‹ Les archives de VeniseChapitre 135 sur 176 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

LKS l'APIEHS DES INQUISITEURS D ÉTAT.

Ori(;ine des iinjuisiteurs. — Ils étaient les mandataires du Conseil des Dix. — Décrets les concernant. — Archives des Inquisiteurs mises en ordre en 1775 et en 1794. — Elles sont livrées au ])illage en 1797. — Kajiports de l'employé Carli RubLi de 1812 à 1822 sur les papiers de ces Archives cpii ont été sauvés et réunis. — Un décret de l'Empereur d'Autriche déclare en 1824 la chambre qui les renferme secrète et inaccessible. — Inventaire des papiers des Inquisiteurs fait en 1775 par le secrétaire Busenello. — La découverte des révélateurs des secrets d'État est le principal objet des fonctions des Inquisiteurs. — Ils sont les exécuteurs des décrets du Conseil des Dix et les dépositaires des papiers les plus secrets du Conseil. — Faits curieux puijjés dans leurs documents. — Communications diplomatiques d'un grand intérêt (pi'ils font parfois au Sénat. — Leurs agents secrets en France. — Dramatiques épisodes dont les papiers des Inquisiteurs renferment les preuves réelles. — Les Registres Annotazioiii. — Récente publication de M. Augusto Raz/.oni dans V Archii'io xlorirn Ilaliann sur le contenu de ces Registres. — Les Rap|)orts annucds ou Infonnazioni du Secrétaire sur les affaires du Tribiuial ])our l'instruction des Inquisiteurs nouvellement élus. — Espions et Agents secrets. — Jacques Casanova de Seingalt. — L'abbé Pedrini. — Du nombre des prisonniers d(rs Inquisiteurs. — De l'usage di's poisons. — Bonneval-I'acha mystérieuseujent condamné à mort parles Inquisiteurs. — Les manufactures et principalement les Verreries et F'abriques de miroirs de Murano étaient soimiises à la vigilance du Tribunal. — Verriers vénitiens

j;;t{jiiés par Colbei t et encouragés par Louis XIV. — Conservation des ouvrages de peintiiro, do sculpture et de ciuiosilé dans les pnlais, dans les églises et dans les monastères de la Seigneurie, et documents relatifs parmi les papiers des Inquisiteurs. — Informations nombreuses dans les Archives des Inquisiteurs sur les mouvements politiipies de la France de 1793 à 1797.

Les Inquisiteurs ne furent d'abord, à Venise, que des magistrats provisoires. Leur juridiction n'était que de circonstance. On les voit apparaître pour la première fois en 1313. Désignés par le Conseil des Dix qui s'en faisait une sorte de renfort, ils furent dès l'origine ■dp[)e\és Inquisiteurs des Dix. De tout temps, ils ne furent que trois. En 1504 et en 1510, époques de grandes difficultés politiques pour la République, le Conseil des Dix vota des décrets pour étendre leurs attributions et affermir leur pouvoir. Cependant, ils ne furent jamais que ses mandataires. Leur action ne s'étendit d'abord qu'aux matières d'État. Informer sur la divulgation des secrets d'Etat, rechercher et saisir les révélateurs, châtier les coupables, fut, dès l'origine, leur unique mission. En 1539, un décret du 20 septembre rendit stable et définitive la charge des Inquisiteurs. Ils prennent alors le titre d' « Inquisiteurs contre les révélateurs des secrets , Inquisitori contra i propolalori dei secreli d . Il fut statué que leur élection se ferait chaque année, en octobre. Deux étaient choisis j)armi les Décemvirs, un parmi les Conseillers du Doge. Les deux premiers portaient la robe noire, on les appelait les Inquisitori neri; le troisième revêtait la robe rouge, il était V Inquisitor rossa. S'ils étaient d'accord sur la sentence, elle était réj)utée immédiatement valide et exécutoire. S'ils ét-iiient d'avis

