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CE QU'ETAIT LE CONSEIL DES DIX

l'on peut arriver, sinon à les détruire complètement, du moins à les amoindrir dans leur excès. Nulle institution ne fut plus faussement présentée, exposée et jugée que celle de ce Conseil des Dix. Le secret profond qui était assuré à ses délibérations et pour le maintien duquel les précautions les plus raffinées furent de tout tem])s autorisées, fut un aliment trop accessible à l'exafjération et à l'invention des récits, pour que des pamphlétaires et des romanciers ne s'en emparassent pas sans réserve. Certes, ce Tribunal extraordinaire a eu ses drames, puis(|ue la politicpie et la raison d'Etat lui faisaient un devoir de scruter le fond des cœurs; certes aussi il a eu ses erreurs, car pour suprême qu'il fût appelé, il n'était pas divin, et conséquemment pouvait faillir; mais estimer qu il a été créé pour l'exercice complaisant du mal plutôt (pie pour le prévenir ou le corri(jer, est une de ces erreurs extrêmement grossières dont la recherche active de la vérité dans l'histoire, portée si haut et goûtée si vivement de nos jours, veut qu'il soit (ait et justice et réparation. Sa création fut-elle donc le produit arl)itraire de l'imagination échauffée d'un tyran élevé à l'école d'un Néron? Etait-il une arme offensive ou défensive inventée par ce tyran pour le tourment de son peuple? Le bon sens nie qu'il en ait pu être ainsi. La création du Conseil des Dix fut le r(;sultat des suffrages, d(,'s discussions et des réflexions d'une Assemblée nombreuse, intelligente, forte de sa force conunune, pleine d'instincts politiques, et qui n'ignorait pas que l'arme dont, par un vote, elle allait leconnaitre l'usage, était faite pour prévenir les dangers que des ambitions puissantes à l'extérieur ou

subversives à l'intérieur pouvaient susciter à la République. Son installation fut-elle donc l'œuvre d'un jour? Ce même Grand Conseil qui avait limité son existence à deux mois, l'eùt-il continuée par un vote nouveau à un an, puis à cinq ans, puis à dix ans, puis à perpétuité, s'il n'avait pas eu à reconnaître en son institution et en l'exercice de ses pouvoirs le bienfait plutôt que le maléfice? Est-ce que l'Etat qui en instituant ce Conseil l'avait créé son propre juge, n'était pas celui qui alors dans le monde entier était le plus régulièrement gouverné et administré? Quel peuple avait alors un parlement comme à Venise? Le souverain pouvait-il même exercer une pression sur ses arrêts? Qu'était-ce que le Doge en présence du Grand Conseil, du Petit Conseil et du Sénat, sinon un personnage investi de moins de pouvoir que n'en saurait avoir aujourd'hui la Souveraine de la Grande-Bretagne , ayant à compter avec la volonté d'un Parlement et d'une Chambre des Lords? Il est d'ailleurs manifeste, pour qui a cherché à connaître le Conseil des Dix par les sources authentiques plutôt que par les histoires faites à plaisir en dehors de toutes informations valables, que l'exercice de son pouvoir eut à se produire pour la protection du peuple contre les patriciens plutôt que contre le peuple en faveur des patriciens * . Allez à ses papiers, ouvrez ses registres, feuilletez ses parche-

• ^Iiia/.zo, dans son histoire encore inédite du « Gouvernement civil des Vénitiens », dit en excellents termes : " Giudica tutti i casi più gravi che succedono nella città, e fuori pcr le stato, et inoltre quelli di qiialiniquc natin-a aiico minori, ove intervcnjjouo nobili. Oltiiiio instituio per (fiiere in disciplina la nobillà , menire il dfliUo è senipre pin grave , ijitititln inaqgioie c clti /« coniiiicllf. n

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