‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 164 sur 199 · PAPIERS DES INQUISITEURS · texte numérisé non relu

PAPIERS DES INQUISITEURS

raient les plus curieuses révélations pour l'histoire des mœurs politiques au seizième siècle et au dix-septième. Le 15 janvier 1595, le Conseil des Dix charge le trésorier de son épargne de compter cent écus au j;rand chancelier, dont le fils Jacopo Vico , secrétaire résident pour la République à Milan, a donné une somme égale au capitaine César Capuzzimadi. Il résulte de cette simple pièce, qui est dans les papiers des Dix, que le capitaine César Capuzzimadi a reçu cette rémunération du Conseil pour quelque commission secrète qu'il avait acceptée de faire. Mais, à la date du 9 février suivant, dix jours après, nous trouvons cet arrêt : « Que, demain au matin, le capitaine César Capuzzimadi, Albanais, lorsqu'il se présentera devant les chefs du Conseil, soit arrêté, et cela pour les choses qui viennent d'être dites et lues. » Ainsi fut-il fait. Le 12, autre arrêt qui ordonne que les Chefs et l'Avogador de service poursuivent la formation du procès, et aussitôt terminée, qu'ils se rendent au Conseil, où, après en avoir donné lecture, il sera pris telle résolution qui paraîtra convenable. Le 15, il est dit : « Que l'ordre soit intimé au capitaine César Capuzzimadi de produire sa défense, laquelle une fois faite, le Conseil en viendra aux résolutions. » Le 19 : « Vous parait-il que, pour les choses dites et lues, on doive procéder contre le capitaine César Capuzzimadi? » Quinze voix sur dix-sept furent pour l'affirmative. « Nous voulons que dans la nuit de mercredi à jeudi, qui sera le 22 du mois courant , on le fasse étrangler dans sa prison, aussi secrètement qu'Usera possible, et que son corps soit fait ensevelir dans le plus grand secret aussi par les soins des chefs du Conseil. »

Approuvé par douze voix. Or, au-dessous de cet arrêt, et c'est où nous voulions en venir, il est écrit : « Notez que le procès formé contre ledit capitaine César Capuzzimadi, ses lettres et ses papiers sont tous en un paquet déposé dans l'écrin (lo scrigno) des Inquisiteurs d'État1 . » Ces arrêtés relatifs au dépôt des documents les plus secrets dans Vécrin du Tribunal des Inquisiteurs étaient fréquents. Celui-ci même fut formellement prononcé et consigné dans les écritures du Conseil.

1610, 21 juin, en Conseil des Dix. — Que les Lettres de notre Consul en Syrie du 25 février et du 28 mars passés, avec les Lettres et la traduction de certaines informations donnas au Roi Catholique sur les affaires de Perse et des Indes, ainsi que les Lettres qui furent interceptées par ce Consul, et qu'il nous envoya avec ses Dépêches du 2 septembre passé, soient remises sous pli cacheté dans Vécrin des écritures de nos Inquisiteurs d'Etat, et i\vCelles y restent à jamais conservées.

Le 24 mai de Tannée 1600, les membres du Cabinet des Ministres et les Sénateurs reçurent l'avis suivant du Conseil des Dix, sous forme de lettre qui leur fut lue par le Secrétaire de service :

Seigneurs Illustrissimes, Par délibération prise hier en Conseil des Dix, on communiquera à vos Seigneuries un Mémoire sur une négociation dont la trame est parvenue à la connaissance des Excellentissimes Se'ujneurs Inquisiteurs d'État, et comme le contenu est d'une extrême importance, nous recommandons à Vos Seigneuries le secret le plus absolu. Elles ne devront pas en parler même entre elles, après qu'elles auront passé la porte de la salle du Conseil, sous les peines énoncées dans les décrets du Conseil des Dix contre les révéla-

1 Pour le» pièces relatives à ces différents fait*, voir • Archive* de Vkîiise, Papiers des Dix », aux dates indiquées.

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