LNQUISITEURS D'ÉTAT. 589

co!)trnire, ils en réferaient aux Chefs du Conseil. Ils avaient un Secrétaire spécial, uniquement employé aux écritures, aux informations à demander et à recevoir, aux rémunérations mystérieuses à distribuer. En 1 583 , après l'orafje qui, soulevé dans le Grand Conseil, a réduit le pouvoir du Conseil des Dix par la suppression de \a junte avec l'autorité de laquelle il s'était en quelque sorte emparé du f>()uveriiement de la République, au préjudice du Sénat, les Inquisiteurs virent s'accroître leurs char{fes et s'étendre leurs attributions, « furono j)ero (ifjgiunte aile loro ciit'e alU'e nobilisshne ispezioni e niateiie gravissime v . Ainsi s'exprime Pietro Franceschi, secrétaire chargé d'écrire pour le compte de ce Tribunal les événements intérieurs delà République, depuis 1 7G2 ' . Le premier document officiel où on les trouve qualifiés du titre d'Inquisiteurs d'Etat , qu'ils ont toujours gardé depuis, est du 29 juin 1590"^. Le 3 octobre 1000, un

* Ce travail, dont le in.innscril original se trouve parmi les Miscellanée.i des Archives de Venise, et dont une copie existe à la BiMiotlièqne de Saint-Marc, est encore^ inédit. C'est une eoniposiiion excellente, écrile avec conscience, vigueur, clarté, et digne de valoir à son auteur le noble titre d'iiistorien. Voyez Isloria délia Correzione 17G2 di Pietro /•'rattcexc/ii.

2 Voyez S. l'iOMAMN : Sloria diiciimenlalu , touie VI, cliapitre m.

JNous trouvons paiini les documents des Inquisiteurs eux-mêmes nu relevé (sans doute fait jiar un d<; leurs secrétaires) de différents décrets <|ui avaient été jiris en Conseil des X relativement à leurs attributions. Les princijiaux sont les suivants :

1392, 25 sEPTEMrini'; : Qu'aiu:une écriture ne leur soit jamais refusée par aucune de nos inagisti'atiu'i's ou aucun de nos ministres. 1432, 28 JANvikii ; Qu'on leur demande compte des factions qui se forment pour les votes dans les assemblées. 1510, 15 octobue : Que ceux qui révèlent les secrets d'i<]tat ou <nii écrivent des informatioTis sur le Sénat ou le Conseil des X leur soient livrés. 1539, 20 sepiembuk : Eiectioii

arrêté des Décemvirs décide qu'une salle voisine de celle des Chefs du Conseil sera préparée pour les Inquisiteurs,

