‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 101 sur 199 · AMBASSADE DE PHILIPPE DE COMMYNES · texte numérisé non relu

AMBASSADE DE PHILIPPE DE COMMYNES

doue , pour se rendre à Venise par les lacunes , selon l'usage qui était alors , vinrent au-devant de lui vingtcinq gentilshommes « bien et richement habillez et de beaux draps de soye et escarlate », et le conduisirent jusque près de la ville, en une église de Sainct-André, où il trouva un nombre égal de gentilshommes avec les Ambassadeurs de Milan et de Ferrare. Ce fut de là qu'il 6t son entrée et que sur des bateaux plats, couverts de satin cramoisi et sur lesquels se pouvaient bien asseoir quarante personnes, il traversa la ville pour se rendre en son logis, au monastère de Saint-Georges, « et me menèrent au long de la grant rue, qu'ils appellent Je Canal Grant et est bien large. Les gallères y passent à travers. . . et est la plus belle rue que je croy qui soit en tout le monde la mieulx maisonnée, et va le long de la ville. . . C'est la plus triomphante cité que j'aye jamais veue, dit-il encore, et qui plus faict d'honneur à Ambassadeurs et estrangiers et qui plus saigement se gouverne. Le lendemain me vindrent quérir et mener à la Seigneurie où presentay mes lettres au Duc qui préside en tous leurs Conseils, honnoré comme ung Roy, et s'adressent à luy toutes lettres ; mais il ne peult guères de luy seul. . . Pour ce jour ne dis aultre chose; et me feit-on veoir trois ou quatre chambres, les planchers richement dorez. . . et y a audict palais quatre belles salles richement dorées. » Commynes ensuite fait le récit émouvant de sa négociation : « Or fault dire quelle fut ma charge. . . » Et bien que les résultats de sa mission aient été si peu heureux que , rappelant avec tristesse

l'impression que lui avait causée la dernière réponse de

la Seigneurie, il dise ingénument : « J'avoye le cueur serré. . . » , ce grand homme ne leur rend pas moins cette justice dédire : « Et si ont bien congnoissance, par Titus Livius, des faultes que feirent les Rommains, car ils en ont l'hystoire, et si en ont les os en leur palais de Padoue. Et par ces raisons et mainctes aultres que j'ai congneues en eulx , je dis encore une autre fois qu'ilz sont en voye d'estre bien grans seigneurs pour 1* advenir. » Cet homme illustre revint encore à Venise dans la même année, en octobre 1495, et jusqu'à l'avènement de Louis XII les Vénitiens ne virent aucun autre envoyé de France

Mais aussitôt que la mort de Charles VIII fut connue, les rapports entre son successeur et la République furent presque aussitôt renoués, et ce Roi envoya deux Ambassadeurs pour traiter, puis messer Accurse Maùuer*,

1 Mémoires de Philippe de Commynes, édition de la Société de l'Histoire de France, tome II, livre VII, chapitre xviii, page 403. » Digression ou discours, aucunement hors de la matière principale , par lequel Philippe de Commynes , autheur de ce présent livre, parle assez amplement de l'estat et gouvernement de la Seigneurie des Venissiens, et de ce qu'il vist et y fut faict pendant qu'il estoil ambassadeur pour le Rov en leur ville de Venise. » Chapitre xix. « Quelt furent les subjectz de l'ambassade du sieur d'Argenton auprès de la République de Venise. »

2 Voyez au département des Manuscrits de la Bibliothèque impériale le n° 2892 (ancien fonds), Traictez faits par les Ambassadeurs du Roy avec les Ducz et Communautez de Venise, 1499. Et 3087, fol. 234, Articles écrits de la Court du Roy Très Chrestien à l'Ambassadeur dudit seigneur à Venise, messer Accurse Mayxikr, 3 juin. Et Archives de Venise, une lettre de Louis XII à Costantino Quirini, lut recommandant le docteur Accursio Mainerio, grand juge de Provence, son ambassadeur à Venise. Lyon, 13 mars 1501. Ainsi que, à la Bibliothèque de Saist-Marc, les Diarii di Marin Sasuto, tome II, 1498, 1er octobre, 1499, septembre. Luigi XII spedisce due Oratori in Vene-

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