LES R E L A Z I O N I
Relations ou Rapports des ambassadeurs vénitiens au retour de leurs missions. — Matières d'une Relazione. — Elle était lue en présence des Sénateurs assemblés. — Succès de ce genre de documents tout spécial à la diplomatie vénitienne. — Les Jielazioni sont aujourd'hui universellement consultées. — MM. Kicolô Tommaseo, Eugenio Albert, Gachard, d'Arnetii, Fiedler, NJcolô Rarozzi et Gugliebno Bercuet ont publié des recueils iuipoilants de Relazioni. — Beaucoup de Jielazioni sont demeurées inconnues jusqu'à présent. — Recherches à faire.
— Noms des ambassadeurs à la Cour de France au seizième siècle , dont M. Eugenio AlrÉri a publié des Relations dans la première série de son Recueil. — Relations indiquées dans les Diarii de Marin Sanudo.
— Indication précise des noms des ambassadeurs dont les Relazioni manquent sur les règnes des Valois, de Ilenii IV, de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, avec la date des ambassades pour en faciliter la recherche. — Les dernières Relazioni sur les affaires de France diffèrent quant à la forme des Relazioni traditionnelles. — Caractère distinctif de ce document diplomatique, dont la lecture chez les Vénitiens était une sorte de cérémonie politique. — Ce qu'il faut aussitôt ch(;r(:her dans une Relazione , c'est le portrait du Prince ou du Ministre. — Ailmirable galerie des Rovaumes et Republiques de l'Europe au seizième, au dix-septième et au dix-huitième siècle, lorsque les publications qui sont en cours d'être faites seront achevées. — Du secr(.'t nécessairement exigé pour les Relazioni. — Tentatives d'aird)as.sadeurs élrangei-s pour qu il ne soit pas garde et pour obtenir la communication de ces documents. — De la dernière page des /?e/(/;»oni invariablement consacrée à l'exposé des dons et présents reçus par l'Andjassadeur à son départ de la Cour. — Ce qu'il faut chercher dans les Dépêches et ce qu'il faut demander aux Relations.
Il ne suffisait pas à la niriosité du Sénat Vénitien sur les affaires des Puissances étran^^ères, auj)rès desquelles
il avait accrédité ses ambassadeurs, d'être éclairée et entretenue par l'envoi très-frécjuent de dépêches fort étendues. Il voulut aussi qu'au retour de leur mission, ces ambassadeurs se présentassent en son assemblée, pour v lire un rapport développé sur la situation topographicpie du Pays où ils avaient été envoyés, sur le caractère du Prince et des Ministres qu'ils avaient connus, sur la com])osition et les mœurs de la Cour qu'ils avaient fr('quentée, sur l'état des finances du Gouvernement, et sur les conditions d'amitié ou d'inimitié politique dans lesquelles vivait ce Gouvernement avec les autres Puissances '. Le genre de solennité qui était affecté à cette lecture diplomatique devant le Sénat asseml)lé faisait (]ue l'usage de la ReJazione était spécial aux Vénitiens.
Tous les ambassadeurs, en effet, de toutes les nations ont envoyé et envoient au Prince ou au Gouvernement qu'ils représentent des rapports, détaillés plus ou moins, en des occasions particulières, et il n'est pas d'Archives d'Etat qui n'en aient conservé et qui n'en conservent. Mais entre ces rapports dus à des circonstances données
' « Li capi délia Relatione di Francia (dit un homme d'Etal italien dans ses notes personnelles), sono stati :
Del Regno. — Du Royaume.
Del Re. — Du Roi.
Principi et Nohiltà. — Princes et Noblesse.
Vel Clero. — Du Clergé.
Del Popolo. — Du Peuple.
Del Consiglio. — Du Conseil.
Del Gahinetto. — Du Caijinet.
Dei Principi del saiigue. — Des Princes du sang.
Dclla perwna del Re. — De la personne royale.
Deile inlellifjenlle. — Des rapports avec les Puissances.