de trois Inquisiteurs. Quand ils sont d'accord, ils peuvent condainnei-. Quand ils ne le sont ])as, que le procès soit remis aux Chefs du Conseil, qui le remettront ensuite au Conseil même. Leurs sentences seront rendues publiques en l'assemblée du Grand-Conseil. Les Inquisiteurs élus ne peuvent refuser la charge. 1543, 5 octobre : Ils ne peuvent se réunir que dans l'une des salles du Conseil des Dix. 1569, 13 février : Pour le service de leur magistrature, laquelle ne |)eut concerner que des affaires d'Etat, des fonds letu- seront accordés par le Conseil moyennant la moitié des voix. 1558, 27 janvier : Qu'ils aient autorité sur les Préfets qui à l'extinction de leur charge négligent de présenter leurs Relations et les écritures publiques. 1570, 18 septembre : Que dans les Procès qu'ils instruisent, leur secrétaire seul soit emplové à leurs écritures. 1578, 23 SEPTEMBRE : Qu'ils soient toujours élus sans retard pendant les premières séances du Conseil en octobre. 1583, 24 octobre : Qu'ils puissent promettre des i-émunérations avec les deux tiers des voix du Conseil à ceux qui dénonceront les révélateurs des secrets, 1584, 7 mars : Qu'ils puissent recouiir à la torture, accorder limpunité, exiler, condamner ou diminuer la peine édictée par les lois. S'ils veulent l'accroître, qu ils en réfèrent au Conseil. 1591, 15 mai : Qu'ils puissent faire convertir en prisons l'endroit qui est au-dessus de la salle des Chefs du Conseil. 1600, 30 OCTOBRE : Destination d'une pièce pour qu'ils s'y puissent réunir une fois la semaine. 1601, 23 mars, et 1609, 5 octobre : Que l'Inquisiteur suppléant (di rispetto) qui sera élu ne soit pas choisi parmi les Sénateurs reconnus pour être dévoués à la Cour de Rome. 1615, 4 août : Lorsque aucun des trois Inquisiteurs d'État n'est connu poin- être papalin, l'Inquisiteur suppléant à élire pourra être choisi parmi les papalins. 1624, 14 JANVIER : Aucun des procès déjà classés dans leurs cartons ne peut en être tiré sans une autorisation des Trois et seulement en leur présence. 1628, 13 et 23 jiii.i.et : Qu'ils informent contre ceux qui discréditent le Gouvernement, qui manquent au serment du secret, et contre reux des Nobles et des Secrétaires de la Chancellerie qui se mettent en rapport avec des Princes étrangers ou avec lein-s Ministres. 1632, 16 ET 18 JUii,i,ET : Qu'ils veillent à la sécurité des votes dans les Assemblées. Peines qu'ils pourront infliger aux coupables. 1653, 19 aodt : Qu'ils informent sur les détenteurs d'aimes à feu dans Venise (matière déclarée di Slato). 1656, 23 min : De même sur ceux qui prennent di-s bravi à leur soble. 1669, 5 septembre : Que la matière du chiffre leur soit confiée. 1760, 18 ami r : (Jne l'industrie des prrleri (ouvriers eu

et qu'une fois par semaine, au moins, ils y tiendront séance. L'installation en est simple, les tentures sont de cuir doré, trois sièges en bois de chêne ou de noyer avec coussins de maroquin noir sont fixés au mur, une vaste table à écrire se dresse devant, à gauche sont le siège et la table du Secrétaire ; quelques armoires de demi-hauteur contiennent les papiers courants et les correspondances , le plafond porte les quatre vertus théologales représentées par Tintoret, et au-dessus de l'endroit où siègent leurs Excellences , apparaît une Madone que l'on dit être l'ouvrage de Raphaël.

Le ministère des Inquisiteurs a toujours été considéré avec terreur, non sans raison. Le plus absolu mystère dominait en sa procédure. Les moyens dont il disposait étaient sans limites, et la raison d'Etat le conduisait aux plus terribles expédients comme aux plus cruelles nécessités. Très-redouté des patriciens, il fut plus d'une fois attaqué par eux, avec une véhémente éloquence, au sein du Grand Conseil. Les partis les plus opposés se formèrent. Les uns voulaient sa déchéance, les autres sa

perles) soit mise sons leur autorité. 1763, 21 avbil : Que les luijuisiteurs il'Ëtat soient vigilants pour empêcher l'odieuse coutume de briguer et d'intriguer pour .irrivcr aux rliargcs et aux dignités, particulièrement à (•(-Iles de Procurateur de Saint-.Maïc et de Doge. Et lorsouo ces élections se feront, (jii'iis jurent au tribunal des Clicfs du Conseil d'avoir fidélc- MU'nt accompli leur devoir.

Voyez aussi dans Venezu k i.e sue lagune, 1847, lome \"^ Su» in civile e politica, le chapitre xvi, § m, Consitj/io clei Dieci ed Inquisititri di Stato , pages 132 et 143, par le Comte Agostino Sacreoo; puis Storlit documenlata, par Romamx, tome VI, eliapitre ni, page 101* , (ÎAPiTvnn OELi-i Inqvisitofii di Stato.

conservation. Pour les nns, ce Tribunal était la tyrannie dans la République, pour les autres il en était la sauvegarde. Les grands débats du mois de mars 1 7(î2 sont restés mémorables. Le nombre des suffrages qui en fut le résultat donna raison au parti conservateur, et ce Tribunal ne tomba qu'avec la République même. Le lieu n'est pas ici pour le juger. Il faudrait de longues pages pour produire son histoire. C'est notre projet de l'écrire un jour, avec l'exj^osé et l'examen des hautes œuvres , avec le détail approfondi des circonstances dans lesquelles ces œuvres s'accomplirent*. L'état, la nature des documents émanés du Tribunal des Inquisiteurs ; la curiosité qu'ils méritent d'éveiller, les points essentiels qui les doivent signaler à l'intérêt des historiens, soit par le côté politique, soit par celui des mœurs et des coutumes, tel est le sujet qui présentement doit occuper notre esprit.

