DES PEINES
ou renvoyé à un autre tribunal, ou soumis à un nouveau procès. Pour l'application de la peine, YAvogador proposait d'abord, puis les Trois Chefs, puis les Conseillers, le Doge enfin. Pour chaque proposition , toujours le vote. A celle qui avait la majorité , quatre tours de scrutin. Prononcée, elle était irrévocable. A YAvogador incombait le funèbre devoir d'en faire part au condamné. Les plus particuliers détails de cette procédure, avec toutes ses formules spéciales, peuvent être étudiés dans les registres et liasses des archives du Conseil.
Des peines. La plupart terribles; quelques-unes modérées. Pour les premières, la prison obscure, la pendaison entre les colonnes de Saint-Marc, la taille de la main, la téte tranchée, l'étranglement. La plus redoutable était cette peine de mort mystérieusement accomplie et ainsi prononcée : « Que cette nuit, le condamne *** soit conduit au canal Orfiano, où, les mains liés et le corps chargé de poids, il sera jeté par un officier de la justice. Et qu'il y meure. » Pour les secondes, la prison non obscure, l'exil, l'internement , la condamnation au service des galères, etc. Le Conseil des Dix avait ses prisons spéciales dites camerotti; celles non officiellement appelées les pozzi et les piombi, les puits et les plombs, étaient de son redoutable domaine. Les camerotti di sotto (les puits) étaient obscurs mais non accessibles à l'eau du canal, comme on l'a fait croire en des récits dignes d'Anne Radcliffe; les camerotti di soprà (les plombs) étaient des cellules fortement doublées de bois, mais non privées de lumière. L'aventurier Casanova, qui
hit à même de les connaître pour y avoir été enfermé, les a véridiquement décrits dans le chapitre si curieux de ses Mémoires qu'il a consacré au récit de sa fuite. Le Conseil des Dix avait plusieurs officiers de justice dont le principal portait le fameux titre de Messer Grande. Les autres étaient les Capi de sgherri au nombre de six, et les sgherri ou sbires.
Les secrétaikes do Conseil des Dix. Au nombre de quatre, dont un seul de service pendant un temps donné. On peut dire que le Secrétaire de service était plus instruit des affaires du Conseil que les Conseillers euxmêmes, car les Dix ne demeuraient en charge qu'un an; et il appartenait au Secrétaire d'instruire les nouveaux élus des affaires courantes que leurs prédécesseurs avaient laissées en suspens. Ses fonctions étaient les suivantes : chaque matin assister à l'ouverture des portes du Tribunal et veiller à ce que la nourriture soit portée aux prisonniers justiciables des Dix. Le premier matin du mois, lire aux Trois Chefs du Conseil leur capitulaire. Présenter au Chef de semaine le bilan de la caisse à remettre à VA vogador sortant , pour qu'il en fasse l'examen. Se présenter au Conseil du Doge (collegio) pour avertir qu'il y aura séance (ordinare il consiglio) , et, le Doge ne s'y trouvant pas, l'aller avertir en ses chambres. Dresser la liste de ce qui doit être mis en Conseil pour la séance, et selon l'ordre et la règle prescrits. A la fin de chaque mois, inscrire dans le registre Notatorio les mandats pour le service du Conseil , de même les sentences prononcées par les Chefs. Prescrire