AGENTS DES INQUISITEURS
Cènes, lo7-s du passage (jn'y fit /'abbé de Pomponne, ambassadeur, a eu avec lui des entretiens sur les affaires courantes d'Italie. Pomponne en a rendu romptc ii M. de Torcy, qui de son côté en aurait fait part à Votre Excellence. Nous voulons que Votre Excellence nous donne les plus particulières informations sur ce que lui aura dit M. de Torcy, et qu' Elle nous envoie les lettres qu'Elle a de ce même Tossetti, se gardant de communiquer aucune de ces particularités à qui que ce soit.
Le 21 avril 1704, ils écrivent à l'Ambassadeur à Gonstantinople :
Dans les graves circonstances présentes, il importe au service public d'avoir des nouvelles sûres et fondées de tous côtés. Celles de Russie nous sont nécessaires. Il importe donc de s'appliquer à trouver une personne habile et expérimentée, mais qui n'ait point de ces apparences propres à inspirer le soupçon. Elle ne sera revêtue d'aucun caractère officiel. IVous jugeons convenable de recommander cet intérêt d'État à Yotn Excellence, afin quelle porte son zèle ù découvrir quelque personne qui serait apte à se rendre en ces contrées comme explorateur, et qui, avec de grandes précautions, pénétrerait les secrets mouvements et le côté le plus important des affaires. Nous avons lieu d'espérer qu'à Gonstantinople on trouvera plus aisément cette personne, quelque Grec ou quelque Latin connaissant la langue moscovite, (;tc...
Ce fut dans le courant du dix-septième siècle que les Inquisiteius commencèrent à établir leurs agents spéciaux auprès de différentes puissances, mais nous avons hâte de dire que, sous ce rapport, ils eurent rarement Ir» main heureuse. Leurs correspondants sont en général d'assez pauvres esprits. Nulle ori{jinalit(' , nul entrain ,
628 LES ARCHIVES DE VEJ^ISE.
peu de renseignements sûrs dans les écrits de ces mercenaires occultes. Un des meilleurs fut à la Cour de Savoie, vers 1730, un sieur abbé Pasini. Il adressait ses lettres au secrétaire même des Inquisiteurs, variant parfois l'adresse et le nom. Le Secrétaire était chargé des réponses, et au cas où ses lettres eussent été surprises à la Cour de Savoie, il prenait lui-même, pour éviter tout compromis, un nom supposé, et masquait ses patrons les Inquisiteurs sous la désignation galante de « ces Dames » ou « la Dame « . « Aux dates des ''IS janvier, 4 et 5 février, écrivait- il audit abbé,, me sont parvenues trois de vos très-charmantes lettres. Les Dames à qui j'ai fait part des nouvelles que vous me donniez les ont fort agréablement accueillies » etc. A l'époque du congrès d'Aix-la-Chapelle, leur agent en France est un abbé Oliva, Pendant la Révolution , après la journée du 10 août, alors que l'Ambassadeur accrédité à Paris s'est retiré à Londres, un certain Giovanni Povoleri les instruit du mouvement des clubs, du courant des affaires, des choses de la Convention. Sa correspondance a quelque intérêt, elle est adressée au secrétaire Joseph Gradenigo, mais elle fut de courte haleine ', Sa première lettre est du 30 octobre 1792, et sa dernière du 26 février 1793; c'est dans celle du 26 janvier qu'il raconte la mort du Roi , et il joint à cette lettre un morceau du vêtement d'étoffe brune que portait le royal supplicié
' Ce Giovanni Povoleri liabirnit au passajje des Petits-Pèies, ii" 9, à Paris. La corre.s[iondaiice fjue nous avons lue ne se compose (juc des lettres ainsi datées : 30 octobre, 6, 13, 20, 27 novembre, 4, 11, 18, 2") décembre 1792; 1<% 8, 15, 26 janvier, 12, 19, 26 février 1793.
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sur la guillotine. Il fut remplacé par un sieur Vincenzo Formalooni , qui fut fait prisonnier d'Etat à Paris le 25 novembre 1793 '.
