‹ Les archives de VeniseChapitre 133 sur 176 · DEPECHES ADRESSEES AU CONSEIL · texte numérisé non relu

DEPECHES ADRESSEES AU CONSEIL

lui a donnée François I", à Milan, peu de temps après le combat de Marignan, et peu de jours avant que ce prince se rendit à l'entrevue de Bologne avec le pape Léon. « «Sa Majesté^ dit-il, s'est exjn'iinée avec une telle confiance qu'on n'en saurait trouver une semblable de la part du plus intime ami. » Et partant de là, il rapporte les propres paroles du Souverain, d'autant plus intéressantes que les circonstances du moment étaient, j)euton dire , exceptionnellement importantes au sort des États d'Italie. Tout en écrivant souvent au Conseil des Dix, les Ambassadeurs ne pouvaient naturellement se dispenser d'avoir leur correspondance ordinaire avec le Sénat, n'eût-ce été quelquefois que pour la forme. Nous en trouvons des j)reuves particulières dans le soin que, à l'occasion , ils prenaient d'adresser d'abord leur dépêche pour le Sénat aux Chefs du Conseil, les laissant juges de l'opportunité de lui en faire la communication. « Excellentissimes Seigneurs très-respectés, écrit l'ambassadeur Capello le 26 novembre lôAO, j'adresse d'abord à Vos Ilhistrissimes Seif/neuries les dépêches ci-jointes , afin qu'après en avoir estime l'importance, elles puissent délibérer si elles devront être lues. » Il adv(;nait que dans certains cas, pour que le Sénat ne pût se condouloir d'une j)rivation trop fréquente des communications, les Conseillers des Dix enlevaient à telles dépêches les passages par trop délicats et les faisaient copier dans la forme qu'ils avaient décidée.

Cette grande masse de papiers, jusqu'alors non encore classée ni même connue, comprenait plus de trois

sent cinquante paquets jetés en quelque sorte les uns sur les autres dans la salle où ils avaient été délaissés depuis tant d'années. Ce n'est pas seulement la Correspondance des Ambassadeurs avec le Conseil qui y fut rencontrée par l'habile investi^jateur à qui M. Tommaso Gar avait confié le soin de cette reconnaissance, comme on dit en terme de guerre, ce fut un nombre considérable d'autres documents, tels que les Lettres des Provéditeurs extraordinaires auprès de l'armée, durant les guerres d'Italie, les Dépêches des préfets des provinces limitrophes du camp de l'ennemi, des Lettres aussi curieuses, entre autres, que celles du provéditeur Pesaro, pleines de révélations intéressantes sur les menées et intrigues du Bourbon pour que la République l'aidât à conquérir le royaume de Naples, lequel Bourbon avait alors pour agent secret un Piémontais du nom d'Abbatis, comte de Villanova. Voici aussi de très-intéressants rapports et projets de chefs de guerre tels que les Trivulzi, l'Alviane, les Savorgnan, Sforza Pallavicini, Ferrante Vitelli, et des ingénieurs de guerre, l'Horologgi, l'Alberghetti et autres'. En ces papiers encore, se sont rencontrées des lettres de Souverains qui avaient été interceptées , comme celle entre autres de l'Empereur Maximilien à ses Ambassadeurs à Rome, à l'époque du Conclave qui suivit la mort du Borgia , Alexandre VI, lettre dans laquelle il révèle ses secrets desseins sur l'élection du futur pontife, et où il ne se fait pas faute (le déclarer qu'au choix d'un cardinal de la faction fran-

' f.etlere tlei PnowEniTimi nEMiRAi.i in campo; (]elli Rettori dcll» .Siato siigli argoinenti clie eiaiio di compelenza (Ici X, etc., etc.

AUTRES D0CUME:STS politiques. 50.)

