‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 171 sur 199 · CONDAMNATIONS MYSTÉRIEUSES · texte numérisé non relu

CONDAMNATIONS MYSTÉRIEUSES

combien de fois, en un siècle, le Tribunal en a-t-il usé? C'est où il faut regarder. Dans son rapport de 1717, le Secrétaire rapporteur mentionne ce détail si justificatif aux noùveaux Inquisiteurs : «< Des poisons, le Tribunal n'en a plus que quelques petites boites que l'on dit avoir été préparées par Serpicelli, mais la recette pour les employer ne se retrouve plus, et on croit qu'ils ont perdu toute leur force. On a interrogé Zaniclielli, mais il s'est déclaré incapable à de semblables manipulations. » Aucun détail sur les rares circonstances où le Tribunal en commanda l'emploi ne saurait d'ailleurs échapper à l'investigation de l'historien, car les registres sont des révélateurs certains, et il serait puéril d'admettre que ceux qui en ordonnaient la rédaction pouvaient être plus discrets en telle occasion qu'en telle autre. Une des dernières tentatives de meurtre par le poison fut décrétée par les Inquisiteurs en 1 767 contre un perturbateur des provinces limitrophes du Monténégro, que le Provéditeur général en Dalmatie avait signalé au « Tribunal

scrupule quinzième et au seizième siècle par le Conseil des Dix, en matière politique, un petit recuire récemment découvert dans les Archives oe VB9I8E, sous le titre de a Sécréta secretissima del Consiglio dei A'», ;ivec cette note particulière : « Scripture invente in Cancello <]m Barth. Coinini per circoxpectum Nicolaum Gabrietem Secretarium et consignate mihi ut tule custodiantur nomine Dominorum Capitum Decem~ In nutteria veneni confie i e nd i , 1544, 22 julii. Les deux documents, l'un du 14 décembre 1513, et l'autre du 27 avril 1527, sont des plus curieux. Il s'agit dans le premier d'un frère Jean de Raguse, de l'ordre des Frères Mineurs, qui propose dans le plus grand secret aux trois Chefs du Conseil des procédés admirables pour occasionner mystérieusement la mort. Le second démontre que le Conseil des Dix avait résolu fie faire périr par le poison le Connétable de Bourbon. Mais sa mort vio ente débarrassa le Conseil de l'exécution de cette criminelle besogne.

terrible » comme un dangereux ennemi l. Nous ajouterons que fort souvent ces ordres homicides, en des contrées lointaines, demeuraient sans exécution. Un des exemples les plus saisissants et qui, ce nous semble, n'a jamais été révélé, concerne la personne du fameux comte de Bonneval. Après avoir servi la marine française sous Tourville, l'armée de terre sous Catinat et Vendôme, et avoir été disgracié par Chamillard, il s'était rendu en Autriche, avait combattu contre la France et fini par se donner aux Turcs, qui l'avaient fait mahométan et pacha. Homme habile, expert dans les armes, capable d'inventions dangereuses, il avait examiné de près la situation de Venise. Mais, lorsque le Tribunal secret connut son engagement avec le Turc, et qu'il sut que Bonneval s'était déclaré l'ennemi de la République, s'inspirant alors de la raison d'État, il résolut de l'arracher à la vie par des moyens mystérieux. L'ordre en fut donné à l'Ambassadeur à Constantinoplc par une lettre des Inquisiteurs du 30 juillet 1729*. Cet ambassadeur,

1 Archives de VesIse. Papiers des Ixoimsiteirs. Correspondant. Al Proveditor General in Dalmazia, etc. Molto importando per i pin

alti gelosi riguardi di Stato di toglierc dal mondo nella persona dell' ignoto forestière la causa de' promossi turbamenti ncl Monienero e le consequenze de' minacciati raaggiori disturbi cd attentat! , trova opportuno e necessario il Tribunal nostro da cui le viene rimesso neir unito pachetto l'oceorente di aggiungere ail' E. V. l'incarico di far che sia data esecuzione ail' opéra nei modi più cauti, meno osservabili e più secreti e sicuri. A questo effetto si valerà di persona che fosse da Ieî riconoscîuta la più destra, capace e fedele quand' anche si trovano in disgrazi.) délia giustizia, alla quale oltre accordarli il perdono délie sue colpe, le veranno da lei fatti somministrare cecchini due cento in premio dell' opéra esequita, etc.. 1767, 19 novembre. (Suit une explication sur le contenu des bozzette , qui étaient au nombre de cinq.)

2 Archives de Venise. Papiers des Inquisiteurs. Correspondance. Al

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