* Le seul ouvrage qui ait été publié sur les Inquisiteurs d'État av;mt la chute de la llépuldique parut en 1791 et Fut l'œuvre d'un érrivain allemand. L'érudit abbé PiInai.do Fulin en a fait une traduction ilalieunc qui, à notre vif refpret, n'a pas encore vu le jour. Son manuscrit, dont il nous a fait la bienveillante communication en 1867, porte ce titre : Sa<jgio di una Stoiia délia Venela Iinjuisizione di Slato di GlOVANSi FlUPPO SiK- BENKEES, Prr)fessore di filosofia in Altdorf e membro dell' Ac(;ademia dei Volsci de Velletri. (Norimberga, presso Giv. Adamo Stein, 1791.) L'auteur avertit ses leelems dès le début que c'est de l'iiistoire et non du roman qu'il a voulu écrire : « Agevole mi sarebbe stato, a dir vero . rendere molto più voluminoso e molto più piacevole a una gran parte «il lettoii il ipio scritto. Avrei potuto raccogliere e riferire anche le soliie novelle intorno aile atrocità degli Inquisitori di Stato con cui si alimenta la cnriosilà in Alemngna (; fuoi- d'Alemagna : mi sarei cou cio data l'ari.i d'aver tletto interamente ogni cosa e quelli che volenteri se jiascon di coslfatte novelle sarebbero slati ronteiiti di me. Avrei dovuto scriverc allora un romanzo e non un libro che ajuti a conosccre la storia «b^gli Inquisitori di Stato. »

PAPIEHS DES IIVQUISITEURS D'ÉTAT. 593

Jusques à ia fin du seizième siècle, c'est-à-dire jusqu'au moment où les Inquisiteurs prirent le titre définitif d'Inquisiteurs d'Etat et qu'ils eurent une salle expressément appropriée et réservée pour leurs séances, il y a lieu de croire que leurs papiers furent conservés dans le même lieu que ceux du Conseil des Dix, tout en ayant sans doute des désignations distinctes. Ces papiers du reste n'étaient pas très-anciens. Le Secrétaire qui fut chargé du dernier classement en 1794, dit formellement que les Archives des Inquisiteurs ne remontaient pas à une date antérieure à l'année 1590. Busenello, secrétaire du Tribunal des Trois, vers 1770, fut le premier qui eut le soin d'en former un inventaire très-précis ; mais lorsqu'en 1786 les papiers des Décemvirs furent changés de place pour être mis dans un ordre nouveau, il en résulta que la confusion la plus grande s'établit encore dans les papiers des Inquisiteurs, et le secrétaire Giuseppe Gradenigo, sans emploi déterminé en 1790, eut commission d'inventorier leurs Archives, ainsi qu'il appert d'un document du 15 novembre '. NouHtié au lieu et place de Bernardo Ghislanzoni, secré-

' 1790, 15 NOV., IN GoNsiLiO X. Che la ricercata deyii InquisitorI di Stato ora letia sia accettata e permesso al circospetto Giuseppe Gradenigo di entraie nell' Arcfiivio dcl Consilio di X a disposi/ione dep,li Inquiâitori medesiiiii.

