'exécution dont ils parlent eut lieu à celle des tours de la ville qui se trouvait la plus rapprochée du camp des Bourguignons, lesquels pouvaient ainsi voir le supplice de leurs malheureux compatriotes.
5 Vulgairement appelé Chffron. — Voy., touchant l'épisode dont je fais mention, la Chronique de Lorraine imprimée dans les preuves de Dom Calmet, l. III, et publiée intégralement dans le V* volume du Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine ; — la traduction de la Nancéïde par M Schutz, t. I, p. 250 ; — Digot, Histoire do Lorraine, t. III, p. 3ÎÎ-32S, etc.
Sainl-Epvre reçut une nouvelle modification : par sa bulle du 6 des ides de mai de cette année, le pape Sixte IV permit au chapitre de Saint-Georges de la faire desservir par un vicaire amovible.
Les développements que la capitale avait pris, surtout depuis la fondation de la ville neuve, rendaient une seule paroisse tout-à-fait insufCsanle pour sa population. Le cardinal de Lorraine, ûls de Charles III, légat du Saint- Siège et évéque de Metz, agissant en qualité de prieur de Notre-Dame, le chapitre de Saint-Ceorges et les habitants de Nancy s'entendirent , en 1593, pour dresser vingt- un articles formant un projet de règlement pour l'érection de nouvelles paroisses dans la ville. Celte convention, connue sous le nom de concordat de 1 593 , fut soumise au duc, qui l'approuva, puis renvoyée à l'évèque de Toul, lequel, par un mandement daté du 21 novembre de cette année, ordonna qu'il y aurait deux paroisses à la ville vieille : Saint-Epvre et Notre-Dame 1 ; le chapitre de Saint-Georges fut reconnu avoir droit de présentation à la cure de Saint-Epvre, et, à partir de cette époque, les curés furent
1 Cette église a été détruite à la Révolution ; nais il en existe on précieux débris, son portail de la tin du xi e ou du commencement du xu* siècle, transféré dans la jolie campagne de Remicourt, près de Nancy. C'est à Notre-Dame que l'on déposa d'abord, en 1552, les reliques de saint Sigisbert, provenant de l'abbaye de Saint-Martin de Met* ; de là elles furent transportées (1603) dans la Primattale provisoire, puis dans la Primatiale définitive, aujourd'hui la Cathédrale, où elles ont été de tout temps et sont maintenant encore l'objet d'uo culte particulier.
constamment Doinmès par lui, institués par l'évéque de Toul et mis eu possessiou par le duc de Lorraine.
D après les actes de 1593, Charles III s'était réservé comme paroisse, pour lui et sa maison, la collégiale Saint- Georges, mais seulement avec l'agrément de l'Ordinaire. Sous l'épiscopat de M. de Bissy (1 087- 1704), le chapitre ayant refusé de laisser faire la visite de son église, le prélat défendit aux chanoines d'exercer aucune fonction pastorale, et assigna Sainl-Epvre pour paroisse à la cour.
Saint-Sébastien avait aussi été érigé en cure en vertu du concordai qui vient d'être rappelé , et il fut longtemps l'unique paroisse de la ville neuve , jusqu'à ce que l'augmentation de la population eût nécessité, au siècle deruier, la création de celles de Saint-Nicolas et de Saint-Roch, dont la dernière devait disparaître, avec son église, pendant la Révolution.
Outre ses églises paroissiales, Nancy possédait, soit audedans, soit au-dehors de son enceinte , plusieurs établissements religieux dont je vais essayer de retracer brièvement l'histoire.
Au nombre des derniers figurent le prieuré Notre-Dame et la commanderie de Saint-Jean. Le premier, qui fut plus tard enfermé dans les murs de la ville avait été
1 II occupait le côté septentrional de la place actuelle de l'Arsenal, et son portail faisait face à cet édifie.
fondé, vers la (in du xi c siècle ou au commencement du xii', par le duc Thierry , qui le dola des deux tiers des dimes de Nancy, Saint -Dizier et Laxou. Il dépendait de l'abbaye de Molesme, au diocèse de Langres, et fut soumis à la règle de Saint-Benoit jusqu'en 1467, que Jean de Lam baie, protonotaire du Saint-Siège, le tint en commende. Pierre du Chûlelet, évèque de Toul (1565-1580), en procura l'union à l'abbaye de Saint-Martin de Metz. Par suite de la fondation de la Primaliale en 1602, le prieuré Nolrel>ame fut réuni à la mense capitulaire de celte église, et le chapitre Cl desservir la paroisse par un vicaire amovible, jusqu'à ce que celle-ci ayant été donnée, en 1618, aux pères de l'Oratoire, ces derniers y firent les fonctions de curé.
Le prieuré jouissait d'un privilège attaché à quelques églises et même à des maisons de dignitaires ecclésiastiques : je veux parler du droit d'asile, que possédait également l'aumônerie de Saint-Georges, en vertu des lettres du duc Raoul, du mois de mars 1341, portant création de cet office.
La commandeiïe de Saint-Jean, de l'ordre de Saint-Jeande-Jérusalem ou de Malte, appelée anciennement du ■ Vieil- Astre » ou du « Viez-Aitrc » c'est-à-dire du Vieil-Ailre, sans doute parce qu'elle avait été construite dans le voisinage d'un cimetière (a/rium), remonte beaucoup plus haut que ne l'ont dit nos historiens, et ne fut jamais,
comme ils Pont cru , une dépendance de Tordre des Templiers. Son existence est constatée, dès l'année 1147, par une charte où elle est appelée la Irès-sainte maison de l'hôpital de Jérusalem (sanctissima domus hospitalis Jérusalem); une autre charte, de 1244, la nomme « l'hospitaux du Viel Astre 1 » .
Celte commanderie dépendait de la « langue » de France et du grand prieuré de Champagne ; elle eut le sort de presque toutes celles du même ordre : ses hicns furent vendus à la Révolution ; mais, plus heureuse que beaucoup d'autres, elle ne fut pas démolie alors, et ses bâtiments subsistent encore à peu près tels qu'ils étaient au siècle dernier ; sa chapelle est restée debout, ainsi que sa tour, qui doit remonter à l'époque même de sa fondation. La commanderie de Saint-Jean a donné son nom à un <!e nos faubourgs et à l'étang, maintenant couvert d'habitations et de jardins, au milieu duquel péril Charles-le-Témérairc, le 5 janvier 1477.
Dans l'intérieur de Nancy se trouvaient deux collégiales : celles de Saint-Georges et de Saint-Michel ; la première, fondée par le duc Raoul en 1339 ; la seconde, vers 1350, par un nommé Jean de Nancy, chevalier, qui lui assigua quelques rentes 3 ; elle s'éteignil faute de
4 Voy. ma Notice sur quelques établissements de l'ordre de Saint-Jeande-Jérusalem, et mes Communes, t. Il, p. 464 etsuiv. 1 Voy. Lionnois, t. I, p. 215.
revenus et finit par servir de lieu d'assemblée aux Pénitents de la ville vieille, dont une des rues porte encore le nom de rue Saint-Michel.
La collégiale princière de Saint-Georges, attenant au Palais ducal, et dans l'église de laquelle avaient été inhumés le duc de Bourgogne et plusieurs princes et princesses de la Maison de Lorraine, subsista avec éclat pendant des siècles, dotée de nombreux privilèges, entourée de la protection des souverains, théâtre des pompeuses cérémonies qui se célébraient à leur baptême , à leur entrée solennelle dans leur capitale et à leur mort. Sa destruction ne fut pas le fait de la Révolution : Léopold y mit la première maiu en 1717 ; Stanislas consomma l'œuvre en 1745, tous deux afin de donner plus d'étendue au château qu'ils avaient eu la malheureuse pensée de faire construire sur l'emplacement de l'ancien palais de nos ducs Rien ne fut respecté de cet édifice national , pas même le tombeau du Téméraire, trophée glorieux auquel nos pères devaient attacher un si grand prix *.
1 Voy. ma Notice sur la collégiale Saint-Georges, dans les Bulletins de la Société d'Archéologie, t. I, et la planche qui accompagne mou travail intitulé : le Palais ducal de Nancy.
2 Un objet, précieux à plus d'un titre, a pourtant échappé à la destruction de la collégiale : c'est la statue de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, qui y était l'objet d'une vénération particulière, et qu'on a transférée, en 1744, dans l'église PrimaWale, où elle se voit encore, ainsi qu'un candélabre destine aux ex-voto, et que l'on dit provenir également de Saint-Georges. Celte image
Stanislas ne se borna pas à détruire l'église Saint-Georges , il supprima le chapitre et le réunit , avec ses biens et revenus , à celui de la Primaliale. Celte dernière avait élé instituée par bulles de Clément VIII, du 15 mars 1C02, et Charles III en faisait alors commencer la construction sur la place de la ville neuve destinée d'abord au marché public. L'office canonial fut célébré, le l or janvier 1604, dans celte église provisoire, sur l'emplacement de laquelle on bâtit plus tard la seconde église Saint-Sébastien ; mais, peu après, on éleva, sur un autre point de la ville neuve, près de la porte Saint-Georges , uue nouvelle église primaliale, qui devait aussi disparaître pour faire place à la cathédrale actuelle
Plusieurs couvents d'hommes , auxquels l'auteur de l'Histoire de Nancy a consacré des articles fort détaillés,
miraculeuse fait le sujet d'une gravure où René II, Philippe de Gueldrcs et leurs enfants sont représentés avec des costumes du xvu* siècle ; au-dessous de ces personnages, on lit les vers suivants :
Nancy, que tu dois bien respecter cette Image, Elle est un seur secours pour le Paîs Lorrain, Et dès que tu lui rends un humble et juste hommage, Tu ressens dans les maux son pouvoir souverain.
Voy. l'Histoire de Nostre Dame révérée en l'insigne église ducale de Sainct George à Nancy, imprimée par Jacob Garnich en 1630.
L'église du village de Bouxières-aux-Chénes possède aussi des stallrs qui proviennent de la collégiale Saint-Georges.
' Voy. Lionnois, t. III, -p. 251 et suiv., et le plan de Nancy dans la Pompe funèbre de Charles III.
existaient alors : les Cordcliers, fondés par René 11, vers 148$, et dont l'église subsiste encore avec la Chapelle ducale, construite par Henri II 1 pour devenir le Saint- Denis de la Lorraine ; — les Miuimes, établis en vertu de lettres patentes du 2 janvier 1591 ; — les Capucins *, dont le couvent fut bâti, en 1592, par Charles de Lorraine, cardinal du titre de Sainte-Agathe , et près desquels les Jésuites 5 vinrent se fixer environ dix ans plus tard.
A ces premiers couvents s'ajoutèrent, dans la suite, ceux des Minimes de Bon-Secours (1611), des Carmes déchaussés (1611), des Tiercelins (1622), des Chartreux de Sainte-Anne, à peu de distance de Nancy (1632); des Prémontrés * (1 635), des Auguslins (1 637), établis d'abord à Montaigu, près de Laneuveville ; des Dominicains (1641) ; l'hospice des Chanoines réguliers (1715), enfin l'abbaye de Saint-Léopold , fondée dans la première moitié du xvu° siècle 5 .
Les monastères de femmes ne devinrent pas moins nombreux : le plus ancien était celui des Dames prêcheresses ou Dominicaines, que le duc Ferry III avait fait venir dans
1 Voy. Cordeliers et Chapelle ducale, par M. l'abbé Guillaume.
2 Leur église sert aujourd'hui it la paroisse Saint-Nicolas.
3 L'églisj des Jésuites, transformée en buanderie et hallier , fait partie des bâtiments de l'hospice Saint-Stanislas.
4 Dont l'église sert de temple protestant.
* Voy., pour toutes ces maisons religieuses et celles dout il sera pnrlc ci-après, l'ouvrage de Lionnois.
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sa capitale en 1298, leur abandonnant même une partie de son palais. Après elles, il faut mentionner les religieuses hospitalières de Sainic-Élisahclh ou Sœurs-Grises, auxquelles René 11 confla (1495) l'adminislalion de l'hôpital Notre-Dame, du faubourg Saint-Nicolas. Vinrent ensuite, mais postérieurement au xvi e siècle , les Annonciades célestes (1616), les Grandes-Carmélites ou Carmélites du premier couvent (ICI 8), les Tiercclines (1620), les Bénédictines de Notre-Dume-de-la-Consolation (1625), remplacées plus tard (1668) par des Bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement ; les religieuses de la Congrégation (1627), les Visitandines 1 (1630) , les religieuses du Refuge* (1634), les Petites-Carmélites (1655), auxquelles il convient peut-être d'ajouter les Orphelines (1712), dont la maison existe encore, ainsi que celles des sœurs hospitalières de Saint-Vinceul-de-Paul et de Saint- Charles.
Outre les chapelles qui se trouvaient dans ces maisons religieuses, il y en avait quelques autres, à l'intérieur et à l'extérieur de la ville. La plus ancienne était celle de Saint-Claude, située dans le cimetière du Terreau, près de la tour du même nom, et dont il est fait mention en 1432.
• Leor chapelle est celle du lyci-c
7 Leur couvent esl devenu la Maison de Secours.
Elle fui détruite vers le milieu du xvi" siècle, et on éleva l'Arsenal sur une partie de sou emplacement.
En 1483, Jeanne d'Harcourt, femme de René II, Gt ériger, sous le vocable de saint Thiébaut , une chapelle qui donna son nom au faubourg dans lequel elle était située, et où le duc de Bourgogne prit son logement lors du second siège de Nancy. C'était ■ un petit oratoire ouvert sur le devant, grillé, au pied duquel coulait une fontaine où les fébricitants allaient boire pour la fièvre. Mais, lorsqu'on fit les boulevarts et l'étang avec les moulins, tout cela fut ruiné, et le moulin enfermé dans les remparts. Elisée d'Haraucourt, gouverneur de Nancy, le fil bâtir tout à neuf et fermer en façon de chapelle, l'an 1617 ».
De ces chapelles , la plus vénérée était celle des Bourguignons ou de Notre-Dame-de-Bon -Secours, construite près du ruisseau dit de la Croix-de-Jarville, sur les terres du gagnage de la Madelaine. La première idée de sa fondation appartient à un religieux, frère Jean Villey de Scesse, qui obtint de René 11, le 38 octobre 14S4, la permission de faire construire à cet endroit un oratoire avec une « maisonnette pour sa demourance », et de clore de murailles le lieu où les Bourguignons avaient été inhumés après la « victorieuse journée » de Nancy. Mais ce projet ne fut mis à exécution que quelques années plus tard, d'après les ordres du duc, par Ambroise de Charnières, aumônier de Saint-Georges. La chapelle fut dédiée sous le
vocable de Nolrc-Dame-de-la-Vicloire ou des Rois ; mais le peuple l'appelait la chapelle des Bourguignons. En 1505, René, voulant contribuer à sa décoration, fît tailler, par le sculpteur Mansuy Gauvain, une statue de la Sainte-Vierge eutourée de différents personnages à genoux. Celte image, que Ton voit encore aujourd'hui dans le fond du sanctuaire de Bon-Secours, devint bientôt l'objet de la vénération publique, et de nombreux miracles, dont les principaux ont été consignés dans un recueil *, furent opérés en faveur de ceux qui venaient se prosterner devant elle.
La chapelle était alors conGée aux soins d'un ermite, qui habitait à côté; en 1609, l'administration en fut donnée aux Minimes, qui l'agrandirent vingt ans plus tard. Stanislas la fit démolir en 1742, pour élever sur son emplacement l'église actuelle de Bon-Secours, ne laissant subsister aucun vestige du cimetière où étaient enterrés les Bourguignons, ni de l'édifice primitif, que nos pères regardaient comme un monument national *.
Diverses confréries avaient été instituées daus les anciennes églises de Nancy : à la collégiale Saint-Georges, à
1 Miracles et grâces de N. Dame de bon Secours lei Nancy , etc., par Nicolas Julet, provincial des Minimes. Ce volume a pour frontispice une gravure représentant la statue de la Sainte-Vierge sculptée par Mansuy Gauvain.
2 Voy., pour plus de détails, ma Notice intitulée : La chapelle de Bon- Secours ou des Bourguignons, et Lionnois, t. I, p. 581 et suiv.
Noire Dame et à Saint-Epvrc ; les uucs n'étaient que de pieuses associations de fidèles ; les autres, des coufrateruilés entre les membres d'un même corps de métier. De ces dernières étaient : la confrérie des merciers, établie « en l'honneur et remembrance de Monsieur saint Georges » ; celles des charpentiers, maçons et autres ouvriers maniant la hache et le marteau ; des menuisiers et tonneliers, sous l'invocation de sainte Anne et de saint Urbain ; des arbalétriers, dont saint Sébastien était le patron. Je reviendrai sur ces confréries, lorsque je parlerai des corporations de métiers ; je ne veux m'occuper ici que de celles qui avaient un caractère exclusivement religieux.
La plus ancienne , établie à Saint-Georges datait de l'année qui suivit la fondation de celle collégiale ; elle était placée sous l'invocation du même patron, et avait des règles lout-à-fait distinctes de celles des autres confréries. La nomination de son chef était faite par le duc, sur la présentation , par quatre des officiers du chapitre, le chantre, l'écolâtrc, le trésorier et l'aumônier, de quatre bourgeois, de Nancy « payant taille ». Le bourgeois, ainsi choisi par le priuce, devait, chaque année, rendre compte de la gestion des deniers de la confrérie devant le chapitre assemblé, et, en cas de malversation ou de mauvais usage de ces deniers, le prévôt et le chapitre pouvaient le condammer à la restitution et le priver de son office. En prenant possession de sa charge, l'élu était
tenu de payer vingt sous tournois et , le jour du « grand
jeudi » (le jeudi saint), une livre de dragées, lorsqu'on lavait les pieds des chanoines. Dès le jour de son élection, lui et sa femme devenaient , pour le reste de leur vie , fraucs de tailles, de guet, d'osl, de chevauché et de toutes autres servitudes. Toutes les fois que le « collège » de Saint-Georges faisait une procession solennelle ou célébrait quelque cérémonie dans son église, le chef de la confrérie était tenu de porter une verge et « faire voie » devant la procession ou pour venir à l'autel, et quand il s'acquittait de cet office, sur la réquisition du prévôt, il avait part aux distributions comme un des chapelains de l'église. Sauf le cas où il venait a meffaire , le « verger » ou « vergier », c'est ainsi qu'on le qualifiait, était inamovible, et ni le duc, ni le prévôt, ni le chapitre, ne pouvait le priver de sa dignité.
Henri II , lorsqu'il n'était encore que duc de Bar, avait institué, à Saint-Georges, une « confraternité de l'Annonciation de la bienheureuse vierge Marie », qui fut approuvée, le 15 avril 1604, par le cardinal Charles de Lorraine et, le 20 septembre de l'année suivante, par le pape Paul V. La mission de ses membres, qui s'intitulaient « confrères de charité », consistait principalement à visiter les criminels détenus dans les prisons, à les consoler, à les encourager à supporter patiemment le dernier supplice et à faire dire des prières pour le repos de leur
âme. Us devaient, en outre, donner leurs soins aux malades des hôpitaux ; enfin, chaque année, le jour de l'Annonciation , ils choisissaient deux pauvres filles honnêtes pour les doter et marier.
11 y avait aussi, à Saint-Georges, une confrérie pour la rédemption des captifs, sous l'invocation de la Sainte- Trinité. On ignore l'époque de son origine : ses statuts, qui ont été conservés 1 , nous apprennent que sa bannière représentait d'un côté la Sainte-Trinité, de l'autre un ange vétu de blanc , portant sur sa poitrine une croix rouge et bleue et tenant deux esclaves à ses côtés.
