DES PEINES
ou renvoyé à un autre tribunal, ou soumis à un nouveau procès. Pour l'application de la peine, Y Avogador proposait d'abord, puis les Trois Chefs, puis les Conseillers, Je Doge enfin. Pour chaque proposition, toujours le vote. A celle qui avait la majorité, quatre tours de scrutin. Prononcée, elle était irrévocable. A V Avogador incombait le funèbre devoir d'en faire part au condamné. Les plus particuliers détails de cette procédure, avec toutes ses formules spéciales, peuvent être étudiés dans les registres et liasses des archives du Conseil.
Des peines. La plupart terribles; quelques-unes modérées. Pour les premières, la prison obscure, la pendaison entre les colonnes de Saint-Marc , la taille de la main, la tête tranchée, l'étranglement. La plus redoutable était cette peine de mort mystérieusement accomplie et ainsi prononcée : « Que cette nuit, le condamné *** soit conduit au canal Orfano , où, les mains liés et le corps chargé de poids , il sera jeté par un officier de la justice. Et qu'il y meure. » Pour les secondes, la prison non obscure, l'exil, l'internement, la condamnation au service des galères, etc. Le Conseil des Dix avait ses prisons spéciales dites camerotti; celles non officiellement appelées les pozzi et les piombi, les puits et les plombs, étaient de son redoutable domaine. Les camerotti di sotto (les puits) étaient obscurs mais non accessibles à l'eau du canal, comme on l'a fait croire en des récits dignes d'Anne Iladclidè ; les camerotti di soprà (les plombs) étaient des cellules fortement doublées de bois, mais non j)rivées de lumière. L'aventurier Casanova, qui
53 j LES ARCHIVES DE VENISE.
lut à même de les connaître pour y avoir été enfermé, les a véridiquement décrits dans le chapitre si curieux de ses Mémoires qu'il a consacré au récit de sa fuite. Le Conseil des Dix avait plusieurs officiers de justice dont le principal portait le fameux titre de Messer Grande. Les autres étaient les Cajn de sgherri au nombre de six , et les sgherri ou sbires.
Les secrétaires du Conseil des Dix. Au nombre de quatre, dont un seul de service pendant un temps donné. On peut dire que le Secrétaire de service était plus instruit des affaires du Conseil que les Conseillers euxmêmes, car les Dix ne demeuraient en chargée qu'un an; et il appartenait au Secrétaire d'instruire les nouveaux élus des affaires courantes que leurs prédécesseurs avaient laissées en suspens. Ses fonctions étaient les suivantes : chaque matin assister à l'ouverture des portes du Tribunal et veiller à ce que la nourriture soit portée aux prisonniers justiciables des Dix. Le premier matin du mois, lire aux Trois Chefs du Conseil leur capitulaire. Présenter au Chef de semaine le bilan de la caisse à remettre à VAvogador sortant, pour (ju'il en fasse l'examen. Se présenter au Conseil du Doge {collegio) pour avertir qu'il y aura séance [ordinare il consiglio) , et, le Do(je ne s'y trouvant pas, l'aller avertir en ses chambres. Dresser la liste de ce qui doit être mis en Conseil pour la séance, et selon l'ordre et la règle prescrits. A la fin de chaque mois, inscrire dans le registre Nolatnrio les mandats pour le service du Conseil, de même les sentences prononcées par les Chefs. Prescrire
LES SECRETAIRES DU COiNSEIL. 537
aux greffiers du Conseil de remettre à VAvogador la note des plaintes et dénonciations présentées dans le mois. Lorsque le Grand Chancelier ne pouvait être présent au Grand Conseil, il appartenait au Secrétaire des Dix de remplir ses fonctions; il présidait aussi en sa place, dans la salle du scrutin, aux votes pour les élections. C'était encore ce Secrétaire qui devait donner avis au Grand Conseil des condamnations prononcées par les Dix contre un patricien. Les papiers les plus secrets, les clefs des archives du Tribunal, et celles du Tribunal même étaient confiées à sa garde. Lors des discussions polili(pies dans le Sénat, d'une nature extraordinaire et qui exigeaient le secret le plus absolu, particulièrement ])our les affaires qu'on appelait « Communications du Conseil des Dix au Sénat » , le Secrétaire des Dix montait à la tribune et |)rononçait cette formule : Il Seigneurs Excellentissimes : sur ce nui nient d'être lu et discuté dans l'importante affaire présente, (ou bien) sur le contenu de la conununication qui Tient de vous être lue, Vos Excellences sont obligées au plus rigoureux silence; elles n en doivent même pas parler entre elles, en dehors des portes de cette assemblée, sous peine (F encourir les châtiments établis par les lois contre les révélateurs des secrets d'Etat, y allant de la vie et des biens. » En de certains cas, il ajoutait : « Que Vos Excellences veuillent bien venir prêter serment sur les Évangiles; les îioms des votants vont être pris en note; » ou encore : « // en sera de cette question comme si le serment eut été donné sur les Évangiles. » Que les secrétaires des Dix dussent être des hommes d'une éducation et d'une instruction hors ligne,
d'une considération éprouvée, gens pleins de mérite en un mot, il serait puéril d'en douter. Le plus souvent, n'était-ce pas à eux qu'était confiée la rédaction des lettres , des mémoires , des arrêts , les considérants des décrets, les instructions secrètes aux agents et aux ambassadeurs , dans des circonstances aussi exceptionnelles que délicates et difficiles? Une histoire bien conduite et conçue des vSecrétaires ' du Conseil des Dix, en suivant l'ordre des affaires soit politiques soit criminelles dont ils ont eu à rédiger V instruction, serait le meilleur cadre à choisir comme devant être adapté à l'histoire politique et privée du Conseil même.
