DU SÉNAT
adjoints aux Sénateurs en titre et délibérer comme tels. D'extraordinaire qu'elle avait d'abord été, cette junte devint ordinaire. Par le fait, le Sénat était composé d'un nombre bien plus considérable de personnes que ne semblait l'indiquer le chiffre déterminé par les statuts fondamentaux; ainsi différents dignitaires et fonctionnaires y avaient accès en raison même des dignités dont ils étaient investis ou des fonctions qu'ils remplissaient. On peut, en somme, estimer à deux cent trente les voix délibératives dans le Sénat vénitien, et à près de soixantequinze les fonctionnaires qui pouvaient assister aux séances sans y voter '. « Le Pregadi est le Sénat, où réside toute l'autorité de la République, dit le sieur de Saint-Didier; on y prend les résolutions de la paix ou de la guerre, des ligues et des alliances; on y élit les capitaines généraux, les provéditeurs des armées, et tous les officiers qui ont un commandement considérable dans les troupes ; on y nomme les Ambassadeurs ; on y règle les impositions suivant l'exigence des affaires publiques; on y élit tous ceux qui composent le Collège
1 Vovcz le * De Magisiratibus Urbis », par Marin Sanuto (Raccolta Cicogna), et une copie dans notre collection de documents vénitiens. Parmi les imprimés, le • Gasparis Contareni patricii Veueti De Repu- Mica Yenetorum , libri quinque », etc.; Lvon, Klzevii . 1626 et 1028, in-12; et l'édition Aldine, « Délia Bepubtica el magistrati di Venetia , di M. Gasparo Contareni, che fu poi Cardinale »; Venise, Aide, 1591, in-8°. Nous possédons aussi un intéressant manuscrit sans doute préparé pour l'usage d'un ancien sénateur vénitien , rédigé sous ce titre : Sommario del libro Roan del Pregadi, tratto dal medesitno libro divisa in auattro libri. Nel primo Kl vede con quai titolo entri cadauno senato. Nel secondo si contengono le parti iu proposito de ballotationi. Nel terzo et quarto materie diverse appartenenti a Senatori extraordinarii. C'est une sorte de vade-mecum de sénateur.
(le Cabinet) ; oïl y examine les résolutions que les Sages (les ministres) prennent dans les consultations du Collège, sur lesquelles le Sénat se détermine par la pluralité des voix de ceux qui ont droit d'opiner dans cette assemblée, qui est l'ai ne de l'État et par conséquent le principe de toutes les actions du corps de la République l. » Aussitôt assemblés, les portes du Sénat étant fermées, et tous les sénateurs ayant pris place, un Secrétaire de la Chancellerie donnait lecture des lettres qui de tous les côtés étaient adressées à la Seigneurie , que le Cabinet avait déjà lues, et pour lesquelles il avait préparé les réponses. Les questions étaient exposées jusqu'à trois fois , c'est-à-dire qu'il y avait trois lectures, et à la troisième , quiconque pouvait monter à la tribune (andar in renga), soit pour soutenir la proposition, soit pour y contredire. La question étant épuisée, on allait aux voix, à une, deux, trois ou plus de voix, selon la nature des affaires. La boule blanche était pour oui, la verte pour non, la rouge indiquait lo doute (non sincera). Le sieur de Saint-Didier, parlant de la composition du Sénat, dit finement : « Il ne manque pas d'y avoir aussi de ces vieillards, qui n'ayant d'autres connaissances que celles de leurs coutumes, sont si opiniâtres qu'ils ne sçavent ce que c'est que de s'accomoder aux diverses conjonctures du temps, tenant une nouveauté pour un crime d 'Estât : de sorte que le Sénat seroit sujet à tomber souvent dans des résolutions qui
« La Ville et la République de Venise (Paris, 1680), chapitre - Du Pregadi » , p. 22'*.