COUTUMES DIPLOMATIQUES A VENISE
jours craindre de fatiguer les ministres des affaires étrangères par leurs correspondances, qui ne sont presque jamais animées par des négociations intéressantes, mais il faut convenir aussi que comme leurs dépêches ont besoin d'indulgence, ils ont eux-mêmes encore plus besoin de patience pour supporter la privation de toute espèce de société. En butte aux étrangers dont ils sont la seule ressource, séparés du gouvernement et de la noblesse avec qui ils ne communiquent que par des agents subalternes, environnés d'espions de qui cependant ils doivent avoir l'art de tirer toutes leurs connaissances, ne pouvant jamais préparer dans la conversation les matières qui entrent dans leurs mémoires au Sénat, obligés à une infinité d'égards pour ne pas blesser un peuple accoutumé à être caressé par ses maîtres, toujours examinés et jugés par un gouvernement éclairé et défiant qui ne les perd jamais de vue et qui pèse dans une balance jalouse jusqu'à leurs paroles les plus indifférentes, toujours attentifs, toujours dans l'observation et jamais occupés ni distraits : cette vie sombre et solitaire que les lois de la République font mener aux ministres étrangers a souvent dérangé des têtes faibles, et plus souvent aigri et aliéné les esprits.
Par là se peut-on expliquer la violence dans les appréciations de quelques écrivains politiques qui , tels qu'Amelot de la Houssaye, après avoir servi à l'ambassade de France auprès des Vénitiens, ont déversé dans leurs récits toute l'amertume que ce séjour diplomatique avait amassée dans leur âme. Qu'est-ce en effet que Y Histoire du Gouvernement de Venise par cet Amelot, sinon un long pamphlet fort indigne de créance?
Pour résumer ce chapitre, nous dirons que le rôle des
ambassadeurs de France à Venise n'est considérable
pour l'histoire qu'au seizième siècle et pendant toute la
durée du règne de Louis XIII, et que les registres des Esposizioni Principi qui doivent être plus particulièrement ouverts et consultés par les chercheurs avides de pièces véritablement historiques et politiques, sont ceux qui appartiennent à cette grande période du mouvement des temps et des faits 1 .
1 Les Esposizioni Principi rapportent les audiences de tous les Ambassadeurs et Ministres résidents à Venise, sauf celles du Nh>c:k , qui forment la série spéciale des Esposizioni Romaf composée de cinquante-six Registres et de soixante-trois liasses (Jiize). La série des Registri s'ouvre le 23 décembre 1567 et va jusqu'au 16 février 1795. Il existe une lacune dans les documents, depuis le 10 septembre 1574 jusqu'au 16 juillet 1580. La série des Jilze commence également au 23 décembre 1567 et va jusqu'au 3 avril 1797.