Des archives du conseil. — L'histoire proprement dite des Archives du Conseil des Dix est fort limitée. Les documents spéciaux à leur formation , au classement qui en a été ordonné et opéré , à l'élection des
1 Les principaux Secrétaires du Conseil des Dix furent :
(Pendant le seizième siècle.) Gasparo délia Vedoa, Thomà de Fresclii, Andréa de Francescti, Bartholomio Comin, Jacopo Caroldo, Nicolô Sagondino, Lorenzo Rocca, Zambatisla Ramusio, Febo Capella, Zuan Francesco Ottobon, Andréa Frizier, Antonio Milledonne, Francesco Girardo, Andréa Surian , Lunardo Ottobon, Nicolô Padavin.
(Pendant le dix-septième siècle.) Roberto Lio, Bartolonieo Comin, Pietro Darduini, Gasparo Spinelli, Giacomo Vendraniin, Antonio Maria Vincent! , Antonio Antelmi , Valerio Antelmi , Marc Antonio Busenello, Pietro Antonio Zon, Giovanni Battista Ballarin, Agostino Viannol, Francesco Verdizotti, Domenico Vico, Giovanni Andréa Fontana, Angelo Nicolosi , Iseppo Cavanis, Pier Antonio Gratarol.
(Pendant le dix-uuitième siècle.) Agostino Riaiichi, Girolaino Vignola, Gasparo Marini, Vendraniin Bianchi, Giacomo Busenello, Orazio Bartolini , Domenico Maria Cavalli , Pietro Busenello , Zuanne Zon , Zuanne Antonio Gabriel, Giuseppe Gradenigo, Zuanne Fontana, Bernardo Gislanzoui, Gasparo Soderiui, Giuseppe Imberti.
personnes qui en ont été chargées, sont peu noml)reux. On peut en quelque sorte dire que la meilleure et plus fidèle histoire de ces Archives est leur propre catalogue. Nous en signalerons les parties les plus intéressantes après avoir résumé les quelques faits suivants, qui sont relatifs à la conservation des Papiers et des Registres de ce Tribunal si célèbre. Nous ne nous en faisons le rapporteur que d'après des textes authentiques , recherchés par nous dans les Recueils officiels des décrets et des arrêtés du Conseil.
Le document le plus ancien qui mentionne la nécessité pour le Conseil des Dix d'avoir un répertoire commode de ses propres décrets est de l'année 1424, « Vadit pars, y est -il dit, fjiiod omnes partes predictse spec— taules isti Consilio redigi debeant m iiniim lihritin '... » A cette époque le Conseil des Dix comptait à peine un siècle d'existence, et toutes ses Archives devaient ne pas s'étendre à plus de quelques Registres, désignés sous le titre de Misti, c'est-à-dire actes mêlés. Comme les papiers de ce Tribunal à la fois juridique et j)olitique n'avaient rien de commun avec ceux de la Chancellerie secrète, ils étaient conservés dans des armoires et des coffres établis dans l'une des salles du Conseil, et
' 1424, 24 NovKMP.nis, in Consilio Decem. « Cum a magno temporc citra partes captac fiieiint por qnns deliberatum et terminatum est quid istud Conslliuin a{|ere liabcat, sed quia in diversis libris scripl;c sunt non poti'St d<î caruni contincntia- babori notitia, et boniini et utile sit quod omnes partes spectantes isti Consilio reducantur in uno liliro, ut illi de isto Consilio possint de dictis partibus notitiam habere.
