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CÉRÉMONIAL DE LA PREMIÈRE AUDIENCE

bassadeur pouvait être considéré comme étant investi de ses pleins pouvoirs et entré dans l'habituel exercice de ses fonctions.

Ce mode de réception fut, peut-on dire, invariable. Le luxe seul dans l'apparat des gondoles et la tenue des livrées, la somptuosité dans l'ameublement des salles du palais de l'ambassade, où le représentant du Roi recevait l'illustre compagnie, faisait que cette cérémonie était plus ou moins glorieuse et honorable. Au dix-septième siècle, l'usage devint habituel aux Ambassadeurs d'orner l'une des salles d'entrée, et quelquefois même le portique, de buffets ou dressoirs magnifiques que couvraient de riches pièces d'argenterie, et pendant que Son Excellence était reçue en audience au Palais du Doge, la Seigneurie lui faisait la galanterie de lui envoyer toutes sortes de confitures, de pièces dressées, de régals particuliers au pays, et autres gentillesses qu'il trouvait tout apprêtées et servies à son retour. Plus on avança dans le règne de Louis XIV, plus la pompe et le faste dans tout ce qui pouvait flatter la vue et marquer de la grandeur, fut appliqué au relief de ces solennités. M. René de Voyer de Paulmy, chevalier, comte d'Argenson et de Rouffiac, « conseiller du Roy en tous ses conseils » , fut un des ambassadeurs ordinaires à Venise qui commencèrent à donner à la cérémonie de la présentation un fort grand air de mugnificence. Ses nombreux valets de pied marchaient les premiers, les pages ensuite, puis les officiers du Nonce et de l'ambassadeur de l'Empereur, et les résidents en foule. Son Excellence s'avançait après eux avec le che-

valier de cérémonie, allant à pas d'ambassadeur, deux pages portant sa robe, puis suivaient les sénateurs et les gentilshommes. L'Evéque de Béziers, qui vint huit ans plus tard, tirait vanité, dans une dépêche particulière, de la grandeur du train qu'il avait eu à Venise. « Depuis trente ans, dit-il, il n'y a eu d'ambassadeur de France à Venise qui ait vécu avec plus d'éclat ny fait plus de dépense soit pour les meubles, pour la table, pour les livrées, pour la magnificence des gondolles et pour le nombre des domestiques. »

Ce fut, du reste, sous le règne de Louis XIV que la cérémonie dite de Y Entrée de M. l'Ambassadeur de France, qui autrefois se confondait avec celle de la première audience, atteignit aux porportions les plus fastueuses et conséquemment les plus coûteuses. Cette cérémonie, qui, parait-il, n'était pas absolument obligatoire, n'était du reste que chose d'apparat, et on ne saurait chercher les raisons d'un usage si dispendieux que dans le prestige apporté par ce spectacle à la puissance dont l'Ambassadeur était le solennel représentant. Comme cette entrée ne se pouvait pas faire sans des apprêts qui nécessitaient beaucoup de temps et que les Ambassadeurs tardaient à l'accomplir autant que cela leur était décemment possible, trouvant bon de ne point s'embarrasser trop tôt de la dépense énorme qu'entraînait avec elle cette solennité, il en résultait que souvent cette entrée n'était pas faite dans l'année même de leur arrivée M. de Froullay, qui résidait depuis 1733 , ne

« L'abbé de Bernis, qui était arrivé le 27 octobre 1752, écrivait le 2* septembre 1753 : « On me presse beaucoup de faire mon entrée, pour

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