‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 131 sur 199 · DISCOURS DU COMTE DAVAUX · texte numérisé non relu

DISCOURS DU COMTE DAVAUX

que j'en conserveray l'éternel souvenir, et que dans le repos «t le sein de ma patrie, je n'auray pas de plus agréable ny Je plus douce occupation que de penser combien je les honore et combien je leur suis obligé. »

Il est vraiment curieux de voir à quel degré d'éloge arrivaient même les ambassadeurs du caractère le plus froid et lesy|us mesuré. M. le comte d'Avaux, prenant congé de la Sérénissime République, au mois de novembre 1674, ^ur disait entre autres choses :

« En effet, quelque surprenantes que soient la situation et la struclure de Venise, l'ordre et la forme de son gouvernement sont encore plus admirables, et il me paroit bien moins difficile d'avoir affermi cette ville sur l'instabilité des flots que d'avoir fixé et uni tant d'esprits à un mesme interest, et malgré les passions différentes qui agitent les particuliers, tenir toujours uniforme et inébranlable ce grand corps de la République. Àussy ne peut-on assés admirer avec combien d'art et de prudence elle sait distribuer à chacun les employs qui lui sont propres, de sorte que, comme dans une machine où quantité w pièces d'inégale grandeur mises en leur place composent »un tout régulier et parfait, ainsi toutes ces différentes personnes agissent de concert chacune dans son employ, concourent pour ainsy dire dans l'assemblage des parties pour former ce aorps politique dont toute la terre admire la justesse et la régularité des mouvemens. Si la gloire en effet desayeulx est un flambeau qui esclaire la postérité, est-il un jour plus serein et plus esclatant que le vostre, est-il extraction égale à la noblesse de Vos Excellences? Le temps qui dévore tout l'a respectée, et son ancienneté a consacré la plus grande partie de vos familles. Semblables à ces rochers que la nature a plantés sur le bord d'un fleuve qui le voyent sans cesse renouveller demeurant eux-mesmes immobiles, ou, sans aller plus loing, semblables à vostre chère patrie qui estant fondée sur les vagues de la mer, voit sa colère et ses tempestes sans pour cela en perdre le moindre de ses ornements, vous avez veu

des throsnes s'élever et se destruire, et vous avés veu plusieurs fois changer la face «le la terre, sans que la splendeur de vos maisons ait souffert la moindre esclipse. Fasse le Ciel que rien ne puisse jamais troubler cette juste harmonie que Dieu par un miracle a voulu mettre entre la plus parfaite monarchie et la plus parfaite Republique de l'univers, faisant que deux choses si opposées parussent au monde en mesme temps et y gardassent entre elles un perpétuel accord... Qu'il y ait toujours en France des admirateurs et des partisans de la sagesse et de la gloire de la République de Venise, comme à Venise des personnes qui fassent des vœux pour la grandeur et la conservation de la monarchie françoise »

Les livres Cerimoniali de la République traitent aussi, comme nous l'avons dit, de l'arrivée, de l'accueil et de la réception des Princes. Et dans les détails qu'ils rap-

1 Lettres et Dépêche* du comte <f Avait x , registre n° 3. En même temps cet ambassadeur adressait au Hui son maître cette singulière lettre, chef-d'œuvre d'un courtisan qui n'en peut mais «juant aux flatterie* et qui fait un effort suprême.

« SlRE,

» J'av pris congé de la RÉerBUQrE nue je laisse dans une très-ferme résolution de ne se despartir pour rien du inonde des intérêts de Votre MajkstÉ. C'est un sentiment dans lequel Elle m'a toujours fait paroistre (jiiVllc estoit...

» Mais quand Ils ont considéré que Votrf. MajkstÉ dans ses dernières campagnes a formé des desseins et a pris des resolutions que toute la sagesse de Venise recueillie dans son Sénat n'a u roi I pas seulement imaginés, pardonnes moy, SlRE, si je dis qu'ils n'ont pu voir sans quelque peine que le Cabinet de Votrk Majesté soit maintenant dans l'opinion du monde ce qu'a esté jusqu'à ceste heure I'asskmrlkk des Siens de Venise, et que Votre MajkstÉ leur enlève une qualité que ce Sénat s'estoit apropriée par une possession continuelle de douze cents ans. Mais d'un autre co>té, SlRK, ils n'ont pu considérer qu'avec joye qu'il n'y a jamais eu que Votre Majesté qui leur ait pu disputer ceste qualité, et qu'il leur est bien glorieux d'avoir quelque chose de commun avec le plus grand Prince de la terre!... »

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