» Vadit Pahs, quod omnes partes spectantes isti Consilio redigi debeant in ununi iiliruni de per se et sub illo millesimo, niense, et die quibuseapt;e sunt, » etc..
confiés à la garde du Secrétaire élu pour le service des Dix. En ces temps éloignés, donc, l'Archiviste du Conseil des Dix n'était autre que le Secrétaire. Mais avec le cours des temps, et déjà même vers la fin du quinzième siècle , l'importance et surtout la diversité des attributions de ce Tribunal s'étant accrues, il en résulta que ses Registres de décrets et d'arrêtés, ses Recueils de correspondances , ses feuilles volantes produites par l'instruction des procès, toutes ses écritures enfin, relatives soit à la politique, soit au gouvernement intérieur, soit à l'exercice de la haute justice , étaient devenus très-nombreux. Les papiers seuls des chefs du Conseil (i Capï) comprenaient des Notatorii, des Parti, des Letterc reaponsive, des Note dei prigioni, des Raspe, des SiippUclie, etc. Puis, lorsque la difficulté et la gravité des circonstances politiques extérieures, signalées principalement par l'invasion du Roi de France sur terre italienne, eurent en quelque sorte nécessité de laisseï" le Conseil des Dix s'arroger un pouvoir exceptionnel et devenir une sorte de Conseil des Ministres en permanence pour la sûreté de l'Etat , le caractère politique dont il s'investit, le mit en correspondance directe et presque habituelle, pendant un demi-siècle, avec les ambassadeurs accrédités en service ordinaire auprès de toutes les Cours par le Sénat. De là, une augmentation soudaine et considérable de papiers d'Etat du Conseil depuis l'année 1500. Une division nouvelle fut aussi établie dans les recueils'Vers 1525 : il y eut deux séries, Vnn& des Parti Communi (affaires ordinaires), l'autre des Parti Secrète (affaires secrètes) ; les affaires criminelles
formaient déjà série spéciale depuis le commencement du seizième siècle.
Un catalogue particulier des Archives du Conseil des Dix, un inventaire exact des rejjistres principaux et des cartons affectés au classement des correspondances, avant l'année 1611, ont-ils été dressés? C'est ce que nous ne saurions dire, car il n'existe aucun document authentique qui puisse nous renseigner à cet égard. A la date de l'année 1605, on trouve un Index et inventaire des livres et des écritures secrètes trouves dans les armoires de l'Excellentissime Conseil, et formes par les illustrissimes Alessandro Zorzi et Zuan Giacomo Zane, députés élus pour ce faire au mois d'octobre dudit an ' . On en pourrait conclure que ce qui constituait alors les Archives du C(jnseil n'était autre qu'une série d'armoires placées dans les salles proprement dites du Tribunal des Dix, ou dans quelques pièces v attenantes. Les rédacteurs de V Inventaire prennent soin de dire que les numéros indiqués se rapportent l'un aux armoires mêmes, et l'autre aux rayons sur lesquels sont classés les papiers indiqués. Mais, à bien examiner la matière, on doit convenir que ce catalogue fut plutôt celui des papiers étrangers à la juridiction ordinaire du Conseil des Dix, c'est-à-dire de livres, d'écrits, de mémoires, qu'il avait cru devoir préserver de la curiosité d'autrui, ainsi : Livre in-rjuarto recouvert de cuir dor.- contenant divers secrets fort importants
' « Indice et Iiiveiitaiio de' Libri et ScriUnre secrète, trovate negli nrinari et casse esistenti nella sofHtta dell' Ecceiso Cfmsiglio di X, forinatu di ordino de;;II Illustrissimi Si{;nori Alessandro Zorzi et Zuan Giacomo Zanc, dcputati ed eictii a questo, dall' Ecc. Cijnsi{;lio di X, l'aiiuo 1605 nul incsc di ottulirc...