Il ne parait y avoir eu qu'une seule confrérie à Notre- Dame : celle de l'Assomption de la Sainte-Vierge , sur laquelle on ue possède aucuu détail. Mais il en existait plusieurs à Saint- Epvre : celle de la Conception, dont il est fait mention à la fin du xv e siècle ; celle des saints Côme et Damien, pour les médecins et chirurgiens ; la confrérie des Ames, érigée sous le litre de Notre-Dame du Saint-Suffrage , dite aussi des Agonisants et des Morts , et dont l'institution ne remonte pas au-delà de 1 642. La plus remarquable était celle « du très-auguste et très-saint Sacrement de l'autel ». Elle avait été établie, en 1580, par Charles de Lorraine, cardinal de Vaudémonl ; lui et Charles III en furent les premiers confrères. Depuis lors,
1 Ils ont été imprimés à Nancy, chez Baltazard, en 1 7*1 .
tous les successeurs de ce dernier en furent les rois, c'està dire les direcleurs. Les princes et princesses de la Maison de Lorraine tinrent à honneur d'en faire partie, et ils assistaient régulièrement à la procession du dimanche dans l'octave du Saint-Sacrement, qui se faisait parles rues de la ville vieille, avec tout le clergé des deux villes et les Cours souveraines. Depuis même qu'il eut établi sa résidence à Lunéville, Léopold se rendait, dès la veille, à Nancy, pour y assister avec sa maison. On dressait, dans la cour du Palais ducal , un magnifique reposoir, où l'on exposait loute l'argenterie et les plus belles tapisseries de la couronne. Le peuple nommait cette procession la « procession des Princes ' ».
Celles de la Fête-Dieu se célébraient aussi régulièrement avec beaucoup de pompe et d'éclat : j'aurai occasion d'en parler plus d'une fois, et on verra que les cérémonies religieuses étaient autrefois, à Nancy, de véritables solennités publiques, auxquelles prenaient part toutes les classes de la population.
J'aurai fort peu de chose îi dire touchant l'exercice des cultes autres que le culte catholique. Les israêliles, que Simon II (1 176-1305) avait expulsés de la Lorraine comme accusés de parodier, dans leurs synagogues, les cérémo-
• Voy. l'Église Saint-Epvre, p. 71 el suiv.
nies de la religion chrétienne ; les israeliles étaient rentrés dans notre pays et y étaient redevenus assez nombreux sur la fin du xm° siècle, puisqu'en 1*286, ainsi qu'on Ta vu précédemment, ils avaient obtenu l'autorisation d'établir un cimetière près du village de Laxou. 11 est probable même qu'un certain nombre d'enlr'eux s'était fixé à Nancy, car on y trouve , au xv e siècle , une rue dite des Juifs. Quelques documeuts postérieurs , que je rappellerai plus loin, font voir qu'ils s'y multiplièrent dans la suite; mais rien n'indique qu'ils y aient exercé leur culte, du moins ostensiblement. Ce fut seulement au siècle dernier qu'après avoir été expulsés de nouveau, puis tolérés 1 , ils furent ensuite autorisés (20 octobre 1721) a résider dans certains lieux, notamment à Nancy, en nombre limité, à y « exercer leur religion et à tenir leur synagogue dans une de leurs maisons, sans bruit ni scandale ». En 1737, Stanislas leur accorda la permission d'élire un rabbin et de tenir une assemblée à Morhange, pour rédiger les statuts qui devaieut leur tenir lieu de loi civile. Enfin, le 26 janvier 1753, un arrêt du conseil d'État* porta règlement pour la communauté des juifs établis en Lorraine et fixa le nombre des familles dont elle se compo-
1 Une ordonnance de Léopold, du 50 janvier 1699 , révoquant le répit accordé contre les juifs a leurs débiteurs, montre qu'ils devaient être assez nombreux en Lorraine à celte époque, et que ceux de Metz formaient une communauté.
2 Voy. Rogéville, Dictionnaire des Ordonnances, au mot Juif*, et Digot, t. VI, p. S8, 79, 80, 163, 193, 204.
serait. Cette communauté fit graver un sceau avec un écusson portant le chardon de Nancy, parti les armes de France, surmonté de la couronne royale et d'un Jéhovah, avec la légende : sceau de la communauté des juifs de lorraine. Néanmoins, ce ne fut quen 1788 que ceux de notre ville firent construire une synagogue et exercèrent publiquement leur culte.
Moins heureux que les Israélites , les luthériens et les calvinistes n'obtinrent jamais à Nancy le droit de résidence ; des édils sévères proscrivirent, à toutes les époques, la prédication et -l'exercice de la religion réformée. J'ai dit plus haut par quel supplice avait été puni le curé de Saint-Hippolyle pour y être venu prêcher les doctrines nouvelles, et je ne rappellerai pas les nombreuses ordonnances rendues par les ducs de Lorraine pour en empêcher la propagation dans leurs États. Elles furent inspirées par des raisons politiques et religieuses à la fois, que je ft'ai pas à apprécier ici. Qui eût dit, au xvi* siècle, à l'époque de la guerre des Rustauds et de la Ligue, qu'un jour viendrait où les protestants auraient un temple dans la capitale, si exclusivement catholique alors , et que ce temple serait installé dans une église 1 ayant appartenu à une communauté religieuse , proscrite à son tour et dépouillée de ses biens !
* Olle des Prémontrés.
l es écoles du moyen-âge furent toutes monastiques ou épiscopales , c'est-à-dire placées dans les monastères ou sous la direction immédiate des évéques, et plusieurs d'entre elles jetèrent un vif éclat. Dans la suite, et pendant longtemps encore, l'instruction de la jeunesse fut confiée au clergé, ou du moins le clergé fut appelé à la diriger cl à la surveiller. C'est ce qui eut lieu notamment à Nancy.
On ignore à quelle époque y remonlent les premières écoles, et on ne possède aucun détail sur leur organisation ; ce qui est certain, c'est qu'il y en avait dans la première moitié du xiv* siècle. Des lettres du duc Haoul, datées du mois d'octobre 1340, portent : « Nous avons fondé et eslaublie en une partie de nostre hoslel l'escolàtreric et la donation des escolles de nostre ville de Nancey, sans rien ni acquei à retenir pour nous ne pour nos successours en ladicle escolàlrcric ni en tel droit comme nous avions ou don desdicles escolles, et voulons que le prévost et chapitre de nostre chapelle de Saincl-Georges et lours successours les puissent donneir par cui lour plairoît et en puissent ordonneir ainsi comme lui lor semblerait (semblera) pour le proffit de lordicte église ».
La ville ne parait avoir eu d'école communale, s'il est permis d'employer cette expression toute moderne, que beaucoup plus tard : c'est, du moins, ce qui semble résulter d'une transaction passée entre elle cl le chapitre de Saint-Georges, le 56 avril 1576, par laquelle ce dernier
lui abandonne une maison et ses dépendances, située derrière l'église paroissiale Sainl-Epvre, pour être employée à une école publique et au logement d'un maître, sauf, pour le chapitre, le droit d'examiner, conjointement avec les deux de ville et quelques notables bourgeois, les per- ' sonnes qui seraient présentées par lesdits de ville pour régenter les écoles, et d'élire pour ces fonctions et y installer qui bon lui semblera. En 1501, un nommé Florentin Blanvarleti était « précepteur de la grande escolle » et touchait 82 francs de gages par année.
Le 28 décembre 1663, Charles IV institua une maîtrise pour les maîtres écrivains et maîtres d'école de Nancy, et cette corporation forma une confrérie sous l'invocation de saint Nicolas. D'après ses statuts, elle devait avoir à sa tête un maître ou syndic et deux jurés, et nul ne pouvait y être admis avant d'avoir été examiné par l'écolàtre de Saint- Georges et avoir fait profession devaul lui. « Et comme, y est-il dit, il y a aucuns desdicls maistres qui enseignent le latin, qui néantmoins remplissent leurs escolles de trois sortes d'escolliers, de latins, d'escrivains et tous ceux qui sont à l'alphabet, quoyqu'incapables de l'entreprendre, qui est uue confusion, il est deiïendu à tous lesdicts maistres et à ceux qui viendront cy-après, d'enseigner autre art et science que celle dont ils seront jugez capables, à peine d ésire privez de ladicte maistrise. Lesdicts maistres qui seront receus en ladicte profession pourront mettre mons-
très et tableaux devant leur logis, auxquels sera exprime l'art ou science qu'ils seront capables d'enseigner. Tous lesdicts maistres seront obligez de recevoir ledict escollastre de Saincl-George en leurs escolles toutes et quanles fois que bon luy semblera, pour s'informer d'iceux du maintien de la jeunesse ; lequel se fera représenter les livres dont se servent les enfans pour apprendre, afin de cognoistre s'il n'y en a point d'hérésie ou autres deiïendus et contraires à la religion catholique, apposlolique et romaine ».
In arrêt du conseil d'État, du 55 janvier 1716, et un décret de Léopold, du 10 juillet 1718, maintinrent l'écolàlre de Saint -Georges dans les prérogatives dont il jouissait, et auxquelles il joignait le droit d'inspection des boutiques de libraires , afin de voir si Ton n'y exposait pas en vente des livres contraires aux mœurs.
La surveillance dont elles étaient l'objet n'empêcha pas les écoles élémentaires de se multiplier à Nancy, tandis que l'enseignement supérieur y était donné, par les Jésuites d'abord, puis par les Chanoines réguliers, et enfin, conjointement avec eux, par l'Université , transférée de Ponta-Mousson dans la capitale.
Les sciences , qui devaient avoir un jour à Nancy des représentants si distingués, s'y bornèrent à peu près,
jusqu'à la fin du xvi e siècle , à celle de la médecine. Nos ducs entretenaient à leur cour des médecins , des chirurgiens et des apothicaires dont on pourrait indiquer les noms à partk du règne de René 11 , mais qui , pour la plupart, n'acquirent aucune espèce de réputation ; les duchesses de Lorraine se faisaient accoucher par des matrones, qu'on appelait ordinairement du dehors. A l'exception de Symphorien Champier, de Jean Levrechon, de Jean Lallemant, d'Antoine et Nicolas Le Pois, d'Anuce Foës, de Dominique Berlhemin, de Christophe Cachet, de Remy Pichard et de Jacques Mousin , qui obtinrent de la renommée par leur savoir ou leurs écrits , les autres médecins qui résidèrent dans la capitale sont restés complètement inconnus.
Avant la fondation de l'Université de Ponl-à-Mousson, il n'y avait point, en Lorraine, de centre d'études, et les jeunes gens qui se destinaient aux carrières libérales étaient obligés d'aller chercher des mailres au loin ou de puiser leur instruction à l'école de praticiens ignorants. Aussi, l'exercice de la médecine était-il tombé entre les mains d'hommes si peu recommandables , que les évéques de Verdun (1507) et de Toul (1515) crurent devoir insérer dans leurs statuts synodaux des dispositions contre ceux qui s'y livreraient sans y avoir été autorisés, les menaçant même de l'excommunication.
La chirurgie était encore plus mal représentée que la médecine : elle s'exerçait par des individus qui remplis-
saicnt en même temps l'office de barbiers et ne possédaient aucune espèce de connaissances
Quant aux pharmaciens ou apothicaires , comme on les appelait, ils ne se contentaient pas de préparer des drogues ; ils se livraient au métier de conûseur et accommodaient, surtout pour les princesses , des confitures et des sucreries en tout genre ; ce qui n'empêcha pas que beaucoup d'entre eux ne fussent anoblis.
A la suite d'une requête qui lui fut présentée par les mai très « chirurgiens et barbiers » de Nancy, Charles III rendit, le 3 octobre 1575, une ordonnance défendant à « toutes personnes, soit qu elles passent seulement ou qu'elles veuillent faire leur résidence audit Nancy, de ne se meslcr aucunement dudit estât de chirurgie, ny donner remède contre les maladies , que préalablement et avant que ce faire, elles ne soient interrogées et examinées sur leur art par des médecins et chirurgiens choisis au nombre de ceux qui desjà, par longue expérience, ont fait preuve de leurs sciences et expertises à la qualité deue à docteurs médecins, chirurgiens et barbiers ; afin que, ledit examen et interrogatoire fait, celuy ou ceux qui seront approuvez et jugez capables par lesdils médecins et chirurgiens, puissent librement exercer leurs eslatz, et non autrement,
* Voy. Esquisse de l'histoire de la médecine et de la chirurgie en Lorraine, par J.-B. Simonin, père ; et la Bibliothèque lorraine de Dom Calmel, aux noms des médecins cités plus haut.
à peine d'emprisonnement des personnes des contrevenans et d'amende arbitraire ». Le 6 février 1650, le duc Henri conGrma ces lettres patentes, et y ajouta les dispositions suivantes : « Personne, quel il soit ou puisse estre, ne pourra, dans nostre ville de Nancy, lever ny tenir bouticque, pendre bassins en icelle ny en particulier exercer aucunes fonctions deppendantes de l'art de chirurgie, qu'au préalable il n'ait suby les examen et interrogatoires sur les faicts de théorie et pralicque deppendans de chirurgie, par les plus fameux et experts maislres chirurgiens d'entre eulx, en présence de médecins , à peine aux contrevenans d'emprisonnement de leurs personnes et de cent escus d'amende. » Ces nouvelles lettres furent confirmées par Charles IV, le 22 janvier 1625.
En dehors de la médecine et de la chirurgie, on ne trouve d'autres personnes s'étant livrées avec succès à l'étude ou à la pratique des sciences, que le mathématicien Jean L'Hosle (ou Lhoste), auquel on doit divers ouvrages qui lui assurèrent une juste réputation ; et Jean Appier Hanzelet , qui traça « plusieurs fondements de la ville de Nancy par sa géométrie et profonde dextérité ». Je ne parle pas des ingénieurs italiens , Balthasard Paduano ou de Padoue, Ambroise Principiano, Antonio de Bergame, Jérôme Citoni, Orfeo Galeani et Jean-Baptiste d'Estabili, qui furent appelés à Nancy pendant la minorité ou sous le règne de Charles III ; mais il convient de nommer
Nicolas Marchai, natif de Saint-Mihiel, qui construisit les fortifications de la ville neuve et fut ingénieur de ce prince.
Si, à l'époque dont je m'occupe, les sciences étaient peu cultivées dans la capitale, en revanche, les arts y répandaient le plus vif éclat, et on peut hardiment lui appliquer ce qu'a dit de la Lorraine un écrivain moderne qu'on ne saurait accuser de partialité : ■ Peu de pays ont été
• doués d'un géuie des arts aussi vrai et aussi fécond que » la Lorraine. La France s'enorgueillit depuis longtemps
• des noms illustres dont cette belle province a enrichi sa » couronne ; mais, en réalité, quand la charmante pléiade » des artistes lorrains se produisit et se développa, ce fut » sous l'influence des ducs de la cour de Nancy... Et ces » Lorrains, peintres, sculpteurs, graveurs, architectes, » sont innombrables, et, seulement pour les énumérer,
• plusieurs pages seraient nécessaires ».
On sait, à partir de la Gn du xv° siècle , les noms de la plupart des peintres et des sculpteurs qui décorèrent la chapelle ou le palais de nos ducs; mais on ignore ceux des architectes qui bâtirent nos anciennes églises , le château primitif sur l'emplacement duquel s'éleva celui de René II
1 M. Ph. de Chennevières-Pointel , dans ses Recherches sor la vie et les ouvrages de quelques peintres provinciaux de l'ancienne France. — Voy. aussi ma brochure intitulée : Quelques notes sur des peintres lorrains des xv», XYi e et xvii» siècles.
et d'Antoine, et la collégiale Saint-Georges , que l'auteur de la Nancéïde représente comme embelli par les arts :
.... Templum non grande situ, verum arte décorum.
Le plus ancien architecte que Ton connaisse est un nommé Jean de Forge, « maître des œuvres de la ville de Nancy » (1480), puis du duché de Lorraine, qui dirigea les réparations nécessitées par les deux sièges que la capitale avait soutenus. — Jean Waulhier et Jacob, son frère, qui construisirent le pont de Malzéville, en 1499, étaient vraisemblablement des architectes ou, du moins, des entrepreneurs habiles. — En 1506, Jacot de Vaucouleurs est qualiûé « maitre maçon du duché de Lorraine » ; c'est à lui que l'on doit la splendklc porterie du Palais. — Après lui viennent, par ordre chronologique, Jean Paris, dit Thouvenin, « maitre des œuvres » ; — Nicolas Chaubault, « maître maçon de Lorraine > ; — l'ingénieur Claude Marjollel, conducteur des travaux de la ville, qui fut envoyé à Paris prendre modèle du Jeu de paume du Louvre pour en faire un semblable au Palais ducal, et dont la construction fut conOée à Nicolas Chaubaull, « maitre des ouvrages du duché de Lorraine » ; — Claude Willon, surnommé l'Enfariné, « maître tailleur en Part de maçonnerie », qui fut « maitre maçon et maître livreur ès duché de Lorraine, bailliage de Vosge et marquisat du Pout-à- Mousson •. — A ces hommes, dont l'histoire n'a pas daigné conserver les noms, pas plus que ceux des archi-
Iccles Jacques Bugeau et Thierry Marchai, succédèrent les deux Florent Drouin et Nicolas La Hiere que les biographes mentionnent, mais dont ils n'ont pas connu tous les travaux.
Les Drouin furent l'un et l'autre ù la fois architectes et sculpteurs et se montrèrent les dignes continuateurs des .traditions dues à l immortel Ligier Richier, de Saint-Mihiel. Beaucoup de « tailleurs d'images » les avaient précédés, et leurs ouvrages décoraient le château de nos ducs ou la chapelle princière de Saint-Georges. C'étaient, entr'autres, Gérard Jacquemin, « le maitre des œuvres du grand portail de l'église cathédrale de Toul », appelé à Nancy par René II, en 1480, pour orner son oratoire ; — Jean Crocq ou Crocx, de Bar, « ymaigeur cl tailleur en pierres et bois >, l'auteur du mausolée du duc de Bourgogue, qui laissa une nombreuse postérité d'artistes en tout genre ; — Mansuy Gauvain, qui sculpta la Vierge de Bon-Secours, la porterie du Palais ducal , la statue équestre qui la dé corail, et probablement aussi le monument de René dans l'église des Cordeliers; — Jean Gauvain, son fils; — Martiu Crocq, l'émule de son père ; — Jean de Seulis, ■ imagier de terre » ; — enOn, ceux que j ai nommés eu commençant, les Drouin, dont plusieurs des œuvres ont échappé à la destruction
1 Notamment les sculptures de la seconde porte Notre Dame, la Cène de Saint -Epvre et le mausolée du cardinal de Vaudémont aux Cordeliers.
uiginzea
A la famille des sculpteurs se rattachent ces ouvriers eu bois, ces « menuisiers », comme on les appelait, à qui on doit les beaux meubles, si recherchés et payés si cher aujourd'hui. Parmi eux, je citerai Jean Crocq, Jean Dallein, Antoine Philbert, Adam le Cygne, Philippe de Hault, Jacques Lallemand, et Nicolas Lanlicque, qui fut attaché à la maison de Charles 111 et embellit de ses ouvrages le palais dont ce prince avait fait un véritable musée des arts.
