CÉRÉMONIAL DU PREMIER COMPLIMENT
le chapitre xvm du livre VII de ses admirables Mémoires, nous ont donné la description, a toujours été le même pendant toute la durée du Gouvernement vénitien. La pompe et le faste de Ventrée sont les seules formes qui aient varié. Mais assistons d'abord h la première audience. L'Ambassadeur est arrivé. Le secrétaire de son prédécesseur se présente au Conseil en un jour ordinaire de ses séances. Il fait part à la Seigneurie de la nouvelle qu'il est chargé de lui donner. On lui répond par un compliment et on convient du jour de la réception. Deux sénateurs illustres sont aussitôt désignés pour présider à la solennité de la première visite d'abord M de la présentation ensuite. Il fut un temps où cette visite se pratiquait en lieu neutre, et ce lieu était toujours une des petites îles qui, au milieu de l'enceinte flottante de cette ville unique, apparaissent comme autant de satellites avancés en ces étranges lagunes. Sur le territoire de chacune d'elles se trouvait un monastère, et c'était dans l'une des salles du couvent, expressément disposée pour la circonstance, que les deux personnages désignés, accompagnés d'une suite de sénateurs dont le nombre variait de trente à soixante, attendaient l'Ambassadeur.
u Je m'en allai (écrit le sieur de Villiers, ambassadeur de Henri IV) à Saint-Georges d'Âlga, monastère qui est une lie distante d'un mille et demi de Venize, et là me viudrent trouver nombre de gentilshommes vénitiens vêtus de leurs longues robes de soie rouge, députés par le Prince et par la Seigneurie à cet effet. Monsieur le chevalier Duodo, qui a été ambassadeur en France, portant la parole, ayant un chaperon de drap d'or comme chevalier, les autres ne l'ayant que
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de soie, me dit en peu de mots : Que le Prince et la Seigneurie, avertis de ma venue, les avoient députés pour me venir dire que fétois le bienvenu, comme étant envoyé (l'un Prince qu'ils honoroient et estimoient infiniment, et duquel ils avoient f amitié très-chère , comme ils avoient toujours eu celle de la maison de France. Il lui plut ajouter quelques paroles en ma faveur, et conclut que je me devois promettre du Prince et de la Seigneurie, pendant le séjour que je ferois auprès deux, toutes choses conformes au respect et à t affection qu'ils avoient à celui de la part duquel fétois dépéché. Ma réponse fut aux termes qui ensuivent. Illustrissimes Seigneurs, t affection devotieuse et inclination du Sérénissime Duc et en gênerai de la Republique Vénitienne avec la Couronne de France et le Roi Très-Chrétien est si ancienne et si illustre qu'il ne s'y peult désirer et ajouter que la continuation à laquelle le Roi, te Serenissime Prince et tauguste République semblent contribuer comme à tenvi. Le Roi m'ayant exprès à cet effet dépêché icy, Sa Sérénité et Vos Illustrissimes Seigneuries m'y voyant a* un si bon œil et m'y retenant avec des démonstrations tant favorables et avec un si honorable accueil , je le prends et t interprète sainement et sans me méconter, comme faict et
adressé à Sa Majesté et laquelle fen tiendrai avertie , etc.
» Cette réponse faite, ils me conduisirent à l'église, et après un mot de prières nous rentrâmes en gondolles; et fus conduit par les chevaliers Duodo et gentilshommes et un secrétaire de Sa Seigneurie qui marchait devant eux jusques à ma chambre, de laquelle je les vins reconduire jusques à l'escalier où je saluai derechef tous lesdits gentilshommes les uns après les autres '. »
Ainsi se passait le premier jour, qui n'était autre, comme on le voit, que celui du compliment. Le lendemain était le jour plus solennel de l'audience en cérémonie. La même compagnie, mais souvent fort
1 Bibliothèque impériale, Manuscrits. Lettres et dépèches d'A?iTOi>E
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