relatifs à l'art de la fjuerre, on encore : « Histoires manuscrites de Giovanni Alvise Palma de 1530 à 1545, lesquelles, d'ajjrès l'ordre des Chefs du Conseil, ne peuvent être communiquées sans une délibération dudit Conseil. » En un mot, il faut arriver à l'année 1611 pour rencontrer un véritable Catalogue ou Inventaire des papiers du Conseil des Dix. A cette époque, en effet, le Gouvernement de la République avait pris des mesures pour ou'un état fût soigneusement dressé de toutes les écritures authentiques réparties auprès de toutes les magistratures. Pour la part du Conseil des Dix, voici le titre de son catalogue à cette époque : Inventaire des liasses, livres et registres des Ai^rétés et des Correspondances de t Excellentissime Conseil des Dix, des répertoires, minutes ■de Lettres , Dépêches et autres actes des Chefs du Conseil, séparément et distinctement classés par époques. Fait par l'ordre et en la présence de Frajiçois Contarini et André Morosini, élus pour présider à la régularisation des écritures, et présenté par eux au Conseil le 27 juillet 1611 '. Or, depuis cette époque jusqu'à l'année 1785, il n'y a plus trace de classement ou de travaux préparatoires pour établir de nouveaux catalogues des Archives du Conseil. Mais à la date du 29 avril 1785, les éclaircissements deviennent jirécis. Le secrétaire de service, Bernardo Ghislanzoni, fait un rapport dont le but est de
* « Inventario di Filze , Libri e Re(jislri ilelle Parii c Lettere dell' Eccclso Con.si{;li() di X", de Notatorii , Filze di lettere^ et altri Atti àe^\ EcccUentissimi Signori Capi separatamentc e distintamente per 1 tcmpi che servorio, fatto di ordine et alla |jreseii/.a degli Illustris.simi Signori Francesco Contarini et Andréa Morosini eletti per la regolazion delle Leggi e Scrittnre, e presentato nell' Eccelso Consiglio di X a 27 di liiglio 16H. »
démontrer aux chefs du Conseil la nécessité de se préoccuper d'une réorganisation complète de tous les papiers. Il expose que le local qui leur a été réservé jusqu'alors est insuffisant, impropre même aies contenir avec ordre. La confusion y règne, la négligence a même été si grande, à certains égards, que l'humidité a pénétré par plusieurs endroits , et un dégât considérable a réduit un grand nombre de dossiers et mémoires presque au néant. Des papiers entre autres, et par exemple, des liasses de procès, ont été délaissés, abandonnés presque dans les combles, où sont les camerotti di soprà, c'est-à-dire à l'endroit où sont les plombs. Ce dernier détail, pour ne le dire qu'en passant, montre combien le prisonnier célèbre Jacques Casanova est véridique dans cette partie de ses Mémoires où, narrant, avec un si vif intérêt, l'emploi des longues heures de sa captivité, il nous expose comment le hasard avait mis à sa portée toute une série de documents anciens qui appartenaient indubitablement aux Archives du redoutable Tribunal'. Le rappoi t (lu Secrétaire fut suivi d'un arrêté par lequel le
' ... Casanova s'exprime ainsi au chapitre xin du quatrième volume de ses Mémoires : « Le {jeôlier nous dit que nous pouvions nous promener dans le galetas pendant une demi-lieure. .le trouvai cette promenade excellente poiu- ma santé et pour mon projet d'évasion, que je ne pus mettre à exécution que onze mois aju-ès. Au bout de ce repaire de rats, je vis une quantité de vieux meubles jetés sur le plancher à droite et à gauche de deux grandes caisses et devant lui gros tas de papiers cousus en cahiers. J'en pris une douzaine pour m'amuser à les lire, et je vis que c'étaient des procès criminels dont je trouvai la lecture trèsdivertissante, car il m'était permis do lire ce <jui dans son temps avait certainement été très-secret : ...il y en avait qui dataient de deux ou trois siècles, dont le style et les munu's me procurèrent quelques heures de plaisir. «.Touic IV^, page 335.
Conseil avisait à remédier dans les plus brefs délais possibles aux conséquences funestes du désordre et de l'abandon dans lequel avait été laissée la partie ancienne de ses Archives'. L'importance du fait avait paru si grande que, pour la première fois, les Conseillers crurent devoir créer la charfje, jusqu'alors inconnue, surintendant aux Archives du Conseil des Dix. Le 3 septembre, les trois personnagfes, délé(jués à cette fin de proposer les réformes à introduire, présentèrent un rapport circonstancié dont les conclusions furent admises. Les plans de l'architecte Filippo Rossi furent adoptés; un crédit de 3,000 ducats fut approuvé ; le coadjuteur de chancellerie, Giuseppe Olivieri, fut élu pour procéder à l'examen et au classement de tous les papiers, registres, procès et dossiers*. Le patricien Zaccaria Yalaresso,
1 1785, 29 APniLE, is CoNSiCLto X. « Frà {jli affari clie iiiteressano le provide cure di questo Coiisiglio nefjl' interni suoi pecuiiari rapporti, quello si riconosce di summa importafiza , che rijuarda la preservazione, l'attenta custodia, il inancjjgio e la Ijenc ordinata distril)i)zione délie Fiize e Regi^tri , nelli rjuali si contengono le ordinarie e le tante altre gravi maierie soggette » vincolo di segretezza da tempi assai rcmoti sino ai tempo présente emanate dalla speziale autorità del Consigliu medesimo, 1 etc. (Arciiives des Dix, Parti comuiuni.)
