COUTUMES DIPLOMATIQUES A VENISE. W
pèches au ministre secrétaire d'État pour les Affaires étrangères, qu'il a pris le masque en telle ou telle occasion, et que ce costume lui a valu la connaissance et la fréquentation de tel ou tel Sénateur ami des intérêts de la France.
Le Comte de Froullav, ambassadeur pour le Roi en 1734 , écrit le 9 octobre : « Nous avons été à la Place, aux spectacles, et partout en public ensemble, en masque, suivant l'usage du pays. M. le Nonce a été de la partie ; les spectacles et les masques viennent de recommencer icy jusqu'au Caresme, et quelquefois cela n'est pas inutile pour les affaires 1 . . . ■
Dans la dépêche du 25 novembre 1753, racontant les belles cérémonies et les fêtes magniSques avec lesquelles Luigi Pisani venait d'inaugurer son entrée dans la charge de Procurateur de Saint-Marc, l'abbé comte de Bernis, ambassadeur, dit : «J'ai eu occasion, pendant les fêtes, de communiquer avec toute la noblesse, et d'avoir deux entretiens sous le masque avec le Doge. Dans ces grandes assemblées, j'ai reçu et donné les témoignages les plus flatteurs d'estime et d'amitié réciproque, j'oserois même dire les plus sincères ; la manière franche et ouverte avec laquelle je me suis expliqué, la politesse et les distinctions particulières que j'ai affecté dans les différentes occasions, ont produit sur l'esprit de la noblesse t<;ut l'effet que je pouvois me promettre, fay même formé quelques liaisons dont je pourrai tirer parti dans la suite*... » Sou-
1 Papiers et Depesches de M. le comte de Fnorn.AY, ambassadeur ("•ni le Hoi à Venise. Passim.
2 Papiers et Depesches de l'abbé comte DR Bersis, ambassadeur pour le Roi à Venise. Passim.
vent aussi les ambassadeurs employaient des tiers , appartenant soit à la classe religieuse des nonnes et des moines, soit à la classe du commerce. L'abbé de Bernis dit encore : « J'ay eu, par la voie d'un tiers, de grandes explications avec le procurateur Emo et son fils, 1° sur la situation critique où pourroit se trouver la République en cas de guerre; 2* sur la nécessité oit elle est de se mettre en état de défendre la neutralité dont elle a adopté la maxime; 3* sur l'utilité qu'elle retirera en s'ouvrant au Roi avec la confiance qu'elle doit à l'amitié et à la bienveillance de ce Prince. Sa Majesté étant la seule en Europe en état de protéger la République par sa puissance, et de la conseiller avec désintéressement1. » Le tiers en question ici était un sieur Le Roy, négociant français, établi à Venise depuis de longues années. M. deFroullay employait pour son tiers un médecin. Rien n'est étrange comme ce défilé d'intrigues, dangereuses très-souvent, pour arriver à se ménager quelques intelligences, capables de servir une politique étrangère sous ce Gouvernement, que l'expérience la plus profonde avait rendu si jaloux et si inquiet. L'Abbé de Bernis, qui cependant n'a pas eu trop à se plaindre de son séjour cbez les Vénitiens et qui ne manquait pas aux divertissements que le goût du théâtre ou les intrigues du carnaval lui présentaient, a dépeint, en traits curieux à reproduire, la situation personnelle d'un ambassadeur de France à Venise. Certains de ces traits, sans nul doute, sont forcés, mais il est facile de faire une juste part de l'exagération.
Les Ambassadeurs du Roi à Venise, dit-il, doivent tou- 1 Papiers et Depcsches, itiem, ibidem.