« Per d(rliI>crazioiie di (juesto Eecelso Consiglio , 29 aprile 1785, essendo stalo ridoUo nella présente hen disposta sua forma V Archivin del Consi{;lio inedesimo, furono asportate dai vecchi ripostigli in aliro luogo separato e cliiuso dello stesso riniiuvato Archlvio tutte le caile siiio da più riinoli teiiipi a|)parteiienti agli Inquisitori di Stato le <|ii;i i provisioiialiiicnte colloeale per il oonsiderabile loro ammasso, ricliicilcvaiio poi di esscr disposte e riordiiiaCe in niodu da poter facilmente ria- \eiiire i liiini v. duouineiiti cUe abbisogaassero ,... etc. »

taire de service, son travail fut interrompu, pour n'être repris qu'en J794, en vertu d'un arrêté du 30 mai qui lui donnait pour aide, en cette opération délicate, le secrétaire Giovanni Andréa Fontana '. Ces deux Vénitiens furent les derniers qui connurent, autant par le menu que dans l'ensemble, les Archives proprement dites des Inquisiteurs d'Etat. Lorsqu'en 1797, en effet, la déchéance de la République eut été proclamée, et que les agents provocateurs fournis par l'étranger eurent réussi à lancer sur le Palais Ducal une poignée de malfaiteurs que, pour les besoins de la cause, ils honorèrent du nom de peuple , cette horde excitée se précipita tout d'abord dans la salle des Inquisiteurs et la livra au pillage^. Leurs Archives furent donc celles qui eurent le

' 30 MAGGio 1794. I.NQriSiïOfti. « Con oggetti di dar sistema al confuso e disordinato Arcfiivio di questo Tribunale dietro communicata di essi al Consilio X, 15 nov. 1790, fu permesso... Che perô V. V. E. E. richiamando ad esecuzione la piovidenza délie suddette Deliherazioni emanata, rinnovano ad esso Gradenijjo lincarico di dover per quanto possono permet tcrgiielo i doveri del présente siio ministero, prestar congluntamente ail' attual segretario del Tribunal circospetto Gio : Andréa Fontana, sollec-ita prosecuzione al riordinamento dell' Archiviu inedesimo deiitro i limiti prescritti dell' epoca piîi remota sino tiitlo setteinbre 179.3 iiel (|ual tempo cessé di servire a questo tribunale, il che si annota a lume de' successori. »

- Ce fut en cette même circonstance (nie ces étrangers brûlèrent les Insignes Ducales et offrirent en odieux holocauste à la liberté qu'ils prétend.iient servir l'innocent Livre d'or. (Voyez le Moniteur vénitien du 7 juin 1797.) Il est bon de dire à ce propos que ce registre, brûlé en ces jours néfastes pour Venise, était celui sur lequel étaient inscrits les décrets par lesquels les Princes et personnages étrangers à la République, tels que les Lorrains, Henri IV, Richelieu, Mazarin, avaient été agrégés au Patriciat de Venise. Ces décrets du reste se retrouvent intégralement rédigés dans les Deliberazioni du Grand Conseil. Il existe encore aujourd'hui aux Archives de Venise une série de registres qui sont désignés

plus à souffrir de cet envahissement, et si aujourd'hui on possède encore assez de documents émanés de ce Tribunal pour en pouvoir appeler la collection « Papiers des Inqiiisiteiirx d'État » , il est juste de dire qu'ils n'en sont, à proprement parler, que les débris et les épaves. Sous l'administration du premier royaume d'Italie, l'abbé Bossi étant préfet des Archives, un sieur Garli Rubbi , par un arrêté du 5 août 1812, fut attaché aux Archives de Venise, et, par une lettre officielle en date du 8, il eut commission spéciale de consacrer son attention aux papiers qui restaient des Inquisiteurs d'Etat, de les examiner, et d'adresser de fréquents rapports à ce sujet. Les événements politiques de 1813 l'interrompirent dans ce travail, qu'il reprit ensuite pour le compte du gouvernement autrichien en 1816. Cet employé contribua donc, pour ainsi parler, à reconstituer, autant qu'il était possible , les papiers des Inquisiteurs , et c'est en comparant le catalogue qu'il en a laissé avec les deux catalogues des secrétaires vénitiens, Busenello et Gradenigo, qu'il est facile de connaître d'une façon précise toute la perte subie par ces Archives après la chute du gouvernement de Venise '. Lorsqu'on 1824 les

sons le titre de Libro d'oro. (-es i-egistres contiennent Vélat civil de (:ha(jue patricien, c'est-,"i-dire les preuves de naissance et de mariage patriciens. On appelait aussi Lirrex d'or deux volumes (roann c verdc') qui i-enfermcnt le lexte des lois fondamentales du Grand Conseil, du Sénat et du Conseil des Dix.