- 1785, 3 SETTEMBRE. « Ravvisando la inaturitù di questo Eccelso Consiglio coine un oggetto ben tlegno délie provide sue cure, la préservation, la custodia e la Len ordinata distribuzione degli antichie recenti autentici documenti, che si conservano nell' Archivio di Vostra Serenità , e riinarcando nel tempo stesso che a tutto questo si oppongono 1 attuali iinperfezioni e relativa angustia del liiog(», la mancanza in esso del neces-;ario Inme, » etc. (Rapport du Catnerleiifjo alla Caisa et de deux depulati aile rUpuste au\ Sljnori Capi deW Ecceho Consiglio, Arcuives DES Dix, l'arli communi.)
1785, 9 SETTEMDRE, IN CoNSici.io X. « A II' importauza dell' argoinento riguardante la materiale c formai riduzione dell' Archivio in cui
premier surintendant élu, fut à même, le l-i juillet 1786, (Je présenter un premier rapport sur l'e'tat du travail accompli '. A la date du 27 septembre, nous trouvons un second rapport, et dans le même intervalle de temps, le secrétaire Joannes Zon soumettait au Conseil différentes observations écrites, dont nous avons les textes intéressants sous les yeux. La nécessité d'un catalogue est formulée. Un triage considérable est fait. Des papiers et des livres, étrangers aux affaires du Conseil, sont portés ailleurs : un grand nombre même est transféré à la Bibliothèque publique de Saint-Marc. Alors fut présenté au Conseil cet utile Catalogue général des Papiers du Tribunal, formé par l'intelligent coadjuteur du surintendant, Giuseppe Francesco Olivieri , sous ce titre : « Catalogue raisonné de tous les Registres, Liasses et Papiers (jui se trouvetit dans les Archives secrètes du Conseil des Dix, 1786. » C'est un registre de cent trois feuilles de parchemin relié de maroquin , avec ornements
(ulte si contengono le materie apparteiieiiti a questo Consiglio corrispondono picnaiiierite l'esaltez/.a ed il /elo delli dilett'^" N. A. Cainerlenyo alla cas-ia e dcpiitati aile risposte producendo nella {jradita sciiitura ora letta soprà ciaschedun arlicolo délia commissione che ad essi fii demandatacol decreto29 a|)rile passato i loro matiiri sufjgerimenti, » etc.. AiiciiivES DKS Dix, idem. Et à ce décret est joint le projet proposé par « Filippo Rossi, arcliitetlo e pubblico perito ».
' Dali.' Arcuivio skchkto pei.i.' Eccei.so Consiglio di X, li 14 lut/lio 17S6. « L'onorcvole incaricu, cli' è piacciuto ail' autorità di questo Eccelso Consiglio adossarc alla riverente pcrsona mia, di presiedere alla matcrialc e foimal riduziune del secreto suo archivio, « etc.. Zaccaria Valaresso, Présidente. (Aiichivks des Dix, idem.) Et 1786, 21 i.lclu., IN CossiOMo X. " Riesc-c di inulla coiiipiacen/a a questo Consiglio l'intendere délia Rela/.ione ora letta del D" N. Zaccaria Valaresso, Presidoiile air Archivio che a merito délia di lui attenzione ed imjiegiio .se irovè ridotta quell' opéra iii ciô che riguarda... » etc.
d'or et h la marque du Lion de Saint-Marc sur les deux côtés ' .
Depuis la date du dernier rapport du patricien Zaccaria Valaresso (28 septembre 1785 ^), jusqu'à celle
' La table des matières de ce Catalogue comprend les suivantes , avec la pagination ci-dessous :
Introduction, i.
Registres mélanges (^Misti"), 1.
Registres communs Ç Commuai), 7.
Liasses des arrêtés (Filze parti), 26.
Liasses des arrêtés secrets (^Fihe parti secrète), 34. Registres criminels (^Registri criminali), 39. Liasses des affaires criminelles (Filze parti criminali), 50. Liasses de lettres (Filze lettere), 56.