Les fondeurs, dont quelques-uns exécutèrent des Iravaux remarquables, méritent aussi d'être mentionnés ; les plus anciens ne sont malheureusement désignés que sous des prénoms : tels sont « mailre Laurens »,qui fut chargé de « la sépulture » ou du mausolée de Ferry de Vaudémont, père de René II, inhumé dans la collégiale de Joinville ; — « Jehan le fondeur », qui fil un grand chandelier de cuivre « au bout de la sépulture » des ducs Jean et Nicolas, dans l'église Saint-Georges; — enCn, lesChaligny, auxquels le village de ce nom parait devoir se glorifier d'avoir donné naissance, et dont trois surtout, Jean , David et Antoine, furent de véritables artistes.
La peinture eut, à Nancy, pendant les XV e et xvi e siècles, des représentants plus nombreux encore que la sculpture. Parmi les peintres verriers on peut citer : mailre Pierre de Strasbourg, qui exécuta les verrières du Palais ducal ou des Cordeliers ; Simonin de Bar, Jean de Saint-Nicolas, . Thouvenin de Nancy et son fils ; Honoré, qui restaura le
vitrail voisin de la sépulture de René II ; François de Nancy. Georges Millereau, Nicolas Graxien, Jean Paget, Jeau Christophe, Jean Clerengue de Verdun ; Pierre de Francheville, Petit-Jehan de Soison , verrier de Toul ; Jean , chauoine régulier de Lunéville et curé de Mont ; Martin, Guillaume de Langres et Panlaléon d'Ochey.
Si les monogrammes tracés sur les vitraux de l'église de Saint-Nicolas-de-Port n'étaient pas devenus indéchiffrables ; si les verrières des Cordeliers n'avaient pas été presque toutes brisées, il est probable qu'on y verrait les initiales des noms de ces artistes, dont les archives seules ont gardé le souvenir.
Les peintres proprement dits furent en plus grand nombre encore que les verriers : les registres de comptes conservés au Trésor des Chartes mentionnent Bertrand Maillet, déjà mort avant l'année 1481 ; — Pierre Garnier, qualifié de peintre de René II ; — Bernard, originaire de Lunéville; — Barthélémy, qui fil un portrait de saint Grégoire-le-Grand pour l'oratoire du duc ; — Pierrequin Faulerel, qui coloria le tombeau de René dans l'église des Cordeliers ; — Hugues de La Faye, peintre du duc Antoine, et qu'on peut regarder comme le chef de l'école formée sous le règne de ce prince. Il mourut en 1539, au moment où il achevait, dans le réfectoire des Cordeliers 1 ,
1 Aujourd'hui celui de l'École normale, où l'on voit encore ce tableau, mais dégradé par le temps et par de regrettables restaurations.
la Cène que l'on a longtemps attribuée à Léonard de Vinci. Le soin de la terminer Tut conOé à Médard Chuppin, qui avait hérité du titre de Hugues de La Faye, et que le duc François 1 er envoya en Italie pour se perfectionner, avec un autre peintre du nom de Claude Crock (ou Crocx). Leur talent valut plus lard à tous deux des lettres de noblesse.
Ces artistes eurent pour contemporains ou pour successeurs : Gabriel Salmon, de Lunéville, et Georges Gresset, qui s'exercèrent dans le genre religieux ; — Balthasard Crock, Cls de Claude, qui fit le voyage d'Italie aux frais de Charles III, et devint poursuivant d'armes ; — Charles Chuppin, fils et émule de Médard ; — Didier Richier, dit de Vie, qui, après avoir passé une partie de sa jeunesse sur la terre classique des arts , s'adonna particulièrement à la peinture des armoiries, et obtint la charge de poursuivant d'armes; — François Buscay, milanais, anobli dès 1547 ; — Jean de Gorze ; — Jean Comtesse et Jean Bleyer de Bariscord, décorateurs habiles ; — Julien Maire, peintre et graveur ; — Moyse Bogault ; — Jean de Wayembourg, qui décora l'église des Minimes et fil beaucoup de portraits de Charles III ; — Rémond Constant, qui peignit pour la même église, pour celle des religieuses de la Congrégation et pour le Palais ducal , où l'on voit encore aujourd'hui un de ses tableaux 1 ; — Claude Gilbert , de
1 Celui de la confrérie de Saint-Yves , appartenant an Musée lorrain. Il y a aussi des tableaux de Rémond Constant à l'église Saint-Nicolas et dans la chapelle de l'hôpital Saint-Charles de Nancy.
Bar ; — Thierry Vignolles, de Nancy, peintre de portraits et de tableaux de genre ; — Paul La Tarte , de Pont-à- Mousson , qui cultivait les mêmes branches de l'art ; — Jean Lallemant , de Nancy, dont les productions ne sont pas connues; — Jacques Danglus, auteur de plusieurs portraits de Charles III. — Des artistes plus célèbres étaient Jacques Bellange, qui orna la galerie des Cerfs, au Palais ducal , de peintures magnifiques, et dont on voyait d'autres ouvrages dans l'église des Minimes 1 et dans celle de Notre-Dame; — Jean Le Clerc, chevalier de Saint- Marc, qui avait longtemps habité l'Italie, et fit des tableaux pour diverses églises; — Claude Henriet, originaire de Chàlons-sur-Marne, qui peignait sur verre et sur toile avec un égal succès ; — Claude Deruet, enfin, qui mérite d'occuper une place distinguée parmi les peintres et les graveurs lorraius de la première moitié du xvn c siècle. — Il serait injuste de passer sous silence Jean Callot, le père de notre immortel artiste, bien qu'il se soit borné à peindre des armoiries, en qualité de héraut d'armes de Lorraine.
Sous René II et Antoine vécurent plusieurs artistes dont le talent consistait à enrichir les livres d'heures * de ces
» Eotr'autres, un tableau de la confrérie du Rosaire, qui est aujourd'hui à la Cathédrale.
a Ces livres eux-mêmes étaient faits par de véritables artistes, des • écrivains », comme on les appelait, parmi lesquels deux seulement nous sont connus : François Eixvir et Gilles du Bouchet, qui travaillèrent pour René II, et dont Pierre Jacoby, de Saint-Nicolas, reliait les ouvrages.
délicates miniatures qu'on s'efforce d'imiter aujourd'hui : tels furent Jean Grillol, Pierre Garnier et « maître Georges », qualiûés enlumineurs, de même que Pierre Bourcier, qui travailla au tombeau de René II. Celte qualification fut donnée, mais plus tard, à Pompée de Bouzey, qui s'adonnait également à la gravure.
Cet art, dont on a dit 1 que « la Lorraine fut le berceau en France », eut pour principaux interprèles Pierre Woeiriot, Alexandre Vallée, Jean Appier, dit Hanzelet, et le célèbre Jacques Caliot, qui n'a jamais été surpassé, ni même égalé comme graveur à l'eau forte. A ces artistes, il convient d'ajouter les graveurs des belles monnaies ou médailles frappées sous le règne de Charles III : François et Jean Le Poivre, Nicolas de Lassus, Julien Maire et Demenge ou Dominique Crocx, lesquels eurent plus tard un rival qui les éclipsa tous : Ferdinand de Sainl-Urbain.
Tandis que le ciseau du sculpteur et le pinceau du peintre embellissaient les églises, des artistes d'un autre genre, dont les ouvrages ont à peu près tous péri, donnaient aux vêtements ecclésiastiques une richesse digne de la majesté du culte et représentaient, notamment, sur les chasubles des chanoines de Saiut-Georges, en y mêlant habilement l'or, l'argent et la soie, des scènes de l'ancien et du nouveau Testament. On ne connaît presqu'aucun de ces brodeurs, si ce n'est celui de la duchesse Renée de
1 M. Bonardol, Histoire de la gravure.
Bourbon « maître Pierre », à qui cette princesse fit faire, en 1559, une chasuble « aux histoires du Léazar, la scène de la Samaritaine, le baptesme de Nostre-Seigneur et l'histoire du Pynnacle ».
La musique n'était pas plus négligée que les autres arts : Charles II, qui l'aimait avec passion et « possédait assez bien la vocale », avait introduit des orgues dans l'église Saint-Georges et y avait établi une « chapelle » composée de six enfants de chœur et d'un maître, auxquels furent adjoints , dans la suite, plusieurs chantres, des « ténoristcs, hauts-contre, bas-contre », basses-tailles, etc. En 1438, un prêtre, du nom de messire Jacob, était * maître des orgues » de Saint-Georges. En 1505, Bené II se faisait faire des orgues à Metz et à Nancy ; en 1511, le duc Antoine achetait à Valence un instrument « faisant eschiquier, orgues, espineltes et (luttes »; en 1535, le chapitre de Saint-Georges commandait à un nommé Vendrequin de grosses et de petites orgues pour son église. J'ai retrouvé les noms de quelques-uns des organistes de la collégiale, parmi lesquels plusieurs étaient des ecclésiastiques : messires Jacob, Bertrand Lallcment, Hugo, tous trois prêtres, et Jean Guillaume, qui vivaient au xv" siècle ; pour le siècle suivant : messire Antoine; — Bertrand Mitlal, anobli en 1535 ; — Jean de Sermaise, qui était aussi fadeur d'orgues et remplissait les fonctions de clerc juré de Nancy; — Pierre
uiginzeo
Leroux ; — mcssire Plalel ; — Nicolas de llault, etc.
L'auteur du Mémoire sur Nancy, qui écrivait en 1619, dit, en parlant des chanoines de Saint-Georges : « Ils ont fondation de vicaire et musiciens; pour le présent, la musique y est fort accomplie en toutes ses parties, pour y avoir des voix choisies par le commandement de S. A. (le duc Henri II), qui prend un singulier plaisir à entendre la bonne musique, et s'il donne (et aussi donne-t-il) quelquefois des prébendes aux chantres qui ont bonne voix, soit pour les y attirer, soit pour les y maintenir ».
La musique instrumentale n'était pas non plus oubliée : il y avait, à la cour des ducs Antoine et Charles III, des joueurs de flûte, de luth , de haut-bois, de « labourin » et de violon.
Dés la fin du xv e siècle, les ménétriers de Lorraine formaient une corporation : en 1490, René II, « sur les plaintes qui lui avoient esté faictes des abus glissez dans ses Estais et pays, par l'ignorance des temps, dans l'art et meslier de joueurs de violon et aultres instrumens, des-
quels il arrivoit tous les jours de grands inconvéniens », avait établi « ung maistre dudict mestier, avec pouvoir de créer des lieutenans particuliers partout où besoin seroit, pour réprimer les abus et les mulcter d'une amende de quarante sols ». Le même édit défendait aux joueurs de violon et autres de jouer sans avoir été « hantés », c'està-dire admis dans le han ou la corporation.
Les fifres et tambourins de Nancy avaient coutume de venir, le 1 er mai, planter un « mai > devant le Palais ducal. Les musiciens de cette ville célébraient la Sainl- Gocric : ce jour-là, le priuce donnait à ceux qui étaient attachés au palais une somme d'argent pour les aider à solenniser la féte de leur patron.
Les ducs de Lorraine, qui se plaisaient à encourager les artistes dans tous les genres, ne pouvaient refuser leur protection aux littérateurs et aux poètes : ils n'y manquèrent pas non plus ; mais la capitale fut loin d'avoir l'honneur de les posséder tous. Pierre de Blarru, l'auteur de la Nancéïde notre épopée nationale ; Pilladius (Laurent Pillart), le chantre de la guerre des Rustauds, n'habitaient pas Nancy. Celte ville ne peut revendiquer, comme y ayant résidé, en raison des fonctions qu'ils occupèrent à la cour, que Jean Lud, à qui l'on doit un Dialogue sur la guerre de René II et du duc de Bourgogne 1 ; — Chrétien de Chàlenoy, secrétaire du premier de ces princes et l'au-
1 Elle fut traduite eu français, vers le milieu du xvu* siècle, par le sieur Nicolas Romain, docteur ès-droils et conseiller du duc François II ; mais on ne connaît plus que le second chant de cette traduction ; elle n'a jamais été publiée que par fragments.
a J'en ai donné une édition dans le Journal de la Société d'Archéologie, n° d'octobre 1854, d'après un manuscrit conservé au Trésor des Chartes
teor très-probable de la Chronique de Lorraine \ ; — le poêle Pierre Griugore, « compositeur, hystorien et facteur de mystères » ; — Nicolas Wolquier (Nicole Volcyr), l'historiographe du duc Antoine, et qui a laissé, entr autres, un long récit de l'expédition de ce prince contre les Rustauds * ; — Émond du Boullay, poète et prosateur ; — le P. Jean d Aulcy, cordelier, confesseur de François I er et de Charles III ; — le procureur général Nicolas Remy, auteur d une intéressante biographie de René II ; — Balthasard Guillermé, secrétaire de Charles III et de Henri II, qui a rédigé un journal des événements contemporains ; — Georges Aulbery, aussi secrétaire de Charles III, dont la Vie de saint Sigisbert contient une curieuse description de Nancy au commencement du xvn e siècle ; — Thierry Alix, président de la Chambre des Comptes, le laborieux organisateur du Trésor des Chartes , dont plusieurs des précieux manuscrits sont dus à la plume de cet homme éminent 8 ; — enfin, le chanoine de la Primaliale (M. de Reunel), auteur du curieux Mémoire sur Nancy, imprimé par Dom Calmet dans sa Notice de la Lorraine. Je ne dois point passer sous silence un ouvrage qui,
1 Voy. l'édition critique de la Chronique, dans le Recueil de documents publiés par la Société d'Archéologie, t. V, p. ix.
s L'ouvrage de Volcyr a été réimprimé, avec des notes, dans le t. Il du Hecueil de documents.
s Voy., sur ces personnages, Digot, t. IV, p. 138-144, et t. V, p. 136-141.
sans avoir aucune espèce de mérite littéraire, tient pourtant un des premiers rangs dans la bibliographie lorraine : c'est la Pompe funèbre de Charles III, par Claude de La Ruelle, description complète des maguiGques cérémouies qui avaient lieu aux funérailles de nos ducs.
Un des personnages que je viens de nommer, Pierre Gringore, ne fut pas seulement poèîe et prosateur original, il fut encore acteur, c'est-à-dire qu'il remplit luimême des rôles dans les mystères ou les moralités qu'il composait. Des spectacles de ce genre eurent lieu plus d'une fois à Nancy sous le règne de René II : en 1474, « le jour de karesme prenant », ce prince fil représenter devant lui une « moralité » dont nous ne connaissons pas le litre. Trois ans plus lard, et tandis qu'il était à Saint- Nicolas-de-Port , on joua en sa présence « le jeu el feste du glorieux sainct Nicolas », dont l'auteur parait avoir été un tabellion de Nancy, Jacquemin Berthremin ou Barthélémy. En 1478, René fut diverti par une ■ farce » due à des artistes ambulants qu'on appelait les « galans sans souci », et qui allaient, de province en province, jouer leurs farces ou « soties », pièces satiriques dans lesquelles les plus grands personnages n'étaient quelquefois pas ménagés. En 1487, nous apprend la Chronique de Lorraine, un nommé Pellegrin fit jouer le jeu de saint Georges. En 1496 et 1497, un premier mystère, dont le titre n'est pas
indiqué, fut représenté dans une des salles du Palais ducal,
où l'on donna ensuite, durant les fêtes de la Pentecôte, une représentation du « jeu et feste de Monsieur saincl Nicolas ». Le compte du receveur général pour Tannée 1505-1506 rappelle « la vie de saincle Barbe », qui fut jouée devant René II ; et le registre des renies et revenus de l'église Saint-Georges parle du « mystère de la Résurrection » que l'on mit sur la scène, à Nancy, pendant les fêtes de Pâques de l'année 1512. Trois ans plus tard, nous voyons comme établie en Lorraine une troupe dirigée par « maistre Jehan, dict Songe-Creux », et ce comédien et « ses complices » suivent la cour, donnant tour à tour des représentations à Lunéville, à Nancy et ailleurs. Ce ne sont plus seulement des mystères que I on joue, comme « le jeu de saincl Job », « la Vendition de Joseph », « l'Immolation d'Isaac, 01s d'Abraham », etc., mais des ■ moralités », telles que la pièce intitulée Mundus, Caro, Dœmonia, et « des farces vieilles et nouvelles, reboblinées et joyeuses à merveille » .
Nous possédons la représentation d'une des pièces qui, avec les farces et les mystères, se partageaient le théâtre au xv c siècle : c'est la tapisserie de la tente de Charles-le- Téméraire, placée au Musée lorrain, laquelle offre une histoire dont le fond allégorique a pour but de montrer les inconvénients de la bonne chère ; histoire qui a fourni le sujet d'une moralité dite « la Condampnalion de Banquet ».
A partir de la seconde moitié du xvi e siècle , Fart dramatique en Lorraine prend une physionomie nouvelle : des comédiens français ou étrangers remplacent les joueurs de mystères et de moralités, tandis qu'on voit naître, au sein de l'Université de Pont-à -Mousson, un genre de littérature qu'on pourrait appeler le théâtre des écoles *. Les documents qui nous ont été conservés ne contiennent malheureusement point de détails sur les pièces qui furent jouées à la cour de Charles III ; ils nous apprennent seulement les noms des acteurs que ce prince admit à donner des représentations devant lui : les uns sont français, comme Chasteau-Vieil ; les autres espagnols, comme Diego de Medioa ; la plupart italiens. De toutes les pièces données par eux sur le théâtre du Palais, il n'y en a qu'une, • la Pénitance de la Magdelaine », doot nous connaissions le titre 1 .
Des spectacles d'un autre genre, et auxquels il pouvait être plus facilement admis , étaient encore offerts au peuple 5 : tels étaient les tournois , les courses de lances
ou de bagues , qui , après avoir eu lieu d'abord sur la
1 Les Jésuites du collège de Nancy imitèrent plus tard cem de Pont-à- Mousson, en faisant jouer des pièces par leurs élèves.
1 Voy. mes Études sur le théâtre en Lorraine et sur Pierre Gringore, dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas, 1848.
3 On l'admettait quelquefois aux représentations qui se donnaient dans l'intérieur du Palais ducal : ainsi, en 1595, une somme est payée i un charpentier pour la façon des € sièges et théâtres de la salle neuve du château, pour asseoir le peuple ».
place du Châtel (aujourd'hui des Dames), furent ensuite donnés sur la Carrière ; d'où celle-ci a tiré sa dénomination , qui rappelle l'ancien usage auquel elle était spécialement affectée.
Si je n'avais tenu à suivre scrupuleusement le programme que j'ai adopté, j'aurais placé le chapitre qu'on va lire à la suite de celui qui est consacré aux établissements religieux : il s'y rattache, en effet, d une manière intime, les hôpitaux ayant été, dans l'origine surtout, placés sous le patronage de la religion.
Le premier qui ait été créé à Nancy remonte , comme on l'a vu précédemment, à une époque fort reculée, puisque, dès l'année 1158, le duc Mathieu abandonna aux religieux du prieuré Notre-Dame la maison-Dieu qui existait près de cette ville , pour y recevoir les pauvres et infirmes et soigner ceux qui en avaient besoin. Cet hôpital était celui de Notre-Dame.
