‹ Les archives de VeniseChapitre 55 sur 176 · AUTRES SOURCES D'INFORMATIONS · texte numérisé non relu

AUTRES SOURCES D'INFORMATIONS

tel antre le monde germaniqne. Des dépêches entières v sont sonvent reproduites sous le titre de Esemplari di lettere. Le sagace chroniqueur ne se livrait à la fatigue de cette reproduction de textes entiers, qu'autant qu'il sentait que l'intérêt en était grand et exceptionnel. Les autres dépêches sont indiquées dans son travail sous le titre de Summarii di lettere ' .

Quant à chercher enfin et h poursuivre la trace incontestablement officielle de l'œuvre des négociateurs, depuis les commencements du quatorzième siècle jusqu'à l'époque du seizième où la série des dépêches qui ont été conservées devient régulière ; quant à l'accomplissement de cette recherche pour l'histoire de chacune des puissances avec lesquelles Venise a pu échanger des rapports soit politiques, soit commerciaux, il suffira de se rendre familier avec le mode de consulter cette inappréciable

* Les Diarii de Marin Sanudo sont maintenant à la Bibliothèque de Saint-Marc en original, et non plus en copie. Les originaux ont fait partie des restitutions reconnues légitimes par le gouvernement autrirhien à la Rililiothèque de Saint-Marc, d'où ils avaient été emportés en 1805 : mais les caractères de l'écriture du chroniqueur sont telk'ment difficiles qu'ils rendent l'usage de ces exemplaires fort peu commode. Les copies, alors à Venise, mai.s aujourd'hui à Vienne, sont authentiques, et ce sont elles qui forment l'exemplaire en cinqu.inte-huit volumes où tant d'historiens ont déjà puisé des notices et des renseignements. Ces copies furent exécutées au dix-huilième siècle par des employés de la Chancellerie ducale et d'après une flécision forniidée et votée par le Conseil des Dix. Elles offrent aussi l'avantage d'une table des matières abondamment disposée pour chaque volume. Ainsi j)our des recherches relatives à la France, il faut se reporter dans l'index à ces différentes rubriques: Franza, Jie di Franza , Franzesi, Orator di Franza , Armata franzese , Esemplari di lettere, Summari di lettere, Belazioni , etc. iNous avons relevé tous les sommaires des cinquante-huit volumes p(jur tout ce qui concerne la France, et nous les avons réunis en un seul registre qui se trouve dans notre collection de documents vénitiens.

série des registres que nous avons décrits sous les titres de Misti et Secreti [Senaio). On n'y trouvera pas la reproduction des dépêches des négociateurs, mais on y rencontrera, dans l'ordre des temps et des circonstances, la date précise de Y élection des envoyés, le texte des instructions qui lui étaient données à son départ [Commissio), et enfin le texte de chacune des lettres qui lui furent adressées en réponse aux siennes d'après la décision et le jugement politique du Sénat. Ce sont là des sources admirables et fécondes, et qui, à côté du grand vide des dépêches en la Chancellerie, sont un peu, pour le chercheur, ce qu'est l'oasis, dans le long désert, pour le voyageur.

L'élection d'un ambassadeur ordinaire ou extraordinaire se faisait dans le Sénat à la majorité des voix; le personnage élu ne pouvait refuser d'obéir au choix que l'État avait fait de lui , à moins de payer une amende considérable'. Entre la date de son élection et celle de son départ, il laissait souvent s'écouler plusieurs mois, soit qu'il y fût contraint par la gravité de ses affaires, ou que le soin de ses apprêts exigeât un temps pins ou moins long.

Il fut établi qu'un ambassadeur de Venise ne devrait pas demeurer plus de deux ans en fonctions à une même Cour, mais il était rare qu'entre le jour de son départ de Venise et celui de son déj^art de la Cour où il était accrédité, il ne se passât pas trois années. Nous pensons

1 Voyez entre autres arrêtés celui de 1530 qui r''{;le ies amendes à eiicouiir pour refus de raeceptalioii dune ambassade à une tète rouronnéc.

VOYAGE DE LAMBASSADEUR. 299

que cet iisafje des Vénitiens d'élire de deux ans en deux ans un ambassadeur auprès d'une Cour était unique, aussi est-il l'explication du nombre de personna(jes qui se sont succédé à ces différentes Cours pendant un même règne.

Peu de jours avant de quitter Venise, le iNIinistère [Collegio) remettait à l'Ambassadeur un document appelé Commissio; c'était tout à la fois une lettre patente de nomination avec les conditions énoncées et une sorte d'instruction générale sur les premières démarches à faire : à cette Commissio étaient jointes des lettres ducales pour le souverain. L'Ambassadeur partait accompagné d'un secrétaire officiel et d'autant de gentilshommes qu'il lui plaisait d'avoir avec lui. Sa suite était en général nombreuse, sa dépense excessive, mais comme en général chaque sujet tenait à se faire honneur, il n'y eut peut-être pas un seul exemple à citer d'un Ambassadeur de Venise à qui son ambassade n'ait coûté trois et quatre fois la somme que lui allouait son gouvernement. Plus d'un de ces patriciens ne s'estimant pas assez fort j)OiH' soutenir de telles charges avec cette sorte d'honneui- qui constitue le faste et la ponijjc, préférait refuser l'élection qui était faite de sa personne, sauf à payer l'amende que son refus lui faisait encourir.

Le voyage de Venise en France se faisait à petites journées. La compagnie était noml)reuse, il fallait force mules et force chevaux, tant pour les hommes que pour les bagages. La route suivie, pendant le seizième siècle, était généralement celle de Venise à Milan, à Turin et à Suse, d'où, par la Novalèse, on passait le mont Ceuis

traversant la Feriera , V Hospedaletto , les Tavemelle , la Ramazza et Lunebourg, d'où à Lyon par Saint-Jean de Maurienne, Chambéry et Pont-de-Beauvoisis. Lyon était la première grande étape pour un repos de plusieurs jours. Si les circonstances politiques du moment l'obligeaient à éviter les chemins de Lombardie et de Piémont, il prenait alors les chemins du Tyrol et de l'Allemagne, et passait par Trente, Brixen , Inspruck, Augsbourg, Ulm, Stuttgnrd , Strasbourg, Metz, Verdun, Châlons, la Ferté-sous-Jouarre et Meaux, d'où il gagnait Paris. Mais cette direction ne fut prise que rarement, et celle de Lyon était la plus ordinaire. Le gouverneur de la ville recevait l'Ambassadeur, et par ordre du Roi il allait ordinairement au-devant de lui. De Lyon, assez habituellement, l'Ambassadeur gagnait Roanne, où il s'embarquait pour arriver à Nevers, et selon que la Cour était à Paris, ou, dans ses déplacements si fréquents alors à Blois, à Amboise et à Tours, il se dirigeait soit vers Paris par Montargis et Corbeil , soit vers Blois par Orléans. L'ambassadeur Giovanni Capello , parti de Venise le mercredi 9 septembre 1551, pour se rendre à Paris auprès de Henri II , n'arrivait à Lyon que le 17 octobre, et à Paris le I" novembre. Le temps employé dépendait du reste de la saison et des circonstances. Sous les Valois, depuis l'avènement de Henri II jusqu'à la mort de Henri III, l'ambassadeur vénitien qui fit le trajet le plus bref de Venise à Paris, dans une occasion où sa présence , selon qu'elle serait plus ou moins rapide, pouvait empêcher une rupture entre la France et l'Espagne, fut Giovanni Michieli. Elu le

Page 1