» de lettres criminelles (^Lettere criminali), 59.
» de lettres secrètes (^Lettere secrète), 60.
» de lettres souscrites (^Lettere sottoscritte), 62.
» de choses notoires (^Filze notalorio), 65.
n de proclamations (^Proclami), 66.
« des Recteurs (Rettori), 67,
» de la Bulle Clémentine (Bolla Clemeutina), 68. Mémoires ( Diarii), 68 (tergo).
Choses à noter (^Notatorii), 71. Liasses en paquets (Filze Mazzetti), 73 (tergo). Lettres sans réponse (^Lettere aile quali non si risponde), 75. Charges et emplois (^Cariche), 75 (tergo). Registres des Offices [Libri delli IJfpzii), 76. Liasses des Rapports des Chefs de quartier (^Capi di Contrada), 76. Témoignages des Curés de paroisse (Fedi dei Piovani), 78. Affaires religieuses (^Titoli di Chiese), 78 (tergo). Affaires cléricales (Chierici), 80.
Livie de caisse (Lihri casse), 81.
Reçus des Caissiers (^Fedi dei Ragionali), 81 (tergo). Liasses des bilans de la caisse (Ristrelti di Cassa), 82. Registres variés {^Registri varii), 84.
Livres divers (Libri diversi), 92.
Dépèches (Dispacci ), 97.
Nouvelles découvertes faites après l'achèvement ilu Catalogue (iVucvir
scoperte fattc dopa compila toper, i), 100. '* 1786, 28 SETi KMBnK , i> Co.nsiclio X. « Sostenuto cou lodevole cd
ARCHIVES DES DIX. 3i7
du 25 septembre 1792, nouveau silence des documents sur les Archives du Conseil des Dix. C'est h cette date que pour la première fois on trouve indiquée la formation spéciale des archives des Procès criminels; le surintendant est Sebastiano Zen. Vient ensuite, daté du 29 avril 1795, un rapport très-circonstancié du surintendant Cristoforo Antonio Loredan', par lequel nous voyons que le plus fjrand ordre est apporté aux Archives qui lui ont été confiées. Il s'étend séparément sur les deux Archives du Conseil, dont il désigne l'une Arcliivio délie Deliherazioni , et l'autre Archivio deiProcessi. Il établit trois catégories dans les pièces manuscrites ; celles qui lui paraîtront traiter de matières purement politiques, seront portées à la Chancellerie secrète; celles qui auront un caractère littéraire ou scientifique seront déposées à la
utile irnpcjpio per il corso del cadente seiiiestro dal dilett. iiob. nostro Zaci'ai'ia Valaresso il carico di Présidente ail' Arcliivlo, pieseiita a questo Gonsiglio nell' atto di deponerlo la relazione délie cose operate e disposte, e dello stato in cui trovasi la coinandata riduzione di rjuel luogo tanto nel suo formale clie nel materiale, affine d'introdurre in esso un ben regolato e permanente sistema corrispondente al conteinplato preniiiroso ofjgetto délia piùcaiita esicura custodia de (jueste carte... » , etc. (Décret contre-sifjné Joannes Zon , secretariiis.) La Relation du président aux Archives est jointe au décret (Archivks des Dix, idein^^ ainsi que la liste des livres qui ont été transférés à la Bibliothèque de Saint-Marc. ' Data dall' Aitciiivio de' Processi criminali dei.l' Eccelso Gonsiglio DI X, Li 29 APnii.E 1795. Frestata essendosi l'obbedienza inia alla venerata coininissione dai voti sovrani di queste Eccelso Gon.siylio derivatami di sopraintendere alla sisteinazione dell' Archivio criininale d^i Processi da essere espediti e delegati, seguo in questo momento le zelanti traccie de beneineriti inei precessori, che di tempo in tempo rasscgnaroiio alla pubblica sapienïa l'andamento di qucUa faraginosa ed intéressante opi;ra/.ione », etc. (AnciiivES oks Dix.) 11 avait été déjà question de cette sisteinazinite delT Archivio dei Processi criniinali en 1792, 25 selt. 1793 et 2G mars.
