‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 139 sur 199 · KIG1NES DU CONSEIL DES DIX · texte numérisé non relu

KIG1NES DU CONSEIL DES DIX

laires en 1299 ait animé et excité l'esprit de quelques citoyens; cela était à prévoir, et ne peut paraitre à l'historien que chose naturelle. Deux ans étaient à peine écoulés depuis l'accomplissement de ce grand fait (appelé dans l'histoire des Vénitiens la serrata del Maggior Consiglio qu'une conjuration, ayant pour chef un citoyen puissant, fut ourdie. Dénoncé, l'instigateur, Marin Bocconio, en fut pour sa tête. Dix de ses compagnons eurent le même sort. La fuite et l'exil furent le salut des autres.

Le quatorzième siècle, considéré politiquement, s'ouvre mal pour la République. La guerre dite de Ferrare est malheureuse, elle soulève de véhémentes controverses dans le Grand Conseil; les nobles se divisent; les Quirini, partie guelfe, s'y opposent avec emportement contre les Dandolo et les Gradenigo, partie gibeline. Le Pape intervient comme ennemi de Venise et fulmine contre l'État.

L'issue de cette guerre malheureuse anime les partis. De grandes querelles intérieures s'alimentent avec d'anciens motifs intempestivement rappelés. Les mécontents surgissent : ils gagnent en audace.

Une révolution autrement grave que celle du faible Bocconio se trame. Ses éléments sont dans la partie patricienne, dans celle qui a accès au Grand Conseil. Les conspirateurs sont gens éclairés, politiques, élo-

1 C'est-à-dire la composition définitive du Grand Conseil. Voy. Romamk, Storia documentuta du Venczia, t. Il, et surtout l'exposé historique si remarquable de l'historien Aoostimo Sacrëdo, admirablement dicté, inspiré, peut-on dire, par le souFfle élevé de Tacite et des grands latins. On le trouvera dans l'ouvrage collectif de Veneziu e Le Sue Lagune, sous le titra de Storia civile e politica dei Venexiani. (Volume I, p. 60-61 et suiv.)

quents, rompus aux choses d'État. Marco Quirini et Bajamonte Tiepolo s'en déclarent secrètement les chefs. La conjuration se forme dans la maison noble de Quirini. Les adeptes sont nombreux. L'élément populaire mécontent est sourdement excité.

Le 16 juin 1310 est le jour fixé pour l'invasion armée du Grand Conseil. Mais un traître à son parti a prévenu le Doge, celui-ci les Conseillers. Si la rapidité de leur action ne parvient pas à arrêter l'éclat de la conjuration, elle peut du moins, par une prompte défense, soutenir la lutte, mieux que cela, la vaincre. L'étendard de Bajamonte Tiepolo porte ce mot toujours magnifique : Liberté! Le vent le déchire. C'était de mauvais augure. La lutte néanmoins fut acharnée. Il y eut péril pour l'État constitué. Bajamonte Tiepolo pactisa et quitta le territoire. Plusieurs nobles laits prisonniers furent jugés et mis à mort.

Quirini et Tiepolo étaient-ils des Brutus? Non. Rivalité personnelle, ambition ardente, tels avaient été les sentiments promoteurs.

Ainsi qu'il advient à la suite de ces secousses et périls politiques, des lois d'exception furent votées.

On voulut un Tribunal exceptionnel , à l'activité, à la vigilance, à la puissance octroyée duquel fût confié le salut en quelque sorte matériel de l'État.

Trois propositions furent faites.

La première ainsi conçue :

« Qu'en raison des événements récents (per le occorse notivà), et seulement pour ce qui s'y peut rattacher, on ait à investir le Conseil des Quinze, unis aux chefs de la Qua-

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