En 1336, un prêtre, dont le nom mérite d'être conservé, Vernier de Nancy, 61s de feu Thierry de l'Étang, fonde, en l'honneur de Dieu, de la Sainte-Vierge, sa mère, et de saint Julien, dans sa maison, située devant la fontaine de feu messire Thierry, chevalier (la fontaine de la rue Saint- Antoine), à l'angle du ruisseau de la Boudière, un hôpital pour nourrir à perpétuité toute sorte de pauvres, malades
en danger, inGrmes et passants. Il assigne, entr'autres choses , pour cette fondation , douze deniers fors sur une maison en la rue Reculée , et cinq quarterons de blé sur une pièce de terre au ban de Laxou, lieudit « Sancti-Foutaine ». Il abandonne cet hôpital à la ville et communauté de Nancy, voulant que les échevins qui seront eu charge en soient les gouverneurs et patrons, etc.
Enfin, par son second testament, daté du 1 1 janvier 1425, Charles 11 assigne deux cents francs « de terre annuelle et perpétuelle » ù l'hôpital qu'il a « de nouvel > fait édifier devant la ville de Nancy, près de la porte Saint-Nicolas ; ce qui indique peut être , non pas une fondation , mais la reconstruction d'un ancien hôpital, probablement celui de Notre-Dame, situé à peu près à l'endroit occupé aujourd'hui, dans la rue des Dominicains, par les maisons qui font face à celle -de l'Hôpital Saint-Julien. Il était régi, en 1452, par un gouverneur qui rendait compte de sa gestion devant la Chambre des Comptes de Lorraine. Le gouvernement en fut donné, en 1489, à Pierre de Blarru, l'auteur de la Nancéïde ; puis René en confia l'administration (1495) aux religieuses hospitalières de Sainte-Elisabeth ou Sœurs-Grises.
René I er avait promulgué, le 28 juin 1438, touchant l'administration des hôpitaux, un règlement qui contient les dispositions suivantes , applicables à ceux de Notre- Dame de Nancy et d'Einville : « Voulons, dit-il, que toutes
obligations, dons et bienfaits quelconques qui seront faicts, présentés et donnés ausdits hospitaulx, soient tous mis en un tronc ou coffre auquel il y ait trois clefs que garderont trois personnes : c'est à sçavoir , l'une soit ès mains du gouverneur, l'autre ès mains de celui de nostre conseil, qui... sera commis à ouïr les comptes, et l'autre clef ès mains de celui qui... sera commis pour voir et vériûer les biens desdits hospitaulx, et que l'un desdits gardes ne puisse aller audit coffre sans l'autre ; pour tous iceulx biens... employer et convertir au profit et utilité d'iceulx hospitaux..., tant aux réparations d'iceulx, comme ès autres besognes nécessaires, et pour la subslentation des pauvres créatures qui y seront, et ce par la disposition, esgard et ordonnance des maistres et gouverneurs d'iceulx hospitaulx.
» El combien qu'en nostre ville de Nancy ayent piéçà esté commises et députées deux personnes , Tune d'église et l'autre du conseil, qui ont la charge de voir et ouir les comptes du maistre et gouverneur d'icelui hospilal..., aOn que lesdits hospitaulx ne soient aucunement fraudés, nous voulons qu'il y ait l'un desdits commis ou aullre bonne personne eu ladite ville qui ait la charge de voir une fois l'an tous les biens meubles dudit hospilal, qui y sont et seront, et les bienfaits qui auront esté largis pour la conservation d iceulx biens, afin qu'on sache comment ils sont gouvernés ; et pour la descharge du gouverneur, laquelle
personne qui à ce sera ordonnée , voulons qu'elle soit à l'élection des dessusdils commis et gouverneurs, si l'un desdils commis ne vouloit ni pouvoit entendre. (Les deux articles suivants portent que les gouverneurs de l'hôpital de Nancy seront chefs et visiteurs de tous les autres hôpitaux, desquels le duc se réserve la collation ; et, dans le cas où il serait absent de son duché, il confère ce droit au gouverneur de l'hôpital de Nancy.)
» Item , octroyons auxdits hospitaulx que les maistres et gouverneurs d'iceulx puissent et leur loise prendre bois pour l'affouage dudit hospital raisonnablement, et aussi maronage pour édifier et pour les réparations et réfections nécessaires d'iceulx..., et que lesdits gouverneurs puisseat aussi chacun... mettre porcs en nos bois en la saison accouslumèe pour le vivre et provision nécessaire desdits hospitaulx...
» Item, voulons que lesdits gouverneurs et chacun d'eulx puisse, en son lieu, pescher et faire pescher au filet et trieules en nos rivières prochaines d'iceulx hospitaulx..., pour la substentation seulement nécessaire des maistres desdils hospitaulx, des pauvres créatures malades qui y sont, et des serviteurs tant seulement, sans que nulle aulre personne puisse participer au poisson qui ainsi seroit prins ».
Une autre ordonnance du même prince, relative à l'hôpital Saint-Julien, porle : « Et pour ce que l'hospita) Sainct-
Julien de Nancy a plusieurs belles rentes d'argent et de grains ; afin qu'icellcs soient bien conservées et augmentées pour la substentalion des pauvres qui y affluent, ledit seigneur (le duc) entend que les gens de ses Comptes, avec les lieutenans , prévosts et deux ou trois bourgeois de la ville, pourvoient audit hospital d'un bon gouverneur qui reçoive toutes les rentes et biens y appartenans, les applique aux œuvres pieuses et nécessaires auxdils pauvres, et, au bout de l'an, leur en rende compte ainsi qu'il appartient ; car ledit seigneur veut que les dessusdils y vaquent ainsi soigneusement, comme si ce fust pour ses affaires propres ».
Par son ordonnance du 1$ juin 1497, René II confia aux quatre de ville « le régime et gouvernement » de l'hôpital Saint-Julien, dont ils devaient toucher « les cens et rentes, tant de bled et d'argent que d'aullres biens, pour les desparlir à l'usaige des pauvres, selon la fondation >.
Charles III prescrivit, en 1573, qu'il lui fût représenté un état des revenus et des charges de tous les hôpitaux. Le 8 mai 1589, il ordonna que « doresenavant cl à toujours, le meilleur et principal habit que chacun bourgeois et bourgeoise, manans et habitans de Nancy et faubourg d'icelle, y compris Sainct-Dizier », aurait à l'heure de son décès, « comme aussi de tous étrangers passans et séjournans » qui y viendraient à mourir , serait donné par les héritiers aux gouverneurs de l'hôpital de Nancy « commu-
)gle
oément appelé l'hospital Sainct-Julien , que l'on a commencé à rebâtir tout a neuf en la ville neuve dudit Nancy, afin que les pauvres qui présentement y sont en bon nombre nourris et substantez , et ceux qui journellement y arrivent et y arriveront, ayent de quoy mieux estre soulagez et secourus ». Par une dernière ordonnance, du 7 janvier 1 594 , le duc nomma deux surintendants pour veiller à l'administration du même hôpital.
Outre ces hospices, il en existait un, aux portes de Nancy, spécialement destiné à recevoir les malheureux atteints de la lèpre : c'était la léproserie de la Madelaine ou « la maison des malaides de Nancy », mentionnée dans des lettres du duc Ferry de l'an 1273, que j'ai rappelées plus haut. Eu 1312, ce prince en donna l'administration aux Dames prècheresses. Cette « malarie ■ ou ma~ ■ ladrerie », comme on l'appelait, jouissait de franchises et de privilèges qui furent confirmés par René 1 er , le 22 mars 1436 ; en 1441 , par la duchesse Isabelle, et par le duc Antoine, en 1508. Des lettres pateutes en forme de règlement, données par le duc Charles III, le 8 août 1603, maintiennent les Dames prècheresses en leurs droits et autorités de recevoir et loger en leurs maisons de la Madelaine-lès-Nancy les personnes lépreuses avec lesquelles elles auront accord de ce faire, tant des villes, prévôté et banlieue de Nancy que des pays et terres de l'obéissance du duc, excepté du bourg de Saint-Nicolas , où il y a une
maladrerie, à condition que, s'il advenait que lesdites maisons, qui sont seize en nombre*, se trouvassent toutes remplies, se présentant un ou plusieurs lépreux desdites villes, prévôté et banlieue de Nancy pour s'y loger, elles seront tenues de déloger les forains pour leur faire place, quand même ils n'auraient pas de quoi leur payer un droit d'entrée à cause de leur pauvreté. Le duc ordonne aux gens du Conseil de ville de Nancy de laisser jouir lesdites Dames, sous ces modifications, de leurs droits et privilèges, comme aussi les lépreux par elles jusqu'ici reçus et quelles recevraient ci-après, et de la quéle accoutumée des aumônes. Le préambule de ces lettres patentes porte que chaque lépreux occupant une maison payera un cens annuel d'un franc aux Dames précheresscs, outre le droit d'entrée, convenu de gré à gré avec elles.
Le document que je viens de rappeler, fort curieux en raison de sa date, prouve que la lèpre était loin d'avoir disparu de la Lorraine aussitôt qu'on le pense communément ; et les comptes du cellérier de Nancy l'attestent de même 1 ; on y trouve, en effet, jusqu'en 1640 inclusivement, la mention de douze resaux de blé délivrés, comme de coutume, «aux bons malades de la Madclaine pour subvenir à leur nourriture et autres nécessités en leurs vies calamiteuses » .
' I! s'agit, sans doute, des loges ou borde, qu'habitaient les lépreux ' Les Archives de la ville renferment aussi, à cet égard, des documenta que j'aurai occasion de mentionner.
Quant à « la quête accoutumée des aumônes », dont parle le règlement de Charles III , elle se faisait, je crois, près de l'église collégiale Saint-Georges, par un lépreux qui, autorisé à se tenir dans une loge, faisait appel à la charité publique.
On ne se bornait pas à donner asile, dans les hôpitaux et les léproseries, aux pauvres atteints d'infirmités, on avait encore soin de secourir ceux qui ne pouvaient y être admis. L'année 1528-1529 ayant été calamiteuse eu raison de la cherté des subsistances, on vendit à prix réduit aux indigents et aux boulangers du blé qui se trouvait dans les greniers de la ville.
La charité publique reçut, plus tard, une organisation régulière, en même temps que des mesures furent prises pour empêcher la mendicité , ce fléau que la civilisation n'a pu faire encore disparaître d'au milieu de nous. Le 24 décembre 1565, Charles III reudit une ordonnance que je vais reproduire en entier, parce qu'elle renferme des dispositions qu'il est intéressant de connaître :
Voulons et ordonnons, y est-il dit, que les rentes et revenuz dépendans de l'hospital (Saint-Julien) et maison-Dieu scituée et assize en ladicle ville, soient joinclz avec les deniers des qucsles et aulmosnes qui se feront, pour estre... applicquez à la norrilure et entreténement des pauvres, tant ondit hospilal que dehors.
Item , deffendons ù tous pauvres , de quelque qualité qu'ilz soient, déforains, si aucuns enlroienl en ladicte ville cachemenl
au-dessus des portiers et aultres de ladicte ville, de ne mandier ny demander l'aulmosne par les rues, esglises, maisons particulières ny au-devant des portes d'icelles, sur et à peine d'estre punii par prison ou aultrement corporellement, et leur enjoindons de soy contenir (contenter) de ce que leur sera distribué dehors ou audedans de ladicte ville ; en quoy, toutesfois, ne seront compris les ordres mendiens et lépreux, ausquclz permectons faire leur queste comme d'ancienneté.
Item, ordonnons que Visitation soit faicte par ceulx qui seront esleuz et choisiz pour l'administration desdietz hospital et deniers de l'aulmosne, de tous les pauvres qui sont présentement en ladicte ville et faulbourg Saincl-Nicolas et qui en sont nationez et y sont demeurans dès septz ans et au-dessus ; et seront enroollez pour leur estre faicte distribution de ce qui sera advisé pour leur norriture et entrelénement. Et sy entre iceulx se trouvent aulcunes personnes qui, par viellesse ou maladye, soient tellement irnpotens et destituez de tous biens qu'ilz n'aient moyen de se losger, entretenir ny gaingner leur vie, prouvoyeront lesditz esleuz qu'Hz soient envoyez et receuz en l'bospital, où ilz seront traictez et allimentez, jusques à ce qu'ilz aient recouvers le moyen de se pourveoir et gaingner leur vie.
Item, et pour réprimer et relrencher la grande multitude et affluence des pauvres qui abordent et se retirent en ladicte ville et faulbourg, cômmcndons à tous pauvres qui ne sont nationez desdietz lieux ou qui depuis septz ans et au-dessus n'y sont demeurans et habituez, qu'ilz aient à desloger, dedans (rois jours après la publication de cestes, avec deffence de n'y retourner, à peine du fouet...
Item, ordonnons que, par chacun an, à deux diverses fois..., seront esleuz quatre personnaiges de la commune (laquelle, pour ce faire, sera convoquée et assemblée), desquelz esleuz les deux auront la charge et administration dudict hospital , et les deux aultres... auront la charge de faire la levée et cueillette des deniers qui seront aulmosnez en ladicte ville...; et feront roolle et description de tous les pauvres..., pour faire la distribution suivant lesdiclz roolles...
Kern, que, pour éviter toutes faveurs et support qui se pouroit commectre en dressanl lesdictz rooles, esquelz quelque fois on mectroit en escript une ou plusieurs personnes, lesquelles néanmoins ne scroient de tant indigentes qu'elles n'eussent quelque moyen de gaingner leur vie, et par tel faveur croistroit le nombre des pauvres et diminueroit la substance dheue aux plus indigens et nécessiteux, ordonnons aux deux gouverneurs de l'hospital de recevoir tous plaintifz qui leur seront faietz par les pauvres ou aultres bourgeois... et congnoistre bonnement, loyaulment et exactement de la qualité et faculté de ceulx qui seront enroolez, et» s'ilz trouvent aucuns indignes de l'aulmosne, ilz le facent royer du roole...
Item, que l'élection se fera desdietz quatre personnaiges par la commune de ladicte ville, en la présence du gouverneur d'icelle ou son commis en son absence, entre les mains duquel gouverneur ou de son commis les esleuz feront le serment de bien et loyaulment vacquer à leur charge et en rendre bon compte.
Item, que lesdictz deux commis pour ladicte cueillette feront la queste par les esglises, rues et portes des maisons..., et auront avec eulx ung porteur de clochette pour de tant mieulx advertir le peuple à préparer ce qu'ung chacun aura en dévotion de donner. Et lesdictes cueillettes faictes, les deux esleuz les porteront aux deux aullres de l'hospital, qui en feront inventaire, et le signeront conjoinctement les quatre ensemble...
Item, que, pour mieulx inciter et esmouvoir le peuple à ladicte aulmosne, voulons que recommandations particulières s'en facent, par chacun dimanche, en l'esglise parrochialle, et enjoindons au curé ou son vicaire le faire. El seront mis trônez au-devant ou proche du portai d'une chacune esglise de ladicte ville, sur lesquelz seront escritpz ces mots : Pour les pauvres ; desquels trônez y aura deux clefz, l'une en la main des esleuz de l'hospital, et l'aultre en la garde des esleuz de la cueillette. Et sera faict ouverture desdietz trônez par lesdictz quatre esleuz, de trois mois en trois mois, qui seront lenuz faire inventaire des espèces qui seront trouvées...
Item, tiendront les hostes publicques, taverniers et marchans, en leurs maisons et bouticles, petites boites, lequclles ilz porteront à leurs hostes et marchans, les admoncstans de donner aux pauvres ; et porteront lesdictes boites ausdietz esleuz, de trois mois en trois mois, qui feront inventaire de ce qui sera trouvé...; et seront tous les deniers mis cz mains desdietz esleuz de l'aulmosne pour en faire la distribution selon leurs roollcs...
Item, sera libre à tous les habitans donner et envoyer, quand bon leur semblera, soit audict hospital, soit à maisons particulières, et selon que leur dévotion les incitera, pour la nécessité des pauvres honteulx, bled, vin, char, polaigc et aultres allimentz; et ce que sera porté audict hospital, y sera distribué en commung pour la norriture des pauvres y habituez. El s'il y a quelque chose de reste et superflue, sera divisé entre les aultres pauvres, le tout à la discrétion desdietz esleuz de l'hospital, lesquclz pourront, si bon leur semble, envoyer par la ville, a chacun jour de la sepmaine, les pourtours de clouchetles avec paniers et aultres vasseaulx pour recueillir et recepvoir lesdiclz vivres et victuailles... 1 •
On voit, par celle ordonnance, qu'il y avait des collecteurs chargés de recueillir par la ville les offrandes, soit en argent, soit en nature, et de les distribuer aux pauvres : c'est ce qu'on appelait l'aumône publique, sorte d'impôt dont personne , pas même le duc ni les membres de sa famille, n'était exempt.
On conserve, au Trésor des Charles, le compte rendu, pour les mois de juillet, aoùl et septembre 1 574, par un nommé Mengin Moudin , marchand , « recepveur des deniers qui se leuvent par chacune sepmaine par la ville et faubourg Saint-Nicolas » ; lequel , après avoir reçu ces
' Trésor des Charles, lay. Ortlonuances III, n* !0.
deniers des mains des individus délégués pour les lever, était chargé d'en faire la distribution aux personnes désignées pour porter des secours à domicile et « aux pauvres mendians et nécessiteux et là ou il verra estre de besoing ».
La recette faite par ■ les leveurs de deniers » s'élève, y compris l'offrande du duc et celle de la duchesse, pour trois mois, à la somme de 1,969 francs 3 gros 10 deniers. Sur celle somme, 180 francs sont remis aux gouverneurs de l'hôpital Saint-Julien « pour subvenir à la nourriture des pauvres dudit hospital et pour les aider à soulager ».
Dans le chapitre de la « despense abrégée faicte par le reccpvcur », il esl fait mention de 8 francs 10 gros délivrés ■ tant aux chasses-couquins comme à plusieurs aultres pauvres de la ville et déforains (étrangers) n'ayans moyens de gaigner leurs pauvres vies ».
En 1587, la distribution des secours ne s'étendait pas seulement aux pauvres de Nancy et aux étrangers malheureux passant par celte ville, mais encore aux habitants des villages voisins, lesquels recevaient l'aumône chaque semaine, « selon l advis et ordonnance de monsieur le procureur général et de messieurs les collecteurs, faict en l'assemblée en la maison de monsieur le prévost ». Un chapitre du compte de celle année concerne les aumônes particulières distribuées à des personnes malades ou ayant une nombreuse famille.
Par son ordonnance du 8 février 1598, Charles III enjoint aux quarteniers de s'informer de la position des locataires des maisons ; s'ils sont en état de gagner leur vie et celle de leur famille ; s'ils sont mendiants» invalides et notoirement dignes de commisération à cause de leur âge, caducité ou infirmité , ou non ; de combien d'enfants ils sont chargés, et d'en faire rapport pour qu'ils aient part à la distribution de l'aumône publique.
Ces mesures sages et bienfaisantes n'empêchèrent pas les mendiants de se multiplier, et, le 38 mars 1605, le duc fut obligé d'adresser au bailli de Nancy une nouvelle ordonnance qui contient, entr autres, les dispositions suivantes :
Nous voulons que vous (le bailli) faictes appeler les quarteniers de chacun quanton et leur ordonnez bien sérieusement, et à peine euix-mesmes d'en respondre, faire incessamment Visitation et recherche des pauvres mendians qui peuvent estre en leurs quartiers, recongnoistre les lieux où ilz losgent, comment, à quelle condition et par qui ilz sont losgés, depuis quel temps ilz y sont habitués, d'où venus, leurs aages et dispositions, et de ce qu'ilz en trouveront dresser roolle bien ample et particulier, contenant les choses que dessus, pour, estans lesdils roolies dressés, les vous représenter, puis, avec ceulx du Conseil de ville et tels aultres que trouverez bon d'appeler, faire choix et élection de ceulx qui seront jugés, de leurs comportemens, impuissance, caducités ou autrement, dignes d'estre descriptz au catalogue des pauvres, et la ville estre obligée à leur nourriture, et ceulx au contraire qui s'en trouveront Indignes; examiner quelle somme de deniers il pourra failloir par chacun mois pour la nourriture et substantation de ceux-là, et quel ordre pourroil estre mis pour corriger et réprimer les abus de ceux-cy.