Bibliothèque de Saint-Marc. Stefano Andréa Guerra et Giovanni Maria Rubbi sont ses coadjuteurs pour l'opération du classenaent. Les détails qu'il soumet aux Excellentissimes Seigneurs du Conseil sont pleins d'intérêt. Il a cru devoir procéder par siècle pour l'opération du classement, en se conformant ensuite à des subdivisions de dix ans en dix ans. Cinq armoires contiennent déjà les procès mis en ordre. Il en a fini avec les pièces du seizième et du dix-septième siècle. Celles du dix-huitième, c'est-à-dire du siècle courant, restent à être examinées. Un décret du 8 mai approuve son ouvrage '. A la date du 12 septembre, nouveau rapport sur l'état des papiers des Dix, et il est le dernier que nous ayons rencontré. Le Surintendant en a achevé le classement ' . Les Archives criminelles sont en ordre. Il a rencontré des pièces d'érudition qu'en raison des caractères orientaux qui
• 1795, 8 MAGCio, IN CosiGLio X. « Nel render conto il dilettiss. nob. iiostro sopraintendcnte agli Archivii del grado d'avaiizaiiiento a cui è nel decorso semestre progredita , mediante la di lui vigilan/a e l'opéra de fedeiissimi deputati, la sistemazione di quello criminale de Processi, riferisce nell' aggradita scrittura ora intesa la cura ch' ebbe di far raccogliere e separare in tr« distinte catégorie tutti li manoscritti che vi lia ririvenuti », etc. (Archives des Du, Parti commuai.)
'^ Data dell' Anciiivio i»e Processi criminali iikli.' Ec<;" Coîcsiclih DI X, i.i 12 setiemhrk 1795. « Prossimo a diinettere l'oiiorovole appoggiatomi incaricu di sopraintendcnte ad ambi gli Archivii di questo Ecc" Consiglio, manclieiei ad uno de presenti doveri délia mia inconiben7:i se non rendessi conto a V. S. di quanto lio operato in quello specialinente ciiminale, dove ho creduto di rivogliere le inaggiori mie ciii-e onde vedere anche in esso veriHcato quel i)uon sistema ed andamento checon tantaconipiaccn/a, rimarcasi nell' altro délie delilterazioni m ,etc... (Archiyes des Dix.) Et à ce Mémoire du Surintendant sont jointes deux pièces, dont une du 16 septembre, signée par le préposé à la caisse du Conseil Pietro Bonfadini, et l'autre, du 18 septembre, qui est un décrer dn Conseil, contre-signe par le secrétaire .Foscpli (^radenigo.
les caractérisaient, il a soumis à l'examen du savant orientaliste Assemani', lequel en a fait une laborieuse descri])tion.
A deux ans de là, la République cessa d'exister. Les Archives des Dix comme celles de la Chancellerie Secrète furent atteintes par plus d'un côté. Cependant, (jrâce aux soins successifs que nous avons énumérés à l'article des vicissitudes des Archives de Venise, nous devons dire que peu à peu les papiers des Dix se sont réintégrés et qu'ils sont encore ceux qui, à l'heure présente, ont le mieux conservé ou recouvré le plus heureusement cet aspect d'unité et d'harmonie que leur avait donné sous la République sérénissime le Surintendant préposé à leur réorganisation et à leur conservation. Eu parlant plus loin de l'objet même des documents contenus dans ces Archives, en signalant à la curiosité publique l'attrait et l'intérêt historiques de certaines séries, nous aurons à louer bien haut les dignes efforts, récemment couronnés de succès, de celui à qui est confiée la direction actuelle des Archives vénitiennes, et quand nous en serons à l'examen des correspondances adressées de l'étranger aux trois Chefs des Dix , nous ne manquerons point à publier comment l'histoire en doit non-seulement la connaissance mais le salut à M. Tommaso (iar.
Telle qu'elle est aujourd'hui reconstituée, la collection
• Professeur illustre des langues oriental(?s au séminaire de Padonc. A l'occasion du travail qu'il venait de faire en cette circonstance, le Conseil des X lui décerna une médaille de la valeur de douze seqiiins d'or.
des papiers et registres du Conseil des Dix peut être ainsi représentée :
Quarante-quatre Registres appelés Misti ou Mélanges, de 1310 à 1524 •.
Cent quarante-cinq Registres des Parti secrète ou Affaires secrètes, de 1525 à 1707.
Deux cent quarante et un Registres sur parchemin de Parti communi on Affaires ordinaires, de 1525 à 1791.
Deux cent six Registres d^ Affaires criminelles , appelés Criminali, depuis Tannée 1502.
Quatre-vingt-quinze Registres des Diarii ou Notes journalières pour mémoire, de 1805 à 1797^.
Cinquante-cinq liasses de minutes ou Pièces à l'appui pour les Registres Misti, jusqu'à l'année 1477.
