‹ Les archives de VeniseChapitre 122 sur 176 · DU CONSEIL DES DIX · texte numérisé non relu

DU CONSEIL DES DIX

chetti , secrétaire actuel des Archives de Venise, ont apporté des preuves contraires au fait de cette oripine universellement adoptée. Dans un Métnoire intéressant, M. Bartolomeo Cecchetti semble démontrer jusqu'à l'évidence que, fort antérieurement à la date de 1310, en plein treizième siècle, la magistrature des Dix était mentionnée parmi les institutions politiques de la République des Vénitiens'. Il semble démontrer en outre que, dès cette époque, ces Dix avaient, dans leur juridiction , à connaître des matières d'Etat les plus graves^.

* Voyez « SuW Istituzione dei Magi.<:tiati délia Repubbllca Vetn-tajino al secolo xiii. Meinoria letta ail' Ateneo Veneto nell' adunanza 13 luglio 1865 liai socio B. Prof. Cecchetti. (Venezia, Tipogr. del Coinmercio, 1365.)

2 Ce passage du Mémoire de M. B. Cecchetti est trop important pour que nous ne le reproduisions pas intégralement :

« E qui a (limostrarvi di quale iinportanza sia il ricorrere ai docuinonti per constatare le origini délie Istituzioni, — io vi citerô soltanto un fatto non privato d'intéressé.

11 Tutti lianno ripetuto l'istituzione del Consiclio dki x non esser più antica del 10 luglio 1310, in seguito cioè, alla congiura Tiepolo-Querini. Sulla base di documenti irrefragabili io posso invece nfrermare che quel CONSICLIO con non dissirnili attribuzioni da (juclle che ebbe nel 1310, esisteva inolti anni priuià.

» Infatti in un codice del 1289-1291, al priiiioanno (1288, 9 feb. m. v.) leggo più Haie separatamente uoininati il Doije , il Consiclio Minore, e i Tre Capi délia Quaranlia Criminale , — poi i Dieci e i Capi uei DiECl. Non ptiô quindi sorger dubbio clie pei Dieci si dcbba intendero /« Sereni'isima Siçnoria , -tapendosi poi che l'istiluzione di;i A' Savii de! corpo del Senato, data sollanto dal 1529, 20 lngiio.

M Trovo quel magistrato incaricato d'affari diploinatici, e cosl siîguitarnciite da indiirini a credere che non fosse straordinario e provvisorio, ma continiio, e incaricato di affari gelosi, raccoinaiidandosi in alciina délie parti da es.so prose, — il Secrelo.

« Dagli atti originali del M. C. al 3 aprile 1291 trovo recate alcune MiodiHca/.iDni al Capilotare dei ItiEci obblig.uidoli ad assistcre oltre che aile adiiniinze del [)ro|iri(» Consiglio, a (picllo in qui si ritenesse o|)p()r-

510 LES ARCHIVES DK VF':MSE.

Ce qui toutefois nous paraît être incotitestable, c'est que le danger qu'avait couru le gouvernement établi h Venise, (levant les efforts subversifs de Bajarnonte Tiepolo et de ses complices, eut pour conséquence de mettre dans les mains de ce Conseil un pouvoir qu'il n'avait pas eu jusqu'alors. Ce qui est encore incontestable, c'est que ce fut de Tannée 1310 à l'année 1355, époque remplie d'agitations de tout genre, que ce Tribunal, de nature essentiellement politique, reçut, pour ainsi pailer, du vote même des Assemblées législatives de la République, ses lettres de légitimation et d'établissement irrévocable. De toutes manières donc, il ne serait pas juste de dire que le Conseil des Dix dut sa création à une surprise. Voyez, en effet, quelles furent ce qu'on pourrait appeler les phases dramatiques de son institution.