Voulans, sans plus de redictes, que tous habitans èsdicles
villes, gentilzhommes, ecclésiastiques, nobles, affranchis ou roturiers, sans exception aucune, soient indifféremment contribuables à l'aulmosne qui sera trouvée à ceste œuvre requise et nécessaire, voulans nous-mesmes leur en monstrer l'exemple, et qu'à ces fins vous sachiés desdicts gentilzhommes, habitués et demeurans à Nancy, ce qu'ils voudront y contribuer, et pour les aultres choisissiés, de chacune qualité, estât et profession, quelqucs-ungs en tel nombre que verrez bon estre, pour sçavoir de ceulx de leur profession, estât, art cl meslier, ce qu'ils vouldront librement et voluntaircment contribuer ; et que, cestc questc et recherche ainsy faicte, sy vous cognoissez ceste quolisation volunlaire ne revenir ad ce que vous auriez recognu estre nécessaire pour aulmosnes suffisantes ausdicts pauvres souffreteux, recharger ceulx que d'eulxmesmes vous cognoistrez n'en avoir faict le debvoir , de telle charge et quolle vous arbitrerez iceulx pouvoir raisonnablement porter, selon la réputation commune de leurs moiens et facultés; à quoy nous voulons, sans redicle, estre par culx satisfaicl ; et, à faulte de ce faire par lesdils bourgeois, sans acception de personne, soient grandz ou petitz, y estre réellement et de faict contrains par exéquutions en leurs biens, voire expulsion et relégation de leurs personnes, femmes et enffans, hors la ville, s'il eschet par trop de contumace et désobéissance.
Lesquels roollcs ainsy dressés et quolisations jectées et assizes sur un chacun, vous en ferez lever les deniers, en chacun quartier, par bourgeois d'iceulx pour ce à choisir, deux desquels et des plus apparentz (en chacune desdictes villes ung) vous ferez eslire et nommer en plaine assemblée de communaullc, pour recevoir desdites collecteurs les deniers de leur recepte, à chacun commencement de sepmaine ou de mois, selon qu'il sera advisé plus expédient, et lesquels ils feront debvoir de délivrer aussy, par chacune sepmaine, à ceulx qui seront choisis à la distribution d'iceulx, en recevant d'eulx quictance de ce qu'ils leur délivreront, pour en rendre compte par Jesdicts receveurs de mois ou quart d'an à autre. Et lesquels distributeurs nous voulons, à chacune distribution, remarquer ceulx qui, par mort ou absence par retraicte de la ville,
défauldront de leur roolle, les anoter sur iceluy, et rendre les deniers de la quotte desdicts morts ou absens ausdicts receveurs pour en représenter la recepte et remonstrance particulière ez comptes qu'ils debvront rendre par devant vous et lesdits du Conseil, le procureur général de Lorrainne ou son substitut y appellés...
Deffcndons ausdicts pauvres, ungs et aultres, tant ceulx qui seront receus à ladicte aulmosne, qu'aultrcs'qu'en pourront estre exclus, de mandicr ez portes des maisons ne y envoyer leurs enffans de jour ou de nuict, border (comme jusques icy) les portes des églises, sy ce ne sont les pauvres eslrangers admis et aultres partilièrement recommandés, ny aller caymander par icelles ou par les rues, à peine du fouet aux pelitz aagés de douze ans et au-dessoub, et aux aultres plus grands, soient hommes, femmes ou filles, de bannissement hors de la ville, sans espérance aucune de pardon. N'entendons comprendre en cesle deffence les pauvres passans estrangers qui, par cognoissance de cause, auront entrés en la ville pour y chercher l'aulmosne, pourveu toutesfois qu'ils ny soient ny séjournent plus de trois jours, et qu'ils se tiennent ez portes des églises sans aller parmy icelles, à peine (de ce seul faict) d'en estre aussytost chassés. N'entendons aussy y comprendre aultres pauvres desdictes villes qui, par augmentation de leurs caducités et indispositions, seront recommandés es prosnes et sermontz de voslre adveu et approbation préalable
Les Archives de la ville fournirout beaucoup de documents à ajouter à ceux qui précèdent, et l'on verra qu'à toutes les époques, la charité a été impuissante à guérir la plaie de la mendicité.
Les mesures que je viens de rappeler ne sont pas les seules auxquelles nos ducs aient eu recours pour soulager les classes indigentes : dès l'année 1506, René il avait eu
1 Trésor des Chartes, lay. Ordonnances III, n° 57. Voy. aussi Rogéville, Dictionnaire des ordonnances, (. Il, p. 26S et suiv.
l'idée d'instituer un « avocat et conseiller des pauvres, pour relever de despeus les oprimez et souslenir les personnes misérables en justice en leur bon droict, que, pour leur pouvreté et indigence, n'ont pas puissance de ce faire ». Le titulaire de cet office était payé par le prince, qui avait choisi, pour le remplir, un de ses propres conseillers, « maistre Girart de Sainct-Thiébault , docteur ez drois ».
La confrérie de Saint-Yves et de Saint-Nicolas, dite aussi de la Miséricorde, créée eu l'année 1613, imposa à ses membres l'obligation de défendre gratuitement les malheureux. Plus tard (en 1750), Stanislas établit, dans le même but, une Chambre des consultations, dont nos bureaux d'assistance judiciaire ne sont qu'une sorte de copie ; mais, ainsi qu'on vient de le voir, l'idée première de cette utile institution remoute beaucoup plus haut, et il faut en reporter l'honneur à l'un de nos souverains.
Charles III ne se borna pas aux mesures que j'ai indiquées plus haut : en 1597, il eut la pensée de doter sa capitale d'un mont-de-piété , non seulement dans l'intérêt du commerce, mais encore dans celui des malheureux ; une des clauses du traité qu'il passa, à cet effet, avec un nommé Maggino Gabrieli, « consul général de la nation hébraïque », porte : «... El affin que les pauvres demeurans tant audict Nancy que la ville nœufve ne soient contrainetz , comme ilz sont , pour achepter pains et autres
allimens pour leurs pauvres enffans et familles, vendre les meubles de leurs maisons, comme d'estaing, de cuyvre, habitz et autres choses à vil pris, lesdiclz consul et hébrieulx, outre les aumosnes qu'ilz feront aux pauvres impotens et mandiantz, seront tenus 'd'establir à ladicte ville nœufve un lieu seur, qui se nommera le mont de piété, pour le temps et espace de vingt-cinq ans , et ce pour le soulagement desdictz pauvres dèclairés et tenus pour vrays pauvres nécessiteux, et non autres, ausquclz lesdictz hébrieulx s'obligeront de prester argent par pétilles sommes, lesquelles ilz ne pourront reffuser sur lesdictz meubles, à raison de deux et demy pour cent pour six mois, à la fin desquels n'eslans icculx meubles racbeptés, seront vendus à son de trompe, et le résidu, outre la somme principale et ledict intérest, sera fidellement el loyaument restitué ausdictz pauvres ; et, à cest eflect, seront deux jours de chacune sepmaiue désignés pour vacquer aux prests, sçavoir le luudy et jeudy, l'un pour prester, comme dict est, el l'autre pour recepvoir le deub provenant dudict prest ».
Il ne parait pas que ce projet ail été mis à exécution ; mais il ne m'en a pas moins semblé curieux de signaler la pensée philanthropique qui y avait présidé.
En dépit des précautions prises pour assainir les rues et empêcher une trop grande agglomération d'habitants dans une même maison , Nancy fut souvent affligé par des maladies épidémiques auxquelles les mentions qui les concernent donnent tantôt le nom de peste , tantôt celui de contagion. Il est difficile d'en déterminer le vrai caractère ; on ne peut qu'indiquer les époques où elles éclatèrent et faire connaître, autant que possible, le plus ou moins d'intensité avec lequel elles sévireul.
Nos chroniqueurs nous apprennent qu'en 1315, la famiue régnait en Lorraine, et qu'elle fut accompagnée d une effrayante mortalité produite, soit par une maladie contagieuse, soit par la misère et les privations. La capitale dut se ressentir de ce double fléau , qui dura près de quatre années consécutives. En 1400, une nouvelle épidémie, qui enleva à la ville de Pout-à-Mousson plus de deux mille de ses habitants, exerça ses ravages dans notre pays ; elle reparut en 1404 et fil encore de nombreuses victimes. La disette que l'on éprouva cette année n'y fut sans doute pas étrangère : les récoltes avaient manqué en 1403, et le blé était excessivement rare.
En 1439, la « mortalité • régna à Nancy, et le marquis du Pont, fils de René 1 er , qui arrivait de Naples, fut obligé de se retirer à Gondreville. En 1491 et 149-2, une épidémie, que les comptes du receveur général qualifient de peste, y sévit « longue espace de temps, assavoir vingt
mois ». René II quitta sa capitale, dont le commerce souffrit cruellement pendant toute la durée du fléau. Dix ans plus tard , la population eut à endurer la famine , et ce fut à celte occasion que, suivant la Chronique, René, pour soulager son peuple, entreprit la reconstruction du Palais ducal. L'abondance était à peine rétablie, grâce à la récolte de 1503, qu'une contagion extrêmement meurtrière se déclara et régna jusqu'en 1505 ; elle fut si terrible, qu'elle passa en proverbe en Lorraine, où, pour signifier une chose épouvantable, on disait quelle ressemblait à la peste de 1505. En 1508, il en parut une nouvelle à Nancy, d'où l'on expulsa les habitants qui en étaient atteints. La « peste » parait y avoir sévi à peu près continuellement de 1517 à 1519 ; alors, les magistrats imaginèrent de faire jouer du tambourin dans les rues pour « bailler passetemps » à ceux qui étaient demeurés dans la ville.
Le fléau reparut en 1551, mais avec plus de violence encore qu'auparavant. Le compte des deux jurés commis au gouvernement de Nancy renferme un chapitre spécial consacré à la dépense faite « durant le temps que la peste y a raingné par certain temps ». On y voit que la ville avait à ses gages un « barbier » ou chirurgien chargé de visiter les malades, • les saingnier et penser ». D'autres individus, hommes et femmes, étaient également salariés pour « soliciter, penser et mettre à point les malades qu'estoient frappez de la peste, et mettre en terre les mors ». Un
prêtre, servant la ville en qualité de chapelain, devait « confesser et administrer les droits de saincle Église à tous ceulx et celles qui esloient frappez de la peste, et les mors les aydier à conduyre en terre ». Chaque dimanche, il célébrait la messe pour « les infectez > dans la chapelle Saint-Claude, au cimetière du Terreau. Enfin, le compte mentionne la délivrance d'un bichet de blé à chacun des « deux tabourins pour avoir resjoy le peuple durant la mortalité, et afûn qu'ilz demeurassent à Nancey ».
Les registres desaunées 1535-152G et 1526-1527 nous apprennent que la peste sévit de nouveau à Nancy : un des deux de ville reçoit la somme de 28 francs ■ pour subvenir aux nécessitez et gouvernement des pouvres infectez de la peste, pour la préservation d'icelle ». L'année suivante, survint la disette, qui ne tarda pas à ramener la contagion. Les secours de la médecine étant impuissants, on eu recours à la protection du Ciel : au mois de novembre 1529, il se fit une procession publique dans laquelle on porta le « corpus Domini et le couxa (l'os de la cuisse) sainct George,... pour la maladie chaude et aultres adversités 1 ».
De nouvelles maladies épidémiques, sur lesquelles on ne possède pas plus de détails que sur les précédentes, vinrent , à leur tour, décimer la population de Nancy : en
4 Plus tard, ce fut saint Sigisbert qu'on invoqua dans les temps de calamités publiques. (Voy. la note p. 118.)
1541; de 1544 à 1552, presque continuellement; en 1566-1567 ; de 1574 à 1576 ; en 1588, 1592 et 1594.
Comme moyeu préservatif, on avait pris l'habitude d'expulser de la ville les malheureux qui en étaient frappés, et de les reléguer à la campagne , loin de toute habitation. Ils s'y élevaient ou on leur y construisait à la hâte des loges en bois, dans lesquelles ils attendaient leur guérison ou leur mort. La ville de Nancy avait fait choix, sur le ban de Villers , d'un terrain où il est constaté que , dés l'année 1541, elle envoyait ses malades. Elle avait clos ce terrain, appelé anciennement Laulnel ou Laynel, aujourd'hui Lané, et y avait établi un cimetière dans l'enceinte même duquel elle faisait dresser des loges. Mais , comme aucune mesure n'était prise à l'avance et qu'il fallait improviser sur place tous les secours, les malades s'y trouvaient privés de soins, souvent même exposés aux injures de l'air. Une noble femme, Anne Fériet, veuve d'Antoine Go, seigneur de Noviant, conçut, en 1597, le charitable projet de remédier à un aussi cruel abandon, en créant à Lané un établissement permanent et régulier, (iràce à ses pieuses libéralités, des bâtiments s'élevèrent bientôt dans le voisinage du cimetière et, en 1602, l'évoque de Toul vint consacrer la chapelle de l'hôpital des pestiférés de Maréville l .
1 Voy. Mémoire sur l'asile d'aliénés de Maréville , par M. le docteur Archambault, dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas, 1847.
A la peste, qui désola tant de fois Nancy, il faut peutêtre ajouter une maladie d'une autre nature qui , dans la seconde moitié du xvi e siècle surtout , fit de nombreuses victimes. Je veux parler de l'affection mentale qui égara une foule de malheureux, en leur persuadant qu'ils étaient sorciers. Ce délire s'empara principalement des habitants des campagnes ; mais ceux des villes n'y échappèrent pas entièrement, et Nancy vit périr dans les flammes plusieurs infortunés que la justice trouva coupables, tandis qu'ils étaient seulement atteints d'une folie épidèmiquc, si l'on peut se servir de cette expression.
Taxes des denrées. — Foires et marchés. — Industrie. — Commerce. —
Corporations d'arts et métiers.
L'ordonnance de René II, du 12 juin 1497, que j'ai si fréquemment rappelée, contient, relativement à la taxe des subsistances, plusieurs dispositions qui méritent d'être mentionnées, parce quelles ont servi de base à tous les règlements ultérieurs sur la même matière. Le duc commence par y prescrire aux quatre commis de ville de faire faire, le plus tôt possible, « un cssay suffisant du blé, et, ce faict, ordonner aux bolangers de combien de poids ils feront le pain, d ung denier, de deux, de quatre, etc., selon ce que se vendra le bled », sous peine d'une amende de dix sous et de confiscation du pain de la fournée , qui
■ sera donné pour Dieu el en aulmône aux pauvres ». Il est également enjoint aux commis de lixer le prix du pain que les boulangers du dehors amèneront pour vendre, suivant la valeur du blé. D'autres articles défendent Tachât des grains, poissons, œufs, fromages et ■ autres victuailles » ailleurs que sur le « marché commun ». Enfin, l'ordonnance attribue aux commis le « regard sur tous les mesliers, soit cordonniers, cousluriers, pelletiers, drapiers, et généralement sur tous aullrcs », pour empêcher qu'ils « ne vendent excessivement ».
La taxe du pain était surtout l'objet d'une attention particulière ; toutes les précautions étaient prises pour que le boulanger ne fut pas lésé et qu'en même temps, il n'exerçât pas de monopole sur les bourgeois. On peut en juger par les procès-verbaux dressés en 1 53 1, 1 566 et 1 573, et que Lionnois a reproduits (t. 11, p. 87-91) en les faisant suivre d'intéressantes remarques sur la valeur relative des monnaies à ces dernières époques et à la fin du xvui c siècle.
En 1547, les régents de Lorraine promulguèrent un règlement touchant la vente de différents objets de consommation, par les hôteliers, bouchers et revendeurs. « Au regard du vin, y est-il dit, aussitôt qu'il sera encavé par les hôteliers, ils eu avertiront les commis et regardeurs, pour le revisiler, goûter et y mettre le prix , ayant égard à l'achat et bonté du vin.... La grosse chair se vendra à la
livre par les bouchers, au prix taxé par chacun vendredi, et la menue du mouton, veau, porc, cabris et autres, par pièces, eu égard au prix que les bêtes auroul coûté, et dont le boucher sera cru par serment ». Les autres articles fixent le prix auquel les hôteliers et cabareliers devront vendre « grosse et menue chairs » cuites par eux, les volailles, le gibier, la venaison, l'avoine, le foin et la paille. Une prescription analogue concerne les revendeurs, auxquels il est défendu d'acheter les vivres apportés au marché, pour les revendre, « avant dix heures, et lorsque renseigne sera ùtée • .
La disposition du règlement relative aux boulangers, explique ce que signifie ce dernier membre de phrase : « Les bouleugers cuyront pain, tant blanc que brun, boulangé autant qu'il appartient, marqué chacun de leur marque, du poids et prix qu'il leur sera ordonné selon la vente du resaul de bled, et suivaut les essais qui s'en feront par les députés.... Ne pourront lesdicts boulangers acheter bled, par jour de marché, ez halles uy en aullres lieux, par paclion secrète avec les marchands et vendeurs de bled, avant les dix heures du malin, afin que le peuple en puisse eslre premièrement fourny, et, laquelle heure de dix heures expirée , lorsque l'enseigne armoyé des armes de noslre iils et nepveu (le duc Charles III), qui, pour cela, demeurera dressé et érigé dès le commencement d'un chacun marché jusques à ladicle heure, sortira, ils pour-
ronl alors se pourvoir de bled comme ils voudront, et non avant 1 ».
Par une ordonnance du 3 juillet 1579, Charles III défendit de vendre ou acheter aux élaux publics de la boucherie autrement qu'à la livre, et non à la pièce, selon les anciens édits , et fixa le prix des différentes espèces de viandes.
Le 10 janvier 1583, il ordonna aux gouverneur, bailli « et à touN commis aux taux et évaluations des volailles, gibiers et aultres victuailles », de les évaluer suivant le tarif qui leur fut remis , et dans lequel sont minutieusement détaillées toutes les espèces de gibier. Il fut, en même temps, prescrit aux hôteliers d'avoir une copie de ce règlement pour rattacher à la porte de leurs maisons. Ces prescriptions, accompagnées d'un nouveau tarif, furent renouvelées en 1 594.
Par un édit du 1 5 juin 1 59 1 , il avait été défendu « à tout rôtisseur, revendeur et revendeuse de Nancy d'acheter de plus près que de deux lieues à la ronde aucuns des vivres et choses servantes à la nourriture et alimens des personnes, comme lard en bande, cabris, cochons, liepvres, liepvreaux, lapins, lapreaux, volailles et aultres sortes de gibier, toute sorte de poisson,... œufs, beurre, fromage, oranges, citrons, grenades, marons, châtaignes et aultres fruits... • ; et aux hôteliers et cabareliers d'acheter sur
• Voy. Lioonois, t. Il, p. 60 et 99.
le marché « aucunes desdicles espèces susmentionnées, que préalablement les bourgeois n'en fussent fournis, et avant que le pannonceau accouslumé à poser en tel cas ne fust enlevé 1 ».
