CÉRÉMONIAL DE LA PREMIERE AUDIENCE
augmentée, venait au palais de l'Ambassadeur dans des gondoles d'apparat, le saluait et le voyait monter dans celle qui lui était destinée. Cette flottille diplomatique voguait alors par les eaux du Grand Canal et se rendait à la rive de la Piazzetta, où les personnages, prenant pied devant les portes du Palais du Doge, se dirigeaient, à pas d'ambassadeur, vers Y escalier des Géants, le montaient, traversaient la galerie, montaient lentement V escalier doré, trouvaient toutes grandes ouvertes les belles portes de Y Anti-Collegio , et pénétraient en la salle du Conseil où étaient le Doge et les vingt-six personnages composant le Cabinet des Ministres, assis selon leur rang. L'Ambassadeur se détachant de sa suite toute glorieuse faisait trois révérences, les ministres se levaient, et le représentant du Roi prenait place à la droite de Sa Sérénité. Écoutons encore le sieur de Villiers :
« Je pris opinion de me présenter à cette première audience avec une robe de velours à grandes manches, bien que les ambassadeurs précédents n'eussent usé de robe à grandes manches, mais pour l'honneur que j'avois d'être président au Parlement de Paris.
n Entrant en la salle où étoit le Collège, je m'inclinai devant le Duc et ceux qui l'assis toient , ainsi que le porte leur usance. Le Duc se leva debout, et m'allay seoir auprès de lui. Celui qui me servoit de secrétaire bailla au secrétaire de la Seigneurie la lettre que le Roy leur écrivoit, laquelle fut lue tout haut, mais en italien seulement. Cette lecture finie, je fis la proposition qui ensuit :
» Sérénissime Prince, Illustrissimes Seigneurs, les lumières vives, les ornements rares et les fondements solides de ce puissant état que dleu bénit toujours en la fécon- DITÉ de ses bénédictions éternelles ! Le Roi me depeschattt vers Votre Sérénité et Illustrissimes Seigneuries pour y résider
son ambassadeur, m'a commandé en substance vous ramentevoir la bonne intelligence , correspondance sincère, fraternelle amitié qui a été de tous temps entre la Maison de France et la Seigneurie de Venise, et été non-seulement avec avantage pour fun et pour t 'autre Etat, mais encore avec suite de plusieurs bons, grands et notables effects tant pour f universel de la République chrétienne que pour ta dignité, le repos et la sûreté de tltalie. (Suit un long éloge de la conduite politique des Vénitiens à l'égard du Roi, alors qu'il était encore dans ses plus incertaines luttes.) Puis, en terminant, l'Ambassadeur dit : Sur cette prudence qui vous fut très-particulière, vous vous confirmâtes de plus en plus en la résolution de donner au Roi, à t avènement de son règne, le contentement qu'il pouvoit attendre seulement des meilleurs amis et plus certains alliés de sa couronne. Aussi Sa Majesté désire entrer plus avant avec vous en la bienveillance et en f amitié que de tout temps vous ont eu les Rois ses prédécesseurs . Il veut plus et peut plus, il voudra toujours ce dont vous te requerrez; te trouverez aux occasions qui se pourront offrir autant désireux (il ma commandé de le vous dire) de la conservation de la dignité et des ornements de cette auguste République , comme du Royaume que Dieu lui a mis en la main 1 . »>
Après que l'Ambassadeur avait ainsi présente la lettre du Roi qui l'accréditait et avait prononcé son allocution, le Doge lui répondait, faisant naturellement assaut de paroles gracieuses et encourageantes. L'Ambassadeur se retirait alors après avoir usé des mêmes révérences qu'il avait marquées à son entrée dans la salle, et reprenait le chemin qui conduisait à la rive, en vue de l'île de Saint-Georges-Majeur, où l'attendaient les gondoles. Les trente sénateurs lui faisaient cortège jusqu'à sa demeure, où il les recevait de nouveau. Dès lors, l'Ain-
1 Registre des Lettre* et dépêches </'Avr. Skciier, déjà cité.