1 Bien que confusément rédigés et maladroitement écrits, les rapjiorts de cet em|il(ivé sont horis à consulter pour connailre l'état des Archives des Inquisiteurs à cette épofjuc, c'est-à-dire après le pillajje tic 1797 et les déprédatifjus autrichiennes de 1805. Les Archives di; Venist! possèdent actuellement quelques-unes des iniuutcs des rapports de (.'.aili

Archives eurent été pour la plus grande partie, sinon réorganisées, du moins installées dans le couvent des

Riibbi, et il nous parait certain qu'en cliercliant dans les cartons des gouverneurs de Venise ou dans les rapports administratifs qui sont peutêtre à Vienne au ministère de l'intérieur, on en retrouverait la série complète. Les rapports que nous avons consultés sont les suivants : 23 septembre 1815; 9 septembre 1816; 14 mars, 16 mai, 20 juin, 25 juin, 11 juillet, 7 septembre, 15 octobre, 6 décembre 1818; 27 mai, 4 octobre, 31 décembre 1821; 24 janvier, 9 avril, 29 mai, 7 juillet, 28 juillet, 29 août 1822. Les uns sont à l'adresse du Comte de Goes, les autres à celles du Comte Inzafjbi, du Prince de Reuss et du Marquis del Ma{;no. L'inexpérience du rapporteur était excusable, car dans une de ses lettres au gouverneur des provinces vénitiennes, datée de 1815, il déclare ingénument qu'il ignore les motifs pour lesquels le Gouvernement italien, par son décret du 12 mai 1812, avait fait choix de sa personne pour être archiviste et employé au triage des documents des Inquisiteurs d'Etat. Il déclare, à la date du 23 septembre 1815, avoir appliqué les étiquettes suivantes sur les cartons qu'il avait estimés dignes d'être conservés :

Affaires criminelles et de police.

Affaires politi(jues.

' Affaires civiles et judiciaires.

Finances et contrebande.

Commerce, arts et manufactures.

Affaires littéraires.

Affaires éronouiiques et privées du Tribunal.

Puis il désigne huit portefeuilles contenant les papiers les plus importants et dont il a fait un rapport séparé qu'il dirigeait au ministère de l'intérieur, cela avant 1815. Il fut maintenu dans ses fonctions sous le gouvernement autrichien, auquel il jirêta serment dans les mains du <>omte de Goes, le 19 septembre 1815. Un patricien, Zaccaria Valaresso, qui avait été Inquisiteur d'Etat, donnait de temps en temps des informations utiles à cet employé sur les papiers <pii avaient composé les Archives des Inquisiteurs, et dans son rapport du 19 mars 1820, nous trouvons cette jiarticularité : « Je joins ici, dit-il, la copie d'une Aote des papiers des Archives des Inquisiteurs d' Etat que m'a communiquée le nohle Zaccaria Vttlaresso qui plusieurs fois fut Inquisiteur. » iNous traduisons textuellement cette note intéressante :

u Ijans les AnciiivES iies Inouisiteurs d'Etat doivent être :

» 1" Capitulaire manuscrit grand in-4-> de cuir rouge foncé, commen-

Frari, la chambre où avaient, en quelque sorte, été jetées dans le plus (jrand désordre les liasses de documents des Inquisiteurs, fut déclarée secrète et inaccessible t^ht un décret souverain du 14 juin 1824, qui fut communiqué le 23 du même mois par l'Impériale et Royale Chancellerie aulique au Gouverneur de Venise, lequel à son tour en donna connaissance à la direction des Archives dans une note du 9 août '. C'était assuré-