Une nouvelle ordonnance, du 23 décembre 1593 , fixa le prix de toutes les espèces de poissons, suivant les différentes époques de l'année, prescrivant aux marchands de les exposer en vente sur la place à ce destinée, « sans en porter ni faire porter en aucune taverne, cabaret, ni maisons privées », à peine d'amende contre le vendeur et l'acheteur, et de confiscation du poisson.
D'autres ordonnances, des 4 février 1596 et 26 oc-, tobre 1598, ayant pour but d'obliger les hôteliers à traiter leurs hôles à bon marché, montrent les efforts de Charles III pour attirer les étrangers dans sa capitale, qu'ils contribuaient à enrichir.
Je ne dois point passer sous silence un curieux édit somptuaire rendu par ce prince, le 10 janvier 1583, et dans lequel il réglait minutieusement la quantité et la qualité des mets qui, « en quelque festin de nopees ou aullre banquet » que ce fût, « faicl en maison privée », devaient figui er sur la table de ses sujets , gentilshommes , bourgeois ou paysans '.
De nombreuses ordonnances, dont la plus ancienne re-
1 Voy. I.ionnois, t. I!, p. 97-99.
Voy. ihid., p 103.
monte à l'année 1438, avaient aussi élé rendues pour réglementer le commerce des grains et en empêcher l'exportation, aûn de prévenir la disette que pouvaient occasionner des récoltes infructueuses. Mais ces documents ne se rattachent pas assez directement a mon sujet pour que je les analyse, et je dois me borner à les signaler comme une nouvelle preuve de la sollicitude de nos ducs pour le bien-être de leurs sujets.
La foire de Nancy, sans être aussi ancienne que celles de Saint-Nicolas, et avoir jamais eu leur importance, parait pourtant remonter à une époque assez éloignée. Les lettres du mardi « après fesle saint Vincent le martyr, au mois de janvier > 1340 (1341), par lesquelles le duc Raoul permet aux marchands d'établir une confrérie dans le cloître de Saint- Georges, commencent par ces mots : « Savoir faisons que, comme nos merciers de Nancey, de Port et de Itozières, et tuit aultre mercier habilans en nostre terre el pooir, et espéciaulmenl ès foires de nostre ville de Nancey, aient fait el eslaubli, en l'onour el en la remembrance de monsieur saincl George, et ausi pour avancier et amendeir les foires de ladicle ville de Nancey, une confraric liqueil doicnl, chascun an, représenter en l'englize ledit monsieur saincl George, ès chanoines de Nancey, le tiers jour de la foire qu'est à Nancey on moix de may, celui
qui lou baslon (bannière) monsieur sainct George averoit pris, un cierge de dous quartes de cire... »
Ainsi, en 1341, la foire de Nancy avait déjà lieu, comme aujourdhui, au mois de mai, et durait au moins trois jours. Avait- elle des règlements particuliers ; lui fut-il accordé des franchises analogues à celles dont jouissaient les foires de Saint-Nicolas ? Aucuu document ne nous le fait connaître , et !e seul que I on trouve . après celui qui vient dctre rappelé, lui est postérieur de près de quatre cents ans : c'est un arrêt de la Cour souveraine, du 27 avril 1719, portant défenses de la tenir les dimanches et fêtes. Cet arrêt nous apprend qu'on la nommait la foire de Saint-Georges ; qu'elle se tenait tant « ès environs » de la collégiale, que « dans l'une des extrémités de la Carrière et dans deux ou trois rues » voisines, et qu'il s'y faisait « un concours de peuple très-nombreux ». Il est probable aussi que les baladins ne manquaient pas d y figurer, puisqu'une ordonnance du 20 novembre 1720, suspendant toutes les foires de Lorraine et Barrois, dans le but de prévenir les maladies contagieuses, défend à « tous opérateurs, comédiens, baladins, danseurs de corde, joueurs de marioncttes et autres gens de pareille nature », d'entrer dans le pays « pour y jouer et user de leur profession ».
De la Carrière et des rues adjacentes, la foire fut transférée devant la Primalialc (vers 1742), réintégrée ensuite
sur la Carrière (1774), où elle devait durer quinze jours, puis (vers 1777) élablic sur la place Mengin.
On iguore à quelle époque commencèrent à se lenir, à Nancy, des marches réguliers; ce qui est certain, c'est qu'il y avait, dès l'année 1563, une halle dans laquelle se trouvait ce qu'on appela plus lard le poids public, et où, sans doute, se vendaient les grains.
Suivant Lionnois, la place Saint-Epvre fut construite pour y établir des halles et un marché. Les premières en furent enlevées, en 1495, lorsque René II voulut y faire ériger une fonlaine monumentale, et rebâties à un autre endroit de la ville vieille. En 1G04, elles furent placées dans les dépendances de l'ancien Hôtel-de-ville, puis (1735) transférées sur l'Esplanade (rue Stanislas), d'où elles n'ont disparu que depuis peu d'années , ainsi que l'hôtellerie qui en avait pris sa dénomination f .
Les patentes de Charles III, de Tan 1604, relatives à la translaiion des halles, font voir qu'il y avait des marchés aux grains à Nancy à une époque éloignée, puisqu'elles rappellent la donation faite à la commanderie de Saint- Jean, parle duc Mathieu, en 1147, des « punars » de celle ville ; c'est-à-dire du droit des « pougoets , couppels » ou ■ cueillerelles » des grains qui s'y vendaient. Ce droit était Oxé au irenle-deuxième \
« Voy. Lionnois, t. I, p. 880 ; t. Il, p. 204 ; t. III, p. 35. 1 Voy. ibid., t. 1, p. 205.
C'est probablement sur la place Sainl-Epvre que se tenait cet ancien marché, cl qu'il y resta jusqu'en 149."). A partir de celle dale , celle place fui réservée aux • pesclieurs, poissonniers el aullres marchands de poissons », donl les élaux élaient dressés aulour de la fontaine, qui leur fournissait de l'eau en abondance, el aux marchands de légumes. Cette double de>tinalion est ainsi indiquée sur le plan de La Ruelle (1611) : Platea Sancli-Apri, et in ea forum piscatorium et forum olitorium. La rue actuelle du Four Sacré, qu'on appelait rue « Grenouillère » ou « de la Grenouillère », servait à la vente des grenouilles, écrevisses et petits poissons de friture. Plus lard (1753), les poissonniers vendant en détail curent la permission de se tenir, soit sur la place Saint-Epvre, soit sur celle de la ville neuve, jusqu'au moment (1733) on ils n'eurent plus d'autre lieu de marc hé (fue le bâtiment de la Poissonnerie.
Le marché aux vivres « et choses servantes à la nourriture et alimens des personnes », énumérées «'ans l'ordonnance du 1 ") juin 1 59 1 , se tenait en la place du Change, aujourd hui des Dames ; et, à cette époque, il y en avait déjà un autre à la ville neuve, sur la place de la Licorne, ainsi appelée d'une hôtellerie située Petite rue des Carmes.
Par son ordonnance du G février 1004, Charles III prescrivit que • les deux anciens marchés qui se souloienl tenir en l'enclos de la vieille ville, rs jours de mercredi
el samedi », y demeureraient « pour y faire veule des grains, comme du passé », et il érigea, dans la ville neuve, un autre marché qui s'y tiendrait « par le jour de lundy de chaque semaine , au-devant de la Grand'Maison , appelée la Maison de ville ». Les revendeurs et les revendeuses, qui stationnaient auparavant entre les deux villes, durent se retirer sur le même marché, en 1G45 *.
Les détails qui précèdent ne donnent qu une bien faible idée du mouvement industriel et commercial qui régnait à Nancy, el l'écrivain qui les rapporte ne nous a laissé, sous ce double rapport, que des renseignements passablement incomplets. J'y suppléerai à l aide des notes intéressantes que m'ont fournies plusieurs séries de documents conservés au Trésor des Chartes.
Les premières usines <|ui ont été créées à proximité des villes ou des villages, furent celles qui avaient pour objet de subveuir ù l'alimentation de leurs habitants ; il y en avait une de ce genre dans le voisinage de Nancy, et sa fondation doit remonter à une époque très- reculée : ce sont les Grands-Moulins, autour desquels se groupèrent successivement d'autres établissements industriels : mou lin et ballant à poudre, batterie de cuivre ou d'airain,
' Voy. Lionnois, I. I, p. 281 et 235 ; l. Il, p. 2, 3, 97-99, 204, 233 ; l. III, p. 110.
aiguiscrie, foulon à dégraisser les draps, papeterie, elc.
Par une charte datée de 1 145, le duc Mathieu I tfr confirme la donation précédemment faite au prieuré Notre- Dame, par son aïeul Théodoric (Thierry II, 1070-1115) et par son pére Simon I er , de leurs moulins silués sur le fleuve de Mcurthe : molendinos stws super flumen quod Murthe dicitur vulgo, cdificalos «.
Il est fait mention, en 1147, du moulin de l'Êlanche, qu'alimentait le ruisseau de Saint-Thiébaut ; en 1183, du moulin de Nancy à l'abbaye de Clairlieu ; en 1558, d'un autre moulin situé dans la ville, qui parait distinct du précédent, et qu'un titre de 1405 appelle moulin du Chàtel ; il appartenait à la môme abbaye et a donné à une rue de la ville vieille le nom qu'elle porte encore aujourd'hui. Il y en avait aussi un sur le cours d'eau descendant de Boudonville.
En 1463, le duc Jean II fit bâtir sur ce ruisseau un « molin à moire fers et viretons pour l'artillerie ». Vers 1510, Antoine donna à un nommé Didier Fossier, canonnier, « une place où souloit estre ung moulin, prés de la fontaine de Boudonville , pour en icelle faire édiffier ung moulin à faire pouldre el basions à feu et une meulle à esmouldre tous ferremens, tant de javelines , espiedz (épieux), comme autres ». le personnage dont il est ici question avait été, quelques années auparavant, envoyé à
• Voy.,sur les Grands-Moulins, mes Communes de la Meurthe,t. I, p. 437.
Milan, par René II, « pour savoir la façon et manière de faire quelque canon ». Il était surnommé le • Gaimnier, Gainnier » ou « Gamnié -, parce qu'il fabriquait aussi des gaines d'épée et d'autres objets ; et ce fut lui, pour le dire en passant, qui lit ériger, sur la hauteur voisine du lieu qu'il habitait, le monument votif qui existe encore à présent sous le nom de Croix -Gagnée *.
Il s'éleva plus tard une nouvelle usine dans le vallon de Boudonville : en 1602, Jean de Nirandorf, armurier de Charles III, obtint de ce prince la permission d'y construire un « moulin à polir armes ».
Rien n'indique que l'industrie se soit beaucoup développée dans l'intérieur de Nancy durant le xv° siècle et au commencement du xvi e , soit qu'il en eût été réellement ainsi, soit que les renseignements fassent défaut à cet égard. On trouve seulement, à la date de 1401, un nom de rue, celle de la Lormerie, qui semble révéler l'existence d'une industrie particulière : les lormiers fabriquaient des freins, longes, étrivières et mors de chevaux , travaillant ainsi à la fois le cuir et le métal ; ils maniaient même l'or et l'argent, pour satisfaire au luxe de la chevalerie. Il est question aussi, eu 1327, d'une maison sise au faubourg de Nancy, sur le ■ rus des Tanneurs », c'est-à-dire sur le ruisseau où ces industriels avaient leurs ateliers.
1 Voy. Communes, 1. 1, p. 180, et dans le Journal de la Société d'Archéologie, septembre 1852, nia note sur l'origine et le véritable nom de la Croix-Gagnée.
En 1510, le duc Auloine avait fait construire, près de la polerue, une « muelle à moldre espées », et, en 1526, appelé de Langres un nommé Nicolas, coutelier, auquel il ordonnait à son receveur général de délivrer une somme de 20 francs « pour luy aidier à entretenir au lieu de Nancey ».En 1537, il faisait également venir de Reims un certain Robert de Paris, qualifié « prince des natliers », pour couvrir de nattes ses appartements et ceux de la duchesse.
Un rôle des habitants de Nancy dressé en 1551 , énumère les ouvriers des différentes professions qui y exerçaient alors leurs métiers : on y voit figurer, en tr'aulres, un bombardier, six brodeurs, un clochelier, des éperonniers, huit fourbisseurs , deux mailliers ou faiseurs de mailles, deux « monnoycrs », onze orfèvres, onze pelletiers, un plumassier, un salpélrier, neuf selliers, un sonnetier, etc.
Pendaul sa régence , Nicolas de Lorraine s'efforça du donner quelque impulsion à l'industrie de la capitale : il lit venir, pour s'y fixer , un nommé François Teslu, coulelier, auquel il accorda plusieurs gratifications ; il pensionna un faiseur de sonnettes (pour les oiseaux de chasse), afin qu'il montrât son ■ art » à un autre individu ; il envoya en pays étranger Jean Ballhasard, fils de mailrc François le fondeur, pour y apprendre « l'art de fonderie •; un arquebusier de Blàmont fut chargé d'entretenir à • l'art de hacquebullier » un garçoD de Longwy ; en même temps,
un certain René Baulriset allait à Paris « et en aullres lieux, alin d'entendre le lait de la monuoie ».
Certaines industries s'exerçaient dans les maisons religieuses : c'est ainsi, par exemple, qu'on voit, en 1588, les Cordeliers fabriquer de la bière pour « le deffruil de I hoslcl » de Cbarles III. Ce prince eut ensuite une « brasserie » particulière, qui fut établie d'abord à la ville neuve, puis (1591) transférée à la Grand'Maison de la ville vieille.
A partir des dernières années du xvi e siècle, Cbarles III, débarrassé des préoccupations politiques, revenu dqs rêves ambitieux qui lui avaient fait aspirer à la couronne de France, s'applique à développer la richesse de sa capitale ; il encourage par ses libéralités les ouvriers lorrains, et il en attire de tous les pays pour y implanter des industries nouvelles. Henri II suit son exemple , et Nancy subit une iransformalion complète.
Des lettres patentes du 29 mai 1595, vinrent régler la fabrication des draps, et, le même jour, ■ les maîtres et façonneurs » obtinrent des statuts qui renferment les dispositions les plus sages pour assurer la prospérité de cette branche de commerce '. Ils furent donnés sur une requête de Gaspard Vallée, marchand à Nancy, et Didier Rouyer, de Saint-Mihiel, où ils disent avoir reconnu, « par une diligente et exacte observation, que , par le moyen des laines qui se trouvent en grande quantité » dans la Lorraine
' Je les ai publiés dans les Communes de la Meurthe, t. Il, p. 160.
et le Barrois, « et par le IraGcque qui se peut faire d'ailleurs des laines estrangères, il est très-facile d'y façonner toutes sortes de draps fins et sarges (serges) fines, l'usage desquelz n'y a encore esté pralicqué jusques à présent, et lesquelz l'on a cy- devant esté conlrainctz de faire venir d'ailleurs à grands frais et despens », pourvu qu'il leur soit permis d'établir à Nancy une « maistrise de draperie », et que « les maislres drapiers qui y seront appelés jusques au nombre de quatorze, puissent y façonner toutes sortes de draps fins et sarges fines ». Charles III ne se contenta pas de faire droit à celle demande , il exempta encore de l'impôt des six deniers pour franc toutes les laines, tant du pays qu'étrangères , qui seraient amenées dans sa capitale pour y élre faronnées.
En même temps, il fil distribuer, par son trésorier général, des sommes considérables à une foule d'ouvriers du dehors pour les faire venir ou les décider à se fixer à Nancy. Tels furent : Vincenlio Marniello, « gênevois, chef el ayanl la conduicle et surintendance de la manufacture el lisserance de soie élablie à la ville neuve » ; — François le Froid, « maisti e lireur d'or de Paris » , à présent résident à Nancy, dont Tari consistait à - tirer or cl argenl en cantilles et clinquantz pour servir aux ouvrages de broderie des robes el autres habils de parade pour les princesses »;
— Hierosme Giraulmel, « maistre balteur d'or de Milan »;
— Raphaël Capriano, < surintendant de la fabrication et
œuvre du fll d'or, argent et clinquant à Nancy » ; — Oclavian de la Tour, > maistre et chef de la manufacture des draps de soie » de celle ville ; — Nicolas Ginol, maître teinturier du royaume de France , venu pour « faire l'épreuve des eaux pour servir aux teintureries prétendues d'ériger en la ville neuve » ; — Claude Pelit, « drappier drappant • de Sainte-Menehoult, exerçant le métier de « tixorand de drap » ; — Etienne de Perthes , de la ville de Reims, maître ouvrier de drap de soie ; — « ung jeune homme flamanl, armurier de son meslier, qu'expressément Son Allesse al faict acheminer à Nancy pour s'habiluer à la ville neuve et y travailler de sondicl meslier » ; — en (in , Olivier Wernier doreur sur cuyr et ingénieur sur les eaux ».
Eu 1598, Charles III , voulaul « apporter avancement » à l entreprise faile par Louis Barnet, Martin Aubry, Henri Philippe et Jean Godard, « pour la fabrication des cuivres en lable, fil de laiton , batterie de chaudrons el bassins, fonte de pois, chenets de cuivre » el autres ouvrages dépendant de ce métier, leur permet de « dresser un martiuel à ballre le cuivre el moulin à moudre la calamine » sur le ruisseau de Champigueules ou en autre lieu couvenable, el accorde des franchises el exemptions d'impôts aux ouvriers lorrains ou étrangers, « entretenus pour la conduite dudict ouvrage, qui viendront s'habiluer à la ville neuve ».
L'année suivante , Jean Caboche , premier valel de chambre du duc de ttar, el Etienne Salmon, contrôleur en I étal du comte de Yaudcmont, obtiennent l'autorisation d'établir dans la ville neuve une fabrique de cartes, dés el larols, « en y amennant bon nombre d'ouvriers à ce expertz et congnoissans , ce qui devoil donner occasion aux marchans estrangers d'y en acbepler et d'en envoyer euxmesmes hors du pays ». Il fut stipulé que les cartes égaleraient en qualité celles de Calhelin Geoffroy, de Lyon, et que l'on n'emploierait que du papier sorti des papeteries lorraines. Des franchises furent accordées aux maîtres ouvriers, et la durée du privilège concédé aux deux associés fixée à cinquante ans. ^
Le mouvement industriel fut loin de se ralentir dans le commencement du xvu° siècle *, el si les calamités du règne de Charles IV n'étaient venues l'arrêter, Nancy aurait certainement atteint, sous ce rapport, le plus haut degré de splendeur.