Que la loi célèbre qui , sous le Doge Pietro Gradenigo, élu en 1289, créa formellement l'hérédité aristocratique dans le gouvernement de la République des Vénitiens, ait produit des mécontents dans ce peuple civilisé ; que cette annulation de coutumes déjà sécu-

tuiia la loro |)rc.senza. E la legge ilice : Quod sciiint nt'tjnriu (jui-ntr pleniiis. Anche allora avevano udunrjiic (juelle ejjiiali iiiciiiiil)eiiz<; ehr risultano ad essi ripelute con varii decreti del Matjif. Consii/lio nel s«'colo XIV.

n Era anclic allora dell'istituto dci Dikci il procacciare segretc tratlazioni diploinaticlic, per cui appariscono in varie crcdenziali , délie quali dterô iina del 28 aoosto 1291 che comincia ; •■ Nos Petrus Gradomco... Notum Jieri volutnus universis presentex litteras inspccluris quod cutn naatro Vonsilio iniitoii e DE X, elc... »

A la fin d<; ion Me moire , M. H. Ceccheiii produit comme preuve^* vin*;! documents relatifs nlle giuii<.<li-i(>ni <lfl Consialio dci X dal 1289 i*/129i.

oniGINKS DIT CONSEIL DES DIX. 517

laires en 1299 ait animé et excité l'esprit de quelques citoyens; cela était à prévoir, et ne peut paraître à Ihistorien que chose naturelle. Deux ans étaient à peine écoulés depuis raccompjissement de ce grand ("ait (appelé dans l'histoire des Vénitiens la serrata ciel Maggior Con~ siglio '), qu'une conjuration, ayant pour chef un citoyen puissant, fut ourdie. Dénoncé, l'instigateur, Marin Bocconio, en fut pour sa tête. Dix de ses compagnons eurent le même sort. La fuite et l'exil furent le salut des autres.

Le quatorzième siècle, considéré politiquement, s'ouvre mal poiu" la République. La guerre dite de Ferrare est malheureuse, elle soulève de véhémentes controverses dans le Grand Conseil; les nobles se divisent; les (Juirini, partie guelfe, s'y ojjposent avec emportement contre les Dandolo et les Gradenigo, partie gibeline. Le Pape inlervient comme ennemi de Venise et fulmine contre l'Rtat.

L'issue de cette guern; malheureuse anime les partis. De grandes querelles intérieures s'alimentent avec d'anciens motifs intempestivement rappelés. Les mécontents surgissent : ils gagnent en audace.

Une révolution autrement grave que celle du faible Hocconio se trame. Ses éléments sont dans la partie patricienne, dans celle qui a accès au Grand Conseil. Les conspirateurs sont gens éclairés, politiques, élo-

' C'est-à-dire la composition définitive (lu Grand Conseil. Voy. RosIA^^^, Sloria dofuini'iitatu du Vene/.ia, t. Il, et siu-toiit rcx|io,sé liistoiifjiie si reiiiarquablt! de l'Iiistoiien Acnsi ixo Sahiikoo, adiiiirnbleinent dicté, inspiré, pcul-on «lire, |>ar le souffle él<'vé de Tacite et des {>rands latins. On le trouvera dans l'ouvrajje collectil de Veiiezia e Le Sue Lagune, sous le titre de Sloria civile e politicu dri Venezioni. (Volume I, p. 60-61 et siiiv.)

quents, rompus aux choses d'État. Marco Quirini et Bajamonte Tiepolo s'en déclarent secrètement les chefs. La conjuration se forme dans la maison noble de Quirini. Les adeptes sont nombreux. L'élément populaire mécontent est sourdement excité.

Le 16 juin 1310 est le jour fixé pour l'invasion armée du Grand Conseil. Mais un traître à son parti a prévenu le Do^e, celui-ci les Conseillers. Si la rapidité de leur action ne parvient pas à arrêter l'éclat de la conjuration, elle peut du moins, par une prompte défense, soutenir la lutte, mieux que cela, la vaincre. L'étendard de Bajamonte Tiepolo porte ce mot toujours magnifique : Liberté! Le vent le déchire. C'était de mauvais augure. La lutte néanmoins fut acharnée. Il y eut péril pour l'État constitué. Bajamonte Tiepolo pactisa et quitta le territoire. Plusieurs nobles faits prisonniers furent jugés et mis à mort.

Quirini et Tiepolo étaient-ils des Brutus? Non. Rivalité personnelle, ambition ardente, tels avaient été les sentiments promoteurs.

Ainsi qu'il advient à la suite de ces secousses et périls politiques, des lois d' exception furent votées.

On voulut un Tribunal exceptionnel, à l'activité, à la vigilance, à la puissance octroyée duquel fût confié le salut en quelque sorte matériel de l'État. Trois propositions furent faites.

La première ainsi conçue :

u Qu'en raison des événemeuts récents {per le occorse notivà), et seulement pour ce qui s'y peut rattacher, on ait à investir le Conseil des Quinze, unis aux chefs de la Qiia-

Page 1