çant avec la loi du Conseil des Dix, 1432, contre les sectes, les réunions, et relative aux devoirs du Grand Conseil, finissant avec les lois de 1762;

>' 2° Inscriptions des sentences avec l'exposé des faits, des preuves, la citation des procès on niarjje, et la signature des trois Inquisiteurs à «liaque sentence;

11 3" Note des ordres, pcM'inis, commissions, donnés selon les occasions;

» 4" Livres do la Caisse des In(|uisitours (doit et avoir);

» 5° Liasses numérotées des procès expédiés, avec la transcription des sentences;

» 6" Listes alphabétiques des noms des personnes arrêtées, déportées et condamnées, avec le terme de l'arrêt;

» 7° Liasses des Lettres des Ambassadeurs et Ministres aux Cours étranf[ères avec les réponses et les conuiiissions, selon les circonstances;

1! 8° Liasses des lettres des oPKclers publics, dans les provinces, relatives aux (Contrebandes de tonte nature. Réponses du Tribunal au sujet des délégations |)our l'expédition des procès;

11 9° Liasses des communications au Conseil des Dix, et des encjuêtes pour Affaires Secrètes;

>i 10° Liasses des mémoires et affaires relatifs aux Ministres Eti-an{;ers, résidents à Venise. Rapports des jioisonnes désignées poin- cet office;

11 il" Liasses de papiers concernant des affaires do moindre Importance;

11 12" Rapport-; Miinuol-; du Secrétaire avec le comjite rendu de toutes les afhilres expédiées dans l'année, ou suspendues, ou en cours d'être jugées, le tout pour l'Instruction des Inquisiteurs nouvellement élus;

11 En outre, un nombre considérable de [)apiers, de livres et autres choses saisis, soit chez des ministres, soit chez des particuliers, n

' Voir dans les papiers administratifs des AncuiVES de Venise le raj)port du directeur Jacopu Ciiiodo du 22 mars 1824, n" 2G6, liiseivato,

ment accorder une étrange importance et reconnaître nne valeur bien extraordinaire à ces épaves. Nous ne croyons guère nous tromper en attribuant l'extrême rigueur de cette prohibition à la complète ignorance qu'avaient des papiers en cpiestion et l'Empereur et ses Ministres. La nature de l'origine de ces papiers, leur provenance , avaient suffi pour justifier dans l'esprit du Souverain les termes du décret. Les expressions « Inquisiteurs d'État » n'étaiènt-elles pas du domaine de la haute politique? Dans ces temps-là l'ombrageuse Autriche était peu portée à admettre qu'on s'occupât de telles affaires en dehors de cette auguste Chancellerie où siégeait le tout-puissant Metternich. Le fait seul de .demander à connaître ces arcanes eût en quelque sorte paru crime de lèse-majesté. Le temps et le bon sens ont fait justice de ces vaines rigueurs. Le voile est tombé, et depuis quelques années les papiers des Inquisiteurs d'Etat que possèdent encore les Archives de Venise sont libéralement soumis à la curiosité des esprits studieux.

n" 6, et la réponse du Gouvernenienr impérial du 9 août, ii" 793, 11° .5, ainsi conçue :

« L'I. R. aulica Cancellaria riunita ehbe a coiiiinunicare con suo dispaccio 23giu{;no, n» 18248, che Sua Maestà si è degnata di ordinare eon soviana risoluzione in data 14 del niedcsiino mese che l'Archivio del già Veneti Inquisitori di Stato del)La restaie coine prima segreto ed inaccessibile, e niente se ne possa estrare per faniiglie o privali soltanto in <;asi alTatto particolari, e per carte le tpiali fossero riconosciute privata [iroprictà puô esscr luogo una occasione quando dagli atti risuiti che le earte si trovano nell' archivio solo j)cr accidente od al meno che la loro dispo.iizione e confisca non erano un argomento délie deliberaztoni derjli Inijuisllori.

» In lali cosi dovranno essere osservate le seguenti modalità. 1, 2, ÎJ, 4.

» DkI, MAfîNO. «

Page 1