Durant la courte période dont il me reste à m'occuper,
' Le plan de Nancy en 1611, qui accompagne la Pompe funèbre de Charles III, indique, à la ville neuve : les • maisons des batteurs d'or, des manufactures de soye, la Teinturerie en soye, la Batterie de chauderons • ; et on lit à In lin de la légende de ce plan : • Oultre les arts spécifiez en ceste table, dont il y a ouvriers travaillans en la ville de Nancy, en maisons expressément construites el dénommées desdilz artz, il y a aussi en ladite ville des architectes, tailleurs de diamantz, rubiz et pierreries, peintres, sculpteurs, statuaires, brodeurs et tapissiers de kaultc-licc fort experlz, qui ouvrent el bosongnent en leurs maisons et logiz •.
on continue à y voir arriver, attirés par les largesses de Charles III et de son successeur, des ouvriers en tout
genre : Michel Rize, ■ genevois, fassonneur de velour et drap de soye * ; — Jean Collignon , « horlogier de Bavières » ; — Barthollomé de Cerizeli, « faiseur de cervelas et salcissons à la façon de Milan • ; — Jerosme Cigala, veloutier ; — Joseph et Gaspard Corbette, milanais, « façonniers de draps », avec lesquels traité est passé pour introduire à la ville neuve « l'art de faire satins et toiles rayées d'or, argent et soye, et autres draps façonnés, aboutés et relevés de soye ■ ; ils avaient apporté d'Italie de « la semence » de vers à soye , « pour faire preuve si l'on en pourroit introduire l'art ez pays de S. A. » ; — Julian Vasani, dit Sciorina, envoyé de Florence à Nancy par la grande duchesse de Toscane, fille de Charles III, « pour planter meulriers, faire venir le riz et autres semences rares et utiles d'Italie » ; — François Pagani , veloutier , établi à la ville neuve ; — Harmant Labbé, tapissier de Bruxelles, appelé pour « traicler à monstrer l'art de tapissier » ; — François Guéret, « cy- devant marchand de soye, demeurant à Tours », travaillant de > l'art de veloutier » ; — Epvre Laurent, « forgeur de cuivre et laiclon de Louppyle-Chàteau ; — Jean Venois, « maislre expert en meulriers et soye • ; — Pierre Mazzalao, vénitien, venu « pour faire la preuve de verres de cristal, façon de Venize » ; — André
Page, veloutier « genevois chargé d'enseigner son métier à un aulre ouvrier ; — Angelo Poliaco et Joseph Pelaude, ■ faiseurs de soye » , lesquels avaient aussi « élevé une bouticle de saulcissons, fromages de Milan et autres choses semblables » . Angelo Poliaco , qui était encore « batteur d'or en feuilles », eut pour successeur, dans ce genre d'industrie, un nommé Charles Henri, natif de Tonnoy, lequel obtint les mômes privilèges que ceux dont il avait joui, c'est-à-dire le droit de bourgeoisie, l'exemption de certains impôts et des charges publiques.
Parmi les autres ouvriers, lorrains ou étrangers, qui obtinrent des franchises ou des indemnités pour frais d'établissement, je citerai encore : Jean Behugnou , veloutier, fabricant d'un genre de tapisserie qui portait son nom ; — Claude Parise, « tailleur et graveur eu cristal • ; — Isaac de Hamela et Melchior Van der Hagen, maitres tapissiers de Bruxelles ; — Orinthio d'Essentier ou Sanctia, « maistre faiseur de cordes de luths » ; — Jean et Claude les Arnoul, armuriers à la ville neuve ; — Jean George, banquier, qui fil marché pour continuer, pendant douze ans, « l'art de battre la feuille à faire Gilet d'or et d'argent » ; — Jean de la Pierre et Humbert du Mesnil, associés pour
4 Cet adjectif semble désigner des individus de Gènes plutôt que de Genève, et il devrait y avoir gênoi* au lieu de genevois ; j'ai conservé le mol que j'ai trouvé dans les documents d'où ces indications sont tirées.
la « fillerie de fer » , auxquels il fut permis de « dresser deux moulius à deux tournauts » sur le ruisseau (celui de Saint-Thiébaul) qui coulait à travers la ville neuve ; — Etienne Salmon, François Serre et Jeanne d'Àussonne, qui obtinrent le privilège de « la faciende et manière de façonner le savon d'Espagne • ; — Henri Philippe, « marchand d'argenterie », auquel fut concédée une place vis-à-vis la porte Saint-Jean « pour y construire magasin à loger laines, draps et autres choses nécessaires à la manufacture de draperies », et qui eut, en outre, la permission « de faire un moulin à fouler et laver draps sur la rivière, vers Champigneules ».
11 ne faut pas omettre de mentionner la fabrication des engins de guerre, qui avait pris un développement considérable : l'arsenal de Charles III était peuplé des ouvriers les plus habiles en ce genre, à la tète desquels figuraient les Chaligny, véritables artistes, qui acquirent une grande réputation, et dont la France enleva quelques-uns des ouvrages comme les plus belles dépouilles opimes de la Lorraine *.
Je n'ai rien dit encore d'une industrie dont j'aurais dù peut-être parler tout d abord : c'est I imprimerie. On a prétendu qu'en 1486, un nommé Didier Virion avait amené de Paris à Nancy ■ un garçon » qui imprima des vers à la
' Notamment la fameuse coulevrine, de 25 pieds de long, fondue par Jean Chaligny, et que Louis XIV fit conduire à Dunkcrque. (V. Lion., 1. 1, p. 38.)
louange de René II, mais qui, n'ayant pas été encouragé par ce prince, prit le parti de retourner en France. 11 a été démontré que celle assertion n'est pas fondée : les annales de la typographie lorraine ue s ouvrent qu'avec la première moitié, et celles de la lypographie nancéïenne qu'avec , la seconde moitié du xvi° siècle. Avant celle époque, nos ducs étaient obligés de faire imprimer leurs ordonnances à Saint-Nicolas, à Longeville, près de Bar, à Metz et à Strasbourg.
C'est en 1566, qu'un imprimeur, appelé Nicolas Hierosme et Jherosme (Jérôme), établi à Saint-Nicolas on ne sait depuis quand, transporta ses presses à Nancy, et obtint du duc, outre une indemuilé pour frais de déménagement, une subvention annuelle de 40 francs. Il en jouit à peine, puisqu'il mourut dans le courant de l'année suivante 1 . Âpres lui, on voit paraître, mais seulement en 1 572, Jean Janson, lequel prend le titre « d'imprimeur juré de Monseigneur », et reçoit, en celte qualité, 60 francs de gages. Sa veuve, Jeanne Petit, le remplace en 1576, et fait venir de Lyon , en 1580 , des caractères pour servir à son imprimerie. Cet établissement n'était guère alimenté que par les commandes officielles, et, cela ne suffisant pas, le
' Le plus ancien livret sorti des presses de Nicolas Hierosme, porte ta date de 1366. M. Beaupré l'a décrit, dans ses Recherches sur les commencements et les progrès de l'imprimerie (p. MO), d'après l'exemplaire qui existe dans la riche collection lorraine de M. l'abbé Marchai.
trésor ducal était obligé de le soutenir à l'aide de subventions. La seule production littéraire qui en soit sortie est une pièce de théâtre, V Histoire tragique de la pucelle de Dom Remy (1581), par le jésuite Fronton du Duc, professeur à l'Université de Pont-à -Mousson , qui eut l'honneur de la faire jouer par ses élèves devant le duc Charles m.
A Jeanne Petit succéda Jean Janson , son tils , qui eut pour concurrent Biaise Andréa ou André ; puis vinrent Jacob Garnich, Jean Savine, Sébastien Philippe et les Chariot, qui formèrent une génération d'ouvriers habiles.
Je n'entrerai pas dans plus de détails au sujet de l'imprimerie nancéïenne : ses annales ont été longuement retracées dans deux ouvrages dus à un magistrat 1 qui a consacré ses loisirs à rassembler et à faire connaître les monuments épars de la typographie lorraine, dont les premiers, quelque imparfaits qu'ils soient, sont aujourd'hui si avidement recherchés.
Je ne dois pas terminer ce chapitre sans mentionner quelques productions naturelles qui se rattachent à l'industrie. Volcyr, l'historiographe du duc Antoine, rapporte, dans ses « Singularitez du Parc d'honneur » (c'est ainsi qu'il appelle le duché de Lorraine), que l'on trouvait dans
1 M. Beaupré, conseiller à ta Cour impériale de Nancy : Recherches sur les commencements et les progrès de l'imprimerie en Lorraine ; — Nouvelles recherches de bibliographie lorraine.
les fossés de Nancy des perles semblables à celles qu'on relirait de la Seille et de la Vologne : « Sans ce que, > dit-il , aux fossez de Naucey en auroient esté prinses et • persécs subtilement, moyennant Part et inveution du » bon pèlerin Viateur (Jean Pèlegrin, chanoine de Toul, » mort en 1523)... ; et en y avoit de la grosseur d'ung » pois, lesquelles, selon l'advis des orfèvres, lapidaires et » maislres ouvriers, approchent les orientales ».
On exploitait aussi , sur la fin du xvi* siècle, aux environs de notre ville, des carrières de marbre, qui ont été depuis longtemps abandonnées : on voit Charles III faire délivrer une somme de 300 francs à un nommé Robert Ménarl « pour employer à la décombre que S. A. luy a commandé de faire sur le haut de Saincte-Barbe , proche de Nancy, où il y a du marbre » ; et c'est vraisemblablement de là que fut extrait, en 1596, le marbre destiné à ■ ung fond de baptesme » que le duc avait commandé à cet ouvrier pour la collégiale Saint-Georges. On prétend aussi qu'on en tira plus lard des blocs pour le château de Lunéville et pour le portail de l'église Saint-Roch de Nancy.
On trouvait encore du marbre sur un autre coteau voisin de celte ville, et, en 1 614, on pava le grand cabinet de la duchesse de Lorraine en « carreaux de marbre noir du Pays-Bas et de celui de la coste Saincle-Catheriue par moitié ». Dans le marché fait, en 1615, pour la construc-
lion de la seconde porte Notre-Dame, il est dit qu'on emploiera pour les ornements quatre pièces de marbre noir de Dinau et six pièces « d/aultre marbre jaspé des montagnes proche de Nancy ». Il est probable que ce fut, soit de la côte Sainte-Catherine, soit de la côte Sainte- Barbe que furent extraits les matériaux qui, au dire de Volcyr, furent employés à faire « certaines coulonnes de la fontaine du chasteau de ISancey ».
Vis-à-vis du premier de ces coteaux, il en existe un autre, dont les produits, d'une nature différente, sont justement estimés ; c'est celui qu'on appelle encore à présent la côte des Chanoines. Les moines de Clair lieu y avaient des vignes dès la fin du xu c siècle ; dans la suite, il y en eut aux chanoiues de Saint-Georges, d'où ce \ ignoble prit sa dénomination. En 1621, le duc Henri II, qui avait acquis quelques portions d'héritages à la « coste des Chanoines >, affecta uue somme assez importante à leur culture, et y fil amener des plants d'Avenay et d'Aï.
Ce que je viens de dire des foires , des marchés et de l'industrie, peut donner une idée de ce qu'était le commerce de la capitale, et j'aurai bien peu de chose à y ajouter ; d'ailleurs, on ne possède, sur ce point, que fort peu de renseignements. Un titre de 1513 mentionne la donation faite au prieuré Notre-Dame, par le duc Ferry,
lie vingt sous toulois à prendre sur le passage et la veute de Nancy, c'est-à-dire sur les droits prélevés sur les marchandises qui passaient par la ville ou y étaient exposées en vente. Quelles étaient, parmi ces marchandises, celles qui constituaient une branche spéciale de commerce 1 On l'ignore absolument, et les comptes particuliers rendus, à partir de la lin du xv G siècle, par le « passager » ou cellérier de Nancy, sorte de préposé de l'octroi à l'entrée de la ville, ne nous apprennent rien de bien positif à cet égard : on n'y distingue pas, en effet, les denrées qui étaient à destination de la capitale, de celles qui ne faisaient que la traverser pour être menées plus loin.
Anciennement, presque tout le commerce était entre les mains de ce qu'on appelait les merciers, lesquels tenaient à peu près toutes les espèces de marchandises. On a vu que ceux de Nancy étaient déjà passablement nombreux en 1340, puisqu'ils formèrent une corporation, conjointement avec ceux de Rosières et de Saint-Nicolas. La plupart de ces marchands n'étaient que des débitants établis à poste fixe ; mais quelques-uns entretenaient des relations étendues et entreprenaient de longs voyages pour se trouver aux foires de la France , de l'Allemagne et des Pays-Bas. C'était de là qu'ils rapportaient les objets de luxe destinés à la cour de nos ducs, les armes, les harnois , les armures dont les gentilshommes avaient besoin pour la guerre ou pour les tournois.
On prétend que, dès l'année 1144, le duc Mathieu avait déterminé « la longueur des mesures et la gravité des poids », prescrivant aussi qu'ils fussent uniformes, et que cette ordonnance fût renouvelée par Ferry IV, en 1353 ; mais l'auteur 4 qui rapporte ces particularités, n'y ajoute aucun détail. On n'a, sur cet objet, d'autre document officiel qu'une ordonnance de Charles III, du 20 mai 1584, portant réduction à la mesure de Nancy de toutes les mesures du duché de Lorraine , qui n'étaient pas au nombre de moins de trente-trois.
Afin de développer le commerce dans ses Étals, et surtout probablement dans sa capitale , ce prince eut recours à un moyen qui doit sembler étrange si l'on considère les idées de celte époque : par lettres patentes du 22 juin 1597, il permit à Maggino Gabrieli , > consul général de la nation hébraïque et lévantine, comme Turcs, Grecs, Arméniens et autres trafficquans ès régions de Ponent et Levant », de faire en Lorraine le commerce des marchandises du Levant; le 1 er juillet de la même année, il lui accorda de nouvelles lettres, dont le texte est assez curieux pour mériter d'élre reproduit :
« Comme, par noz lettres patentes du vingt-deuziesme jour du mois de jung dernier, nous aurions permis à MagginQ Gabrieli d'establir eu noz pays le commerce de toutte
1 Rogéville, Dictionnaire des ordonnances, t. Il, p. 48.
sorte de marchandises qu'il et les marchans de la mesme nation pourront y faire adraener, tant de Levant qu'autres endroicts et provinces eslonguiées, pour en faire la vente et distribution, soit aux marchans de nosdiclz pays ou autres estrangers ; néantmoings , pour ce que , par lesdicles lettres, il n'est permis ausdiclz marchans hébrieulx de transporter hors de nosdiclz païs les deniers qui proviendront de la vente et distribution de leursdicles marchandises, ledit consul nous auroil très-humblement supplié de voulloir lollèrer le prest desdiclz deniers aux conditions portées par les articles qu'il nous en auroil présenté ; lesquelz aians faicl vcoir et examiner, nous avons inhibé et defïendu à tous hébrieulx, quelz ilz soient, de presler «argent à inlérest en uoz pays, sur gaiges ou autrement, soubz quel prétexte ou couverture que ce puisse eslre, soit à noz subjectz ou autres chrestiens estrangers, sur peine de conliscation de ce qui se trouvera avoir esté presté , et d'amende de dix escus pour chacun escu , tant sur ceulx qui auront presté lesdiclz deuiers que sur ceulx qui les auront empruntés.... Et néantmoings, pour soulager aucunement ceulx qui souvcntesfois sont pressez de recouvrer des deniers promptement, pour le soulagement de leurs affaires domesticqucs et pour éviter plus grande perle, nous avons, de nostrc grâce spécialle et auclhorité souveraine, donné audicl consul général, seul et non autres, auclhorité et pouvoir d'eslire et nommer trois hébrieulx pourchefz des
deux bancques qui se feront el exerceront en nostre ville de Nancy et autres lieux où ilz résideront et tiendront magasins de leursdictes marchandises, pour l'utilité et commodité de nosdictz subjectz, et non ailleurs ; et ausqucllcs bancques lesdiclz deux chefz pourront prester argent à intérestz à nosdictz subjeclz en la mesme manière , forme et tolérance qu'il se praticque par les hébrieulx bancquiers résidans à Rome soubz l'obéissance de Sa Saincleté , ou selon qu'il leur est permis en Testât de Milan, soubz Sa Majesté Calholicque, el par le roy de France en son royaume ; lesquelz hébrieulx pourront aussy prester aux estrangers et autres qui ne seront de noz subjeetz , selon les conventions qui s'en feront enlre eulx. Mais, pour le regard des habilans dudict Nancy, ne pourront lesdietz banquiers hébrieulx leur prester à plus hault pris que de cinq pour cent moins qu'il est permis par Sadicte Saincleté et princes susdietz. Déclarons aussy que l'inlérest des deniers prestez eslans paiez à la fin de chacun six mois, lesdietz hébrieulx ne pourrout répéter le principal ny vendre les gaiges qu'ilz auront en mains. (Suit le passage relatif au mont-de-piété, et que j'ai fait connaître plus haut.) Et pource qu'aucuns de nosdictz pays, alléchez (peut-estre) d'une amitié de gain, pourroient prester leurs deniers ausdietz hébrieulx en intention d'en tirer plus grand profficl et intérest que celluy qui est permis par nos
ordonnances \ nous inhibons et deffendons à tous nosdictz subjeclz de prester leurs deniers ausdiclz hébrieulx, soit directement ou indirectement, soubz la mesme peine et confiscation des sommes qui se trouveront ainsy prcstèes, et d'amende de dix escus pour chacun escu, tant au-dessus que desoubz, avec pareille deiïense ausdiclz hébrieulx d'en recepvoir de nosdictz subjeclz, soubz les mesmes peines et amendes ; et lesquelz hébrieulx seront tenus de prester serment de n'en recepvoir, et , au cas qu ilz se trouveroient contrevenans , seront mulclables de l'amende de mil escus pour chacune fois ; desquelles confiscations et amende la moictyé nous appartiendra, un quart aux hospitaulx des lieux et l'autre quart au dénunliateur.... * ».
Il s'agissait, on le voit, d'établir à Nancy deux banques, dont trois israéliles auraient été les directeurs , et où l'on aurait prêté de l'argent à l'instar de ce qui se pratiquait à Rome, à Milan et en France. Ce projet ne parait pas s'être plus réalisé que celui de la création d'un mont-de-piété, confiée aux mêmes individus, et il est assez probable qu'il échoua devant la méfiance qu'inspirait ceux auxquels Charles III en avait remis l'exécution.
1 Une d'enlre elles fixait le taux de l'intérêt à sept pour cent, et condamnait les usuriers au carcan et au bannissement. (Voy. Rogéville, Dicl. des ordonnances, t. II, p. 644 et suivantes.)
* Trésor des Charles, reg. des lettres patentes de 1597, f. 133.
Deux ans après, ce prince renouvela ses tentatives pour établir à Nancy un mont-de-piélé, organisé comme ceux d'Italie, et où les marchands pussent contracter des emprunts dans les moments difûciles. A cet effet, il se fil adresser une note sur les ■ uz et statuts » de celui de Florence, auquel il fit emprunter lui-même une somme de 30,000 piastres. Des circonstances, qui ne nous sont pas connues, empêchèrent ce nouveau projet d'aboutir, et ce fut seulement trente années environ plus tard (1630), que Charles IV finit par instituer dans sa capitale un montde-pièté, mais dont la durée ne fut qu'éphémère.
Quoi qu'il en soit, et si l'on en juge par un rôle des habitants de Nancy dressé en 1589, le commerce de la capitale avait pris alors d'assez notables développements : on voit, en effet, figurer dans ce rôle des marchands de toute espèce, à peu près comme aujourd'hui , voire même deux banquiers, dont l'un demeurait sur la place Saint-Epvre, l'autre rue de la Boudière (partie de la Grande-Rue). Le luxe qui régnait à la cour, parmi les gentilshommes et les riches bourgeois, avait dû nécessairement amener la création de magasins où hommes et femmes trouvaient les mille objets qui leur étaient journellement indispensables, et que le peu de facilité des communications ne permettait pas de faire venir aisément du dehors.