Il était naturel, dans cet examen de tant de papiers, que notre curiosité tentât de rencontrer des documents capables de procurer quelques lumières sur le personnage qui passe jusqu'à présent j)our avoir été le Masque de fer, et sur le compte duquel de si intéressants écrits viennent d'être produits dans la presse française, par MM. Marins Topin, Loiseleur et Yung. Nous ne doutons pas que les Inquisiteurs d'Etat ont été instruits de la plupart des mouvements de Mattioli ; quelques lettres éparses çà et là en témoignent, mais les conclusions ([u'ou en pourrait tirer sont extrêmement vagues. Un document fourni par l'ambassadeur Sebastiano Foscarini, et daté du 18 novembre 1682, adressé de Paris aux Inquisiteurs, est la preuve manifeste que leur attention n'avait pas négligé ce personnage. C'est un rapport ('•crit en français par un agent secret, dépêché à Fontainebleau pour surprendre le secret de la mission du marquis de Sagramosa, envoyé auprès du Roi par le duc de Mantoue. Voici le passage le plus saillant :
« Suivant les ordres tic Votre Excellence, voyez l;i, Monseigneur, ce que j'ay à vous rcprrscnler de ma demeure à Fontainebleau auprès de IM. le M. D. S Le lundy venu, qui
ètoil le 2G, tout étant prêt et u'alteudaiil (|iie les Ambassadeurs et li's carrosses, il arri\a nn courrier drpêclié à M. le Marquis par un juif niantouaii avec des lettres ou des ducales qui luy imposoient de demander an Rov un certain prisonnier dont
« Ses lettres du 23 mars, 7, 10, \k , 21, 27 avril 1793, .Marseille; 7 mai, Lyon; 21, 25, 28, 31 mai, l*""", 8 jtiin, Paris.
Votre Excellence en sçail l'histoire , c'est ce que j'ay peu entendre de mes propres oreilles, et j'assenre Votre Excellence que je les oiivrois bien en cette rencontre. Ils leurent tous deux quelque autre chose, mais si bas qu'il ne me fut possible de l'entendre. Le courrier étoit de Turin, et il avoit été dépéché de Pigneiol, le juif qui Tavoit dépêché venoit de Mantoue, selon ce que ce courriej- disoit
Malgré la confusion qui prédomine dans les Archives des Inquisiteurs d'Etat, confusion iriéniédiable par suite du pillage qui y fut exercé en 1797, malgré la disparition de tant de documents dont la réunion devait former un ensemble si propre à satisfaire la curiosité, tant sur les mœurs et les affaires intérieures à Venise que sur les aventures de la vie politique à l'extérieur, il existe cependant encore assez de pièces singulières pour suffire au récit de différents épisodes fort dramatiques. La plupart des procès, instruits, formés, menés à fin j)ar les Inquisiteurs d'Etat, sont disparus; mais si le chercheur en veut prendre la peine, il peut, en consultant feuille à feuille les correspondances de France, de Vienne, d'Espagne, de Milan, de Gènes, de Rome et de Florence, arriver à former une information complète sur quelques personnages dont les démarches ont été l'objet incessant de la vigilance des Inquisiteurs. Nous avons suivi ce procédé pour recomposer en ses moindres particularités les dossiers volumineux relatifs à ces deux patriciens de Venise, tous deux ministres dans les Conseils de la République, tous deux Ambassadeurs, et que les circonstances les plus extraordinaires et les plus aventureuses ont exposés, l'un à périr victime inno-
ANTONIO FOSCARIiNI ET AÎ^GELO BADOER. f,'M
cente de la justice des Inquisiteurs, l'autre à ni(îner une vie errante , au service de tous les Cabinets de l'Europe, sous des noms supposés, sous des travestissements continuels, et perpétuellement en butte aux plus terribles dangers. Antonio Foscarini ' et Angelo lia-
^ Né le 9 août 1570 de Nicolô Foscarini et de Maria Barbarigo. Elu Podestat à Chioggia le 5 avril 1605, il se distingua par des services signalés qu'il reudit aux Inquisiteurs. Cette époque était celle où Rome avait prononcé l'Interdit sur Venise. (Voir les lettres des Inquisiteurs au Podestat de Chioggia des G octobre, 6, 8, 22 et 23 décembre 1606; 17 janvier, 24 février; un document du 28 février; lettres des •) mars, 6 et 20 mars 1607.) Elu Ambassadeur en France le 26 mai 1607, il reçoit ses instructions le 28 septembre de la même année, arrive à Lvon le -il décembre, fait sou entrée a Paris et a sa jjremière audience du Roi le 28 févi ier 1608 ; prend congé, en mai 1611, de la Reine Régente Marie de Médicis, et passe à l'ambassade d'Angleterre, oîi il arrive le 25 mai. Accusé secrètement par son secrétaire, Giulio Muscorno, d'avoir révélé les dépèflii-s de la Seigneurie à des ambassadeurs étrangers, il est rappelé d'Angleterre à Venise le 4 septembre 1615. Arrivé à Venise au mois de mars 1616, il est arrêté et interrogé. Foscarini reste en captivité pendant deux années et demie, il est déclaré innocent et mis en liberté le 30 juillet 1618. Rentré aussitôt dans les Assemblées, il fait au Sénat, le 19 décembre, la relation de ses deux ambassades en France et en Angleterre, puis il est élu du Conseil des ministres ÇSavio di terra ferma) en 1619 et Sénateur en 1620. Tout à coup, dénoncé de nouveau, en avril 1622, comme avant eu des intelligences mystérieuses avec le Nonce et autres ministres dans la maison habitée par Lady Arundell à Venise, il est arrêté le 8 avril, appelé à se défendre devant les Inquisiteurs le 13, et condamné le 20 à être étranglé dans sa prison. Il fut exécuté le 21 avril. A la date du 22 août de la même année, ses accusateurs, soumis à de nouvelles interrogations à la suite de circonstances singulières, furent arrêtés, et dans le cours de l'instruction du pro ces qui leur fut fait, ils confessèrent leur culpabilité. Le 16 janvier 1623 fut proclamé l'édit de réhabilitation. Toutes les pièces relatives aux deux procès extraordinaires du patricien Antonio Foscarini formaient, dans les anciennes Aichivcs des Inquisiteurs d'Etat, plusieurs liasses considérables réunies sous cette désignation : h Varii Libri di Costituli, inserti con prove e difese e Testamento, contra il X. II. Antonio Foscarini, Cavalier Amhasciator in In^hilterra , per azioni contrarie aile leggi délia Republica
doer ' furent ces Vénitiens. Si le nom du premier, disonsle aussitôt, rappelle jusqu'à quel point la justice humaine est faillible, il rappelle en mén)e temps que le Conseil des Dix et les Inquisiteurs d'Etat vénitiens surent en convenir, à leur propre détriment, d'une manière et dans une forme qui leur seront à perpétuel honneur. Peu de mois après la condamnation à mort d'Antonio Foscarini , effectuée dans la nuit du 20 au 21 avril 1622, les mêmes Inquisiteurs à qui il avait incombé d'être ses juges crurent reconnaître, à la suite de circonstances nouvellement révélées, qu'il y avait eu de leur part une
e per inleUifjenze cou ministri Jurcsticri. » Ces pièce.s ont en partie été dispersées, particulièrement le testament original du condamné, écrit par lui peu d'heures avant son supplice. ]\ous avons pris copie de plus de trois cents documents relatifs à la vie politique et privée de cet homme, mais toutes nos tentatives pour retrouver son testament orijjinal sont demeurées infructueuses.
* Né à Venise, le 19 avril 1565, d'Alberto Badoer et de Chiara Priuli. Ambassadeur extraordinaire auprès des Archiducs à Milan en 1599, et à l'archiduc Ferdinand d'Autriche le 23 avril 1600. Élu Ambassadeur en France auprès de Henri IV le 28 septembie 1602, reçoit ses Instructions le 21 avril 1603, arrive à la Cour le 15 juillet et la quitte à la fin de mars 1605. Revenu à Venise, il est élu Sage du Conseil, mais accusé, puis convaincu d'avoir eu des entretiens secrets avec le Nonce dans le couvent des Frari, est condamné à la perte de ses charges et à un an de détention. Libéré, il est soupçonné, en 16 12, d'avoir eu des conférences avec l'Ambassadeur d'Espagne. Prévenu du danger qu'il court, il échappe à la vigilance des Inquisiteurs et se rend en France. Depuis ce moment jusqu'au 23 mars 1630, époque tie sa mort à Rome, l'œil vigilant des Inquisiteurs ne le perdit plus de vue, et plusieurs fois cet homme, (|ui servait les princes étrangers dans leurs négociations, fut l'objet des plus terribles décisions du redoutable Tribunal. Les trames ordonnées par ces ministres du châtiment en matière politique, et concertées au moyen de l'Ambassadeur en Savoie, pour arracher la vie à celui qui s'était soustrait à la justice de l'Etat, sont du plus dramatique intérêt. Nous avons pareillement formé un portefeuille considérable avec la copie des correspondances échangées au sujet des mouvements et des démarches de ce patricien.
