LES COMMISSIONI OU INSTRUCTIONS
fut accueilli avec un si grand faste et honoré par de si joyeuses et si admirables fêtes sur les terres et dans la ville des Vénitiens '.
Les Lettere secrète del Collegio sont d'une nature plus particulière, selon que l'indique le titre : mais cette série paraît avoir subi de graves dommages, car elle présente de continuelles lacunes. Deux registres, de 1308 h 1310, et cinquante-sept liasses, de 1436 à 1666, la composent.
Les Commissioni ou Sindacati (instructions et procurations) données à des patriciens chargés d'entrer en négociations diplomatiques avec des Gouvernements étrangers, forment aussi quelques registres, mais encore ici nous n'avons rien de complet à signaler; et d'ailleurs ces instructions, rédigées, il est vrai, par les Sages du Conseil, devant être toutes lues au Sénat et approuvées par lui, se retrouvent nécessairement à leur date dans les Deliherazioni des registres, soit Misti, soit Secreti du Sénat, dont nous avons tant parlé. Les plus anciennes, relatives à la France, rapportées dans les Sindacati en question, sont aux dates du 18 novembre 1330, du 12 mars 1332, du 13 décembre 1338, du 22 novembre
1 Le premier dociimenl émanant du Colle<jio, et concernant cet épisode si intéressant, après que le passa>>e du Roi par Venise fut décidé, est en date du 30 juin 1574. Patentes. Universis etsingitli.i nohilihus.... Dovendo il Re christianissimo venire in qucsta città, ritornando di Polonia por andarc in Franza, passar por il Stato nostro, etc.... Lectum Coi.i.ECii), die 30 jiinii 1574. Voyez plus loin notre chapitre sur le Cérémonial (le la République.
1376 et du 26 septembre 1395 '. Dans les registres Liber secretoi^inn Collegii, 1382-1385, et Memoriale secretum Consilii sapientinn, 1354-1364, nul document n'existe qui soit de nature à être recueilli par im investigateur des choses de France.
Les secrétaires attachés au CoUegio avaient-ils reçu l'ordre de former un recueil général et régulier de toutes les Instructions destinées aux Ambassadeurs et à toutes autres personnes chargées de missions au dehors? Ces quelques registres épars, retrouvés sous le titre unique de Coimnissiom, le donneraient à penser, et, certes, un tel soin eût été fort louable , car si aujourd'hui une série de ces Instructions pouvait se présenter complète depuis les premiers ans du treizième siècle, les difficultés qu'on rencontre pour former la première partie de l'histoire du mouvement diplomatique vénitien seraient fort aplanies. Nous avons dit, en effet, que les Commissioni ou Instructions étaient premièrement rédigées par les soins des Ministres du CoUegio, et qu'elles restaient
1 1.330, 18 novembre. Sindacato Qn-ocura") al nob. uomo MaucO Bexe- DETTi per chiedere dal Re di Francia la restituzione di 30 balle di panni veneziani , trattenute apud terrain Sancti Johanni de la Logia. (^Siiidacatus primus, c. 18 tergo.)
1332, 12 marzo. Sindacato ai nobili uomini Filippo BelegxO, BiagiO Zen e MAniNo Monosixi per tratlare col Re di Fiancia Filippo, circa le navl, armi , veltovaglie , cavalli , pel passarjijio in Terra sanla (c. 23 1").
1338, 13 dicembre. Simile a Sciiiavo Bollaxi, /jer ricuperare dal Re di Francia gratiam maletote (c. 65).
1376, 22 novembre. Simile a Giovaxxi Contaiiim, ambascialore al Re di Francia, per venire ad un accorda, circà rappresaglie (c. 330).
1395, 26 settenil)re. Simile al nob. uomo Giovanm Ai.beuti, ambascialore al Re di Francia, per la liberazione dei ciltadini Veneti, fatli ralturctrc dal Signor di Santa Croce (c. 414 1").