11 n'y avait pas encore, à celte époque, de voitures pu-
bliques *, et la poste aux lettres n'existait pas. Cependant, dès l'année 1504, René II avait institué « deux messaigiers ordinaires à Nancey, tenant chacun ung bon cheval, pour porter lettres hâtivement à chacune fois où que uiestier et nécessaire seroit » . Mais ces messagers étaient spécialement affectés à l'usage du prince, et le public ne fut vraisemblablement admis à s'en servir que plus tard, lorsque (en 1517) leur nombre fut porté à cinq. C'est seulement en 1553 qu'il est fait mention, pour la première fois, d'un « maître de la poste de Nancy ». On ignore absolument en quoi consistaient les fonctions dont il était chargé, et qui lui étaient conférées par lettres patentes du duc". Les règlements relatifs au service des postes en Lorraine ne remontent pas au-delà du siècle dernier, et ce ne fut qu'en 1779 qu'un arrêt du conseil d'Llal établit une petite poste dans « les villes et faubourgs, villages de la banlieue et environs de Naucy, à l'instar de celle de Paris ».
Il me reste, pour compléter ce chapitre, à parler des corporations d'arts et métiers, dont le nombre était devenu considérable à Nancy dans le siècle dernier.
1 Voy., dans l'Annuaire de 1886, ma Notice historique sur les voitures publiques en Lorraine.
a Le 24 septembre 1986, • l'état de maître des postes • de Nancy, *a-
Les associations ouvrières de notre pays avaient une dénomination particulière : on les appelait « hans », et I on disait le han des drapiers, le han des tailleurs, pour désigner les corporations de ces deux sortes de métiers : être ■ hanté » signifiait y être admis. Ces associations étaient aussi appelées maîtrises, en raison de l'obligation où l'on était d'être reçu maître pour en faire partie, et confréries, à cause de leur caractère essentiellement religieux.
On n'en trouve de trace que vers le milieu du xiv° siècle, et c'est à Nancy que les premières paraissent avoir été établies. En 1341, le duc Raoul autorisa la confrérie en 1 honneur et ■ remembrance de Monsieur saiuct Georges », que venaient d'organiser les merciers ou marchands de Nancy, de Rosières et de Saint-Nicolas. Le duc ordonna qu'ils reconnaîtraient pour chef celui d'entr'eux qui « le baslon (la bannière) de Monsieur saiuct Georges auroil prins et receu comme roy ». C'était le chapitre de la collégiale qui désignait le roi entre cinq candidats élus par les maîtres assemblés, chaque année, dans le cloître. Le roi devait remettre annuellement au chapitre un cierge du poids de sept livres, et chaque maître un cierge de deux quartes ; on était, de plus, obligé de payer 60 sous « de
cant par le décès de François d'Auzecourt, fut conféré a Laurent d'Auzecourt, aux gages, profita et émoluments y attachés.
fors • et une certaine quantité de cire quand on entrait dans la confrérie *.
Les statuts des merciers furent successivement confirmés par les ducs Jean (1377), Charles II (1399), Charles III (1564 et 1572), Henri 11 (1613), Charles IV (1626) et Lèopold (1707). Les lettres patentes de ces princes sont réunies dans un petit volume imprimé à Nancy, en 1743, sous le litre : « Ordonnances, statuts, privilèges et règlemens accordez par les ducs de Lorraiue aux marchands juges-consuls dudit duché* ». Un décret de Charles III, du 6 juin 1563, avait attribué au roi des merciers et à ses commis « le regard et correction sur les abus qui se pourraient commettre tant pour faux poids et balances que denrées et merceries », le tout suivant la permission qui leur en avait été donnée par ses prédécesseurs. En 1691 , le pape Innocent XII permit l'érection de la confrérie des marchands, sous l'invocation de saint Michel , en la collégiale Saint-Georges, accorda des indulgences plénières aux confrères et un autel privilégié dans celte église.
' J'ai publié le texte de ces statuts dans mes Communes de la Meurthe, t. Il, p. 100. On trouvera également, dans cet ouvrage, les règlements de la plupart des autres corporations de métiers qui furent créées à Nancy.
1 La justice consulaire de Lorraine et Barrois avait été instituée, par édit du mois de novembre 1715, pour terminer brièvement toutes les affaires de commerce entre marchands. Elle tenait ses audiences dans l'hôtel, dit de la Bourse, sur la Carrière, où siège encore aujourd'hui le tribunal de commerce. (Voy. Lionnois, t. I, p. 301, 804 «t 384.)
A la suppression de la collégiale , cette confrérie fut transférée à la Primatiale, puis (1835) à Saint-Sébastien, et enGn (1846) à la Cathédrale, où elle existe encore; chaque année, le corps des marchands y fait célébrer une messe solennelle, le jour de la fête de son patron.
On vit se former, vers le même temps que celle des merciers, quelques autres confréries ou corporations d'arts et métiers : en 1342, Raoul autorisa les charpentiers, maçons, tailleurs de pierre , recouvreurs , ardoisiers , charonset tous autres ouvriers maniant la hache et le marteau, à se réunir en une corporation qui s'appela la « confrérie du cloître de Saint-Georges ». Une association de même nature fut fondée par les menuisiers et tonneliers, sous l'invocation de sainte Anne et de saint Urbain. Antérieurement à cette époque, il en existait déjà pour les boulangers, les bouchers et les corvisiers ou cordonniers.
Les règlements donnés par le duc Raoul ayant servi de base à ceux des corporations du même genre qui se formèrent dans la suite, je reproduirai ici la charte des charpentiers :
« Nous Raoulz, duc de Loherraine et marchis , faisons savoir à tous que comme li ovriers de noslre ville de Nancey, soit assavoir lui charpentier ovrans de haiche et massons aient fait et eslaublit par commun escort entre aulz une confrarie durable à tous jours maix, en noslre chapelle de monsieur saint George de Nancey , en la manière que
ci-après est deviseiz, si nous le voulons aggréei, soit assavoir que li confreire de ladicle confrarie esliront, chacun an, à un certain jour, l'un d'aulz, liqueilz esleu per commun escort serait (sera), celle année durant, rois de la feste et maistre de ladicte confrarie et desdiz mestiers, et aurait teille franchise comme li maislres des belengiers et des raessecliers (bouchers) de Nancey ont et ontaccoslumei à avoir, et apporterait chascun an, le jour Saint-George, en noslredicte chapelle , un cierge d une quarte de cire* pour ardre devant le saint ; liqueilz cierges serait pris on commun profit de ladicle confrairie sur la partie des confrères, el une lampe ausis que arderait nuit et jour davant monsignour saint George ; el feront ausis lidict confreire, chascun mois, à tous jours maix, dire une messe à l'un des aultcrs de noslredicte chapelle. Et nous aient lidict confreire supplyer que nous les choses dessusdictes welliens nggréeir, et avec ceu, pour l'augmenlacion de noslredicte chapelle el de ladicte confrarie, lor welliens otlroier que il pussent, chascun an, au jour qu'il esliront leur roy de lor feste, eslire quatre d'aulz, liqueilz quatre, avec le roy, aient pooir de recevoir en ladicle confrarie ceaulz de lorsdiz mesliers qui entreir y vourrout , parmei tel proùt comme bon lor semblerait , et que cilz qui roys serait puisse corregier, son année durant, par le consoil des quatre esleus, tous ceaulz qui seroienl de ladicle confrarie qui averoient meflail en ceu qui à lors mesliers appertanroit li uns en-
vers l'autre, ensis comme sont li maistres des corvesiers et belengiers de nostredicte ville ; et que cilz qui roys serait aurait la clamour et la correction per toute nostre terre, où que il trouveroil aulcunz desdiz confreires malfaisant ou haanl descort de ceu que appertanroit à lor mestier , per le coosoil des quatre esleus ; et cilz desdiz confreires qui à aultre se clameroil, que à lor maistres paie cinq solz tournois, et ne fuit point receu davant aultre justice pour les cais apperlenans à lordiz mesliers, dont ils averoient descort l'uns envers l'autre ; et ausis que chascun qui apanre vouroit à aucun des mesliers dessusdiz paie tout premièrement dous soulz , et cilz qui à maislre, pour apanre aucun desdiz mestiers, seroient et paroient en lowier, paoissent chascun an, tant corn il serviront, douze deniers fors. Et de tous les proûs devant diz, soit en amendes ou aultrement, que li moitié en soit convertie on profit de nostredicte chapelle , et en responce li roys à celui qui seroit appalliers en nostredicte chapelle, et li aultre moitiés soit convertie et mise on profit et en l'accreissement de ladicle confrarie, per l'ordenance d'aulcuns des confreires qui seroient esleus au recevoir. *
Sous le règne de Jean I er (1346-1390), les arbalétriers de Nancy formèrent une confrérie sous l'invocation de saint Sébastien et obtinrent un autel dans l'église Saint- Georges.
En 1445, des chartes furent octroyées, par la du-
chesse Isabelle , aux couteliers et taillandiers et aux maréchaux. Au mois de mai 145G, le prieur de Notre-Dame permit aux boulangers d'établir, dans son église, une confrérie sous l'invocation de saint Honoré , et de placer sur le grand autel une « ymaige faite en la représentation et remembrence dudil saiut », laquelle ils ne pourraient enlever pour la transporter ailleurs, à moins que ce ne fût en une chapelle spéciale qu'ils établiraient dans la même église.
Les corporations ouvrières, dont l'ordonnance du 12 juin 1497 avait attribué la police aux commis de ville, se multiplièrent notablement à Nancy dans le courant du xvi e siècle , et on vit se former successivement celles des chamoiseurs et pelletiers (1513), des bouchers (1517), qui n'avaient probablement point encore de règlements ; des cordonniers, tanneurs et corroyeurs (1554); des monnayeurs ou ouvriers de la Monnaie (15G8) ; des barbiers et chirurgiens (1573); des couturiers et tailleurs d'habits (1594); des drapiers (1595); auxquels il faut ajouter, pour les premières années du xvn* siècle , les verriers ou vitriers, les chapeliers, les fondeurs, les tisserands, les orfèvres, les bahutiers et selliers, les bourreliers, les éperonniers, les ébénistes et menuisiers, etc.
Les statuts de ces corporations 1 , calqués tous, à peu de
1 J'en donnerai quelques-uns dans le corps de l'ouvrage.
chose près, les uns sur les autres, nous font voir que le principe d'élection leur avait, dès l'origine, servi de base : c'étaient les confrères qui nommaient le roi de la confrérie, de même que c'étaient les ouvriers admis au « han », c'est-à-dire à l'exercice du métier, qui nommaient le maître de la maîtrise. Ces statuts ont des dispositions pour tous les degrés de la hiérarchie ouvrière, s'il est permis de s'exprimer ainsi : apprentis, compagnons et maîtres. On y trouve indiqués : le chef-d'œuvre que, dans chaque corps de métier, on était obligé de faire pour être « hanté » ; les privilèges des fils, filles et veuves de maîtres ; les droits et les devoirs de ces derniers, etc. ; mais, ce qu'il y a de plus remarquable, ce sont les obligations des membres les uns envers les autres dans leurs maladies, leurs infirmités, et au moment de leur mort. Des articles sont relatifs à l'exercice de certains devoirs religieux, dont l'oubli était puni par des peines très-sévères <.
Chaque corporation ouvrière , érigée en titre de confrérie, était placée sous l'invocation d'un saint qu'elle honorait d'un culte particulier, et dont l'autel était décoré aux frais de l'association : c'est ainsi que les barbiers et chirurgiens, les tisserands, les rôtisseurs et les « compagnons de la butte » ou arquebusiers célébraient leur féte
1 Voy., dans le compte-rendu de la 17* session du Congrès scientifique de France, mon mémoire intitulé : Coup d'oeil sur l'histoire des corporations d'arts et métiers dans la Lorraine, etc.
à Saint- Epvre le jour de celle des saints Côme et Damien, de sainte Lucie, de saint Laurent et de saint Antoine. Chaque confrérie avait une banuière sur laquelle était représentée l'image de son patron , et avec laquelle elle devait assister aux processions publiques qui avaient lieu à quelques fêtes solennelles.
La corporation des bouchers jouissait , entre toutes les autres, d'un privilège honorifique qui ne se trouve pourtant pas spécifié dans la charte que leur accorda le duc Antoine en 1517 : le procès- verbal de l'entrée de Charles IV à Nancy, en 1663, nous apprend qu'ils occupaient, dans le cortège, immédiatement avant les marchands, une place d'honneur, « étant les premiers à cheval, bien montés, tousnyant les écharpes jaunes ».
Je viens de traiter les différentes questions que je m'étais proposé d'examiner, et j'espère avoir donné une idée aussi exacte que possible de ce qu'était Nancy à la fin du xvi° siècle. J'ai fait connaître l'importance matérielle qu'il avait acquise; j'ai énuméré les institutions diverses qui s'y étaient fondées; je me suis efforcé, enfiu, de montrer la physionomie qu'il présentait à l'époque ou s'arrête cette première partie de mon travail. Mais le tableau serait imparfait si je ne le complétais par quelques traits généraux,
et si je n'indiquais le rôle que Nancy joua dans quelquesuns des événements qui s accomplirent durant la période que j'ai étudiée.
Il en est un auquel son nom ne se trouve mêlé que d'une manière indirecte, il est vrai, mais que je ne crois pas devoir passer sous silence. La Chronique de Lorraine raconte qu'avant de se rendre auprès du roi de France, Jeanne d'Arc, accompagnée de Robert de Baudricourt, vint trouver le duc Charles H ; que ce prince lui donna un harnois et un cheval sur lequel elle se montra toute armée en la place du « Chasteau », où elle courut une lance devant la noblesse « ébahie ». On a voulu nier ce Tait; mais, outre qu'il n'a pu être inventé par le chroniqueur qui le rapporte, des témoignages contemporains l'attestent d'une manière trop positive pour qu'il soit permis de le récuser. C'est donc de Nancy que partit, pour aller délivrer le royaume, l'héroïne de Domremy ; c'est de là qu'étaient également sortis, pour aller combattre sous l'étendard de la France, l'aïeul et le père de Charles II : Raoul, qui péril à Crécy; Jean, qui fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers.
Un demi-siècle s'était à peine écoulé depuis la venue de Jeanne d'Arc à la cour de Lorraine , que les regards de l'Europe s'attachaient avec élonnement et intérêt sur cette capitale naissante , qui , malgré sa faiblesse , supportait vaillamment les attaques d'un des princes les plus puis-
sants d'alors, et le tenait arrêté sous ses remparts. Charlesle-Téméraire, on le sait, ne la convoitait pas comme une proie ordinaire : cette ville, par son heureuse situation, entrait dans les projets de sa politique ambitieuse, et il ne rêvait rien moins que d'en faire le centre du nouveau royaume qu'il voulait fonder. Ces projets, il les exposait lui-même, assis sur le trône du souverain légitime , aux Etats assemblés dans la grande salle du Palais, lorsque, maître uue première fois de Nancy , il le regardait déjà comme devant lui appartenir à jamais : > A l'ayde de Dieu, » disait-il, céans une notable maison feray faire; avec ce » la ville feray regransier jusques vers le gué de Tombe- » laine ; j'ay volontey icy demeurer et mes jours y par- » flner. C'est le pays lequel plus désirois. Je suis main- » tenant emmy mes pays por aller et por venir. J'y lan- » ray mon estât, car j'ay intention que tous mes pays de » Bourgoigne et Comté , Flandres et Brabant , Hollande, » Zélande, Namur, Arloys, Héna (Hainaut), Limbourg et » Lucembourg, de tous mesdicts pays feray tous les offl- » ciers venir icy rendre leurs comptes, et plusieurs de » mes affaires ; à ce lieu icy feray tous venir... •
Charles promettait, eu outre, d'être « bon prince », de « maintenir * l'état ecclésiastique et la noblesse et de faire riches tous les bourgeois. Mais ces promesses , si séduisantes qu'elles fussent, n'ébranlèrent point la fidélité des Nancéïens, et lorsque, l'anuée suivante, le duc de Bour-
gogne se présentait devant leurs murailles pour reprendre sa conquête, il rencontrait la mort, au lieu de la victoire facile qu'il espérait.
Nancy avait noblement gagné ses armes et sa fière de vise ; il avait pris rang parmi les villes dont le nom appartenait désormais à l'histoire,
A peine sauvée du péril dont lavait menacée l'ambition de Charles-le-Téméraire, la Lorraine avait à lutter contre un ennemi d'un autre genre. Des bandes, soulevées au nom d'un principe, mais dont le véritable but était le pillage et le triomphe d'un communisme brutal, avaient parcouru l'Alsace, signalant leur passage par le meurtre et la dévastation. Des paysans du bailliage d'Allemagne, égarés par des prédications mensongères ou contraints par la violence, s'étaient joints à eux, et les insurgés, devenus nombreux et redoutables , se préparaient à envahir notre pays, pour ensuite passer dans le royaume et y établir ce que, dans leur langage, ils appelaient le règne de Dieu.
Le 5 mai 1525, une armée, conduite par le duc Antoine en personne, sortait de Nancy pour aller à leur rencontre ; dès le 24, elle y rentrait victorieuse, après avoir écrasé les Rustauds , sauvé la religion catholique en France et préservé Tordre social d'un bouleversement complet.
A rencontre de ce qui avait eu lieu sous le règne de René 11, ce fut de Nancy que partirent , vers la ûn du xvi* siècle, les aspirations ambitieuses. Personne n'ignore le
rôle considérable que jouèrent les prioces lorrains au milieu des troubles qui mettaient sans cesse en péril et la paix publique et la couronne du faible Henri III. Resté neutre d'abord, et se contentant d'applaudir aux efforts qui se faisaient contre l'hérésie , le duc Charles III s'était décidé peu à peu à prendre une part plus directe aux événements. En 1584, il assistait, à Boudonville, dans la maison de campagne du sieur de Bassompierre, à une assemblée secrète où se trouvaient les agents du roi d'Espagne , les ducs de Guise, de Mayenne et de Nevers, le cardinal de Guise et d'autres personnages influents dévoués à la Ligue. A cette assemblée succédait celle de Joinville, où l'on décidait que, si Henri III venait à mourir, on mettrait à sa place le cardinal de Bourbon. Quatre ans plus tard (janvier 1588), Nancy était de nouveau le rendez-vous des princes catholiques , et ils signaient, dans une des salles du Palais ducal, le fameux manifeste qui devait être présenté au roi comme un ultimatum. Enfin, et c'est un fait maintenant bien établi , le duc de Lorraine ne tardait pas à dédaigner la position secondaire qui lui avait été faite , et levait les yeux vers le trône, soit pour lui-même, soit,
du moins, pour le marquis du Pont, son fils *. Toutes ces circonstances réunies avaient, si l'on peut le
1 Voy. Digot, t. IV, p. *86, et le volume que j'ai publié sous le titre : Lettres et Instructions de Charles III, duc de Lorraine, relatives aux affaires de la Ligue.
dire, imprimé à la capitale de la Lorraine un cachet particulier : elle n'était plus une ville comme toutes les autres ; son nom s'était trouvé mêlé , avec celui de ses ducs , aux plus grands événements militaires et politiques ; elle avait conquis, par son courage, une brillante renommée, et on la regardait , à juste titre , comme le foyer des idées conservatrices et religieuses.
Nous l avons vue grandir et prospérer sous l'administration lulélaire des princes qui la gouvernaient ; nous allons la voir continuer à marcher dans celle voie sous l'administration de ses propres citoyens, élus par elle et choisis parmi les plus dignes.
En assistant au dépouillement minutieux de ses Archives, nous la suivrons jour par jour dans le développement de ses institutions ; nous verrons tout ce qui s'y passe, aussi bien que nous pouvons le voir aujourd'hui ; nous vivrons de sa propre vie , et il pourra nous sembler que notre existence , au milieu d'elle , remonte à l'époque où vont se dérouler sous nos yeux ses éphémérides historiques.