AMOMO FOSCAIUM. 633
erreur judiciaire. Par une instruction nouvelle, les preuves de cette erreur furent mises au jour, les faux témoins et les dénonciateurs confessèrent leur crime et l'expièrent par la mort. Ces juges formidables, auxquels la politique et la raison d'Etat pouvaient cependant servir d'excuse, ne gardèrent pas le silence, et par un décret admirable, que tous les magistrats présents et à venir devraient voir inscrit en lettres d'or sur les murs du lieu où ils siègent, relevèrent à la face du monde l'honneur et la réputation du citoyen que, dans leur âme et conscience, sous le poids de preuves qui paraissaient accablantes, ils avaient condamné h la plus infamante comme à la plus cruelle des peines '. Non-seulement ils
1 16 GENN\no 1622 (M. V.) In Consigho dei Dieci.
" Poidié la Providenza del signor Dio con mezi verainc'iit(,' meravigliosi et iinperscrutabilj ail' ingegno huniano ha disposto, clie li medessimi auttori et ministn délia falsità et imposture macViinate contra il già
dilelto iiobile nostro Antonio Foscarini, conviene alla giustizia et
pietà di questo Con.si{|li(j, al quale sopra tutte le co.se incombe per quiète et sicurezza universaie il proteggere l'indennità dcil' lionore et riputatione délie Famiglie, solevare in quanto si puô qnelli the indebitamente i-estano oppressi con nota d'inl'amia •>
Et plus lard, lorsque dans ers grande» discussions où la magistrature des Inquisiteurs fut si fortement attaquée dans l'Assendjlée législative de Venise, je veux dire, dans le Grand Conseil, il se trouva qu'un des plus éloquents défenseurs du 'Irihunal, un des esprits les plus illustres qu'ait jamais eus la République, un des plus lettrés, un des plus politiques, et qui fut Doge au déclin de sa vie, fut l'arrière-neveu de ce même Antonio. Certes, Marco Foscarini émut vivement cet auditoire, que tant de passions différentes a;;iiaient , lorsque, dans l'élan de son discours admirable, il vint soud.iincuicut rappeler ces malheureux et draniatitnies souvenirs : « Quai avvenimenio non è stato mai quello del cavalier Antonio Foscarini del tpial dis<x'ndo, che è andato soggelto a supplizio di morte c poi è stato scoperto innocent<; ! Tengo per domestica tradizione la grata e tenera memoria di quel giorno 16 geuaio 1622, quando è stata
firent cet acte de justice, mais ils voulurent que le décret solennel de réhabilitation civique fût lu en l'assemblée du Grand Conseil, puis déclaré, dans les cours étranpères, par la bouche des Ambassadeurs de la Seigneurie.
Avant l'année 1652, les Inquisiteurs d'Etat n'avaient pas eu de registres spéciaux pour l'inscription de leurs affaires. Leurs Archives se composaient de différents dossiers, de feuilles volantes, de mémoires variés, de comptes épars, de correspondances plus ou moins rassemblées. Ce fut le 12 octobre 1652 que Marco Contarini, Anzolo Giustinian, Zuane Donado, prirent un arrêté par lequel leur Secrétaire reçut l'ordre d'avoir à tenir des registres sur lesquels on inscrirait à l'avenir le sommaire des affaires courantes et tous les cas les plus importants qui se présenteraient. C'est d'où vient la série des registres désignés sous le nom de Annotazioni. Ces utiles documents composent une série de dix-huit volumes. Lorsque nous entreprîmes, en 1866 et en 1867, l'examen des papiers des Inquisiteurs, cette précieuse série manquait aux Archives. Dès qu'elle y fut restituée par le Gouvernement autrichien , qui en était possesseur depuis plus de soixante ans, un érudit inves-
dichiarata dal Maggior Consigllo con solenne parte e poi resa nota a tutte le Corti, la tragica vicenda accaduta soprà un cittadino che aveva sostenuto le prime dignità dcUa patria. E stato allora che la povera mia casa ha accolto un prodigioso numéro di nobili concorsi a manifeslar sentimenll inisti di lagrime e di coiisolazione. Gran niomento poteva esser queilo j>er i iniei inaggiori , se le voci del zelo non avessero soffocato quelle délia natura, ma altro non è stato allora detto se non che la frode di tre sccllerati calunniatori aveva prevalso sopra la perspicacia dei tre Inquisitori di stato. »