çaise pour Pape il préférerait un schisme. Cuperenms potius quod fieret scisma , quam qiiod fieret rieutralis aul Gal/us Papa '. Et il promet de marcher vers Rome, s'il le faut, avec l'armée de ses Allemands^.

Non moins curieux sont les documents qui , retrouvés aussi parmi ces épaves, sont désignés sous le nom de Esposizioni principl . Nous avons dit, dans un chapitre spécial, ce qu'on entendait à Venise par ce terme, c'est-à-dire « exposition, discours, communication de la part des Princes au Gouvernement de Venise par les Ambassadeurs qu'ils avaient accrédités » . Ces Esposizioni Principi, rencontrées dans les papiers des Dix , sont d'une nature plus secrète encore que celles que nous avons si{;nalées comme étant faites à l'assemblée des Ministres, au Collegio^ . Celles-ci sont les audiences don-

^ 29 octobre 1503. Le texte de cette lettre vient d'être publié par l'érudit M. C. C. Casati , dans la Bihlwthèque de F Ecole des Chartes.

2 Le dénombrement de la Correspondance étrangère avec les Chefs du Conseil des Dix peut être ainsi présenté pour l'espace de temps pendant lecpiel cette correspondance a été plus active, c'est-à-dire de 1.500 à 1500 environ.

Fhanck, trois cents dépèches environ, depuis le 22 octobre 1500;

Allemagne, Espagne et Pays-Bas, aux temps de l'empereur Charles, 1519-1552, cent trente dépêches environ;

Milan, à l'époque des yiierres d'Italie, de 1500 à 1536, cent cjuatrevingts dépêches ;

Rome, de 1500 à 1567, quatre cent trente-sept dépêches;

Cosstantinople.

•^ Tel en était le protocole. Je prends lui exemple entre autres • 1544, niE 4 ji:lii. u II RJ" Oraior del Re (^hristianissimo, venuto nell' Ecc*"" CoUepio, ore erano li Signori Capi , disse voler audientia sécréta, et mandati fori quelli che non potcano intervenir, parlô longamente in questa sustantia. Che l'havcva lettere dal Re da Fontanablio de 16, 19 et 24 del preterito, (continente doi parte, la prima de le occorrentie de

ôfifi LES ARCFIIVES DE VENISE.

nées soit par le Conseil des Dix aux Ambassadeurs étrangers, soit par le ministère réuni au Conseil, et le nombre qui s'en trouve jusqu'à l'époque de la première correzione, c'est-à-dire eu 1582, prouve combien ce Tribunal s'était arrogé le droit de diriger les AFfaires Etrangères dans le gouvernement de la République au seizième siècle, et combien aussi, poin- la plus sûre et confidentielle histoire de ces affaires, il faut compter avec ses papiers, ses cor respondances, ses décisions, ses arrêtés et ses décrets.

Quant aux lettres émanées du Conseil même aux Ambassadeurs et dont la connaissance doit être prise corrélativement à celle des dépêches venues du dehors, le chercheur les trouvera chronologiquement enregistrées dans le recueil des Misti jusqu'à l'année 1524, et dans ceux des Secreti depuis l'année 1525.

Les Registri Misti, du reste, renferment peu de documents relatifs aux choses ou aux personnes de France avant l'année 1494, nous en avons dit précédemment la

lî, la seconda da esser teiiuta sccretissiina coine dcsidera il Re che si faccia. Disse prima li progressi dei esercito Cesareo, etc. »

Parmi les principaux documents de ce genre rjni ont été retrouvés, nous indiquons les Esposizioni des Ambassadeurs de France, dont voici la date :

1538, 4 avril. 1559, 4 juillet.

7 juin. 1579, k avril.

10 septembre. 9 avril.

15V1 , 7 août, 2V mai.

11 août. 5 juin.

18 mars. 24 juin.

1542, 21 mars. 14 juillet.

27 mars. 23 septembre.

31 août. 1580, 13 mars.

154V, 4 juillet.

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