CE QUE SOM J.ES lŒLÂZfONJ. 333
et ceux des ambassadeurs de Venise, universellement connus sous le nom de Relazioni, la différence est absolue. La lecture au Sénat d'une Relazione était devenue une habitude si bien entrée dans les mœurs politiques de cette République, que le Sénat, dont l'ambassadeur était le mandataire, eût estimé que l'ambassade n'eût point été parfaite, c'est-à-dire achevée, tant qu'il n'aurait pas entendu, dans ses comices, l'énoncé de ce discours final qui constituait la Relazione. En un mot, il était du devoir de l'ambassadeur vénitien , dans un délai déterminé par des rendements adoptés dès le treizième siècle, de j)résenter sous une forme convenue, et pour l'instruction d'une assemblée de gouvernants, le tableau de la Cour et de l'Etat qu'il avait dû observer et apprendre à bien connaître pendant le temps de sa résidence.
Ce genre de documents a acquis, depuis quelques années, une véritable popularité. Tous les historiens des choses du passé les ont recherchés, et ils en font un constant usage pour appuyer les opinions et les sentiments qu'ils émettent, particulièrement, sur la personne et le caractère d('s Princes et de leurs Ministres. On j)eut dire, en effet, qu'une (jalerie semblable de ])oitraits à ceux que l'on peut tiier du cadre des Relazioni Venete n'existe nulle part ailleurs. Venise seule l'a créée. Le long travail que nous avons consacré à ces précieuses pièces auxquelles nous devons toute la matière du livre que nous avons j)ublié sous le titre de « La Diplomatie Vénitienne et les Princes de l'Europe an seizième siècle », nous autorise à diriger vers cet ouvrage l'attention du lecteur à qui les détails présents ne suffiraient pas. Il y
trouvera reproduits, selon l'ordre des temps, tous les décrets et tous les arrêtés relatifs , soit à l'œuvre même de la Relazione vénitienne, soit à ses ori^jines, soit aux règlements adoptés dans le Sénat pour la cérémonie de la lecture qui devait en être faite, soit aux éléments invariables qui la devaient composer ; il y trouvera enfin des indications précises concernant les grandes publications modernes auxquelles a donné lieu , dans différents pays, la connaissance exacte de ces documents, uniques en leur genre '.
* C'est ici, pour nous, l'occasion la meilleure de rappeler qu'en 1862, lorsque parut le livre dont nous parlons, un fort grand nombre d'articles littéraires furent consacrés aux Relations des Ambassadeurs vénitiens par d'éminents publicistes. Des aperçus ingénieux, des choses bien dites et bien pensées, des considérations et des observations excellentes, ont caractérisé ces articles si variés, tous écrits à l'honneur de ces politiques de l'ancienne Vénétie dont nous venions de présenter les œuvres. Ce m'est donc un devoir fort doux à remplir que de signaler à l'attention des esprits littéraires et érudits les pages publiées alors sur ce sujet par MM. Jules Janis, dans V Indépendance belge; PrÉvost-Paradol , dans le Journal des Débats; A. Geffroy, dans la Revue des Deux- Mondes; Alfred de Reumont et Léopold Haëfner, dans la Gazette d'Augsbourg ; Paul de Saint-Victor, dans la /'/■e55e ; Louis Énault, dans le Constitutionnel ; Fedele Lampertico, dans V Archivio storico italiano ; T. Campenon, dans la Critique française ; LÉON Lavedan, en sa Correspondance générale ; DE Barthélémy, dans la France; Edouard Fournier, dans la Patrie ; ainsi que celles qui parurent non signées par leurs auteurs dans le Bulletin de la Société de l'histoire du Protestantisme français, dans le Saturday Review et The Press, à Londres, et dans les Gazettes de Cologne et de Venise, C'est aussi mon devoir de remercier avec effusion les grands organes de la presse française dans la personne de leurs honorables rédacteurs en chef, qui ont bien voulu donner aussitôt une hospitalité si large à des extraits considérables de ce même livre <• De la Diplomatie vénitienne ». Comment pourrais-je ne pas me souvenir de la bienveillance avec laquelle le Temps, l'Opinion nationale, le Siècle, le Constitutionnel, le Nord, tous, dans les premiers jours d'août 1862, ont présenté à leurs lecteurs les pages de ces ambassadeurs vénitiens qui leur avaient paru les plus dignes d'attention et d'intérêt?