Treize cent quarante-six liasses de minutes ou pièces à l'appui pour les Registres des Parti communi, de 1525 à 1797.
Soixante et onze liasses de Documents secrets [Parti secrète), de 1525 à 1797.
Cent soixante liasses d'Affaires criminelles , jusqu'en 1797.
Quarante-cinq liasses de Procès criminels, de 1G07 à 1796.
* Le premier registre des Misti a été improprement indiqué comme registre du Conseil des Dix : les dates seules des documents qu'il renferme doivent l'exclure de cette série, 1300, 13 décembre-1302, 23 féyrier. L'auteur du Catalogue des papiers du Conseil en 1786 en a fait lui-même la remarque. S'il Ta donc con-servé dans le classement, ce fut sans doute par respect pour la tradition. Le Registre u ne comporte que des fragments de 1315, l*"" janvier, à 1324, février. Il en est de même pour le Registre m, dont les fragments vont de 1325, mai, à 1331, avril. Le Registre iv s'étend de 1348, 21 janvier, à 1358, octobre, mais il contient aussi quelques décrets épars, dont le dernier est en date du 22 mars 1363. Le Registre v manque. Le Registre vi comporte des fragments de 1363, 19 avril, à 1374, 21 juin. Le Registre vu manque. Le lUgistre vui va de 1392 à 1407; le ix de 1408 à 1418; le x de 1419 à 1429, le XI de 1430 à 1437, etc.
- Le rédacteur du Catalogue de 1786 constate les lacunes suivantes : 1G35, 1642, 1643, 1644, 16V5, 1653, 1654, 1682 et 1683.
Six cent dix-huit liasses de procès effectués au nom du Conseil dans les provinces de terre et de mer.
Cinquante-neuf liasses de Proctami ou Sentences Criminelles, de 1457 à 1797.
Cette vaste série, dont nous venons d'énumérerle détail ', ne comprend que les papiers proprement dits du Conseil des Dix, mais il y faut adjoindre aussitôt le recueil considérable des papiers des trois Chefs du Conseil [Capi del Consiglio de X), dont :
Cinquante-sept Registres des Notatorii, de 1478 à 1796, avec soixante liasses de 1512 à 1793.
Soixante-sept liasses de Lettres de 1473 à 1655.
Trois cent soixante-neuf liasses de Lettres Secrètes, de 1525 à 1797 2.
Cent trente et une liasses de lettres dites Sottoscritte, de 1510 à 1793. {Affaires civiles, privées et contentieuses .)
Seize liasses de Lettres Criminelles , de 1575 à 1666.
Cinquante-six liasses de Procès Criminels , de 1630 à 1797.
Un nombre plus ou moins considérable d'autres liasses renfermant des sentenze , des de'cisiotis (terminazioni) pour la libération des exilés, des lettres en réponse aux Chefs du Conseil , des notes relatives aux prisons, des rapports des chefs de quartier, des suppliques, etc.
* Il exislf aussi quatre Registres qui sont hors série et dont il importe de ronsultcr les matières principalement pour écrire l'iiistoire du Conseil, ce sont : le LiBF.n Magncs, qui est un recueil de décrets et d'ordonnances (225 feuillets parchemin); LinER Primus, du 11 mars 1550 au 15 avril 1567; Liber Secuxdus, du 16 mars 1567 au 27 février 1575; LinER Tertiis, du 7 mars 1576 au 28 février 1588, avec tahle des matières.
- Le rédacteur du Calalo{>ue di- 1786 fait remarquer dans cette série les lacunes suivantes : do 1617 à 1632, 16.36, d<- 1649 à 1662,
Et plus de cent cinquante mille Lettres on Dépêches politiques, tant des Ambassadeurs à l'étranger que des Recteurs ou préfets {Rellori) et Provéditeurs extraordinaires dans les provinces.
Les titres respectifs de ces séries suffisent pour diriger le chercheur, selon le but qu'il se propose en approchant des Papiers du Conseil des Dix. Tous sont loin d'avoir une égale importance à l'égard des informations précieuses pour l'histoire. Quant à ces dernières, il serait inutile de les demander à d'autres séries que celles dites des Parti Secrète et des recueils de correspondances venues de l'étranger à l'adresse des Chefs du Conseil. C'est de la nature même de ces documents, c'est de l'intérêt tout spécial qui les distingue, c'est de l'attrait particulier de ceux qui sont relatifs aux choses et aux personnes de France, que nous avons maintenant à entretenir le lecteur.