‹ Les archives de VeniseChapitre 144 sur 176 · LES INQUISITEURS ET LES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

LES INQUISITEURS ET LES BEAUX-ARTS

fiée. Trois de ces inspecteurs furent successivement élus depuis 1773 jusqu'en 1797, Antonio-Maria Zanetti (1773-1778), fut le premier, Giovanni-Battista Mingardi (1779-1796) le second, et Francesco Mag(fiotto (1796- 1797) le dernier. Leurs rapports de semestre sont conservés aux Archives, et ces documents nombreux méritent d'être consultés par ceux qu'intéresse l'histoire des chefs-d'œuvre qui étaient le principal ornement des palais, des églises et des monastères de la Seigneurie '. Les Inquisiteurs se regardaient, en un mot, comme les conservateurs en quelque sorte responsables des trésors de tout genre que possédaient ces maîtres-couvents de la République. Le soin et la préservation des grands ouvrages de peinture et de sculpture n'étaient pas seulement

' Nous avons la copie de vingt de ces rapports environ : le premier est en date de la même année que le décret des Inquisiteurs, 1773; le dernier fut présenté le 23 avril 1797, quinze jours donc, seulement, avant la chute de la Sérénissime République. Nous ajouterons que les documents officiels relatifs aux Beaux- Arts sont très-nombreux dans les Archives de Venise. Mais avant que les Inquisiteurs aient eu à connaître de l'inspection et de la conservation des peintures, c'est dans les innombrables registres et liasses des papiers du Sénat, sous la rubrique Senalo- Terra, qu'il faut les chercher. Antérieurement à l'année 1773, en effet, c'était du Sénat que dépendaient et la charge de la Cuxtodui délie Pilture et le CoUcçjio dei Piltori. Voir entre autres 1682, 29 août, 10 et .31 décembre, liasse 1029 : 18 novembre 1683, liasse 1040 : 1703, 7 décembre, liasse 1322 : 1704, 14 juin, liasse 1330 : 1714, .30 mai : 1724, 14 septembre, 4 janvier (M. V.), 22 et 27 février (M. V.), !'=■■ mai : 1727, 3 janvier (M. V.) : 1731, 26 mai : 1739, 20 novembre : 1759, 19 janvier (M. V.), liasse 2311 : 1771, 6 juin. Il importe aussi de consulier les papiers du Colleijio Libéral Veneto aW Accadeinia detla al fonleg hettu San-Marco, dont un des derniers secrétaires perpétuels fut Fietro Edwards, et qui eu l'année 1794 comptait cinquante- Iinit |)r()f('ss(Mirs, dont seize en congé et quai-ante- deux en activité.

confiés à leur nationale vigilance , et les bibliophiles vénitiens du dix-huitième siècle leur durent la récupération pour le monastère des Saint-Jean et Paul, des plus rares manuscrits et des plus fameux incunables' qui en avaient été dérobés dans le mois d'août 1789. Les précautions qu'ils avaient prises en 1773 pour les peintures, ils les prirent en 1789 pour les livres rares et les manuscrits précieux, et le célèbre érudit, bibliothécaire de Saint-Marc, Dom Giacomo Morelli, pour répondre au décret du 25 septembre 1789, leur adressa des rapports où domine un sentiment profond de la curiosité non moins qu'une salutaire admiration pour ses plus intéressants objets^.

1 Voir Archives de Venise , Papiers des Provveditori soprà Motiasteri, 1789, et des Dix, 21 août 1789. Différentes miniatures admirables avaient été enlevées à trois manuscrits : treize manuscrits grecs et latins avaient disparu. Parmi les vingt-huit volumes imprimés, ouvrages d'une rareté insigne, étaient le Junianii Mail Parthenopoli de 1475, le Julii Firmici Age?onovticoriun Aide, 1499, Y Apollonius Rhodius Argonauticon de 1497, VAppianus Alexandrinus ; de Civilibus Bellis Romanorum de 1472, le Clemens V Constitutiones, que Clementinœ nuncupantur de 1476, sur parchemin, le Cypriatius Cecilius S. Epislolœ. ^ditio pulcherrima omnium prima membranacea cum miniatura in p. folio et initialibus pictis, de 1491. Un exemplaire sur parchemin du Statii Sylvœ avec miniature et initiales peintes, le Virgilius P. Marc, opéra omnia, sur parchemin et avec miniatures, de 1476, Venise, etc.

2 Archives de Venise, Papiers des Inquisiteurs et des Dix. 1789, 25 septembre. Avec le premier Rapport de Morellj comme pièce à l'appui et commençant ainsi : « In obbedienza al comando veneratissîmo di VV. EE. mi sono portato io Dom Giacomo Morelli custode délia Libreria di S. Marco aile principali librerie dei Regolari di questa città, per riconoscervi e prendere in nota t'.itto qucUo che in esse vi è di più raro e di più prezioso, si quanto a' Codici manoscritti, come quantu a' libri stampati. Le librerie che ho visitate sono quelle di S. Giorgio Maggiore , di San-Michele , di San-Mattia e di San-Pietro Martire di Murano , di Sun-Andrea delta Certosa, délia Sainte, dei Domenicani

Page 1