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telles, selon que le Sénat en décidait. Quoi donc de plus naturel qu'un recvieil exact on ait pu être ordonné pour former une série spéciale dans les armoires destinées à la conservation des papiers du Conseil? Nous attachons de l'importance à ces documents, et surtout aux plus anciens, parce qu'à défaut des dépêches qui n'existent plus, ils sont propres h nous mettre sur les traces les plus certaines des négociations qui ont signalé les premiers rapports internationaux des Vénitiens en dehors des limites orientales. Le style en était d'abord d'une précision particulière. Rien de plus net, rien de plus significatif. Le sens politique, véritablement inné chez ces praticiens des affaires, se révèle curieusement dans la plus ancienne Commissio qui soit connue. Quel en tut le rédacteur, nous l'ignorons. Fut-ce le Doge, alors plus puissant qu'il ne le fut plus tard, et jouissant de prérogatives plus accusées et d'un droit d'initiative qui disparut devant des lois nouvelles? Fut-ce son Conseil? Peut-être. Toujours est-il qu'en 1198, il était ainsi notifié aux Ambassadeurs Navigaioso et Donat envoyés à l'Empereur d'Orient :
« Après avoir salut' l'Empereur, vous lui présenterez nos lettres, et tirerez le cominencenient de votre discours des premières paroles qu'il vous dira, en suivant l'inspiration de votre sagesse. Puis vous eu viendrez au but de votre mission. S'il veut que l'accord soit juré tel qu'il a été conclu, soit. Mais, sil abordait le chapitre du Roi de Sicile, qui s'y trouve contenu, s'il disait que le temps fixé est déjà passé et voulait établir caté[;ori(piemeut que nous devrions le secourir contre la Sicile et l'Apulie, dites que nous n'avons pas sougé à ce poinf-Ià, «t (|ue par suite vous n'avez pas d'instruction à cet
égard et ne pouvez rien résoudre. S'il consent au traité en faisant quelque proposition relative à cette question de Sicile et d'Apulio, soit : sinon, non. Au cas où il le voudrait à d'autres conditions, ayez l'haliileté de nous amener ses plénipotentiaires. S'il élevait quelque objection sur l'article qui regarde l'Empereur d'Allemagne, et voulait le supprimer, vous répondriez que nous vous avons envové loyalement, sans arrièrepensée, et que nous n'avons point songé à cette difficulté, que nous ne vous en avons pas dit davantage, et que vous ne pouvez pas faire autrement qu'on ne vous a dit. S'il n'accepte le traité qu'à la condition de supprimer cet article, n'y consentez pas , mais efforcez-vous de nous amener ses plénipotentiaires. S'il adopte le traité dans sa teneur, jurez en votre nom, vous et les autres envoyés présents; à leur défaut, jurez vous seuls, comme il est d'usage de jurer de bonne foi, que nous conclurons l'accord par le lîioyen de mandataires autorisés, et que nous l'observerons * »
La Commissio relative à une négociation avec le Roi de France et que caractérise une certaine étendue de recommandations, est celle qui fut dictée par le Collegio, le 23 septembre 1395, pour Ser Johannes Albertus. Nous la reproduirions si, comme la plupart des questions agitées alors entre la République et le Royaume, elle n'avait absolument trait qu'à des intérêts commerciaux et individuels. Il faut, en effet, atteindre au règne de Gliarles VII (1425) et surtout à celui de Louis XI, pour commencer à reconnaître que des intérêts véritablement politiques inspirent les messages qui sont échangés entre les deux puissances. Jusqu'au jour ou les
• Ce document a été ainsi traduit par M. J. Armincal'D, dont nous avons parlé précédemment à propos de l'intéressant ouvrage qu'il a produit sur « Venise et le Bas-Empire ». Voyez plus haut notre chapitre II de cette troisième partik, Libri Pactorum, page 238.